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Le parfum des Arums

By Marie-Louise Ghestem

La fille aux arums

Une huitième année à Poudlard. Ça s’était déjà produit par le passé, lorsque les septièmes années avaient dû renoncer à passer leurs ASPICS à cause d’une raison où d’une autre. Cette fois, non seulement les ASPICS mais aussi les BUSES devaient être passées –la destruction de Poudlard avait empêché les examens.

Draco Malefoy s’en foutait complètement.

Draco Malefoy avait d’autres sujets de préoccupation. Son père et sa mère étaient en procès. Tous les deux. Lucius étaient d’office condamné à Azkaban, mais Narcissa avait encore une chance. Peut-être. Une toute petite chance. Son fils, lui, n’avait pas eu de procès : il avait été arrêté après la bataille de Poudlard, mais on l’avait relâché. Il avait appris plus tard que Potter avait dit qu’il lui avait sauvé la vie au manoir Malefoy. Et les poursuites s’étaient arrêtées là.

Connard de Potter.

Le manoir Malefoy… Il ne l’avait plus, à présent. Ses biens avaient été confisqués par le Ministère. Il avait réussi à aller récupérer de l’or dans son coffre à Gringotts, mais ensuite, même l’accès à la banque lui avait été interdit. Le jeune Serpentard vivait dans un hôtel miteux et Moldu, et voyaient avec effarement son argent disparaitre à toute allure.

Beaucoup n’étaient pas mieux lotis que lui. Theodore Nott, par exemple, était dans le même cas que lui : sa seule famille était son père, qui avait déjà été incarcéré à Azkaban. Pansy Parkinson se cachait quelque part, avec sa famille, loin de Londres. Tout comme Gregory Goyle, dont le père était en prison. Blaise Zabini était soupçonné de complicité mais lui et sa mère, toujours aussi belle et riche, s’en défendaient avec acharnement.

A quoi bon ? Le monde avait besoin de boucs émissaires. Ils allaient tous payer, même les innocents. Les Sang-Purs allaient être écrasés par la vermine qui criait vengeance, et le Ministère se ferait une joie de la leur offrir.

Malefoy se sentait cynique et désabusé. Il s’attendait plus ou moins à être lynché un jour où l’autre. Quand il avait reçut la lettre officielle de Poudlard lui indiquant qu’il était inscrit en huitième année, mais qu’il devait se faire suivre par un psychomage durant l’été, il avait rit à en pleurer. Jusqu’à ce qu’il s’écroule, secoué de sanglots hystériques et désespérés, dans sa chambre Moldu, incapable de s’arrêter.

Draco Malefoy était dans la merde.

Et, en regardant ses anciens camarades attablés autour de lui dans ce bar, il se demanda si eux aussi ils avaient l’impression d’avoir touché le fond.

Il avait croisé Nott dans la rue, errant comme une âme en peine, capuche rabattue sur le visage. Davantage pour se dissimuler que pour échapper à la fine averse de ce début de juillet 1998. C’était étrange de se dire que trois mois plus tôt, jamais un Nott ou un Malefoy n’aurait eu à courber la tête de cette manière.

Ils s’étaient retrouvés face à face sur le trottoir, soudain, et s’étaient dévisagés. Puis Theodore, hésitant, lui avait proposé d’aller boire un verre. Et Draco était tellement content de voir quelqu’un qui ne lui crachait pas dessus qu’il avait accepté sans réfléchir.

Et puis ils étaient tombés sur Blaise, qui sortait d’un magasin, l’air abattu. A leur vue, ses yeux s’étaient écarquillés, puis son air hautain était revenu. Il s’était joint à eux sans demander la permission, parlant de la pluie et du beau temps comme si de rien n’était. Quelques minutes, ça avait été comme si Potter n’avait jamais existé, comme si rien de ces deux années n’avaient existé.

Puis, dans leur dos, ils avaient entendu quelqu’un cracher une insulte. Ils s’étaient tus, soudain assommés par le brusque retour à la réalité. Blaise avait poussé la porte du premier bar qu’il avait vu. Un bar sorcier. Le barman esquissa un rictus dégoûté en les voyant, mais ne les chassa pas. Probablement parce qu’ils étaient en supériorité numérique.

Ils commandèrent trois Bièraubeurres, s’assirent à une table, en cercle, et ce fut le silence.

Finalement, Theodore lâcha :

– J’ai reçut la lettre pour Poudlard.

– Moi aussi, ricana Blaise. C’est presque surréaliste.

– De même, ajouta Draco avec une grimace. Comme si on allait être accueillis à bras ouverts.

– Tout le monde s’attend à ce qu’on massacre les nés-Moldu ou quoi ? fit Nott en levant les yeux au ciel. Ils me demandent de me faire suivre par un psychomage.

– Oh, toi aussi ? fit mine de s’étonner Malefoy.

Theodore et lui ricanèrent, mais pas Zabini. Il se contenta de sourire. Son père n’était pas Mangemort, lui. Contrairement à Nott et Malefoy pères, qui croupissaient déjà à Azkaban, le paternel de Blaise était mort depuis longtemps. Sans preuve qu’il était lié au Seigneur des Ténèbres, le Ministère avait dû renoncer à lui imposer le suivi psychologique.

– Je crois que je vais y retourner, finit par lâcher le grand noir à brûle-pourpoint.

Il y eut un grand silence incrédule sur la table. Nott et Malefoy fixaient leur confrère comme s’il était devenu fou. Le blond finit par dire, lentement, détachant les mots :

– Tu envisages de revenir à Poudlard ?

Zabini le toisa :

– Oui.

– Tu sais que tu seras le bouc émissaire de toute l’école ? murmura Theodore incrédule. Que tous ceux qui ont perdu un proche se vengeront sur toi ? Et comme les copains de Potter seront là-bas, encore, tu as de grandes chances de te faire gravement blesser. Voire même tuer.

– Pire, il y aura Potter, grinça Malefoy.

Cette pensée ne l’avait pas vraiment effleuré avant, puisqu’il ne se projetait pas plus loin que le procès de sa mère, le 6 août. Mais maintenant qu’il y pensait, aller à Poudlard serai un calvaire. Sa Maison serait dénigrée, ses compagnons méprisés, et surtout, Potter et son rictus d’autosatisfaction nargueraient les Serpentards partout.

