Le parfum des Arums

Un travail d'équipe

Chère Alva,

Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles. Avant toutes choses, sache qu’Astrid va bien, mais qu’elle va sacrément m’entendre. Zanor est Cirth sont également indemne. Seule notre tranquillité d’esprit est mise à mal.

En cherchant la trace de cet homme maîtrisant le Transplanage Noir, Astrid est passée par le territoire des loups-garous. Ils ont pu lui donner des objets et des tissus touchés par l’homme qu’elle recherchait, et elle s’est installée dans leur village pour analyser les résidus de magie. J’imagine qu’elle n’a pas vu le temps passer : elle y était donc toujours à la pleine lune.

Ne t’inquiète pas, elle va bien. Tu connais Astrid : elle a filé sur le dos de Zanor, laissant derrière elle une dizaine de loups inconscients. Elle n’a pas été mordue mais a de sévères contusions après avoir sauté du troisième étage… Actuellement, elle dort d’un sommeil magique pendant que ses os et ses muscles se restaurent.

Elle était consciente quand elle est revenue au manoir Koenig, et elle a eut le temps de me parler. Je vais être bref : cet homme était bien Andreï Netaniev. Il est toujours en vie et il semble avoir pleinement recouvré la santé.

Duncan n’était pas à ses côtés, je pense donc qu’il est toujours en Angleterre. Ça me tue de te dire ça, mais Cathy et toi êtes sans doute ses cibles, tout autant que Harry Potter. Ton père n’a plus rien, hormis la vengeance.

Si tu le souhaites, tu peux revenir en Russie : Père pourrait vous adopter, Cathy et toi. Cependant, je sais que tu poursuis un but, à Poudlard, et que tu ne l’abandonneras pas de sitôt. Sache seulement que tu n’as qu’un signe à faire pour que la cavalerie arrive.

Je veille sur toi,

Lévine.

Alva baissa la lettre et son regard parcourut les visages de ses amis, levés sur elle. Elle avait reçut la missive hier matin, et Draco l’avait finalement convaincue d’en parler au Club à la prochaine séance.

– Ton père s’appelle Andreï Netaniev ? finit par lâcher Kim.

Alva jeta un bref regard à la ronde, mais personne ne semblait avoir reconnu le nom. Elle prit une grande inspiration.

– Oui. C’est un Mangemort et un immonde salaud. Mais un salaud de génie qui s’acharne à survivre, apparemment. Il est très puissant.

– Il va venir ici ? demanda David avec inquiétude.

– Je ne pense pas, fit Alva en secouant la tête. Il y a trop de protections autour du château. Je pense plutôt qu’il essaiera de m’attaquer… Enfin, de nous attaquer… Dehors.

– C’est pour ça que tu nous as dit que tu voulais nous parler de quelque chose d’important, murmura Justin. Tu vas te retrouver poursuivie par un taré.

– Deux tarés, rectifia Ryan. Tu as parlé de Duncan, non ? C’est un Mangemort en fuite.

Cathy renifla, puis lâcha d’une voix tremblante :

– C’est mon père.

Un silence lourd comme un bloc de marbre s’abattit sur eux. Nathan, Simon et Valerian fusillèrent Ryan du regard, et le Serdaigle eut le bon goût de baisser les yeux d’un air penaud.

Alva se racla la gorge. Ses mains tremblaient, et elle les fourra dans ses poches pour le dissimuler. Son cœur battait à grands coups dans sa poitrine.

– Etienne Duncan est le beau-frère d’Andreï Netaniev, mais il a davantage un rôle de laquais. Il lui est tout dévoué. C’est surtout lui qui risque de vous faire face. Mon père ne se salit pas les mains avec le menu fretin.

Sa voix avait vacillé sur la dernière phrase. Il y eut un long silence. Draco, assis juste à côté d’elle, jeta un regard circulaire sur leur groupe assis autour de la Russe, puis haussa un sourcil :

– Tu vois ? Je t’avais dit qu’ils le prendraient bien.

– Ce n’est que le début, marmonna Alva avant de hausser la voix. Ecoutez, je n’ai pas passé ma septième année à Durmstrang. A la fin de la sixième année, ma mère est morte en Angleterre. Ce n’était pas une Mangemort, elle soignait les gens, elle a juste été au mauvais endroit au mauvais moment, et…

– On ne te reproche rien, lui dit gentiment Kim.

Alva inspira à fond. Kim avait raison. Alva était trop sur les nerfs. Draco lui donna un léger coup de coude dans le bras, comme un encouragement muet. La jeune fille aux yeux bleus respira profondément pour se calmer, malgré son cœur qui battait à toute allure et ses mains moites, et reprit plus lentement :

– Ma mère est morte, et mon père avait besoin de quelqu’un pour l’assister dans la préparation de ses sorts et de ses poisons… Et aussi de son arme secrète.

Simon parut sur le point de poser une question, mais David lui pressa l’épaule et le première année resta silencieux. Alva continua :

– Il est venu et m’a enlevé. Au passage, il a tué la personne qui comptait le plus pour moi, comme ça, sous mes yeux.

Sa voix s’étrangla un instant, juste un instant, puis elle reprit son récit.

– J’ai passé sept mois là-bas. C’était horrible. Je ne sais pas comment étais Azkaban mais je crois que ça devait être comme ça. Le domaine était cerné par des Détraqueurs. Le Q.G. de mon père se trouvait dans un manoir, pas très loin de Londres je crois, mais ça aurait pu être au bout du monde. Je ne voyais personne. J’assistais Père dans ses recherches, mais il effaçait ma mémoire tout ce qui se passait dans son labo. Je perdais la notion du temps et de l’espace. Et il faisait toujours froid…

Dans l’assemblée, plusieurs personnes frissonnèrent. Alva inspira un grand coup, puis lâcha :

– Je me suis enfuie au début de Février. Il m’a fallu tout ce temps pour retrouver ma tête et le courage d’agir. Et ma fuite… Bref, c’est une longue histoire mais indirectement, Rogue m’a aidée.

En avisant les expressions stupéfaites de ses amis, Alva gloussa, et expliqua :

– Eh, mon père faisait des potions, je vous rappelle. Le manoir dont il se servait possédait des salles très biens isolées et abritées, du matériel, une serre, de bonnes réserves… Rogue s’est mis à venir toutes les semaines, pour prendre des ingrédients ou du matériel, ou informer Père de ce que voulait le Seigneur des Ténèbres. Et dans le même temps, il s’est mis à me parler.

