Le parfum des Arums

Paroles sincères, terreurs enfouies

La tension entre Gryffondors et membres du Club (et envers les Serpentards en général) avait commencé à décroître à partir du moment où Neville s’était joint de plus en plus souvent à eux, et surtout à Theo, pour faire ses devoirs. Quand les jeunes Serpentards se retrouvaient victimes d’insultes ou de brimades, même si la plupart des rouges et or faisaient mine de ne rien voir, il y en avait qui s’inspiraient de Londubat et qui jouaient les justiciers. Alva devait admettre, de mauvaise grâce, que finalement ce lion-là n’était peut-être pas un ennemi.

– Mais je me méfie quand même de lui, marmonna-t-elle en se servant un verre de jus de citrouille.

– Moi aussi, ajouta Draco.

Ils étaient à la table des Serpentards, cette fois. Blaise leva les yeux au ciel :

– Mais vous vous méfiez de tout le monde, vous deux, alors ça ne compte pas ! Theo, tu lui fais confiance, à Londubat ?

– Oui.

– Ben pas moi, s’entêta la Russe.

– Tu ne fais confiance à personne, lâcha Kim. Tu sais, il ne te fera rien : c’est un gentil Gryffondor.

– Qui décapite des serpents, marmonna David entre ses dents.

Luna, qui restait habituellement plutôt silencieuse quand on parlait de Neville, poussa un léger soupir.

– Kim a raison. Neville est quelqu’un de bon. Il ne vous fera pas de mal, ni à vous ni à aucun Serpentard. Même quand on l’agresse, il ne cherche pas à se venger, sauf si c’est vraiment inévitable. Vous n’avez pas à le craindre.

– J’ai dit que je me méfiais de lui, protesta Alva. Pas que j’en avais peur !

Draco trouva le contenu de son assiette soudain très intéressant. Alva et sa fameuse peur, qu’elle niait de toutes ses forces… Les autres ne savaient pas dans quoi ils mettaient les pieds.

Kim, avec l’aplomb qui la caractérisait, balança sans se dégonfler :

– Bien sûr que si, tu as peur de lui. Tu as toujours peur que les gens en apprennent trop sur toi, qu’ils te blessent : c’est pour ça que tu te méfies de tout le monde. Tu te comportes en Serpentard.

– Je ne fais pas ça, moi ! protesta Theo.

– Tu es un Poufsouffle refoulé.

– Eh !

– Tu as quelque chose contre les Poufsouffles ? fit Simon en brandissant une fourchette d’un air menaçant.

Le morceau de saucisse piqué au bout de ladite fourchette vola à travers la pièce pour atterrir sur la tête de Zacharias Smith, à la table des Poufsouffles, mais Simon ne s’en rendit sans doute pas compte.

Kim mit la main sur son cœur, telle une actrice déclamant ses vers, et dit avec emphase :

– Moi ? Jamais ! Que Merlin m’en préserve ! La Maison des blaireaux est à jamais mon alliée, que dis-je, mon amie, ma moitié !

– Tu en fais trop, l’informa Jack en riant sous cape.

Kim se renfrogna, et avala quelques bouchées d’œufs brouillées pour se donner une contenance. Le silence était retombé sur leur petit groupe quand elle revint à la charge :

– Je disais donc, Alva, que tu es méfiante et que tu es donc vraisemblablement une trouillarde.

– Mais tu n’es pas une Gryffondor, ça ne nous pose donc pas de problème ! l’assura Ryan.

Alva les fusilla du regard, et Draco, qui n’avait pas pu s’empêcher de sourire, se prit un coup de pied sous la table. Justin, qui avait relevé la tête à la mention du mot « Gryffondor », leva la main d’un air sceptique :

– Hum, sans vouloir te contredire, Kim, je ne pense pas qu’Alva soit une lâche. Pour moi, c’est tout le contraire, même. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi sûr de soi.

– C’est vrai, approuva Anaïs. Tu es du genre à te dresser seule face à tout le monde et à leur lancer le fond de ta pensée à la figure, Alva.

– Un point pour les Gryffondors, lâcha Chris.

Alva sourit, flattée. En revanche, Kim leva les yeux au ciel, apparemment exaspérée par l’absence d’esprit d’analyse de ses compagnons, et compta sur ses doigts :

– Alva, tu ne parles jamais de ta famille, n’est-ce pas ?

La Russe, fronça les sourcils, soudain beaucoup plus méfiante :

– Non, mais…

– Tu surveilles Cathy de manière quasiment paranoïaque, n’est-ce pas ?

– Je ne…

– Ah ! fit Blaise d’un air triomphant. Je ne suis pas le seul à la trouver parano !

– Tu ne te confies jamais à personne et tu en révèles le minimum sur toi, alors que tu as une personnalité très prompte à la vantardise, n’est-ce pas ? poursuivit Kim.

– Je ne suis pas prompte à la vantardise !

– Mais tu ne nies pas être secrète. Et tu ne lis que le Chicaneur, n’est-ce pas ?

– Oui, mais…

– Car la seule chose qui t’intéresse, ce sont les tensions en Angleterre, pas les faits divers. Pas l’actualité : juste les risques de conflits. N’est-ce pas ?

Alva se renfrogna et croisa les bras. Kim, elle, leva son verre de jus de citrouille comme pour porter un toast, et annonça :

– Bilan : tu es toujours sur tes gardes.

La Russe grogna pour la forme, mais ne répondit pas. Kim l’avait coincée : tout était vrai. La seule personne à qui elle avait un peu parlé d’elle, c’était Draco. Et encore. Il ne savait rien à propos d’Astrid, de Lévine, de Rogue, de Volodia…

David haussa les épaules, et se resservit un verre :

– J’imagine que c’est normal. Contrairement à nous, pauvres moutons sacrifiés du Ministère, tu as la chance de ne pas voir ton nom dans les journaux.

– N’importe qui préférerait garder secret ce qui arrive à sa famille, marmonna Jack Sloper en repoussant son assiette.

– N’en sois pas si sûr, lâcha Justin avec colère. Parfois, j’aimerai bien que les gens sachent ce qui est arrivé à ma sœur. Les Nés-Moldus ne sont pas tous des victimes : certains jouent le rôle de bourreaux.

Nathan et Valerian échangèrent un bref regard inquiet. Les premières années ne prenaient pas souvent part aux discussions agitées qui opposaient leurs aînés à propos de l’actualité, mais ça ne les empêchaient pas de se tenir au courant. Et ce qu’ils entendaient, tant sur les Sang-Purs que sur les Sang-de-Bourbes, n’était pas spécialement rassurant…

– On peut changer de sujet ? demanda timidement Anaïs.

– D’accord, fit Ryan d’un ton conciliant. Alva, j’ai une version de Runes à faire et je n’y comprends rien. A l’aide.

– Je ne suis pas un dictionnaire ! répliqua vertement la Russe.

– S’il-te-plaît… Je ferais tes devoirs d’Astronomie.

Alva y réfléchit dix bonnes secondes, avant d’acquiescer. Ryan leva les deux bras et imita une danse de la victoire sans se lever de son banc, faisant glousser leur tablée, puis Anaïs se leva et le força à faire de même :

– On a Sortilèges dans quinze minutes. Debout, les huitièmes années.

