Le parfum des Arums

Projets... Et nouveaux mystères

Ils étaient le premier Décembre et le Club était enfin prêt à ouvrir. Outre Jack Sloper, Justin Shepper et David Jarvis, ils avaient décidé d’accueillir un autre membre : Simon Jarvis, le petit frère de David, un première année qui faisait de louables efforts pour garder la tête droite mais fondait en larmes dès qu’on parlait de sa famille.

– Donc, on sera… Quatorze, calcula Alva. Quinze avec moi, leur vénéré prof.

Seule dans son dortoir, la Russe ouvrit rapidement son Silverscroll. Le reste des huitièmes années étaient en Histoire de la Magie, ils devaient donc tous avoir leur Silverscroll à portée de main.

Arrivée d’Alva.

Alva dit : Salut tout le monde.

Ryan dit : Je m’ennuie comme un rat mort.

Draco dit : De même.

Alva dit : J’étais en train de penser.

Blaise dit : Tu peux faire un claquage si tu n’es pas habituée.

Alva dit : La ferme, Zabini. Je disais donc : il faut trouver une date pour nos rendez-vous. Lundi, on finit tard : c’est un truc à finir sur les rotules. Mardi, peut-être ? Les huitièmes années ont un cours avec Stensenn, mais seulement dans la matinée…

Theodore dit : Les sixièmes années de Serdaigle et de Poufsouffle ont cours jusqu’à dix-sept heures. C’est à dire David et Chris.

Anaïs dit : Le week-end ?

Ryan dit : Arg. J’aimerai éviter d’empiéter sur le week-end. Il y a le Quidditch le samedi après-midi.

Draco dit : Mercredi. Les sixièmes années n’ont qu’un cours d’Astronomie pour meubler leur soirée.

Alva dit : Oui, mais les premières années ont cours jusqu’à dix-sept heures trente.

Ryan dit : C’est mort.

Alva dit : Et le jeudi, c’est fichu : on a cours avec Stensenn. Deux fois dans la journée pour moi, en plus !

Draco dit : Reste le vendredi.

Theodore dit : David et Chris finissent à quinze heures trente, en Potions. Je crois que Jack Sloper finit à quinze heures, il a Sortilèges.

Ryan dit : Et non, on termine à seize heures trente, avec Histoire de la Magie. C’est à dire deux heures de sommeil.

Alva dit : Rattrapage de Métamorphose. Mais c’est ok pour moi. Et les premières années finissent à quinze heures aussi après un cours de Soin aux Créatures Magiques.

Ryan dit : Il faudrait penser à filer un Silverscroll à Kim, David, etc. Sinon, comment on se contactera pour les changements au Club ?

Alva dit : Pas bête. J’y penserai.

Draco dit : Plus tard. Pour le moment, il n’y a pas de problème : on a un créneau qui correspond à tout le monde.

Alva dit : Donc vendredi après-midi, disons… De dix-sept heures à dix-neuf heures trente, voire même vingt heures si jamais on déborde d’enthousiasme. Mais pas après ! Si on arrive après vingt heures dans la Grande Salle, ça pourrait attirer les soupçons.

Theodore dit : Ça marche. On commence cette semaine ou la semaine prochaine ? On est déjà mercredi.

Ryan dit : Je vote pour cette semaine. Et vous ?

Blaise dit : Rien à objecter.

Alva dit : Bon, c’est décidé alors !

Et en effet, c’était décidé.

L’information se transmit rapidement au sein de leur petit groupe. Luna, leur complice, en prit également connaissance. Alva distribua des Silverscrolls supplémentaires. En voyant leur petit groupe hétéroclite de plus en plus souvent rassemblé, Potter et Weasley commencèrent à les lorgner d’un air soupçonneux. Neville, le binôme de Theodore, soupçonna lui aussi que quelque chose se tramait, mais ne dit rien.

Alva était stupéfaite de la capacité qu’avaient Nott et Londubat d’aller de l’avant. Le père de Theodore était à Azkaban par la faute de l’Ordre, et les parents de Neville avaient été brisés à jamais par des Mangemorts. Et pourtant, ces deux adolescents étaient tous les deux timides et sincères, appliqués et discrets. Ils se ressemblaient.

Et ils se tendaient mutuellement la main, malgré tout. Ils avaient la force de se pardonner.

Le jeudi passa à une lenteur d’escargot. La DCFM consista ce jour-là un affrontement entre trois camps. Rapidement, une alliance tacite s’installa entre deux camps pour écraser l’autre. Mais dans l’autre camp en question, il y avait Alva. La victoire fut malaisée, et tous les étudiants repartirent avec leur part de coup : la Russe était un vrai démon dans un affrontement.

Durant tous les autres cours, la jeune fille aux yeux bleus arbora un air supérieur qui fit grincer des dents à pas mal de monde. Seuls les futurs membres du Club regardaient la Serdaigle avec affection. Bientôt, eux aussi, ils pourraient rivaliser avec elle.

A la première réunion du Club, Alva s’arrangea pour arriver avec presque vingt minutes d’avance. Elle passa trois fois devant la tapisserie représentant la tentative de Barnabas le Follet d’apprendre la danse aux trolls. Face à la tapisserie en question, une épaisse porte de bois massif apparu, à la poignée de cuivre.

Alva marqua un temps d’arrêt en voyant que sur le bois de la porte était gravé l’emblème de Durmstrang : un griffon à deux têtes, or sur fond vert.

– On se refait pas, sourit-elle en contemplant le symbole.

Puis elle poussa la porte, et entra dans la Salle sur Demande.

Un instant, la surprise la figea sur le seuil, puis elle referma doucement la porte de bois sombre. Cette pièce… Cette pièce était extraordinaire.

C’était une salle immense, très large et deux fois plus longue. Les murs étaient tapissés d’un papier peint d’une douce douleur sable, presque ambrée, et ils étaient percés de grandes fenêtres aux lambris de chêne. Par ces fenêtres, on ne distinguait qu’une lumière blanche, aucun paysage. Au fond, de la salle, séparé du reste de la pièce par une cloison de bois sculpté agrémenté de fenêtre de verre, on distinguait une bibliothèque.

Une grande horloge était fixée au-dessus de la porte. Le cadran était entouré par le corps reptilien d’un dragon qui semblait dormir, couché sur le disque de verre et l’entourant de sa queue. Quand Alva posa son regard sur lui, il cligna paresseusement des yeux avant de refermer les paupières.

Haussant les épaules, la Russe se détourna et examina la pièce.