Malefoy haussa un sourcil incrédule, et il ne fut pas le seul. Alva esquissa un mince sourire, et dévia de son sujet pour expliquer :

– Oh, il ne disait pas grand-chose. « Vous avez une tête de déterrée, Miss Netaniev. Vous devriez sortir un peu ce matin », ou bien « il paraît que vous êtes une experte en Tatouage Runique. Composez donc une Encre de Guérison avant vendredi prochain ». A chaque fois, il me donnait un repère, un truc à quoi me raccrocher dans le temps et dans l’espace. Je savais si nous étions le matin ou le soir, quel jour de la semaine nous étions. Il ne me disait rien d’essentiel, jamais. Mais il me tenait au courant. Grâce à lui, j’ai même réussi à retrouver mes repères, ma raison. Comme si le monde s’arrêtait de marcher sur la tête.

– Il t’a aidé à fuir ? demanda Theo avec intérêt.

– Pas directement. Mais je suis allée dans une maison abandonnée qu’il avait mentionnée lors de notre précédente conversation. J’y ai trouvé une tente, des provisions, et toute une réserve de potions de soins, d’endurance ou de perfectionnement des sens. Le parfait kit de survie de la fugitive.

Draco sourit avec nostalgie. Rogue s’en était toujours défendu, mais il n’était pas quelqu’un de mauvais. Il essayait d’aider les autres s’il le pouvait. Peut-être pour se racheter de n’avoir pu sauver ceux qu’il aimait.

Et il avait aidé Alva à fuir ce cauchemar. Etait-ce parce qu’il savait que Draco, ou même Potter, avait le même âge qu’elle et qu’ils ne pourraient jamais fuir ?

– Attend, comment tu as pu échapper aux Détraqueurs ? lâcha soudain Kim. Un Patronus t’aurais immédiatement fait repérer, non ?

Alva grimaça :

– Bon, j’imagine qu’un jour ça aurait été révélé… Je suis Animagus. J’ai encore du mal à me transformer mais je sais parfaitement maîtriser mon corps et mon esprit de loup.

– Yeah, trop cool ! lança Ryan.

– Et tu ne nous l’as pas dit ! râla Blaise malgré son immense sourire. Cachottière va !

Anaïs rit, puis elle adressa pour la première fois à Alva un sourire éclatant :

– Je m’entraîne à devenir Animagus aussi, j’en suis à l’étape finale !

La Russe marqua un temps d’arrêt, surprise, puis se rappela qu’Anaïs était la meilleure élève de leur année en Métamorphose. Ce n’était pas si étonnant.

Il fallut quelques instants pour que les compliments et les interrogations cessent. Puis Alva s’éclaircit la gorge et se lança :

– Ensuite, j’ai fui, et c’est une autre histoire. Mais avec les provisions, il y avait ceci.

Et elle leur montra le message de Rogue qu’Astrid avait décodé. Draco l’avait déjà lu, en volant la lettre, mais il fit semblant de s’y intéresser aussi.

– « Gardez précieusement la croix, il s’agit probablement d’une clef. Partez le plus loin possible. Et si un jour vous vous retournez, faites-le pour de bonnes raisons. », lut Ryan à haute voix.

– La croix, répéta Blaise. Attends, est-ce que tu n’as pas… ?

– Si, lâcha Alva en sortant le pendentif de son col. C’est une croix faite de métal d’Abysse. C’est un matériau souvent associé à la magie noire. Et c’est la clef.

Les regards restèrent rivés à la croix jusqu’à ce que la Russe la remette dans sa chemise, puis Chris fronça les sourcils :

– La clef ? La clef de quoi ?

– Le message de Rogue en portait un autre, précisa Alva. Un message caché que mon ami Astrid a révélé. Et ça dit : « Votre père travaillait sur une arme en deux morceaux. Une pour préparer l’Apocalypse et une pour la déclencher. Vous avez la deuxième partie. La première est entre mes mains, et je la cacherai si je ne peux la détruire ».

Ryan émit un long sifflement admiratif :

– L’Apocalypse, rien que ça…

– Attend, fit brusquement Theo. Le professeur Rogue a caché cette arme ? Mais où ?

Alva inspira un grand coup pour se donner du courage, et lâcha la bombe :

– Cette arme se nomme l’Orbe Pourpre. Et si on l’active, il lance une malédiction de puissance et de type inconnu. Tout ce que je sais, c’est que l’Orbe Pourpre est caché… Ici, à Poudlard.

Cette fois, il y eu un tonnerre d’exclamations, de cris de colère ou de peur. Kim avait l’air choquée, mais Ryan, lui, semblait carrément paniqué. Justin était furieux, tout comme David ou Jack. Pendant plusieurs dizaines de secondes, dans le boucan, ce fut impossible de se faire entendre.

Puis Cathy se mit doucement à pleurer, et peu à peu, les membres du Club se turent, l’air coupable. Alva attira Cathy à elle et essuya ses larmes avec patience. Quand le silence fut revenu, absolu, la Russe se tourna à nouveau vers les membres du Club.

– La malédiction ne se déclenchera pas sans la clef, vous ne risquez rien. Par contre, ce qu’on risque, c’est que Duncan et mon père découvrent que l’Orbe est à Poudlard et décident de s’en emparer. Ils savent déjà que j’ai la clef, mais ils ne savent pas où Rogue a caché l’Orbe.

– Que veux-tu faire, alors ? lâcha Luna.

Alva posa son regard sur elle. Luna, avec ses cheveux emmêlés, ses radis aux oreilles et son air rêveur. Luna, qui semblait innocente même après être passée dans les mains des Mangemorts.

– Le trouver, répondit Alva. Et le détruire.

Cette fois, pas d’exclamations. Un grand silence, presque religieux, plana parmi leur groupe. Ils étaient tous rassemblés, Serpentards et Gryffondors, Poufsouffles et Serdaigles, d’âges et d’origines différentes, mais ils avaient tous le regard tourné vers cette étrangère aux yeux bleus qui avait sut les rassembler.

Parce qu’ils se moquaient bien des couleurs de leurs Maisons et de leurs ascendances respectives. Il n’y avait plus ni groupe ni défiance entre eux. Ils étaient tous unis par les épreuves qu’ils avaient traversés, seuls ou ensemble, et par le poids du secret qu’Alva venait de leur confier.

La Russe les parcourut du regard, les doigts à nouveau tremblants. Elle aussi, elle devait l’avoir réalisé. Que quoi qu’elle leur demande, ils le feraient. Pour elle. Parce qu’ils étaient amis.

Parce qu’ils l’aimaient.

Elle ferma les yeux. Que ça faisait mal, de prononcer ces mots. S’ils acceptaient, peut-être qu’elle les mènerait à la mort. Peut-être qu’elle les mènerait à un sort pire encore. Elle ne savait pas. Et ça faisait mal, parce qu’elle les aimait aussi.