Quelle horreur.

La porte du bar s’ouvrit puis se referma, et une jeune fille de leur âge alla s’accouder au comptoir sans leur prêter attention. Draco ne lui accorda qu’un bref coup d’œil avant de lâcher, un ton plus bas :

– Blaise, je suis d’accord avec Theodore. N’y vas pas.

– Je n’ai pas trop le choix, soupira l’autre avec obstination. J’ai besoin de mes ASPICS.

– Vas à Beauxbâtons ou à Durmstrang ! s’exaspéra Nott.

– Beauxbâtons est hors de question, protesta aussitôt Malefoy. La directrice est membre ou complice de l’Ordre du Phénix.

– Vas à Durmstrang, alors, lâcha Theodore. C’est ce que j’ai prévu de faire.

Quelqu’un se racla la gorge juste à côté d’eux, et ils sursautèrent brusquement en pivotant vers le gêneur. Ils avaient tous les trois porté la main à leurs baguettes, et l’intruse –car c’était la fille qui était entrée un peu plus tôt– se raidit.

– A votre place, je ne ferai pas ça, lâcha-t-elle.

Son anglais était impeccable. Elle avait un léger accent slave, peut-être russe, mais il était presque indécelable.

Theodore plissa les yeux avec méfiance, Blaise redressa le menton d’un air hautain, mais ce fut Draco qui prit la parole d’un ton sec. On ne change pas les bonnes habitudes. Il restait le chef des Serpentards.

– Plaît-il ?

– Si j’étais vous, je n’irai pas à Durmstrang, répéta tranquillement la jeune fille. Votre Ministère a confié au mien certaines instructions à propos des nouveaux élèves venus de nulle part, plus spécialement s’ils sont anglais.

Il y eut un silence. Theodore et Blaise échangèrent un regard inquiet. Draco ne cilla pas :

– D’où tenez-vous ces sornettes, Miss… ?

Il l’avait vouvoyé, mais son intonation ironique donnait à ses mots un certain mépris, une certaine condescendance. La jeune fille haussa un sourcil sans se départir de son calme.

– Hawking, se présenta-t-elle. Je tiens ces informations de quelqu’un qui travaille au Ministère de la Magie Russe, et qui était présent lorsque votre Ministre –Shacklebolt, c’est bien ça ?– a discuté avec le nôtre à ce sujet. Il lui a remis une liste de noms. Noms de Mangemorts et de complices, je suppose. Tout nouvel élève anglais dont le nom sera sur cette liste et qui tentera de s’inscrire à Durmstrang sera remis au Ministère de Londres.

– Impossible, s’étrangla Theodore. Pourquoi le Ministère Russe se…

– Pourquoi nous informer de ces mesures, Hawking ? l’interrompit Draco.

Etant devenu un peu paranoïaque depuis la mort du Seigneur des Ténèbres, il était plutôt enclin à croire ce que Hawking avait dit. D’ailleurs, si la « capture » de chaque nouvel élève était récompensée, le Ministère Russe n’avait pas dû être bien difficile à convaincre.

Hawking haussa les épaules avec indifférence :

– Ma mère a beaucoup apprécié la tienne.

Malefoy se redressa insensiblement sur son siège, tandis que les regards de ses deux amis passaient de la jeune fille à lui. Sa mère ? Narcissa ?

– Tu la connais ?

Le vouvoiement avait disparu. La jeune fille esquissa un mince sourire.

– Je l’ai croisé une ou deux fois.

– Tu es… commença Nott, mais Draco lui donna un coup de pied sous la table avant que cet imbécile n’ai la stupidité de lui demander si elle était une fille de Mangemort (ou Mangemort elle-même).

Pour la première fois depuis son entrée dans le bar, il la détailla vraiment. Elle avait leur âge, à peu près, mais elle était sans doute plus petite que lui. Elle avait le teint pâle, une silhouette fine et un visage délicat de poupée slave, à la fois grave et malicieux. Elle avait les yeux bleus, vraiment très bleus, attentifs et moqueurs. Ses cheveux étaient d’un roux presque caramel, et lui arrivaient aux épaules : ils étaient coupés en un dégradé désordonné, comme si elle l’avait fait elle-même, et elle avait piqué deux fleurs blanches dedans. Des arums, reconnu-t-il. Elle portait un pantalon et un T-shirt noirs, mais c’étaient des vêtements neufs à la coupe stricte. Des lunettes noires étaient accrochées à son col. Elle n’était pas maquillée, et ne portait pas de bijoux.

Elle porte le deuil, comprit Draco.

Il resta silencieux un instant, puis lâcha en plissant les yeux :

– Voici Theodore Nott et Blaise Zabini. Je suis Draco Malefoy.

– Je l’avais deviné, fit la fille imperturbable. Zabini ressemble à sa mère, que j’ai déjà vue sur les magazines (Blaise sembla partagé entre la fierté et l’effarement). Toi, tu ressemble à tes parents et je pense les avoirs assez vus dans les journaux pour le reste de ma vie –sans vouloir te vexer (et Malefoy en fut atrocement vexé). Quant à Nott, il ne ressemble absolument pas à ses parents mais il n’y a que quelqu’un dans la même situation qui accepterait de boire un verre avec vous.

Le silence acquit l’épaisseur d’un bloc de marbre. Draco avait dit cela pour tester sa réaction et, au mieux, pour la faire fuir. Il y avait aussi la possibilité qu’elle reste, ce qui s’était passé. Mais il ne pensait pas que Hawking leur démontrerait par A + B que sa tentative n’avait aucune chance de marcher depuis le début.

Blaise sauva la situation, désignant avec défi le dernier siège de libre à leur table :

– Voudrais-tu t’asseoir en notre compagnie ?

La fille aux arums sourit avec espièglerie, pas dupe.

– Ça serait avec plaisir. Malheureusement, je suis arrivée de Russie hier et j’ai des tas de choses à faire avant Septembre.

