Get Free Copy

100 free copies left

This novel is limited to 100 free copies due to its part in Inkitt’s Novel Contest.

0
Free copy left
You can read our best books
Fabiola Mo would love your feedback! Got a few minutes to write a review?
Write a Review

Baba O'Riley

By Fabiola Mo

Who Are You ?

Posté le : Dimanche 6 Février 2011. C'est la décadence chez les lecteurs : plus personne ne lit le blabla d'auteur.

Résumé détaillé : UA – Univers Alternatif. « On baise sur de la techno. On fornique sur du rock. On couche sur de la soul et on fait l'amour sur du classique », a prononcé Harry lors de sa venue au Baba O'Riley – librairie londonienne. Des mots en l'air, rythmés, qui traduisent la complexité des affaires sexuelles et amoureuses. Harry, jeune homme un peu paumé, trouve par hasard un café-librairie un jour de pluie. Bien plus qu'un amas de livres, c'est un nouvel univers qui s'ouvre à lui, des personnalités atypiques, un endroit riche en histoire et un chassé-croisé dans son existence. Qui est donc ce Mel – propriétaire de la librairie ? Pourquoi le Baba O'Riley n'est-il répertorié sur aucun annuaire ? Pour quelle raison Tonks, Lee, Bill et Luna y passent la plupart de leur temps ? Qui est Lithium ? Et surtout – oui, surtout – comment marier cette bulle d'irréelle, au son des guitares et du murmure des pages, à son quotidien ponctué par les coups d'éclat d'un couple fragilisé ? Le Baba O'Riley est le théâtre de personnalités diverses, la scène underground de Londres, l'estrade des Dom Juan et autres Cyrano.

Disclamer – oui, parce qu'il faut bien « disclamer » - : Rien ne m'appartient si ce n'est cette intrigue. Les personnages sont issus de l'imagination foisonnante de notre vénérée J.K. Rowling. De plus, des clins d'œil seront fait par rapport au monde dans lequel nous vivons. Le théâtre de cette fanfiction qui est le Baba O'Riley est une de mes inventions. Idem pour quelques personnages OC, tel que Mel, le gérant et propriétaire du Baba O'Riley. En ce qui concerne la fanfiction, les différents chapitres sont inspirées de chansons célèbres – ou parfois, moins – donc je mettrai à chaque fois le nom de l'interprète et quelques bribes de paroles. Je tenterai d'être rigoureuse dans les sources (historienne en devenir oblige).

Rating et Avertissement : M, voire MA – c'est-à-dire plus de dix-huit ans. Scènes explicites entre individus du même sexe et langage grossier à outrance. Thématique tournant autour du credo « sex, drug & rock'n'roll ». Attendez-vous à tout, sauf à des chapitres ordinaires. Risque pour que les personnages soient un peu OCC par moment. Ceci est une fanfiction qu'on lit sur son note-book après minuit. Je ne me porte pas garante de votre santé mentale. Dans le cas où vos géniteurs vous surprennent en train de vous "instruire", je ne délivre aucun justificatif par la poste.

Note échouée sur une platine : Ayant une influence musicale très forte, cela ressurgira lors de l'écriture des différents chapitres. D'ailleurs, ces derniers seront découpés en « single ». Chaque chapitre aura pour titre celle d'une chanson que j'affectionne et qui collera avec la perspective que je donne à l'intrigue. J'espère ainsi vous faire découvrir – ou redécouvrir – des chansons, mélodies, paroles également. Mais je vous avoue avoir un faible pour le rock situé entre les années 60 et 90.

Post-it sur un trente-trois tours : Tadam, voici l' « épisode pilote » de cette fanfiction. J'ai dans l'espoir qu'il vous plaira. Je vous prépare de nombreuses surprises pour cette fanfiction. Mes lecteurs « habituels » pourront vous certifier que je n'ai pas l'habitude de faire dans le schéma classique et que je trompe souvent. En bas de page, il y aura de nombreuses notes utiles – ou inutiles ! A vous de voir x)'

~ J'oublie donc je suis : Pour porter plainte pour viol optique, faire une réclame, une recommandation, me fustiger, m'encenser, me soudoyer, veuillez me contacter par mail. Mon adresse est disponible depuis mon profil. Je suis plus que souvent disponible étant donné que ma troisième main est mon Notebook. Sans mauvais jeu de mots.