Accrochés aux murs de la salle se trouvaient de grands tableaux, aux formes et aux tailles variées mais toujours imposantes. Bizarrement, les images étaient voilées, comme si le tableau était protégé par une vitre couverte de buée. Probablement pour ne pas déconcentrer les sorciers qui allaient s’entraîner ici…

Alva pointa sa baguette sur un des tableaux, sans aucune indication précise, et le voile blanc s’effaça, révélant la scène : un dragon rugissant, crachant un véritable torrent de flamme sur une silhouette noire, celle d’un sorcier. Le sorcier, lui, brandissait sa baguette comme un fouet, et autour de lui les flammes semblaient prendre vie, devenant aigle, serpent ou ours pour se retourner contre le dragon. Une plaque, sous le tableau, indiquait en lettres lumineuses :

30 Juillet 1687

Pavel Netaniev, "le Maître des Flammes"

1568 – 1659

Inventeur du Dompte-Flamme et du Feudeymon

Le sourire d’Alva disparut. Après un coup d’œil inquiet derrière elle, elle voila à nouveau le tableau. Oui, les Netaniev étaient une lignée illustre. Mais ça ne lui faisait pas spécialement plaisir de s’en souvenir.

La jeune fille fit le tour des tableaux. Il y en avait des tas. Avec des êtres de l’eau, des gobelins, des Détraqueurs, des griffons… Mais le plus souvent, il s’agissait uniquement d’humains. Sorciers contre sorciers, ou contre Moldus. Les tableaux faisaient tous la même taille, mais leurs cadres étaient en matières diverses : métal, bois… L’un des cadres était en or, et représentait deux sorciers qui se combattaient férocement à coups de sortilèges, au milieu des ruines d’un château dévasté. L’un était vêtu de bleu pâle et d’or, l’autre de rouge et de noir.

Même sans lire la plaque indicative, Alva n’eu aucun mal à reconnaître ce combat de légende.

2 Mars 1945

Albus Dumbledore (1881 –1997)

VS

Gellert Grindelwald (1883 – 1998)

Juste en face, il y avait un autre portrait, au cadre d’ébène enjolivé de cuivre rouge. Ce combat était sans doute bien moins connu, mais il fascina Alva.

On y voyait un petit groupe de sorciers, portant des vêtements et des manteaux rouges, assaillis par une grande troupe d’autres sorciers. Les gens en capes rouges, au nombre de sept, se défendaient à coups de sortilèges, mais aussi à coups de poings et de pieds. Alva vit deux rouges protéger un troisième camarade, qui fit apparaitre un arc et se mit à tirer, calmement et avec précision, sur leurs agresseurs. Ses flèches transperçaient les charmes de protection comme du papier. Une sorcière, qui s’était débarrassée de sa cape rouge pour être plus libre de ses mouvements, bondissait et frappait comme si la pesanteur n’avait plus d’effet sur elle : elle virevoltait à la manière d’une acrobate, et ses déplacements tenaient de la danse plus que de l’agression. Mais une danse létale, une danse mortelle à chaque mouvement… Entre ses doigts brillaient l’éclat d’une lame, et chaque fois qu’elle bondissait près d’un de ses ennemis, l’homme qu’elle frappait ne se relevait pas.

Cette fois, la plaque indicative était un peu plus longue.

27 Février 1454

Roy Birkout (1446 – 1478)

Evannah Brob (1446 – 1535)

Nicholas Opareslav (1446 – 1566)

Vladimir Stevensson (1446 – 1547)

Nastasya Harnost (1446 – 1500)

Aleksei Sironnad (1446 – 1551)

Sergei Walkres (1446 – 1524)

"Les Sept Invaincus" de Durmstrang

Alva sourit tout en regardant une nouvelle fois le combat se jouer, puis voila le tableau et continua à examiner la pièce. Outre les fenêtres et les tableaux, il y avait des armoires. Quatre, de part et d’autre de la porte d’entrée de la Salle Sur Demande. Elles renfermaient les armes les plus variées : couteaux, sabres, épées, bâtons, arc et flèches, poignards, chaîne, fléau, stylets de jet, fouet… Il y avait aussi du matériel pour le combat à mains nus : des gants de protection, des casques et des protège-dents, et même des pièces de cuir dur pour protéger le ventre ou l’abdomen. Des tatamis assez épais étaient empilés contre un mur, masquant la moitié d’un tableau représentant un sorcier aux longs cheveux blonds face à un immense serpent.

Alva se dirigea ensuite vers la bibliothèque. Cette section prenait un peu plus d’un tiers de la pièce, et regorgeait de livres sur le sujet qui les intéressait. Il y avait même un très grand rayonnage consacré aux Potions, et un autre traitant du Tatouage Runique. Des fauteuils avachis et des coussins colorés, tous dans les tons bruns, ocres et beiges, meublaient le centre de la bibliothèque. Il y avait également une grande table basse, autour de laquelle ils pourraient s’asseoir pour travailler ensemble…

Des sphères lumineuses flottaient paisiblement dans les airs, comme des lampes de lecture portatives. Quand Alva en toucha une, sa couleur changea, passant du blanc au doré, et la Russe sourit jusqu’aux oreilles.

Définitivement, cette salle lui plaisait.

Elle entendit la porte s’ouvrir, et se retourna pour voir entrer les quatre premières années : Cathy, Nathan, Valerian, et Simon. Les gamins ouvrirent de grands yeux impressionnés, et le Serpentard souffla :

– Wow ! On va vraiment apprendre ici ?

– On va vraiment apprendre ici, sourit Alva. Faites le tour, en attendant les autres.

Les autres en question ne tardèrent pas à arriver. Les huitièmes années, presque tous ensemble, puis les plus jeunes. Jack Sloper, le Batteur des Gryffondor, était différent de l’image qu’Alva s’était faite de lui : c’était un adolescent mince aux cheveux bruns ondulés, poli et souriant. David Jarvis, le Poufsouffle, était blond comme son frère, l’air calme et vaguement triste, mais il était aussi large d’épaule que Blaise, et aussi prompt à la rancune qu’un Serpentard.

Quand à Justin Shepper, même après avoir passé les trois premiers mois de l’année à le fréquenté, Alva ne parvenait pas vraiment à le cerner : il était gentil mai très renfermé sur lui-même, et surtout, il était d’une maladresse extraordinaire qui exaspérait la Russe. Combien de fois avait-il gâché la potion ou le sort de son binôme en trébuchant ou en cognant quelque chose ? En bref, il était attachant, mais Alva ne le fréquentait pas plus que nécessaire.

Finalement, la grosse horloge du dragon indiqua dix-sept heures, et Alva claqua dans ses mains d’un air autoritaire. Elle devait avoir amplifié le son par magie, car le bruit résonna comme un coup de feu dans toute la pièce.

– Bien. Je déclare la première réunion du Club de Soutien à la Défense ouverte !

– On est censé applaudir ? la taquina Kim.

Nathan et Valerian ricanèrent à la remarque de la belle brune, mais Cathy leur écrasa le pied à chacun et ils se turent brutalement. Alva secoua la tête, l’air blasée, puis tira un parchemin roulé de sa poche et expliqua :

– J’ai fait une liste de tous les participants, et je vous ai répartis en trois groupes, selon votre niveau. Et arrête de grogner Chris, je connais votre niveau. J’ai observé chacun d’entre vous en Défense Contre les Forces du Mal.

