Veina Amoris

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Résumé

Dans un monde où l'amour est inscrit dans la peau, la Veina Amoris relie chaque être à son âme sœur. Noa, né avec une veine noire, pense être condamné à la solitude... jusqu'à sa rencontre avec Elian, un garçon aussi froid que fascinant, qui cache la même anomalie. Ensemble, ils vont défier le destin, découvrir un lien inattendu - et peut-être, tomber amoureux.

Genre :
Lgbtq
Auteur :
Maïlis
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapter 1

(POV : Noa)


Dans notre monde, la première chose qu'on vous apprend, avant même de lire ou de compter, c'est de regarder votre poignet.


On nous gave d'histoires là-dessus. La Veina Amoris. La Veine d'Amour. Un fil de destin cousu sous la peau, partant de la paume pour s'arrêter au poignet, attendant. La plupart des gens naissent avec une ligne si pâle qu'elle est presque invisible, un fil de quartz dormant. On dit qu'elle frémit quand on croise la bonne personne. Puis, au premier contact – un frôlement de main, une poignée de main, peu importe – elle s'embrase. Elle prend la couleur de votre âme sœur, et la leur prend la vôtre. Un vert émeraude, un bleu profond, un or en fusion. C'est une promesse. Une garantie cosmique que vous n'êtes pas seul.


Mon fil à moi n'est pas en quartz dormant. Il n'attend rien.


Le mien est noir.


Pas gris-ardoise. Pas un bleu nuit poétique. Non. Juste noir. Comme de l'encre morte, comme un vide. Une négation.


Et dans un monde construit sur la certitude de la connexion, un fil noir, c'est pire qu'une absence. C'est une anomalie. Une erreur système.


La sueur me pique les yeux. L'air est lourd, une soupe épaisse d'effort et de caoutchouc. Le tatami grince sous nos appuis.


« Tu t'endors, Noa ! »


La voix de Léo est un grognement étouffé contre mon épaule. J'ai son bras bloqué dans un kimura, mais il se débat comme un diable. C'est ce que j'aime chez lui. Il n'abandonne jamais, même quand il est à deux doigts de se faire déboîter l'épaule.


Je serre. Pas méchamment, juste avec ce qu'il faut de pression contrôlée. Je sens le moment exact où la lutte le quitte, où la douleur surpasse l'ego. Il tape trois fois, vite, sur mon avant-bras.


Je lâche immédiatement, basculant sur mes talons pour le laisser respirer. L'oxygène revient dans le dojo, ou peut-être juste dans mes poumons.


« Putain », souffle-t-il, massant son épaule. « Tu vas me disloquer pour de bon avant la compèt', mec. »


« Tu télégraphiais ton sweep depuis la semaine dernière, Léo. Change de disque. »

Je lui tends la main. Il la prend et je le remets sur pied d'un coup sec. C'est notre routine. Il attaque, je défends, je contre, il tape. Et on recommence.

Maya, assise en tailleur sur le bord du tapis, lève à peine les yeux de son rouleau de strap. « C'était propre, Noa. Mais ta garde était ouverte pendant 1,2 seconde. Contre un mec plus lourd, tu perdais tes points. »

« 1,2 seconde ? » Je ris, rejoignant mon sac pour prendre ma gourde. L'eau est tiède mais c'est le paradis. « Tu devrais lâcher l'ingénierie pour devenir arbitre, May'. T'es flippante de précision. »


« C'est pour ça que je serai ingénieure et que tu seras juste un mec musclé qui aime rouler les gens par terre », rétorque-t-elle sans lever la tête, ses doigts bougeant avec une efficacité redoutable pour créer un support pour son pouce.


Léo s'effondre à côté d'elle. « C'est notre capitaine, un peu de respect. Le mec musclé qui va nous faire gagner les nationaux. D'ailleurs, » il se tourne vers moi, tout son sérieux évaporé, « la fête chez les Staps, samedi. C'est la bonne. J'ai entendu dire qu'Ambre, la fille de macro, y serait. Je te jure, mec, ma veine... elle a vibré ce matin en amphi. Un truc de fou. Comme un petit choc électrique. »


Je souris. C'est mon sourire de façade, celui qui est un peu trop large, un peu trop parfait. Celui que je sors quand on parle de la Veina.