Sans entrain, ils quittèrent la table. Alva vérifia, comme toujours, que Cathy était bien en sécurité avec Valerian, Nathan et Simon, puis se détourna pour suivre ses amis. Elle surprit le regard narquois de Kim dans sa direction, mais décida de l’ignorer. D’accord, elle était aux abois : et alors ? C’était presque une seconde nature chez elle. Il y a des choses dont on ne se relève jamais complètement.

Dès leur entrée en classe, Flitwick leur ordonna de se mettre en binômes. Il avait apparemment l’air enchanté, ce qui était passablement inquiétant…

Restait le problème du placement : si jamais Weasley était dans les parages proches, généralement, les provocations fusaient très vite. Heureusement, Granger et Blaise se placèrent à droite du trinôme maudit des huitièmes années. Et Draco, attirant à eux Theodore et Neville si vite qu’Alva le soupçonna d’avoir utilisé un Accio, les sauvant de Ronald Weasley. Il aurait été impossible de travailler, avec le mur d’hostilité qui semblait entourer le roux.

– J’ai appris que le professeur Stensenn vous avait parlé des familiers, fit Flitwick de sa voix flutée. C’est justement au programme des ASPIC en Sortilèges. Grâce à vos Patronus, vous connaissez votre animal-totem. Aujourd’hui, vous allez donc apprendre à appeler un animal précis.

A l’aide d’un sortilège de Lévitation, il posa sur son bureau une cage immense, plus grande que lui, remplie de perruches colorées. Il devait avoir lancé un sortilège de Bulle de Silence, car malgré leur agitation, les volatiles n’émettaient pas un bruit.

– L’incantation est Vocam Placere pour votre animal totem. Pour les perruches, c’est Vocam Perruche Pacere. Quant au mouvement de baguette…

Flitwick brandit sa propre baguette et effectua un mouvement compliqué, dessinant de gracieuses arabesques qui semblaient former un P majuscule alambiqué.

– Ici est toute la difficulté. Allez-y.

Alva s’intéressa au cours durant dix bonnes minutes, le temps de savoir réussir correctement le mouvement. Mais une fois qu’elle réussit à attirer l’attention des perruches, elle renonça. Elle n’aimait vraiment pas demander à ces bestioles de la servir. C’était juste… Totalement en contradiction avec le loup en elle. Elle ne demandait pas, elle prenait. Et elle ne voulait pas qu’on la serve. Un loup n’a pas besoin qu’on le serve.

Au lieu de continuer, elle se tourna vers l’Elu, qui se concentrait sur les perruches.

– Potter.

Harry se tourna vers elle, sur ses gardes. Avec une réticence visible, Alva demanda :

– Peux-tu jeter la Bulle de Silence sur nous ? Je dois te parler.

– Si c’est pour me traiter de lâche encore une fois, ce n’est pas la peine, dit le Gryffondor d’un ton acide.

Alva inspira profondément. Ok, ça, elle l’avait cherché. Elle prit sur elle pour rester impassible :

– Ce n’est pas mon intention. Fais-le, s’il-te-plaît.

Elle aurait pu le faire elle-même, mais elle voulait donner le choix à Potter de l’écouter. Si elle le forçait, il allait l’envoyer paître.

Mais la curiosité du Gryffondor fut la plus forte. Il murmura un mot à Granger, qui leur jeta un coup d’œil méfiant, puis il lança la Bulle de Silence autour d’eux. Alva commença :

– C’est à propos de…

– Attend, fit Potter en levant une main pour la couper. Avant ça, moi aussi je dois te parler.

Alva se tut. Harry la dévisagea plusieurs secondes, comme s’il voulait utiliser la Legilimancie, et la Russe dressa ses barrières mentales par réflexe. Puis Potter croisa les bras et exposa calmement :

– Je ne suis pas lâche. J’ai été propulsé dans un monde dont j’ignorais tout et où j’étais la proie d’un fou-furieux, et ce à l’âge de onze ans. Jusqu’à sa mort, il n’a pas cessé de me poursuivre et moi de me battre contre lui. Je n’ai jamais essayé de me cacher derrière personne. Je n’étais qu’un gamin mais je me suis battu. J’ai essayé de protéger tout le monde, même si j’ai échoué. Tu n’as pas le droit de me traiter de lâche.

Alva haussa un sourcil :

– C’est parce que tu es un Gryffondor que ça te semble si primordial de rectifier mon opinion sur toi ?

C’était sorti tout seul. Un pique méchante et gratuite. Pourtant, Potter y réfléchit sérieusement, avant de dire avec un calme parfait :

– J’ai traité Rogue de lâche, un jour. J’avais tort. Et je le regrette. Personne ne devrait insulter le courage de quelqu’un qu’il ne connaît pas. Et tu ne me connais pas.

Alva dut admettre qu’il avait raison. Mais elle ne renonça pas. Potter avait tout détruit. Sa mère, ses frères, son père, son enfance, tout. Tout.

– Tu clames partout que le Bien a triomphé, siffla-t-elle. Le Bien ? Quel Bien ? La seule différence entre ton camp et celui du Seigneur des Ténèbres, c’est que c’est le tien qui a gagné ! Pourquoi ceux qui ont lancé l’Avada Kedavra sur mes frères ne sont-ils pas en prison ? Pourquoi ceux qui attaquent les enfants de Sang-Purs ne sont-ils pas punis ? Pourquoi les amis et les connaissances des Mangemorts, même ceux qui n’ont rien fait, subissent des menaces et du chantage ?

Potter ne cilla pas. Il posa le regard sur les mains d’Alva, serrées en deux poings, et elle décrispa ses phalanges d’un geste brusque, comme prise en faute. Puis le Survivant releva les yeux sur elle.

– Parce que la guerre est injuste, dit-il lentement. Parce que la cruauté humaine est partout. Si Remus Lupin avait survécu, héros de guerre ou non, tout le monde l’aurait détesté parce que c’était un loup-garou. Si Severus Rogue avait survécu, tout le monde l’aurait méprisé pour avoir suivi Voldemort, alors qu’il est l’homme le plus courageux que j’ai connu. Les gens, sorciers ou Moldus, sont guidés par la peur, toujours. La peur de l’inconnu, la peur de leurs ennemis. Et ils se vengent de cette peur en humiliant les ennemis en question –ou leurs amis, ou leur famille– une fois qu’ils sont à terre. La guerre est injuste. Et la paix n’est pas tellement mieux. Mais je n’en suis pas responsable.

Après un instant de silence stupéfait, Alva lâcha dans un véritable sifflement :

– Mais pourquoi tu ne fais rien ?

Harry se redressa, indigné :

– Je fais quelque chose ! Qu’est-ce que tu crois ?

– Ben ça ne se voit pas beaucoup !

– Je veux changer ce système. Mais Elu ou non, je n’ai même pas mes ASPIC, même pas de boulot ! Quelle légitimité est-ce que je peux bien avoir ? Le Ministère ne m’écoute pas… Oh, vous avez tué Voldemort, c’est très bien, merci Potter, au revoir ! J’ai l’appui de Kingsley Shacklebolt, le Ministre, mais il ne peut pas se dresser contre le reste du gouvernement ! Je voudrais agir, Hawking, tu ne peux pas savoir à quel point j’en ai envie. Mais je ne peux rien faire tant que je ne suis pas inscrit chez les Aurors. Le Ministère a peur de me voir prendre du pouvoir et tant que je n’ai rien de légitime sur quoi m’appuyer –un métier d’Auror par exemple– il fera de son mieux pour que je n’agisse pas.

