Le parfum des Arums

La malédiction

Il ne fallut que quelques heures à Draco et Alva pour organiser leur intrusion dans le bureau directorial. Tout d’abord, Alva voulait y aller seule : mais Draco finit par la persuader qu’elle aurait l’air maligne si elle se faisait attraper. Mieux valait qu’il vienne aussi, pour faire le guet mais aussi pour justifier leur présence : si un professeur les voyait, il était plus plausible que ce soit Malefoy qui soit venu voir Rogue, parce que c’était son parrain.

Ils se mirent d’accord pour y aller cinq jours plus tard : un mercredi soir, aux environs de minuit. En milieu de semaine, la Directrice avait peu de chance d’être à son bureau si tard.

Ils se retrouvèrent à la Salle sur Demande en dehors des réunions du Club afin de revoir les sortilèges de furtivités, comme le charme de Désillusion ou le sortilège de la Bulle de Silence, ainsi que quelques passes de combat, par précaution. Draco soupçonnait la Serdaigle de s’entraîner en plus, seule : quand ils se rendaient dans la Salle sur Demande, la cible accrochée au mur était toujours criblée de flèches neuves.

Et, tous les matins, Alva guettait le courrier avec une intensité presque douloureuse. Mais ni Lévine ni Astrid n’écrivirent.

– Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ! tenta Blaise mardi matin.

Alva haussa les épaules comme si ça n’avait pas d’importance, et touilla sans entrain dans son porridge :

– Astrid est comme un membre de ma famille. Je m’inquiète, c’est normal.

– Vous êtes si proches que ça ? s’intéressa Theodore.

La Russe lui jeta un regard par en-dessous, comme pour le mettre en garde contre son indiscrétion, mais répondit quand même :

– A partir de ma deuxième année, je ne suis plus revenue chez moi durant les congés scolaires. La Citadelle –c’est comme ça qu’on appelle Durmstrang chez nous– est devenue ma maison. Pas de Père, pas de comparaison avec mes frères. Astrid était toute ma famille.

Elle esquissa un sourire malicieux, et ajouta :

– Et j’avais découvert le rayon de la bibliothèque réservée à la magie noire.

– Vaste programme, commenta Draco. Et Lévine, d’où est-ce que tu le connais ? Vu la tête de ses messagers, ce n’est pas n’importe qui.

Alva lui tira la langue puérilement :

– Je ne suis pas n’importe qui non plus !

Avec un bel ensemble, les trois Serpentards de huitième année haussèrent un sourcil moqueur, ce qui fit rire Kim. Alva les fusilla du regard.

– A partir de ma cinquième année, j’ai passé toutes mes vacances chez Astrid. C’est là que j’ai rencontré Lévine. Il possède une immense fortune, une grande influence politique, une puissante magie, et en plus il est beau… Bref, c’est Dieu sur Terre : mais il adore sa sœur. Elle en fait ce qu’elle veut.

La description de Lévine fit glousser quelques personnes. Ce jour-là, pour une fois, les huitièmes années étaient assis à la table des Gryffondor, en bout de table : un grand espace vide les séparait des autres élèves en rouge et or, qui les observaient avec méfiance ou colère. Indifférents à l’hostilité de leur Maison, Justin et Anaïs faisaient barrière entre leurs camarades et leurs amis du Club.

– Pourquoi à partir de la cinquième année seulement ? interrogea distraitement Ryan.

Alva haussa les épaules avec nonchalance, mais la tension était revenue dans son regard. La cinquième année, date du retour de Voldemort… Draco, qui ne la quittait pas des yeux, perçut le changement et dévia la conversation :

– Au fait, Alva, c’est l’anniversaire de Theo, jeudi.

Toute la table se tourna vers Nott, qui rosit, soudain embarrassé. Kim ouvrit de grands yeux :

– Tu ne nous l’avais pas dit !

– Vous ne me l’aviez pas demandé, se défendit Theo. Et je vous préviens, je ne veux rien.

Les autres échangèrent des regards éloquents, et il devina qu’ils ne l’écouteraient évidemment pas. Jeudi matin, une montagne de cadeau l’attendrait probablement au pied de son lit.

– En tout cas, mon anniversaire est le vingt-sept décembre, lâcha Kim. Vous n’avez plus d’excuse pour ne pas m’offrir double dose de cadeaux à Noël !

– Premier janvier, sourit Ryan. Je suis né en même temps que l’année !

– Le vingt mai pour moi, précisa Anaïs.

– Comme moi ! s’exclama Blaise.

– Je suis né le deux octobre, lança David. Et Simon le trois septembre.

Machinalement, leurs regards se tournèrent vers Simon, Valerian, Nathan et Cathy : ils étaient tous les quatre à la table des Serdaigle, entre Luna et Chris, et discutaient avec animation. Jack, lui, se trouvait à la table des Poufsouffles, avec sa petite amie Cassandre.

– Mon anniversaire est le cinq juin, fit Draco en se resservant. Et vous n’avez pas intérêt à l’oublier.

– Moi le vingt-quatre février, lança Alva. Deux jours après Theo.

– Quoi ?! s’exclama à nouveau Kim d’un air outré. Et tu ne l’avais pas dit !

– Vous ne me l’aviez pas demandé, fit la Russe avec malice.

La conversation ayant définitivement dévié du sujet sensible, Draco s’autorisa un petit sourire d’autosatisfaction. Alva pouvait bien proclamer autant qu’elle le voulait qu’elle n’avait pas besoin d’aide, tout le monde a besoin de quelqu’un pour protéger ses arrières. Et c’était exactement ce que Draco faisait.

Ce n’est que bien plus tard dans la journée, en Métamorphose, que Draco eut l’occasion de demander à Alva comment s’était déroulée, pour elle, l’année du Tournoi des Trois Sorciers. Terry Boot était à l’infirmerie à cause d’une potion mal préparée qui avait apparemment des effets laxatifs à retardement, et Potter se mit en binôme avec Weasley, laissant les deux complices seuls.

– Pourquoi tu veux savoir comment s’est passée la fin de ma quatrième année ? fit Alva avec méfiance.

Draco marmonna le sort et pointa sa baguette vers l’eau dans la bassine sur la table, mais sans succès. L’eau frémit à peine, loin de se transformer en animal.

– Pour savoir. Il y a bien une raison pour laquelle tu t’es mis à habiter chez Astrid, non ?

Alva grommela, puis pointa sa baguette sur l’eau à son tour. Cette fois, le liquide s’éleva, se modela doucement en forme vaguement quadrupède, puis s’effondra dans le baquet avec une grande éclaboussure. La Russe jeta un regard mauvais à l’eau.

