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NYX IS WATCHING YOU

By Fabiola Mo

Joyeux Harry Day

Posté le : 24 Avril 2013. Dystopie against Utopie.

Résumé : Dans cette société prônant la surmédiatisation, Nyx se rend compte qu'elle ne possède rien hormis sa boîte crânienne pour penser. Au quotidien, des millions de téléspectateurs suivent les aventures du jeune Harry et achètent les produits dérivés de son univers. Depuis sa naissance, Harry est en réalité emprisonné dans le plus grand plateau de télé jamais conçu et évolue sous l'oeil scrutateur des caméras parmi des milliers de figurants. Le monde magique est faux. Ses amitiés sont truquées. Seules ses émotions sont vraies.

Disclaimer : J.K. Rowling et le "Truman Show". Je lie les deux pour en faire ma propre interprétation.

Note de l'auteur : Alors me revoilà. Oui, oui, je sais ce que j'ai dit « J'arrête la fanfiction » *kof kof* Mais voyez-vous, je suis addict et ne peux m'arrêter même avec toute la bonne volonté du monde. C'est un peu mon exutoire et j'apprécie ce cadre d'échange. Pour cette histoire, j'ai réalisée une de mes très vives envie que j'ai ressentie en lisant le tout premier tome de la saga. Un passage m'avait interpellé et des « Et si ? » tourbillonnaient dans ma cervelle. Je les ai associé à un film que j'adore le « Truman Show », que je vous conseille vivement si vous ne l'avez jamais vu. D'ailleurs, certaines répliques du film et clin d'oeil seront dicéminés dans cette fanfiction. Il s'agit bien d'un drarry mais je veux le mettre en valeur par petite touche. Donc si vous vous attendez à des parties de jambes en l'air brutale dès le chapitre 1, je vous renvoie à d'autres de mes fanfictions. Vous y trouverez votre bonheur ! Ce drarry sera vu sous différents angles et le personnage principal de cette histoire est Nyx Sommerhearst. Son nom vient de la fanfiction « Sacrifiés » coécrite par WoR et Sorcikator dans le fandom Hunger Games. WoR m'a autorisé à emprunter son nom que je trouvais génial. Toutefois, le caractère que je lui ai donné n'a strictement rien à voir avec l'originale. Le titre de cette fic « Nyx is watching you » provient de la dystopie d'Orwell « 1984 » avec sa fameuse maxime « Big Brother is watching you ». Cette fanfiction est une réflexion très contemporaine sur la place prépondérante des médias et la manière dont les personnes ont de s'intéresser à la vie d'autres sans la moindre pudeur. Je ne dis pas que ça sera simple à comprendre (et parfois je m'emmêle moi-même), mais j'espère que ça vous plaira suffisamment pour que vous me rejoigniez dans cette nouvelle aventure.

Le mot du bêta – Eymeric : Mon premier projet en tant que bêta de notre chère (aka Domina) ! L'honneur est immense ! Cette nouvelle fanfiction, ça va être de la balle, de la dynamite, et j'espère que comme moi vous aurez hâte de découvrir la suite. J'en profite pour dire merci à tous les lecteurs, puis à évidemment, notre grande prêtresse ! Le mot de la fin sur ce premier chapitre ? Prometteur. Allez, bande de gens, régalez-vous !

NYX IS WATCHING YOU

« Y avait-il vraiment des montagnes d'or magique enterrées à des kilomètres sous leurs pieds ? Y avait-il vraiment des boutiques qui vendaient des grimoires et des balais volants ? N'était-ce pas plutôt une farce énorme que lui avaient faite les Dursley ? Si Harry n'avait pas su que les Dursley ne possédaient pas le moindre sens de l'humour, il aurait pu le penser. Même si tout ce qu'avait pu lui raconter Hagrid jusqu'à maintenant était incroyable, Harry ne pouvait s'empêcher de lui faire confiance. » Harry Potter à l'école des sorciers, chapitre V, ''Le Chemin de Traverse''.

CHAPITRE I

« On ne supporte plus aujourd'hui de voir des acteurs exprimer de fausses émotions. On s'est lassé de la pyrotechnie et des effets spéciaux. Et même si le monde dans lequel il évolue est plus ou moinsartificiel, en ce qui le concerne, [Harry] ne triche jamais. Aucun script. Aucune note. Ce n'est pas toujours du Shakespeare, mais c'est authentique. C'est la vie d'un homme. Nous avons appris que, pour se rassurer, des gens ne l'éteignent pas de la nuit... » – Christophe, in. The Truman Show.

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Nyx Sommerhearst – d'aussi loin qu'elle pouvait s'en souvenir – avait toujours adoré la télévision. Il s'en dégageait une chaleur indescriptible, que cela soit dans les inflexions de voix des présentateurs, des couleurs tapageuses des publicités ou des horribles cliffhangers des séries. Mais celle qu'elle aimait par-dessus tout était sans aucun doute « Harry Potter ».

Tout le monde ici, et dans plus de quarante-sept pays étrangers, suivait les aventures du jeune Harry en direct via la chaîne câblée. Lors des vacances d'été, il ne se produisait jamais rien d'extraordinaire. Pourtant les téléspectateurs s'étaient progressivement attachés à ce jeune homme altruiste et courageux. La planète entière a eu un œil sur Harry depuis le jour même de sa naissance.

La mère de Nyx racontait toujours avec une petite voix émue la soirée où on vit pour la première fois le visage de ce petit ange médiatique. Son prénom avait été choisi par un sondage : Mrs Sommerhearst avait opté pour « Dean », comme plus de trois cent mille votants. Néanmoins « Harry » avait obtenu un plébiscite écrasant. Afin de satisfaire les quelques mécontents, les personnages secondaires de l'épopée furent affublés des prénoms de la liste d'origine.

Il y a deux ans, Nyx et ses parents avaient gagné un grand jeu leur permettant de passer une semaine entière dans les décors du fameux collège de sorcellerie Poudlard. C'est d'ailleurs pour cette raison que Harry ne pouvait pas passer l'été là-bas car l'école se transformait alors en un vaste parc d'attractions. Mr et Mrs Sommerhearst y avaient dépensé plus d'un mois de salaire en produits dérivés, restauration « sorcière », vêtements et uniformes. Les photos de leur voyage étaient accrochées au-dessus du manteau de la cheminée, tout près des premiers pas de leur fille unique sur le sable humide des plages du Kent.

Lorsque le bus scolaire finit par ralentir devant sa maison, Nyx bondit en dehors sans prononcer le moindre mot à ses amis. La voiture de son père était garée dans l'allée fleurie et il en déchargeait un énorme carton.

– Ah, tiens te voilà ! Regarde ce que j'ai là.

Nyx n'avait pas envie d'attendre ne serait-ce que la moindre seconde. D'ici moins d'une heure commencerait la prochaine saison en direct de « Harry Potter ». En ce moment même, le making of devait débuter sur la chaîne avec l'interview de quelques acteurs ayant quitté le projet au cours de l'année passée. Nyx avait beaucoup pleuré lorsqu'ils avaient décidé de faire mourir l'acteur jouant Cédric Diggory.

C'est vrai qu'il n'était pas très utile pour le bon déroulement de l'intrigue principale, mais Harry avait eu l'air profondément secoué par cette perte qu'il s'imaginait sans doute irréversible. En fait, « Cédric Diggory » – qui s'appelait en réalité Roy – avait déniché pas mal de contrats de films et menait la grande vie du côté de Chicago. Il s'était lassé de jouer le Poufsouffle au grand coeur. Nyx l'avait lu dans un magazine people chez le dentiste. Elle finit par rajuster la lanière de son sac à dos sur son épaule et s'approcha du carton :

– Une nouvelle télé ! s'écria son père. Encore plus grande que celle qu'on a déjà. Bon, c'est une petite folie, c'est vrai... Mais je suis certain que ta mère l'adorera en la voyant toute installée pour ce soir. Il faut bien fêter le retour de Harry sur les écrans comme il se doit, non ?

