Le parfum des Arums

Pré-au-Lard

Alva ne reçut aucune autre lettre de Lévine, ni d’Astrid. Une trompeuse monotonie s’était installée parmi les membres du Club. Bien sûr, leurs séances d’entraînement continuaient, ils se retrouvaient pour faire leurs devoirs, ils mangeaient tous ensemble, mais la tension revenait. Alva restait de marbre, comme s’il ne s’était rien passé, mais sa nervosité était presque palpable.

– Espérons que la prochaine sortie à Pré-au-Lard la calmera, marmonna Blaise.

Lui, Ryan, Draco et Kim étaient rassemblés autour d’une table à la bibliothèque, étudiant les familiers. Alva aurait dû se joindre à eux, mais elle leur avait encore une fois faussé compagnie. Ça arrivait de plus en plus souvent depuis la lettre de Lévine. Draco la soupçonnait d’explorer le château à la recherche d’un passage vers la mystérieuse arme qui était censée y être cachée.

– La prochaine sortie est le 14 février, l’informa distraitement Kim en feuilletant un grimoire.

Les trois garçons autour de la table se redressèrent insensiblement, alarmés, et la Serdaigle les regarda d’un air narquois. Elle était prête à parier n’importe quoi qu’ils avaient tous oublié la St Valentin.

Blaise haussa les épaules, feignant l’indifférence :

– Je lui demanderai de venir avec moi.

Les trois autres tournèrent la tête vers lui si vite qu’on entendit craquer des vertèbres, et Ryan lâcha tout haut :

– Quoi ?!

Draco et Kim piquèrent du nez dans leurs livres pour masquer leurs rires devant l’air effaré du Serdaigle blond, et ce dernier grimaça quand il se prit un coup de pied sous la table.

– Ce n’est qu’une sortie à Pré-au-Lard, Ryan, pas une demande en mariage.

– Tu me rassures, ricana Malefoy en émergeant de son bouquin. Un instant, j’ai bien cru que tu allais ramener une rousse à ta mère : ça aurait juré avec la déco du manoir.

Ryan abandonna tout espoir de dignité et se mit à rigoler, tandis que Draco se prenait à son tour un coup de pied et manquait de tomber à la renverse. Mrs. Pince surgit aussitôt comme un diable de sa boîte :

– Sullivan ! Malefoy ! Barthemis ! Zabini ! Dehors immédiatement, vous dérangez tout le monde !

Les huitièmes années, peu désireux d’affronter la bibliothécaire, prirent leurs jambes à leur cou. Ryan rigolait toujours comme un bossu. Il ne se calma que plusieurs minutes plus tard, dans les couloirs, sous le regard meurtrier de ses trois compagnons.

– A cause toi, c’est fichu, on ne retournera pas à la bibliothèque aujourd’hui ! grogna Kim.

Ryan écarta dédaigneusement l’argument d’un geste de la main :

– On s’en fiche ! Information du jour : Blaise s’intéresse à Alva. Alors, dis-nous, Blaise, depuis quand ?

– Depuis le début, répondit Draco d’un ton narquois. Blaise s’intéresse à tous les membres féminins de son entourage plus ou moins proches.

– Mais pas Anaïs, précisa Zabini en voyant le regard soupçonneux de Ryan. Et de toute manière, de manière générale, pas celles qui sont déjà prises. Je suis un Serpentard : je ne prends jamais de risques inutiles.

– Anaïs a un copain ? s’affola Ryan.

Draco se frappa le front, exaspéré. Pour un Serdaigle, Ryan était vraiment lent à la détente. Kim, elle, leva les yeux au ciel et se pencha vers son camarade pour lui glisser quelques mots à l’oreille : aussitôt, Ryan devint cramoisi.

– Oh.

– Oui, « oh », lâcha sarcastiquement Blaise.

– Je crois que je vais inviter Anaïs à Pré-au-Lard alors, balbutia le Serdaigle.

Draco applaudit posément, attirant sur eux les regards surpris d’un groupe de troisièmes années qu’ils croisaient en sens inverse. Kim éclata de rire, et détourna charitablement la conversation :

– Mais Blaise, tu n’avais pas manifesté tellement d’intérêt pour Alva, avant, non ?

Le métis haussa les épaules, pensif.

– Si. Comme tout le monde, je pense. Tout le monde s’intéresse à Alva, quelque que soit la manière ou le degré. Chris adore la taquiner, plaisanter avec elle : un moment, j’ai cru qu’il allait lui demander de sortir avec lui. Un autre exemple : regardez Nathan ou Cathy. Pour eux, c’est la grande sœur de leurs rêves.

– T’as pas tort, fit Kim d’un air songeur. Valerian l’admire énormément. J’en serai quasiment jalouse. Et Ryan…

– Ne me mêlez pas à ça ! protesta l’américain.

– Tu es collant et protecteur avec elle, je dirais donc que tu la considère comme une petite sœur, continua Kim sans lui prêter attention. Tu es fils unique, non ?

Ryan grommela un assentiment. Blaise, ravi du sens que prenait la conversation, continua sa liste :

– Kim, comme Jack, vous êtes venus à elle parce que vous aviez besoin d’une protection. Elle est votre bouclier autant que votre amie. Et Theo, David et Simon sont totalement fascinés par elle : elle est plus qu’un bouclier, elle est leur protectrice, leur ange gardien. Si Draco n’avait pas les chevilles aussi enflées, il aurait aussi cette attitude-là.

Malefoy voulu lui donner un coup sur la tête, et Blaise se déroba en ricanant, avant de poursuivre :

– Elle est spéciale. Elle est peut-être « toujours sur ses gardes », comme tu l’as si bien dit, mais c’est quelqu’un de fort, qui n’a pas besoin des autres. Tellement pas besoin des autres que si on tente de s’imposer, on risque de se ramasser un râteau mémorable ! C’est pour ça que personne n’a encore tenté sa chance avec elle. Alors que Theo, David, Chris, Jack ou même Draco en meurent d’envie, hein ?

– N’importe quoi, réfuta Draco. Je ne draguerai jamais une rousse, moi.

Blaise ricana. Kim, elle, avait froncé les sourcils, et son visage s’était dangereusement assombrit :

– Attends. Tu comptes profiter de la… situation difficile d’Alva ?