Mais si elle ne les disait pas, ces quelques mots, alors elle irait seule et elle mourrait seule et son père reviendrait et leur ferait du mal. En fait, quelque soit le choix qui s’offrait à elle, la voie qu’elle prenait ne pouvait qu’être mauvaise.

Elle rouvrit les yeux.

– Je vais avoir besoin de votre aide. Je vous en prie.

Et ils acceptèrent. Tous, sans réserve. Draco s’y attendait : il était un Serpentard, il savait en quelles occasion il faut se serrer les coudes. Il n’empêche que, quelque part, il fut surpris. Parce qu’il avait les yeux rivés sur la Russe et qu’une étonnante révélation se fit dans ses pensées.

Il venait rarement à l’esprit de Draco qu’Alva était une fille, et quand ça arrivait, c’était plus en rapport avec sa personnalité qu’avec sa personne. Alva était comme une constante dans leurs vies, une icône, à la fois protectrice et leader. Comme le capitaine d’un navire dans la tempête, c’était une force impersonnelle à laquelle ils s’accrochaient sans se poser de question.

Mais Alva était aussi une fille, une fille qui avait dix-huit ans et que la vie avait jetée par terre sans pitié. Une fille qui avait été l’enfant chérie d’une grande école, la princesse d’une famille aimante, une fille qui un jour s’était retrouvée confrontée à la réalité de la vie, de la guerre, et qui avait été fracassée.

Et elle était là, vivante malgré tout, debout malgré tout. Elle leur demandait leur aide et jamais Draco ne l’avait trouvé si humaine, si fragile. Elle était toujours forte, agressive, plus guerrière qu’adolescente. Mais là, avec ses cheveux roux pâles emmêlés par sa mauvaise nuit, sa peau de porcelaine et ses yeux inhabituellement brillants, elle semblait… Délicate. Féminine. Jolie.

Draco la regarda se mordiller la lèvre tandis que ses yeux bleus scrutaient tous ces visages amis levés sur elle. Et bêtement, il se demanda ce que ça ferait de l’embrasser.

Puis Alva sourit, Cathy se jeta dans ses bras et faillit la faire basculer, Nathan éclata de rire et un brouhaha de questions et de conversations emplit la Salle dur Demande, et l’instant passa. Malefoy s’asséna une gifle mentale, et se hâta de détourner ses pensées des lèvres de la rousse :

– Eh, Ryan, et si tu nous parlais de l’Examus ?

oOoOoOo

Stensenn avait la réputation, bien méritée d’ailleurs, de détruire d’un regard toute bonne humeur et d’exacerber la haine de ses élèves. Aussi, ce mardi-là, quand il entra dans sa salle de classe, il plissa aussitôt les yeux d’un air prédateur.

Le cours du mardi était partagé avec les septièmes années de Poufsouffle et Serdaigle. Un très bon public, qui contribuait à encourager les huitièmes années à donner le meilleur d’eux-mêmes. Parfait pour les pousser à bout. Surtout quand la tension saturait déjà l’atmosphère.

Immédiatement, Stensenn trouva ses cibles.

Weasley terminait en catastrophe d’écrire le devoir qu’il devait lui rendre, tout en jetant des regards haineux à Draco Malefoy. Ce dernier n’avait presque jamais de travaux supplémentaires. En plus, ce jour-là, il était retourné sur sa chaise, face à ses voisins de derrière, avec lesquels il discutait joyeusement, singeant quelqu’un se faisant stupéfixier. Le fait que Weasley se soit prit un Stupéfix au dernier cours n’y était sans doute pas pour rien…

– Silence ! aboya l’enseignant.

Dans un grand fracas –qui dura moins d’une seconde– tout le monde prit sa place. Puis un silence de mort s’abattit sur la salle, tandis que Stensenn allait se placer devant son bureau et parcourait du regard les rangs des étudiants.

– Aujourd’hui, la classe de huitième année va nous offrir une… Démonstration.

A en juger par l’air alarmé de ses élèves, il avait produit exactement l’effet qu’il désirait. Il parcourut la classe du regard. C’était une pièce assez vaste pour accueillir deux fois plus d’élèves : il l’avait choisie spécialement pour cela.

– Huitièmes années. Debout, devant moi. Les septièmes années, dégagez les bureaux.

Pressentant ce qui allait se passer, les huitièmes années échangèrent des regards inquiets, mais obéirent. Alors que leurs cadets dégageaient de la place, Stensenn lâcha :

– Weasley, Malefoy, approchez. Vous allez chacun sélectionner une équipe, en appelant un élève à tour de rôle. Vos deux équipes vont s’affronter, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul groupe debout. L’équipe gagnante se verra remettre une… récompense. Comme vous êtes en nombre impair, Miss Brown sera dispensée de combat. Est-ce bien comprit ?

Weasley et Draco échangèrent un regard féroce, et hochèrent la tête. Lavande alla rejoindre les septièmes années avec soulagement : avec son bras raide et sa jambe boiteuse, elle n’était pas très douée au combat. Mais elle savait pertinemment que si Stensenn l’épargnait, ce n’était pas par pitié. Il voulait juste un bon spectacle.

– Je prends Harry Potter, commença Weasley d’un ton décidé.

– Salvakya Hawking lâcha Draco avec nonchalance.

– Hermione Granger.

– Kimberley Barthemis.

– Neville Londubat.

– Blaise Zabini.

– Seamus Finnigan.

Ils se regroupaient par affinité, constata Alva, et pas vraiment en cherchant à prendre les meilleurs. Zacharias Smith était bien plus fort que Seamus Finnigan, par exemple : mais personne ne pouvait le supporter.

– Justin Shepper, laissa tomber Draco.

La quasi-totalité des Gryffondors lança un regard accusateur à Justin, qui les ignora et alla se placer aux côtés de Kim. Cette dernière lui tapa dans la main, et ils échangèrent un sourire ravi.

– Hannah Abbot ! appela Weasley.

– Zacharias Smith.

– C’est une blague ? marmonna Blaise juste assez fort pour que tout le monde l’entende.

Alva sourit d’un air moqueur. Smith détestait tout le monde, mais Weasley et Finnigan étaient parmi ceux qui l’exaspéraient le plus au monde. Et les ennemis de leurs ennemis étaient leurs amis…

– Euh… Terry Boot, décida Weasley.

Il aurait dû prendre Theodore. Lui et Londubat formaient un excellent binôme. Draco esquissa un mince sourire, à présent assuré que Weasley ne choisirait jamais un Serpentard, et appela :

– Anaïs Hefez !

Alors que la jolie noire les rejoignait, Neville se pencha à l’oreille de Weasley et lui chuchota furieusement quelques mots. Le roux se renfrogna, puis lâcha :

– Theodore Nott.

