Le parfum des Arums

Les indications de Rogue

Alva posa sa plume et soupira avec soulagement. Ils étaient déjà au début d’avril : les vacances approchaient à grands pas. Heureusement, parce que les membres avaient utilisé près de la moitié de leur stock de Sans-Sommeil. Il faudrait penser à diminuer les doses.

Elle jeta un regard autour d’elle, constatant sans surprise que Stensenn avait cessé de corriger les copies et l’observait. Il lui avait demandé de créer le motif d’un Glyphe. Apparemment, son évaluation pour les ASPICs consisterait à créer une Encre, un Glyphe et à tatouer le second avec la première. Créer quelque chose de nouveau, surtout en combinant les Runes et les Potions, était sacrément difficile. Alva pressentait qu’elle allait en baver.

– Apportez-moi votre copie, Hawking, et vous pourrez sortir.

La jeune fille rangea sa plume et le reste de ses affaires, puis saisit sa feuille et la déposa sur le bureau de son enseignant. Le motif qu’elle avait dessiné était entièrement constitué à de Runes, mais globalement, on pouvait distinguer une sorte de dessin servant de fil conducteur. Un dessin qui pouvait représenter un aigle, vu d’au-dessus. Les ailes étaient tout particulièrement travaillées.

En annexe, elle avait joint au moins trente centimètres de parchemin d’explications, et Stensenn haussa un sourcil appréciateur. Néanmoins, il ne lui fit aucun compliment. Ce n’était pas comme si Alva s’y attendait de toute façon…

La jeune fille allait franchir la porte de la classe lorsque la voix honnie de Stensenn s’éleva.

– Hawking.

La jeune fille se figea, et fit lentement demi-tour pour faire face à Stensenn. Il la regardait dans les yeux. Par réflexe, Alva dressa ses murailles mentales, et Stensenn fronça les sourcils. La Russe serra les mâchoires. Il avait essayé d’utilisé la Legilimancie…

– Quoi que vous prépariez, Hawking, sachez que je vous surveille.

La rousse redressa le menton avec fierté, et lâcha d’un ton hautain :

– Je ne vois pas de quoi vous parlez.

Intérieurement, son estomac faisait des nœuds. Si Stensenn s’intéressait d’un peu trop près aux projets du Club, s’il découvrait la malédiction… Aucun doute, il penserait Alva responsable, vu qu’elle était selon lui la dernière des Netaniev. Et la Russe préférait ne pas penser à ce qui risquait de se passer.

Le professeur la regarda un long moment sans rien dire, et Alva garda dressée ses barrières mentales, puis il la congédia d’un vague geste de la main, comme on chasse une mouche gênante. La Serdaigle fit volte-face et quitta la classe à grands pas.

Plus elle passait du temps avec ce type, plus elle le trouvait détestable. Difficile à cerner, mais incontestablement détestable.

Sur certains points, Stensenn lui faisait penser à Rogue. Certes, Stensenn avait une beauté et un charisme que Rogue ne possédait pas : mais tous les deux avaient cette aura, cette prestance intimidante qui écrasait les autres.

Mais Rogue semblait haïr le monde entier. Rogue avait perdu la personne qu’il aimait le plus au monde. Rogue était quelqu’un de bien. Rogue essayait juste de racheter une grossière erreur de jeunesse, quitte à y laisser sa vie, son âme et sa conscience.

Stensenn était juste un enfoiré d’arriviste qui, plein de mépris et de suffisance, avait voulu faire un pied de nez à tous les mages noirs du monde en les privant du potentiel de Volodia. Et Volodia, gentil, stupide et trop généreux Volodia, était mort pour des idées qui n’étaient même pas les siennes.

Stensenn était détestable.

Et Alva ne se privait pas de le détester.

