Le parfum des Arums

Lions et loups

Janvier commença d’une manière exceptionnellement calme. Pas de coups fourrés, pas d’échanges d’insultes. Weasley & Cie faisaient grise mine. Apparemment, la prestation de Kim avait été un succès sur tous les plans et Mrs. Weasley avait sacrément remonté les bretelles de ses gamins.

– Mes parents m’ont engueulée pour m’être donnée en spectacle, quand même ! grimaça Kim.

– Désolée, soupira Alva. J’aurais dû le faire.

– Sûrement pas. Tu ne m’arrives pas à la cheville, je suis une actrice-née.

– Et puis, franchement, ça valait le coup ! Rit Ryan.

Les trois Serdaigles échangèrent des sourires réjouis, et prirent place à la table des bleus et bronze pour le petit-déjeuner. C’était le premier week-end depuis la rentrée, et cette semaine avait tout eu pour les satisfaire. Pas de devoirs supplémentaires en DCFM, un contrôle facile en Sortilèges, une Laughlin pas trop acerbe, une séance du Club très encourageante à propos des Patronus… C’était parfait.

Chris et Luna étaient déjà là, ainsi que les Serpentards. Alva haussa un sourcil :

– On est samedi. Je croyais que les Serdaigles avaient réservés le terrain pour s’entraîner…

– Nan, soupira Ryan en s’asseyant. Les Gryffondors nous ont soufflé la réservation sous le nez.

– Oh, pas cool.

La Russe se laissa tomber en face de Draco, et chercha du regard sa cousine.

– Cathy, Nathan et Valerian sont chez les Poufsouffles, l’informa Blaise. Avec Simon. Tu aurais vu la tête de Zacharias Smith quand il a vu un Serpentard s’asseoir à sa table, on aurait dit qu’il s’était pris les doigts dans une porte.

Une vague de rire traversa leur groupe. David, qui s’ennuyait en les regardant du coin de l’œil depuis la table des Poufsouffles, serra le point au-dessus de sa nuque comme s’il tirait une corde imaginaire, et roula des yeux en tirant la langue pour mimer une pendaison. Les rires redoublèrent.

Luna adressa un grand sourire au Poufsouffle, et lui fit mine de les rejoindre. Il hésita…

– Salut. On peut s’asseoir ?

Alva se retourna.

Justin et Anaïs, l’un singulièrement mal-à-l’aise et l’autre rougissant sous sa peau noire, se tenaient derrière elle. Jusqu’ici, jamais les Gryffondors ne s’étaient assis avec les Serdaigles si les Serpentards se trouvaient aussi à table…

– Bien sûr.

– Mon cher binôme, tu tombes à pic, il faut que je te parle de notre devoir de Potions ! clama aussitôt Kim à l’adresse de Justin, délaissant ses œufs brouillés pour fouiller dans son sac.

Justin se laissa tomber en face d’elle, c’est à dire entre Blaise et Chris, et pris ses notes d’un air fataliste. Au passage, il trempa accidentellement sa manche dans la confiture d’abricot. Anaïs, un timide sourire aux lèvres, s’installa entre Ryan et Alva, et entama tout de suite la conversation

Un grand silence se fit dans la Grande Salle. Alva entendit même le tintement caractéristique d’une fourchette qui tombe par terre. Et le mieux, c’était que ça avait l’air de venir de la table des profs.

Uh uh uh.

La Russe sourit, attrapa tranquillement le pichet de jus de citrouille, et dit sans prendre la peine de baisser la voix :

– J’aime impressionner les gens.

Theodore, Chris et Ryan plongèrent dans leurs verres pour dissimuler leurs rires. Les autres ricanèrent nerveusement. Sauf Luna, qui était très occupée à mettre ses boucles d’oreilles en radis.

Les conversations reprirent progressivement, mais ils n’avaient pas besoin de se retourner pour savoir qu’ils étaient devenus le centre de l’attention. Merlin merci, l’arrivée du courrier détourna quelque peu les regards de leur table.

Le Chicaneur s’écrasa sur la tête de Ryan, mais Ombe se posa tranquillement sur la table pour tendre son habituelle lettre à sa maîtresse. Le Serdaigle blond ôta le journal de son crâne avec mauvaise humeur, et lança l’objet du délit à la Russe qui l’attrapa au vol. Ombe hulula comme pour rire.

– Alors ? sourit Luna en posant sa fourchette. Que dis Astrid ?

Alva ricana en lisant la lettre. Puis, à leur grande surprise, elle leur lut un paragraphe à voix haute :

« Décidément, tu adores les gens peu fréquentables. D’abord Lévine et moi, et maintenant Malefoy, Nott, et Jarvis (noms biens connus à Azkaban), Zabini (et si jamais tu croisais sa mère dans une ruelle sombre, hein ?) Bailey (est-ce que tu sais ce qu’on dit des Bailey en Russie ?), Sloper (là, je te laisse le bénéfice du doute, j’attends de voir la conclusion du procès de son paternel)… Dis-moi, quand tu tomberas sur un Jedusor, tu feras quoi, tu l’épouseras ? Enfin, bref, je te fais confiance, et j’ai bien du mérite d’ailleurs. Débrouille-toi juste pour ne pas conclure ton mariage à Azkaban, ok ? Parce que l’entrée est très select, et que je ne suis pas sûre de pouvoir être ta demoiselle d’honneur. »

Alva leva les yeux au ciel, mi-exaspérée mi-amusée, et continua sa lecture en silence. Les autres se regardèrent, interloqués.

– Cette fille a l’air aussi dingue que toi, ricana Blaise.

– Bailey ? répéta Chris. Pourquoi elle parle d’un Bailey ?

– C’est le nom de ma mère, expliqua Ryan avec un sourire contrit. Et c’est vrai qu’aux Etats-Unis, ils ont la même réputation que… Que… La famille Malefoy il y a quatre ans. Peut-être même pire.