Draco lui fut reconnaissant de ne pas avoir employé les mots « faiblesse » ou « détresse ». Car même si c’était exactement de ça dont il s’agissait, il se sentait mal-à-l’aise à l’idée qu’Alva puisse avoir besoin d’aide. Elle avait beau avoir fondu en larmes contre lui quelques jours plus tôt, il savait que ça n’avait été qu’un instant d’abattement passager : tous les deux, ils avaient fait comme s’il ne s’était rien passé.

Alva les avait tous protégés. Aucun d’entre eux ne devait abuser de sa faiblesse en ce moment.

Blaise se retrouva donc la cible de trois regards noirs, et leva les mains en signe de reddition, esquissant un grand sourire rassurant :

– Eh, du calme ! Je vais juste tâter le terrain, histoire de savoir à quoi m’attendre… Je ne vais sans doute même pas lui proposer de sortir avec moi !

Draco haussa un sourcil faussement incrédule, et le rabaissa illico quand Kim le gratifia lui aussi d’un regard meurtrier : il ne voulait pas les laisser penser qu’il était d’accord avec Blaise. Il se contenta de croiser les bras :

– Fiche-lui la paix, Blaise. Elle traverse une mauvaise passe.

– Par Merlin, c’est une coalition ! grommela le métis. Ecoutez, je ne vais rien lui faire, à notre Messie couronnée d’arums. Je vais lui proposer d’aller à Pré-au-Lard avec moi, on passera un bon après–midi de manière strictement amicale, et si ça doit s’arrêter là, ça s’arrêtera là !

– J’espère bien, grommela Ryan.

– Réaction typique d’un grand frère protecteur, dit doctement Kim. Mon analyse était donc juste.

– Ça suffit, docteur Freud ! marmonna Ryan.

– Qui est Freud ? s’intéressa Blaise.

– Un Moldu, répondit platement Draco. Une sorte de psychomage halluciné qui rapportait tout à complexe par rapport à sa mère.

– Tiens, tu lis des bouquins Moldu ? s’intéressa Ryan.

– Tu n’imagines pas tout ce qu’on peut trouver dans la bibliothèque du manoir… Et toi, alors ?

– Mon père a des amis Nés-Moldus ennuyeux à mourir, lâcha Ryan en haussant les épaules. Quand on va chez eux, je me planque derrière un bouquin de leur bibliothèque. Comme ça je passe pour un intello cultivé et ils ne viennent pas me souler.

Kim ricana, puis revint au sujet principal :

– Bref, je suis d’accord avec Ryan et Draco. Si Alva ne t’as pas sauté dessus pour t’embrasser durant cette sortie à Pré-au-Lard, tu as intérêt à renoncer à la…

– Draguer ?

– Séduire ?

– … J’allais dire courtiser, fit-elle en fusillant du regard Ryan et Blaise qui eurent le bon goût de prendre un air coupable. Ah, les garçons…

Draco esquissa un sourire moqueur, mais se garda bien d’intervenir.

Leur petit groupe se sépara quelques minutes plus tard, les Serdaigles et les Serpentards repartant vers leurs salles communes respectives. En chemin, Blaise et Draco croisèrent le Trio d’Or, mais même si Malefoy et Potter ne purent s’empêcher de se fusiller du regard, chacun passa son chemin sans qu’un mot ne soit échangé. Il y avait du progrès.

Theo était déjà avachi sur son lit dans le dortoir des huitièmes années de Serpentard. Entouré de grimoires ouverts et de parchemins roulés ou froissés, il releva à peine la tête à leur arrivée.

– Vous avez été rapides.

– Ryan nous a fait virer de la bibliothèque, expliqua brièvement Blaise. Tu fais ta Métamorphose ?

– Finie. Je fais une pause.

Ce n’est qu’à ce moment que Blaise et Draco constatèrent que le parchemin sur lequel Theodore écrivait avait une légère teinte argentée. Il n’en fallu pas plus pour qu’ils sortent chacun leur Silverscroll.

– Mot de passe ?

– Etoile noire.

Arrivée de Draco.

Arrivée de Blaise.

Draco dit : Etoile noire ? Encore une idée de Luna…

Jack dit : Non, elle n’est pas là.

Nathan dit : C’est moi !

Blaise dit : Je croyais que tu n’aimais pas l’Astronomie ?

Nathan dit : Il manque des tas de choses à la culture sorcière, dites donc ! Star Wars, ça ne vous dit rien ?

Valerian dit : C’est quoi ?

Jack dit : Un film. Un film excellent. J’adore Yoda.

Nathan dit : Ah oui, il est génial, hein ?

Theo dit : Je me sens un peu exclu, là.

David dit : Hum, désolé de te lâcher Theo, mais… Sang-Pur ou pas, je l’ai vu, ce film. Et j’admets qu’il est cool.

Simon dit : Il est trop bien ! Je veux être Jedi !

Cathy dit : Ils parlent en quelle langue, là ?

Draco dit : Tiens, tu es là aussi ? Un jour, il faudra penser à ajouter une liste des connectés…

Blaise dit : Au fait, Cathy !

Cathy dit : Oui ?

Blaise dit : Est-ce qu’Alva va à Pré-au-Lard avec quelqu’un à la St. Valentin ?

David dit : Hein ?!

Theo dit : Blaise ?

Jack dit : Ne me dit pas que c’est ce que je pense…

Simon dit : Eh !

Cathy dit : … Je ne pense pas. Tu vas lui demander ?

Blaise dit : Oui. La St. Valentin n’arrive qu’une fois par an, après tout.

David dit : Blaise…

Blaise dit : Kim m’a déjà fait la leçon et Ryan m’a un peu menacé. La vertu de notre jolie Russe rousse ne craint rien, rassurez-vous.

Jack dit : Blaise !

Theo dit : Je lui ai balancé un grimoire à la figure, il va être temporairement indisponible.

Draco dit : Je confirme.

David dit : Au fait, parlons de cette St. Valentin. Qui va inviter qui ?

Theo dit : Luna va être invitée par Neville dans un avenir plus ou moins proche : ça fait trois jours qu’il me casse les oreilles pour que je le conseille.

David dit : Ah ah ah ! Et tu lui as conseillé quoi?

Theo dit : De jouer les Gryffondors, c’est à dire de ne pas réfléchir.