Alva le dévisagea un instant, puis changea d’angle d’attaque :

– Justin Shepper, de ta Maison. Sa sœur a été agressée par des Nés-Moldus qui disaient agir en ton nom, pour débarrasser le monde sorcier de l’engeance des Sang-Pur. Elle a quelque chose comme onze ans, je crois. Elle aurait dû rentre à Poudlard cette année. Tu le savais ?

Potter secoua la tête, livide :

– Elle est morte ?

– Dans le coma. David et Simon Jarvis, à Poufsouffle. Leur frère Augustin s’est enrôlé dans les Mangemorts parce que leur famille était ruinée. Il n’a jamais utilisé d’Impardonnables. Mais il a trente ans et il est condamné à Azkaban à vie. Tu le savais ?

Potter secoua à nouveau la tête. Alva poursuivit, implacable :

– Valerian Barthemis, à Serpentard. Sa sœur est Kimberley, dans notre classe. Valerian a onze ans, sa famille s’est tenu loin du Seigneur des Ténèbres, mais des quatrièmes années le traitent de sale Mangemort et brûlent ses affaires. Tu le savais ?

Harry fit signe que non, ouvrit la bouche pour parler, mais la Russe ne lui en laissa pas le temps :

– Jack Sloper. Sa mère a été blessée durant la guerre et ne se réveillera peut-être jamais. Son père est à Azkaban. Tu l’as viré de l’équipe de Quidditch alors que c’était sa passion…

– Ron et Jack ne pouvaient plus se supporter, fit Potter d’un ton sec. J’ai choisi de garder Ron dans l’équipe plutôt que Jack.

– Parce que c’est ton ami, c’est ça ? lâcha Alva.

– Parce que je savais déjà qui pouvait remplacer Jack. Parce que si Ron avait été viré, l’équipe aurait été bien plus ébranlée. Arrête, Hawking, je ne suis pas du genre à m’acharner sur quelqu’un à cause de ce que ses parents ont fait.

– C’est ce que Weasley fait. Et tu ne t’interpose jamais !

– Laisse Ron en dehors de tout ça !

– Non ! C’est un salaud et je veux qu’il arrête de s’attaquer à mes amis !

Ils se fusillèrent du regard pendant une poignée de secondes. A côté d’eux, Blaise demanda à Hermione ce qui se passait, et la Gryffondor répondit qu’Harry et Alva discutaient. Apparemment, Potter avait bien jeté son sort : ils pouvaient entendre ce qui se passait dehors, mais les gens à l’extérieur ne pouvaient pas les entendre.

Alva soupira et repiqua correctement ses arums dans ses cheveux :

– Ecoute. Weasley a perdu un frère durant la guerre, n’est-ce pas ?

Harry hocha la tête. La Russe esquissa un sourire sans joie :

– J’ai perdu mes trois frères et ma mère. Je sais qui les a tués. Mais je ne suis pas allée me venger. Et même si je l’avais fait, ils ne m’auraient pas été rendus.

– Je sais, fit Harry d’un ton plus calme. J’ai perdu beaucoup de gens, moi aussi.

– Je ne veux pas me battre, alors dit à Weasley…

Potter haussa un sourcil sceptique, et Alva grogna :

– D’accord, je voudrais bien me battre. Je suppose que tout le monde veut se défouler. Mais ce n’est pas une raison pour s’en prendre à mes amis, que ce soit Jack ou Draco. Ils n’ont rien fait.

– Malefoy est un Mangemort, objecta Potter.

Alva se hérissa, prête à cracher son venin, mais Harry l’arrêta d’un geste :

– Je sais. Il a été élevé dans l’idée que c’était bien, et même s’il avait eu la chance de pouvoir penser par lui-même, on ne lui a pas laissé le choix. Voldemort menaçait sa famille. Malefoy était terrifié. Je le sais, je l’ai vu.

Alva haussa un sourcil, ahurie. Ce que venait de dire Potter était si… Raisonnable. Vrai. Avec prudence, elle objecta :

– Mais tu le détestes, non ?

– Oui, parce que c’est un petit con arrogant et qu’il a passé toute sa scolarité à nous insulter et à nous faire des crasses, à Ron, Hermione et moi ! Mais je ne lui en veux pas pour ce qu’a fait sa famille. Pourquoi, tu pensais que c’était pour ça qu’on se haïssait ?

Alva préféra hausser les épaules plutôt que de répondre franchement oui, et esquiva :

– C’est pour ça qu’il te déteste. Pour ce que tu as fait à sa famille.

– C’est légitime, marmonna Potter.

Il avait baissé les yeux et semblait vaguement mal-à-l’aise. Alva le fixa, pensive. Elle ne comprenait pas. Ce type était censé être le meneur de l’Ennemi. Cet Ennemi sans visage qui tabassait les gamins Sang-Purs, détruisait des familles, crachait sur les tombes des morts. Et ce qu’elle avait en face d’elle, c’était un garçon de son âge –par Merlin, il avait son âge !– qui ne correspondait pas à cette image.

– Deux de mes frères étaient Mangemorts, balança-t-elle abruptement. Le troisième était membre de ton Ordre du Phénix. Ils sont tous morts pour leur cause. Tous les trois.

Potter releva la tête, surpris, puis détourna le regard.

– Je suis désolé, dit-il simplement.

Alva écarquilla les yeux, puis secoua la tête, dépassée :

– Désolé ? Potter, tu es censé me demander leurs noms, leurs prénoms, leurs âges, l’identité de leurs meurtriers. Tu es censé être soupçonneux et furieux. Tu dois….

Elle chercha dans sa mémoire tout ce que Rogue lui avait dit de Potter, et ressortit tous les adjectifs en rafale :

– Tu dois être arrogant, sûr de toi, irresponsable et impulsif, colérique… Hautain, incapable de penser aux autres, à leur bien-être ou à leur sécurité… Tu n’es pas censé être désolé ! Tu es censé haïr… Tout ! Tout le monde !

– Je ne suis pas comme ça, dit calmement le Survivant.

Alva s’affaissa sur sa chaise, l’air sidérée. C’était comme si elle découvrait que ce qu’elle croyait être un loup-garou furieux était un gentil petit chiot labrador. Elle soupira, puis se redressa pour planter son regard dans celui du Survivant :

– Peu importe. Je veux te demander d’empêcher que tes amis fassent du mal aux miens.

– Je le ferais.

Alva en resta bouche bée.

– Je ne t’ai même pas proposé de récompense, de compensation ou quoi que ce soit !

– Je suis un noble Gryffondor obsédé par la justice, lui dit Harry d’un ton moqueur.

– Je suis en train d’halluciner, marmonna la Russe. Mais peu importe. Je voudrais qu’on réfrène l’agressivité de nos amis respectifs. Peux-tu faire ça ?