Alva croisa les bras. A ses côtés, aussi contrarié qu’elle, Draco soupira. Zut. Il aurait du appeler Theo tout de suite…

– Ryan Sullivan.

– Parvati Patil.

Il ne restait plus que Padma, qui alla sans se faire prier rejoindre Kim et Alva. Stensenn hocha la tête, fit signe aux septièmes années de reculer, et engloba un vaste espace dans un sort de protection.

– Tout est autorisé, sauf les Impardonnables. Vous attaquerez à mon signal…

– Je me réserve Weasley, lâcha Smith en se tendant.

– Toi, je vais t’aimer, lui dit Kim avec émotion.

Quelqu’un rigola nerveusement, sans doute Anaïs, puis Stensenn lâcha :

– Maintenant.

Et ce fut tout de suite le chaos.

Alva dressa immédiatement un Bouclier autour d’elle, sachant que le camp adverse ferait d’elle une priorité. Bien lui en prit, et quatre sorts simultanés ricochèrent dessus. Puis elle se lança dans la bagarre et perdit un peu le fil.

Terry Boot fut le premier à tomber, de ça, elle était sûre : c’était Draco qui l’avait stupéfixié. Elle entraperçu Neville et Theo, dos à dos ; Anaïs engagée dans un féroce combat contre Parvati ; Kimberley qui envoyait un grand coup de pied dans les parties génitales de Seamus ; Ryan en train de reculer contre Granger et Hannah Abbot… Elle-même tourbillonnait, frappait de sa baguette ou de ses poings sans distinction. Justin et Kim faillirent se prendre un de ses sorts, et le Gryffondor en profita pour beugler le seul juron russe qu’il connaissait. Tous les membres du Club éclatèrent d’un grand rire, ce qui surprit considérablement les autres.

Puis les sorts fusèrent de plus belle.

C’était l’adrénaline et l’ivresse du combat, mais sans la peur intoxicante de la mort. Alva s’était souvent battue, à Durmstrang, et le seul adjectif qu’elle utilisait pour définir le combat, c’était grisant. Elle adorait être le chasseur, le prédateur, celui qui a le pouvoir. Celui qui peut assommer, blesser, tuer.

Parfois elle ne se rendait compte que quelqu’un était vaincu que lorsqu’elle marchait dessus. A un moment, Stensenn entra dans le sort de protection et tira à l’écart les élèves stupéfixiés, histoire de ne pas trop se faire incendier par Pomfresh s’ils se faisaient piétiner.

Il fallut un moment, peut-être quinze ou vingt minutes, pour que les rangs s’éclaircissent vraiment. Au bout d’un certain temps, deux petits groupes se firent face : d’un côté, Potter, Weasley et Neville ; de l’autre, Draco et Alva.

Il y eut une brève hésitation des deux côtés. Avec la fatigue du combat, les élèves commençaient à en avoir assez. Mais Stensenn, immobile derrière la barrière, haussa la voix :

– Il ne doit plus rester qu’une seule équipe.

– Je hais ce type, marmonna Draco entre ses dents serrées.

Alva murmura d’une voix inaudible :

– Lance-moi des Boucliers pour me protéger de leurs sorts, je vais leur foncer dessus.

– Euh, tu es sûre que…

Draco n’eut pas le temps de formuler ses inquiétudes : les trois Gryffondors se jetaient à l’assaut. Levant les yeux au ciel, il obéit, gainant Alva d’une protection magique, et la Russe s’élança.

Elle fonça sur Weasley, qui lui jeta un Stupéfix : sans succès. Comme le roux était le plus rapide, il devançait les deux autres de deux bons mètres. Assez pour qu’Alva puisse le frapper sans avoir à se soucier de ses amis.

Elle ne ralentit pas, l’attrapa par les épaules, et mit à profit son élan pour lui envoyer un coup de boule magistral. Cette fois, contrairement à son premier combat avec Harry, elle avait prit garde à se lancer un sortilège protecteur autour du crâne. Elle ne fut que légèrement sonnée, alors que le roux s’abattait de tout son long, assommé.

Au lieu de se redresser, elle se laissa emporter par son élan et tomba sur Weasley. Du coup, Potter et Neville la dépassèrent, emportés par leur course. Alva se redressa et s’éloigna d’eux d’un même mouvement, sur ses gardes, avant d’arborer un sourire satisfait.

Draco était d’un côté, elle de l’autre, et les Gryffondor coincés au milieu. Très bonne configuration.

– Je prends Potter ! s’exclama aussitôt Draco comme s’il avait peur qu’Alva lui vole sa proie.

– Si tu veux, fit obligeamment Harry en levant sa baguette.

Un instant, les deux duos se firent face sans bouger. Les spectateurs, tant septièmes que huitièmes années, avaient oublié où ils se trouvaient et hurlaient des encouragements à leurs favoris.

Ron émit un pitoyablement geignement, signe qu’il commençait à se réveiller.

Alva lui jeta un Stupéfix. Et ce fut le début du duel.

Alva appréciait moyennement le deux contre deux. Le duel un contre un était plus satisfaisant : on pouvait se défouler sur l’adversaire sans avoir besoin de surveiller ses arrières. Là, Alva était obligée de garder un œil sur Potter.

Enfin, elle était avantagée par sa situation. Potter, lui, ne pouvait pas garder un œil sur elle.

Tiens, ça lui donnait une idée.

Neville était doué, mais pas assez pour Alva. Elle profita d’un bref instant de répit entre deux sorts pour jeter un charme de Confusion informulé à Harry. Pendant quelques secondes, elle crut l’avoir loupé.

Puis le Survivant visa à côté de Malefoy, fronça les sourcils, se retourna, et jeta un sort à Neville, qui s’écroula.

- Yes ! beugla Alva.

Draco stupéfixia Potter, et les deux complices échangèrent un regard ravis… Juste avant que Neville, qui apparemment n’était pas inconscient, lance un sort en direction d’Alva.

Ce fut le noir.

Quand elle se réveilla, elle était assise sur une chaise, entourée par une mare de visages inquiets. Parmi lesquels, ô surprise, Potter et Londubat. Elle sursauta, repoussa Blaise qui envahissait un peu trop son espace vital, puis se redressa tout en lançant à la cantonade :

– On a gagné ?

– Évidemment ! exulta Kim, hors de son champ de vision. On est des génies !

Weasley, qui avait une bosse de la taille d’un œuf de pigeon, la fusilla du regard. Draco, lui, leva les yeux au ciel d’un air gentiment moqueur :

– Arrête la caféine.

Alva éclata de rire, mais son hilarité s’étrangla dans sa gorge quand Stensenn apparu dans son champ de vision. L’enseignant lui lança un regard critique :

– Vous avez été trop impatiente, Miss Hawking. Mais c’était bien joué.