– La compagnie de Mangemorts ne t’effraie pas ? la provoqua carrément Blaise.

Tu va trop loin, pensa Malefoy en grinçant des dents.

– Non, rétorqua Hawking avec un sourire en coin. Pas vraiment, non. En tout cas, certainement pas un gamin de dix-huit ans.

Elle avait dit un gamin, en parlant de Malefoy. Elle savait, réalisaDraco. Elle savait que Theodore et Blaise n’étaient pas des Mangemorts. Donc elle était…

– Pourquoi donc ? insista Blaise.

Draco lui balança un nouveau coup de pied, mais trop tard. Hawking leva les yeux au ciel, puis se pencha vers eux et articula posément :

– Continue à poser des questions stupides et tu vas finir en cabane, Zabini.

Ce dernier ouvrit la bouche pour répliquer, mais Draco lui coupa l’herbe sous le pied :

– Tu vas à Poudlard ?

Hawking sursauta, se redressa et le fixa, l’air un peu désarçonnée :

– Oui. Comment le sais-tu ?

– Tu as parlée de Septembre et vu ton âge, je doute que tu ais déjà un travail, lâcha le blond en la scrutant. Pourtant, tu es Russe, n’est-ce pas ? Pourquoi ne vas-tu pas à Durmstrang ?

– Mon nom n’est pas sur la liste noire si c’est ça que tu veux savoir, s’amusa la jeune fille. Si j’y retournais, je serai accueillie à bras ouverts. Malheureusement, le seul membre de ma famille qui a survécu à cette guerre est ma cousine.

– Tu t’installes chez elle ? sourcilla Blaise. Tu n’es pas majeure ?

– Si, justement. Elle doit rentrer en première année à Poudlard ce Septembre, et je suis à présent sa tutrice légale. Je compte donc m’installer en Angleterre, et pour faire bonne mesure, décrocher un diplôme. Ça ne sera pas difficile. Comparé à Durmstrang, Poudlard est très arriéré dans de nombreuses matières.

Malefoy esquissa un rictus, se souvenant de l’époque lointaine où il vantait la supériorité de Durmstrang parce qu’ils enseignaient la magie noire.

Blaise hocha gravement la tête à la réponse de Hawking puis, voyant que cette dernière regardait sa montre et grimaçait, lança avec un léger sourire :

– Tu ne nous as pas donné ton prénom.

– Oh, ça, répondit négligemment la jeune fille en remettant ses lunettes noires. J’ai eu droit au délire maternel annuel je suppose. Appelez-moi Alva, c’est mon surnom.

Elle esquissa un geste pour se détourner, s’interrompit, pivota à nouveau vers eux et dit très sérieusement :

– Si vous essayez d’échapper à Poudlard, ça sera un délit de fuite. Le Ministère ou quelqu’un d’autre vous tombera dessus. Obtenez vos ASPICS et vous serez libres de faire ce que vous voudrez. Ce n’est qu’un an.

– Je pense que je préfère me pendre, ricana Nott.

Alva Hawking releva légèrement ses lunettes de soleil et leur adressa un sourire éblouissant :

– Ne le dis pas trop fort, il y en aura qui viendront te donner la corde.

oOoOoOo

Draco Malefoy resta en contact avec Nott et Zabini après cette après-midi. Ils avaient tous les trois besoin de compagnie et de courage. Puis Blaise et sa mère furent lavés de tout soupçon, faute de preuves de leur complicité avec des Mangemorts, le vingt-trois juillet. Blaise cessa d’écrire. Il n’avait plus besoin d’eux.

Nott et Malefoy se renseignèrent sur l’inscription à Durmstrang, par hiboux. La lettre qui leur revint demandait de très nombreux renseignements sur eux et leurs familles et, d’après le sceau à la cire rouge qui le fermait, il venait du Ministère Russe, et non de l’école. Ils renoncèrent.

Le temps resta exécrable, chaud mais lourd et pluvieux, tout le mois de juillet.

Theodore prit rendez-vous chez une psychomage et força Draco à faire de même. Le blond avait tellement besoin de quelque chose pour l’obliger à sortir et à ne pas se ronger les sangs à propos de sa mère qu’il finit par accepter. Leurs rendez-vous chez la psy duraient une heure, chacun, et se suivaient. Ils arrivaient ensemble et repartaient ensemble. Ça leur permettait d’échanger quelques mots. Ça les rassurait, de savoir qu’ils n’étaient pas seuls.

Malefoy avait bien besoin d’être rassuré. Il était terrifié. Par les gens dans la rue qui s’écartaient de lui avec dégoût, par les insultes qui fusaient dans son dos, par les trop rares lettres de sa mère, par les heures qui passaient, par les cauchemars qui le hantaient chaque nuit, par son reflet dans le miroir qui lui renvoyait l’image d’un déterré, par le regard désespéré de Theodore qui se préparait à Poudlard, par l’abandon de tous ses amis… Son univers s’était écroulé. Ses convictions étaient déjà branlantes en sixième années, quand il avait reçu la Marque des Ténèbres. A présent, elles étaient effondrées, totalement.

Et Draco avec.

Chez la psychomage, il ne disait rien, jamais, et se contentait de regarder un élément du décor d’un air ennuyé. Il s’ennuyait vraiment, assit sur ce fauteuil en face de son bureau. Un jour, il avait désigné le divan noir contre un mur, avait poliment demandé s’il pouvait dormir, et quand la psychomage surprise avait acquiescé d’un air incrédule, il s’y était assoupi.

Bizarrement, il ne faisait jamais de cauchemar chez elle.

Il ne sortait pas beaucoup. Il allait acheter le journal, rôder non loin de l’entrée du Ministère, s’adossait à un mur près du Chaudron Baveur. A chaque fois, il essayait de se cacher. Parfois on le reconnaissait. Aussitôt, les insultes étaient murmurées. Puis elles enflaient comme un torrent en crue. Une fois, quelqu’un l’avait même menacé de sa baguette.