Elle poussa un long soupir. Elle mûrissait depuis un moment le projet de retourner dans le bureau de la Directrice pour demander à Rogue des précisions sur la cachette de la malédiction, et ça minait sa concentration… Il fallait absolument qu’elle en parle à Malefoy. Elle aurait besoin d’un coup de main.

Elle appréciait de plus en plus Draco. Bon, d’accord, il n’était pas humble pour un sou, affichait toujours cet insupportable air narquois –surtout depuis que Potter avait battu Chris durant le dernier match : Malefoy espérait bien l’emporter en finale–, et en combat sans baguette, il était nul.

Mais il était intelligent, vif d’esprit, sarcastique et sensible à la fois, bref, il lui était sympathique. Il comprenait ce qu’Alva avait vécu avec sa famille. Et il la soutenait. De tous ses amis à Poudlard, Draco était sans doute celui qui lui était le plus proche.

Alva arriva aux cachots en même temps que ses camarades. Elle rejoignit sa place, entre Potter et Draco, tandis que Slughorn commençait à leur expliquer ce qu’ils allaient faire durant la séance. En passant, elle aperçu Blaise qui se rongeait les ongles tandis que Granger lui chuchotait quelque chose d’un air compatissant. Sous le choc, la Russe faillit manquer son banc et tomber par terre, mais Draco l’empêcha de basculer en lui attrapant le poignet. La jeune fille s’assit correctement, les yeux toujours rivés sur le couple improbable :

– J’ai manqué quelque chose ?

– Ça fait une semaine que Nosferatu a disparu, grommela Draco.

– Ça, ce n’est pas nouveau.

– Mais cet idiot est allé pleurer sur l’épaule de Granger, et elle vient de se déclarer son psychomage attitré. Évidemment, elle s’y connait en bestioles monstrueuses. Son chat à elle est à moitié Fléreur.

– Nosferatu est tout aussi impressionnant, fit remarquer Alva en sortant son livre de Potions.

Draco haussa les épaules, et ouvrit son propre livre. Alva le lui referma d’un coup sec :

– On prend le mien. J’ai déjà fait cette potion à Durmstrang, j’ai modifié les consignes.

– Et si ça nous explose à la figure ? s’indigna Malefoy.

– Ça n’explosera pas.

– Potter, ça serait un très bon moment pour te manifester ! grommela Draco.

Harry releva le nez du feu qu’il venait d’allumer sous le chaudron, et haussa les épaules :

– Je vote pour le livre de Hawking.

– Quoi ?

– Jusqu’ici, elle ne s’est jamais trompée, se défendit Potter. Et elle me fait beaucoup plus peur que toi.

Le regard des deux garçons se dirigea sur la rousse, qui leur adressa un sourire carnassier. Draco poussa un soupir à fendre l’âme, et se leva pour aller chercher les ingrédients :

– Je m’incline. Mais Potter, tu me le paieras.

– Pourquoi seulement moi ? s’indigna le Gryffondor.

– Parce qu’elle me fait plus peur que toi ! se moqua Draco en s’éloignant.

Harry secoua la tête, vaguement amusé, et Alva leva les yeux au ciel. Elle s’était imposée dès le début à Poudlard, et ne le regrettait aucunement : mais parfois, elle aurait bien aimé être autre chose que la garde du corps ou la fille un peu flippante que voyaient les autres.

Kim était belle, belle comme un mannequin ou une princesse, de cette beauté racée et nonchalante qui caractérise ceux qui sont bien nés et à qui tout réussi. Anaïs aussi était jolie, à la fois élégante et discrète, comme une fleur en train d’éclore. Même Luna était féminine, dans sa manière de sourire, d’être douce et rêveuse, de sourire et de tendre la main à tout le monde.

Mais Alva était avant tout une battante, et ça les gens ne pouvaient pas l’oublier. A Poudlard, personne ne comprenait que l’agressivité ne faisait pas d’elle une brute. Ils n’avaient pas l’habitude de voir une fille se battre.