– Ce sort m’énerve. Ce n’est qu’une version inférieure de l’Arma Diana, pourtant !

– C’est censé être joli et décoratif, dit doctement Draco. Une figurine liquide, quoi. Tu es tellement habituée à la magie sophistiquée et agressive que tu en oublies les bases. Concentre-toi sur la forme finale de la sculpture et, par pitié, sois délicate.

Alva respira profondément pour chasser son agacement, puis relança à nouveau le sort. Cette fois, l’eau s’éleva docilement, devint golem quadrupède, puis s’affina pour devenir un petit loup liquide… La Russe poussa un cri de joie. Mais sa concentration fut rompue, et l’eau retomba dans la bassine, inerte.

– C’était mieux, fit Laughlin en passant. Continuez, Miss Hawking.

Alva esquissa un sourire, et Draco et elle échangèrent un regard complice. Tandis que Malefoy s’attaquait à son tour à la bassine, Alva s’appuya sur la table et le fixa d’un air méditatif.

– Pour répondre à ta question, ma quatrième année a été la plus paisible, je pense : sans Karkaroff, la discipline était moins stricte, et Astrid et moi faisions les quatre-cent coups. Ce n’est qu’en Juin que je suis descendue de mon nuage, en revenant chez moi. Mon père était fou de joie. Le Seigneur des Ténèbres était revenu. Moi, je n’en savais rien et je suis tombée des nues. Puis j’ai pensé à Cathy et ce qui risquait de lui arriver, avec ce malade dans la nature. J’étais inquiète pour elle. Et pour mes frères, parce qu’un jour, Père allait se servir d’eux sur le champ de bataille. Et j’avais peur, aussi, peur d’être impliquée…

Elle prit une profonde inspiration, et continua :

– Cet été là, je me suis disputée avec mon père pour la première fois.

Draco resta silencieux. Lui n’avait pas eu le courage de se dresser face à ses parents, jamais. Mais peut-être était-ce parce qu’il ne réalisait pas que leurs choix étaient mauvais. Peut-être était-ce qu’il n’y avait eu personne pour l’éclairer. Sauf Severus Rogue, et Lucius l’avait écarté de Rogue dès que Draco avait reçut sa mission au début de sa sixième année.

– Par la suite, il ne m’a adressé que très peu la parole. Pas seulement pendant les vacances d’été : même après, il a toujours été glacial. Mes frères suivaient son exemple, mais ils étaient mal à l’aise. Oswald était déjà l’assistant de mon père à cette époque, puisqu’il avait quitté Durmstrang. Borislav venait de finir sa septième année et en avait encore une à terminer, mais il visait lui aussi à suivre les idées de Père. Il n’y avait que Maman qui s’adressait encore à moi. Elle avait l’air si triste et si fière de me voir m’opposer à Père… A l’époque, je ne comprenais pas pourquoi. J’étais juste heureuse qu’elle ne m’évite pas comme le reste de la famille.

Diane Hawking aimait ses enfants plus que tout, se souvint Malefoy. Elle était morte pour ses fils. A l’époque, avait-elle déjà compris qu’elle suivrait son époux afin de protéger ses enfants, et qu’elle ne reverrait plus Alva en vie ?

– C’est pour ça que tu as préféré vivre chez Astrid, lâcha Draco.

– Oui. Pendant ma cinquième et ma sixième année, à chaque vacances, j’allais chez elle. C’était aussi là qu’allait Volodia durant les congés. Il s’entendait très bien avec Lévine.

– Au fait, quel est le nom de famille d’Astrid et Lévine ?

Alva marqua une imperceptible hésitation :

– Koenig.

Le nom sonnait allemand, pas russe, mais Draco ne fit pas de remarque et jeta à nouveau le sort sur l’eau. Cette fois, la forme esquissée d’un guépard apparut, et fit même un pas ou deux avant de retomber, liquide, dans le baquet. Alva ricana, et le Serpentard lui donna un coup de coude. La Russe se mit prudemment hors de portée, sans cesser de sourire.

– Je crois que si Lévine et Volodia s’entendaient si bien, c’était parce qu’ils étaient tous les deux maladivement protecteurs.

Draco releva la tête avec intérêt, et Alva continua :

– Durant ma cinquième année à Durmstrang, je voyais moins Volodia, parce qu’il était de plus en plus pris par son travail. Et Astrid ne se sentait pas vraiment impliquée par le retour du Seigneur des Ténèbres, bien sûr : des milliers de kilomètres nous séparaient. Mais Lévine, lui, était conscient du danger. Il n’arrêtait pas de nous mettre en garde.

Elle ricana, et jeta à nouveau le sort de métamorphose sur l’eau. Son loup liquide ne cessait de s’améliorer. Quand il retomba dans la bassine, elle reprit son monologue :

– C’est comme ça que nous avons décidé d’apprendre à nous battre, Astrid et moi. On voulait s’entraîner pour être prête en cas de vrai combat. Bien sûr, nos familles respectives nous avaient appris le duel : mais ce n’était pas suffisant. C’est en me souvenant de ça que j’ai eu l’idée du Club.

– Je croyais que le combat magique était enseigné comme une matière normale à Durmstrang, fit remarquer Malefoy.

– Normalement, ce n’est enseigné qu’en septième et huitième année, et nous n’avions que quinze ans, mais nous étions déterminées. Je me suis aussi inscrite aux sports de combats dont je vous ai parlé dans le Poudlard Express. Volodia, quand il passait, nous aidait sans réserve. Et Lévine aussi, pendant les vacances. Lévine est le meilleur épéiste que j’ai jamais rencontré. C’est grâce à eux tous qu’aujourd’hui je sais me battre.

Elle eut un sourire amer.

– Mais surtout grâce à Volodia. C’était un professeur exigeant… Il s’inquiétait. Pas seulement pour moi, mais pour le monde entier… Volodia aurait été un très bon Gryffondor.

Elle resta silencieuse un instant, les yeux dans la vague, puis secoua la tête et posa à nouveau son regard bleu sur le Serpentard.

– C’est à toi de jeter le sort.

Draco haussa un sourcil devant le brusque changement de sujet, mais n’insista pas. De toute façon, Alva n’en dirait pas plus.

Il pointa sa baguette sur l’eau, murmura la formule. Et cette fois, le guépard miniature et translucide qui apparu et leva la tête vers eux était absolument parfait.

oOoOoOo

Il était minuit et demi. Immobile contre le mur du couloir, protégée par un sort de Désillusion sur elle et d’un sort d’Obscurité dans le couloir, Alva redressa la tête en sentant approcher Draco. Elle ne pouvait pas le voir ni l’entendre, mais elle se doutait qu’il était là. Ce n’était pas à cause de ses Runes de Vigilance : c’était juste son instinct.