Draco dit : C’était particulièrement approprié.

Jack dit : Très drôle.

Draco dit : Tu iras avec qui, toi ?

Jack dit : Cassandre Farrow. Poufsouffle, même année que moi. Et toi ?

Draco dit : Aucune idée. J’hésite à demander à Astoria Greengrass, septième année à Serpentard. Mais elle est bien capable de voir là une demande de mariage.

Arrivée d’Alva.

Theo dit : Ah ben quand même !

David dit : Tu as fait un détour par Tatooine ou quoi ?

Alva dit : Tatooine ? C’est quoi ça ?

Nathan dit : Une référence Moldu.

Alva dit : Ah. Au fait, vous avez vu Nosferatu, le chat de Blaise ? Il a ENCORE grossi.

David dit : Yep. Il est énorme, on dirait un coussin.

Theo dit : Carrément un canapé, si tu veux mon avis. J’ai actuellement une vue prenante sur l’objet du scandale, et il occupe TOUT l’oreiller de son maître.

Draco dit : Tiens, Blaise a l’air de se réanimer.

Blaise dit : Alva, j’ai quelque chose à te demander !

Draco dit : Et nous écoutons tous ta réponse avec attention.

Alva dit : Je t’écoute.

Blaise dit : Puis-je t’inviter à venir avec moi à Pré-au-Lard lors de la prochaine sortie ?

Draco dit : C’est à dire la 14 février. La St. Valentin.

Alva dit : Merci Draco, je sais.

Blaise dit : Alors ?

Alva dit : Non.

Blaise dit :

Draco dit : AH ! Theodore, tu me dois deux Gallions !

Blaise dit : C’était ça ces messes basses dans mon dos ?! Traîtres !

Blaise a quitté la conversation.

Draco a quitté la conversation.

Theo a quitté la conversation.

Alva dit : Je renonce à comprendre.

oOoOoOo

Le jour de la sortie à Pré-au-Lard, Alva, Draco, Theodore, David et Kim partirent ensemble au village. Blaise s’était consolé de son râteau en sortant avec Astoria Greengrass. Les autres s’étaient eux aussi trouvé quelqu’un pour les accompagner.

David et Theodore, toujours reclus à cause de la réputation de leurs noms, étaient seuls, sans surprise. Alva n’avait reçut aucune demande : la rumeur du râteau de Blaise s’était répandue comme une traînée de poudre, et personne n’avait tenté sa chance. Draco, même avec son père en prison, avait quand même reçut des marques d’intérêt très appuyées de certaines filles, qu’il avait toute repoussées courtoisement. Kim, elle aussi, avait reçut une dizaine d’invitations : elle les avait toutes rejetées avec allégresse.

Alva était un peu jalouse de voir l’intérêt que les garçons semblaient porter à la belle brune. Contrairement à Alva, qui était jolie mais sans plus, Kim avait tout d’un mannequin : des cheveux magnifiques, un visage malicieux, de beaux yeux, une taille de guêpe, des courbes délicates. Et contrairement à Alva qui, elle le savait, avait parfois un comportement autoritaire qui faisait fuir d’éventuels prétendants, Kim était joyeuse, affable et indéniablement populaire.

– Sérieusement, personne ne t’intéressait ? demanda David avec incrédulité.

– Si, bien sûr, fit négligemment Kim. Mais pas parmi ceux qui m’ont demandé.

Ils furent coupés dans leur discussion par le cri d’un rapace, et levèrent la tête juste à temps pour voir un faucon pèlerin gris descendre à toute allure vers eux. Alva eut juste le temps de marmonner un sort pour transformer sa moufle en gant de fauconnerie avant que l’oiseau de proie ne s’y pose.

– Finist !

– Le fameux faucon ? fit Draco avec intérêt.

– Il est trop génial, lâcha Alva avec ferveur. Il nous a repéré dès qu’on a franchit le portail ! Hein, Finist ?

Elle gratouilla le rapace sous le bec, et l’oiseau ferma les yeux de contentement, sous le regard fasciné des autres élèves de Poudlard.

– Mais tu n’as pas une chouette ? demanda David.

– Cathy a une chouette. Mais Finist n’est pas autorisé à livrer le courrier à Poudlard. Crétins d’Anglais ventousés à leurs traditions stupides de hiboux.

Kim gloussa. Ce ne fut qu’une fois devant l’entrée de Pré-au-Lard qu’Alva leva le bras, et que Finist s’envola comme à regret. La Russe le suivit des yeux avec mélancolie. Theodore se hâta de détourner le sujet pour la dérider un peu :

– Et si on commençait par Zonko ?

– Attendez, intervint David. Il y a une maison qui a un truc Moldu pour lire les films, et je crois qu’ils ont Star Wars. On pourrait aller le voir, non ?

Blaise avait vu juste : la sortie à Pré-au-Lard était exactement ce qu’il fallait pour changer les idées d’Alva. La maison dont parlait David portait une enseigne « Sans magie mais fascinant quand même : Monde des Moldus », et les propriétaires possédaient un magnétoscope et des cassettes. Les cinq amis purent donc voir le premier film de Star Wars, ce qui les occupa bien deux heures.

Il était quinze heures quand ils quittèrent le Monde des Moldus pour faire découvrir le reste de Pré-au-Lard à une Alva enthousiasmée. Elle se montra fascinée par les farces et attrapes, et plus encore par les friandises d’Honeydukes : cubes de glace à la noix de coco, dragées surprises, Souris glacées, Fizwizbiz, caramels… Ils repartirent de là leurs sacs pleins et la bourse plus légère.

Sur le chemin des Trois Balais, David et Theo entamèrent un concours de glissades sur un bas-côté verglacé. Kim se joignit à eux avec enthousiasme, mais renonça dès la première chute. Pendant que les deux amis l’aidaient à se redresser en la taquinant au sujet de sa maladresse, Alva s’approcha subrepticement de Draco.

– J’ai besoin que tu m’aides à entrer dans le bureau de la Directrice.

Le Serpentard haussa un sourcil et pivota vers elle :

– Ce n’est pas une bonne idée.

– Je dois parler à Rogue.

– Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans « ce n’est pas une bonne idée » ?