Bêta-lectrice : EveJHoang – Une petit mot ? Je me suis bien fendu la poire, c'était beau, et c'était bon… et je veux vivre dans cette librairie ! Maintenant, va falloir que tu me fournisses la suite car je suis en manque (c'est malin !). Merci de m'avoir conviée pour cette petite sauterie, manque plus que le whisky ! 8D (Viens, Dairy, en route pour de nouvelles aventuuuures… ouais, les répliques pourries aussi, tu vas devoir les subir U_U) [Dairy : Merci à toi pour supporter mes délires et m'épauler dans ce projet. Je pense que notre tandem sera encore plus charismatique que Bob L'Éponge & Patrick. Et on sait déjà tous qui est Patrick... x)']

Rythme de postage : [Ah, là c'est la partie qui vous intéresse !] Donc, contrairement à ma fanfiction précédente, je ne posterai pas tous les deux jours. Mais je fixe un rendez-vous hebdomadaire, le vendredi. Je posterai soit avant d'aller en cours, le matin, soit le soir en rentrant. Cela dépendra de mon avance, de la coordination avec la Bêta * petite courbette vers Eve *, du monticule de paperasses à rendre le lundi, de ma vie sociale trépidante le week-end et autres facteurs incongrus comme l'orientation du soleil.

La Beuglante - pour tous les lecteurs du site : Une fanfiction écrite en attendant que les auteurs de cette plate-forme cessent d'avoir des goûts de pucelles. On veut de la vraie lecture. On veut s'enfoncer un pavé. On veut fumer de la prose. On veut s'injecter des poèmes. Par pitié, écrivez. Mais donnez-nous du bon - car je suis aussi lectrice - et, au jour d'aujourd'hui, voir un résumé avec une faute d'orthographe me fait autant de mal que Superman face à sa Kryptonite. Cessez d'être conformistes, chers auteurs - si vous vous prétendez tel quel. Be creative. Be you. (Pourrait être un slogan Nike, tiens)

.

.

.

~ Je vous souhaite une excellente lecture pour cette nouvelle histoire !

Baba O'Riley

Single 1 : « Who Are You ? »

"Who Are You" - The Who. 1978. Piste de 6 min 31. Rock britannique au son psychédélique. Carillon des guitares électriques. Refrain aussi envoûtant qu'une prière. Voix de Roger Daltrey. Chanson culte, mille et une fois reprise. Paroles quasiment poétiques. Une histoire de métro dans le Londres des seventies. Un gars paumé qui se cherche sans se trouver. Balancement entre octo et décasyllabe.

I woke up in a Soho doorwayA policeman knew my nameHe said "You can go sleep at home tonightIf you can get up and walk away"

I staggered back to the undergroundAnd the breeze blew back my hairI remember throwin' punches aroundAnd preachin' from my chair

« Je suis né avec une cuillère en plastique en bouche », Meaty Beaty Big And Bouncy, The Who.

.

.

.

« Petit à petit, l'écrivain fait son nid » était la maxime gravée sur une pancarte à l'entrée de la librairie Baba O'Riley.

C'était le trou du cul du monde : façade étroite mais locaux profonds. On y chinait des vieux bouquins oubliés de la période victorienne pour trois pièces. Un malabar venait chaque mardi renflouer le stock d'ouvrages. Des ouvrages invendables sur les grandes surfaces, des bides en tous genres et, parfois, de la très bonne prose dont le lecteur lambda ne pouvait saisir la subtilité.

On ne trouvait aucun best-seller à Baba O'Riley, et si cela arrivait, l'ouvrage disparaissait bien vite dans l'âtre du poêle. On remuait les braises toutes les demi-heures en hiver. En général, le gérant de la boutique - Mel - s'acharnait à voir brûler la saga vampirique signée Meyer en poussant de légers couinements jouissifs. La fumée dégageait une odeur âcre, comme si son parfum était révélateur de la qualité de l'ouvrage en lui-même. Mel se souvint avoir brûlé par erreur un Charlotte Brontë dont la couverture avait propagé une tendre odeur de jasmin.

Le foyer de Baba O'Riley était au centre d'une espèce de living-room faiblement éclairé de jour comme de nuit. Il y avait une lampe à huile, un candélabre joliment orné et un néon agressif bleu dissimulé derrière une ombre chinoise en bois. La lueur bleutée du néon créait un mélange psychédélique avec le restant du décor. Tout était dépareillé sans qu'aucun arrangement n'eut été fait. Mel chinait. Mel achetait. Mel déposait.