Draco haussa un sourcil, reconsidérant Ryan d’un œil neuf. Ryan Sullivan, le playboy blond et blagueur, héritier d’une longue lignée de Sang-Purs princiers… Marrant, ça ne lui avait jamais traversé l’esprit.

– Qui est Lévine ? demanda Kim avec intérêt.

Draco reporta son regard sur Alva. Ça aussi, ça l’intéressait.

– Le frère aîné d’Astrid, fit Alva sans lever les yeux de sa lettre. Il a cinq ans de plus qu’elle et je ne vous dirais rien de plus sur lui.

Kim leva les yeux au ciel, comme si une telle curiosité n’était pas du tout son genre. Theodore, lui, était resté bloqué sur le fait que Ryan soit un héritier de longue lignée : la famille de son père, même si elle était de sang pur, était tout à fait commune.

– Mais dans ce cas, pourquoi tu n’es pas aux Etats-Unis ? interrogea Theo en fronçant les sourcils. Les Sullivan sont des Sang-Purs, mais leur richesse est toute récente. Tu ne préférais pas…

– Être un héritier blond pourri-gâté dans un château, comme Draco ? suggéra Blaise en ricanant.

– A peu près, admit Theo.

Draco les fusilla du regard et se mit à bouder. Ryan gloussa, puis expliqua :

– Ma mère est la cinquième enfant. Elle a trois frères et deux sœurs. Si elle était restée à New-York, elle n’aurait eu que les miettes de ses aînés. C’est pour ça qu’elle est partie. Ensuite, elle a épousé mon père à cause d’un « imprévu dans ses plans ». Et finalement, elle ne l’a pas regretté puisqu’il est devenu riche. Il bosse dans la coopération internationale des banques sorcières, vu que les gobelins sont incapables de s’entendre d’un pays à l’autre.

– Un imprévu ? releva Blaise.

– Elle est tombée amoureuse, traduisit Ryan.

– C’est romantique, murmura Alva.

La remarque était si inattendue, venant de la Russe, qu’ils pivotèrent tous vers elle d’un seul bloc. Alva leva les mains comme pour se rendre :

– Quoi ? se défendit-elle. Moi, je trouve ça romantique.

– De tomber amoureuse ?

– Non, crétin, de se marier sans avoir aucune certitude d’avenir.

– C’est un truc stupide, lâcha Draco.

– C’est le propre du romantique que de se laisser guider par ses sentiments, riposta Alva. Qu’est-ce qui serait le comble du romantisme pour toi, ô grand et vicieux serpent froid et diabolique ?

Il y en eu quelques uns qui ricanèrent, aussi bien parmi les membres du Club que parmi leurs voisins de table Serdaigles qui écoutaient la conversation. Malefoy ne se laissa pas déstabiliser par si peu, et haussa les épaules avec dédain :

– Je n’en sais rien, moi. Faire des cadeaux, offrir des bijoux, ce genre de choses.

– Hum, c’est vrai que ça compte, admit Blaise. Couvrir une femme de cadeaux la conduit souvent à une reconnaissance éperdue et passionnée, et…

Anaïs lui envoya Le Chicaneur dans la figure pour qu’il se taise, faisant doucement rigoler Ryan. Justin rendit ses notes à Kim, un léger sourire aux lèvres :

– Et, romantisme mis à part, on fait quoi ce week-end ?

– Réviser ? proposa Barthemis.

– Ah non !

– Pourquoi pas ?

– Vous, les Serdaigles, vous êtes tellement rabat-joies avec votre manie de bosser tout le temps ! soupira Theo.

– Je te rappelle qu’on passe les ASPIC à la fin de l’année, dit aimablement Justin.

– On pourrait aller dans la salle du Club et y rester toute la journée, proposa Luna. Je suis sûre que la salle peut nous offrir des livres pour faire nos devoirs respectifs. On pourra même travailler la Défense.

Les autres la regardèrent un long moment, l’air interloqué, avant qu’Alva ne sourie d’un air ravi :

– C’est une idée géniale !

La suggestion de Luna ayant été acceptée à l’unanimité, les membres du Club ne tardèrent pas à quitter la Grande Salle. Dès qu’il les vit se lever, David les rejoignit avec, dans son sillage, les quatre premières années. Le groupe le plus disparate de Poudlard quitta la Grande Salle, entraînant sur son passage quelques murmures qui firent grincer des dents Alva.

– Cette fixation sur les couleurs commence doucement à me saouler, marmonna-t-elle.

– Tu n’as qu’à tout teindre en blanc, proposa Ryan.

Il avait dit ça pour plaisanter, mais la Russe eut l’air d’y réfléchir très sérieusement. David ricana, et leva la main comme pour répondre à une question :

– Je suis volontaire !

– Oh, moi aussi ! s’enthousiasma Blaise.

– L’idée vient de moi, asséna Ryan. Je veux être sur le coup.

Draco leva les yeux au ciel, effaré par la stupidité de ses condisciples. Ben voyons. Rependre Poudlard en blanc, c’était un truc digne des jumeaux Weasley, ça. Voilà où ça menait de sympathiser avec une rousse !

Un bruit dans le couloir attira son attention et, reportant son regard devant eux, il constata qu’ils allaient croiser l’équipe de Quidditch des Gryffondors. Soucieux de ne pas déclencher une énième bataille rangée, il détourna la conversation vers un terrain neutre :

– Qui a fait son devoir de Métamorphose ?

– Méfie-toi, tu es en train de te transformer en Serdaigle… lui glissa perfidement Theodore.

– Pas du tout, s’offusqua Malefoy.

– C’est vrai, se moqua Blaise. En bon Serpentard, il cherche à vous extorquer votre savoir et votre dur labeur à son seul bénéfice, c’est tout.

Il y eut quelques gloussements et Jack, parmi les Gryffondor, s’arrêta en les croisant –Ginny Weasley faillit d’ailleurs lui rentrer dedans– pour les saluer. Ron et Kim échangèrent des regards féroces, tout comme Potter et Malefoy. Le reste de l’équipe s’arrêta progressivement, et un silence tendu s’installa. Alva glissa machinalement la main dans sa poche, où se trouvait sa baguette magique.