Alva se racla la gorge, déroula le parchemin, et commença à lire la liste :

Club de Soutien à la Défense

Groupe 1

Aristide Nathan – 1ère année

Barthemis Valerian – 1ère année

Hawking Catherine – 1ère année

Jarvis Simon – 1ère année

Groupe 2

Hefez Anaïs – 8ème année

Shepper Justin – 8ème année

Zabini Blaise – 8ème année

Michelis Christopher – 6ème année

Nott Theodore – 8ème année

Groupe 3

Barthemis Kimberley – 8ème année

Jarvis David – 6ème année

Sloper Jack – 5ème année

Malefoy Draco – 8ème année

Sullivan Ryan – 8ème année

Hawking Salvakya – 8ème année

Puis elle posa la liste contre la porte de la Salle sur Demande et, d’un petit coup de baguette, l’y colla afin qu’elle soit bien visible.

– Avoue, tu as toujours rêvée d’être prof uniquement pour imposer ton autorité… sourit Chris d’un air taquin.

– Je suis sûr que c’est vrai en plus, marmonna Theodore.

Alva gloussa, mais ne démentit pas. Au lieu de cela, elle leur ordonna de se rassembler par groupes, et fut enchantée de se voir obéie. Elle commença par les premières années :

– Stensenn vous apprend à utiliser le Sortilège de Désarmement, pour le moment, n’est-ce pas ?

Hochement de tête collectif. Les autres élèves se regardèrent avec une grimace. Ils n’avaient vu ça qu’en seconde année, et encore, avec quelques difficultés. Stensenn n’y allait pas de main morte.

– C’est barbare, d’autant plus que dans votre classe, la quasi-totalité des élèves ne savent même pas viser. D’autres n’ont pas encore la concentration ou la volonté nécessaire pour jeter un sortilège offensif… Qui, de vous quatre, sais désarmer son adversaire au moins deux fois sur trois ?

Seul Valerian leva la main. Puis, en voyant qu’il était le seul, il la rabaissa avec hésitation. Alva lui sourit :

– Bon, je ne suis pas officiellement prof, mais si c’était le cas… Cinq points pour Serpentard.

Une vague de gloussements parcourut leur petit rassemblement, et les premières années se détendirent, rassérénés. Alva agita sa baguette en marmonnant une incantation inaudible, et elle fit apparaitre une grande planche sur laquelle étaient dessinés les contours de quatre silhouettes humaines.

– Pour commencer, vous aller apprendre à viser et devenir plus endurants. Vous allez jeter un sort sur une de ces silhouettes. L’effet de ce sort, c’est juste l’apparition d’une tâche de couleur, comme une tâche d’encre, et ça ne dure pas plus de deux heures. A la base c’est un sort de marquage pour quand on se trouve dans un labyrinthe, mais…

Draco se racla la gorge, et Alva se rattrapa :

– … Mais je m’égare. L’incantation, c’est « Maculis ». Le geste est exactement le même que pour Expelliarmus. Visez les mannequins jusqu’à ce que vous fassiez mouche à chaque fois.

Elle se détourna et, après une hésitation, les quatre gamins s’attaquèrent à leurs cibles. Avec un succès mitigé, cependant : les tâches de Nathan volaient partout mais jamais sur sa silhouette peinte, et les gestes de Simon étaient si secs et nerveux qu’il ratait son coup les trois quarts du temps.

Draco haussa les épaules. C’était un bon exercice… Le fait de jeter un sort en visant quelqu’un n’était pas spécialement évident, surtout quand on ne possède sa baguette que depuis quelques semaines et qu’on n’a jamais agressé quiconque.

– Bon, à nous ! fit Alva face au second groupe. Votre problème à vous tiens à votre endurance : vous n’avez pas assez de souffle pour tenir face à votre adversaire, et comme c’est le genre de chose qu’on réalise assez rapidement dans un combat, il n’aura qu’à rester sur la défense pour vous épuiser… Et donc pour vous vaincre.

– Très encourageant, marmonna Chris.

– Donc vous allez bosser votre endurance, poursuivit Alva comme si de rien n’était. Désolée pour vous, mais aujourd’hui, pas de magie. L’endurance, ça passe par le sport.

– Le sport ? répéta Theodore, horrifié.

– Oui, le sport. Je me demande si la Salle sur Demande pourrait faire apparaitre une salle de sport comme celle de Durmstrang…

Les membres du deuxième groupe émièrent diverses exclamations indignées ou horrifiées, mais Alva n’y prêta aucune attention. Une des fenêtres venait de se transformer en porte, sur laquelle il était inscrit les mots "Salle de sport". En poussant la porte, ils découvrirent une pièce de la taille d’une salle de classe, où se trouvaient cinq cabines pour se changer, deux salles de douches –une pour les filles et une pour les garçons–, et dans le reste de la salle, un attirail qui fit ouvrir de grands yeux aux élèves de Poudlard.

Un mur d’escalade. Des vélos qui flottaient dans les airs, probablement pour pédaler pour se muscler les cuisses. Des tapis roulants bleus vifs qui brillaient de magie. Des barres parallèles, des anneaux suspendus au plafond par des cordes…

– On dirait un club de gym Moldu, fit remarquer Anaïs.

– Tu connais les clubs de gym ? s’étonna Alva.

– Ma mère est Née-Moldu, expliqua la Gryffondor. J’avais la santé fragile quand j’étais petite, alors elle m’a inscrit dans un club de sport pour que je me muscle. J’ai laissé tomber dès que je suis entré à Poudlard.

– Parfait, tu pourras leur expliquer comment tout fonctionne. Anaïs, je te nomme responsable du groupe numéro deux !

Et Alva referma la porte de la salle de sport. Quand elle fit face au troisième groupe, arborant un sourire carnassier, David Jarvis esquissa un mouvement de recul… Et il ne fut pas le seul. Cette fille était flippante.

– Quant à vous… Vous arrivez à suivre le rythme de Stensenn. Avec vous, je vais plutôt taper dans le perfectionnement du combat. Pour commencez, vous allez vous battre contre moi.

Jack Sloper grimaça, et Ryan émit un rire jaune :

– Après la raclée que tu as fichue à Harry, je ne suis pas très volontaire…

– Oh, c’est pas la mort ! Contrairement à Stensenn, moi, je vais vous expliquer quelles sont vos erreurs et comment les rectifier. Allez, j’ai besoin d’un volontaire.

Les élèves s’entreregardèrent. Finalement, David Jarvis, raide comme un bâton, s’avança d’un pas. Le reste du groupe salua sa bravoure par des applaudissements, et Alva leva les yeux au ciel.

– Que ce soit clair : Draco, Sloper, Kim, Ryan, vous êtes des lopettes !

Ce qui n’empêcha pas les lopettes en question de conserver un sourire tenace rivé aux lèvres. Alva secoua la tête avec indulgence, puis riva son regard sur le Poufsouffle.