Baba O'Riley était la caverne d'Ali Baba. On y trouvait des livres, certes, mais aussi un phonographe, une conséquente collection de vinyles, un juke-box, un jeu d'échiquier géant avec des pions en forme de fruits et légumes, des classeurs remplis de photographies de la Seconde Guerre Mondiale, des croutes d'artistes camés qui troquaient des esquisses contre le dernier livre à la mode à Soho, des vêtements ayant appartenus à Bob Dylan, des Walt Disney non-censurés [1], un phallus de cristal [2] en guise de presse-papier et, surtout, une discographie complète de The Who.

Ce groupe anglais était passé ici, dans ce café-librairie, bien des années auparavant. Alors Mel l'avait rebaptisé Baba O'Riley en l'honneur du groupe. Il était fier de montrer la photographie dans son portefeuille à toute personne lui demandant de lui raconter cette anecdote. Ce cliché figurait juste à côté de celle de son chien, One Gramme, un chihuahua gâteux qui urinait un peu partout dans la boutique selon son humeur. One Gramme était tellement minuscule que beaucoup de visiteurs avaient failli l'écraser.

C'est ce qui arriva à Harry Potter la première fois qu'il mit le pied à Baba O'Riley.

Il pleuvait à verse sur Londres. Ce jour-là, il errait dans la capitale entre deux cours ; un le matin, et un le soir : foutue administration ! Alors il avait décidé de se balader, jusqu'à ce que la pluie ne l'oblige à trouver un abri.

Mel l'avait superbement ignoré, un baladeur sur les oreilles en forme de casque de viking. Il écoutait du Deep Purple en faisant semblant de gratter une guitare électrique contre son tee-shirt. Harry s'était avancé timidement et s'attarda sur une feuille où étaient griffonnés les horaires de la librairie-café : Ouvert de 7H à 02H du lundi au dimanche. Il arqua un sourcil. Ce type ne dormait donc jamais ? Il enleva sa veste en nubuck trempée et la plaça sur un portemanteau en forme de patte d'autruche et se faufila jusqu'au poêle, au centre de la pièce voisine.

Un type, les cheveux noués en catogan le regarda arriver en léchant le papier de sa cigarette. Il avait un magazine ouvert sur les genoux parlant de la découverte du vaccin contre la Polio. Les pages étaient couvertes de poussière. La découverte du vaccin contre la Polio datait de 1953. L'homme lui fit un clin d'œil. Une place était libre sur le sofa qu'il occupait.

Harry préféra lui offrir son dos et laissa courir son index sur les reliures des ouvrages de la librairie. Il n'y avait aucune trace d'inventaire, aucun rangement. L'organisation semblait être un mot banni entre ces murs. C'était sans dessus-dessous. Le bazar de l'homme ayant perdu la tête après avoir fêté ses cinquante ans. Harry, lui, pensait réellement avoir perdu l'esprit pour être venu se réfugier ici, au Baba O'Riley.

C'était le repaire des clochards esthètes, des puristes du rock, des héroïnomanes accros à Oscar Wilde et férus de poésie française, le harem des salariés adeptes d'écrits charnels, des fumeurs de vers, le refuge des étudiants en lettres modernes.

Baba O'Riley était les catacombes d'un Londres déchu.

Harry avait les pieds dedans, ses doigts courant de volume en volume, de couverture en couverture, de titre en titre. Il s'arrêta sur un beau-livre traitant de la biographie de Keith Haring. Le jeune homme le feuilleta distraitement en restant debout, près de la bibliothèque. Il sentait un regard brûler sa nuque. Brûler comme le mégot coincé entre les lèvres de l'inconnu.

L'homme ne devait pas avoir dix ans de plus que lui. Grand, bien bâti, Skin [3] à côté de la plaque, une peau qui accrochait diablement bien la lumière - bien qu'elle soit quasiment inexistante au Baba O'Riley, des yeux bleus (ou peut-être était-ce dû à l'effet du néon ?), des mains couvertes de cicatrices, de larges épaules couvertes d'un blouson en cuir marron et des cheveux presque rouges.

Harry avait noté ces nombreux détails dans un coin de son esprit en un centième de secondes. Il était beau, ce con. En se retournant, Harry était quasiment sûr de le voir lui indiquer la place vide en un simple hochement de tête, ou le détailler avec curiosité, ou se demander ce qui se cachait sous ces vêtements trop humides...