Elle se décolla dur mur où elle se trouvait, et désactiva le sort d’Obscurité. Dans la clarté subitement retrouvée du couloir éclairé par les torches, elle discerna la silhouette de Draco, même s’il était lui aussi Désillusionné.

– Tu es en avance, constata le Serpentard.

– Je ne tenais plus en place, se contenta de dire Alva. On y va ?

Ils s’éloignèrent à pas de loup dans le couloir. Ils n’eurent qu’une centaine de mètres à parcourir avant d’arriver devant la gargouille hideuse qui gardait le bureau de McGonagall. Alva inspira à fond, les épaules raidies par l’appréhension, puis Draco et elle dissipèrent leurs charmes de Désillusion. La gargouille riva son regard sur eux d’un air suspicieux :

– La Directrice est absente.

– Oui, mais on a le mot de passe, lâcha Draco avec assurance. Actinidia polygama.

La gargouille les lorgna avec méfiance, mais s’écarta, révélant le passage. En le franchissant, Malefoy s’inclina légèrement vers la hideuse sculpture de pierre :

– Merci, Gardien.

L’air peu amène de la gargouille s’atténua, et les deux élèves commencèrent à gravier les escaliers. Derrière eux, ils entendirent le passage se fermer, et Alva lança un regard moqueur à son ami :

– Je te trouve bien poli, Malefoy-le-snob.

– Il est bon de montrer du respect à ceux qui peuvent nous offrir leur aide, répliqua tranquillement le blond. Et les gargouilles apprécient beaucoup le titre de Gardien.

– Tu es sympa quand ça t’arrange, en fait.

– Comme toi.

– Hum, pas faux.

Ils avaient atteint la porte en bois massif du bureau de McGonagall. Avant d’entrer, ils échangèrent un regard inquiet, et Draco cacha son embarras derrière un sourire narquois :

– Rappelle-toi que j’étais contre cette idée.

Alva ricana, puis ouvrit en grand la porte à double battant du bureau et entra d’un pas décidé. Draco la suivit avec plus de réticence.

La pièce était plongée dans l’obscurité et les innombrables tableaux accrochés aux murs semblaient dormir. Alva jeta immédiatement un puissant Opaciencio afin d’insonoriser la pièce, tandis que Draco allumait la lumière et fermait la porte. La plupart des portraits continuaient à dormir, mais une voix paisible s’éleva dans la pièce, faisant sursauter les intrus :

– Draco. Et Salvakya, je présume ?

Le portrait de Dumbledore les regardait, les yeux pétillants d’amusement. Les deux élèves, qui avaient brandit leurs baguettes, se regardèrent d’un air penaud. Puis Draco répondit, prudent :

– En effet, Monsieur le Directeur.

– Oh, je ne suis plus Directeur ! fit joyeusement Dumbledore. Mais dites-moi, qu’est-ce qui vous amène ici ?

Une autre voix, plus froide, répondit à cette question :

– Je crois que je le sais, Monsieur le Directeur.

– Professeur Rogue ! s’exclamèrent Alva et Draco avec un bel ensemble.

Severus Rogue, dans son portrait, haussa un sourcil hautain. Dumbledore lui adressa un regard amusé, souriant dans sa barbe :

– C’est bien la première fois que j’entends des élèves vous appeler avec une telle joie dans la voix.

Alva l’ignora, et s’approcha du tableau de Rogue :

– Professeur, vous savez pourquoi je suis là, n’est-ce pas ?

– Et c’est une mauvaise idée, Netaniev ! dit sèchement l’ex-Mangemort.

– C’est exactement ce que je lui ai dit, glissa Draco l’air de rien.

Alva lui jeta un regard noir, puis se tourna à nouveau vers Rogue et releva le menton avec défi :

– Mon père est vivant.

Dumbledore et Rogue tressaillirent, et échangèrent un bref regard. Draco, lui, s’intéressa plutôt à la porte du bureau directorial : il la rendit transparente pour eux, et jeta plusieurs sortilèges visant à détecter quiconque monterait les escaliers.

Rogue scruta Alva avec attention :

– Vous êtes sûre ?

– Les chances que ce soit lui sont supérieures à 75%, précisa Alva. Personne ne sait s’il a été tué ou non. Et je pense que…

– Je lui ai jeté le Sortilège de la Mort, dit Rogue d’un ton cassant.

Alva le regarda, les yeux ronds.

– Quoi ?! Mais quand ? Comment ?

– Juste avant mon (Rogue esquissa un sourire sans joie) dernier face à face avec le Seigneur des Ténèbres. Je m’y rendais, en réalité, quand je l’ai croisé dans un bosquet désert : dès que nous nous sommes reconnus, les sorts ont fusés. Mais il était blessé. J’ai été le plus rapide.

Il y eut un silence. Puis Alva secoua la tête, et lâcha :

– Avant que vous ne m’interrompiez, professeur (Rogue lui jeta un regard courroucé), j’allais dire que je pensais qu’il avait fait un Horcruxe.

Rogue et Draco affichèrent un air perplexe, mais Dumbledore sursauta si violemment qu’Alva tressaillit aussi.

– Qu’est-ce qu’un Horcruxe ? interrogea Draco.

– Un objet de magie noire dans lequel un sorcier dissimule une partie de son âme, s’assurant ainsi l’immortalité lorsque son corps vient à être détruit, récita Alva avant de pousser un hoquet de stupeur. Par Merlin, ce n’est pas ce que je pense quand même !

– Et à quoi tu penses ? fit Draco avec impatience.

– Est-ce que le Seigneur des Ténèbres… ?!

Rogue écoutait la conversation avec intérêt. Dumbledore hocha la tête :

– Oui. Voldemort en avait sept. Tous détruits par Harry et ses amis.

Draco eut l’air dégoûté. Rogue, horrifié. Alva resta muette un instant, puis se laissa tomber dans le fauteuil de la Directrice :

– Je crois que je vais m’asseoir…

Il y eut un long silence, puis, sous le feu du regard meurtrier de Rogue qui alignait les faits et constatait l’évidence, à savoir que le vieux barbu avait envoyé trois enfant détruire l’âme du Lord, Dumbledore toussota :

– Comment connaissez-vous les Horcruxes, Salvakya ?

– Alva, rectifia la Russe sans y penser. Il y a un chapitre dessus dans L’âme, essence de la puissance. C’est un livre de Grindelwald.

Dumbledore se pencha soudain vers Alva comme s’il voulait sortir de son cadre :

– Pardon ?