– Bon. David… Je peux t’appeler David, au moins ?

Le sixième année hocha la tête, muet comme une carpe, et la Serdaigle poursuivit :

– Tu vas m’attaquer. Tout est permis. Sorts en tous genres, sauf les Impardonnables bien sûr, mais aussi les coups de poings ou de pied, et tu peux même utiliser ton environnement. Après chaque attaque, recule et j’expliquerai ce qui va et ce qui ne va pas, ok ?

David hocha la tête, et Alva se mit en garde. Le Poufsouffle hésita un instant, puis…

Expelliarmus !

La baguette d’Alva vola dans les airs sans que la jeune fille n’oppose la moindre résistance : elle ne devait pas la tenir très fort. Cependant, à peine son arme lui avait-elle échappé des mains que la Serdaigle se jetait sur David. Le Poufsouffle, qui tendait la main pour récupérer la baguette, ne la vit pas venir : en moins de trois secondes, un coup de poing dans l’estomac l’avait plié en deux et autre l’avait étendu par terre, sonné et désarmé.

– La prochaine fois, on mettra les tatamis, dit tranquillement la Russe. David, toujours en vie ?

– Plus ou moins, grommela l’adolescent en se redressant lentement.

Kimberley grimaça avec compassion, en voyant qu’il avait du mal à reprendre sa respiration. Draco se racla la gorge, et leva sa baguette en interrogeant le Poufsouffle du regard :

– Je peux te lancer un sort pour apaiser la douleur, si tu veux.

– Tu sais faire ça ? s’intéressa Alva.

– Ça me paraît évident, puisque je lui propose.

David eut l’air franchement hésitant durant quelques secondes, puis il haussa les épaules. Draco pointa sa baguette sur lui, et fit mine de ne pas remarquer la tension dans les épaules du plus jeune.

Placationem.

Une lumière beige, presque dorée, jaillit de la baguette de Malefoy et toucha David au ventre. Presque immédiatement, le Poufsouffle se décontracta. Alva hocha la tête avec une satisfaction toute professorale :

– Bien. Draco, tu m’apprendras ce sort, s’il-te-plaît. David, ton erreur vient du fait que tu te sois occupé d’abord de ma baguette. Réduire un sorcier à l’inconscience est la meilleure façon de le neutraliser. Un sorcier désarmé n’est jamais un sorcier sans défense.

– Règle numéro je-ne-sais-plus-combien-de Durmstrang, c’est ça ? sourit Blaise.

– Numéro 16, et non, pas seulement, fit Alva avec aplomb. A partir de maintenant, c’est la devise du Club !

oOoOoOo

Les effets des séances du Club commencèrent doucement à être visibles.

Tout d’abord, ça se fit sentir chez les plus novices. Dans les couloirs, Alva se faisait souvent accoster par les quatre premières années qu’elle avait pris sous son aile, et qui lui racontaient avec enthousiasme leurs progrès en DCFM. Simon ne tremblait plus comme une feuille dès qu’on évoquait sa famille, et osait redresser la tête. Valerian raflait des points à chaque cours de DCFM. Et, sous l’œil protecteur de Nathan, Cathy sortait de sa carapace et reprenait confiance en elle.

Puis chez les autres.

Les devoirs supplémentaires et les visites de Theo à l’infirmerie s’espacèrent. Kim et Justin devinrent de plus en plus efficaces en duo. Chris ridiculisa un Poufsouffle de septième année qui l’avait provoqué, et attribua généreusement ses compétences en combat à Stensenn. David gagna en assurance et en force, et à présent, quand quelqu’un disait du mal des Sang-Purs, il le regardait dans les yeux jusqu’à ce que l’autre bégaye. Ryan, Anaïs, Jack, Blaise, Draco ils progressaient tous.

Surtout Draco.

Le Serpentard devenait un combattant redoutable… Enfin, certainement pas à mains nues, mais avec une baguette, mieux valait ne pas le chercher. Il était beaucoup plus vif qu’avant, plus rapide et plus précis aussi. Il devenait un adversaire intéressant pour la Russe, et les deux amis passaient tous leur temps libre à s’entraîner, à s’asticoter ou à mettre au point de nouvelles tactiques ou de nouveaux sorts, ensemble. En DCFM, Potter comprit rapidement que seul contre eux deux, il n’avait pas une chance. Weasley lui-même eu l’air de réaliser que Malefoy n’était si inoffensif que ça, car il cessa toute provocation ouverte, se bornant à quelques regards noirs.

Autre conséquences : les membres du Club se retrouvaient de plus en plus souvent ensemble. Dans la Grande Salle, en premier lieu : les trois Serpentards mangeaient parfois à la table des Serdaigles et, plus rarement, c’étaient les Gryffondors du groupe qui s’attablaient avec les bleus et bronzes. Une fois, même, Valerian, Nathan et Cathy étaient tous allés manger aux côtés de Simon et David Jarvis, chez les Poufsouffles.

Ils se retrouvaient également à la Bibliothèque pour travailler. Là, Luna se joignait à eux presque tout le temps. Et quand les différents membres du Club se croisaient, entre deux classes ou dans le parc, ils se saluaient et échangeaient parfois des livres, des notes ou simplement quelques mots.

La tête de Potter, quand il avait vu Draco et Luna disserter ensemble sur les bienfaits du mercure dans une potion, valait tous les Gallions du monde.

Alva, de son côté, continuait à travailler d’arrache-pied dans toutes les matières, si bien qu’elle en délaissait son exploration du château. Elle ne s’en plaignait pas. Elle faisait du sur-place en ce qui concernait ses fouilles. Apparemment, il y avait eu une porte pour accéder à cette salle déserte qui l’attirait tant, mais elle avait été murée… Pourquoi, quand, par qui ? Et comment accéder à cette pièce sans défoncer le mur et flinguer toutes les précautions prises pour ne pas attirer l’attention sur ce qu’elle cherchait ? Elle n’en avait aucune idée.

Le temps fila plus vite que prévu. Les contrôles de Décembre arrivèrent. Et avec eux, les révisions, le stress… Et les projets de vacances.

– Tu as prévu quoi pour Noël ? interrogea Blaise en se beurrant un toast.

– De dominer le monde, plaisanta Alva.

Draco leva les yeux au ciel mais ne se donna pas la peine de répliquer. Blaise s’en chargea pour lui en écrasant le pied de la Russe, qui était assise juste à côté de lui.

Comme souvent, les Serpentards mangeaient à la tale en bleu et bronze. Valerian les avait rejoint, traînant avec lui Simon Jarvis, et s’était installé d’autorité entre sa sœur Kim et son amie Cathy. Nathan, Luna, Chris et Ryan étaient là aussi. A la table des Gryffondors, Justin et Anaïs, isolés au milieu de leurs camarades, les regardaient avec envie.