– Il est devenu presque sympa, lâcha Harry en remplissant le chaudron d’un Aguamentis informulé.

Alva coula un regard dans sa direction. Même si elle lui avait mis une raclée –deux fois, en plus–, Potter était l’un des rares à ne pas la regarder comme une bête de foire.

– Je pourrais en dire autant de toi.

– J’ai toujours été sympa !

Alva lui lança un regard dubitatif et Harry se mordit la langue pour ne pas répondre à la provocation. La trêve entre eux était encore trop récente pour qu’ils se chamaillent. Draco revint avec les ingrédients nécessaires à leur potion, et jeta un regard aux instructions raturées par Alva. Ça dut lui sembler cohérent, car il ne s’insurgea pas comme il le faisait souvent.

Ils se répartirent les tâches en tirant à la courte paille, et ce fut Alva qui écopa de la chair de lézard à couper en dés. Fronçant le nez devant l’odeur, elle se mit au travail.

Bien souvent, ils finissaient par trouver une certaine harmonie entre eux durant les cours de Potions. C’était l’un des rares cours où ils étaient forcés de se mettre en binômes. En DCFM, c’était obligatoire, mais ils devaient se battre entre eux. En Sortilèges et en Métamorphose, c’était quelques fois nécessaire, mais dans ce cas Potter préférait faire bande à part. Seules les Potions leurs permettaient de travailler réellement ensemble.

C’était également le seul cours où ils avaient des discussions civilisées, comme celle de la Bibliothèque le jour où ils avaient fait un devoir de DCFM ensemble.

– A mon avis, l’épreuve des ASPICS sera un duel à un contre plusieurs, disait Alva.

– Un étudiant contre plusieurs examinateurs ? s’étrangla Potter.

– Plutôt un étudiant contre plusieurs étudiants. Le premier serait évalué sur sa force brute, et les autres sur leur capacité à adapter leur puissance et à travailler en équipe.

– Laisse-moi deviner : c’est un test typique de Durmstrang ! ricana Draco.

– Oui, admit Alva.

– Il y a d’autres coutumes de Durmstrang qu’on devrait connaître ? lâcha Harry en touillant dans le sens des aiguilles d’une montre. Genre, des sacrifices rituels, un combat à mains nues entre un élève et un loup-garou ?

Draco se mordit la joue pour ne pas rigoler. Alva, elle, resta très sérieuse :

– Il y avait souvent un bal avant les examens. Obligation d’y assister. Les profs en profitaient pour fouiller les dortoirs à la recherche des drogues qu’on aurait pu utiliser pour se doper le cerveau.

– Un bal ? firent les deux garçons, Draco avec intérêt et Potter d’un air horrifié.

Alva hocha la tête, souriant d’une oreille à l’autre :

– C’était tordant. Certains ne savent absolument pas danser. Et souvent, ce sont les plus populaires. Astrid par exemple : elle peut découper n’importe quel adversaire en rondelle, monter à dos de griffon, affronter un dragon, mais elle est incapable de marcher avec des talons hauts !

– Tu as décidément beaucoup de fréquentations douteuses, se moqua Draco.

– Tu peux parler !

– Slughorn arrive, les prévint Potter.

Ils replongèrent tous les trois dans leur travail avec beaucoup d’application. Slughorn s’arrêta devant eux, et passa cinq bonnes minutes à les complimenter tout en proposant à Harry d’assister à sa prochaine soirée au club de Slug. Ils endurèrent stoïquement le supplice jusqu’à ce que Neville les prenne en pitié et appelle l’enseignant pour qu’il vérifie quelque chose.

Le reste du cours se déroula dans un quasi-silence, puisque Slughorn n’arrêtait pas de rôder près d’eux. Néanmoins, Alva se sentait rassurée. Même si l’animosité entre Gryffondors et Serpentards ne s’évanouirait sans doute jamais, ils semblaient avoir accepté la trêve.