– Draco, c’est pas drôle. Rogue sait où est la…

Elle regarda autour d’elle d’un air un peu paranoïaque, puis se pencha vers lui et acheva un ton plus bas :

– Rogue sait où est l’objet que je cherche dans le château.

Draco repensa à la lettre d’Astrid. L’objet, c’était une arme. Une arme volée par Rogue au père d’Alva et mise en sécurité à Poudlard, sinon détruite. Si Alva voulait voir Rogue, c’était soit qu’elle désespérait de trouver la cachette de l’arme, soit qu’elle voulait accélérer ses recherches parce qu’elle paniquait. Draco penchait plutôt pour la deuxième solution. Après tout, Astrid avait disparu et Andreï Netaniev était peut-être toujours en vie.

Il jeta un regard à David, Theo et Kim, toujours sur leur plaque de verglas, et débita à toute vitesse :

– Cet objet a un lien avec ton père, n’est-ce pas ? C’est pour ça qu’il t’obsède autant.

Alva se mordilla la lèvre, tritura les arums dans ses cheveux roux, puis inspira un grand coup.

– Je ne sais pas ce que c’est. Mais je sais que c’est censé être une arme, que c’est mon père qui l’a créé dans son labo, et donc que j’ai dû l’y aider. Rogue l’a volée avant qu’elle ne soit terminée. Et maintenant, il faut que je la récupère avant mon père.

Draco voulu lui dire que son père était probablement mort, qu’elle avait peur pour rien, et que de toute façon elle était en sécurité à présent, qu’elle était capable de mettre un couteau ou une flèche dans le mille à vingt mètres et qu’elle avait faillit mettre fin à la lignée des Potter.

Au lieu de ça, il dit :

– D’accord, je vais t’aider.

La Russe lui adressa un sourire éblouissant. Et Draco songea avec intérêt que, sans tâches de rousseurs, yeux bruns et tribus de frangins façon Weasley, les rousses pouvaient vraiment être très jolies.

Puis le fil de ses réflexions fut interrompu par une boule de neige qui s’écrasa sur son oreille droite. David poussa un rugissement de victoire… Avant de se prendre lui-même une boule de neige dans la tête, de la part d’Alva.

– Bataille de neige ! clama Kim en commençant à mitrailler Alva et Draco.

– Stratégie de fuite ? proposa la Russe en reculant.

– Avec plaisir, accepta le blond.

Poursuivis par les trois autres, ils prirent leurs jambes à leurs cous et s’enfuirent à travers la grande rue. Des boules de neige tombaient de nulle part comme des obus, lancés par Theo et Kim totalement déchainés, et David utilisait sa baguette pour jeter de la poudreuse à la façon d’un canon à neige.

Draco attrapa la main d’Alva et l’entraîna dans une rue parallèle : au passage, la Russe se retourna et projeta une grande gerbe de neige sur leurs poursuivants, leur arrachant trois cris aigus et simultanés. La rousse éclata de rire, et se remit à courir. Au passage, ils croisèrent Jack et son amie Cassandre, une jeune fille aux cheveux bruns et à l’air joyeux : aussitôt, le couple se précipita sur leurs traces pour soutenir Theo et les autres, arrachant un juron à Malefoy.

Ils tournèrent dans une autre ruelle, un cul-de-sac où le sol enneigé était boueux et piétiné : ils étaient piégés, et ils n’avaient que quelques secondes d’avance sur leurs poursuivants…

Alva pointa sa baguette sur Draco et, d’un sort informulé, l’envoya sur le toit d’une maison voisine. Comprenant la stratégie, Malefoy fit léviter la Russe jusqu’à côté de lui, et ils s’aplatirent en silence sur le toit couvert de poudreuse, guettant leurs poursuivants. Et ces derniers, en arrivant dans la ruelle, hilares et armés de boules de neige, marquèrent un temps d’arrêt.

– Ils sont où ? lâcha Cassandre.

Elle avait les yeux noisette, des cheveux ondulés et en bataille, et un serre-tête noir. Globalement, elle était plutôt jolie. Mais comme tous les autres, elle n’avait jamais participé à une vraie bataille : et elle ne pensa pas à regarder en l’air.

– Ils doivent être sous un sortilège de Désillusion ! s’exclama Jack en brandissant sa baguette. Il faut explorer le cul-de-sac !

Bravement, les cinq complices s’avancèrent dans la ruelle. Les deux sorciers perchés sur le toit échangèrent un regard.

– Je prends la neige des les toits depuis la maison rouge là-bas jusqu’à celle à notre droite, murmura Draco. Sortilège de bombardement : lévitation de blocs de neige et explosion en dizaines de boules. Et toi ?

– Je me charge de la neige tous les autres toits, chuchota la Russe en réponse. Un sort de métamorphose dont tu me diras des nouvelles.

Ils esquissèrent un identique sourire carnassier, et se mirent au travail, agitant leurs baguettes et murmurant entre leurs dents les sorts de leur contre-offensive. S’échappant de leurs baguettes, de minuscules paillettes se déposaient sur les blocs de neige qu’ils allaient utiliser. Très vite, tous les toits de village, couverts d’une épaisse couche de flocons, se mirent à briller.

Leurs cinq poursuivants étaient presque arrivés au bout de la ruelle quand Draco s’immobilisa, et jeta un regard interrogatif à Alva. La Russe acheva sa litanie, un grand sourire aux lèvres, et proposa :

– Tu commences ?

Draco leva sa baguette et murmura la fin de son sortilège. Aussitôt, la neige sur ses toits frémit… Et, comme si des canons venaient de pousser sous la couche de flocons, d’énormes boules de neige furent projetés dans les airs avant d’exploser dans la ruelle, provoquant un concert de cris et de jurons. Leurs adversaires quittèrent la ruelle, toujours poursuivis par une pluie nourrie de boules géantes, et parvinrent dans la rue principale. C’est là qu’ils virent Draco et Alva, qui s’étaient mis debout sur leur toit pour admirer le spectacle.

– Ils sont là ! cria inutilement Jack juste avant de se prendre une boule de neige.

– A mon tour, lança joyeusement Alva. Levez-vous !

Obéissant à son ordre, la neige frémit. Un instant, Draco pensa que la poudreuse s’agglomérait pour former de gros blocs d’un mètre de long, à jeter sur leurs adversaire : mais les blocs s’affinaient, se ciselaient, et très vite les toits furent recouverts de statues de neige en forme de loups. Une véritable armée de loups.