Deux groupes ennemis dans un couloir désert. Ô joie.

Jack rentra la tête dans les épaules, l’air de ne pas savoir où se mettre. Potter et Malefoy se trucidaient du regard avec une telle intensité qu’Alva se demanda vaguement si l’un d’eux n’allait pas s’effondrer en hurlant de douleur. Demelza Robins, une Poursuiveuse, et Jimmy Peakes, l’autre Batteur, semblaient hésiter. Mais les autres, et plus particulièrement les deux Weasley, posaient sur les Serpentards un regard meurtrier.

Alva donna un coup de coude à Kim, qui était juste à côté d’elle, et la Serdaigle sembla comprendre le message.

– T’as un problème, Weasley ? siffla-t-elle d’un ton menaçant.

Ron et Ginny sursautèrent. Kim plissa les yeux d’un air menaçant et ajouta dans un véritable feulement :

– J’ai pas été assez claire la dernière fois ?

Ron jeta un regard incertain en direction de Potter, mais ce dernier était toujours occupé à jouer avec Malefoy au jeu de je-ne-baisserai-pas-les-yeux-en-premier. Alva se plaça volontairement entre les deux ennemis de toujours en se raclant la gorge : Harry sembla se réveiller et, après avoir constaté qu’ils étaient en infériorité numérique, recula d’un pas.

– On y va.

– C’est ça, barrez-vous, marmonna David juste assez fort pour que tout le monde l’entende.

Placé entre les Gryffondors et son petit frère dans une attitude protectrice, il fixait les rouges et or avec hargne. Plusieurs d’entre eux lui rendirent son regard, mais tous emboitèrent le pas à Potter quand l’Attrapeur s’éloigna dans le couloir. Au passage, Chris arracha littéralement Jack à son équipe.

Contraints de poursuivre leurs routes, les deux groupes ennemis se séparèrent avant que la bagarre n’éclate. Tous se détendirent quand les Gryffondors disparurent à l’angle d’un mur. Comme à chaque fois que les Gryffondors croisaient les Serpentards et leurs amis, l’air semblait saturé d’animosité.

– Un jour, ça va vraiment finir par exploser, dit Alva d’un ton sentencieux.

Luna haussa les épaules. Personne ne répondit. Et ils préférèrent se diriger ensemble vers le couloir du septième étage où ils avaient leurs petites habitudes.

La Salle sur Demande et ses vastes fenêtres apaisèrent la Russe, qui ne prit conscience de ses épaules crispées qu’au moment où elle se détendit. Elle fit alors volte-face pour voir tous les membres du Club –plus Luna bien sûr– et leur adressa un grand sourire :

– On bosse ?

Theodore poussa un gémissement à fendre l’âme, et essaya de détourner le sujet :

– Pourquoi la Salle sur Demande a ajouté une cible ?

Une cible de tir, d’un mètre de diamètre environ, était fixée au mur, à bonne distance des tableaux et des fenêtres. Alva esquissa un sourire, et avoua :

– Je passe ici quasiment tous les soirs pour m’entraîner au tir à l’arc. Je n’avais pas réalisé à quel point ça m’avait manqué.

– Psychopathe, marmonna Blaise.

– Mais n’essaie pas de dévier la conversation, poursuivit la Russe. On est ici pour travailler, je te rappelle.

Chris, Kim, Nathan et Cathy, en bons Serdaigles, approuvèrent vivement.

– Ça serait cool si je pouvais faire un Patronus corporel, fit rêveusement Kim. Je me demande quelle forme il aurait…

– Le mien sera un dragon ! s’enthousiasma Simon.

– Ben voyons, persifla Draco en essayant de masquer son amusement.

– On pourrait pas plutôt parler de magie noire ? demanda Valerian avec intérêt. C’est enseigné à Durmstrang, non ?

– Valerian ! fit Kim scandalisée.

– Quoi ? Je me renseigne.

– Il a raison, lâcha la Russe pour désamorcer le conflit. Mais je n’ai pas pris la spécialité Magie Noire. Et même si c’était le cas, un sorcier de onze ans, même à Serpentard, ne devrait pas jouer avec ça. Ce pouvoir-là, tu ne le domines jamais vraiment et il te bouffe.

Valerian se renfrogna. Nathan lui adressa une grimace compatissante, puis proposa avec espoir :

– Magie rouge ?

Tout comme Draco, il s’était montré passionné par le sujet dès qu’Alva l’avait évoqué, un peu par hasard. Etant donné qu’il était Né-Moldu, Nathan n’avait sans doute pas de grandes chances de pouvoir utiliser la magie rouge, pourtant… Alva attendait que cette lubie lui passe.

– Non merci, grimaça David. Et si on parlait plutôt de cette histoire de familiers ?

– D’où tu sors ça ? s’étonna Justin.

– Dans le train, j’ai entendu Alva parler à Draco de familiers. Ça m’a rappelé un vieux bouquin qui en parle chez moi, mais je l’ai lu il y a des années et je n’en ai pas comprit la moitié.

– C’est de la magie noire, commenta Theo en fronçant les sourcils.

– Pas du tout, protesta Alva. Comme n’importe quel type de magie, l’invocation de familier peut être utilisée avec la magie noire. Mais traditionnellement, c’est de la magie blanche.

– Bon, allons-y sur les familiers alors ! lança Blaise avec entrain en se laissant tomber sur un coussin.

Ils auraient été mieux dans la bibliothèque où il y avait des fauteuils, mais il y avait un tas assez conséquent de poufs et de polochons par terre –la dernière fois, ils s’étaient exercés au Sortilège d’Expulsion– et plusieurs suivirent l’exemple de Blaise en s’y installant.

– Tant qu’on ne travaille pas… sourit Theo.

Ryan, vautré lui aussi sur les coussins, en attrapa un et lança le projectile moelleux pile sur la tête de Nott. Et quand ce dernier, outragé, pivota vers lui, le Serdaigle se contenta d’un sourire en coin :

– Feignasse.