Draco n’avait pas répliqué. Il ne répliquait jamais. Il avait sa baguette, pourtant –dans l’agitation de sa libération, on la lui avait rendue, mais si jamais le Ministre y repensait, peut-être qu’il la lui confisquerait– mais ne s’en servait pas. Il quittait les lieux avec dignité, se retenant de hurler de colère et de désespoir. Il avait l’impression de nager en plein cauchemar.

Les lettres de sa mère étaient de plus en plus tristes. De plus en plus résignées.

A mi-juillet, sur le côté Moldu de Londres, il croisa Weasley –la belette, le poteau de Potter– dans la rue. Il était avec Granger, la Sang-de-Bourbe… Enfin, non, née-Moldu. Draco ne voulait même pas savoir ce qui pouvait lui arriver s’il osait un jour traiter quelqu’un de Sang-de-Bourbe. Ça serait sans doute la preuve qu’il était irrécupérable et le Ministère serait ravi de le mettre à Azkaban.

Potter n’était pas avec eux. Maigre soulagement. Car quand Weasley le vit, il se figea sur le trottoir, sa bouche s’arrondissant en un O parfait, puis il pointa Malefoy du doigt tout en parlant à son amie. Sans doute ne disait-il pas grand-chose de flatteur.

Granger baissa d’un geste sec le bras tendu de Weasley, mais elle ne put s’empêcher de dévisager Draco. Ce dernier lui rendit tranquillement son regard, un sourcil haussé. Il n’avait aucune intention de les provoquer, mais il n’était pas habitué à baisser les yeux et à s’écraser, surtout devant eux.

Weasley prit très mal la chose, et esquissa un geste pour traverser la rue et le rejoindre. Certainement pour lui dire sa manière de penser.

Le Serpentard poussa intérieurement un soupir. Il en avait plus qu’assez de provoquer des quasi-émeutes et des huées à chaque fois qu’on le reconnaissait.

Il se détourna et s’en alla, la tête haute.

Il en était malade.

Tout le dégoûtait en ce moment. Il se forçait à sortir, ne serait-ce que pour se tenir au courant, mais il était de plus en plus paniqué par l’idée de se balader dans la rue. Une fois, quelqu’un lui lança un maléfice dans le dos : Draco vit le reflet de la baguette levée dans la vitrine d’en face, et esquiva le rayon rouge de justesse. Il transplana aussitôt, le cœur au bord des lèvres. Sans chercher à se défendre ou à attaquer.

Il était terrifié et effondré. Malade de colère et de désespoir. Son monde s’écroulait et il attendait juste que l’avalanche l’emporte, en priant pour que ça soit rapide.

Le procès de sa mère se rapprochait de plus en plus.

Il reçut une lettre du Ministère l’y convoquant et listant les témoins. Il y avait Hagrid et Potter. Rien qu’en lisant ces noms, Draco eut envie de casser quelque chose. Il ne voulait voir personne, encore moins ces deux crétins qui feraient tout pour anéantir les Malefoy. Pourtant, il irait au procès : il n’avait pas le choix, il ne pouvait pas abandonner sa mère.

Un peu avant le procès, Nott fut convoqué par le Ministère : la psychomage lui avait délivré l’autorisation d’aller à Poudlard. Draco se mit donc à aller chez la psy seul. Il ne savait pas lui-même pourquoi il continuait d’aller la voir. Par habitude. Ou peut-être pour dormir en paix.

Début août, en sortant de chez la psychomage, il croisa Alva Hawking et une fillette qui était de toute évidence sa cousine. Elles étaient assises, côte à côte, dans la salle d’attente. Comme si elles l’attendaient. Malefoy se figea de surprise.

La gamine avait la même chevelure blond-roux que son aînée, mais là s’arrêtait la ressemblance. Elle avait la peau blanche, mais non d’un teint clair d’aristocrate, plutôt d’une pâleur de malade. Ses yeux étaient verts très clair, comme délavés, et posaient sur les gens un regard beaucoup trop grave pour une enfant de cet âge.

Draco se souvint que cette gamine avait toujours vécu en Angleterre, et que toute sa famille avait péri lors de la guerre. Il détourna les yeux, préférant regarder Alva Hawking.

– Malefoy, le salua-t-elle, l’air surprise. Je ne pensais pas te croiser ici.

– Tu te trompais, répliqua le Serpentard. Tu vas voir une psy, Hawking ?

La fillette le regarda d’un air terrifié, puis s’enfuit dans le cabinet de la psychomage. Derrière elle, la porte se referma doucement, sous le regard pensif de la Russe. Elle ne s’était pas levée de son siège. Aujourd’hui encore, elle portait des arums dans les cheveux.

– Non. Mais Cathy, si. Catherine Hawking, ma cousine.

– Je l’avais deviné.

– Je m’en doute.

Il y eut un silence, puis Hawking secoua la tête et désigna la rue d’un geste vague :

– Elle en a pour une heure. Je vais l’attendre. Tu m’accompagnes ?

Draco la regarda comme si elle était folle :

– Tu réalise que si des gens te voient avec un réputé Mangemort tel que moi, ta vie sera un enfer dès tes premiers pas à Poudlard ?

– On n’a qu’à rester ici. Tu dois te rendre quelque part ?

Malefoy hésita, puis se laissa tomber sur un siège en face de celui de la jeune fille. Elle était en train de lire un épais ouvrage relié de cuir. « Les serpents mystiques ». Hawking surprit son regard et referma le livre avec un sourire :

– C’est très intéressant, mais par les temps qui courent, c’est mal vu.

Draco haussa un sourcil sans répondre. Ce n’était pas tant les serpents qui dérangeraient le grand public, mais surtout le fait que c’était un livre de magie plutôt sombre. Il y avait des sorts de tortures et de compositions de poisons assez méchants là-dedans… Il le savait, Rogue avait le même bouquin de son vivant.

D’un coup de baguette, Hawking transforma l’aspect du grimoire en celui d’un innocent dictionnaire russo-anglais.

– Pourquoi vas-tu chez un psychomage ? lança-t-elle soudain à brûle-pourpoint.

– Obligatoire pour Poudlard, et Theodore m’a forcé, répondit négligemment. Et ta cousine ?