Alva attendit la fin du cours pour avoir l’opportunité de parler seule à seule avec Draco. Elle ruminait son idée depuis ce matin, et saisit donc sa chance dès que Potter alla déposer une fiole avec un échantillon sur le bureau de Slughorn.

– Draco, il faut que je retourne dans le bureau de McGonagall.

– C’est toujours pas une bonne idée.

– Draco !

– D’accord, je t’aiderai. De toute façon, il faut qu’on demande au professeur Rogue ce qu’il a placé comme pièges dans son parcours de la mort.

Alva esquissa un sourire, et l’aida à ranger leur bureau avant que le cours ne prenne fin et qu’ils ne se dirigent, côte à côte, vers la sortie. Ils avaient à peine rejoint la porte que déjà le groupe habituel s’était reformé autour d’eux : Ryan, Anaïs, Kim, Justin, Blaise et Theodore.

Harry les suivit du regard, notant au passage que Ryan et Anaïs se tenaient par la main.

C’était étrange. Alva avait regroupé des personnes extrêmement différentes autour d’elle. Peut-être parce qu’elle était polyvalente. Elle avait eu chacun d’entre eux par une corde différente. Leur besoin de protection, d’amitié, de modèle, de complicité.

Le petit groupe se sépara dans le hall d’entrée : Kim, Ryan et Anaïs se dirigèrent vers la Bibliothèque, Justin vers sa salle commune, et Theodore et Blaise vers la leur. Draco et Alva prirent ensemble la direction du bureau de McGonagall, discutant à voix basse d’un plan.

– Le mot de passe a forcément changé depuis notre dernière visite.

– Et je doute que tu puisses à nouveau te faire convoquer…

Draco grimaça. Alva réfléchit quelques secondes, puis haussa les épaules :

– Il va falloir guetter la porte pour entendre le mot de passe de la bouche d’un prof. Classique.

– Ça aurait été plus pratique avec la cape, grommela Draco.

– Oui… Le sortilège de Désillusion et de Bulle de Silence ne seront peut-être pas suffisants pour dissimuler notre présence dans le couloir. A moins qu’on ne puisse trouver une cachette.

– Derrière une gargouille ? proposa Draco.

– C’est vrai, tu es pote avec les statues, se moqua gentiment Alva. Mais les gargouilles sont toutes à minimum six mètres de l’entrée du bureau. Trop loin.

– Pas forcément. On peut utiliser des Oreilles à Rallonges.

Alva cligna des yeux avec un air de totale incompréhension :

– Des quoi ?!

Draco lui expliqua brièvement le principe des Oreilles à Rallonges, et Alva adopta le plan avec enthousiasme :

– C’est une super-idée. Tu les as dans ton dortoir ?

– Oui. Pourquoi, tu comptes agir quand ?

– Ce soir. McGonagall devra bien rentrer dans son bureau après le dîner. Je guetterai ici.

– Non, ça sera moi, contra Draco. Déjà parce que les gargouilles m’aiment bien. Ensuite parce que Stensenn te surveille. Ne nie pas ! Il te fixe comme s’il voulait lire ton esprit à chaque fois qu’il te croise.

Alva grimaça, et rendit les armes. Draco avait raison : leur professeur de DCFM lui posait assez de problèmes comme ça, inutile d’en rajouter.

– D’accord. Je trouverai une excuse pour que tu rates le dîner. On reste en lien par les Silverscrolls. Avec herbe à chat comme mot de passe.

Malefoy gloussa, et ils échangèrent un regard complice. Dans leur couloir, un groupe de troisièmes années venaient en sens inverse. Avant qu’ils ne les croisent, la Russe changea promptement de sujet :

– Méfie-toi de Weasley.

– Et de Potter.

– Non, surtout de Weasley. Potter est méfiant mais pas agressif. Weasley, lui, te déteste vraiment. S’il emprunte le charme localisateur et la cape de Potter, et je suis persuadé que Potty le laissera faire, il risque de réellement devenir dangereux pour l’opération.