Alva écarquilla les yeux, incrédule. Stensenn venait de lui faire un compliment. Avait-elle reçu un coup sur la tête, un traumatisme crânien ? Ou bien est-ce que quelqu’un venait de jeter un sort à leur enseignant détesté ?

Apparemment non, car Stensenn reprit son habituelle expression impassible.

– Weasley, Potter, Granger, Patil, Londubat, Nott, Boot, Abbot et Finnigan, retenue demain soir à dix-neuf heures avec Rusard.

Il y eut un concert de grognements, mais leur professeur ne cilla même pas.

– Malefoy, Hawking, Zabini, Hefez, Sullivan, Barthemis, Shepper, Smith, Patil. Accès illimité à la Réserve jusqu’aux vacances de Pâques. Vos examens porteront sur les meilleurs moyens de combattre les forces du Mal : essayez au moins d’en savoir un minimum sur les forces en question.

Granger émit un cri étranglé. Les membres du Club, eux, échangèrent des regards ahuris et ravis. Stensenn l’ignorait, mais il venait incontestablement de leur apporter une grande aide dans leurs futurs projets illégaux…

oOoOoOo

Personne ne l’avait remarqué, mais tous les membres du Club s’intéressaient aux malédictions, à des degrés divers. Les premières années, sur lesquels leurs aînés veillaient farouchement, n’avaient pas le droit d’ouvrir le moindre bouquin de magie noire. Mais les autres, profitant allégrement de l’autorisation délivrée par Stensenn, lisaient tout ce qu’ils pouvaient trouver sur le sujet.

Ryan se fit envoyer, par sa famille maternelle, quelques ouvrages sur le sujet. Leur contenu tenait plus du film d’horreur que de la description scientifique, mais ces livres demeuraient une bonne source d’information.

Aucun d’entre eux ne suggéra d’en parler aux professeurs. Quand Nathan souleva le sujet, un après-midi où ils travaillaient tous ensemble –à leurs devoirs, leurs révisions ou leurs recherches– dans une des nombreuses petites cours intérieures de Poudlard, Blaise haussa les épaules.

– Ils n’ont pas fait un geste pour nous aider quand toute l’école nous haïssait. Ils ne nous aiment pas et ne nous font pas confiance. Au mieux ils ne nous croiront pas, au pire ils nous accuseront d’avoir créé la malédiction, et bonjour Azkaban !

– Surtout qu’on a bravé pas mal de règlements, souligna David. Les profs nous tueraient.

– Tiens, en parlant de profs ! fit Ryan en relevant le nez de son bouquin. Hier, j’ai dit « Пиздец » à Flitwick, il n’a pas compris, il a cru que j’éternuais !

– Tu as dit merde à un prof ? s’ébahit Kim.

Une vague de rires traversa leur groupe, et Jack se tourna vers Alva d’un air décidé :

– Alva, il faut que tu nous apprennes des insultes en Russe.

– Dire à Stensenn d’aller se faire voir est mon plus grand rêve, ajouta Justin avec émotion. Comment on dit ça ?

Alva sourit sans cesser de faire sa traduction de Runes. Elle ne levait pas les yeux du parchemin couverts de signes, et ne consultait même pas le dictionnaire. Draco pouvait aisément comprendre que Granger veuille travailler les Runes avec elle : Alva maniait cette langue aussi aisément que l’Anglais.

Sans lever la tête de sa traduction, elle lâcha :

– Stensenn parle le Russe.

Un cri unanime de déception s’éleva du groupe, et cette fois, Alva gloussa en levant les yeux.

– Mais si ça vous intéresse, on dit « Иди на хуй ». Ça veut dire va te faire voir et c’est très, très grossier.

– Cool ! s’exclama Ryan en sortant un carnet et une plume de nulle part. Répète ça, pour voir comment tu le prononce ?

– Phonétiquement, ça fait « Idi nia houille », sourit Alva. Mais j’insiste : vérifiez d’abord que votre interlocuteur ne parle pas Russe avant de lui balancer ça.

Ryan nota scrupuleusement sa nouvelle insulte, tirant un sourire amusé à Anaïs qui le regardait faire avec attendrissement. Depuis qu’ils sortaient ensemble, ces deux-là, ils ne se quittaient plus.

– Le match Serdaigle-Gryffondor est dans trois jours, dit soudain Chris. Draco, tu es toujours absolument sûr de ne pas avoir de chaudron de Félix Félicis sous la main ?

Draco avait attrapé le Vif avant l’attrapeur des Poufsouffles, et c’était sa Maison qui avait le meilleur score pour le moment. Le vainqueur du match Gryffondor-Serdaigle affronterait donc la Maison en vert et argent en finale, et Chris commençait doucement mais sûrement à se ronger les ongles. Pour vaincre Harry Potter, tout le monde répétait qu’il faudrait au moins un chaudron de Chance Liquide. C’était devenu un sujet de plaisanterie entre lui et Draco, qui affirmait pouvoir se contenter de sa chance naturelle.

– Certain, répondit le Serpentard avec aplomb.

– Dommage, geignit le jeune Serdaigle. J’aurais été ravi de battre le Survivant.

– Celui-Qui-A-Marqué, se moqua Draco. Bah, ce n’est pas Merlin, non plus !

– Je doute que Merlin ait jamais joué au Quidditch, fit remarquer Jack. La barbe, ça doit être gênant.

– Ah bon ?

– Ben oui. Imagine Dumbledore sur un balai.

Theodore, qui croquait une Dragée Surprise, éclata de rire et s’étrangla avec son bonbon, se mettant à tousser entre deux hoquets hilares. David lui tapa dans le dos, mais Blaise en rajouta une couche :

– C’est vrai que les barbus, c’est pas très aérodynamique…

Theo, qui avait finalement recraché sa dragée, se mit à rigoler de plus belle, et ne fut pas le seul. Alva, hilare, lança une boulette de papier sur Blaise en représailles :

– C’est malin, j’ai perdu ma ligne !

– Toutes mes excuses, ô splendide princesse.

Alva lui tira la langue, nullement atteinte par ses flatteries, et se replongea dans sa traduction. Autour d’elle, ses amis se remirent aussi à travailler, tout en écoutant d’une oreille distraite la conversation entre ceux qui n’avaient rien à faire. Évidemment, le sujet avait dérivé sur le Quidditch, et plus spécialement sur les clubs préférés des uns ou des autres.

Alva se mordit la langue pour ne pas faire de commentaires quand les Tornades de Tutshill furent évoquées. Mais quand Ryan mentionna que les Flèches d’Appleby avaient battu les Tornades au dernier match, Alva enchanta sa plume –celle de vingt-sept centimètres– pour qu’elle fasse une danse de la joie devant Draco. Le blond lui jeta un regard mauvais, et Alva prit un air innocent.