– A l’attaque, Arma Diana ! rugit la Russe avec enthousiasme.

Les loups de neige, comme un seul être, bondirent des toits pour envahir la grande rue. Des cris d’effroi s’élevèrent, qui se muèrent en glapissements surpris quand les gens s’aperçurent que les loups volaient en éclats à la moindre boule de neige, se transformant en inoffensif tas de poudreuse. Cassandre fut heurtée de plein fouet par un des canidés, qui la renversa sous le choc, et elle se retrouva aussi couverte de flocons que si on lui avait renversé dessus une brouette de neige.

Draco, qui n’avait pas cessé d’envoyer des obus de neige un peu partout, se redressa soudain comme un chien de chasse à l’affut.

– Regarde, voilà Potter.

En effet, Potter et sa copine Weasley sortaient des Trois Balais, sans doute attirés par le brouhaha. Sur les traces sortirent aussi Granger et Weasley, eux-mêmes suivis par Padma Patil et Justin Shepper, puis par Anaïs et Ryan qui se tenaient la main.

Ryan dit quelque chose, et désigna Alva et Draco assis sur le rebord du toit, qui observaient le chaos dans la rue, et y participaient activement. Justin éclata de rire, Weasley –le mec– se renfrogna, Weasley –la fille– leva sa baguette…

Alva agita négligemment sa baguette d’if.

Une dizaine de loups de neige tournèrent la tête vers les Trois Balais avec une synchronisation impressionnante, et bondirent sur les cibles que leur maîtresse leur avait désignées. Padma, Justin et Granger finirent les fesses par terre, couverts de tas de neige, mais certains loups explosèrent spontanément alors qu’ils bondissaient sur Potter ou un des Weasley, et tout le monde finit recouvert de flocons.

Ryan et Anaïs éclatèrent de rire, et se joignirent à la bataille de neige générale qui avait envahi la grande rue. Draco leur envoya un obus de neige dessus : mais Anaïs le détourna, et le bloc compact alla se fracasser sur Blaise, qui venait d’émerger de Zonko.

La magie s’était mise de la partie : les sorts fusaient, et bientôt les loups ne furent plus les seules créatures de neige à bondir partout. Justin abandonna Padma pour se joindre sans hésiter au féroce combat qui opposait David à un loup de neige particulièrement agile à éviter les projectiles.

Potter tenta de faire cesser le combat en stupéfixiant un loup, mais ce dernier se transforma en torrent de flocons qui déferlèrent sur le Survivant : ce dernier s’écrasa par terre avec un hoquet surpris. Ronald Weasley hésita visiblement entre l’hilarité et la colère, mais en voyant Potter, si couvert de poudreuse qu’on ne le reconnaissait que grâce à ses lunettes, ce fut l’hilarité qui l’emporta. A la fin, il dut même s’appuyer contre un mur tellement il riait.

– Par la barbe de Merlin, c’est quoi ce sort ? s’exclama Draco en se tournant vers Alva.

Sans cesser de diriger les loups, Alva esquissa un sourire supérieur :

Arma Diana, « l’armée de Diane », en référence à la déesse de la chasse chez les Romains. Là, je n’ai pas rendu les loups très solides, et j’ai utilisé de la neige poudreuse. Mais à la base, c’est un sort de combat : on peu créer des loups de pierre ou de glace, et quand ils se brisent, ils explosent en milliers de morceaux tranchants.

Elle marqua un temps de silence, puis rajouta à voix basse :

– C’est Astrid qui me l’a apprit, celui-là.

Un obus de neige explosa un peu trop près d’eux, et ils se retrouvèrent avec les cheveux saupoudrés de blanc. Draco épousseta machinalement ses épaules de la main gauche, sans cesser ses tirs de la main droite, puis lâcha :

– Elle va bien. Elle a Zanor et Cirth avec elle, elle est plus que compétente, et je ne la pense pas assez stupide pour aller se jeter dans une entreprise suicidaire tel un Gryffondor moyen. N’est-ce pas ?

Alva pouffa, amusée, puis se redressa souplement, toujours au bord du toit. C’est à ce moment que Draco constata que la quantité de neige de ses réserves commençait à fondre, et qu’il restait moins d’un quart des loups. Tout le monde était occupé par la bataille de neige généralisée, mais Theo, David, Ryan et Anaïs avançaient vers Draco et Alva d’un air déterminé.

– Oh oh.

– Filons d’ici !

Draco jeta un coup d’œil inquiet à la hauteur qui les séparait du sol, puis poussa un soupir résigné et, à la suite d’Alva, dégringola avec plus ou moins d’adresse jusqu’au sol, dans le cul-de-sac où ils avaient piégé les autres. Évidemment, alors qu’Alva atterrissait avec la grâce d’un chat, lui faillit s’écraser par terre.

La Russe eut le bon goût de ne pas rigoler, mais son sourire en coin en disait long.

Ils filèrent à toutes jambes en direction de la sortie du village. Il fallut bien rejoindre la grande rue, et à cette occasion, Draco mit en pratique son apprentissage des sortilèges de déneigement pour se frayer un passage. Alva, virevoltant de droite et de gauche, envoyant boule de neige sur boule de neige dans toutes les directions, attendit qu’ils aient quitté le cœur de la bataille et salua sa prestation en faisant une profonde révérence :

– Je suis impressionnée. Tu as failli noyer Blaise sous la neige.

– C’est de ta faute, aussi, grommela Malefoy en reprenant son avancée vers la sortie du village. A chaque fois, il faut que tu provoques le chaos.

– Techniquement, c’est David qui a commencé.

– Oui, mais tu te fais toujours remarquer.

– Pas faux, convint la Russe après un instant de réflexion.

Ils étaient quasiment à la sortie du village, à présent. Dans un même mouvement, ils se retournèrent vers le centre, où la neige volait partout et d’où fusaient cris et rires. Au milieu des tirs et des flocons, Ryan et Anaïs s’embrassaient.

Alva esquissa un petit sourire.

– J’aime bien ce genre de chaos.

Draco sourit sans répondre. Puis il se détourna… Et tomba nez-à-nez avec Hermione Granger. Le Serpentard eut un mouvement de recul : comment était-elle arrivée aussi près ?