– Tu peux parler, marmonna Anaïs. Tu es le moins travailleur de toute ta Maison.

Tandis que Ryan mimait une crise cardiaque devant ces mots cruels, les autres membres du Club fixèrent Alva avec impatience. La Russe rigola avec nervosité. Au début de presque chaque séance du Club, elle leur expliquait en quoi l’exercice du jour était utile, citait des exemples, donnait des cas précis, et de fil en aiguille finissait par raconter de véritables épopées. Elle avait l’impression de se transformer en vieille conteuse au coin du feu.

– Bon, que dire ? Eh bien, invoquer un ou des familiers, c’est appeler un ou plusieurs animaux pour qu’ils viennent vous prêter secours. Ça peut être utile, dans un combat. Mais les animaux ne connaissent pas la méchanceté ou la cruauté, et lors de votre premier Appel, ils seront donc plus enclins à venir vous prêter main-forte si vous avez juste besoin d’un coup de main pour une tâche inoffensive. Du genre désherber un jardin ou porter un message.

– Ce n’est pas ce qu’on m’a dit, commença Theo avant d’être interrompu par Alva.

– Oui, mais tu as une idée erronée de l’invocation des familiers. Je continue. Traditionnellement, si vous lancez un Appel, c’est votre animal-totem qui répondra. C’est à dire l’animal de votre forme Animagus, si vous en avez une. Pour invoquer un autre animal, il faut le spécifier dans la formule de l’Appel.

– Tu invoque un familier ? demanda Luna avec intérêt.

– Non. Je connais la théorie mais je n’ai jamais essayé.

Draco soupçonna que cette répugnance à faire appel aux animaux était due au statut d’Animagus d’Alva. Étant elle-même liée à la nature animale, ça devait la mettre franchement mal à l’aise de soumettre à sa magie des créatures de la même race que sa forme Animagus…

– Invoquer un familier c’est demander un service au monde animal, poursuivit Alva. C’est une demande qui a pour but de servir le sorcier. Il n’y a que de la magie blanche là-dedans.

– Quand mon père m’a parlé de l’invocation de familier… hésita Theodore. Il a parlé de sceller l’âme d’un animal.

Alva grimaça, puis croisa les jambes pour s’asseoir en tailleur.

– Bon, ça, ce n’est pas trop mon rayon mais je connais les grandes lignes. Plus on veut rendre le lien entre sorcier et familier puissant, plus on va se tourner vers une magie sombre. En gros.

– Ce n’est pas ton rayon, mais tu t’y connais quand même… fit remarquer Valerian.

Alva haussa les épaules.

– Lévine possède une immense bibliothèque consacrée à la magie noire.

– Le frère d’Astrid ?

– Oui.

– Pourquoi Astrid a dit que son frère et elle étaient peu fréquentables ? interrogea Ryan en relevant la tête.

– Parce que leur famille a un certain pouvoir et un certain don pour la magie noire. Comme pas mal d’entre vous ici, je vous ferais remarquer, donc zut.

– D’accord, je la boucle. Poursuis.

– Bien. Plus on ajoute de la magie noire dans l’Appel, plus le lien se fait solide et plus la domination du sorcier sur l’animal est complète. Généralement, le lien se fait aussi très exclusif, et le sorcier ne peut plus invoquer qu’un seul animal. Parce qu’il a des liens avec cet animal en question, il lui est plus facile de le dominer : mais les autres créatures sentent le danger et fusent de répondre à son Appel. Hum, c’est clair ce que je dis ?

– Comment elles peuvent sentir le danger ? interrogea David.

– Aucune idée. Est-ce qu’elles sentent la magie noire ? Est-ce qu’elles sentent le changement de nature du familier ? Est-ce que c’est l’instinct ? Je n’en sais rien.

– Demande à Lévine, sourit Justin.

– Il est beau ? demanda Kim avec intérêt.

Alva leva les yeux au ciel :

– Il a vingt-quatre ans. Il est trop vieux pour toi.

– Et puis c’est pas comme si j’allais laisser un expert en magie noire s’approcher de ma sœur, non plus ! marmonna Valerian.

Kim fit comme si elle n’avait pas entendu, et Alva poursuivit :

– Le « stade final », si je puis dire, consiste à arracher l’âme et l’esprit du familier et à la placer dans un objet. Le corps de l’animal meurt aussitôt, mais sa… Substance, si on peut dire, reste en vie. Dans l’objet.

– Beurk, commenta Zabini d’un ton blasé.

– Et à quoi ça sert ? fit tranquillement Luna qui tressait distraitement une mèche d’Anaïs.

– L’âme est une grande source d’énergie. Ça peut permettre à l’objet de se transformer sans que le sorcier ait à utiliser sa baguette. Ça rend cet objet… Vivant, faute d’un meilleur terme. Et comme l’esprit du familier est imprégné de la notion d’obéissance, l’objet-familier devient une arme au service exclusif du sorcier.

Alva fouilla ses poches, et posa devant eux un court poignard d’argent, enveloppé dans un tissu blanc. Sa lame ne devait pas dépasser les dix centimètres, et sa garde était ornée de petits rubis. Aucun d’entre eux ne se pencha pour mieux voir, cependant : dès que l’objet était apparu au milieu d’eux, une sourde impression de menace les avait étreint.

Draco plissa les yeux. Une arme avec une aura aussi maléfique, ça ne pouvait venir que de chez Barjow & Beurk. Alva croisa son regard, et hocha la tête en silence avant de se tourner vers les autres.

– Ça, c’est un objet-familier. Un sorcier a prit l’âme d’une créature, une créature qui lui avait offert sa confiance et qui ne connais pas le mal, et l’a enfermé dans une arme. Ceux d’entre vous qui ont déjà eu affaire à la magie noire le sentent peut-être moins, à cause de l’habitude, mais ce truc est bourré d’intentions meurtrières. Il est vivant et il hait. Il hait tout.