Draco lui donna un coup de coude, taquin, et la rassura avec un sourire narquois.

– Allons, je sais me défendre, Hawking !

Il n’empêche qu’au repas, depuis la table des Poufsouffles, Alva surveilla Weasley du coin de l’œil. Apparemment, le roux était en pleine séance de roucoulage avec Granger, et Potter tenait la chandelle. Ça dura tout le dîner. Au dessert, Weasley faillit mettre son coude dans sa pâtisserie tellement il était plongé dans le regard de son amie.

Alva ricana, et jugea que le moment était bon pour prendre des nouvelles de Draco. Cachée aux yeux indiscrets par les membres du Club qui l’entouraient de toute part, elle sortit son Silverscroll, s’avachit sur la table pour le cacher, et se mit à écrire.

Arrivée d’Alva.

Draco dit : J’ai faim.

Alva dit : On en est au dessert, il y a du flan. Je t’en garde ?

Draco dit : Non, j’irai aux cuisines.

Alva dit : Tu sais où se trouvent les cuisines ?!

Draco dit : C’est le prochain passage secret que je te montrerai. Retrouve-moi à côté du tableau représentant une coupe de fruit, près de l’escalier principal du hall d’entrée : je t’y rejoindrai dès que McGonagall sera rentrée dans son bureau.

Alva dit : Ça marche.

Draco dit : McGo est toujours à table ?

Alva dit : Elle discute avec Sinistra. La moitié des élèves sont partis, je fais exprès de traîner avec les autres. Elle ne devrait pas tarder à quitter la salle.

Draco dit : Au fait, quelle table, aujourd’hui ?

Alva dit : Poufsouffle. Zacharias Smith a failli perdre sa mâchoire quand on s’est assis à côté de lui… Apparemment, Kim a été impressionnée par ses talents quand Stensenn nous a fait combattre. Ils n’ont pas arrêté de discuter.

Draco dit : Oh, il a accepté la présence des ignobles serpents ?

Alva dit : Il a ignoré tout le monde sauf Kim. Ça aurait pu être pire.

Draco dit : J’ai carrément faim…

Alva dit : McGonagall se lève !

Draco dit : Enfin !

Alva dit : Ne t’emballe pas, il y a bien dix minutes de marche entre la Grande Salle et son bureau…

Draco dit : Je sais, j’attends.

Alva dit : Je reste à table, tiens-moi au courant.

Alva dit : Elle arrive ?

Draco dit : J’entends son pas dans le couloir. Attends.

Alva dit : Alors ?

Draco dit : Loch Lomond.

Alva dit : C’est un lac ?

Draco dit : C’est aussi un alcool. Et le mot de passe…

Alva dit : Parfait. A tout à l’heure devant le tableau des fruits !

Alva a quitté la conversation.

Draco a quitté la conversation.

Ils se retrouvèrent comme prévu devant la nature morte, et Draco les fit entrer dans la cuisine en chatouillant la poire. En voyant leurs visiteurs, les elfes s’inclinèrent jusqu’au sol et se hâtèrent de leur proposer à manger. Tandis que Draco mangeait son sandwich, Alva demanda une clémentine qu’elle se mit à peler avec soin en expliquant :

– Je ne devrais pas y retourner de nuit…

On ne devrait pas y aller la nuit, rectifia Draco d’un air mauvais. Je viens. Ce n’est pas négociable.

Alva leva les yeux au ciel, réprimant un sourire, puis poursuivit comme s’il ne l’avait pas interrompue :

– La nuit, Potter et compagnie sont dans leurs dortoirs, peut-être qu’ils utilisent leur charme localisateur.

– Tu veux y aller en plein jour ? lâcha Draco entre deux bouchées.

– Oui. Pendant que Potter et Weasley sont surveillés.