Alva, en remarquant elle aussi la présence de la Gryffondor, sursauta :

– Granger ?

La Née-Moldu était couverte de neige. Ses cheveux, son bonnet, son écharpe, son manteau, sa robe, tout était saupoudré de blanc, à croire qu’elle s’était roulée dans du sucre-glace. Draco ne put s’empêcher de sourire d’un air narquois, et Hermione lui jeta un regard féroce. Alva se hâta de désamorcer le conflit :

– Où sont Potter et Weasley ?

– En train de perdre leurs neurones à faire joujou dans la neige, répondit dédaigneusement Hermione en époussetant vainement son manteau.

Alva et Draco ricanèrent, et Hermione jeta un regard prudent au Serpentard avant de lâcher de mauvaise grâce, s’adressant aux deux complices :

– C’était une belle démonstration de magie.

– Merci, fit tranquillement Alva.

Elle marcha sur le pied de Malefoy, et ce dernier remercia également la Née-Moldu du bout des lèvres. Hermione sembla hésiter un long moment, puis soupira :

– Hawking, je peux te parler deux minutes ?

– Bien sûr, fit Alva sans bouger.

Granger lui jeta un regard aigu et précisa :

– Seules.

– Ah, lâcha la Russe toujours immobile. Pourquoi donc ? Draco peut écouter tout ce que tu as à me dire. Sauf si ça parle de magie noire, bien sûr.

Malefoy leva les yeux au ciel et maugréa quelque chose qui ressemblait à « non mais vraiment, là j’hallucine ». Granger, après avoir à nouveau hésité une poignée de secondes, se jeta à l’eau :

– Je tenais à m’excuser si ce que je t’ai dis dans la bibliothèque t’a offensé.

Alva plissa les yeux, se souvenant de leur conversation houleuse à propos de la division des Maisons. Ça datait de plusieurs mois. Et, objectivement, c’était Alva qui avait envenimé les choses, ça aurait donc dû être à elle de s’excuser.

Mais Alva étant ce qu’elle était, elle se contenta de hausser les épaules.

– Excuses acceptées, Granger.

– Et… Est-ce qu’on pourrait travailler nos Runes ensemble ? Tu es vraiment douée.

Alva fit mine de réfléchir. Mais sa décision était déjà prise : Granger lui faisait une offre de paix, elle n’allait pas refuser ça.

– Ça marche. Mercredi soir, à la bibliothèque ?

La Gryffondor esquissa un sourire soulagé et hocha la tête :

– Ça me va. Eh bien, à plus tard, Hawking, Malefoy.

– A plus tard, Granger.

Draco se contenta d’un léger signe de tête, et Hermione se dirigea à grands pas vers le centre de Pré-au-Lard, sans doute pour arracher Potter et compagnie à la bataille de neige. Alva la suivit des yeux, pensive.

– Les Gryffondors sont vraiment bizarres.

Tu es la personne la plus bizarre de Poudlard, objecta malicieusement Draco.

Alva haussa les épaules sans démentir puis, lui adressant un sourire lumineux, elle se dirigea vers le château. Le blond n’eut d’autre choix que de lui emboiter le pas.

– Et sinon, tu as une idée pour entrer dans le bureau de la Directrice ?

– Euh…

– Je suppose que ça veut dire non.

– Laisse-moi réfléchir, tu veux ?

Très haut dans le ciel, un faucon volait joyeusement au-dessus d’eux, en direction du château.

oOoOoOo

Blaise fit craquer ses doigts, et s’attira ainsi le quadruple regard meurtrier de Ryan, Anaïs, Alva et Hermione. Ils étaient tous les cinq en train de faire leurs devoirs de Runes. Ou plutôt, Ryan recopiait sur Alva qui avait fini et qui avançait son commentaire de Métamorphose, et les trois autres travaillaient. Luna se trouvait à la même table qu’eux, absorbée dans un devoir de DCFM.

Quelques mois plus tôt, voir Hermione au sein de leur groupe aurait été quasiment mission impossible. Mais depuis la visite à Pré-au-Lard, deux jours plus tôt, les relations entre le Club et le Trio d’Or s’étaient nettement réchauffées. Enfin, surtout entre le Club et Hermione. Potter restait retranché dans une prudente neutralité, et Weasley continuait à ronchonner dans son coin.

– Tu as fini ? demanda Granger avec espoir en se penchant sur le dictionnaire que consultait Blaise.

– Oui, vas-y, fit négligemment le Serpentard en faisant glisser le livre vers elle. Alva, tu travailles ?

L’imbécilité de sa question lui valut un coup d’œil exaspéré de la Russe. Oui, elle travaillait. Sa plume –la superbe plume bleue offerte par Astrid pour Noël– grattait frénétiquement le parchemin. Elle en était à vingt centimètres sur le sortilège de Métamorphose animale d’un objet inanimé et elle devait vraiment se concentrer pour être claire et concise.

– On peut parler ? continua Blaise, inconscient du danger.

– Non.

– Oh, aller. C’est à propos de la St. Valentin.

Alva redressa la tête d’un air intéressé. Malheureusement, Blaise ne voulait pas parler de la bataille de neige, ni même de l’Arma Diana. Ryan faillit se planter sa plume dans la main quand Blaise lâcha :

– Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu y allais avec Draco ?

Alva haussa un sourcil et ouvrit la bouche pour répondre, mais le métis lui coupa la parole, agitant un doigt d’un air réprobateur :

– Ce n’est pas la peine de nier ! Vous y êtes allés ensemble, vous êtes repartis ensemble, et au village, vous étiez tous les deux presque collés l’un à l’autre ! Tu pouvais me le dire, tu sais. Franchement, on est amis, pourquoi tu gardes le mystère ? Et puis, on s’en doutait, que tu avais une liaison secrète et torride avec Draco !

Il y eu un silence de mort. Puis, Luna, relevant la tête de son parchemin, demanda avec un intérêt poli :

– Tiens, tu te drogues maintenant ?

Blaise lui lança un regard indigné. Le reste de la tablée parut reprendre ses esprits. En fait, Ryan et Hermione tournèrent un regard ébahi vers Alva –qui était toujours bouche bée– tandis qu’Anaïs plaquait ses mains sur sa bouche pour ne pas rire.