- Bill, je t'ai déjà dit que je n'acceptais pas la weed ici ! grogna une voix caverneuse.

Harry fit volte-face. Le gérant s'était soudainement levé de son comptoir et semblait furieux. Son casque de viking était de travers et sa barbe hirsute frémissait à chacun des mots qu'il prononçait.

- Et si les aurors faisaient une descente, hein ?

- Les aurors ? s'étonna Bill après avoir tiré une bouffée d'herbe. C'est encore du jargon des rues à la Mel ?

- C'est comme ça qu'on surnomme les flics dans le coin, informa une jeune femme aux cheveux violets ayant les oreilles couvertes de piercings.

Elle portait un débardeur noir en-dessous d'un tee-shirt uniquement composé de résille de la même couleur. Un jean baggy dévoilait un tatouage à la hanche. La jeune femme était assise en tailleur dans un large fauteuil au motif écossais, une Bible satanique sur les genoux. Elle faisait rouler machinalement un collier en perle de bois entre ses doigts en regardant alternativement Mel et Bill. Ledit Bill passa son joint à son voisin.

Ce dernier était un jeune homme noir à dreadlocks. Ses yeux semblaient malicieux et brillaient d'un on-ne-savait-quoi. Il prit le joint et crapota quelques secondes avant de le faire tourner. Celle qui finit le joint était une jeune fille à la longue chevelure blonde ondulée au look plus extraverti que l'étoile montante de la pop anglaise [4]. Elle portait des lunettes immenses - le verre droit teinté azur, le verre gauche tenté de rose. Elle semblait être la plus jeune du groupe. Elle regarda longuement Harry avant de lui tendre le mégot d'un air aimable :

- Tu veux fumer le calumet de la paix avec nous ? demanda-t-elle d'une voix rêveuse. Moi, c'est Luna Lovegood. Assieds-toi donc.

Harry ne préféra pas attirer les regards sur lui une seconde de plus et prit la place qui lui était désignée : collée à Bill. Bill aurait pu alimenter en chaleur le Baba O'Riley à lui seul. Sa peau était brûlante bien qu'il continua de pleuvoir au-dehors. Ou peut-être était-ce Harry qui avait soudainement chaud ?

- Tu ne nous as pas dit comment tu t'appelais ? reprit Luna après avoir dodeliné de la tête face au refus d'Harry lorsqu'elle lui présenta le joint.

- Harry, dit-il. Juste Harry.

- Oh, enchanté Juste ! claironna Luna en finissant le joint d'un air trivial.

La jeune femme aux cheveux violets eut une moue désolée et se pencha vers lui :

- Elle est complètement stone, informa-t-elle inutilement. Moi, c'est Tonks. Lui, là-bas, c'est Lee et à côté... Bill. Dis-moi, Harry, pourquoi tu viens ici ? Tu n'as pas la tête de l'emploi… tu as plutôt l'air d'un garçon sage, équilibré, bien-pensant. Pas du genre à pointer le bout de son nez ici. Enfin, tu es tout de même plus normal que Lithium…

- Lithium ? répéta Harry en fronçant des sourcils.

- Un type qui a tout sauf une tête de dégénéré. Un produit hitlérien. Une rigueur mécanique, une ponctualité allemande et une gueule d'aryen. Il ne parle pas. Il prend un livre après avoir mis sept minutes et cinquante-deux secondes – avec Luna nous le chronométrons – puis il signe le registre de Mel, et s'en va. Il emprunte toujours des ouvrages insensés ! La dernière fois, c'était un bouquin sur la sidérurgie dans l'est de l'Afrique au début du vingtième siècle.

- Un esprit de métal [5], conclut Bill en rejetant sa tête en arrière. Au moins, il met un peu de distraction dans ce cloaque…

- Ce cloaque, c'est ma maison ! s'écria Mel. Si t'es pas content t'as qu'à te casser, glandeur. Pt'être que ta mère serait contente de voir ta sale gueule. Tu passeras le bonjour à Molly de ma part. J'en ai marre d'essuyer ta bave, Bill. Retournes chez toi et vas te laver. Tu pues l'arrogance mal placée.

- Vas te faire torcher par ton chien, grogna le jeune homme.

Mel haussa vaguement des épaules et grommela des insultes dans sa barbe en s'éloignant. Luna pouffa tandis que Tonks replongeait dans sa Bible. Bill remua dans le sofa et tourna une page de son vieux magazine de médecine.