« Ta veine vibre aussi quand le livreur UberEats est à moins de cent mètres, Léo. Fais gaffe, c'est peut-être juste la faim. »


Il me jette une boule de strap. « Connard. Toi, de toute façon, tu t'en fous. T'as littéralement la moitié de la fac qui prie pour être celle qui fera "fleurir" ton poignet légendaire. Le grand Noa, le seul mec qui n'a jamais eu de Bloom. C'est quoi ton secret ? Tu attends une déesse ? »


Je remonte la fermeture de mon sweat de sport. Le geste est devenu une seconde nature. Le tissu éponge vient recouvrir mon poignet, cachant la ligne noire. Mon armure.


« Je me concentre sur la compèt', c'est tout. »


Maya lève enfin les yeux. Son regard est trop perçant. Elle ne dit rien, mais elle voit. Elle ne voit pas ce que je cache, mais elle voit que je cache. C'est notre équilibre. Léo est mon frère de combat, Maya est mon ancre de réalité. Sans eux, je serais probablement fou.


Ils sont les deux seules personnes au monde pour qui je me jetterais sous un bus. Eux, et ma famille. Mais même eux ne savent pas. Comment leur dire ? « Salut les gars. Au fait, le concept même sur lequel notre société fonde l'amour, l'espoir et les comédies romantiques ? Ça marche pas sur moi. Je suis un bug. Un produit défectueux. »


Super ambiance pour la soirée pizza.


Je quitte le dojo après eux. J'ai besoin de ce sas de décompression, la marche de vingt minutes qui sépare le gymnase de la maison. L'air de 2025 est frais, un peu trop humide pour novembre, mais ça lave la sueur et ça calme le bruit dans ma tête.


Les rues sont calmes. Des couples se tiennent la main, se promènent. C'est l'heure où les gens rentrent chez eux. Je vois les Veines. C'est impossible de ne pas les voir. Les gens les exhibent. Un homme avec un fil bleu saphir tient la main d'une femme au poignet marqué du même bleu. Un groupe d'ados compare les leurs, des lignes pâles, argentées, pleines d'un potentiel qui me donne la nausée.


Je suis populaire. C'est le comble de l'ironie.

Au lycée, j'étais déjà ça. Le bon élève, le sportif, le mec fiable. Celui que les mères adorent et que les pères respectent. Les filles (et parfois les garçons, je suis pas sectaire) se sont succédé. J'ai embrassé. J'ai plus qu'embrassé. C'était bien. C'était physique. Parfois même tendre.

Mais à chaque fois, venait le moment. Ce moment où ses yeux descendaient vers mon poignet, toujours couvert. Par un bracelet de force, une montre, une manche longue. L'espoir dans son regard. L'envie d'être Elle.


Et moi, je sentais le froid de la fraude me glacer les os.


Je n'ai jamais senti la moindre vibration. Pas le plus petit frémissement. Ni pour Julie, ni pour Manon. Ni pour Alex, ce soir de fête où on avait trop bu et où, pendant une seconde, j'avais espéré. Un baiser, c'est un baiser. C'est chaud. C'est humain. Mais ce n'est pas le Bloom.


Mon âme, apparemment, ne parle à personne.


Je repousse la porte de la maison. L'odeur de la sauce tomate et de l'origan me frappe. La preuve vivante que tout n'est pas cassé dans l'univers.


« C'est moi ! »


« Dans la cuisine, Noa ! »


Ma sœur, Lina, déboule du salon. À seize ans, elle est une version miniature de ma mère, avec une énergie de niveau réacteur nucléaire. Elle brandit son téléphone comme une arme.


« Noa ! Noa ! Regarde ! C'est Chloé ! Sa Veina a fleuri ! En plein cours de maths ! AVEC YANIS ! »


Elle me montre une photo floue d'un poignet – celui de Chloé, sans doute – avec une ligne d'un rose bonbon éclatant.