Puis la Russe se reprit, ramassa sa mâchoire qui pendait lamentablement, et explosa, indignée.

– Par Merlin, Blaise ! On était en train de se faire noyer sous la poudreuse, forcément, dans ce foutoir, on a réduit la distance de bienséance de trente centimètres réglementaire ! Ensuite, je suis allée à Pré-au-Lard avec quatre personnes ! Je les ai, euh, perdues par accident ! Et pour finir… Espèce de tordu, je n’ai pas de liaison secrète et torride avec Draco ! Ni de liaison pas secrète d’ailleurs !

– Ah bon ?

– Non, il est trop blond pour moi. Et, au nom du ciel, comment ton cerveau a pondu un truc aussi dingue ? Qu’est-ce que tu as fumé au juste ?!

Blaise grogna quelque chose d’inaudible, puis croisa les bras sur sa poitrine et afficha un air résolument boudeur.

– Pourquoi tu m’as mis un râteau alors ?

– J’ai besoin d’une raison ? fit la rousse d’un ton acide.

– Je suis un Apollon. Évidemment que tu as besoin d’une réponse pour refuser de passer du temps avec moi. Toutes les filles recherchent avidement ma compagnie.

Blaise avait glissé une subtile touche d’autodérision dans ses paroles, mais ça ne suffit pas à adoucir l’humeur de la Russe. Alva plissa les yeux d’un air menaçant :

- Non, je n’ai pas besoin d’une raison, et je ne recherche pas avidement ta compagnie. En revanche, toi, tu vas très vite rechercher celle de l’infirmière Mrs. Pomfresh si tu ne te remets pas à bosser dans les secondes qui viennent.

– Tu vas me jeter un sort ? railla le métis.

– Non, rétorqua tranquillement Alva. Mais je vais t’enfoncer cette plume de vingt-sept centimètres dans l’orifice de ton choix et tu peux être sûr que là, vraiment, tu rechercheras avidement l’infirmerie.

Blaise la regarda quelques secondes, comme s’il cherchait à savoir si elle en était vraiment capable. Alva soutint son regard sans broncher. Et apparemment, Zabini eut sa réponse, car il se replongea sagement dans l’étude de sa traduction.

Anaïs, qui gloussait toujours derrière ses mains, camoufla son rire dans une toux factice, tandis qu’Alva s’acharnait de plus belle sur son parchemin –avec sa plume de vingt-sept centimètres. Ryan et Hermione échangèrent un regard interloqués. Luna fut la seule à conserver sa sérénité à toute épreuve.

Alva était moins prompt à s’enflammer qu’avant la sortie à Pré-au-Lard, moins agressive donc, mais elle restait facilement irritable. Elle avait les nerfs à fleur de peau. C’était sans doute pour ça que Blaise la pensait amoureuse, sans oublier que, parfois, Draco et elle échangeaient des regards entendus.

Pour le moment, ils n’avaient pas encore trouvé le moyen de s’introduire dans le bureau de McGonagall, à moins d’être convoqués… Ce qui compliquerait singulièrement les choses : Alva n’avait pas l’intention de discuter avec Rogue sous les yeux de la Directrice. Elle avait déjà assez de mal à gérer la suspicion de Stensenn.

– Alva ?

Quoi ? grogna la Russe avec mauvaise humeur.

Elle releva la tête à temps pour voir Ryan lever les yeux au ciel. Hermione avait quitté la table pour aller ranger un livre, et le Serdaigle blond profitait vraisemblablement de l’occasion pour parler hors de portée des oreilles de Granger :

– On fait quoi ce soir au Club ?

La rousse repoussa machinalement une mèche de cheveux en arrière, puis lâcha :

– On continue avec les armes blanches.

- Encore ? râla Blaise.

– Oui, encore. Vous devez tous être à peu près capable de vous débrouiller avec un poignard.

Ryan grommela pour la forme mais ne protesta pas. Luna, qui avait finit son devoir, commençait à ranger ses affaires. Alva ajouta un point final à sa conclusion et se redressa sur sa chaise, satisfaite. A en juger par le sourire de Granger, qui revenait s’asseoir et qui en avait profité pour jeter un œil à la copie de la Russe, ça devait être bon.

– Dans mon souvenir, tu étais nulle en Sortilèges au début de l’année… lâcha Blaise.

– Maintenant, on commence à voir des sorts plus offensifs, répondit tranquillement Alva.

Ryan sourit, gentiment moqueur :

– Et tu excelles en tout ce qui est duel, castagne, agression, bagarre, baston et autres joyeusetés, je me trompe ?

– Et en Runes, précisa Hermione avec sérieux.

Alva ricana discrètement, et referma son sac. Elle s’apprêtait à quitter la table lorsque Potter –seul, pour une fois– déboula dans la Bibliothèque, encore plus échevelé que d’habitude, et se laissa tomber sur une chaise à leur table.

– Malefoy a essayé de me tuer.

– Quoi ?! bondit Zabini. C’est impossible !

Ryan et Hermione lui lancèrent un regard sceptique, et Blaise rectifia aussitôt :

– En ce moment, c’est très peu plausible !

– Qu’est-ce que tu lui as fait ? grogna Alva.

Elle avait sa baguette à la main, et ses yeux jetaient des éclairs. Potter, sur la défensive, leva les mains pour montrer qu’il était désarmé.

– J’ai rien fait, d’accord ? Je sais juste que Malefoy m’a sauté dessus en m’insultant au détour d’un couloir. Il avait visiblement pété les plombs…

– Il fallait bien que ça arrive, fit tranquillement Luna.

Blaise et Alva lui jetèrent un regard noir. Harry esquissa une grimace, puis fixa la Russe d’un air de martyr :

– Hawking, le plus à plaindre, c’est moi. Tu lui as appris à se battre, non ? Je sais que c’est toi.

C’est à ce moment qu’Alva remarqua que le Survivant avait la lèvre enflée et qu’il se tenait le ventre en grimaçant. Draco n’avait pas lancé de sorts : il s’était contenté de ses poings. Que Merlin bénisse le Club.

– Draco ne t’aurait pas agressé sans raison valable, se contenta-t-elle de dire.

Potter haussa les épaules, l’air mal-à-l’aise. Il jeta un regard à la dérobée en direction de la Russe.