Nathan prit une inspiration hachée. Lui, Valerian et Kim étaient un peu pâles. Justin posa une main sur l’épaule de son binôme, et Anaïs finit par lâcher dans un souffle :

– Est-ce que tu peux le ranger ?

Alva rabattit l’étoffe blanche sur le petit poignard, et l’impression de malaise disparut. Lorsque la Russe rangea l’arme dans sa poche, Cathy leva un regard interloqué sur elle :

– Tu te balades toujours avec ça sur toi ?

– Ben oui, fit sa cousine en haussant les épaules. Je ne pouvais pas laisser un poignard dans mon dortoir : et si quelqu’un fouillait mes affaires ? Mais je lui ai jeté un sort pour qu’il ne se transforme pas ni rien, je te rassure.

– Et… Ça ne te rend pas nerveuse ? fit Justin avec hésitation.

– L’impression de malaise se dissipe quand la lame est masquée, éluda Alva.

Les trois Serpentards de huitième année échangèrent un regard éloquent. Au moins, Alva avait retenu ce qu’ils lui avaient dit durant leur premier voyage ensemble dans le Poudlard Express : ne pas dire ouvertement qu’elle pratiquait la magie noire. Un certain nombre d’entre eux le soupçonnait déjà. Inutile d’en rajouter.

– Qu’est-ce que tu comptes en faire ? demanda finalement Cathy.

– L’étudier. Il n’a pas été créé pour moi et donc il est censé ne pas m’obéir. Mais si je pouvais devenir son nouveau maître, ça serait plutôt utile.

– Et si tu ne peux pas ?

– Je vais le détruire.

Mais uniquement si tu ne peux pas l’utiliser, hein ? songea Draco.

Il ne posa pas la question. Encore une fois, il pensa à la lettre d’Astrid qu’il avait volée et traduite. Alva cherchait désespérément des armes et des protections. C’était même pour ça qu’elle était en Angleterre.

– Mais à quoi ça peut te servir, une arme blanche ? insista Valerian.

Kim fronça les sourcils et hocha la tête, soutenant son frère.

– C’est vrai. Face à la magie, c’est inutile.

– Et si vous vous retrouvez sans baguette ? riposta la Russe. Un sorcier désarmé n’est pas un sorcier sans défense ! Quand vous saurez tous faire un Patronus, on va attaquer le programme physique.

Jack s’étrangla et se mit à tousser. Justin, ébahi, eut du mal à trouver ses mots sans balbutier :

– Tu… Tu veux nous faire nous battre sans baguette ?

– Exactement.

Alva gloussa en voyant les regards angoissés qu’échangeaient ses amis, puis se leva de son coussin en lançant d’un air narquois :

– Relax. Ça ne vous tuera pas.

– C’est le but, non ? grinça Theo.

La Russe l’ignora royalement. Poings sur les hanches, elle parcourut le groupe du regard, avant d’arborer un sourire carnassier.

– Que ceux qui veulent faire leurs devoirs au calme aillent dans la bibliothèque. Les autres, on se remet à bosser.

– Ben tiens, marmonna Draco. On n’est pas près de faire fuir un Détraqueur…

oOoOoOo

– Heureusement qu’on a vu les Patronus ensemble au début du mois, lâcha Alva en se servant une cuisse de poulet. Sinon, bonjour les devoirs supplémentaires !

David lui jeta un regard torve par-dessus ses pommes de terre. Ils étaient mi-janvier, un jeudi midi, et mangeaient tous ensemble à la table des Poufsouffles, pour une fois. Chris leva les yeux au ciel en entendant l’aîné des frères Jarvis se plaindre une énième fois :

– Je rappelle que moi, je n’arrive pas à faire un Patronus corporel !

– Tu fais un nuage argenté aussi grand que toi, le consola son petit frère. C’est toujours mieux que de ne pas y arriver du tout.

Stensenn les avait avertis en début de semaine que son prochain cours, c’est à dire aujourd’hui, serait consacré aux Patronus. Le Club était en passe de maîtriser le sujet. Du moins, les plus âgés… Aucun des premières années n’arrivait à faire plus qu’un léger panache de fumée argenté.

David rumina ses sombres pensées, mais en silence.

– Au fait, quelqu’un a vu Jack ? interrogea Chris en fronçant les sourcils. Il devrait déjà être là…

– Il est probablement en retard, fit Justin en haussant les épaules. Kim, tu peux me passer le saladier devant toi s’il-te-plaît ?

Luna, qui dessinait des arabesques de sauce dans les airs en agitant sa baguette, tourna la tête vers eux :

– Il avait Histoire de la Magie avant l’heure du déjeuner : il s’est peut-être endormi.

Blaise, lui, leva les yeux au ciel. Il farfouilla dans son sac de cours, en tira la Gazette du jour, et la posa au milieu de la table.

– Suis-je le seul à être abonné à ce torchon de partialité et de flagornerie ?

– Je pense que oui, fit Ryan en remplissant les verres de tout le monde. En ce moment, seul le Chicaneur dit la vérité.

– Eh bien, ça sera probablement dans l’édition de demain du Chicaneur, vu que c’était moins important que la période de chaleurs des Ronflax Cornu, fit Blaise d’un ton acide. Mais le père de Jack a perdu son procès hier soir, et a été condamné pour soutien aux Mangemorts, détention d’artefacts de magie noire et fraude. Aujourd’hui, il est probablement à Azkaban.

Alva en fit tomber sa fourchette. Elle ne fut pas la seule, d’ailleurs : ils avaient tous l’air sidérés. Sauf évidemment Theo et Draco : ils n’étaient pas abonnés à la Gazette, faute d’argent, mais ils étaient des Serpentards, et la moitié de leur dortoir ne devait parler que de ça.

– Et vous ne l’avez pas dit ? s’indigna la Russe.

– Je ne pouvais pas savoir que vous l’ignoriez, fit dignement Zabini.

– Plus important, où est Jack ? fit David en repoussant son assiette.

Anaïs parcourut du regard la table des Gryffondors, puis lâcha :

– Harry et Ron ne sont pas là.