– Quoi ? Je n’ai rien dit !

– Même muette, tu restes insupportable, soupira le Serpentard en attrapant la plume dansante au vol. Eh, c’est le cadeau que t’a envoyé Astrid, non ?

La plume, en plus d’être immense et d’un magnifique bleu aux reflets azur, avaient un toucher soyeux et unique. Alva esquissa un sourire.

– Oui. C’est une plume de phénix des neiges.

– Un phénix des neiges ? répéta Ryan.

– Mais vous ne lisez jamais ou quoi ? Les phénix de feu ne pourraient pas survivre dans les pays glacés comme la Sibérie, donc c’est leur espèce-sœur qui a colonisé les endroits glacés. Les phénix de neiges. Pareil que les phénix rouges, mais bleus, et se cristallisant au lieu de se consumer.

– Les plumes de phénix de neige et les plumes de phénix rouges, mélangées dans une potion, créent de très violentes réactions, lâcha Draco en retournant au livre qu’il lisait.

Alva désigna le Serpentard d’un air triomphant :

– En voilà un qui n’est pas totalement inculte ! Sans vouloir vous vexer.

– Je suis vexé, râla Theo.

– Tant pis pour toi.

Draco sourit sans lever les yeux de son livre. Ce bouquin venait de la Réserve et portait sur les malédictions antiques lancées par des races non-humaines. Les tournures de phrases étaient bizarrement alambiquées : l’auteur avait du faire une traduction littérale d’une langue elfique ou vampirique. Mais ça restait compréhensible.

– Ils parlent des elfes de maison dans ton livre ? demanda Luna en se penchant par-dessus son épaule.

Draco sursauta, pris par surprise, et jeta un regard froid à la Serdaigle qui l’avait interrompu :

– Pourquoi ça en parlerait ?

– Les elfes de maison ont été la première race maudite, fit Luna avec conviction. Les elfes véritables sont un peuple beau et gracieux tourné vers la nature et la contemplation. Mais une fraction d’entre eux a essayé d’asservir les humains. Le reste de leur peuple a été si horrifié qu’il les a maudit, les condamnant à une existence d’avilissement et de laideur, au service du peuple qu’ils ont voulu soumettre.

– C’est impossible, se moqua Blaise. Les elfes véritables n’existent pas !

– Si, fit tranquillement Luna. Tous les Ministères veillent sur les elfes véritables de leurs pays et les cache au reste de la population. Parce que si les elfes véritables venaient à disparaitre, comme ils n’ont pas lancé d’Examus, la malédiction mourrait avec eux. Et les elfes de maison se transformeraient en magnifiques créatures à l’âme avide de vengeance.

Les autres la regardèrent avec des yeux ronds, puis Draco haussa les épaules et reprit son livre.

– Non, ils ne parlent pas des elfes de maison.

Le sujet sembla clôt et la discussion sur le Quidditch reprit. Alva, moqueuse, se replongea dans sa traduction. Cette histoire d’elfes maudits était de loin la plus vraisemblable des bêtises racontées par Luna, contrairement aux Ronflaks Cornus ou au gens de mauvaise humeur à cause des Joncheruines… Mais quand même, des elfes magnifiques et tournés vers la nature ? N’importe quoi ! Luna avait trop lu de bouquins de Moldu.

Les Moldus avaient tendance à tout magnifier. Les elfes devenaient beaux et fiers, les dragons intelligents, les centaures pacifiques… Les Moldus ne connaissaient pas les Détraqueurs, ou le métal de l’Abysse. Mieux, ils ne connaissaient pas les sorts de Mémoire Scellés.

Pour Alva, pire que les Détraqueurs, ce qui avait faillit la rendre folle durant sa captivité avait été la perte de ses souvenirs. Elle travaillait dans le labo ou dans la serre presque toute la journée, oubliant ce que qu’elle avait fait dès qu’elle franchissait la porte. Il lui manquait des pans entiers de mémoires… Elle avait l’impression de perdre tous mes repères. Parfois, elle se levait et allait au labo et l’instant d’après se retrouvait dans un couloir, tard le soir, ayant oubliée comment elle était arrivée là, pourquoi et combien de temps s’était écoulée. Parfois, elle ne mangeait pas durant deux jours, trop occupée sans doute, et se réveillait une nuit avec le ventre criant famine, totalement désorientée.

Elle croyait devenir folle.

Peut-être était-elle bien devenue folle, là-bas. Elle avait passé trois mois dans cet état de perpétuelle désorientation. Elle n’avait réalisé que ça faisait trois mois bien plus tard, en faisant la soustraction des jours. Mais heureusement qu’au bout de ces trois mois, Rogue était arrivé. Heureusement, au bout de ces trois mois, il l’avait sauvée.

Sans cela, elle aurait sûrement fini par perdre la tête.

Alva esquissa un rictus dépourvu de joie. Andreï Netaniev, son père, avait brisé son esprit, amputé sa mémoire. Sans aucune considération pour elle. Juste parce que ça l’arrangeait, il ne s’était pas posé de questions.

Rien que ça, ça justifiait qu’elle le craigne.

Rien que ça, ça justifiait qu’elle le haïsse.

Elle secoua la tête et se replongea dans ses Runes. Elle essayait de ne pas trop penser à son père. Ou plutôt, de ne pas trop penser à ce qui se passerait si un jour ils se retrouvaient face à face à nouveau. La dernière fois qu’elle avait regardé son père dans les yeux, ça remontait à la mort de Volodia.

Il y avait peut-être eu d’autres regards, d’autres paroles, une explication peut-être. Mais elle ne s’en souvenait pas. Ses souvenirs lui avaient été arrachés. Alors c’était comme s’il n’y avait plus rien, au-delà de la mort de son grand frère adoré.

– Alva, tu m’écoutes ? dit soudain Kim.

– Non, répondit automatiquement la Russe.

Kim se renfrogna, vexée, tandis que les autres riaient plus ou moins discrètement. Rejetant ses longs cheveux bruns par-dessus son épaule, elle finit cependant par revenir à la charge :

– Quand est-ce que tu comptes aller à la recherche de ce truc ?

En prononçant le mot truc, elle avait esquissé la forme d’une sphère avec ses mains. Alva sourit devant l’allusion. Même si quelqu’un les écoutait, il ne risquait pas de comprendre grand-chose.

– Aux vacances de Pâques, fit-elle en se replongeant dans son livre.

– Dans à peine plus d’un mois… murmura David.

– Qui viendra avec toi ? interrogea Jack en se penchant vers la Russe.