– Grindelwald ? répéta Draco en écho. Tu as trouvé ça où ?

Alva repiqua machinalement ses arums dans ses cheveux, soudain nerveuse. Elle en avait trop dit. Avec un soupir, elle capitula, regardant le plafond :

– Dans la bibliothèque des Koenig.

– Lévine et Astrid ? fit Draco en haussant un sourcil. Je ne pensais pas qu’ils trempaient dans la magie noire à ce point…

– Pas eux, protesta Alva. Ce livre vient de leur mère, Vasilisa. Vasilisa Grindelwald.

Dumbledore fit de son mieux, mais il était clairement visible qu’il venait de s’étrangler. Rogue, plus mesuré, croisa les bras dans son tableau :

– Je pensais que Grindelwald n’avait pas d’enfant.

– Il a eu plein de bâtards, expliqua Alva. Très peu ont pris son nom, et la plupart ont été massacrés. Vasilisa s’est cachée. Enfin, jusqu’à ce qu’elle rencontre Mikhaïl –son mari–, qu’elle l’épouse, et qu’ils vécurent heureux en ayant beaucoup d’enfants… Enfin, deux. Elle a été tuée quand ses enfants étaient petits. Donc oui, actuellement Gellert Grindelwald n’a plus d’enfant. Mais il a deux petits-enfants.

– C’est pour ça qu’Astrid parlait de tes fréquentations douteuses, fit Draco d’un air pensif. Tu vas vraiment finir par te marier à Azkaban.

– Pardon ? lâcha Rogue d’un air surpris.

– C’est sans importance, marmonna Alva.

Elle sembla réfléchir un instant, puis lâcha :

– Ça revient au même que vous l’ayez tué ou non, professeur. Père avait un Horcruxe et il a survécu.

Dumbledore, soucieux, pianotait sur le bord de son cadre d’un air songeur :

– Êtes-vous sûre qu’il a bien fait un Horcruxe ?

Alva hocha gravement la tête, et fixa le tableau de l’ancien Directeur.

– Certaine. Il effectuait déjà des expériences sur l’âme depuis le retour du Seigneur des Ténèbres. Je ne l’ai pas revu durant ma sixième année, mais quand il est revenu au manoir pour m’emmener, il était différent. Un visage moins marqué, des yeux plus rouges. Sur le moment, j’ai pensé qu’il avait, comment dire… rajeunit. Mais s’il avait des rides en moins, c’était en fait parce qu’une partie de son humanité, de son âme, avait disparue.

Elle s’accorda un instant de réflexion, puis ajouta :

– Ça explique que le Seigneur des Ténèbres ait ce… Cet aspect. Il n’avait plus grand-chose d’humain, avec un huitième d’âme.

Il y eut un moment de silence religieux, puis Draco lâcha :

– Le Seigneur des Ténèbres a mis treize ans à revenir. Comment ton père pourrait être revenu en moins d’un an ?

Dumbledore croisa ses longues mains, semblant réfléchir profondément, puis murmura au bout de quelques secondes :

– Voldemort a mis treize ans à trouver un allié pour l’aider à récupérer son corps. Je suppose qu’Andreï Netaniev a pu compter sur son beau-frère.

Draco grimaça. Ça se tenait. Le père de Cathy était en fuite. Probablement avec Netaniev. Après tout, c’était Andreï Netaniev qui avait convaincu son beau-frère d’embrasser la cause des Mangemorts : le père de Cathy était quelqu’un de faible, et Netaniev devait le mener à la baguette.

– Ça se tient, lâcha Alva. Etienne Duncan, le père de Cathy, lui est loyal comme un chien. Au fait, pourquoi mon père vous a attaqué, professeur Rogue ?

Rogue esquissa un sourire inquiétant :

– Quelques jours avant la bataille finale, je lui ai dérobé l’arme qu’il construisait. Il n’avait aucune preuve que ce soit moi, bien sûr : en fait, il pensait plutôt que c’était vous, Netaniev. Mais j’ai profité de sa colère pour le… titiller. Je suppose qu’il ne m’a pas pardonné mes propos…

–Très mature de votre part, plaisanta Dumbledore.

– Il m’agaçait, grommela Rogue.

Alva soupira et glissa machinalement les mains dans ses poches. En sentant le froid du métal du poignard maléfique, malgré le tissu dans lequel il était enveloppé, elle frissonna et reprit ses esprits.

– C’est pour cela que je suis venue, professeur Rogue, fit-elle en levant les yeux vers le tableau de l’ex-Mangemort. Je dois savoir où se trouve l’arme et ce que c’est. Et si c’est possible, je…

Elle déglutit, puis poursuivit à contrecœur :

– Je veux récupérer mes souvenirs.

Rogue scruta la Russe, impassible, et Alva soutint son regard sans fléchir. Draco observa la jeune fille, lui aussi, mais ne dit pas un mot.

Alva crevait de trouille, il le savait. Si son père était en vie, elle était sans doute la première sur sa liste. Mais terrifiée ou non, Alva refuserait toujours de s’incliner. Même devant quelque chose d’aussi puissante que le désespoir, elle ne baisserait pas les yeux. C’était quelqu’un de fier. Peut-être même trop.

– Vous aurez besoin de l’aide d’un Legilimens pour retrouver vos souvenirs, finit par dire Rogue.

– Lévine est Legilimens, fit la Russe d’un air pensif.

– Sans blague, marmonna Draco.

Alva haussa les sourcils en lui jetant un regard amusé, puis se tourna à nouveau vers Rogue :

– Mais ça m’étonnerai qu’il fasse le déplacement. Et pour l’arme ?

Cette fois, Rogue hésita beaucoup plus longtemps. Draco le comprenait : après tout, on parlait d’une arme créée par un lieutenant de Voldemort. Etait-ce un sort, une potion ? Un nouvel Impardonnable ? Un poison ?

Draco, Alva et Dumbledore fixaient tous les trois l’ex-Mangemort, pendus à ses lèvres. Finalement, après un silence interminable, Rogue céda à contrecœur.

– Netaniev l’appelait l’Orbe Pourpre. C’est une malédiction ciblée.

– Une malédiction ?! s’étrangla Alva.

– J’ignore ce qui la déclenche, soupira Rogue. C’est une sorte de bombe à retardement. L’arme a la forme d’une grande sphère, d’un mètre cinquante de diamètre environ, constituée d’anneaux de métal entrecroisés et gravés de Runes. Au centre se trouve une boule de verre de la taille d’un Souafle, dans laquelle flottent des nuages noirs et pourpres. C’est ça, l’Orbe Pourpre.