– Valerian et moi allons voyager, répondit Kim en se servant un bol de café. Nos parents veulent aller en France.

– Tu croiseras peut-être ma mère, sourit Blaise. Elle sera à Paris jusqu’en Février.

– Tu ne vas pas la rejoindre ?

Blaise haussa les épaules :

– Je ne pars plus en vacances avec ma mère depuis que j’ai quinze ans. Trop de divergences d’opinions. Pour le moment, avec tout ce qui nous est tombé dessus… Je n’ai pas trop réfléchi à ce que j’allais faire pour Noël.

– Moi non plus, soupira Theodore.

– Pareil, lâcha Chris en étalant de la confiture sur un bout de pain. J’ai un peu parlé avec Jack : on va essayer de se dégotter du boulot, peut-être dans un magasin de Quidditch, pour renflouer nos économies.

Le père de Jack était toujours en procès, et en passe de le perdre. Sa mère, elle, avait été gravement blessée durant la guerre et était toujours à Sainte-Mangouste, dans le coma. Quand à Chris, Alva savait qu’il était orphelin de naissance, et qu’il avait été élevé par son grand-père paternel, Alban Michelis. C’était un Sang-Pur italien, hautain, et qui n’appréciait pas outre mesure son petit-fils. Il lui envoyait de l’argent, louait une maison et payait une gouvernante pour l’héberger, mais ne le voyait jamais.

– Je vais patiner sur le Loch Ness avec mon père, fit Luna d’un air rêveur. Je vous ramènerai des appeaux à Joncheruines si vous voulez.

– Avec plaisir, fit Draco ironiquement.

Mais Luna ne sembla pas saisir la plaisanterie, et lui adressa un sourire lumineux avant de s’intéresser à ses œufs brouillés dans lesquels elle dessinait un visage. Draco secoua la tête, un peu dépassé.

– Réunion de famille pour moi, les informa Ryan pour changer de sujet. Anaïs passe les fêtes avec son père… Et Justin aussi.

Les parents de Justin étaient divorcés, même s’ils s’étaient temporairement retrouvés pour veiller au chevet de leur fille. La sœur de Justin était toujours à Sainte-Mangouste, et les médicomages n’avaient pas beaucoup d’espoir concernant sa survie. Sujet glissant, à nouveau.

Ryan dévia la conversation :

– Je disais donc, réunion de famille. Du coup, je vais à New-York !

– New-York ?!

– Ma mère est américaine, expliqua avec fierté le Serdaigle. Mais le problème, c’est que sa famille est de sang aussi pur que celle de mon père. Mais parents s’en fichent, mais mes grands-parents passent des heures à comparer leurs arbres généalogiques.

Draco ricana :

– Je peux te comprendre. Enfin, cette année, moi, j’échappe à ça. Ma mère et moi n’avons rien de prévu. Je me demande si je ne vais pas rester ici.

Narcissa avait réussi à racheter le manoir Black à Andromeda, mais les deux sœurs restaient plus ou moins en froid. Passer Noël, seul avec sa mère, en pensant aux absents et à leur place dans la société à jamais perdue… Très peu pour lui.

– David et moi pareil, marmonna Simon d’un air apathique.

– De même, fit Nathan en haussant les épaules. Je crois que je vais rester ici… Hors de question de retourner à l’orphelinat avant l’été.

Draco plissa les yeux :

– L’orphelinat ?

Nathan, sentant la question indirecte, se redressa et fixa Malefoy avec défi :

– Oui. Je suis né de parents inconnus et probablement Moldus. Ça te pose un problème ?

Quelques secondes, le silence fut palpable entre eux. Puis Draco haussa les épaules, et reposa son regard sur ses toasts.

– Non.

La tension s’évanouit aussitôt, et Alva retint un sourire. Sang-de-Bourbe ou non, Draco s’en fichait depuis toujours. Après avoir côtoyé Granger qui était un cerveau sur pieds, comment pouvait-on sérieusement croire que les Nés-Moldus étaient des animaux bêtes et sales ?

La Russe s’ébroua mentalement, et embraya :

– Cathy et moi, on ne sait pas. Soit on fait un tour d’Angleterre pour bouger un peu, soit on reste ici. Mais comme l’ide de croiser Stensenn dans les couloirs me fait froid dans le dos…

S’il n’y avait pas eu Stensenn, Alva serait restée pour poursuivre ses recherches sur le moyen d’accéder à l’objet que cherchait sa croix. Mais le sombre professeur en savait déjà un peu trop sur elle à son goût… Sa marge de manœuvre était déjà fortement limitée, alors si en plus Stensenn trouvait ses agissements suspects, adieu les recherches.

– Ah oui, zut ! pesta Theodore. S’il est là, je vous préviens, je ne reste pas : je préfère encore émigrer en Antarctique.

Ryan gloussa, et se tourna vers Alva :

– Je pensais que tu retournerais en Russie. Voir ta mystérieuse correspondante.

Les lettres qu’Alva recevait de sa correspondante russe arrivaient presque tous les matins, et Alva lui répondait chaque soir, sous le regard curieux et un peu jaloux de ses amis. Elle écrivait en cyrillique, et ses messages restaient imperméables à toutes les tentatives de lectures de ses amis. En désespoir de cause, Ryan, le plus curieux, s’était mis à apprendre l’alphabet russe… Ce qui n’allait pas lui servir à grand-chose. Draco, pragmatique, cherchait un sort de traduction.

– Si ça se trouve, fit Chris d’un air sentencieux, la correspondante est un mec.

– Par Merlin, Alva a un amant caché ! fit Blaise d’un air théâtral.

Un peu trop fort, sans doute, car des gloussements s’élevèrent depuis les places de leurs voisins. Rougissant jusqu’aux oreilles, Alva donna un coup de coude au métis, et protesta avec véhémence :

– C’était ma meilleure amie à Durmstrang, et c’est une fille, nom d’un griffon !

– Comment elle s’appelle ? fit Ryan avec curiosité.

Alva leva les yeux au ciel, mais devant les regards insistants que lui lançaient tous ses amis, elle finit par céder en grommelant.

– Astrid.

Draco applaudit pompeusement, vite imité par le reste de leur cercle. Alva se renferma dans un silence boudeur, tandis que les autres la charriaient gentiment :

– Bah, tu vois, c’était pas si dur !

– Miracle, au bout de trois mois et demi, on a son nom !

– Enfin, son prénom.

– Elle a quel âge ?

– Tu n’invente pas, au moins ?

– Avec un peu de chance, à la fin de l’année on saura son nom de famille !

– Bande de crétins, marmonna Alva en mordant dans une tartine. Elle s’appelle Astrid, elle a un an de plus que moi, et si je ne parle pas d’elle c’est parce que sa famille travaille au Ministère Russe et que la correspondance avec l’Angleterre est mal vue là-bas !