Mr Sommerhearst souleva le carton tandis que sa fille lui ouvrait la porte. Il se fraya un chemin à travers le corridor et, grâce à ses aptitudes en mécanique, réussit à rapidement brancher la télévision à la place de l'ancienne. Nyx sursauta en entendant la voix du producteur aussi clairement que s'il se tenait à ses côtés.

– Pas mal, non ? ajouta son père en rangeant le papier bulle. Je vais aller me chercher une bière. Tu me diras ce que j'ai manqué.

Nyx s'assit en tailleur sur l'épais tapis et commença à faire des nœuds avec les fibres, hypnotisée par le visage anguleux et légèrement émacié du producteur et scénariste du projet. Andrew Burst se tenait droit dans son fauteuil en face du présentateur Mike Flickerman. Le producteur l'écoutait plus qu'il ne parlait.

Bonsoir à tous ! s'exclama Mike Flickerman. Bienvenue dans notre grand forum où toutes les questions concernant Harry Potter seront abordées. C'est à un événement exceptionnel que je vous conduit ce soir car il s'agit de l'interview exclusive de celui qui en est le concepteur et créateur... Donc, sans perdre un instant, rendons-nous en direct dans la régie lunaire située au-dessus du studio de Little Whinging pour y retrouver le plus grand télévisionnaire de notre époque, l'architecte et le maître d'oeuvre de ce monde, j'ai nommé Andrew Burst ! (Ce dernier salua poliment la caméra sous un tonnerre d'applaudissements) Dans moins d'une heure, nous aurons le droit aux premières images de la quinzième saison de Harry Potter. Rappelons aux téléspectateurs qui n'étaient pas devant leurs écrans en ce début d'après-midi que le nom de cette édition a été divulgué. Il s'agira de « Harry Potter et l'Ordre du Phénix ». Andrew Burst ici présent nous a donné quelques vagues indices sur cette année qui s'annonce d'ores et déjà riche en rebondissements. Mais avant ça, faisons un petit point sur le choc émotionnel qu'a vécu Harry à la mort de Cédric. Il... Il est toujours secoué, n'est-ce pas ?

Oui, Mike, avoua le producteur apparemment mal à l'aise. Mais c'était une main d'oeuvre nécessaire pour que son caractère se forge pour la suite... des évènements qu'on prépare, dirons-nous. C'est vrai que Harry a toujours manifesté un caractère assez emporté. C'est quelqu'un de bon et il le sait au fond de lui. Nous voulions juste le confronter à ses limites, lui montrer que tout n'est pas aussi parfait qu'il l'imagine dans le monde sorcier.

Mr Sommerhearst se laissa tomber sur le canapé et décapsula sa bière. Nyx leva les yeux au ciel, s'exaspérant de l'entendre boire aussi bruyamment.

Est-ce que le personnage de Cédric Diggory reviendra sous une autre forme ? Je veux dire, vous faites souvent apparaître les « parents » de Harry dans ses rêves, sous forme de fantôme, ou encore cette scène très émouvante avec le miroir du Risèd ! D'ailleurs, je pense que tout le monde se demande comment vous faites pour contrôler les pensées du jeune Harry...

Nous ne contrôlons pas ses pensées, ses désirs ou ses songes... Notre technologie nous permet juste de les orienter. Par exemple, avec ses rêves nous avons inventé des sortes de patchs neurotransmetteurs qui se trouvent dans son oreiller ou quelques-uns de ses pulls épais. Ils envoient des ondes qui stimulent des aires cérébrales visuelles... Puis on y projette directement une séquence vidéo très courte et aux images subliminales que nous avons préenregistrée les mois précédents. Les rêves de Harry sont toujours très complexes à réaliser ou à diffuser. Nous ne sommes jamais bien sûr que le message ait bien pénétré jusqu'au moment où il en parle avec Ron ou Hermione. En fait, nous ne pouvons jamais être certains de ce que Harry pense... et c'est ça la beauté de ce spectacle. Il détient le libre arbitre.

Parlons justement de ses amis. La relation qu'il entretient avec Ron s'est largement détériorée au cours de la quatrième année à Poudlard. Pourquoi avoir fait ce choix scénaristique ? Je veux dire, Ron a toujours été un des personnages favoris des téléspectateurs... Était-ce vraiment utile d'isoler Harry dans un moment où il aurait besoin d'être entouré ?

Pour tout vous dire, Mike, je n'étais pas aux commandes lorsque mes scénaristes ont pris cette décision. J'étais coupé du monde pour des raisons médicales. Maintenant que cela va mieux, je suis bien décidé à reprendre les choses en main, expliqua Andrew Burst avec cette voix toujours très calme. Et puis, j'ai eu le temps de songer à de nombreuses nouveautés ! Mais en ce qui concerne le personnage de Ron, disons que cette rupture était nécessaire pour qu'on puisse explorer de nouvelles facettes de sa personnalité et mieux apprécier par la suite ses qualités. Ron n'est pas que le gentil garçon qu'on s'imagine... Il y a un peu de noirceur au fond de son cœur et il lutte pour rester quelqu'un de bien. C'est un peu ça que mes collaborateurs et moi-même voulions démontrer.

– J'ai raté quelque chose ? s'écria la voix de Mrs Sommerhearst depuis l'entrée.

– Pour l'instant, non, répondit Nyx.

– Oh, John, tu as acheté une nouvelle télé !

– Joyeux anniversaire en avance, ma chérie. Et bon Harry Day !

Mrs Sommerhearst arborait un large sourire tandis que ses doigts parcouraient le téléviseur. Son époux avait toujours des idées très originales pour le « Harry Day ». Chaque trente-et-un juillet – et ce, depuis quinze ans – il lui concoctait une petite surprise en rapport avec sa télé-réalité favorite. Il y a deux ans, John l'avait emmené dîner dans une reconstitution du Chaudron Baveur.

Mrs Sommerhearst enleva sa veste ainsi que ses petits escarpins et alla se lover dans un des fauteuils après avoir déposé un baiser sur les lèvres de son époux. Nyx augmenta le volume tandis que la caméra zoomait sur le visage sérieux de Andrew Burst :

Tout d'abord, nous avons été assaillis de questions sur le titre de cette nouvelle édition. Qu'est-ce que l'Ordre du Phénix ? Est-ce que Vous-Savez-Qui est réellement revenu ? Et tant d'autres questions que vous découvrirez au fil des épisodes... Tout ce que je peux vous dire, c'est que des pièces inédites dans le château ont été aménagées cette année, que l'équipe a mis au point de nouveaux effets spéciaux et qu'il y aura tout un panel de nouveaux personnages. Je peux d'ores et déjà vous toucher quelques mots de Maggy Trofman qui interprétera Luna Lovegood. Rappelons que Maggy a joué dans déjà pas moins de huit films, dont deux récompensés... Luna sera la nouvelle amie de Ginny. Disons que les fans déploraient le manque de profondeur de la benjamine Weasley et que l'intrigue était toujours centrée sur les mêmes. Nous allons donner du relief à tout ça en intégrant des élèves à Poudlard, visiter des lieux du monde magique comme l'hôpital Sainte-Mangouste...

On verra un hôpital ? Quelqu'un va mourir ? suggèra Mike, subitement affolé.

Andrew Burst eut un petit rire amusé et reprit :

Disons que j'ai été pleinement inspiré durant mon rétablissement.