– Ils l’ont peut-être coincé, s’affola Chris en se levant de son banc. Je vais le chercher !

Alva le retint d’une poigne ferme, et lui désigna l’entrée de la Grande Salle. Potter et Weasley venaient d’entrer, rejoignant leurs tables. Harry avait l’air passablement déprimé, mais Ron, en passant devant le groupe d’amis hétéroclite, leur adressa un sourire mauvais.

– Sale con, grogna Valerian assez fort pour qu’il l’entende.

Ron s’arrêta, mais Harry le traîna vers leur table en lui lançant un regard noir. A l’entrée de la Grande Salle apparut Jack Sloper, l’air défait. Chris voulu le rejoindre, mais Alva l’obligea à se rasseoir, serrant plus fort sa prise sur son bras : Jack se dirigeait déjà vers eux, il leur parlerait à table. Quand la Russe lâcha l’Attrapeur des Serdaigle, ce dernier massa son bras en grimaçant.

Elle avait une sacrée poigne.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? murmura David quand le jeune Gryffondor se laissa tomber à leur table.

Un instant, Jack resta muet, les yeux fixés sur ses mains. Puis il secoua doucement la tête.

– Je suis viré de l’équipe de Quidditch.

Chris, catastrophé et à court de mot, lui passa un bras autour des épaules. Kimberley et Ryan échangèrent un regard lourd de sens, abasourdis. Et Luna lui murmura quelques mots de réconforts inaudibles.

Jack Sloper adorait le Quidditch.

Entre sa mère dans le coma et son père en procès, il s’était accroché à ça avec l’énergie du désespoir. Il excellait en tant que Batteur, c’était sur un balai qu’il était le meilleur. Le Quidditch lui avait permit, de surmonter la détresse et la peur de la guerre. C’était sa passion. C’était sa motivation. Et maintenant, on la lui retirait.

– Je suis désolée, dit doucement Alva. Est-ce que ça va ?

Jack émit un ricanement désabusé.

– Non. Franchement, non. Je n’étais déjà pas en odeur de sainteté dans ma Maison, mais maintenant… Mes seuls amis chez les Gryffondors, c’étaient mes partenaires d Quidditch. Et même eux m’ont lâché.

Justin tendit le bras par-dessus la table, et lui asséna une tape sèche sur le sommet du crâne (sa manche trempa dans la sauce au passage). Alors que Jack levait un regard interloqué sur lui, le huitième année lui adressa un sourire gentiment moqueur :

– Allez, tu n’es pas le seul Gryffondor renégat. Je suis dans le même cas que toi.

– Et moi aussi, glissa Anaïs.

Le regard de Jack erra sur le groupe, mais autour de lui, il ne vit que des visages amis. Un pâle sourire étira ses lèvres. Finalement, Chris le convainquit de manger un peu. Alors que la conversation dérivait vers un sujet plus inoffensif, Alva tourna un regard noir vers la table des Gryffondors.

– Je n’aurais pas cru ça de Potter.

– Ce n’est pas lui, dit tranquillement Draco. C’est Weasley.

La Russe se tourna vers lui, surprise :

– Tu es sûr ?

– Certain. Potter a une grande capacité à encaisser et il est très loyal envers sa Maison. Weasley, lui, est un pauvre type dénué d’ambition qui a passé sa vie dans la crasse et la bêtise la plus totale, avant de se retrouver comblé par son rôle de faire-valoir. Il a besoin d’une cause pour exister, et si possible un truc pas compliqué.

Alva fronça les sourcils.

– Weasley est un suiveur, Draco. Je ne pense pas qu’il aurait pris des initiatives comme celle du renvoi de Jack. Il n’est même pas Capitaine de l’équipe…

– Oui, c’est un suiveur. Mais maintenant, Potter n’a plus besoin de lui et il le sait. Potty va aller à l’Académie des Aurors, mais Weasley n’a pas de résultats suffisamment bons. Je te parie qu’il va probablement avoir une médiocre carrière de gratte-papier au Ministère.

– Ça crevait les yeux qu’il était lamentable, renifla Alva avec mépris.

– Alors il se crée une grande et noble cause pour lui tout seul, continua Draco. Parce que pour ça il n’a pas besoin du Garçon-Qui-Ne-Veut-Décidemment-Pas-Mourir. La lutte contre les méchants alliés du Seigneur des Ténèbres, à conditions que les méchants alliés en questions ne soient pas trop dangereux, puisque Weasley est d’une nullité à pleurer…

– Ça se tient, admit Alva. D’autant plus que c’est lui qui t’a agressé dans le Poudlard Express.

Draco se renfrogna.

– Je m’en serais sorti.

– Je n’en doute pas, le taquina Alva avant de reprendre son sérieux. Mais si tu as raison, ça va arranger les choses. Potter m’a écouté quand je lui ai parlé…

– Quand tu l’as castré ? blagua le Serpentard.

– Non, le lendemain, riposta Alva. Le jour où on a étudié le Dôme de Lave, tu te souviens ?

Il y eu un silence songeur entre eux. Ryan, qui les écoutait depuis un petit moment, ajouta son grain de sel :

– Harry a quand même renvoyé Jack. Vous ne pourrez pas le rallier à votre opinion si facilement : Ron compte beaucoup pour lui.

– Qui parle de le rallier à notre opinion ? lâcha la Russe. Je veux qu’il agisse sur l’abruti qui lui sert de lèche-bottes pour qu’il cesse de s’en prendre à nous.

– Noble cause, approuva Draco. Mais si tu veux les frapper pour aider à faire rentrer le message, tu as ma bénédiction.

Alva rit, et elle ne fut pas la seule. Progressivement, la bonne humeur revint autour de la table. Lorsque le repas prit fin et que les élèves commencèrent à quitter la Grande Salle, Jack semblait moins déprimé.