- Dis-moi, Juste Harry, tu viens d'où comme ça ? Tu fais quoi de ta vie ? Pourquoi s'être détourné des sentiers battus ?

Harry allait dire la vérité puis se ravisa. Cela faisait mauvais genre de dire à des personnes qu'il était venu ici juste à cause de la pluie et qu'il regrettait d'être tombé sur une bande de drogués à côté de la plaque et indépendantistes.

- Ecoutez ça, prononça Lee en brandissant un livre de poésie russe contemporaine, « Dieu est un enfant s'amusant avec sa maison de poupées. Des heures durant, il leur chuchote sa vérité. Le doigt de l'ange posé sur leurs lèvres scellées. L'homme aussitôt démembré par… »

Un petit groupe de garçons s'étaient approchés et écoutaient. Tonks avait levé le nez de son livre et Luna semblait totalement gaga. Elle était affalée dans un fauteuil en chintz et babillait des incongruités à son index. Bill se rapprocha légèrement d'Harry. Son murmure se maria avec le son du tam-tam qui guidait la poésie récitée par Lee :

- Alors ? Tu ne réponds plus ? demanda Bill. Tu ne parles pas aux inconnus ? Mmh, je comprends. Ma mère m'a donné la même consigne.

Bill replongea dans sa revue avec un air absorbé comme s'il se trouvait dans une bibliothèque silencieuse. Harry avait du mal à se concentrer.

Baba O'Riley était un endroit fascinant. Une fille d'environs son âge fit passer un plateau de biscuits au gingembre infects. Ceci s'avéra être un léger bizutage puisque personne n'en prit, hormis Harry qui, par politesse, se força à avaler la première bouchée. Bill cacha un début de fou rire derrière une quinte de toux, s'attirant les foudres des spectateurs de Lee.

- « Et dans le chaos du coffre à jouet », récita-t-il d'une voix de baryton, « l'humanité git ».

- J'ai toujours aimé les livres, chuchota Harry à l'oreille de Bill, regrettant aussitôt ses mots. Enfin, je ne suis pas… un rat-de-bibliothèque mais il m'arrive parfois de lire et de… d'aimer ce genre de choses.

- Qu'est-ce que tu aimes le plus dans la lecture ? interrogea Bill, soudainement curieux.

- Je… Eh bien, c'est assez difficile à dire. J'imagine que c'est un ensemble de choses : se sentir transporter alors que ce ne sont que des mots, la magie d'une plume, l'odeur des livres, le chuchotis des pages, m'imaginer comment une telle histoire a-t-elle pu naître dans l'esprit d'un homme, puiser dans le détail et y dénicher les clins d'œil. Et toi, qu'est-ce que tu aimes ?

Bill le regarda un instant, s'attardant sur ses yeux vert puis il reporta son attention sur sa revue scientifique.

- Ce que j'aime dans les livres, c'est qu'ils n'ont pas de tombeau. L'homme meurt mais jamais ses mots. Malgré la poussière, les flammes, les années, il y aura toujours quelqu'un pour s'en souvenir. C'est frôler l'immortalité.

Harry lui sourit doucement, appréciant la saveur de ses paroles et, surtout, le fond de sa pensée. Il comprenait ce que voulait dire Bill. Machinalement, il tourna la page de son beau-livre. Il tomba sur quelques représentations de Keith Haring [6] où deux personnages étaient étroitement enlacés. Son doigt glissa sur le papier glacé tandis que des souvenirs en ribambelle arrivaient dans son esprit.

- Et à part lire, reprit Bill d'une voix lointaine, qu'aimes-tu faire ?

Son ton était suggestif et sa main, pressée contre sa cuisse, totalement inutile : Harry avait d'ores et déjà saisit le message.