Harry ne trouvera-t-il pas ça étrange de voir apparaître tout un tas de personnes autour de lui, comme par... magie ?

Je connais Harry mieux que quiconque, Mike. Et croyez-moi qu'il ne se doutera absolument de rien.

Mike adressa un clin d'oeil complice à la caméra et il annonça la première séquence publicitaire.

– Oh, j'espère qu'il ne vont pas faire souffrir mon pauvre chou, minauda Mrs Sommerhearst. Il a déjà tant traversé avec leurs idées sordides de l'an dernier... L'enfermer dans un labyrinthe alors qu'il a passé la majorité de son enfance dans un placard, non, mais on aura tout vu !

Nyx était sans doute trop petite pour s'en souvenir, mais il était vrai que Harry Potter avait passé ses premières années dans un placard sous l'escalier de son supposé foyer. Beaucoup d'associations de protection pour l'enfance s'étaient révoltées de voir un petit garçon dormir dans des conditions aussi spartiates sous le nez de millions de gens à travers le monde.

Mais Andrew Burst Production était le seul tuteur légal de cet orphelin, marionnette de la plus grande chaîne télévisée mondiale. Andrew Burst était un riche milliardaire ayant fait fortune en mettant au point une nouvelle technologie du réseau internet sans fil. Il possédait à présent pas moins d'une vingtaine de villas et pied-à-terre sur le globe ainsi qu'une université et une fondation éponyme.

Cette fondation recueillait les personnes défavorisées et s'occupait d'orphelins. C'est là-bas que Harry était né, un 31 juillet particulièrement ensoleillé. Il avait été choisi – d'après des critères tous plus pointus les uns que les autres – parmi un groupe de pas moins de dix-neuf poupons.

D'abord, les téléspectateurs avaient pu voter pour « 1. Une fille » ou « 2. Un garçon ». Mrs Sommerhearst avait fiévreusement appuyé sur le bouton « 2 » de son téléphone jusqu'à trois heures du matin sans imaginer que quinze ans encore plus tard, son petit protégé évoluerait dans un monde fictif bâti et en partie financé par ses soins.

En effet, créer le monde magique et tout ce qui avait trait à Harry Potter avait coûté des centaines de millions de dollars (et engrangé des sommes tout aussi colossales). Alors, Andrew Burst avait eu la bonne idée de rendre cette télé-réalité participative afin d'amoindrir les frais : chaque téléspectateur pouvait donner une petite somme d'argent chaque année en échange de votes supplémentaires.

En clair, le moindre habitant sur terre devenait actionnaire et propriétaire de la vie de Harry. Les parents de Nyx ne trouvaient aucun problème à cela bien qu'ils soient tous deux enseignants. Au contraire, pour eux cette émission avait permis à Harry de trouver un sens à sa vie, d'être aimé et de ne pas avoir à dépérir entre les murs impersonnels d'un foyer gouvernemental.

Mrs Sommerhearst entama une conversation animée avec son mari sur le rôle que pourrait bien avoir Hermione cette année et s'il y aurait un arc concernant sa romance avec Viktor Krum. La passion de Mr et Mrs Sommerhearst pour le show était sans faille : ils avaient acheté les collections DVD, participé à quelques plateaux télés côté spectateurs et avaient même fait auditionner Nyx pour être une élève figurante du château Poudlard.

Nyx – beaucoup trop nerveuse ce jour-là – avait fondu en larmes devant une dizaine de spécialistes. Elle se souviendrait toujours de l'énergie qu'elle avait mise dans ses répliques toutes plus vides de sens les unes que les autres.

Selon ce qu'on lui avait dit, son rôle était de ne strictement rien faire si ce n'était de déambuler de manière naturelle dans le château, de faire partie de la masse estudiantine et de pouvoir alimenter une conversation banale sans évoquer le monde en dehors du biome dans lequel est confiné Harry sous peine de terribles sanctions...

C'était arrivé une fois au premier acteur qui jouait Albus Dumbledore. Il avait été aussitôt remplacé par un autre tout à fait semblable sans même que Harry ne le remarque ou en fasse l'allusion. Durant la publicité, la mère de Nyx commanda une pizza et alla chercher dans le coffre un plaid afin de couvrir ses jambes.

– J'ai hâte qu'il dévoile le scrutin du Harry Day, ajouta Mr Sommerhearst entre deux gorgées de bière. J'ai envie que Neville gagne, je l'aime bien ce petit.

– Je veux que ça soit Draco ! s'exclama Nyx, des étoiles dans les yeux.

– Draco est tout simplement insupportable, marmonna sa mère.

Nyx pouvait discuter avec elle d'à quel point elle pouvait avoir tort : Draco était sans aucun doute l'un des personnages les plus paradoxaux de la téléréalité (après Rogue, bien sûr). Nyx adorait le jeu de cet acteur, le mépris qui suintait de chacun de ses mots et de ses constants regards furtifs vers Harry.

Oh, bien sûr, Nyx déplorait qu'ils ne soient pas amis... Mais ça, c'était à cause de gens comme sa mère. Il y a cinq ans, quand Harry avait découvert le château Poudlard, les téléspectateurs avaient eu le choix entre deux options : « 1. Envoyer Harry à Gryffondor » ou « 2. Envoyer Harry à Serpentard ». Encore une fois, la majorité avait parlé... Nyx ne serait jamais satisfaite de ce choix. Elle était convaincue que si certains avaient pris le risque de voter « 2 », la série aurait considérablement pris en relief.

Et puis... Il y aurait plus eu de scènes avec son Draco. Des posters de lui recouvraient les murs de sa chambre et elle rêvait de pouvoir l'apercevoir à nouveau lors d'une des conférences de Noël. À cette période, le château Poudlard se vidait de quasiment tous ses acteurs qui s'occupaient d'assurer la promo ailleurs. Il n'y avait que Harry et son noyau solide d'amis (en général Hermione, les enfants Weasley et une poignée de dizaines de figurants) qui restaient là-bas pour assurer la Quotidienne.

Les cadeaux que recevait Harry étaient choisis au préalable par un collège d'actionnaires privilégiés tirés au sort chaque année. Mr Sommerhearst avait été fou de jalousie de n'avoir jamais gagné cette tombola. Il rêvait de pouvoir envoyer à Harry une boîte de chocolats explosifs. La publicité fut interminablement longue, vantant une farandole de produits dérivés du monde Harry Potter. La famille Sommerhearst les regardait filer sans le moindre intérêt, les ayant tous et parfois même en double.

– Nyx, tu as fait tes devoirs ? demanda Mrs Sommerhearst en regardant d'un air agacé son vernis s'écailler.

– Le prof a oublié de nous en donner. Il est parti comme une fusée cinq minutes avant la sonnerie pour rentrer chez lui en évitant les embouteillages. Il nous a juste souhaité un joyeux Harry Day avant de disparaître. Je crois que demain, à l'école, tout le monde parlera de ça.

Le téléphone se mit à sonner et Mr Sommerhearst soupira. Il détestait être dérangé en ce jour si particulier.

– Allô ? Oui, ça va... Merci, joyeux Harry Day à vous aussi... Je vous la passe.

Il tendit le combiné à sa femme.

– Ta mère.

– Oh, Maman ! Joyeux Harry Day ! Oui, la télé est allumée. John en a acheté une toute nouvelle pour l'occasion... Tu sais bien qu'on t'aurait invitée, mais cette année c'est vraiment quelque chose d'informel. Je pense qu'on fera un barbecue lundi soir, pour fêter la rentrée de Harry à Poudlard. On invitera sans doute quelques voisins... Mais oui tu peux venir Maman. Quoi, John ? Tu ne vas pas remettre ça sur le tapis ! Alors, tu as voté pour qui cette année ? Fred ? Moi aussi je l'adore, mais j'ai préféré voter pour Sirius... Comment ça, je suis folle, Maman ? Harry a bien le droit à un peu de bonheur parmi les siens, non ? Et comment va Papa ?