– C’est exactement ce que je t’avais proposé il n’y a pas si longtemps, fit Harry en croisant les bas. Et tu m’as envoyé sur les roses.

Alva serra les mâchoires et regarda le plafond. A l’époque, toute sa colère bouillonnait encore en elle. C’était toujours le cas aujourd’hui. Jamais cette rage ne pourrait s’apaiser. Mais quelque chose avait changé. Elle avait juste réalisé que… Harry Potter n’était pas responsable.

– Je t’avais mal jugé, fit Alva de mauvaise grâce.

Harry eut la gentillesse de ne pas s’appesantir là-dessus. Il changea de sujet :

– Je ne peux pas réintégrer Jack à l’équipe de Quidditch. Ron et lui vont se sauter à la gorge.

– Mets-le juste en remplaçant, suggéra Alva. Et si jamais les gens l’embêtent dans ta salle commune, ne les laisse pas faire. Lui, ou un autre, comme Justin.

– La Gazette n’a pas parlé de l’agression de sa sœur, fit Potter d’un ton pensif.

– La Gazette est un torchon de partialité et de flagornerie, grogna Alva en citant Blaise. Si tu veux la vérité, va dans le Chicaneur. Luna tient beaucoup à ce que son père se cantonne aux faits réels.

– Les faits réels, vraiment…

– Les faits réels et les divagations des hallucinés, rectifia la Russe. Mais au moins ils ne cachent rien.

Harry gloussa, et Alva sourit, avant de se baffer mentalement. Elle discutait avec Harry Potter, elle ne devait pas sourire. Elle ajouta d’un ton plus froid :

– Et ne provoque pas Draco.

– Je ne le provoque pas, protesta Potter.

– Tu meurs d’envie de lui sauter à la gorge et ça se voit. Je ne sais pas comment était Draco avant, mais moi, je le trouve sympa. Alors calme ta testostérone et fiche-lui un peu la paix.

Harry lui lança un regard acéré :

– Tu es du genre agressive, non ?

Alva songea à son Patronus en forme de loup, et à ce que Malefoy avait dit sur lui. Et à ce qu’avait dit Kim ce matin, aussi. Tu es toujours sur tes gardes. Elle ne put s’empêcher d’esquisser un vague sourire coupable.

– Oui, un peu.

Potter rit, puis tendit la main vers elle :

– D’accord. Je ferais de Jack un remplaçant, je garderais un œil sur ma Maison, je dirais à Ron et aux autres de se calmer, et je ferais un effort avec Malefoy. En échange, je veux que Malefoy fasse lui aussi un effort, que tu me dises ce que lui et toi faisiez dans la Réserve cette nuit-là, et que tu me rendes la cape d’invisibilité. Marché conclu ?

Alva arrêta de respirer et loucha sur la main tendue. Elle pesa soigneusement le pour et le contre, avant de finalement prendre la main du Survivant et de la serrer.

– Marché conclu, Potter.

Harry esquissa un grand sourire, et regarda autour d’eux. Le cours continuait, personne n’avait apparemment remarqué leur petite discussion. Il se tourna à nouveau vers Alva.

– Que faisiez-vous cette nuit-là dans la Réserve ?

La Serdaigle s’appuya contre le dossier de sa chaise, et formula soigneusement sa réponse pour rester la plus vague possible :

– Nous avons volé des ingrédients pour une potion.

– Quelle genre de potion ?

– La réponse à cette question n’est pas mentionnée dans l’accord. Mais je t’assure que ce n’est pas un poison ni quoi que ce soit du même genre.

Potter leva les yeux au ciel, mais n’insista pas. Il leva sa baguette, et Alva se tendit automatiquement, avant de réaliser qu’il allait simplement lever la Bulle de Silence. Mais avant de mettre fin au sort, le Gryffondor se tourna vers elle.

– Quand me rendras-tu la cape ?

Alva réfléchit à toute vitesse. Elle devait en parler à Draco, c’était lui qui l’avait. Il faudrait donc que ça se passe minimum demain. Et qu’elle donne l’objet du délit à Potter dans un cours en binôme…

– Demain après-midi, décida-t-elle. En Potions.

oOoOoOo

Draco dit : Pas question !

Ryan dit : Moi je trouve l’accord honnête.

Kim dit : Moi aussi.

Blaise dit : Rendre la cape à Potter, honnête ? Traîtres !

Theo dit : Blaise, on s’en fiche de la cape, non ?

Blaise dit : Non. J’suis fâché.

Alva dit : Vous me fatiguez. Potter a tout accepté, il veut juste la cape.

Chris dit : On n’a qu’à voter. Que ceux qui sont pour et ceux qui sont contre se manifestent.

Alva dit : Depuis le dortoir des Serdaigles, je vous informe que Kim, Luna et moi sommes pour.

Ryan dit : Idem pour moi.

Anaïs dit : Justin et moi sommes pour.

Cathy dit : Idem pour Nathan et moi.

Valerian dit : Je suis contre (qu’est-ce que vous fichez ensemble ?!)

Chris dit : Ils sont dans la salle commune et ils bossent. Avec moi. Je suis pour, et je parle aussi au nom de Jack qui est en retenue avec Rusard.

David dit : Au nom des Jarvis, je suis contre !

Theo dit : Pour.

Blaise dit : Contre !

Draco dit : Contre.

Alva dit : Onze pour, cinq contre. Conclusion ?

Draco dit : … Je te l’amène demain, mais je serai chiant avec toi toute la journée.

Alva dit : Je peux lancer un couteau dans le mile à vingt pas.

Draco dit : J’ai rien dit.

Valerian dit : Quand est-ce qu’on apprend le lancer de couteaux avec le Club ?

Kim dit : C’est vrai. La lutte au corps à corps, c’est dur.

Alva dit : Prochaine séance du Club, le groupe 1 apprendra à tomber sans se faire mal, le groupe 2 à mettre à terre un adversaire, le groupe 3 à utiliser une arme blanche. On fera tourner les rôles toutes les semaines.

Nathan dit : Cool !

Blaise dit : Au fait Alva, tu n’as pas beaucoup travaillé l’Appel des familiers, non ?

Alva dit : Non, j’avoue.

Blaise dit : Et la dissertation à faire là-dessus pour jeudi, hein ?

Alva dit : Astrid et Lévine m’ont tellement parlé des familiers que je n’ai pas besoin d’aller à la Bibliothèque pour la faire.

Ryan dit : Je croyais que seul Lévine tapait dans la magie louche ?

Alva dit : Astrid a un, euh, comment dire… Un familier perpétuel.

Draco dit : Un quoi ?!

Alva dit : Comme Dumbledore avait son phénix. Un familier qui ne s’en va pas et qui reste comme animal de compagnie, en quelque sorte. Je ne connais pas le mot anglais.

Ryan dit : C’est quoi comme animal ?

Alva dit : Et si on parlait d’autre chose ?

Anaïs dit : Tu vois ? Kim avait raison. Toujours sur ses gardes.

Alva dit : Grrrr.

Kim dit : Espèce de loup aux abois.

Alva dit : Attention. Je suis dans le même dortoir que toi et j’ai une arme maléfique dans ma poche. Je peux te tuer dans d’atroces souffrances et un horrible déluge de magie noire sans que ça remonte jusqu’à moi. Jamais. Tu le sais, ça ?