Je force le sourire. « Wow. Yanis. Je pensais qu'elle le détestait. »


« Mais c'est ça, la magie ! » s'exclame Lina, les yeux brillants. Elle regarde son propre poignet, où son fil à elle est d'un argenté si fin qu'il faut plisser les yeux. « T'imagines ? D'un coup, tu sais. »


Oui. J'imagine.


Je la contourne en lui ébouriffant les cheveux et entre dans la cuisine.


Et là, je m'arrête.


Mon père est aux fourneaux, il touille la sauce. Ma mère est derrière lui. Elle ne dit rien. Elle a juste posé sa joue contre son dos, ses bras enroulés autour de sa taille. Sa main gauche repose sur l'avant-bras droit de mon père.


Leurs Veines sont l'une contre l'autre.


Celle de mon père est d'un vert forêt, profond et calme. Celle de ma mère est d'un cuivre chaud, presque orange. Là où elles se touchent, les couleurs ne se mélangent pas. Elles... dansent. Le vert a des reflets cuivrés, le cuivre a des éclats de vert. C'est leur signature. Vingt-deux ans de mariage.


Mon père se retourne sans se dégager, juste assez pour l'embrasser sur le front. C'est si facile pour eux. Si naturel.


L'envie que je ressens est une vieille amie. Elle est acide, brûlante. Je la déteste. J'aime mes parents plus que tout. Leur amour, c'est mon modèle, mon rocher.


Et c'est mon tourment.


« Crevé, fils ? » demande mon père en me voyant.


« L'entraînement était dur. La compèt' approche. »


« Tu as l'air tendu », dit ma mère en se détachant de lui pour venir me presser la nuque. Son contact est chaud. « Tu devrais te détendre un peu. Tu ne sors jamais. Tu sais, ton père et moi, on s'est rencontrés à une fête. Il m'a marché sur le pied, j'ai levé les yeux pour l'insulter et... Bloom. »


« Une histoire pour les annales », je souris, mon vrai sourire, cette fois.


« Ne te mets pas la pression, Noa. » Mon père se tourne, une cuillère en bois à la main. « L'Amoris a son propre timing. Elle sait ce qu'elle fait. »


Je hoche la tête. Elle sait ce qu'elle fait.

Mon œil est attiré par mon poignet, recouvert par le coton gris de mon sweat.


Sous le tissu, la ligne noire est froide. Silencieuse.


Je monte prendre une douche avant de manger. L'eau bouillante est une punition bienvenue. La vapeur s'accroche au miroir. Quand je sors, j'essuie la buée.


Mon reflet me fixe. Le mec populaire. Le fils aimant. Le frère protecteur. Le capitaine d'équipe.


Un imposteur.


Je regarde mon poignet nu, la peau rougie par la chaleur. La Veina Amoris est là. Claire, nette. Une cicatrice d'encre sous-cutanée.

Je me demande parfois si je ne suis pas tout seul. Si, quelque part, il y en a d'autres. D'autres erreurs, d'autres "âmes mortes".


Je secoue la tête. Pathétique.


Je m'habille, je remets ma montre. Je descends dîner. Je parle de jiu-jitsu, je ris des blagues de ma sœur, je demande à mon père des nouvelles de son travail.


Je joue mon rôle.


Et tout le long du repas, je sens cette ligne morte sous ma montre. Un poids plume qui pèse une tonne.


Demain, c'est la fac. Les cours. L'entraînement. Et les rumeurs.

Les rumeurs sur ce mec bizarre en deuxième année, ce type, Elian, qui paraît-il n'a pas d'amis et sèche la moitié des cours.


Au moins, je ne suis pas lui. J'ai ma couverture. J'ai ma popularité, mes amis, ma famille.

Je suis un mensonge parfait.



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Kimura : technique de soumission, également appelée « ude garami », qui consiste à appliquer une clé d'épaule en formant une prise en « quatre » (poignet de l'adversaire avec sa propre main) pour forcer une soumission.


Sweep : technique consistant à utiliser le pied ou la jambe pour déséquilibrer l'adversaire et le faire tomber, souvent en l'attaquant au niveau des jambes. Le terme peut aussi désigner une technique qui vise à renverser l'adversaire pour le faire passer de la position debout à la position au sol.