Nyx perdit le fil de cette conversation et attendit patiemment que la chaîne remette les images du plateau bondé de Mike. Elle eut une grimace désagréable lorsqu'ils dévoilèrent le scrutin annuel : le personnage de Draco n'était arrivé que quinzième.

Hermione Granger semblait indétrônable, et pourtant, Dieu seul sait à quel point elle pouvait être agaçante... Sa mère finit par raccrocher peu de temps avant l'annonce du décompte. La nouvelle saison de Harry Potter allait commencer.

– J'ai tellement hâte ! s'écria Mrs Sommerhearst.

Dix... Neuf... Huit... Sept...

Dehors, les voisins hurlaient également le compte à rebours, comme sans doute des millions d'autres personnes à travers le monde. Le cœur de Nyx battait dans sa poitrine. Elle allait revoir Harry.

Six... Cinq... Quatre... Trois...

Les yeux de Mr Sommerhearst étaient écarquillés par l'excitation, serrant un peu trop fort sa cannette de bière.

Deux... Un... Zéro !

L'écran devint brusquement noir. Puis tout à coup apparut la silhouette étendue de Harry Potter au milieu d'un massif de fleurs, à la hauteur du numéro 4 de Privet Drive.

Oooo

– Déclinez un peu le soleil, indiqua Andrew Burst à un des ingénieurs en machinerie. Harry transpire un peu trop et ça ne fait pas de bons reflets sur la caméra... Retardez juste la nuit d'une vingtaine de minutes. Transmettez par oreillette aux Dursley de faire des commentaires sur l'absence de Harry dans la maison et d'augmenter le volume de la télévision.

Aussitôt, les acteurs s'exécutèrent et Harry sembla être brusquement attentif aux informations délivrées par le journal. Cet été, Andrew avait donné l'instruction à la famille des Dursley de durcir le ton avec Harry. Le producteur pensait ainsi le forcer à sortir de ses gonds et exploser, donnant lieu à des scènes mémorables.

Pourtant, Harry avait conservé un calme olympien, ignorant toutes les attaques dont il était le principal sujet. Il avait préféré errer dans le quartier sans réel but précis. Andrew était toujours très inquiet de voir Harry s'éloigner du 4 Privet Drive. Il gardait un souvenir particulièrement amer où, lors de sa troisième année à Poudlard, Harry avait voulu fuir de la maison de son oncle et sa tante après avoir fait gonfler le mannequin de la tante Marge comme un ballon.

Cette séquence avait été très drôle, mais les retombées beaucoup moins. Harry avait voulu fuir. Andrew se souviendrait toujours de ses spasmes angoissés en voyant son protégé filer à travers les rues de Little Whinging avec son énorme malle.

L'invention du Magicobus était due aux circonstances. La réunion de crise de ce soir-là avait nécessité une montagne d'ingéniosité. Depuis, Andrew Burst regrettait constamment de ne pas avoir implanté une micro-puce dans la jambe de Harry lorsqu'il n'était encore que tout bébé. Ça aurait facilité pas mal de choses... Ses collaborateurs et lui y songeaient de plus en plus sérieusement et avaient prévu de planifier cette opération dès que Harry retournerait à l'infirmerie de Poudlard.

L'équipe faisait tout son possible pour enraciner au mieux Harry dans le monde qu'il connaissait. Tout ce que Andrew Burst craignait, c'est que Harry prenne avec l'âge la décision de quitter le biome en voulant faire un voyage à l'étranger... Il s'employait à ce que cela n'arrive jamais.

– Tout est prêt, monsieur, indiqua un des assistants.

– Très bien, actionnez la détonation.

Aussitôt, un craquement sonore brisa comme un coup de feu le silence endormi. Harry se redressa et, comme prévu, dégaina sa baguette magique. Andrew le connaissait parfaitement et pouvait, en lançant un simple coup d'oeil à la caméra, anticiper chacune de ses réactions. Pas que Harry soit absolument prévisible, au contraire... Mais Andrew Burst était entré dans son esprit, avait sondé ses hontes et ses peurs, pouvait brosser un portrait psychologique de Harry sans la moindre hésitation car c'est lui qui l'avait ainsi façonné. Le producteur n'accorda pas la moindre attention au moniteur lorsque les gros doigts boudinés de Mr Dursley s'emparèrent du cou de Harry : il avait répété cette scène une bonne centaine de fois pour être certain de ne pas trop lui faire de mal.

– Monsieur Burst, prononça une jeune fille peu certaine du ton à adopter. Nous avons quelques difficultés techniques avec la mise en scène des Détraqueurs... Ils ne sont pas au point pour ce soir. Le machiniste pense qu'il vaudrait mieux attendre demain, pour être certain que...

Hors de lui, Andrew Burst la poussa sur le côté afin de se frayer un chemin parmi la fourmilière de travailleurs du monde de Harry Potter. Le biome technique central était situé juste au-dessus de Poudlard, mais les maisons filles étaient dispatchées entre Little Whinging, le Terrier et d'autres lieux encore...

On y accédait par voie souterraine : une galerie impressionnante de métros électriques sillonnait ce gigantesque studio. Le biome de Little Whinging n'était que très peu concerné par les effets spéciaux et cela se voyait par sa relative petitesse.

Andrew Burst avait constamment l'impression qu'ils se marchaient dessus. Il finit par arriver dans le sous-sol technique – flanqué par son nuage d'assistants gravitant autour de lui. Là, des ingénieurs, scientifiques et concepteurs de marionnettes, s'acharnaient à donner vie à deux spectres de la mort.

Les Détraqueurs étaient recouverts d'un voile sombre tissé par une maison de haute couture avec de la fibre novatrice pour donner cette illusion vaporeuse. Ce qui était le plus impressionnant consistait en leur bouche béante et répugnante qui donnait froid dans le dos. Cette rencontre, Andrew Burst la préparait depuis un an et demi et il ne voulait absolument pas la remettre à demain à cause de l'incompétence de son équipe.

– Comment ça ce n'est pas prêt ? tonna-t-il en descendant les escaliers de la passerelle métallique. Je croyais qu'on n'avait plus à en parler, n'est-ce pas ? Vous m'aviez dit que...

– Je sais ce que j'ai dit monsieur Burst, répondit un scientifique au front dégoulinant de sueur. C'est juste que... qu'on a constaté quelques dysfonctionnements sur un des appareils. Il ne veut pas tourner à cent-quatre-vingts degrés et reste assez statique par rapport à l'autre. Peut-être que Harry sera trop effrayé pour y être attentif mais les téléspectateurs, eux, ne seront pas dupes... Ils attendent quelque chose s'approchant du vrai et... et si une des marionnettes qui est censée l'attaquer reste à flotter dans les airs sans rien faire de particulier ils trouveront ça trop facile et même... décevant pour un Harry Day.

– Je ne vous PAIE PAS pour réfléchir à MA PLACE. Vous avez une journée supplémentaire pour corriger ce problème ou vous pouvez vous considérer comme licencié. Qu'est-ce que je vais faire alors, hein ? Si cette première journée est absolument vide de péripétie ? Dehors, des millions de gens ont les yeux rivés vers leur télévision à attendre qu'un truc se passe, BORDEL ! Si quelqu'un a une idée, il faut le faire savoir MAINTENANT !

– P-Peut-être que... que vous pourriez provoquer une rencontre, suggéra un stagiaire les yeux rivés vers ses tennis. Ou faire parvenir à Harry un courrier concernant des nouvelles du monde sorcier.