Elle leva les yeux au ciel, tout en apposant un point final à sa traduction. Cinquante centimètres de Runes alambiquées traduites en un Anglais parfaitement clair et compréhensible. Si jamais elle ne pouvait pas devenir chasseuse de monstres ou maître du monde, elle deviendrait experte en Runes. C’était tellement grisant de se plonger dans ce langage. Lire à voix haute un sortilège écrit en Runique suffisait à déclencher un sort, bien souvent : et le lire simplement dans sa tête pouvait, dans le cas des sorciers les plus puissant, agiter leur magie à un degré alarmant.

Les Runes étaient la magie faite mots.

– Alors, Alva ? insista le Gryffondor.

La rousse enroula son parchemin, tout en réfléchissant :

– En bien… Si les concernés sont d’accord, évidemment… Pour commencer, Draco.

Ayant entendu son nom, le Serpentard cessa de discuter Quidditch avec Ryan et Justin, et se tourna vers Alva en haussant un sourcil. La Russe ne fit pas attention à lui, et continua à énumérer :

– Puis Anaïs pour ses talents en Métamorphose, Ryan parce que c’est notre expert en malédictions, Jack parce que c’est le plus apte au combat physique…

– Je l’savais ! exulta le Gryffondor.

– Puis David pour ses compétences en Sortilèges et en Défense. Et Theo parce que c’est le meilleur de la classe en Potions.

– Ce n’est pas vrai, objecta timidement le susnommé. Draco et toi raflez presque toujours la première place.

– Oui, mais on est deux, et Potter n’est pas si mauvais. Toi, tu as un boulet à la cheville en la personne de Neville, et tu parviens quand même à nous surpasser tous les trois une fois sur quatre. Et je suis sûre que si Potter n’était pas le chouchou de Slughorn et que Draco n’avait pas été celui de Rogue, tu aurais écrabouillé tout le monde depuis belle lurette.

Flatté, Theodore balbutia quelque chose d’incompréhensible et regarda ailleurs, les joues rosies. David lui donna un coup de coude taquin, et Blaise lui chuchota à l’oreille quelque chose qui le rendit encore plus cramoisi.

– Jusque là, on tient une bonne équipe, fit Kim en haussant les épaules. Draco et toi vous formez un duo mortel en combat, mon dos s’en souvient encore…

Durant les séances du Club, les plus avancés s’entrainaient maintenant à combattre à deux. Kim avait fait les frais des exercices de l’équipe Hawking-Malefoy, et plus spécialement d’un sortilège d’Expulsion assortit d’un maléfice Cuisant.

– Désolée, marmonna la Russe.

– Pas grave. Mais pourquoi tu n’emmènerais pas Justin ? Il est devenu plutôt fort.

Alva toussota, mal-à-l’aise, et Justin grommela quelque chose d’indistinct. Charitable –ou pas–, Blaise intervint :

– Je ne sais pas si tu as remarqué, mais Justin est d’une maladresse abominable. Il n’est pas du tout discret.

– Merci Blaise, ronchonna Justin. Ça me remonte le moral.

– Et puis, on aura déjà deux Gryffondors pour nous entraîner dans les ennuis, plaisanta Ryan.

Jack lui donna un petit coup de poing dans le ventre qui plia le Serdaigle en deux, faussement fâché. Le Batteur se débrouillait à présent aussi bien avec ses poings qu’avec une batte de Quidditch. Il prévoyait d’apprendre la boxe durant les prochaines vacances d’été.

– C’est quoi ces préjugés sur les Gryffondors ?

– Fréquentation abusive des Serpentards ? suggéra Chris hilare.

– Ou bien tu attires les Nargoles, proposa Luna.

Alva leva les yeux au ciel en rigolant, et ouvrit un des livres de la pile posée à côté de Ryan. Lignées maudites, par Philemon Bailey. Autour d’elle, le joyeux babillage de ses amis emplissait l’air frais de Mars.

Un léger sourire s’épanouit sur son visage. Elle remarqua à peine que Draco avait délaissé son propre livre pour l’observer avec attention.

La semaine passa.

Ils étaient fin Mars. La pression montait chez les élèves qui allaient passer leurs BUSEs et leurs ASPICs. Leurs professeurs leur donnaient des séries de devoirs-surprises qui amenaient les étudiants au bord de la crise de nerfs. Les membres du Club qui allaient participer à « la grande expédition glauque », selon les mots de Jack, travaillaient encore plus que les autres.

A présent, avec la tension et les révisions, il n’était plus question de travail d’équipe, et de nombreux binômes se désagrégeaient d’eux-mêmes. Les anciens groupes se formaient tout naturellement. Le seul binôme inter-Maison à tenir plus solidement que les autres, outre bien sûr ceux des membres du Club, était celui de Theodore et Neville. Ces deux-là étaient véritablement en train de devenir amis.

– Je sers plus ou moins d’intermédiaire entre lui et Luna, plaisanta Nott.

David haussa un sourcil :

– Ils ne se sont toujours pas remis ensemble ?

Draco leva les yeux au ciel :

– Luna ne peut pas accepter de retourner avec Neville si ça veut dire qu’elle doit aussi retourner dans son cercle d’amis qui bavent joyeusement des horreurs sur nous. Mais elle l’aime, son Gryffondor.

Devant le regard ahuri que lui jetaient ses deux condisciples de Serpentard, Malefoy grogna :

– Quoi ? A moi aussi elle parle.

Anaïs gloussa, et Alva leva les yeux au ciel. Les comploteurs au complet se trouvaient dans la Salle sur Demande, c’est-à-dire Draco, Theo, David, Alva, Ryan, Anaïs et Jack. Ils s’étaient rassemblés pour mettre au point les détails de leur entraînement et de ce qu’il leur fallait avant de foncer dans le piège conçu par Rogue.

Theo leva les yeux au ciel, et agita une liste devant eux :

– Bref. Voilà les potions dont on pourrait avoir besoin.

– Pimentine, trois sortes de potions énergisantes, Philtre Sans-Sommeil… Eh, je ne crois pas qu’on restera trois jours là-dessous ! protesta Alva.

– Ne sois pas trop optimiste, la rabroua David. On parle de Rogue, là. Quand il fait quelque chose, il ne le fait pas à moitié.

Anaïs hocha la tête :

– Sans oublier qu’il voulait que la cachette de l’Orbe, si elle était découverte, puisse arrêter Netaniev, mais aussi V-V-Voldemort.

Draco et Alva frissonnèrent des pieds à la tête. Même si les autres tressaillirent, plus de surprise que de peur, leurs réactions furent loin d’être aussi marquées que celles des deux complices. Ryan les regarda d’un air curieux :

– Allez, il est mort. Ne soyez pas si effrayés.

– Tu dis ça parce que tu ne l’as jamais rencontré en personne, marmonna Draco. J’avais envie de me cacher sous la table à chaque fois qu’il était dans la même pièce que moi.