Kim dit : … Il faut que je travaille. A demain !

Kim a quitté la conversation.

Theo dit : Ah, bravo. Blaise vient de tomber du lit tellement il rigole.

oOoOoOo

Alva s’adossa au mur du couloir pour essuyer son front en sueur. Elle sortait du Tatouage Runique, où Stensenn l’avait fait travailler dur. Elle réajusta la lanière de son sac sur son épaule, et se dirigea d’un pas vif vers la classe de Sortilèges, où elle rejoignait les autres huitièmes années. Au passage, elle jeta un regard noir aux fenêtres du couloir qu’elle devait traverser : l’isolation était horrible, il faisait un froid de canard ici.

Ils étaient début février. Grâce à Londubat, mais surtout à Potter, l’agressivité avait progressivement décliné entre les membres des différentes Maisons. Depuis qu’Alva lui avait rendu la cape, Harry était intervenu plusieurs fois pour empêcher sa Maison de faire du tort aux Serpentards, et une trêve bienvenue commençait à s’installer. Prenant exemple sur le groupe disparate du Club, certains élèves se mélangeaient aux heures des repas. Alva considérait ça comme une petite victoire personnelle.

– Hey, Alva !

Elle releva la tête. Draco et Cathy venaient à sa rencontre, et elle haussa un sourcil surpris :

– Vous ne devriez pas être en cours ?

– Annulé, répondit Draco en haussant les épaules. Flitwick est à l’infirmerie pour désensorceler deux élèves qui se sont battus en duels.

– Outch. Et toi, Cathy ?

– C’était ma classe, avoua la Serdaigle. Deux garçons qui s’accusaient de tricherie et qui se sont sautés à la gorge.

– Ah, les Serdaigles, soupira Draco. Tous des malades…

La fin de sa phrase fut ponctuée par un choc contre une vitre du couloir, ce qui les fit tous les trois sursauter. Alva faillit en lâcher son sac en voyant, posé en équilibre précaire sur le rebord d’une fenêtre, un immense aigle royal qui la toisait avec impatience.

– C’est quoi ça ? lâcha Draco sidéré.

La Russe parut reprendre ses esprits, et pointa sa baguette vers la fenêtre close.

Alohomora.

La fenêtre s’ouvrit avec un court grincement. Nullement impressionné, le rapace replia son mètre soixante d’envergure, entra dans l’encadrement, et tendit dédaigneusement sa patte à Alva.

La Russe, bouche bée, sembla se reprendre et inclina brièvement la tête devant l’aigle, avant de décrocher le message accroché à ladite patte. Ses mains tremblaient. L’aigle déploya ses immenses ailes et, dans un claquement feutré, décolla. Il y eut un bref silence.

Puis Draco eut un rire nerveux :

– Celui qui t’écris ne se prend pas pour de la bouse de Veracrasse !

– Ne dis pas n’importe quoi, répliqua Alva en se hâtant d’ouvrir la lettre. Cet aigle est un familier. Mais je ne connais qu’une personne qui utilise des familiers pour correspondre…

– Lévine ? supposa Cathy. Le frère d’Astrid ? Mais pourquoi ce n’est pas elle qui t’écris ?

– C’est ce que je ne vais pas tarder à savoir, murmura la Russe en déplia la missive.

Ses yeux volaient d’une ligne à l’autre à toute allure. Plus elle progressait dans sa lecture, plus son visage pâlissait. A la fin, elle secoua la tête, l’air anéantie.

– Alva ? fit Cathy avec inquiétude.

– Il est arrivé quelque chose à Astrid ? murmura Draco.

Alva secoua juste la tête plus vivement. Elle froissa nerveusement la lettre entre ses mains, sans répondre, et ne protesta pas quand Draco lui prit doucement le papier. Elle ouvrit la bouche, le referma, et finit par lâcher d’une voix blanche :

– Je vais… Faire un tour.

Elle fit volte-face et s’éloigna presque en courant. Cathy esquissa un geste pour lui courir après. Mais Draco, posant une main ferme sur son épaule, la retint.

– Attend.

– Elle ne va pas bien ! s’affola Cathy.

– Oui, et si on lit cette lettre, on saura pourquoi. Exterus translatus.

Sous leurs yeux, le texte en cyrillique se modifia. Draco s’assit dans le couloir, permettant ainsi à Cathy de suivre par-dessus son épaule. Ensemble, en silence, ils déchiffrèrent la missive.

Chère Alva,

Astrid a quitté précipitamment le manoir. Elle ne t’en a probablement pas parlé pour ne pas t’inquiéter. Père pense que ça lui passera rapidement, qu’elle court après une chimère, et qu’elle n’est pas en danger : après tout, elle est partie avec Zanor et Cirth.

Personnellement, qu’il s’agisse d’une fausse piste ou non, j’ai appris à ne pas sous-estimer le danger. J’ai donc envoyé quelques familiers la suivre, et je tenais à t’informer de ce qui l’a motivé à partir en catastrophe. Te connaissant, au bout de trois jours sans nouvelles, tu aurais débarqué en Russie et peut-être même lui aurais-tu emboîté le pas.

Tu te souviens de la zone des loups-garous ? Une rumeur dit qu’un sorcier s’y serait rendu. Jusque-là rien d’inhabituel, mais il y resté deux semaines entières. Les loups-garous sont toujours sous la protection du Ministère Russe, et durant leur rapport mensuel, l’un d’eux a mentionné cet homme. Je te retranscris ce qu’il en a dit :

« Il avait le visage masqué par un capuchon, mais on pouvait voir que ses cheveux étaient sombres –ils tombaient sur ses épaules. Il sentait la fumée et la glace. Il a distribué des potions de soins et il est resté deux semaines, jusqu’à la pleine lune. Ensuite, il a transplané dans un nuage de fumée noire ».

Le Transplanage Noir, cheveux longs et sombres (noirs ou châtains ?), aucune crainte envers les loups-garous. Je suis sûr que tu comprends Astrid à présent. Cet homme pourrait être Volodia… Ou Andreï.

Je reste persuadé qu’elle a tort et qu’ils sont morts, tous les deux. Mais tant qu’Astrid sera dans la nature à la recherche d’un mage noir, je ne serais pas tranquille. Et je suppose que toi non plus… Mais au moins, tu as appris la nouvelle à l’abri entre les murs de Poudlard, et pas en allant en Russie ! Tu as l’opportunité d’y réfléchir calmement : fais-le.

Ne quitte pas l’Angleterre. Je veille sur vous deux,

Lévine.

PS : sérieusement, Alva. Si tu quittes Poudlard pour aller chercher Astrid, je te donne à manger à Zanor, c’est clair ?

Draco leva les yeux de la lettre. Cathy avait l’air au bord des larmes. C’était compréhensible. Alva était terrorisée par son père. Elle avait aimé –adoré serait plus juste– son frère Volodia, le centre de son monde, celui qui l’avait pratiquement élevée… Et Andreï avait tué Volodia, avant d’emmener Alva servir le Seigneur des Ténèbres.

Toujours sur ses gardes, avait dit Kim. Elle ne s’était pas trompée. Alva avait toujours été sur ses gardes, parce qu’elle avait toujours été terrifiée.