– Toi, dehors, dit le producteur en désignant la porte de son index.

Furieux, Andrew Burst remonta dans la salle de contrôle et s'assit à sa table de commande, micro en main. Il tapota nerveusement le rebord de son bureau, cherchant une idée. Ici, il était Dieu et le monde entier était suspendu à ses lèvres.

– Endormez Harry.

– Q-Quoi ? s'étrangla un des scénaristes. Mais l'émission vient à peine de commencer et...

– ENDORMEZ-LE ! Et faites passer le mot à l'équipe régisseuse du Ministère d'organiser une scène de rencontre entre Albus Dumbledore et Cornelius Fudge. Indiquez à la voix off de lire le libellé de transition numéro 47. Et ne restez pas planté là pendant que j'essaie de rattraper vos incompétences. On ne peut pas aller plus loin tant que les Détraqueurs ne sont pas en place... Ensuite, je veux que vous organisiez une mise en scène avec Voldemort et ses Mangemorts aux alentours de vingt-deux heures. Dites à la rédaction de préparer un numéro de la Gazette du Sorcier et d'y insérer un article sur...

– Monsieur Burst, interrompit une assistante particulièrement petite, avec tout le respect que je vous dois... envoyer à Harry un nouvel exemplaire de la Gazette est une perte de temps dans notre planning. Il ne les lit même plus depuis plusieurs semaines... Il les jette par terre en lisant juste la Une. C'est une démarche beaucoup trop chronophage d'actualiser les numéros si c'est pour que... pour que tout notre travail se retrouve à la poubelle.

– Harry ne les lit pas encore pour l'instant. Mais il sera amené à regretter son geste en découvrant tout ce qu'il a raté. Il n'est pas question que l'on bâcle un détail de cette importance. Harry s'imagine payer un abonnement pour la Gazette et nous nous devons de le respecter, peu importe les frais. Ce lancement de saison est le plus déplorable que l'on n'ait jamais connu... (Burst ignora la jauge d'audimat qui clignotait à une hauteur vertigineuse depuis plusieurs minutes) Je n'aime pas les imprévus alors je me raccroche à ce que je maîtrise. Demain, je veux que tout soit parfait et si un seul détail – même un retard de la Gazette – viendrait empiéter ça, vous pourrez dire adieu à vos primes du Harry Day.

Oooo

Comme l'avait prévu Nyx Sommerhearst, le lendemain matin tout le monde parla du Harry Day au collège. Les enseignants semblaient tous plus distraits les uns que les autres et prêts à dévier du cours à la moindre allusion à l'émission (Le professeur de Sciences, en allumant la télévision, s'était arrêté pendant une bonne dizaine de minutes sur la chaîne câblée. Il avait soupiré en regardant Harry grignoter quelques toasts, le regard dans le vague. Ce n'est que plus tard qu'il glissa la K7 vidéo dans le lecteur pour débuter la leçon concernant le mode d'habitat des amphibiens).

Vers la pause de onze heures, Nyx et ses amis s'étaient réunis près du terrain de basket pour regarder sur leurs téléphones portables le direct de l'émission. Harry s'était mis en tête de vagabonder dans les rues désertes de Little Whinging. Même si dans le monde réel on était déjà à la mi-septembre, pour lui son calendrier était encore bloqué à l'été.

Grâce aux machines, la production pouvait contrôler la météo et la durée des journées, au plus grand plaisir des téléspectateurs. Nyx aurait pu trouver ça inintéressant de regarder un garçon de son âge marcher sans but précis, pourtant, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer à quoi il pouvait bien songer. Il avait l'air si triste et... désemparé.

En consultant le site internet de l'émission, Nyx remarqua d'emblée le long bordereau violet annonciateur d'un événement capital pour l'intrigue à venir. C'était un moyen fiable de prévenir les téléspectateurs que se produirait d'ici les prochaines heures un épisode crucial et qu'il ne fallait pas perdre patience.

En cours de littérature, la professeur leur avait donné un exercice d'écriture concernant cette journée très spéciale : « A votre avis, que se passera-t-il cette saison dans Harry Potter ? ». Puis elle était partie rejoindre ses collègues à la machine à café, riant allègrement des dernières nouvelles minutes par minutes tout en laissant la porte de la salle de classe grande ouverte. Même à la cantine ils avaient fait un repas pour l'occasion. Nyx acheva ses questions d'Histoire sur le coin de la table, entre deux bouchées de tarte à la rhubarbe. Le professeur d'Histoire était le seul qui, à sa connaissance, détestait tout ce qui avait a trait à Harry Potter. Il n'était jamais très loquace sur le sujet et l'évitait autant que possible.

Mr Sommerhearst – qui le connaissait assez bien – disait que c'était sa morale intransigeante qui l'empêchait de cautionner le cloisonnement d'un enfant pour la distraction d'autres. Mr Sommerhearst enseignait la mécanique et les sciences techniques dans le lycée professionnel un peu plus bas dans la rue. Il était très aimé de la plupart de ses élèves et présidait l'association de Muggle Quidditch à Sinuesa Valley.

L'équipe de leur ville s'appelait les Comètes d'Orion. Nyx s'occupait de l'entretien du matériel tout en lorgnant sur Kendall Bradsprit, le poursuiveur et capitaine. Kendall était très populaire à Sinuesa Valley. Il jouait le personnage de Blaise Zabini – un des amis de Draco Malefoy. On ne le voyait pas très souvent à l'écran, mais dans le coin, c'était une véritable petite célébrité.

Kendall avait réussit là où Nyx avait pitoyablement échoué : devenir figurant dans la plus grande émission de télé-réalité jamais tournée. Kendall, en plus de ses facultés en Muggle Quidditch, se présentait cette année pour être président du comité des élèves de son établissement. Nyx adorait Kendall et ses blagues idiotes. Elle pouvait les ressasser plusieurs jours durant et se mettre à glousser à propos de rien toute seule dans sa chambre en y repensant.

Nyx avait hâte d'être au barbecue de ce week-end car Kendall y était invité, ainsi que tous les autres membres de l'équipe de Muggle Quidditch de Sinuesa. Ça s'annonçait grandiose. Nyx avait déjà prévu de faire un petit caprice à son père afin qu'il lui achète une robe neuve pour l'occasion.

Lorsque la sonnerie de fin des cours retentit, elle se précipita hors du collège. À sa plus grande surprise, la voiture de sa mère était garée un peu plus loin sur le parking et elle lui faisait de grands signes de la main. Nyx s'approcha et déposa une bise sur sa joue, faisant alors glisser ses immenses lunettes de soleil.

Sur la banquette arrière de sa vieille Ford Anglia (qu'elle avait acheté aux enchères pour avoir la même que Mr Weasley), était empilée une montagne de cahiers recouverts d'écriture enfantine. Mrs Sommerhearst s'occupait des gamins du cours élémentaire de Sinuesa et était une des conseillères municipales de la ville. C'était d'ailleurs elle qui avait lancé – une dizaine d'années plus tôt – l'idée du barbecue d'inauguration.

– Tu as passé une bonne journée ? demanda Mrs Sommerhearst en faisant une marche arrière.

– Mmh, ça peut aller. Mais j'aurais imaginé que ça aurait été mieux, tu vois... C'était un peu ordinaire pour un Harry Day.

– J'ai consulté leur site ce midi... Il semblerait qu'ils prévoient quelque chose dans la soirée. J'espère que ton père ne rentrera pas trop tard de son entraînement de Muggle Quidditch. Ces gamins ont tendance à un peu trop l'accaparer ces derniers temps avec la préparation du prochain tournoi.