– La boule de verre renferme sans doute la malédiction, réfléchit Dumbledore. Quand au métal…. Il doit sûrement la canaliser pour qu’elle atteigne sa cible.

Alva cligna des yeux, désarçonnée, et le vieux sorcier lui adressa un sourire :

– C’est une dérive de l’Alchimie, Miss Hawking, à laquelle je me suis moi-même intéressée dans ma jeunesse. Severus, en quel métal sont faits les anneaux ? Cela pourrait nous éclairer sur le fonctionnement de l’arme.

Rogue haussa les épaules :

– Je n’ai pas eu le temps de l’étudier suffisamment, mais les anneaux sont constitués d’un alliage que je n’avais jamais vu. Mes premières analyses y ont trouvé du fer, du mercure, du cadmium et du plomb. Ainsi que de vagues traces de carbone.

Dumbledore resta silencieux, réfléchissant à ces nouvelles données, mais il finit par secouer la tête, vaincu. Alva se mordillait anxieusement la lèvre.

– En d’autres termes, je dois récupérer mes souvenirs pour savoir comment fonctionne l’arme et qui vise la malédiction qu’elle contient. Retour à la case départ.

Il y eut un bref silence, puis la Russe continua :

– Et où se trouve-t-elle ?

Là, Rogue esquissa un rictus amusé :

– Là où a jadis été cachée à la Pierre Philosophale, dans les sous-sols du château. L’entrée est au troisième étage, mais le chemin est jonché de pièges que j’ai installé moi-même.

– Ô joie, fit sarcastiquement la Serdaigle. Je crois que j’ai trouvé la porte : c’est une salle de classe, n’est-ce pas ? Mais la porte a été muré.

– Le mot de passe est « Phénix », l’informa Rogue. Quand aux pièges…

– Quelqu’un monte les escaliers ! les interrompit soudain Draco.

Tous les regards –y compris ceux des quelques Directeurs qui s’étaient réveillés entre-temps– se rivèrent sur la porte transparente. Personne. Alva fronça les sourcils :

– Tu es sûr ?

– Mes sortilèges sont infaillibles, rétorqua Draco en sortant sa baguette. Il y a quelqu’un et je te parie ma baguette que c’est Potter sous sa cape.

Alva poussa un juron Russe qui fit ouvrir de grands yeux incrédules à Dumbledore, et tira elle aussi sa baguette de sa poche. Elle se jeta un sortilège de Désillusion puis s’agenouilla derrière le bureau pour s’abriter d’un éventuel sort, et Dumbledore toussota :

– J’aimerai éviter que cette pièce se transforme en champ de bataille…

– Monsieur le Directeur, je crois qu’au contraire, quelques coups feraient le plus grand bien à l’ego de Potter.

Alva et Draco esquissèrent un sourire en entendant la phrase de Rogue, puis la Russe reprit son sérieux et fit signe à Draco de la rejoindre derrière le bureau. Le Serpentard se jeta un sortilège de Désillusion à son tour et, tandis qu’il éteignait la lumière, il entendit la voix d’Alva lancer d’un ton moqueur :

– Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas les clouer au mur. Ça heurterait cruellement mon sens de l’esthétisme.

Rogue émit une sorte de petite toux que Draco devina être un gloussement réprimé. Dumbledore soupira. Puis le silence revint dans le bureau obscur.

La porte s’ouvrit d’un coup, et un sort fusa, heurtant le mur d’en face. Aussitôt, Hermione poussa un grognement :

– Ron, espèce de crétin !

La lumière s’alluma à nouveau. Debout au centre de la pièce, les trois compagnons retiraient la cape d’invisibilité de leurs épaules, regardant autour d’eux avec méfiance.

– Merde, pesta Harry. On les a loupés.

– Impossible, la carte indiquait bien qu’ils étaient ici, non ? râla Ron.

– Oui, mais je te rappelle que j’ai du fermer la carte quand on a quitté la salle commune. Ils sont certainement partis pendant ce temps.

Hermione leva les yeux au ciel, puis redressa sa baguette et ouvrit la bouche pour lancer un sortilège, sans doute pour révéler la présence de personnes cachées… C’était cuit pour les deux complices cachés derrière le bureau.

Heureusement, c’est le moment que choisit Dumbledore pour faire mine de se réveiller.

– Tiens, quelle bonne surprise !

Alva jeta un œil au tableau, derrière elle. Dumbledore observait les Gryffondors avec bienveillance, mais Rogue était absent de son tableau. En fait, comme le fond de son tableau représentait une porte entrouverte, il était probable qu’il soit allé là afin d’éviter toute confrontation avec le Survivant.

– Professeur Dumbledore, le salua Harry en souriant. Je suis content de vous revoir.

La porte était restée grande ouverte derrière les Gryffondors. Toujours Désillusionnée et cachée derrière le bureau, Alva tapota la main de Draco pour attirer son attention, et écrivit avec sa baguette sur le bois du bureau :

Sortons. Toi d’abord.

Draco serra brièvement sa main pour acquiescer, puis la lâcha et disparu. Comme la lumière n’était pas à son maximum, Malefoy avait toutes ses chances d’échapper à l’attention des trois rouges et or.

– Moi aussi, Harry, moi aussi ! souriait Dumbledore. Et cela vaut aussi pour vous, Miss Granger, Mr. Weasley. Mais dites-moi, qu’est-ce qui vous amène à une heure si tardive ?

Les trois membres du Trio d’Or s’entreregardèrent. Alva discerna une ombre, un mouvement, juste derrière Weasley : Draco avait presque atteint la porte.

– En fait, commença Harry, nous étions en train de travailler sur un devoir à rendre à Stensenn…

– Le professeur Stensenn, le corrigea Dumbledore.

– … Et j’ai jeté un œil à la Carte du Maraudeur. J’y ai vu Malefoy et Hawking ici, dans votre bureau, enfin, le bureau du professeur McGonagall, alors…

– On est venu voir ce que ce Mangemort trafiquait ! éclata Weasley.

Alva leva les yeux au ciel et se retint de lui jeter un maléfice. Elle distingua un vague mouvement sur le seuil : Draco avait franchit la porte.

Dumbledore prit la parole d’un ton inhabituellement froid :

– Mr. Weasley, je peux concevoir qu’en raison de la haine opposant vos deux pères, vous et Draco ne vous soyez jamais bien entendu. Mais il serait temps de grandir à présent. Draco à reçut la Marque des Ténèbres contraint et forcé. Sa famille a énormément souffert. Durant la guerre, il était tout aussi prisonnier de Voldemort que l’ont été Ollivander et Miss Lovegood, si ce n’est plus.