– Cathy.

La fillette leva un regard affolé sur Draco, et il eut l’impression d’être revenu des mois en arrière, à ce jour où il l’avait vu pour la première fois dans la salle d’attente du psychomage.

Draco fourra la lettre dans sa poche, et pressa doucement l’épaule de la petite Serdaigle.

– Ça va aller. Lévine est persuadé qu’Astrid a tort.

– Mais… Si elle a raison ?

Draco haussa les épaules :

– Si c’est Volodia, c’est une bonne nouvelle, non ?

– Mais si c’est Andreï ? fit Cathy d’une voix aigüe.

– Il est en Russie, c’est loin. Et Astrid vous préviendra à temps pour que vous puissiez filer, hein ? D’ailleurs, qui est Zanor ?

Cathy s’essuya les yeux et esquissa un sourire tremblant :

– Leur griffon. Lévine l’a recueilli tout petit. Il suit Astrid comme un petit chien.

Malefoy marqua un temps d’arrêt. Oh. Un griffon. Bien, bien. Pourquoi pas, après tout. Astrid et Lévine (d’ailleurs, quel était leur nom de famille, à ces deux-là ?) avaient l’air d’être assez… Particuliers.

– Et Cirth[1] ?

Cathy haussa les épaules :

– C’est le "familier perpétuel" d’Astrid, mais je ne sais pas ce que c’est. Je pense que c’est un oiseau.

– Un parfait messager, donc. Écoute, ne t’inquiète pas. Astrid et Lévine sont des durs à cuire, non ? Ils veillent sur vous deux. Tu n’as rien à craindre.

Cathy renifla. Draco fouilla dans sa poche, en tira un mouchoir, et le lui donna. Quelques mois plus tôt, l’idée de Draco Malefoy consolant une première année n’était même pas envisageable. A présent… Où était passé son armure de glace ?

– Va voir les autres, décida le Serpentard en se relevant.

– Je dois leur dire ? s’inquiéta Cathy.

Par Merlin, non. Draco réfléchit à toute allure :

– Dis-leur qu’Alva a reçu une lettre qui dit que son père ou son frère est vivant. Son frère a été tué par des Mangemorts, ça serait donc une bonne nouvelle qu’il soit en vie. Son père, lui, est un enfoiré qui lui a déjà fait du mal, à elle et à ses frères, et sa survie serait donc une mauvaise nouvelle.

Draco faisait confiance à Kim pour réaliser que la raison du « toujours sur ses gardes », c’était Andreï Netaniev, et pour l’expliquer aux autres. Il acheva :

– Moi, je vais parler à Alva.

– Je viens.

Draco secoua la tête, et poussa Cathy vers la direction opposée à celle qu’Alva avait prise.

– Non. Alva m’a déjà un peu parlé de sa famille. C’est à moi de faire ça.

Cathy le regarda un moment, muette, avant de détaler dans le couloir. Le bruit de ses pas martelant le sol à toute allure, ça aussi, ça rappela à Draco la Cathy terrifiée de leur première rencontre. Mais là, ce n’était pas de lui dont elle avait peur.

Malefoy eut une pensée pour leur petit groupe, et surtout pour Cathy, et se sentit soudain réconfortée à l’idée qu’elle lui faisait confiance. Qu’ils lui faisaient tous confiance. Ces gens-là ne le haïssaient pas, ne le prenaient pas pour son père, ne le confondaient pas avec une victime : ils savaient que la guerre n’épargne personne et que parfois la vie nous présente des choix où toutes les options sont mauvaises. Mais ils étaient là. Et ils se serraient les coudes.

Il se détourna, et suivit la direction prise par Alva.

Il n’était pas difficile de la trouver. Alva venait de Russie. Les grands espaces étaient une drogue pour elle. Quand ils avaient été tous ensemble au manoir Black, Alva était souvent sortie pour aller dans la forêt. Draco quitta le château, et se dirigea vers le Forêt Interdite.

Il pria brièvement Merlin qu’Alva ne soit pas allée trop loin. Cette forêt lui fichait les jetons depuis sa première année.

Arrivé à la lisière de la forêt, il hésita. Les sorts pour localiser une personne étaient complexes, et il ne doutait pas qu’Alva s’était bardée de protections grâce au Tatouage Runique. Il préféra créer son Patronus en forme de guépard, et lui demander de le guider jusqu’à Alva.

L’élégant félin argenté le fixa d’un regard indéchiffrable, puis s’éloigna d’un pas lent entre les arbres. Draco n’eut d’autre choix que de le suivre.

Il marcha durant peut-être cinq minutes, et c’était long cinq minutes dans la Forêt Interdite, avant d’entendre le tchack familier d’une flèche qui touche sa cible. Il sourit, et continua à suivre son guépard. Le félin se volatilisa une vingtaine de mètres plus loin, à l’entrée d’une clairière.

Alva y était.

Elle l’avait probablement entendu arriver, car elle avait baissé son arc. Draco se demanda fugitivement si elle le gardait toujours avec elle. Les Serpentards avaient bien fait de lui offrir cet équipement miniaturisable à volonté.

Le regard de Draco tomba sur un arbre centenaire en face d’Alva. Un cercle grossier y avait été gravé, sans doute à la pointe d’un couteau. Six flèches y étaient fichées. Aucune près du centre. Le Serpentard haussa un sourcil, et s’assit sur un arbre abattu, à l’opposé de la cible.

– Défoule-toi. J’attendrai que tu te sois calmée.

Alva esquissa un sourire hésitant, et alla récupérer ses flèches fichées dans le bois. Puis elle agita sa baguette, et deux autres flèches ressortirent des buissons pour venir se loger dans sa main.

– L’activité physique m’a toujours aidé à tenir en cas de coup dur. Mais je n’arrive pas à me concentrer. Je suis juste…

– Tu as peur.

La Russe soupira, et miniaturisa à nouveau arc, carquois et flèches.

– Oui, admit-elle. J’ai peur. Quelque part, j’ai toujours eu peur de lui.

– Tu le pensais mort, et là, il revient. C’est normal que tu ais peur.

Alva émit un rire sans joie, et se laissa tomber sur le tronc mort à côté du Serpentard. Elle retira les arums de ses cheveux, les triturant machinalement.

– Même mort, après avoir rencontré Harry Potter il y a dix-sept ans, est-ce que ton père a cessé d’avoir peur du Seigneur des Ténèbres ?

Draco resta silencieux. Non, jamais Lucius n’avait cessé de craindre Voldemort. Alva, silencieuse, caressait la corolle de ses arums d’un air absent.

– Tu veux en parler ? finit par oser dire Draco.

La Russe resta muette quelques secondes. Puis elle haussa les épaules.

– Mon père a toujours aimé la magie noire. Après ses études, il est devenu expert en sortilèges et en potions trempant là-dedans. Il passait son temps à travailler dans ses laboratoires.

Draco ne l’interrompit pas. Il lança discrètement des sortilèges informulés autour d’eux, au cas où des prédateurs tomberaient sur eux, mais il ne bougea pas de sa place sur le tronc mort. Alva, les yeux dans le vague, ne le regardait pas.