Hawking resta silencieuse un moment, et l’aristocrate pensa qu’elle ne répondrait pas. Mais, finalement, elle lâcha à mi-voix :

– Hawking n’est pas mon vrai nom. Ni le sien. C’était celui de nos mères. Elles étaient sœurs. Le père de Cathy était très attaché aux valeurs du Seigneur des Ténèbres.

– Alors elle aussi, elle doit voir un psy pour aller à l’école, devina Draco.

C’était vraiment très étrange de parler normalement avec quelqu’un. Sans méfiance ni insinuations douteuses, sans moues méprisantes ou commentaires chuchotés derrière lui. Oui, très étrange. Et reposant.

– Pas vraiment. Son père était un Mangemort, tu sais. Il voulait absolument l’impliquer dans la guerre, l’utiliser, qu’elle gravisse les échelons.

Draco s’était tétanisé sur son siège. Hawking avait les yeux fixés sur son livre et sa voix était paisible, tranquille. Pourtant, il avait la curieuse impression qu’elle savait que cette description pouvait s’appliquer à sa famille à lui.

– Sa mère adhérait à ses convictions, mais tenait plus que tout à Cathy, continuait-elle d’un ton plat. Alors ma tante, Esther, a tout fait pour protéger sa fille de son père. Mais un jour, elle a trahi. Elle a déserté avec sa fille. Et elle a été tuée sous ses yeux, en retenant les Mangemorts pendant que Cathy prenait un Portoloin pour rejoindre une cachette.

Malefoy laissa passer un silence, puis lâcha :

– Et son père ?

– Il est toujours en fuite, répondit la jeune fille en haussant les épaules. Cathy est terrifiée à l’idée qu’il la retrouve. C’est pour ça que je l’emmène ici. Je doute que ce soit utile, cependant. Ça t’est utile, à toi ?

– Oui, répondit très sérieusement Draco. Je rattrape mon sommeil en retard.

Elle le fixa, l’air interloqué :

– Tu dors ?

– Oui.

– C’est gonflé de ta part.

– Je la paye, je fais ce que je veux.

Hawking gloussa :

– Oui, dis comme ça… Mais à ce rythme, tu n’auras jamais ton autorisation pour Poudlard.

– Qui te dit que je la veux ?

– C’est pour ça que tu es ici, non ?

Draco haussa les épaules. Il était d’abord venu ici pour Nott, puis pour lui-même. Mais pour Poudlard… Non, il n’avait pas beaucoup d’espoir. Il ne pensait même pas à y retourner. Sa mère serait condamnée. Son monde était anéanti. A quoi bon continuer à faire comme avant ?

Hawking le fixait, pensive, patiente. Ce jour-là, elle portait une longue jupe blanche et noire, et un haut sombre à l’encolure très évasée. Son seul bijou était une croix de métal noir, passée à une chaîne de même couleur qu’elle portait au cou. Et bien sûr, ses arums. Pas de maquillages ou d’autres ornements.

Finalement, elle lâcha sans le regarder :

– Ma mère est morte dans une opération qui a mal tourné. Il y a un peu plus d’un an. C’est ta mère qui a ramené son corps. Elle aurait pu le laisser là-bas mais elle l’a ramené.

– Les Aurors ? murmura Draco.

– Et l’Ordre, fit Alva sans répondre directement. C’était le jour de la chute du Ministère.

– Ah.

Le silence plana à nouveau dans la salle d’attente. Malefoy ne le brisa pas. Il savait, à présent, ce qui avait poussé Hawking à le prévenir, pour Durmstrang. Et il savait, aussi, pourquoi elle ne craignait pas la compagnie des fils de Mangemorts. Elle était comme eux.

– Et ton père ? se risqua-t-il à interroger.

Hawking haussa un sourcil dédaigneux. Exactement la même expression que lui, du temps où il était le prince des Serpentards et se foutait de Potter.

– Je ne te connais pas assez pour te parler du reste de ma famille, Malefoy.

– Si tu veux, Hawking.

– Le procès de ta mère est bientôt, non ?

Draco se raidit, et son visage se ferma. En effet. Dans quelques jours, tout serai terminé. Ni lui ni Narcissa n’avaient d’espoir à présent.

– Oui.

– Il y aura Potter, fit Hawking en le scrutant. Pourquoi ? Il n’a témoigné à aucun autre procès. Sauf celui, posthume, de Severus Rogue. Et il l’a réhabilité.

Draco ricana :

– Tu crois que Potter va réhabiliter ma mère ?

– Je ne sais pas. Je ne comprends pas comment fonctionne ce type.

Malefoy resta silencieux un instant. Sa mère, avant d’être emprisonnée, lui avait raconté ce qui s’était passé dans la Forêt Interdite. Potter s’était livré, s’était laissé tuer. Et il avait survécu à Avada Kedavra. Narcissa avait menti au Seigneur des Ténèbres, l’avait protégé… Peut-être que Potter était reconnaissant. Peut-être que son stupide complexe du héros allait le pousser à vraiment réhabiliter Narcissa Malefoy.

– Moi non plus, avoua-t-il.

Hawking s’appuya plus confortablement sur son dossier, et glissa son livre dans un sac aux pieds de sa chaise. Un sac de cours. Probablement celui qu’elle utiliserait à l’école.

– Parle-moi de Poudlard.

– Pourquoi ? rétorqua Draco prit au dépourvu.

– Parce que je vais y aller. Et toi aussi, je suppose.

Encore une fois, Draco ne répondit pas. Il n’envisageait pas sa vie au-delà du procès de sa mère.

Il se contenta de répondre aux questions de la Russe. Des questions assez inoffensives. « Comment s’opère la répartition ? » « Les différentes Maisons ont des cours en commun ? » « Comment est le prof de sortilège ? » « On peut étudier les Runes ? » « On peut sécher la Défense contre les forces du Mal si on est plus fort que le prof lui-même ? » « Il y a vraiment un nouveau prof dans cette matière chaque année ? » « On mange bien à Poudlard ? » « On peut devenir membre de l’équipe de Quidditch ? » « Ce Hagrid est prof ? Sérieusement ? »

« Il y a des griffons dans la Forêt Interdite ? »

Cette dernière question fit ricaner Malefoy. Car un Malefoy ne rit pas, c’est connu : il ricane, ça fait plus ténébreux.