– Il méprise tout le monde, marmonna Weasley mal-à-l’aise. C’est un parasite et un sadique.

– Tu te trompes, lâcha Granger. Malefoy était comme ça quand on était petits, mais il a changé au fil des années. Il entretient son côté snob et arrogant parce que ça fait partie de son rôle, c’est tout. Mais il est gentil et protecteur envers ses amis. Je pense aussi qu’il est beaucoup plus tolérant qu’avant. Ce n’est pas quelqu’un de mauvais, Ron.

Weasley grogna mais ne répliqua pas. Alva songea que c’était vraiment un coup de bol que Draco soit sorti avant d’entendre Granger le défendre : il l’aurait mal pris…

Longeant les murs, elle commença à s’écarter du bureau pour contourner le Trio d’Or et rejoindre la porte.

– Avez-vous vu Hawking et Malefoy ce soir, professeur ? finit par dire Harry.

– En effet, répondit joyeusement Dumbledore. Vous les avez manqué de cinq minutes à peine.

– Et, euh, sans vouloir être indiscrets… Que voulaient-ils ?

Alva était presque arrivée à la porte, mais elle s’immobilisa pour écouter la réponse de Dumbledore. L’ancien Directeur scrutait les Gryffondor comme s’il les passait aux rayons X. Il finit par soupirer :

– Miss Hawking semble éprouver une grande antipathie pour le professeur Stensenn. Elle voulait que je lui confirme qu’il n’était pas un ennemi.

Oh. Dumbledore savait que Stensenn était détestable et Alva paranoïaque, et il additionnait les deux pour monter un scénario plausible. La Russe était impressionnée.

– Un ennemi ? répéta Hermione sans comprendre.

– Miss Hawking et sa cousine sont traquées par les Mangemorts, lâcha Dumbledore. Elias Stensenn leur inspirait une grande méfiance, de part sa connaissance de leur famille…

– Stensenn connait la famille de Hawking ? fit Weasley avec avidité. Il sait quel est son vrai nom ?

Alva se pétrifia, mais cette fois, ce fut Harry qui lui sauva la mise :

– Ron ! On s’en fiche de son nom, ce n’est pas une ennemie !

– Elle m’a mis un coup de poing !

– Et tu l’avais bien cherché, contra Hermione. Comme Harry et moi. Professeur Dumbledore, comment le professeur Stensenn pouvait-il connaître la famille de Hawking ?

– C’était l’espion de l’Ordre à Durmstrang, sourit Dumbledore. Il connaissait donc tous les Sang-Purs de l’aristocratie Russe, ce qui a grandement inquiété Miss Hawking. Heureusement, Draco Malefoy l’a convaincue de venir ici pour que je la rassure sur la loyauté d’Elias Stensenn.

L’explication tenait la route. Alva sourit au portrait, même s’il ne pouvait pas la voir, et se dirigea à pas de loups vers la porte.

– Elle est venue juste pour ça ? fit Potter avec scepticisme. Elle est vraiment paranoïaque. Maugrey n’aurait rien à lui envier.

Weasley et Granger gloussèrent. Alva avait atteint le seuil, à présent. Alors qu’elle franchissait la porte, elle entendit la dernière remarque d’Albus Dumbledore, sur un ton bas et sentencieux :

– Miss Hawking est comme Fol-Œil : elle est destinée à la guerre et à la violence, et ne s’y dérobe pas.

oOoOoOo

Arrivée de Draco.

Arrivée d’Alva.

Draco dit : Tu as pu rejoindre ton dortoir sans encombre ?

Alva dit : Oui. Et toi, pas de problèmes ?

Draco dit : Aucun. Alors, quelle excuse Dumbledore a servie à Potty pour notre petite visite ?

Alva dit : Il a dit que j’étais venue lui poser des questions sur Stensenn parce que je le soupçonnais d’être un Mangemort.

Draco dit : Ah, carrément !

Alva dit : Si Potty et compagnie t’interrogent, voici ta version : Stensenn connait très bien l’aristocratie Russe, dont ma famille (mais PAS de noms, s’il te plaît), ce qui m’a fichu le jetons. Tu m’as convaincue d’aller voir Dumbledore pour qu’il me dise que je me trompais, ce qu’il a fait. En fait, Stensenn était l’espion de l’Ordre du Phénix à Durmstrang.

Draco dit : Ça se tient.

Alva dit : Tu sais, Stensenn était VRAIMENT espion à Durmstrang.

Draco dit : C’est vrai, ça ?

Alva dit : Oui. Je pense.

Draco dit : Très rassurant… Comment peux-tu le savoir ?

Alva dit : Il me l’a dit.

Draco dit : Il te l’a DIT ?! Mais quand ?

Alva dit : Le jour où tu m’as montré le passage secret des Poufsouffles.

Draco dit : … Comment est-ce que tu en es arrivée à discuter guerre et paix avec cette tête de troll ?

Alva dit : Guerre et paix ? Tu t’es mis à Tolstoï ?

Draco dit : Tu connais ?

Alva dit : Un peu. Astrid l’a lu, moi pas.

Draco dit : Tu ne sais pas ce que tu rates. Ce type écrit plutôt bien pour un Moldu.

Alva dit : Mais bref, pour répondre à ta question, on parlait de ce que j’avais étudié à Durmstrang…

Draco dit : Et ?

Alva dit : Et il m’a balancé en vrac qu’il savait que j’avais quitté la Russie dès la fin de ma sixième année, qu’il savait qui était mon père, mes frères, leurs passifs, tout : bref, que ce n’était pas la peine de lui mentir et qu’il me détestait déjà. J’ai failli lui sauter à la gorge, vraiment.

Draco dit : Et tu ne l’as pas fait parce que… ?

Alva dit : Il m’a désarmée.

Draco dit : Si un jour tu veux te venger, je suis partant.

Alva dit : Je t’adore, Draco.

Draco dit : Moi aussi. Et sinon, il te t’a rien dit d’autre ?

Alva dit : Pourquoi cette question ?

Draco dit : Sans vouloir te vexer, tu avais vraiment l’air anéantie ce jour-là. Je doute qu’il se soit contenté de dire qu’il savait qui tu es. Je ne connais que trois sujets qui ont un impact aussi fort sur toi : ton frère, ton père ou les Koenig.

Draco dit : Alva ?

Alva dit : Stensenn connaissait Volodia. C’est lui qui l’a fait passer dans « le camp de la Lumière ».

Draco dit : Oh.

Alva dit : Comme tu dis.