– Il a épousé ma mère quand il avait vingt-cinq ans, elle dix-neuf. Il était pressé de se marier. Pas pour faire un héritier, ça, il s’en fichait. Il cherchait une épouse anglaise pour avoir une ouverture vers le Seigneur des Ténèbres. Ce n’était pas facile, à cause de la méfiance des Sang-Purs britanniques. Mais les Hawking, eux, ça leur était égal que leur gendre soit étranger : il avait de l’argent, c’était tout ce qu’ils demandaient. Ma mère s’est inclinée. Elle a épousé mon père et c’est là que tout a commencé…

Elle eut un soupir étranglé.

– Mon père a commencé à s’intéresser aux idées du Seigneur des Ténèbres dès son adolescence. Il le vénérait littéralement. Dès son mariage, il a attendu que ma mère soit enceinte puis il a accouru en Angleterre pour se joindre aux Mangemorts. Il avait déjà créé la Marque des Ténèbres, et il en a fait cadeau à son nouveau Maître… En lui promettant bien d’autres inventions s’il le laissait le servir. Mon père nous racontait souvent cet épisode. Je te laisse deviner avec quelle joie le Seigneur des Ténèbres a accueilli sa demande.

La voix d’Alva était amère, désabusée. Comme la sienne quand il parlait de son père avec Narcissa, réalisa Draco. A quel moment lui et Alva avaient-ils commencé à avoir honte des leurs ?

– Il était tellement…. Fasciné par lui. A la maison, il en parlait avec une sorte de vénération. Pas aussi servile que Bellatrix, mais il était subjugué. Comme si le Lord était un Dieu. J’imagine que, pour lui, c’était un Dieu.

Alva secoua la tête :

– Il n’aimait que trois choses au monde : ses recherches, l’adrénaline de la traque, et les idées du Seigneur des Ténèbres.

– La traque ? demanda Draco.

– Quand il était lassé de ses expériences, il emmenait toute la famille en voyage, souvent en Sibérie, durant trois ou quatre semaines. Là-bas, il jouait à la chasse aux fauves à la façon Moldu, avec un fusil, un cheval, et pas de baguette. Curieux, hein ? Il avait le goût du sang.

Quel homme sympathique, songea Draco avec une grimace. Lucius, lui, n’aimait pas la chasse. Il était sadique et mauvais, mais il n’avait rien d’un chasseur, d’un prédateur. Or, d’après la description d’Alva, c’était le genre d’homme qu’était Andreï Netaniev.

– Ma mère a eu un fils, poursuivit Alva. Vladimir, l’aîné : Volodia. Mon préféré. Il avait dix ans de plus que moi… C’est lui qui m’a élevé, bien plus que ne l’ont fait mes parents.

Elle fixait toujours la fleur, mais son regard était fixe et ses yeux inhabituellement brillants. Draco fit semblant de ne rien voir. Il la laissa continuer dans un soupir.

– Maman m’a dit un jour que Père n’est pas revenu pour sa naissance. Il est rentré en Russie deux ans plus tard, extatique et plus que jamais fasciné par le Seigneur des Ténèbres. A partir de là, il a partagé son temps entre ses recherches en Russie et ses longues visites à l’Angleterre. Ma mère ne l’aimait pas, elle le craignait même. Elle était passionnée par les études, la musique, la poésie… Mon père, lui, ne rêvait que de pouvoir et de violence. Mais Maman aimait ses enfants. Elle en a eu d’autres, après Volodia. Une fille, Kathya, qui est morte à l’âge d’un an, une victime de l’hiver. Puis un garçon, Oswald, qui avait cinq ans de plus que moi, et un autre, Borislav, deux ans après. Et puis moi. Salvakya. Et nous étions seuls et heureux… Jusqu’à ce qu’Harry Potter entre dans l’équation.

– Le Seigneur des Ténèbres a disparu, lâcha Draco à voix basse.

– Oui, mais mon père est revenu. C’est pour ça que j’étais tellement en colère contre Potter, sans jamais l’avoir rencontré. Il a ramené Père à la maison. Bien sûr, il passait son temps dans son laboratoire, à tenter de trouver une explication à la chute de son maître, à tester des poisons et des sortilèges pour essayer de le ramener à la vie. Mais il était toujours là, dans l’ombre, comme une menace. Comme le Seigneur des Ténèbres en Angleterre, mais chez nous, dans notre maison !

La voix d’Alva était montée dans les aigus, et elle se brisa presque. Ses mains s’étaient crispées sur les arums, et Draco saisit son poignet pour l’empêcher de briser les fleurs. Quand Alva reprit la parole, il ne la lâcha pas.

– Père m’ignorait plus ou moins. Je te l’ai dit, il s’est d’abord intéressé à Volodia. Puis, ensuite, à Oswald et Borislav. Oswald et Borislav étaient comme les doigts de la main, toujours joyeux et rieurs. Bien plus malléables que Volodia. Père s’est mis à les entraîner, les accaparant totalement. Je passais mon temps avec ma mère, à me morfondre en attendant d’avoir onze ans, égoïstement, pendant qu’elle s’inquiétait de ce qui arrivait à ses fils.

Le ton d’Alva était amer. Draco aurait voulu lui dire qu’elle n’avait pas à s’en vouloir. Qu’elle n’avait que neuf ans quand Volodia était parti, et qu’à neuf ans, on ne comprend pas ce genre de choses. Qu’à neuf ans, on ne réalise pas ce qui se passe. Qu’à neuf ans, on ne peut pas barrer la route à un mage noir. Surtout si c’est son propre père.

Il resta silencieux.

– Cathy et ses parents venaient souvent, pour les vacances. Ma mère et sa sœur étaient très proches. Moi, j’étais proche de Cathy : c’était la petite sœur que j’aurais toujours voulu avoir.

Un fantôme de sourire flotta sur les lèvres d’Alva. Et s’évanouit aussi vite.

– C’est mon père qui a convertit celui de Cathy à la doctrine du Seigneur des Ténèbres. Ma mère, elle, essayait de convaincre sa sœur de rester loin des Mangemorts, de protéger sa fille en priorité. Tante Esther ne l’écoutait qu’à moitié. Elle était éblouie par notre richesse, par le charisme de Père, par la gloire qu’il faisait miroiter devant eux. Elle se refusait à croire que sa fille puisse être impliquée.

Alva eut un ricanement désabusé.

– Finalement, elle a écouté ma mère, à la toute fin.

Oui, Draco s’en souvenait. Esther était morte en protégeant Cathy qui prenait un Portoloin : elle avait été tuée par des Mangemorts, sous les yeux de sa fille, pour lui permettre de fuir.

Il y eut un temps de silence, puis Alva reprit :

– Et nous grandissions, Oswald, Borislav et moi. Quand je m’ennuyais, et je m’ennuyais souvent, je me cachais dans un coin et je regardais ce que mon père apprenait à mes frères. Ils me laissaient faire : ils pensaient que ça m’encouragerait à les rejoindre. Ils n’avaient pas tort. Ça m’horrifiait, mais ça me fascinait. Tous ces sorts, ces potions, des Tatouages Runiques, ce pouvoir maîtrisé…

– Magie noire, murmura Draco.