– Il était si terrifiant que ça ? fit Jack avec une espèce de curiosité morbide.

Alva et Draco échangèrent un regard, et la Russe grimaça :

– Ce n’était pas seulement son aspect. C’était son… Je ne sais pas, sa présence.

– Sa magie, lâcha Draco. Autour de lui, l’air irradiait le pouvoir. Mais c’était un pouvoir tellement… Je ne sais pas, tordu, anormal, inhumain…

Alva approuva :

– C’est ça. C’était inhumain. Je suppose que c’est parce que je pratique la magie rouge, mais la seule et unique fois où je l’ai vu, j’ai été choquée de voir qu’il était vivant. Il m’a fait penser à une créature à mi-chemin entre l’Inferi et le Détraqueur. C’était malsain. Malsain et terrifiant.

Draco posa son regard sur les arums qu’Alva avait dans les cheveux, mais ne dit rien. Les autres, en revanche, s’étaient penchés vers elle d’un air fasciné :

– Tu l’as rencontré ?!

– Quand mon père m’a amené à Londres, dit brièvement Alva. Il a dû passer par le manoir des Malefoy, juste avant de m’enfermer dans son Q.G. cerné par les Détraqueurs.

Il y eu un silence, puis Alva se remit à lire la liste donnée par Theodore :

– Elixir Fortifiant, Potion de Régénération Sanguine, bézoards, et Félix Félicis. Oui, ça me parait bien. On va sans doute avoir affaire à des poisons et à des pièges qui risquent de nous blesser physiquement. Maintenant, comment se procurer ces potions ?

– Régénération Sanguine, Pimentine et Sans-Sommeil, j’en fais mon affaire ! lâcha Ryan. J’ai mes entrées à St. Mangouste. Je demanderai à un de mes amis de m’envoyer ça.

– Tu as des amis à St. Mangouste ? s’étonna Alva.

– Je voudrais devenir Guérisseur, avoua Ryan. Je travaille là-bas durant certaines vacances, pour me faire des relations, depuis ma quatrième année.

– Les bézoards, on peut prendre ça dans les ingrédients de Slughorn, proposa Draco.

– Et les potions énergisantes peuvent facilement s’acheter dans le milieu des Aurors, fit David. Je demanderai à Kim de marchander ça à son père : elle n’aura qu’à prétendre en avoir besoin pour ses révisions.

– Reste le Félix Félicis, fit remarquer Theodore. On n’a pas le temps d’en fabriquer, et ça vaut une fortune. Quelqu’un a des contacts chez des Maîtres des Potions ?

– Hum, fit Alva. Je pourrais demander à Astrid de taquiner quelques uns de ses amis à Durmstrang, mais j’ai peur que ça remonte jusqu’à Stensenn.

– On a pas le choix, trancha Draco. Si on s’apprête à foncer droit dans un piège conçu pour arrêter le Seigneur des Ténèbres, on aura forcément besoin de beaucoup de chance.

– D’accord. Je lui écrirais ce soir.

– La question des potions est donc réglée, lâcha Kim. Pour l’entraînement, on se voit en dehors des réunions du Club, je suppose ?

– Mercredi soir et dimanche soir en plus : c’est les seuls créneaux qui nous iront. Ryan, demande beaucoup de stock de Sans-Sommeil, s’il-te-plaît. Il va falloir qu’on prenne sur nos nuits pour faire nos devoirs.

– J’ai une question, fit Jack en levant la main. J’aurais le droit d’emmener ma batte de Quidditch quand on ira là-dessous ?

Là-dessous désignait les fameux souterrains piégés par Rogue. Alva haussa un sourcil :

– Tant que tu n’amènes pas les Cognards en plus… Toutes les armes sont autorisées.

Il y eu quelques ricanements, et Jack lança un coussin sur Draco parce que c’était lui qui avait l’air le plus moqueur. Le Serpentard blond attrapa au vol l’objet du délit, et se tourna vers Alva :

– Je pense aussi que tu devrais laisser ta croix dans un lieu sûr.

Alva redressa le menton et croisa les bras, apparemment opposée à cette idée. Ses amis poussèrent un soupir mental. Cette fille était têtue comme une mule.

– Pas question, se rebella la rousse. Et si on a besoin de la croix pour détruire l’Orbe ?

– Et si la malédiction s’active une fois la clef à proximité ? contra Malefoy.

Alva rumina l’argument pendant quelques secondes. David et Theo échangèrent un bref regard, puis le Poufsouffle avança avec prudence :

– Et imagine, dans le pire du pire des scénarios possible, que Rogue ai placé un gardien ayant pour but de tuer celui qui porte la croix ?

– Ce n’est pas impossible non plus, réfléchit Theo. Il pourrait très bien avoir mis, devant l’Orbe, un artefact de magie noire qui réagira au porteur de la croix et le détruira.

– Au besoin, on retourna là-bas avec la croix pour détruire l’Orbe, ajouta Ryan.

– D’accord ! capitula la Russe. Je ne l’emmènerais pas, ça vous va ?

– En fait, plaisanta Draco d’un air malicieux, il faudrait que tu le caches, puis que tu enlèves de ta tête le souvenir de sa cachette, comme ça tu serais protégée contre un utilisateur de Legilimancie… Au cas où le Seigneur des Ténèbres nous attendrait, caché dans l’ombre…

A nouveau, il se prit un coussin dans la figure, et cette fois il ne fut pas assez vif pour l’arrêter. Ryan et Anaïs éclatèrent de rire en voyant que le contact du tissu avait rendu électrique les cheveux blonds de Draco, auréolant son visage de mèches ébouriffés.

– Tu te fiches de moi ! s’exclama Alva, un autre coussin déjà à la main.

– Oui, avoua carrément Draco.

Alva brandit son arme, mais Ryan la retint par le poignet, essayant de dissimuler son grand sourire derrière un air réprobateur :

– Ça suffit, arrêtez de vous chamailler !

Bon gré mal gré, Alva laissa tomber son coussin et tira de son sac un rouleau de parchemin qu’elle déroula.

– Bon, voilà les sorts qu’on devra connaître sur le bout des doigts… J’en connais qui ne sont pas très recommandables mais qui peuvent être utiles. Que ceux qui n’ont pas peur de la magie noire lèvent la main.

Jack, Ryan, David et Draco levèrent le bras avec prudence. Les autres hésitèrent, mais Alva ne leur laissa pas le temps de se porter volontaire.

– Parfait. Vous quatre, on se voit dimanche, toute la journée.

– Ah la la, de la magie noire… On va joyeusement flirter avec l’illégalité, non ? soupira Ryan.

Alva leur adressa un sourire carnassier :

– Oui, carrément.

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