Le centre-ville de Sinuesa Valley était bondé en cette heure de la journée et tout ce dont avait envie Nyx était de rejoindre sa chambre pour dessiner un peu.

– Tu veux qu'on aille manger une part de gâteau au café ? proposa Mrs Sommerhearst. Betty prétend qu'elle ne te voit pas assez et je suis sûre que ça lui fera très plaisir de...

– Je veux rentrer à la maison.

– Toi, tu es préoccupée par quelque chose, n'est-ce pas ?

– C'est juste que... que mon professeur d'Histoire nous a parlé de choses en classe et j'arrête pas d'y penser.

La voiture ralentit au feu rouge et Mrs Sommerhearst demanda :

– Quoi comme chose ?

– Il dit que... Il dit que regarder Harry Potter c'est participer à la destruction de l'humanité, du libre arbitre et qu'on n'a pas le droit de décider pour quelqu'un de ce que doit être sa vie.

– Greg est..., soupira Mrs Sommerhearst, est un utopiste né ! Chérie, tu crois que tout le monde sur cette planète choisit réellement ce qu'il a envie de faire de son existence ? Tu vois Betty, elle est serveuse depuis vingt-cinq ans. Au lycée, elle était une cheerleader promise à un avenir glorieux au bras d'un homme tout aussi splendide. Mais sa mère a eu un cancer du sein et... et ses frères et sœurs se sont retrouvés un peu livrés à eux-mêmes. Betty a dû renoncer à ses rêves. Elle n'a pas eu le choix.

Nyx réfléchit.

– Non... au contraire. Betty a eu le choix entre partir pour vivre sa propre vie et rester pour aider les siens. Elle a choisi d'être ce qu'elle est aujourd'hui. Ça l'a forgé.

– Nyx, tu ne sais absolument pas de quoi tu parles. Ce n'est pas... Ce n'est pas le schéma du verre à moitié plein ou à moitié vide. C'est beaucoup plus complexe. Harry est quelqu'un de spécial. Et sa vie c'est... c'est ce monde, c'est la magie. Andrew Burst lui a laissé le choix d'y croire ou non quand Hagrid est venu le chercher pour lui annoncer qu'il était un sorcier. Il lui a bien dit qu'il pouvait rester auprès des Dursley s'il le préférait.

– Oui, et s'il avait refusé de le suivre tu crois vraiment que la production serait naturellement passée à autre chose. Je crois que mon prof a raison... On veut nous faire croire que c'est lui qui emprunte un chemin, mais en réalité on l'y pousse.

– Et donc maintenant que tu en es venue à cette conclusion, tu vas boycotter l'émission ?

Cette possibilité n'avait jamais effleuré Nyx. Depuis sa naissance, elle avait toujours vu Harry à la télévision. Celle-ci était quasiment toujours allumée afin de le suivre en tout instant.

Nyx ne voyait pas son existence sans lui... Il était devenu un peu comme un membre de sa famille, proche et éloigné à la fois. La voiture bifurqua vers le pâté de maisons et Nyx se sentait bizarrement mal à l'aise dès qu'elle se gara dans l'allée.

– Maman...

– Oui, Nyx ? soupira-t-elle.

– Qu'est-ce qui te dit qu'on ne nous contrôle pas nous aussi ?

Mrs Sommerhearst pinça la joue de sa fille et eut un immense sourire :

– C'est normal de se poser tout un tas de questions mais tu t'en poses trop, d'accord ? J'irai voir ton professeur d'Histoire dans la semaine. Ne t'en fais pas, je serai gentille. Je voudrais juste mettre quelques petites choses au point.

Nyx enleva lentement sa ceinture et prit son sac à dos dans le coffre de la Ford Anglia. Elle alla faire ses devoirs dans sa chambre en ignorant soigneusement de croiser du regard les posters de Draco Malefoy et autres membres du casting. Aux alentours de dix-huit heures, Nyx descendit dans la cuisine et mordit dans un cookie.

– Maman, je vais au stade. Je rentrerai avec Papa ! lança-t-elle pour se faire entendre par-dessus le son de la télévision.

– Oui, oui, d'accord. Mets ton casque surtout, hein.

Nyx attrapa sa bicyclette dans le garage et parcourut les rues encore ensolleillées de Sinuesa Valley. Depuis la colline, elle pouvait voir les membres de l'équipe des Comètes d'Orion se balader d'un point à un autre du terrain en se balançant le Souaffle.

Elle déposa son vélo près des gradins et regarda Diana essayer de passer la balle dans un des grands anneaux en bout de terrain. Nyx s'assit sans un mot, le regard perdu dans le vague. Même la musculature discrète de Tommy Fairbanks ne pouvait la distraire... Tout à coup Yohan Peyfer envoya un cognard vers Kendall qui se le prit en pleine tête.

Ce dernier bascula en arrière, les bras en croix, tandis que Mr Sommerhearst poussa un juron. Nyx, qui était au bord du terrain, accourut vers Kendall. Il papillonna des paupières, surpris de la voir là. Il porta sa main à son visage ensanglanté et murmura :

– Putain, c'est un peu comme si... comme si mon visage avait ses règles.

– Kendall, tu es quelqu'un d'absolument répugnant, rigola Nyx en le regardant s'éponger le nez avec un bout de son tee-shirt.

– Pourquoi, tu les as toi ? Allez, aide-moi plutôt à me relever.

Mr Sommerhearst arriva en courant, affolé et ordonna à Tommy d'aller chercher la trousse à pharmacie.

– Non mais c'est pas vrai... C'est pas VRAI ! Combien de fois je vous ai dit de contrôler votre force ? Non mais à croire que ça pénètre pas dans les synapses les plus reculées de votre cerveau. Ça va Kendall ? Tu peux te lever ? On t'emmène à l'hôpital, d'accord ?

– Hors de question que j'aille à l'hosto, m'sieur Sommerhearst. Ma mère risquerait de faire une syncope.

Mrs Bradsprit était infirmière. C'était d'ailleurs elle qui avait fait le dernier vaccin de Nyx. Elle avait remarqué qu'elle avait exactement les mêmes yeux que son fils.

– Bon, l'entraînement est terminé pour aujourd'hui... Rangez le matériel dans la remise. Et qu'est-ce que tu fais ici Nyx ?

– Je suis venue pour vous transmettre la prophétie qu'un poursuiveur se blesserait au visage, répondit-elle d'une voix éthérée, imitant Trelawney. Mais apparemment, je suis arrivée trop tard.

Kendall eut un léger rire tandis que Mr Sommerhearst lui passait des compresses.

– On rentre à la maison. Kendall tu viens avec nous, ma femme va s'occuper de ton nez, OK ?

Mr Sommerhearst attacha le vélo de sa fille à sa voiture pendant que les deux jeunes gens s'asseyaient à l'arrière. Nyx n'avait jamais été seule, ne serait-ce qu'une minute, avec Kendall quelque part et ses mains étaient affreusement moites.

– Ca va tu n'as pas trop mal ?

– Tu sais, j'ai enduré pire que ça lors d'une cascade sur le studio.

– Tu retournes à Poudlard cette année ?

– Mon contrat est juste pour le jeudi après-midi, au double cours de Potions avec les Gryffondor. Sinon je reste à Sinuesa Valley... Mon agent va essayer de faire en sorte que mon personnage prenne plus en importance l'année prochaine. Il dit que ça pourrait être pas mal qu'on me voit plus souvent.

– Ca serait plutôt cool, ouais.

Nyx était sincèrement enchantée à l'idée. Pourtant une autre partie d'elle se disait que si Kendall devenait davantage célèbre, il passerait certainement moins de temps avec l'équipe de Muggle Quidditch et donc avec elle.