Ce n’était pas une question. Alva hocha la tête :

– Oui. C’est là que j’ai commencé à appréhender la magie noire. Elle m’hypnotisait tout en me donnant envie de m’enfuir en courant. Ça fait cet effet à tout le monde, paraît-il, mais pour moi c’était surtout nouveau et attirant. J’ai beaucoup appris durant ces deux années, en les regardant mais aussi en participant à l’élaboration de potions ou d’Encres. Je n’avais rien à faire d’autre, aussi : ma mère venait d’être embauchée à l’Ambassade Magique, et quittait la maison tous les jours. Alors je restais toute seule, et j’observais.

Machinalement, elle caressa un des arums posés sur ses genoux.

– J’étais aussi douée que Volodia, alors mon père… ne voulait pas perdre un tel atout une seconde fois. Il m’a permit d’exploiter mon talent à fond, au point que lorsque je suis entrée à Durmstrang, j’en savais plus que les cinquièmes années en Tatouage Runique –et dans les trois matières qui en découlent : Runes, Potions et Sortilèges.

– Ça ne m’étonne même pas, sourit Draco.

Alva, elle, ne sourit pas. Ses yeux se posèrent sur la cible en face d’elle, sur l’arbre, et sa voix se fit lointaine.

– D’une certaine manière, même en m’ignorant, Père a conditionné toute mon existence. Jusqu’à Durmstrang, et même pendant, et même après… Toute ma vie a tourné autour de lui, toutes nos vies. La tristesse de Maman… Le rejet de Volodia… L’apprentissage d’Oswald et Borislav… Ma soif de connaissance… Tout, tout a été conditionné par mon père. Je… Nous lui appartenions.

Elle frissonna. Draco raffermit sa prise sur son poignet.

– Il n’est pas là, Alva. Il n’est plus là.

– Il est peut-être revenu, murmura-t-elle. Peut-être qu’il va me tuer cette fois. Peut-être qu’il va me torturer et me tuer. Volodia a hurlé tellement longtemps…

Draco sentit les cheveux de sa nuque se hérisser. Ça, il n’avait pas besoin de le savoir. Il serra plus fort le bras de la Russe, d’une manière presque douloureuse, et lui adressa un regard noir en aboyant :

– Personne ne sera tué ou torturé. Parole de Malefoy. C’est clair ?

Alva acquiesça, les yeux inhabituellement brillants, et Draco fouilla ses poches à la recherche de son mouchoir. Il l’avait donné à Cathy, se souvint-il. Et zut.

Il releva le regard, et vit qu’Alva s’était frotté les yeux avec sa manche. Ses paupières étaient rougies, mais elle avait retrouvé contenance.

– Continue, l’encouragea Draco. Que s’est-il passé à Durmstrang ?

Alva haussa les épaules.

– J’ai rencontré Astrid. Elle avait un an de plus que moi. Son père travaille au Ministère Russe, et son frère est l’héritier d’une fortune familiale colossale. Astrid avait toujours des informations sur tout ce qui se passait, partout dans le monde, tout le temps. C’est quelqu’un de passionné. Elle me rappelait tellement Volodia, toujours prête à donner tout ce qu’elle avait pour atteindre son but… J’imagine que c’est comme ça qu’on s’est rapprochées.

– Ella a un griffon.

Alva marqua un temps d’arrêt, puis sourit :

– Zanor. C’est Volodia qui l’a trouvé. Il l’a donné à Lévine car il ne pouvait pas s’en occuper, et Lévine l’a dressé pour en faire le chien de garde de sa petite sœur. Lévine et Astrid font toujours dans la démesure. Même leurs animaux de compagnie sont terrifiants.

Draco ricana. Il envisagea de demander ce qu’était Cirth, puis la réponse s’imposa d’elle-même : un oiseau, de la démesure ? Très probablement un aigle royal, comme le familier de Lévine qui portait son courrier. Il changea de sujet :

– Et ton père ?

– Ma vie ne tournait plus vraiment autour de lui, lâcha Alva en s’assombrissant. Je revenais pendant les vacances, et c’était tout : je revoyais Cathy, Oswald, Borislav, Maman. Mon père, un peu, aussi. Comme je n’étais plus aussi souvent au manoir, il a commencé à m’oublier : il se concentrait sur mes frères.

Oswald et Borislav, les cobayes sacrifiés. A chaque fois qu’Alva mentionnait ces deux frères, Draco revoyait l’expression sinistre de Narcissa qui lui décrivait leur mort. Gorgés de magie noire, explosant comme des feux d’artifice.

Andreï Netaniev était vraiment un monstre.

– La mère de Cathy a espacé ses visites chez nous à partir de ma deuxième année, à cause de son travail. Volodia, en revanche, venait à Durmstrang presque tous les mois, rapportant des échantillons de dragon. Et à chaque fois, il prenait le temps de parler avec moi, de m’écouter, de m’aider… Il me parlait de tout, depuis la météo jusqu’à l’évolution de la politique. Il était là, il était toujours là. Il ne me traitait jamais comme une gamine. Il m’aimait. C’était mon frère préféré.

Sa voix se brisa. Elle renifla, puis reprit, un ton plus bas, d’une voix enrouée :

– Il me parlait du Seigneur des Ténèbres, il disait qu’il ne le rejoindrait jamais et que je ne devais pas faire comme Borislav et Oswald. Je le croyais. Je croyais en lui. Je croyais toujours en lui. Même si j’étais fascinée par la magie noire, c’est à cette époque que j’ai décidée d’être fidèle aux idéaux de Volodia, et pas à ceux de mon père. Volodia, lui, il était toujours là pour moi. Je l’aimais, Volodia. Bien plus que mon père. C’était en lui que je croyais.

Elle secoua la tête, et se tut un instant avant de murmurer :

– Et maintenant, il est mort. Ma vie tournait autour de Père et de Volodia, et Père a tué Volodia et va peut-être me tuer ensuite.

Draco hésita qu’un instant sur la conduite à tenir. Parce que lui-même n’avait pas vraiment eut beaucoup d’amour dans son enfance, mais aussi parce qu’Alva avait l’air à deux doigts de s’effondrer et que c’était tout bonnement surréaliste. Alva était si fière. Jamais elle ne tomberait. Jamais elle ne permettrait qu’on la voie tomber.

Mais Alva n’était plus cette jeune fille forte qui les protégeait, lui et ses amis, des Gryffondors et de la haine du monde. Alva était juste une enfant qui voyait l’ombre d’un monstre sous la porte, une enfant terrifiée qui n’avait personne pour la réconforter.

Draco passa ses bras autour d’elle, d’un geste maladroit et sincère, et la serra contre lui.

– Il ne va rien se passer, chuchota-t-il d’une voix étranglée. Il ne te trouvera pas. Il ne te fera rien. Je te le promets.

Alva resta immobile un instant. Peut-être figée de surprise, ou ne sachant pas comment régir. Un instant, Draco eut peur qu’elle ne l’envoie balader.

Puis elle posa son front contre son épaule.

Et elle se mit à pleurer.

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A propos :

[1] Le nom « Cirth » est le nom d’un alphabet runique dans le Seigneur des Anneaux, la célèbre saga de Tolkien : Astrid et Lévine lisent de la littérature Moldu.

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