– Il y a probablement de tout dans la Forêt Interdite.

– Même des griffons ? fit Hawking d’un air rêveur. Ça serait génial. Avant le retour du Seigneur des Ténèbres, il y avait un projet de réinsertion des griffons en Angleterre.

– D’où est-ce que tu sais ça ? s’étonna Draco.

– Ma mère, lâcha la jeune fille en haussant les épaules. Avant de suivre Père en Angleterre, elle travaillait à l’Ambassade Magique.

– Ta mère a suivi ton père ? répéta lentement Draco. Elle n’est pas venue par sa propre volonté ?

Hawking se raidit, soudain, et lui lança un regard glacé. Ses doigts s’étaient crispés dans l’accoudoir de son siège.

Elle ne répondit pas. Ce n’était pas nécessaire. Malefoy était malin, et plus il rassemblait les pièces du puzzle, plus la situation de Hawking ressemblait à la sienne, jadis. C’était son père, Lucius Malefoy, le fanatique du Seigneur des Ténèbres. Narcissa adhérait à ses idées, mais sans plus. C’était par amour pour Lucius qu’elle était devenue Mangemort. Et maintenant, elle en payait le prix.

Mais elle n’est pas morte, réalisa Draco en dévisageant la slave qui le toisait, glaciale. Ma mère n’est pas encore morte. Potter va peut-être faire un autre miracle. Elle n’est pas morte, elle.

Et, comparant son cas à celui de cette fille qui aurait pu finir exactement comme lui, il songea qu’il n’était pas trop mal tombé. C’est vrai, Theodore et Blaise s’en tiraient mieux. Mais Hawking ? Elle n’avait plus sa mère, elle. Ni le reste de sa famille. Ni même son pays.

– Parlons d’autre chose, tu veux ? lâcha Alva Hawking d’un ton plus froid que la banquise.

– D’accord. Pourquoi tu ne veux pas donner ton prénom ?

Au moins, cette question eut le mérite de déstabiliser la jeune fille. Elle cilla, fronça les sourcils, et croisa les bras d’un air buté :

– Il est absolument ridicule. Pire que Draco.

– Tu sais qu’à la répartition, on annonce ton nom et ton prénom ?

Hawking grimaça. Apparemment, elle y avait déjà pensé… Et l’idée semblait inconfortable. Draco se rencogna dans son siège, très satisfait de lui.

– Je l’apprendrais à ce moment-là.

– Peut-être bien, rétorqua la Russe. Tu retourne donc à Poudlard ?

– Peut-être bien, répéta Draco d’un air narquois.

En vérité, il n’en avait pas la moindre idée. La sortie de Catherine Hawking le dispensa d’autres questions. Les deux jeunes gens se levèrent en même temps et, tandis que Cathy se plaçait légèrement derrière sa cousine, Alva Hawking lança un bref regard à l’adresse du Serpentard. Ce dernier avait déjà remis ses lunettes de soleil.

– A un de ces jours, peut-être.

– Il y a des chances, répliqua la jeune fille d’un air narquois. Cathy a rendez-vous jusqu’à fin août. Toutes les semaines, même jour, même heure.

Draco avait les mêmes horaires. Cette idée le fit ricaner. Il réajusta ses lunettes sur son nez, et se dirigea vers la porte d’entrée avec un bref salut :

– A la semaine prochaine, Hawking.

– A la semaine prochaine, Malefoy.

La semaine prochaine, ça serait la veille du procès.

oOoOoOo

Draco Malefoy devint de plus en plus nerveux à l’approche du procès. C’était bientôt la fin de l’été, le Ministère se hâtait d’en finir. On déchaînait les haines dans l’espoir qu’elles se tarissent pour la rentrée. N’importe quoi. Comme si ça pouvait marcher.

Les murmures et les insultes se multiplièrent sur son passage. Le nom des Malefoy revenait très souvent dans les journaux.

La veille du procès, il était si nerveux qu’il ne réussi pas à dormir chez la psychomage. Il tournait comme un lion en cage. Un lion… Même cette métaphore lui donnait envie de frapper quelque chose.

Finalement, pour se libérer du stress et de la rage qui l’étouffaient, il se mit à parler. Comme ça, en vrac. Il dit qu’il n’avait jamais voulu ça, jamais voulu de la Marque ou de sa mission de tuer Dumbledore, qu’il ne voulait pas que tout cela arrive, qu’il aurait préféré que Voldemort ne revienne jamais, qu’il avait peur, que sa mère lui manquait, que son père ne lui avait jamais montré qu’il l’aimait, que ce connard de Potter avait eu raison depuis le début et que maintenant tout était fini, mais qu’il faisait quand même des cauchemars la nuit, qu’il revoyait Naguini avaler son repas de chair humaine sur sa table de salon, qu’il avait du torturer un homme un jour, et qu’il en vomissait, il n’avait jamais voulu, jamais, et il avait peur, et il voulait que tout s’arrête et il en avait assez, plus qu’assez d’être accusé alors qu’il ne voulait pas ça, et…

Il finit par se taire, les cordes vocales en feu d’avoir crier, épuisé, soulagé, et un peu surpris. Dans sa rage, il avait fracassé un vase, envoyé voler la chaise à l’autre bout de la pièce. La psychomage n’avait pas bougé, son bloc-notes à la main.

Finalement, elle se leva, ouvrit un tiroir de son bureau, en sortit un formulaire et le lui donna. C’était l’autorisation pour Poudlard.

Draco sortit très en avance de ce rendez-vous-là. Il ne vit pas les deux Hawking, ni dans la salle d’attente ni dans la rue. Il en fut soulagé. Il avait les nerfs à fleur de peau.

Il ne sorti pas de chez lui avant le procès, le lendemain.

C’était au Ministère. Département des Mystères, dans la salle d’audience où le fauteuil de l’accusé avait des chaines sur les bras. Quand Narcissa y prit place, les chaines s’enroulèrent autour de ses bras d’un geste vif en cliquetant. Ce simple bruit suffit à faire pâlir son fils.