Draco dit : Je ne pense pas que Volodia ai été du genre à suivre aveuglément les gens. Qu’il ait rencontré Stensenn ou non, il se serait opposé à ton père en fin de compte…

Alva dit : Je SAIS que ce n’est pas la faute de Stensenn. Mais je me sens mieux de le détester.

Draco dit : C’est compréhensible.

Alva dit : Si tu le dis.

Draco dit : Et Stensenn n’as rien dit d’autre ? Puisque tu me sembles d’humeur bavarde…

Alva dit : Si. Il sait que mes souvenirs ont été scellés.

Draco dit : Rogue doit le lui avoir dit.

Alva dit : Il m’a aussi averti qu’il me tuerait si j’essayais de profiter de ces souvenirs ou de donner ce savoir à quelqu’un d’autre.

Draco dit : … C’est une blague ?

Alva dit : Non. Il préfère avoir ma mort sur la conscience plutôt que l’apparition d’un nouveau mage noir. Et arrête d’ouvrir de grands yeux : Stensenn est un assassin, ça crève les yeux, cette logique était inévitable venant de lui.

Draco dit : 1) Comment est-ce que tu peux voir la tête que je fais ? 2) D’où est-ce que tu tiens que Stensenn est un assassin ? 3) Comment est-ce que tu peux être aussi CALME alors qu’il te menace de mort ?

Alva dit : Tu ouvres toujours de grands yeux quand tu es choqué ou furieux. Tu plisses les yeux seulement quand tu transformes ta colère en menace.

Draco dit : Réponds à mes autres questions !

Alva dit : J’y viens. Stensenn était chercheur en magie noire à Durmstrang, il n’a même pas cillé en évoquant Volodia alors que ça crevait les yeux qu’il l’appréciait comme un fils. Ce mec a l’âme corrompue. Il a déjà tué.

Draco dit : … Merde alors.

Alva dit : Et pour ta troisième question : sur le moment, j’étais un peu effrayée. Mais ça fait des mois maintenant : le choc est passé.

Draco dit : Raye le « un peu effrayée » et remplace-le par « totalement terrorisée » et tu seras plus crédible.

Alva dit : Je t’emmerde.

Draco dit : Moi aussi je t’aime. Alors, on fait quoi pour l’Orbe ?

Alva dit : Je ne renonce pas. Si je n’ai pas de nouvelles d’Astrid avant les prochaines vacances, j’y vais, souvenirs ou pas souvenirs.

oOoOoOo

Astrid n’écrivit pas, ni le lendemain ni les jours suivants. Ils fêtèrent l’anniversaire de Theo, puis celui d’Alva. Draco mis à contribution ses passages secrets pour rapporter des friandises d’Honeydukes, et Nathan demanda aux elfes de maison des montagnes de pâtisseries qu’ils se firent un plaisir de confectionner.

Alva était moins tendue, à présent qu’elle avait une idée de l’arme qu’elle allait devoir chercher, et qu’elle savait qu’elle pouvait compter sur le soutien de Draco et de deux anciens Directeurs (quoique, ces deux derniers ne pouvaient pas faire grand-chose). Néanmoins, les autres membres du Club commençaient à poser des questions, et on sentait en eux un certain agacement.

– Non, je ne leur dirai pas ! siffla pour la énième fois Alva entre ses dents serrées.

Draco et elle étaient seuls à la Bibliothèque, travaillant sur leur devoir de Potion. Potter allait les rejoindre d’une minute à l’autre, du moins s’il en avait le courage, et Draco avait encore une fois soulevé le problème du secret que gardait obstinément Alva.

– Je ne vois pas pourquoi tu t’obstines, dit tranquillement Malefoy. Tu n’es pas obligé de tout leur dire.

– Même leur dire peu, ça serait déjà leur dire trop !

– Depuis la lettre de Lévine, ils savent tous que ton père est un sale type, et un sale type vivant qui plus est. En plus, Blaise et Theo soupçonnent déjà fortement qu’il ait été Mangemort.

– Je ne vais pas raconter l’histoire des Netaniev au Club, un point c’est tout. Ils ont déjà assez de problèmes comme ça. Et qu’est-ce que tu voudrais qu’ils y fassent, hein ?

– Ils pourraient t’aider avec l’Orbe Pourpre.

– Pardon ?!

Draco soupira, puis leva une main pour imposer le silence à son amie.

– Ecoute, je ne te demande pas de tout leur dire, ni de le dire à tout le monde. Mais Blaise et Theo en savent déjà beaucoup et ils sont compétents. Anaïs pourra t’aider à accéder à l’Orbe, c’est l’élève la plus douée en Métamorphose de toute notre année : même Granger n’arrive pas à la battre. Et Jack est le seul à te tenir tête plus de vingt minutes en combat. Et il ne faut pas oublier Kim : les Barthemis, comme les Potter jadis, ont une véritable vocation de chasseurs de méchants mages noirs. Son père est Auror : ça peut aider.

Alva resta silencieuse, les yeux rivés sur son livre, mais son regard était fixe. Elle ne lisait pas, elle écoutait. Draco poursuivit :

– Sans oublier Ryan. C’est un Bailey, et les Bailey sont des maîtres de l’Examus.

– L’Examus ?

– Tu sais comment on crée une malédiction ?

Alva ouvrit la bouche. La referma. Et croisa les bras d’un air boudeur. Draco esquissa un sourire triomphant, et pouffa :

– Attends, toi, Salvakya Hawking, Miss Je-domine-les-arcanes-obscures-et-sombres-de-la-magie-noire, tu ne sais pas comment on crée une malédiction ?

– Les malédictions nécessitent toujours un sacrifice humain, confessa Alva. Parce que tuer permet d’emprisonner une âme, comme pour les objets-familiers, et que c’est ça qui donne la puissance à la malédiction. Une fois que j’ai su ça, j’ai renoncé à en faire.

– Donc tu ne sais pas.

– Je sais comment se défaire, théoriquement, d’une malédiction.

– Ah oui ?

– Oui. Pour vaincre une malédiction, il faut faire disparaitre les âmes qui l’animent et ça nécessite un rituel de nécromancie assez glauque.

– Mais tu ne sais pas quels mécanismes animent une malédiction, comment ça marche, ou comment ça se déclenche… Non ?

– Crève, espèce de blond.

– Je sais quelque chose que tu ne sais pas !

Potter choisit ce moment précis pour surgir au détour d’un rayonnage, et haussa un sourcil en voyant Draco ricaner et Alva le fusiller du regard depuis l’autre bout de la table. Comme les deux autres ne l’avaient pas vu, il se tira une chaise à leur table tout en lançant :

– Et qu’est-ce que tu sais, Malefoy ?

Alva émit un reniflement dédaigneux, toujours vexée :

– Un truc inutile.