Dans sa tête, il continuait de rajouter des informations au tableau descriptif qu'il dressait concernant son interlocuteur : Plus âgé. Grand. Bien bâti. Skin à côté de la plaque. Une peau qui accrochait diablement bien la lumière. Des yeux bleus. Des mains couvertes de cicatrices. De larges épaules couvertes d'un blouson en cuir marron et des cheveux presque rouges. Une dent de serpent en guise de boucle d'oreille. Une voix envoûtante de crooner. Un nez mignon. Une légère fossette au menton. Un tee-shirt en V bleu marine dévoilant la naissance d'un torse puissant. Une bague à l'index gauche et une autre à l'annulaire droit. Une énième cicatrice à l'arcade sourcilière. Une main douce quand elle en frôlait une autre. De l'électricité dans l'air quand il lui désignait l'escalier avec son menton. De belles fesses révélées par un jean taille-basse d'où dépassait l'élastique d'un caleçon. Une odeur d'eau de toilette dans son sillage, à chaque pas qu'il effectuait. Un regard tentateur dans cette invitation muette au son des tam-tams. Une façon si particulière de monter les escaliers avec une lenteur mesurée. Un dos si tentateur et une bouche vorace qui s'était plaquée contre la sienne.

Harry s'était retrouvé contre son corps sans pouvoir lutter. Il en avait diablement envie. Là, ici, tout de suite, dans une baraque en libre-service qui se faisait passer pour une librairie, dans une chambre utilisée par n'importe qui, à faire l'amour sous un vasistas sur lequel tambourinait la pluie battante.

D'un geste impatient, Bill referma la porte de la chambre et déboutonna la chemise d'Harry. La piaule puait l'humidité comme si les murs n'étaient faits que d'éponge. La couverture du lit grattait et on avait l'inquiétante impression que les meubles allaient s'effondrer comme des biscottes tant ils étaient usités.

Harry se débarrassa de sa chemise comme s'il s'agissait d'un détail inutile et grimpa sur le lit. Il était à genoux à embrasser la clavicule de Bill. Par les cornes de Satan, il allait baiser avec un inconnu. Fantasme numéro quatre : réalisé.

Ses doigts survolèrent le torse blanc criblé de blessures. Harry se demandait ce qu'il pouvait bien faire de sa foutue existence pour avoir autant de cicatrices. Dompteur de fauves, peut-être ? Résolu à le maîtriser de toute sa splendeur, Harry le fit basculer sur le lit et chevaucha sa monture. Bill avait un sourire goguenard et fit passer ses mains sur ses flancs.

- Déjà ? murmura Harry en se frottant à son érection.

- J'ai les crocs.

Pour illustrer ses propos, Bill planta ses canines dans son bras, son torse, son cou, un sourire jouant sur ses lèvres. En bas, Mel avait mis la musique à fond : Who Are You leur vrillait les tympans.

- Mel met de la musique dès que ce genre de situation arrive, informa Bill entre deux baisers langoureux, à bout de souffle. Il dit qu'il en a marre d'entendre des bruits mouillés et des cris alors qu'il essaie de suivre les informations.

- Il y a souvent des gens qui... qui le font ici ? demanda Harry soudainement anxieux. Les draps ne doivent pas être très propres et...

- La dernière personne qui utilise la chambre doit la remettre en ordre. Ça fonctionne comme ça. J'emmènerai les draps à la laverie. Mais concentrons-nous plutôt sur ce que nous sommes en train de faire. Je tente de lire les mots sur ta peau.

Harry émit un grognement appréciateur qui fut happé par le chant des Who. Il commençait déjà à onduler des hanches : son corps dansait au son des mélodies du diable. Bill était beau dans le plaisir ; un homme qui s'abandonnait à sa Gomorrhe. Harry défit les boutons de son jean et baissa celui de Bill.

Tout était dans la précipitation.

Pas le temps pour les préliminaires de petite pucelle au cul serré. Pas le temps pour les mots tendres échoués sur l'oreiller.

Juste Bill et lui.

Bill qui s'ancrait de plus en plus profondément en lui, son sexe recouvert d'un préservatif empalé entre ses cuisses. Les yeux mi-clos, Harry devinait le visage de Bill qui poussait des râles de plus en plus prononcés. Il s'agrippait fermement à son tee-shirt bleu marine à chaque va-et-vient, la tête légèrement rejetée en arrière.

Il avait mis les pieds au Baba O'Riley il y a moins d'une heure, avait feuilleté un livre, s'était présenté, avait répondu aux avances d'un inconnu et se retrouvait sur lui à baiser. Harry ignorait si quelqu'un avait déjà la réputation de pute au Baba O'Riley, mais si ce n'était pas le cas, il empochait le titre haut la main.

Le lit grinçait. Les hanches de Bill se soulevaient par moment. Il en voulait déjà plus. Harry faisait son rodéo. Ils furent possédés par le vaudou d'un orgasme improbable : la plupart du temps, les baises inopinées n'étaient pas forcément les meilleures. Mais comment résister à un tel appel à la débauche ? A côté, le joint qu'on lui avait proposé semblait bien fade.