La salle était pleine à craquer.

Il y avait beaucoup de témoins. Des Aurors, mais aussi des Mangemorts qui attendaient leurs procès, des complices, et des innocentés. Hagrid était là. Potter également. Draco Malefoy avait fait sa déposition dès l’arrestation et il était jugé « trop proche de l’accusé » : il ne serait pas interrogé. Ça le mettait au supplice.

La plupart des témoignages dépeignaient Narcissa comme une ardente adepte des principes de Voldemort, très loyale, n’ayant jamais fait preuve d’hésitation, ayant tué et torturé des innocents. Potter, l’air un peu nerveux, attendait son tour. Il passait en avant-dernier. Une mise en scène, évidemment : pour que tout le monde l’écoute.

Draco aurait pu jurer que son discours avait été préparé par Granger.

Potter déclara que Narcissa aurait pu dire qu’il était encore en vie après l’Avada Kedavra. Elle aurait ainsi signé la victoire totale de Voldemort. Elle aurait retrouvé son fils, son mari n’aurait pas été emprisonné, et les Malefoy auraient été récompensés. Mais non, elle avait menti. Elle l’avait sauvé. Elle ne l’avait pas fait pour Lucius, Voldemort ou Draco, elle l’avait fait pour le sauver, lui, Harry Potter. Et elle lui avait permis de tuer Voldemort.

Ensuite, Potter déclara seulement qu’il priait les juges de faire preuve d’indulgence, car il était très reconnaissant à Narcissa Malefoy de son geste. Puis il adressa un bref signe de tête à l’accusée, et quitta la barre des témoins pour revenir à sa place.

Draco Malefoy n’en revenait pas. Quinze minutes plus tôt, la foule grondait comme une bête féroce et voulait faire de sa mère un exemple. Maintenant, ils fixaient Potter avec admiration, adoration presque. Ils le félicitaient pour sa grandeur d’âme, son pardon, sa franchise. Ils lui mangeaient dans la main.

Hagrid, bourru et intimidé, ne fit que dire oui à toutes les questions du juge. Oui, Voldemort avait frappé Harry d’un sortilège de mort. Oui, Narcissa avait dit qu’il était mort. Oui, si elle ne l’avait pas fait, tous les Mangemorts n’attendaient qu’un signe pour frapper à leur tour. Oui, cela avait certainement sauvé l’Elu. Oui, oui, oui.

Narcissa Malefoy perdit tous ses biens : manoir, domaines, privilèges, titres de son époux. Sa baguette lui fut confisquée pour une mise à l’épreuve de six mois. Mais elle fut libérée. Et c’était le principal.

A la sortie du procès, mère et fils tombèrent dans les bras l’un de l’autre.

Alors qu’ils quittaient le Ministère, escortés par deux Aurors, Potter sembla hésiter un instant à aller les voir. Pour faire quoi, s’excuser ? Demander des remerciements ?

Finalement, il se déroba et s’en alla d’un autre côté. Trouillard. Pas fichu de regarder en face ses vieux ennemis.

A la sortie du Ministère, devant la cheminée, les deux Aurors regardèrent les Malefoy d’un air presque narquois. Sa chambre d’hôtel n’avait pas de cheminée et, de toute façon, ne pouvait accueillir deux personnes. C’était maintenant que Draco réalisait qu’il avait réellement cru que tout s’arrêterait avec se procès, qu’il n’avait même pas envisagé que sa mère et lui pouvaient s’en sortir.

Il s’était vraiment plongé dans une sorte de résignation morbide. Exactement comme quand il avait eu pour ordre de tuer Dumbledore. Il était si persuadé que seule la mort l’attendait qu’il s’était juste abandonné au destin.

Il en aurait rougi de honte. Mais un Malefoy ne rougit pas de honte, et il se contenta de toiser les Aurors avec morgue.

– Tiens ! Bonjour, Draco, Mrs Malefoy.

Aurors et Malefoy pivotèrent vers l’intruse qui venait de les apostropher. Et Draco cligna des yeux, à moitié persuadé que c’était impossible.

Alva Hawking se tenait devant eux, sa baguette dans une main et un dossier dans l’autre. L’air aussi naturel que si elle se retrouvait tous les jours en face de deux Malefoy encadrés par des Aurors hostiles, elle continua :

– Je devais récupérer des formulaires pour officialiser mon installation à Londres, d’où ma présence ici. Ainsi, vous êtes acquittée, Mrs Malefoy ?

Narcissa hocha la tête avec raideur, fixant Hawking avec une curiosité bien dissimulée. Un Auror, visiblement mécontent de cette interruption, demanda d’un ton âpre :

– Vous êtes ?

Elle fit comme si elle n’avait pas entendu, et poursuivit à l’adresse de Narcissa :

– Je connais Draco. Il m’a d’ailleurs posé un lapin il n’y a pas si longtemps… Puis-je vous inviter tous les deux chez moi pour fêter le dénouement de cette affaire ?

A cet instant, Draco aurait volontiers béni la Russe. C’était l’échappatoire parfaite. Un regard entre la mère et le fils suffit à ce qu’ils se comprennent, et Narcissa répondit avec un sourire poli :

– Avec plaisir.

– Nous te suivons, Alva, renchérit Draco.

Les Aurors se regardèrent, décontenancés, mais Narcissa était acquittée, Draco aussi, et la jeune Russe n’avait rien de menaçant. Ils ne purent donc rien faire quand, suivie des deux Malefoy, Hawking disparu dans un feu de cheminé vert émeraude.

Ils atterrirent tous les trois dans un modeste salon aux teintes beiges, qui servait apparemment aussi de salle à manger. Assise à table, Catherine Hawking était plongée dans la lecture d’un grimoire. En les voyants, elle poussa un glapissement de surprise.

– Ce n’est que moi, Cathy, la rassura Alva en se redressant. Je suis désolée de vous avoir enlevés comme ça, s’excusa-t-elle en se tournant vers les Malefoy. Mais les Aurors auraient été trop contents de vous assigner une résidence surveillée, vu que vous n’avez plus de manoir.

– Vous avez assisté au procès ? interrogea Narcissa tout en continuant à scruter Alva.