Au Ministère Russe… Blaise, Theodore et Draco échangèrent un regard. C’était vraisemblablement cette Astrid qui avait renseigné Alva à propos de la liste de noms de Mangemorts.

Ayant apparemment eu sa dose de moqueries, la Russe se dressa sur son banc :

– Bon ! Qui n’a rien de prévu ? Si beaucoup d’entre nous restent là, on peut prévoir de maintenir le Club durant les vacances…

– Ou on pourrait faire quelque chose tous ensemble pendant les vacances ! s’enthousiasma Nathan.

Devant les regards surpris qui se tournèrent vers lui, le première année se tassa sur son banc, soudain mal à l’aise :

– Euh, c’est juste une idée…

– C’est une bonne idée, dit lentement Blaise. Sinon, entre déprimer seuls chez nous ou déprimer ici avec Stensenn qui nous souffle dans la nuque, il risque d’y avoir une vague de suicides avant Janvier.

Alva gloussa. Cathy, elle, s’était prise au jeu :

– D’accord, mais qui invite ?

– Je pourrais, fit Blaise d’un air songeur. Mais si ma mère rentre à l’improviste comme elle le fait parfois, il risque d’y avoir des complications…

– C’est pas assez grand chez moi, fit Simon, déçu.

– Moi aussi, je peux, lâcha Theo. Ce n’est pas comme si quelqu’un risquait de rentrer, après tout. Mais mon manoir est un peu à l’abandon depuis quelques mois, alors il faudra tout nettoyer et aménager…

Draco hésita un instant, son toast en l’air, puis haussa les épaules :

– Je vais écrire à ma mère pour lui demander. D’après ce que je sais, notre nouveau manoir est vaste, bien entretenu, et Mère a même récupéré un elfe de maison.

– Ça serait génial ! s’enthousiasma Chris. Euh, mais attend, Jack est dans le même cas que moi… Tu accepterais des Gryffondors à ta table ?

– Bien sûr, sourit mielleusement Draco –tout en lui balançant un coup de pied dans le tibia.

– Aoutch !

Alva rit nerveusement, un peu dépassée. Voilà ses plans d’exploration qui partaient en fumée. Mais après tout, ce n’était pas si important, puisque si elle restait durant les vacances, elle serait sous le nez de Stensenn pour une période bien trop longue à son goût…

– Bon, alors, ça marche. Cathy, tu es d’accord ?

– Bien sûr !

Draco sourit, enchantée par l’animation que sa proposition avait engendrée, et compta rapidement :

– Alors, attendez… Blaise, Theo, Alva, Cathy, Nathan, Simon et David, Chris et peut-être Sloper… Huit voire neuf personnes. Plus moi, donc dix.

– Peut-être qu’Anaïs viendra, fit Ryan avec espoir. Et peut-être que moi aussi !

– Peut-être, en effet, souligna Malefoy en se levant. Bon, je vais écrire à ma mère avant d’aller en cours, comme ça nous aurons la réponse ce soir.

– Dépêche-toi, ricana Blaise en finissant son verre de jus de citrouille. On a Métamorphose, etn Laughlin n’est pas sympa avec les retardataires…

Draco haussa les épaules, et quitta la Grande Salle en croquant dans un toast. En passant près de la table des Gryffondor, il s’arrêta près d’Anaïs et lui dit quelques mots en désignant la table des Serdaigles. Puis, après un hochement de tête en direction de Justin et un rictus glacial adressé à Potter, il quitta la salle.

– Je sens qu’on va s’amuser, cette année, lâcha Chris en croisant les bras derrière sa nuque.

– Je vais en parler à David, fit Simon joyeusement en sautant de son banc.

Amusés, ils le suivirent du regard jusqu’à la table des Poufsouffles. Puis les huitièmes années des différentes Maisons commencèrent à se lever, et Ryan fit craquer ses doigts d’un geste machinal.

– On a bien un truc à rendre pour aujourd’hui, non ?

– Non, c’est Laughlin qui doit nous rendre notre dissertation sur les Animagi, lui rappela Kim. Tu as réussi, Alva ?

La jeune fille haussa les épaules. De manière générale, la métamorphose n’était pas sa matière préférée : les autres le savaient, et c’était pour ça qu’ils s’inquiétaient. Mais sur le sujet des Animagi, Alva avait une arme secrète… Et ça, ses amis l’ignoraient.

Draco les rejoignit à l’entrée de la salle de Métamorphose, l’air très satisfait de lui-même. Helmut devait voler en ce moment même vers Narcissa Malefoy. Quand il s’assit à son pupitre, à côté d’Alva, il esquissa un sourire tranquille.

– Réponse ce soir ou demain matin au plus tard.

Alva esquissa un sourire nostalgique :

– Ça va me faire vraiment bizarre de fêter Noël sans ma famille.

Draco resta silencieux. Alva était égoïste. Combien d’entre eux n’avaient plus de famille ? Combien d’entre eux n’avaient plus qu’une famille brisée ? Combien d’entre eux n’étaient plus que des loques ? Alva était égoïste. Elle avait Cathy, elle n’était pas seule. Elle avait de l’or, un nom tout neuf, un futur vierge de tout danger.

Alva était égoïste. Parce qu’elle, elle pouvait tout choisir, aucun chemin ne lui était encore fermé. Elle avait le culot de ceux qui n’ont jamais baissé les yeux, mais contrairement à tant d’autres, elle refusait de laisser le monde briser son orgueil. Et pourtant, combien étaient-ils, ceux qui, comme elle, avaient été des petits princes avant d’être jetés à bas de leurs trône ? Eux ne s’étaient pas relevés. Elle, si. Eux n’avaient pas eu la force, pas eu la haine, pas eu le courage. Elle, si.

Alva était égoïste. Sa famille… Parfois, il y a pire que de perdre sa famille. Elle avait la chance de pouvoir prendre un nouveau départ, la chance de savoir où était enterrée sa mère. Combien d’entre eux, ici, n’avaient même pas de tombe sur laquelle se recueillir ? Combien d’entre eux attendaient avec désespoir que la mort vienne délivrer leurs parents, leurs frères, leurs enfants, enfermés à Azkaban ? Combien ?

Alva tourna la tête. Croisa les yeux gris qui l’accusaient en silence. Et détourna le regard.

– Contrairement à ce que pas mal de gens pensent, murmura-t-elle, je ne suis absolument pas altruiste et courageuse.

Ce n’était en rien des excuses à ces mots malheureux, mais Draco avait compris depuis un bout de temps qu’Alva ne s’excusait jamais quand elle regrettait quelque chose.

Il haussa les épaules.

– Je sais.

Et ils ne dirent rien d’autre.

Laughlin commença à passer parmi eux pour rendre leurs copies. Potter avait récolté un Effort Exceptionnel qui eut l’air de révolter Weasley, qui avait un Acceptable. Granger, bien sûr, avait un Optimal. Ryan et Anaïs, derrière Alva, faisaient les pronostics à voix basse et pariaient que Granger auraient la meilleure note. Soudain, Laughlin s’arrêta devant Alva.