– Inutile ? s’indigna le Serpentard. Et si tu te retrouves un jour victime d’une malédiction ? Comment veux-tu t’en défaire si tu n’y connais rien ?

Potter pencha la tête, très intéressé. La Russe leva les yeux au ciel, et contre-attaqua :

– J’improviserai. Je suis plutôt douée pour ça.

Draco émit un reniflement dédaigneux :

– Improviser, c’est bon pour les Poufsouffles et les Gryffondors.

– Ça sera répété et amplifié, menaça Alva.

Potter ricana, mais les deux autres l’ignorèrent. Draco posa ses coudes sur la table et expliqua, les yeux mi-clos :

– La malédiction est un sort de magie noire. Elle nécessite un sacrifice humain pour être active. Plus il y a d’âmes sacrifiées à la malédiction, plus elle est puissante. Ça donne un concentré de magie noire et de malfaisance à l’état brut. Du coup, une malédiction doit être enfermée dans un contenant, un peu comme une potion. Lorsque le contenant est brisé, la malédiction s’active et se répand.

– Un sarcophage peut être un contenant, lâcha Potter. Pour les malédictions égyptiennes.

Draco ouvrit la bouche pour lancer une remarque cinglante, regarda Potter, referma la bouche. Il finit par soupirer à contrecœur :

– Par exemple.

Potter haussa les sourcils d’un air incrédule, comme s’il n’arrivait pas à croire que Draco lui donnait raison. Alva était tout aussi stupéfaite, d’ailleurs.

– C’est là qu’intervient l’Examus, continua le Serpentard. Il s’agit d’un rituel de magie qui transforme la puissance brute en sort sophistiqué. Pour reprendre l’exemple des malédictions égyptiennes, l’Examus transformait l’âme du Pharaon décédé en poison qui asphyxiait les pilleurs, ou en sort de malchance qui provoquait la mort accidentelle de ceux qui avaient violé sa tombe.

– Quel rapport avec les Bailey ?

Draco leva les yeux au ciel d’un air exaspéré :

– J’y viens. Avant Clovis de Bailey, au douzième siècle je crois, les malédictions prenaient effet immédiatement. Quand on était maudit, on mourrait dans les trois jours. De plus, l’Examus meurt avec son créateur, alors quand un créateur de malédiction mourrait, toutes ses malédictions cessaient et les âmes s’évanouissaient. Les Bailey, en grands maîtres du sadisme…

– Non, ça ce sont les Black, Draco.

– Tais-toi, espèce de rousse.

– T’as quelque chose contre les roux ?

Draco lui jeta un regard moqueur, et Alva leva les mains comme pour se rendre :

– Question stupide. Je t’en prie, poursuis.

– Merci. Je disais donc, Clovis de Bailey a révolutionné l’Examus. A présent, non seulement une malédiction peut avoir un but autre que la mort, comme la malchance, la mort des proches, la misère… Mais elle n’est plus limitée dans le temps. Elle peut s’étendre sur plusieurs générations, jusqu’à ce que la réserve d’âmes soit épuisée.

Harry et Alva restèrent muet un instant, puis Alva cligna des yeux :

– Par la moustache de Merlin, mais il s’est passé quoi dans son enfance à ce Clovis ?

– Aucune idée, fit Draco d’un ton léger. Mais pour revenir à ce que je disais, Ryan a été nourri d’histoires sur l’Examus depuis le biberon, donc si tu as des questions là-dessus, il pourrait t’aider.

Alva se renfrogna. Draco avait raison : jusqu’à il y a cinq minutes, elle ignorait l’existence même de l’Examus. Il fallait qu’elle obtienne l’aide de ses amis. Elle ne pouvait pas tout faire toute seule.

Potter regarda alternativement le Serpentard et la Serdaigle, sourcils froncés.

– Et pourquoi est-ce que vous parliez de ça ?

Malefoy haussa les épaules :

– Pour rien.

– Comme il paraît que le poste de Défense Contre les Forces du Mal est maudit, je voulais savoir si Stensenn avait une chance de mourir bientôt, mentit Alva.

– Je ne pense pas que Voldemort ai pensé à jeter un sort pour s’assurer que la malédiction continue après sa mort, dit très sérieusement Potter.

Alva et Draco avaient tous les deux tressaillit à l’entente du nom honni. Potter le vit, mais ne fit pas de commentaire. Au contraire, il sortit son livre de Potions, et changea de sujet :

– Vous avez déjà commencé à faire des recherches ?

A cet instant, quelle qu’ait pu être son aversion première envers Harry Potter, Alva le trouva tout à fait sympathique. Même quand Potter ne comprenait pas, il faisait toujours ce qu'il fallait.

Ils mirent quatre bonnes heures à boucler ce devoir. Etonnamment, ils ne se disputèrent pas une seule fois. Malefoy et Potter se montrèrent étonnamment civils l’un envers l’autre. Pas de coups de pieds sous la table, pas d’insultes, pas d’insinuations sur les Weasley ou les Mangemorts, rien. Certes, quand Alva ou Draco relevaient le nez de leurs livres, ils pouvaient constater que Potter détournait vivement les yeux, ce qui prouvait qu’il les observait l’instant d’avant : mais des regards insistants n’étaient pas, enfin, n’étaient plus suffisant pour déclencher les offensives. Ils n’étaient plus des gamins.

Néanmoins, à la fin, alors qu’ils empilaient les livres pour aller les rendre à Mrs. Pince, Draco surprit une nouvelle fois le regard du Gryffondor sur lui, et craqua :

– Potter, si tu as quelque chose à dire, crache ta pastille.

Harry se tendit, sur la défensive, puis finit par lâcher :

– Je repensais à quelque chose qu’a dit Hermione. Tu as changé, Malefoy. En bien.

A sa grande horreur, Draco resta plusieurs secondes bouche bée en public. Alva fut saisie d’un gloussement hystérique, ce qui lui permit de reprendre ses esprits, et il jeta un regard mauvais avant de lâcher d’une voix traînante :

– Heureusement que vous avez le cerveau de Granger pour vous trois.

Même sa réplique manquait de mordant. Il s’éloigna avant de se ridiculiser encore plus, Alva sur ses talons. Alors que les deux amis tournaient à l’angle d’un rayonnage, Harry eut le temps d’entendre la Serdaigle le taquiner :

– Tu vois ? Granger a remarqué que le furet bondissant avait rejoint le côté de la Lumière !

– Occupe-toi de ta malédiction, toi, et les furets seront bien gardés.

Et Alva repartit derechef dans un fou-rire incontrôlé. La malédiction et son secret attendraient bien encore un peu.

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