– Non, mais c’était évident. Le Ministère ne peut pas passer à côté d’une telle occasion de s’enrichir, surtout si cela apporte une illusion de justice.

Narcissa écarquilla les yeux, comme si elle réalisait soudain quelque chose.

– Vous êtes la fille de Diane Netaniev.

– Hawking, rectifia aussitôt Alva en jetant un regard en biais à Draco (qui n’en perdait pas une miette). Diane Hawking était son nom de jeune fille, et je le reprends.

– Je comprends, acquiesça Narcissa.

Ainsi, le père d’Alva portait le nom de Netaniev. C’était lui, le Mangemort de la famille. Les Hawking étaient moins compromis, car la mère d’Alva était morte, et celle de Cathy s’était héroïquement sacrifiée. Évidemment. Tout s’emboitait à merveille.

Sauf qu’il n’avait pas connaissance d’un Mangemort se nommant Netaniev. Pourtant, une consonance russe aussi typique, ça devrait l’avoir marqué.

Ça ne pouvait être que ça. Qui d’autre qu’une fille de Mangemort irait aider les Malefoy ?

Alva leur fit signe de s’asseoir et, agitant un peu sa baguette, fit venir devant eux une assiette de financiers dorés. Cathy disparu dans la cuisine, et Draco entendit le bruit de l’eau qui coule. Elle devait faire du thé.

Il s’assit dans son fauteuil puis, fixant la jeune Russe, posa la question fatidique :

– Pourquoi ?

– Pourquoi quoi ? demanda candidement Alva.

– D’abord Durmstrang, puis le psy, et maintenant ici. Pourquoi m’aides-tu ?

– Ne te prends pas pour le centre du monde Draco, rétorqua Alva en levant les yeux au ciel. Si ça se trouve, c’était juste pour aider ta mère que je faisais ça. Mrs Malefoy, je… vous suis très reconnaissance d’avoir préservé le nom de ma mère et d’avoir ramené son corps.

– Ce n’est rien, répondit doucement Narcissa.

– Pour moi, c’est beaucoup. Très peu de gens savaient quel visage se cachait sous sa cagoule. Vous auriez pu la vendre, laisser le Ministère s’accaparer ses biens et cracher sur sa mémoire, mais vous ne l’avez pas fait. Merci, ajouta Alva avec raideur.

Cathy revient avec le service à thé sur un plateau, qu’elle posa sur la table basse avant de filer discrètement hors de la pièce, son grimoire avec elle. Malefoy n’avait pas oublié l’histoire du père Mangemort qui la terrifiait, et il la regarda partir avec un drôle de poids sur l’estomac.

Son regard dériva sur le thé, sa mère qui grignotait un gâteau comme si elle manquait d’appétit alors qu’il savait très bien qu’elle était affamée, et ça lui rappela soudain une des paroles de Hawking. Il pivota vers elle :

– Qu’est-ce que c’est cette histoire de lapin ?

– Mais tu m’as posé un lapin, répondit très sérieusement la jeune fille. On avait dit « à la semaine prochaine », et tu as filé en avance.

– J’avais mon autorisation, soupira Malefoy.

– C’est vrai ? Tant mieux. Et sinon, c’était surtout parce que j’avais besoin d’une bonne raison pour vous inviter. En plus, j’ai également clamé haut et fort que je venais d’arriver, ce qui va les laisser supposer que je suis une étrangère qui ignore totalement à quel point vous êtes infréquentables.

Puis elle écarquilla les yeux et s’excusa platement :

– Euh, sans vouloir vous vexer. C’est comme ça qu’ils vous voient, maintenant, alors je vais jouer sur leur paranoïa vous comprenez ? Je ne pense pas du tout que vous soyez infréquentables…

– Tu t’enfonces, Hawking, laissa tomber Malefoy en attrapant un biscuit.

Elle émit un reniflement dédaigneux, mais se tu. Narcissa les regarda tous les deux avec un mince sourire. Elle semblait avoir prit dix ans, mais son air amusé la rajeunissait.

Draco se retint de sourire, lui aussi. Voir sa mère, bien vivante et libre, devant lui, et la voir sourire… Il ne s’était pas rendu compte à quel point il avait eu peur pour elle.

Alva s’appuya un peu plus sur son dossier et, d’un geste machinal, joua avec la fleur blanche éternellement piquée dans ses cheveux.

– Mrs Malefoy, Draco. Si je vous ai fait venir ici, ce n’est pas juste pour vous aider. Je voudrais savoir si vous savez… Ce que sont devenus mes frères.

Draco et sa mère échangèrent un regard. Perplexe, pour le jeune homme, et hésitant, pour la mère. Narcissa croisa les mains sur ses genoux, une posture simple et digne, celle qu’on adopte lorsqu’on se cuirasse contre le monde extérieur.

– Oswald et Borislav Netaniev sont morts tous les deux au service du Seigneur des Ténèbres, il y a huit mois.

Alva cligna des yeux, puis détourna la tête.

– Leurs corps… ?

– Détruits. Andreï Netaniev ne voulait pas que les Aurors se les approprient.

– Je comprends, fit Alva d’une voix blanche. Je comprends.

Andreï Netaniev devait être son père, songea Draco. Un père étrange, qui avait emmené sa famille au massacre, l’arrachant à son pays. Sa femme puis ses fils étaient morts, et sans doute avait-il péri lui-même. Le parfait Mangemort, ironisa mentalement le jeune Malefoy.

Alva prit une grande inspiration et, quand elle se tourna à nouveau vers eux, elle s’était recomposé une expression.

– Je ne veux pas vous chasser, mais je dois faire quelque chose avant ce soir…

Elle ne faisait ni plus ni moins que de les chasser, mais vu ce que Narcissa lui avait dit, Draco ne pouvait guère lui en vouloir. Les deux Malefoy hochèrent la tête et se levèrent, puis la jeune fille les raccompagna jusqu’à l’entrée. Son appartement était tout petit et l’ameublement était assez impersonnel : c’était sans doute un foyer provisoire avant la rentrée.

Les Hawking n’avaient plus de véritable foyer, à présent.


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