– Miss Hawking.

Elle tenait la copie de la Russe, et la parcourait du regard. Son visage semblait hésiter entre approbation et étonnement.

– Vous avez une approche particulière.

Alva ouvrit la bouche. La referma. Avec la parfaite expression d’un poisson hors de l’eau. Si Laughlin s’intéressait à son devoir, et surtout son devoir sur les Animagi… Par Merlin, elle était mal ! Elle s’était pourtant donné beaucoup de mal pour que sa copie ne laisse pas deviner son propre intérêt pour les Animagi…

Son cerveau tournait à toute allure, et soudain, avec un haut-le-cœur, elle réalisa son erreur.

A Poudlard, les élèves n’avaient abordé les Animagi que durant les cours de Métamorphoses, ils n’avaient donc qu’une vue théorique de la chose : la transformation du corps par l’extérieur et la magie. En revanche… Alva n’avait absolument pas fait ça. Emportée par son enthousiasme, elle avait rendu cette copie comme si elle était encore à Durmstrang… Son approche se basait sur la transformation du corps humain à partir de l’intérieur, du corps et plus particulièrement du sang.

Elle avait décrit sa propre expérience d’Animagus.

– Je… Je suis désolée, bafouilla Alva en espérant ne pas avoir pâlit. Je me suis basée sur la Magie Rouge que j’étudiais à Durmstrang.

Laughlin pinça les lèvres, surprise, et hocha la tête avec satisfaction :

– Cela explique votre théorie. Vos connaissances sur le sujet sont très étendues…

Elle lui tendit sa copie :

– Optimal. Avec toutes mes félicitations.

Alva prit sa feuille, toujours sous le choc. Elle avait les yeux tellement écarquillés que Draco n’aurait pas été surpris s’ils étaient tombés de ses orbites pour aller rouler sur la table. Quand Laughlin se fut éloignée, Alva ouvrit avidement sa copie et se mit à lire à toute vitesse. La pâleur de son teint inquiéta Draco. Etait-ce normal qu’Alva panique autant pour un simple devoir ?

– Hey, chuchota-t-il. Qu’est-ce que tu as écrit de si dramatique ?

– Je suis une abrutie, répondit Alva à voix si basse qu’il faillit ne pas l’entendre. Heureusement, Laughlin est encore plus bête que moi.

– J’ai bien peur de ne pas te suivre…

Alva le regarda, oscillant visiblement entre l’envoyer balader et lui expliquer. Draco haussa un sourcil. Et la Russe grommela :

– Aucune importance.

Draco eut beau la harceler le reste de l’heure, Alva refusa de lui expliquer, et il ne parvint pas à lui subtiliser sa copie.

Tant pis. Il finirait bien par percer ce mystère.

Puis, le lendemain matin, il reçut la réponse de sa mère, et la note d’Alva lui sortit temporairement de l’esprit.

La lettre arriva au petit-déjeuner, à la table des Serpentards –où mangeaient Draco, Theo, Blaise et Valerian, et où s’étaient invités Alva, Cathy, Nathan, Kim et Chris.

Helmut se posa sans façon près de l’assiette de la Russe, la faisant sursauter, et lui vola un bout de lard dans ses œufs brouillés. Tandis que Draco récupérait son hibou avec satisfaction, et que Blaise retenait Alva qui voulait trépaner la pauvre bête en guise de représailles, Nathan fit de grands signes à l’adresse de Simon pour attirer l’attention du Poufsouffle sur eux : rapidement, tous les membres du Club eurent les yeux rivés sur Malefoy, qui parcouraient lentement la missive, faisant durer le suspense.

Ryan craqua le premier :

– Alors ?

Draco replia la lettre, un sourire mystérieux sur les lèvres. A la table des Gryffondors, Jack attrapa un couteau et fit mine de viser le Serpentard. Le sourire de Draco s’élargit.

– C’est oui.

Un chahut assourdissant s’éleva de leur groupe, faisant sursauter les verts et argent assis à leurs côtés. Chez les Poufsouffles et chez les Gryffondors, les heureux invités échangèrent des sourires réjouis. Alva rit, gagnée par l’enthousiasme contagieux des autres, et se renversa sur sa chaise juste au moment où Ombe se posait sur son épaule en hululant. Le Russe décrocha la lettre de la patte de l’effraie, laissant cette dernière boire dans le fond de son thé, et ouvrit l’enveloppe.

Ses yeux volaient d’une ligne à l’autre, et au bout de quelques secondes, son visage s’assombrit. Puis Ryan lui tapa sur l’épaule pour échanger avec elle une plaisanterie, et un sourire revint comme par magie se plaquer sur ses lèvres.

Draco, qui l’observait en silence, haussa un sourcil.

Il devenait de plus en plus expert pour décrypter les expressions de la jeune fille. En Métamorphose la veille, elle avait semblé épouvantée, comme si elle venait de découvrir qu’elle avait lancé un Sectumsempra au lieu d’un Expelliarmus. Mais aujourd’hui, en revanche, l’épouvante avait laissé place à l’inquiétude… Elle avait sans doute parlé de l’incident à la fameuse Astrid : vu la densité de leurs échanges, elles devaient tout se dire. Draco en était jaloux.

Mais l’important, c’était que la lettre d’aujourd’hui parlait sûrement de la mystérieuse copie sur les Animagi, et apportait très certainement des réponses… Quel dommage qu’elle soit en Russe.

Draco posa son menton dans ses mains, pensif. Il avait trouvé, dans la bibliothèque, un livre de Sortilèges très intéressant. Avec un sort de traduction spécialisé pour les langues slaves. Alva gardait tellement de secrets… Ça serait extrêmement satisfaisant d’en savoir un tout petit peu plus…

La Serdaigle fourra la lettre dans sa poche. Draco savait qu’elle ne l’en ressortirait que ce soir. Alors, d’un geste naturel, le Serpentard pointa sa baguette sous la table et murmura :

Accio lettre.

Le papier se logea dans sa main. Alva, occupée à parler avec Ryan, n’avait rien vu. Draco posa sa baguette sur l’objet du délit.

Gemino.

Une copie conforme de la lettre apparu, et il la glissa dans sa poche. Puis, d’un Wingardium Leviosa informulé, il remit l’original dans la poche de la Russe, et se remit à manger comme si rien ne s’était passé.

Ce n’était pas dans ses habitues de violer la vie privée de ses amis. Draco, malgré tout ce qu’on disait sur lui et sa famille, était loyal à ceux qu’il aimait. Mais Alva avait beau être son amie, il savait aussi qu’elle était dangereuse. Elle avait trop longtemps fait des cachotteries, joué avec son mystère.