Les huitièmes années se dirigèrent vers la salle de Défense Contre les Forces du Mal pour leur premier cours sur les Patronus. Les membres du Club étaient plutôt confiants : même si leurs Patronus ne prenaient pas la forme d’un animal à chaque fois, ils étaient indéniablement expérimentés.

Les élèves s’installèrent à leurs place : les membres du Club d’un côté de la classe, et les amis de Potter de l’autre. C’était troublant, cette manière dont la fracture entre eux était devenue une évidence.

Anaïs et Ryan sortirent immédiatement leurs livres, non pour réviser mais pour se cacher derrière : la Gryffondor dessinait et le Serdaigle somnolait. Un rang devant, Alva et Draco avaient enchanté une feuille pour faire un jeu de dames. Encore devant, Theodore et Blaise s’accoudèrent sur leur table et bâillèrent avec un bel ensemble. Et au premier rang, Kim et Justin continuèrent un petit moment à discuter de leur devoir en Potion, annotant et complétant les notes de la Serdaigle.

Puis la porte de la classe claqua dans leur dos et le silence devint absolu. L’attention aussi.

– Fermez vos livres, lâcha Stensenn en rejoignant son bureau. Vous n’en aurez pas besoin aujourd’hui. Pas besoin non plus de vous mettre en binômes.

Ceux qui avaient esquissé un geste pour se mettre ensemble se rassirent. Stensenn, debout derrière son bureau, balaya la classe du regard, puis…

– Finnigan ! aboya-t-il.

– Oui monsieur ! sursauta Seamus.

– A quoi sert un Patronus ?

– A repousser les Détraqueurs.

– Mais encore ? Nott !

– À envoyer des messages, répondit aussitôt Theodore.

Stensenn hocha brièvement la tête, puis scruta la classe de dix-neuf élèves avec l’expression de l’aigle qui va fondre sur sa proie.

– De quoi est constitué un Patronus ? Patil !

Par un étrange phénomène, il parvenait à faire comprendre à laquelle des jumelles il s’adressait rien qu’en prononçant leur nom de famille. Comme maintenant. Padma redressa la tête, et expliqua posément :

– Un Patronus est une forme de magie blanche qui consiste à projeter une puissante énergie positive : joie, affection, bonheur, désir de vivre, amour, passion, colère… Tout ce qui peut servir de nourriture au Détraqueur. Mais le Patronus n’étant pas humain, il ne peut pas ressentir de découragement ou de désespoir, et ne subit donc pas les effets des Détraqueurs. Il est donc une arme parfaite pour affronter ces créatures. De plus, l’énergie positive étant avant tout une énergie et donc un sort, le Patronus peut recevoir et transporter un message vocal.

– Cinq points pour Serdaigle. Levez-vous, tous.

Les élèves se levèrent dans un bref concert de raclements de chaises. Stensenn se tourna d’abord vers l’incontournable mascotte de la classe, Harry Potter :

– Démonstration, Potter.

Sans hésitation, le Gryffondor leva la baguette :

Expecto Patronum !

Un nuage argenté s’en échappa et prit la forme d’un cerf majestueux. Dans le silence de la classe, le léger ricanement d’Alva fut très audible : et la Russe, qui regardait le cerf d’un air narquois, n’eut pas le bon sens de se tasser sur son siège quand Stensenn se tourna vivement vers elle.

– Hawking ! Même chose.

La jeune fille redressa le menton avec orgueil, et leva sa baguette en bois d’if :

Expecto Patronum.

A son tour, elle fit apparaître un nuage d’argent, qui se condensa en silhouette quadrupède, plus petite que le cerf, plus élancée, plus prédatrice…

Debout en face du cerf de Potter, le loup d’Alva retroussa les babines et montra les crocs.

Ça jeta un grand froid dans la classe. Blaise et Theodore se hâtèrent de dissimuler leurs rires. Ils comprenaient mieux l’amusement d’Alva, à présent. Elle était le prédateur de Potter…

Stensenn regarda les deux Patronus avec une once d’amusement dans le regard, puis inclina la tête en direction des deux élèves :

– Dix points pour Gryffondor, dix points pour Serdaigle. Qui, dans cette classe, est capable de produire un Patronus ?

L’un après l’autre, tous les élèves de la classe levèrent la main. Entre ceux qui avaient été membres de l’A.D. et ceux qui étaient membres du Club, ils avaient tous de quoi être fier.

– Un Patronus corporel ? insista l’enseignant.

Aucune main ne se baissa. Stensenn ne bougea pas, mais pendant une brève –et très satisfaisante– fraction de seconde, Alva distingua une lueur abasourdie dans son regard.

– Bien. Lancez le sort, dans ce cas.

Les Spero Patronum fusèrent dans tous les coins, et une foule de créatures argentées apparurent, envahissant la classe.

La loutre de Granger se mit à folâtrer avec le dauphin de Kim, tandis que le labrador d’Anaïs cabriolait, s’amusant avec le berger allemand de Ryan qui courait autour de lui. Le renard de Finnigan passa à toute allure entre les tables, poursuivit par le chien terrier de Weasley. Le cobra de Blaise se dressa d’un air curieux face aux deux chats siamois invoqués par les sœurs Patil, avant de s’éloigner devant le blaireau de Zacharias Smith. Hannah Abbot et Neville durent s’y reprendre à deux fois, mais finirent par produire l’un un lion, l’autre une hirondelle. Cette dernière fila rejoindre les autres Patronus ailés qui sillonnaient les airs dans la pièce : la colombe de Lavande, l’albatros de Theodore et la chouette hulotte de Justin. Le guépard créé par Draco, lui, s’assit tranquillement sur le bureau de son sorcier, dominant la cohue avec flegme.

– Un Serpentard qui invoque un serpent, c’est cliché ! lança Granger à Blaise en haussant la voix pour se faire entendre par-dessus le brouhaha.

Alva fut un peu interloquée de la voir nouer si facilement la conversation, mais son étonnement ne dura pas. Entourés de tant de Patronus, les élèves se sentaient soudains joyeux, presque euphoriques.