– Dis... C'est comment de voler sur un balai ? Pour de vrai, j'veux dire.

Kendall enleva la compresse de son nez, quelques gouttes de sang perlant sur sa lèvre supérieure. Il avait les yeux dans le vague en cherchant sa réponse.

– Disons que c'est vraiment... spécial. Comme si tu faisais des montagnes russes. Je n'ai essayé que deux fois pour le tournage mais c'était vraiment génial. Je pense que je vais économiser pour m'en acheter un vrai.

Les balais fabriqués par les studios Andrew Burst coûtaient plusieurs millions de dollars et seuls quelques privilégiés sur la planète en possédaient. En général, on ne pouvait pas aller au-delà de cent mètres d'altitude et la vitesse dépassait rarement soixante-dix kilomètres par heure... Mais cette invention faisait envie à toutes les personnes regardant la série.

Seuls les membres du casting officiel faisant partie des équipes à Poudlard avaient pu bénéficier de cette technologie innovante. L'année dernière, ils avaient fait la promotion de nouvelles gammes de balais avec la Coupe du Monde de Quidditch. Des sportifs de l'extrême s'étaient donnés à cet exercice avec joie et Mr Sommerhearst avait emmené les Comètes d'Orion dans les gradins. Les billets avaient coûté une véritable petite fortune et ils en remboursaient d'ailleurs encore le crédit.

– Tu penses retenter d'être figurante cette année ?

– Je croyais que le casting était clos, fit remarquer Nyx.

– C'est vrai mais il y en a toujours qui tombent malades, doivent s'absenter une petite semaine pour leur vraie vie... Du coup, parfois ils font des appels à candidature.

– J'ai complètement foiré mon entretien.

– Et alors, tu peux toujours retenter ! Allez, ça sera cool. Il se passera plein de trucs cette année d'après ce qu'on raconte. Et puis on se verra là-bas.

La perspective était tout bonnement alléchante.

– Par contre si tu vas à Poufsouffle, hors de question que je t'adresse la parole.

Nyx éclata de rire au moment où son père entra dans la voiture. Il démarra et un silence très étrange dura tout au long de leur bref trajet. Kendall ne saignait plus vraiment mais se laissa docilement conduire jusqu'à chez eux où le fumet d'un copieux repas les attendait.

Mrs Sommerhearst le soigna rapidement puis ajouta un nouveau couvert sur la table tandis que son mari tournait la télévision vers la salle à manger. Nyx s'assit en face de sa mère, la vue bouchée par la plante verte. La nuit était tombée brusquement sur Little Whinging tandis que Mr Sommerhearst tendait la saucière à Kendall.

Sur l'écran, on voyait Dudley et Harry se disputer à propos des cauchemars que ce dernier faisait la nuit. Nyx détestait les Dursley, même si elle savait que dans la vie de tous les jours les acteurs étaient tout bonnement adorables. Tout à coup, alors que Harry pointait sa baguette magique vers son cousin, les lampadaires s'éteignirent un à un et le ciel devint d'un noir opaque, ne laissant filtrer aucune étoile.

On entendait clairement la respiration précipitée de Harry et Mrs Sommerhearst se cramponnait à sa serviette, les yeux exhorbités. Le sol, les murs tagués, la végétation, se mirent à geler dans l'allée étroite de Magnolia Crescent.

– Qu'est-ce que c'est ? glapit Mrs Sommerhearst.

– Sûrement une solution d'azote liquide très efficace, répondit son époux en enfournant une pelletée de spaghettis dans sa bouche. C'est instantané ces choses-là. Mais un peu dangereux à inhaler. Enfin, ça bloque la respiration, quoi.

– Je parlais de ces choses-là, John ! De ce truc qui vole dans l'allée !

En effet, deux silhouettes encapuchonnées flottaient plusieurs dizaines de centimètres au-dessus du sol juste devant Harry et Dudley. Nyx étouffa un couinement tandis que Kendall restait parfaitement impassible : des Détraqueurs.

Spero Patronum !

Un filet de vapeur argentée jaillit à l'extrémité de la baguette magique de Harry. Le Détraqueur ralentit mais le sortilège ne fonctionna pas. Plus les secondes passaient, plus l'anxiété de Mrs Sommerhearst atteignait son paroxysme.

Au fond d'elle, Nyx se doutait bien que les choses devaient se dérouler d'une certaine manière et que Harry ne craignait presque rien... pourtant le danger semblait omniprésent. Finalement, le cerf argenté apparut et ils poussèrent presque tous un soupir de soulagement. Les Patronus et fantômes étaient des hologrammes téléguidés.

C'était une technologie mise au point par Andrew Burst Production et qui lui rapportait chaque année des milliards de dollars. Grâce à lui, par exemple, le cinéma était entré dans la troisième dimension.

– C'en était moins une, commenta Mr Sommerhearst en voyant Harry soulever son cousin qui simulait un énorme choc.

Les Sommerhearst et Kendall passèrent tout le dîner à regarder la télévision tout en faisant des remarques sur le déroulement de l'émission. Ce n'est qu'aux alentours de vingt-deux heures que John Sommerhearst raccompagna le capitaine des Comètes d'Orion jusqu'à chez lui. Mrs Sommerhearst était restée blottie contre sa fille sur le sofa en regardant les Dursley s'inquiéter sur la supposée absence d'âme chez leur fils.

– C'est dommage qu'on n'ait pas d'elfe de maison pour débarrasser la table, fit remarquer Mrs Sommerhearst.

– On a Papa pour ça, répondit Nyx avec un sourire malicieux.

Les doigts de Mrs Sommerhearst s'égarèrent dans les cheveux de sa fille. Elle n'avait que vaguement haussé des sourcils lorsque celle-ci était revenue de chez une de ses amies avec un dégradé allant du violet au bleu-vert. Mrs Sommerhearst savait d'expérience qu'avec les enfants, il ne servait à rien de se braquer pour des choses aussi futiles. Et puis, grâce à sa nouvelle teinte, elle pouvait clairement distinguer sa fille parmi la marée d'élèves à la sortie du collège.

– Tu comptes inviter des amis au barbecue de ce week-end ?

– Quelques-uns... Juste des filles plus moches que moi en tout cas.

– Mmh, je crois savoir pourquoi. Tu veux que Kendall ne regarde que toi, n'est-ce pas ? devina sa mère. Oh, fais pas cette tête. Je vois très bien qu'il te plaît. Tes yeux brillent comme les spots de Las Vegas dès qu'il est dans les parages.

Elles rirent toutes les deux puis la voix de Vernon Dursley explosa depuis la télévision :

DEHORS ! DEHORS ! J'aurais dû faire ça il y a des années ! Des hiboux qui considèrent cette maison comme leur volière, des gâteaux qui explosent, le salon à moitié en ruine, la queue de cochon de Dudley, la tante Marge qui se promène au plafond comme un ballon et la Ford Anglia qui vole, DEHORS ! Cette fois, c'est fini ! Tu appartiens au passé ! Pas question que tu restes ici avec un cinglé qui te court après...

– Ils vont vraiment..., prononça Nyx, incrédule.

– Chut ! (Sa mère était sur le qui-vive) Je crois qu'ils laissent le choix à Harry de rester ou de quitter le 4 Privet Drive.

– Le quitter ? Mais pour aller où ?

– J'en sais rien, mon cœur. Peut-être qu'ils prévoient quelque chose... J'en sais rien.

Les rebondissements étaient constants dans cette télé-réalité, forçant les habitués à se tenir au jus du moindre évènement. Même assister aux cours était amusant, en fait. Le portable de Nyx vibra dans sa poche. C'était un message de Kendall.