Cette fois, il allait lever une partie du voile…

oOoOoOo

Chère Alva,

Il y a des jours où tu es désespérante. Je veux bien admettre que les Animagi te passionnent. Mais quand même, faire quasiment une thèse sur le sujet alors que tu es à Poudlard, temple de la médiocrité ! Tu as eu de la chance que la prof ne soit pas une Animagus, sinon elle aurait immédiatement comprit que toi aussi…

Je te vois d’ici lever les yeux au ciel. Oui, je sais que ton talent de métamorphose animale n’est pas tout à fait au point… Que te transformer te demande de la concentration… Que revenir à ta forme humaine te fatigue énormément… Je sais. Et puis c’est de ta faute aussi, tu manque d’entraînement. Mais bref, on s’en fiche. Tu es Animagus et si ton Stensenn demande le registre Russe et découvre ça, ta marge de manœuvre va encore se réduire.

Par pitié, Alva, je sais que tu es dévorée par la curiosité. Ne mens pas ! Ça transpire dans chacune de tes lettres. Mais… Même si ton père t’a fait oublier ce que c’était que cet objet caché à Poudlard, tu sais qu’il fait réagir la Croix de l’Abysse. Tires-en les conclusions qui s’imposent. Cet objet mystérieux est probablement blindé de magie noire.

Et si tu oses me dire que la magie noire ça te connais, je débarque en Ecosse te tailler les oreilles en pointe, c’est clair ?

Tu t’y connais, alors fais-moi le plaisir de ne pas y toucher… Tu sais comment ça marche. Soit tu la domine, soit elle te domine. Ne fais pas un bras de fer avec les Forces du Mal… Tu n’es pas de taille et tu le sais.

Bon, maintenant que je t’ai fait la leçon, passons aux choses sérieuses. Je te renvoie le message de Rogue que tu m’avais donné à analyser : il y avait bien un code, noté avec une encre spéciale qui ne devient visible qu’au contact d’une certaine potion… Bref, je sais que tu n’es pas une professionnelle de l’analyse, alors voici simplement le message :

"Votre père travaillait sur une arme en deux morceaux. Une pour préparer l’Apocalypse et une pour la déclencher. Vous avez la deuxième partie. La première est entre mes mains, et je la cacherai si je ne peux la détruire."

Ce qui confirme ton hypothèse. L’objet que tu cherche est bien une arme… Enfin, connaissant ton père, c’était prévisible. Et je sais que ça ne te découragera pas de chercher.

Mais, s’il-te-plaît, arrête. Maintenant.

Je sais que tu es obsédée par ces six mois que ton père a volés à ta mémoire, par ses projets, par la mort de ta mère, d’Oswald et Borislav, de Volodia… Mais Alva, ça suffit maintenant. Ça ne te mènera nulle part, la peur et la haine. Alors arrête, arrête tout. Alva, ton père est mort. Même si on n’a pas retrouvé son corps, il est mort, il a disparu à jamais ! Tu n’as plus besoin de faire ça. Tu n’as plus à avoir peur de lui et tu n’as plus besoin de chercher à te barder de protections. Il est mort, il ne reviendra jamais, et ce qu’il a créé est dangereux et tu ne dois pas t’en approcher.

Cesses de froncer les sourcils. Je sais parfaitement ce que tu penses.

Tu es en train de te dire "on n’est jamais à l’abri de rien, mieux vaut être sûr, et si il n’était pas mort, et si le père de Cathy voulait prendre sa suite, et si des Mangemorts voulaient se venger de moi, et si, et si…". Tu sais que c’est faux.

Mais tu as peur. Je peux comprendre. Au fond, même si tu fais probablement rouler tes biceps en cours avec toute ton expérience du combat, tu as toujours eu peur. Tu n’avais jamais été confronté au danger avant. Il y a toujours eu quelqu’un pout te défendre. Ta mère, Volodia, Lévine, moi, Rogue. Et même ton père parfois. Alors je sais que tu as peur et que tu ne peux rien faire contre ça. Et que tu n’abandonneras pas, parce que c’est la seule chose qui te permet de lutter contre ta peur.

Continue à chercher si c’est ça qu’il te faut. Mais n’oublie pas ce que je t’ai dit. Tu n’as plus à fuir. Un jour, il faudra que tu t’arrêtes.

En attendant, soit prudente, Alva. Je sais que tu calcule toujours tout, que tu fais attention aux risques, etc. Mais sois prudente quand même. Même si tu calcule tout, ça ne servira à rien si tu te surestimes. Alors… Pas d’imprudence.

Avec tout mon amour,

Astrid.

Draco se frotta les yeux, épuisé. Il avait levé le voile sur une partie du mystère, mais il avait obscurcit d’autres éléments. Et des tas de questions se posaient…

Alva était Animagus. Par Merlin, elle ne leur avait jamais dit ! C’était ça qui l’avait tant fait paniqué : elle avait sans doute était un peu trop optimale dans ce devoir de Métamorphose… En quel animal se changeait-elle ? Et pourquoi avait-elle ces effets secondaires bizarres lors de la transformation ?

Andreï Netaniev avait créé une arme et la croix dont parlait Astrid, qui y réagissait, était sans doute le bijou qu’Alva portait dans le train. Mais quelle était cette arme ? Pourquoi la correspondante de la Russe avait parlé d’un bras de fer avec la magie noire ? Que sous-entendait-elle en disant qu’Alva n’était pas de taille ? Quelle expérience Alva et Astrid avaient-elles eu de la magie noire ?

Que voulait dire Astrid par "tu n’avais jamais été confronté au danger avant" ? Avant quoi ? Peut-être avant la mort de Volodia… Et de quoi avait si peur Alva ? Qui était ce Lévine ?

Et surtout… Alva connaissait Rogue.

Astrid avait même dit que Rogue avait protégé Alva. Comme l’avaient fait ses parents et Volodia. Quand ? Sans doute quand elle avait travaillé pour Andreï Netaniev, parmi les Mangemorts… Comment ? En lui donnant des informations, en la soignant si elle était blessée, en l’aidant à s’enfuir peut-être. Les hypothèses étaient plus nombreuses les unes que les autres.

Pourquoi ? A cette réponse-là, Draco n’avait pas de réponse.

Avec un soupir, il replia la lettre. Machinalement, son regard se posa sur le billet qui accompagnait la missive. Il y avait été collé, et quand Draco avait dupliqué l’original, il avait aussi copié ce petit bout de parchemin.

Gardez précieusement la croix, il s’agit probablement d’une clef. Partez le plus loin possible. Et si un jour vous vous retournez, faites-le pour de bonnes raisons.

S. R.

Draco serra les mâchoires, et ses doigts se crispèrent sur le papier. Puis, doucement, avec d’infinies précautions, il lissa la lettre, et surtout le bout de parchemin, pour en ôter le moindre pli.

Rogue lui manquait.

Continue Reading Next Chapter

About Us:

Inkitt is the world’s first reader-powered book publisher, offering an online community for talented authors and book lovers. Write captivating stories, read enchanting novels, and we’ll publish the books you love the most based on crowd wisdom.