Bill gémit une dernière fois tandis que son torse se soulevait régulièrement.

- Et sinon, tu fais quoi dans la vie ? demanda Bill, incrédule.

Harry eut un léger rire et se laissa glisser sur le côté. C'est vrai que la chambre était miteuse, il n'y avait qu'à regarder le plafond presque noirci. Le jeune homme se demanda si Mel habitait véritablement ici. Si c'était le cas, quelle étrange façon de vivre que de laisser sa porte ouverte à n'importe qui !

- Bill, demanda doucement Harry, on est dans la chambre de Mel ?

- Oh, non ! Ici, c'est le baisodrome de la librairie. La chambre de Mel est à l'autre bout du couloir : on n'y entre jamais. C'est son monde à lui, tu comprends ?

- Cela doit être une dépense monstre que de transformer sa maison en librairie… L'eau, l'électricité, Internet, la nourriture, le téléphone aussi je suppose, et les livres à acheter sans parler des meubles et du ménage !

- On a mis en place une sorte de caisse commune pour aider Mel à venir à bout des frais financiers. Mais il refuse notre argent chaque mois. Il dit qu'à notre âge, on devrait garder notre argent pour entretenir une poule de luxe, s'acheter de la weed et des places de concert. Ici, c'est un peu la maison de tout le monde. On a tous des raisons d'y revenir… Enfin, tu comptes revenir, n'est-ce pas ?

Harry ne répondit rien. Le contact du drap était désagréable. Il remua sur le matelas et se gratta l'avant-bras. Ça voulait dire quoi ? « tu comptes revenir, n'est-ce pas » ? Bill s'imaginait-il déjà une suite ? Une suite à quoi ?

- Bill, tu me fais peur, murmura Harry.

- Pourquoi je te fais peur ?

- Je n'aime pas qu'on puisse croire en une suite entre nous alors que… enfin, tu vois ? C'était juste pour s'amuser. Je ne pense pas que je reviendrai ici, c'est tout.

Harry déglutit et souleva ses hanches afin de remonter son jean le long de ses cuisses puis le reboutonna nerveusement. Il trouva sa chemise roulée en boule par terre et l'enfila. Bill était toujours allongé, caleçon baissé et tee-shirt remonté.

- Je dois dire, continua Harry en renouant ses tennis, que me faire des types dont je ne sais absolument rien est mon passe-temps favoris.

- Ah, je vois, ajouta sombrement Bill en commençant à remettre de l'ordre dans sa tenue. Je ne pensais pas que… que tu étais ce genre de personne. Je m'étais imaginé que tu me supplierais de te garder, que tu étais du style étudiant faussement coincé – Gary Sue [7] sur les bords.

- J'ai l'âge où l'on sait faire la différence entre baiser, forniquer, coucher et faire l'amour, rétorqua-t-il avec un léger sourire.

- Et quels sont les différents degrés ?

- Baiser est un besoin animal, une sorte d'impulsion. Forniquer c'est de la déchéance, de la luxure à l'état brut. Coucher avec quelqu'un c'est une histoire d'un soir, sans contrat, qui se fait poliment et dans le respect de l'autre. Et faire l'amour c'est au-dessus de tout, expliqua Harry en finissant de se rhabiller. On baise sur de la techno. On fornique sur du rock. On couche sur de la soul et on fait l'amour sur du classique.

- On a forniqué sur du Who, reprit Bill, c'est ce que tu essaies de me dire ?

- Je n'ai rien essayé de te dire : tu l'as compris tout seul.

La chaîne hifi de Mel finissait de vomir les dernières notes de Who Are You. Bill ouvrit la porte de la chambre et descendit sans demander son reste. Harry resta quelques secondes supplémentaires puis le rejoignit en bas. Il prit sa veste et un livre au hasard dans un carton qui nourrissait le feu. Bill s'humecta les lèvres à son passage, comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose mais Harry lui coupa la parole :

- C'était cool mais je suis déjà avec quelqu'un.

Harry fila dans le hall et ferma la porte derrière lui, laissant entrer une odeur de pluie dans le Baba O'Riley.

A Suivre

Notes d'une vanité utile – La note du sourd.