– Pas plus qu’un Poufsouffle qui invoque un blaireau, riposta Zabini d’un air enchanté en désignant Smith. Ou qu’un Gryffondor qui fait un lion ! Pas vrai Londubat ?

– Qui a fait le guépard ? s’intéressa Neville.

Son lion fixait l’autre félin d’un air curieux. Draco sourit avec dédain, sans pouvoir masquer qu’il rayonnait de fierté :

– Moi.

Londubat eut l’air surpris, et hésita pendant plusieurs secondes à adresser la parole à son vieil ennemi de Serpentard. Mais la vue de son binôme Theo, en train de sourire béatement devant son albatros, le décida : après tout, être Serpentard n’était pas contagieux.

– Il est superbe. Je n’aurais jamais pensé à un guépard.

Draco faillit dire quelque chose de sarcastique, mais un regard noir d’Alva l’en dissuada. Pour une fois qu’il avait en face de lui un Gryffondor sympa, il pouvait bien se retenir de l’envoyer sur les roses, non ?

– Je n’aurais pas non plus imaginé que tu aurais un lion.

Neville posa un regard chagriné sur son Patronus, qui avait sauté sur le bureau de Kim et Justin et se préparait vraisemblablement à faire la sieste. L’albatros de Theo se posa sur les épaules du grand félin avec nonchalance et s’installa dans sa crinière comme pour se faire un nid.

– Le roi des animaux, vraiment… soupira Neville.

Theodore, extérieurement impassible et intérieurement mort de rire, lui tapota l’épaule avec commisération. La chouette de Justin essaya, elle aussi, de se percher sur la tête du guépard de Draco, mais le félin le repoussa d’un coup de patte vif et précis. Alva sourit d’un air taquin :

– Ton Patronus est aussi hautain que toi, Draco !

– Eh ! protesta Malefoy en feignant l’indignation. Est-ce que je parle de l’agressivité du tien ?

– Touchée, rit Alva.

Anaïs, le menton dans ses mains, gloussa sans cesser de contempler béatement son labrador. Le berger allemand de Ryan, surexcité comme un jeune chiot, lui tournait autour en bondissant, sous le regard hilare de son créateur. D’ailleurs, tout autour d’eux, c’était le capharnaüm le plus total.

Stensenn dut amplifier magiquement sa voix pour ordonner le retour à l’ordre.

Une fois les Patronus disparus, le professeur parcourut la classe d’un regard noir. Alva baissa les yeux pour masquer sa jubilation : Stensenn avait sans doute prévu de consacrer ce cours et les suivants aux Patronus. Son programme tombait totalement à l’eau. Il avait l’air malin, maintenant !

– Faire un Patronus dans une salle bien éclairée, entourés d’amis, est très différent des conditions réelles dans lesquelles vous risquez d’affronter un Détraqueur, dit lentement Stensenn.

– S’il nous dit qu’il va nous emmener à Azkaban nous entraîner, je fuis, marmonna Theo.

Neville, qui se trouvait non loin de son binôme, retint un gloussement. Heureusement, Stensenn ne parut pas l’entendre. Il leur fit signe de se rasseoir :

– Puisque ce chapitre est maîtrisé, nous allons nous pencher sur un autre moyen de défense… Qui peut me parler des familiers ?

Les membres du Club échangèrent des regards réjouis, et Alva appuya son menton dans ses mains avec nonchalance. Décidément, créer ce Club avait été une idée de génie.

Lorsque le cours s’acheva, Stensenn semblait d’assez mauvaise humeur et ils avaient presque tous des devoirs à faire. Avant de sortir, Neville convint d’un rendez-vous avec Theo pour travailler ensemble à la bibliothèque, puis leur binôme se sépara, l’un rejoignant Potter et sa bande et l’autre se dirigeant vers Malefoy et ses amis.

– Il va falloir que je trouve un moment pour être seule avec Potter et lui parler de Jack, murmura Alva pour elle-même.

– Ça n’est pas près d’arriver, souligna Blaise. Il est toujours avec Hermione, Weasley ou Londubat.

– Je trouve Londubat bien civilisé en ce moment, fit Draco d’un air pensif. Pour un Gryffondor, j’entends.

– Il sort avec Luna, non ?

Kimberley leva les yeux au ciel en entendant Blaise proférer de telles inepties, et rectifia d’un ton sec :

– Ils ont rompu durant les vacances.

Intéressé, Draco se tourna vers le Gryffondor de huitième année qui cheminait avec eux :

– Justin, toi qui passe ton temps chez les Gryffondors, tu en sais plus ?

Justin secoua la tête. Ce fut Anaïs, accompagnée de Ryan, qui intervint :

– Luna préférait être avec nous plutôt qu’avec les Gryffondors qui faisaient des remarques acerbes sur le dos des Serpentards. Vous vous souvenez de ce qu’a dit Crivey dans le train ? A propos des amis des Serpentards qui n’étaient pas les bienvenus ? Apparemment, elle l’a répété à Neville quand ils ont rompu. Je crois qu’il essaye de se rapprocher de nous pour prouver à Luna qu’il vaut mieux que Crivey.

– Ça reste un pote de Potter, lâcha Draco d’un ton définitif.

– C’est mon binôme et il est sympa, répliqua Theodore. Moi, je l’aime bien.

– Tu es trop gentil pour être à Serpentard… soupira Blaise. Bon, je vais à la bibliothèque. Granger doit déjà y être et je veux être débarrassé de cette dissertation sur les familiers au plus vite.

– Si jamais elle te parle d’objet-familiers imprégnés de magie noire…. commença Alva.

– … Je lui dirais que ça n’existe pas, compléta Blaise avec un clin d’œil. Ne t’inquiète pas pour ça, espèce de parano.

Alva sourit sans répondre, et se dirigea vers la Grande Salle avec les autres binômes pour commencer leurs devoirs. Non, elle ne s’inquiétait pas vraiment des bavardages de Blaise. Elle s’inquiétait des inimités et des colères qui parfois manquaient de se transformer en actes.

Les lions et les loups ne se mélangent pas.

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