En voyant son prénom illuminer l'écran, elle n'en crut d'abord pas ses yeux. Avoir son numéro dans son répertoire était en soi une réussite mais elle n'avait jamais osé lui envoyer le moindre SMS, même anodin et en rapport avec l'équipe.

Trop obnubilée par la tirade de Vernon Dursley, Mrs Sommerhearst ne vit pas sa fille prendre une teinte pivoine en découvrant son message : « Mon nez a repris une taille à peu près normale. Comme tout le reste d'ailleurs, lol... Au fait, la bagnole de tes parents est trop swag. Je m'en remets toujours pas que ce bout de ferraille avance encore. À samedi ! »

A ce moment précis, Nyx n'en avait rien à faire que Harry soit – encore une fois – maltraité par sa « famille ». Elle était juste projetée dans une autre galaxie. Finalement, Harry décida de rester malgré tout au 4 Privet Drive.

Mais cela ne sembla pas rassurer Mrs Sommerhearst qui se précipita de tout raconter à son mari lorsqu'il fut de retour. Ils allumèrent leur ordinateur portable et se connectèrent au live de Harry Potter afin de pouvoir le surveiller même lorsqu'il dormait. Nyx trouvait ça particulièrement glauque qu'on filme un adolescent durant son sommeil sachant tout ce qui pouvait s'y produire...

Mrs Sommerhearst plaidait que ça la rassurait d'entendre la respiration de Harry, comme elle l'avait veillée même lorsqu'il était encore tout bébé. Nyx trouvait qu'ici, Harry prenait une place un peu trop prépondérante même si c'était tout de même dans l'ordre des choses... Assez difficile pour elle d'exprimer ce qu'elle pouvait bien ressentir. Disons juste que Harry était devenu le frère qu'elle n'avait jamais eu...

oooo

Harry était resté de longues minutes devant le miroir de la salle de bain, le visage blafard. Il avait l'impression qu'un poids immense pesait sur ses épaules encore frêles. Cette nuit, le Ministère de la Magie lui avait envoyé de nombreux courriers pour lui faire part de son infraction au règlement.

Que faisaient ces deux Détraqueurs à Magnolia Crescent ? Pourquoi personne ne prenait la peine de l'informer de quoi que ce soit ? Dumbledore n'en avait-il donc rien à faire de lui ? Qu'est-ce que ça pouvait leur rapporter qu'il reste aussi longtemps enfermé au 4 Privet Drive ?

Harry passa de l'eau sur sa figure afin de se débarbouiller. Il avait été pris de brusques haut-le-coeur en voyant l'état pitoyable de Dudley. Harry ne s'était jamais réellement préoccupé de l'état de santé de son cousin, mais cette fois c'était différent.

Oncle Vernon avait raison dans le fond : il représentait un danger pour tout le monde. Peut-être que... que l'on avait donné l'ordre à Hermione et Ron de se tenir à distance pour éviter les retombées. Cette supposition effraya bien plus Harry qu'il ne voulut se l'admettre. Ses amis étaient tout pour lui. Ils étaient son monde... Harry ne se voyait pas faire sa rentrée à Poudlard sans eux. Ça ne serait sans doute plus la même chose maintenant.

Il toucha du bout des doigts sa cicatrice en forme d'éclair sur son front et constata que cette dernière était moins douloureuse qu'auparavant. « Le garçon à la cicatrice, songea-t-il avec dédain. Je ne suis qu'une putain de cicatrice... ». Avec le retour de Lord Voldemort, Harry craignait qu'on lui demande plus d'investissement dans la lutte contre les Forces du Mal. Ça serait logique après tout : il est Le-Garçon-Qui-A-Survécu. Pourtant, Harry rêvait plus que tout de disparaître et de s'enfoncer dans un trou jusqu'à la fin des temps.

Je n'y arriverai pas, prononça Harry à son reflet dans le miroir. Vous devrez continuer sans moi.

Harry sécha son visage avec une serviette propre et quitta la salle de bain. La nuit était finalement tombée et le jeune homme eut l'impression que cette journée fut anormalement longue.

Épuisé, il se laissa tomber sur son lit, un bras derrière la nuque à songer à ce qu'il se produirait bientôt face au Ministère de la Magie. Est-ce qu'une commission va vraiment pouvoir décider de son renvoi de Poudlard ? Dumbledore laisserait-il une telle injustice être commise ?

Le lendemain matin, les Dursley furent curieusement détendus comparés à leurs élans hystériques de la nuit dernière. En descendant prendre son petit-déjeuner, Harry s'était attendu à recevoir de nombreuses remarques. Mais Tante Pétunia s'était contentée de rester les lèvres extrêmement pincées, sûrement encore chamboulée par les évènements de la veille.

Dudley, lui, préférait prendre son repas très loin de Harry et possédait ce regard vide de celui ayant frôlé la mort... Harry s'en voulait toujours autant et ne put que difficilement se concentrer sur les informations délivrées par le journal télévisé. Curieusement, il eut l'impression qu'il y avait dans ce numéro énormément de redites. Peut-être qu'il ne se passait rien de spécial dans le monde, après tout.

– Vernon chéri, voudrais-tu de ce nouveau cappuccino ? demanda Pétunia Dursley en mettant en avant une boîte aux couleurs tapageuses. J'en ai bu tout un tas dans ma vie, mais rien ne dépasse cette texture onctueuse et la légèreté de la mousse.

Harry avala une cuillerée de céréales, se demandant bien pourquoi sa tante se donnait pour mission de vanter les mérites de tout un tas de produits ménagers. Hier après-midi encore, elle louait les vertus de son nouveau mixeur triple hélice. Le restant de la journée, Harry préféra rester isolé dans sa chambre et ne broncha même pas lorsque les Dursley lui annoncèrent partir pour un gala du concours de la plus belle pelouse.

Contrairement à la veille, cette journée fila à tout éclair et Harry passa le plus clair de son temps à caresser Hedwige, pensif, ou à feuilleter paresseusement son exemplaire de Défense Contre les Forces du Mal. Aux alentours de vingt-trois heures, du bruit retentit au rez-de-chaussée et Harry se cramponna aussitôt à sa baguette magique.

Il entendit distinctement plusieurs personnes montées à l'étage et il se redressa, la main légèrement tremblante. La porte s'ouvrit en produisant un grincement sinistre et Harry put voir que huit ou neuf visages étaient levés vers lui.

– Baisse ta baguette, mon garçon, tu risques d'éborgner quelqu'un.

– Professeur Maugrey ? dit-il d'une voix mal assurée.

– Professeur, je ne sais pas, gronda la voix, je n'ai pas eu beaucoup l'occasion d'enseigner, pas vrai ? Descends donc, on aimerait bien te voir de plus près.

.

.

.

Et voilà la fin du premier chapitre de cette nouvelle histoire. Il y en aura probablement sept au total et ils retraceront le Tome 5 de la saga mais je me réserve certains changement par rapport aux livres. Il s'agit bien évidemment d'un drarry même s'il n'en est pas réellement question ici. Il faut que les choses se mettent en place en douceur pour que cela reste crédible. Je fais de mon mieux pour trouver des explications à l'inexplicable. À la fin de chaque chapitre vous aurez le droit de voter pour une situation qui peut changer la trame générale de cette fanfiction. Je l'écrirai au fur et à mesure afin de respecter le format original qu'est celui de la télé-réalité. N'hésitez pas à me donner votre avis – bon ou mauvais – et surtout passez une excellente semaine, D. Would.

Par review :

TAPEZ 1 : Si vous voulez que Nyx Sommerhearst soit figurante dans le monde de Harry Potter.

TAPEZ 2 : Si vous préférez que Nyx Sommerhearst reste à Sinuesa Valley.

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