[1] Walt Disney non-censurés : Contrairement aux idées reçues, les Walt Disney ne sont pas des dessins animés bien-pensants. Il y a des messages idéologiques profondément cachés qui peuvent être retrouvés en fonction de leur date de parution. Par exemple, Mulan a été réalisé afin de marquer l'ouverture vers l'Asie et de « tolérer » le nouveau concurrent économique qu'est la Chine. Plus récemment, on a vu paraître La princesse et la Grenouille, suivant de très près l'investiture de Barack Obama. Le dessin animé relance la question noire aux USA ainsi que les unions mixtes qui ont pris du temps à être acceptées. En outre, il existe réellement des Walt Disney non-censuré. On peut notamment citer la première version de La Petite Sirène où un pénis apparaît dans les quinze premières minutes et où un jeu de mot vaseux a été fait par Sébastien vers la fin. Les K7 ont été récupérées pour la plus grande partie, car dénoncées par les puristes américains à propos la perte de valeur etc. - gouvernement républicain à l'époque, si je ne m'abuse.

[2] Phallus de cristal : Récompense des acteurs porno émérites aux États-Unis. La plupart des remises des prix concernant la pornographie se font à Las Vegas, dans des casinos. On espère bientôt le classer comme huitième art ou, domaine annexe du cinéma. Pour beaucoup, la pornographie est une perversion de l'image, mais des cinéastes essaient de réaliser de vraies œuvres avec scénario, bon cadrage, lumière etc. Récemment, des œuvres pornographies dites vintage sont entrées dans les classiques du cinéma.

[3] Skin : Contrairement à ce qu'a pensé EveJHoang – ma très chère Bêta – et beaucoup de personnes, Skin ne signifie pas littéralement extrémiste de droite au crâne rasé. La nouvelle génération Skin est moins radicale et suit plutôt le courant sur vague de Ska. Dans de nombreuses représentations cinématographiques – voire les séries TV – on voit des Skin chevelus et même noirs (Les Skins authentiques sont réputés pour être racistes) ! En revanche, les Skinhead, eux, ont bel et bien le crâne entièrement rasé. En fait, il existe différents types de Skin. Pour vous, yaoïtiste, vous serez catégorisez dans les Gay Skin (où comment faire l'amalgame en une leçon).

[4] L'étoile montante de la pop anglaise : J'ai toujours fait une superposition entre Elton John et Luna Lovegood question style. J'ignore réellement pourquoi ni comment cela est venu. Désormais, en 2011, je pense plutôt que Luna aurait des vêtements à la Lady Gaga. Donc, pop new-yorkaise serait plus appropriée. Enfin, si on peut limiter Lady Gaga à la pop.

[5] Un esprit de métal : Expression de Silvebarde [Ents, arbre parlant, gardien de la forêt] à propos de Saroumane – le magicien blanc -, dans le tome 2 « Les Deux Tours », Seigneur des Anneaux (adaptation de Peter Jackson)

[6] Keith Haring : Artiste-peintre américain ayant travaillé avec les plus grands – notamment Andy Warhol. Style graphique codifié. Ouvertement gay, il prône l'action contre le Sida et en meurt à ses trente-et-un ans.

[7] Gary-Sue : Alter-ego masculin de la Mary-Sue. Pour plus d'informations, voir wiki mon ami (Je n'ai pas envie de gaspiller de l'énergie pour une telle ignominie de la littérature).

TREVE DE BLABLA. PASSAGE A L'ACTION – Es-tu un lecteur passif ou un lecteur actif ?

Un mot pour la fin ? (Ehm, ne me sortez pas un adjectif censé résumer tout le Single 1, je veux bien avoir un QI supérieur à la moyenne, le don d'ubiquité et de télépathie ne font pas partie de mon curriculum vitae).

Dairy's Scribenpenne

Continue Reading Next Chapter
Further Recommendations
This story wasn't for you ?
Look at our most viral stories!
Iosaghar

FreakyPoet: "you made me laugh, made me cry, both are hard to do. I spent most of the night reading your story, captivated. This is why you get full stars from me. Thanks for the great story!"

The Cyneweard

Sara Joy Bailey: "Full of depth and life. The plot was thrilling. The author's style flows naturally and the reader can easily slip into the pages of the story. Very well done."

This story wasn't for you ?
Look at our most viral story!
Spectra

Ro-Ange Olson: "Loved it and couldn't put it down. I really hope there is a sequel. Well written and the plot really moves forward."