– Quand McGonagall nous a séparés, il a dit quelque chose… Comme quoi il était sûr que j’étais associé à des tueurs…

– Oh, lâcha Blaise qui venait visiblement de comprendre. Il y a eu une agression des Capuches Blanches sur le Chemin de Traverse, ce matin. C’était peut-être sa mère. J’ai lu l’article en diagonale parce qu’il n’y avait ni dégâts ni blessés : apparemment, c’était sur le seuil de Gringotts et les gobelins ont cru à une attaque. Autant dire que les Capuches Blanches ont vite déguerpies.

– Des Capuches Blanches ? répéta Ryan.

– Des anti-Purs, traduisit Luna. C’est le nom que leur donne la Gazette du Sorcier. Ils disent que c’est juste une bande agressive, mais qu’ils ne sont pas dangereux.

Ryan siffla entre ses dents :

– J’espère que Justin n’entendra jamais ça. Ils ne parlent jamais des meurtres et des tortures dans la Gazette ?

Harry devint livide :

– Quels meurtres ?

– T’occupe, éluda Alva qui réfléchissait à toute allure.

Il y avait un truc qui clochait. Draco était au courant pour l’attaque de sa mère et il savait qu’elle allait bien. Mais dans ce cas, pourquoi avoir agressé Potter ?

Alva décida de jouer l’ignorance :

– Comment va Narcissa ? Et qu’est-ce que tu as fait à Draco ?

– Mais rien !

– Pour Narcissa, je peux te répondre, risqua Blaise. Les gobelins ont dégommés ses agresseurs et elle a transplané avec son elfe de maison. Elle a probablement écrit une lettre pour en informer Draco, et quand il l’a reçue, il a sauté sur Potter.

Alva se contenta de croiser les bras, le visage indéchiffrable, et Hermione posa une main apaisante sur l’épaule de l’Elu :

– Les Capuches Blanches s’en prennent souvent aux familles de Mangemorts. Malefoy a dû penser que, en tant que figure de proue des ennemis de Voldemort, tu…

– Je sais, grommela Harry en jetant un regard oblique vers Alva. On s’en fiche, après tout.

– Comment va Draco ? lâcha Ryan.

Potter haussa les épaules :

– Comme cet abruti s’est jeté sur moi quasiment sous le nez de McGonagall, elle l’a convoqué. Alors je n’en sais strictement rien.

– Il a dû être sacrément secoué, fit Blaise d’un air pensif. Sa mère n’a pas de baguette, elle aurait pu se faire tuer.

Mais Alva n’écoutait déjà plus.

La mère de Draco avait été attaquée, mais apparemment sans succès. Ce n’était pas le genre de Malefoy de s’énerver pour ça. Même s’il avait été choqué. Surtout s’il avait été choqué. Les Malefoy élevaient la dissimulation au rang d’art…

Et Draco avait lu la Gazette de ce matin : il l’avait prit dans le sac de Blaise en cours d’Histoire de la Magie et l’avait lu en long et en large pendant que Zabini dormait. Il l’avait dit à Alva, pendant qu’ils discutaient en cours de DCFM. Ils avaient même parlé de cette agression et Draco lui avait dit que sa mère allait bien…

Draco n’avait été ni surpris ni choqué par la nouvelle. Il n’avait donc pas pété les plombs comme le croyait Potter. Pourtant, il lui avait sauté dessus… Sous le nez de McGonagall… Ça ne tenait vraiment pas debout, cette histoire. Il devait y avoir autre chose… Alva plissa le front, réfléchissant à toute allure, puis elle comprit.

Draco avait fait ça dans le but d’être vu par la Directrice. Et d’être convoqué dans son bureau !

Mais bien sûr ! Draco n’avait pas utilisé de magie et il avait des motifs tout à fait valables justifiant sa supposée colère : la Directrice allait donc le sermonner dix minutes, essayer d’être compatissante, puis le renvoyer en cours. Mais Draco allait entrer dans son bureau.

Et avoir le mot de passe.

– Il faut que j’y aille, lâcha brutalement Alva en se levant.

– Tu ne le trouveras pas, lâcha Blaise en relevant les yeux de son devoir. Il doit sans doute bouder dans le dortoir.

L’image fit ricaner Ryan et sourire Hermione, mais Potter grimaça d’un air gêné. Alva en éprouva une sombre satisfaction : un jour, Potter finirait par culpabiliser assez pour oser agir. Elle savait qu’elle faisait preuve de mauvaise foi en accablant le Gryffondor de sa rancune, mais après tout, ce n’était pas comme s’il pouvait y avoir une autre cible à sa colère…

Elle quitta la Bibliothèque à grands pas, ayant dans l’idée d’aller dans son propre dortoir et d’utiliser son Silverscroll. Quand ils voulaient parler de leur petit complot, Draco et elle utilisaient le mot de passe « Severus Rogue » : il ne serait donc pas difficile de le contacter.

En fait, elle n’alla pas bien loin : trois couloirs plus tard, elle tomba sur Malefoy, qui venait en sens inverse. En la voyant, le blond esquissa un petit sourire supérieur et lâcha d’une voix traînante :

– Devine ce que j’ai découvert.

– Inutile de jouer à ce jeu, rigola la Serdaigle. Potter est venu me voir pour se plaindre de toi.

– Oh.

– Et vu ce que tu viens de dire, mes suppositions étaient justes : tu es un aussi grand acteur que Kim, dis-moi ! Tu as totalement mené Potter en bateau.

– Ça, c’était pas dur…

Ils échangèrent un regard complice, et Alva se souvint d’un regard identique échangé une nuit, alors qu’ils s’enfuyaient avec la cape d’invisibilité. Mais cette fois, le mauvais coup qu’ils préparaient pourrait bien avoir de plus graves conséquences…

Alva repoussa résolument cette pensée.

– Alors, quel est le mot de passe de la Directrice ?

Actinidia polygama.

Alva le regarda avec des yeux ronds. Malefoy prit un ton patient, et lui expliqua lentement :

– C’est une herbe aux chats qui ressemble à une liane.

– Mais d’où elle sort ça ? C’est un mot de passe, pas un examen d’entrée au Petit Séminaire !

Draco ricana, et croisa les bras d’un air assuré.

– Alors, à quand notre prochaine escapade illégale ?

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