– Tu peux essayer la Botanique, lâcha pensivement Draco. Tu n’a plus de cours de soutien en Métamorphose, ça te fait donc des heures de libre.

– Pas bête. C’est quand, la Botanique ?

– Lundi matin et mercredi matin.

– J’irai lundi. McGonagall passe souvent la journée du lundi à arpenter Poudlard. Peut-être pour se réveiller de sa gueule de bois du week-end ?

Draco ricana, et s’étrangla avec un bout de sandwich. Alva lui tapa dans le dos en ricana, jusqu’à ce qu’il déglutisse et demande un verre d’eau, les larmes aux yeux. Après avoir but à longues gorgées, il fusilla son amie du regard :

– Tu es une grande malade !

– J’ai rien fait, se défendit la Russe. Ou presque rien.

Malefoy lui donna un coup de pied sous la table, puis s’attaqua à nouveau à son sandwich. Mais plus lentement, cette fois, et guettant Alva avec prudence. La rousse esquissa un sourire en coin avant de croquer un quartier de sa clémentine, qu’elle savoura un instant avant de reprendre la conversation là où elle s’était arrêtée :

– Si tu veux venir…

– Bien sûr que je veux venir.

– Bon. Alors, en cours de Botanique, tu devrais trouver un moyen de quitter le cours. Te blesser ou quelque chose comme ça. Tu me rejoindras directement dans le bureau.

– Et si McGonagall est là ?

– Improvise.

– C’est un truc de Gryffondors et de Poufsouffles…

– Tu te répètes, Malefoy. Et puis, même si c’était le cas, tu devrais en être capable, non ?

Draco haussa les épaules avec dédain, et reprit une bouchée de son sandwich. Alva se remit à manger son fruit. Un silence détendu se mit à flotter entre eux, et la jeune fille rousse poussa un soupir satisfait.

Elle adorait ce genre de moment.

Bien sûr, Draco se sentit obligé de le gâcher en suggérant que, peut-être, le mot de passe changerait ce week-end. Alva le fusilla du regard.

Ce type était incorrigible.

oOoOoOo

Alva s’attendait à ce que le week-end soit mortellement ennuyeux, que ce soit une longue attente trompée par les révisions. A sa grande surprise, ce fut particulièrement mouvementé. Et pour une fois, ni elle ni Potter n’y étaient pour quoi que ce soit.

Au matin, durant le petit-déjeuner à la table des Gryffondors, Valerian arriva en retard. Etant donné qu’il était assez désordonné, ça n’avait rien d’inhabituel… Ce qui l’était plus, c’était le fait qu’il soit visiblement complètement hilare. Sitôt arrivé, il se pencha vers Blaise :

– J’ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle. Laquelle tu veux en premier ?

Blaise plissa les yeux, soudain alarmé :

– La bonne.

– J’ai retrouvé ton chat !

Le visage du métis s’éclaira, puis il se souvint qu’il n’y avait pas qu’une bonne nouvelle. Prudent, il demanda :

– Et la mauvaise ?

Le sourire hilare de Valerian s’élargit encore :

– C’est un transsexuel.

Blaise en lâcha son toast, tandis que Theo et Draco s’étranglaient avec un bel ensemble. Jack ouvrit des yeux ronds avant d’éclater de rire. Kim, incrédule, cligna des yeux.

– Pardon ?!

– Vous voulez voir ? demanda innocemment Valerian.

La plupart d’entre eux n’avaient pas fini leur petit-déjeuner, mais la curiosité fut la plus forte. En bon Serpentard, le cadet des Barthemis avait su capter leur intérêt. Le temps d’échanger un regard, et leur petit groupe, Luna comprise, quitta la table.

Valerian les guida en direction des cachots, mais avant d’entrer dans les escaliers qui descendaient, il prit un couloir vide. Il n’était pas très long, cinq mètres à peine, et obscur car il n’y avait pas de torches. Les murs nus, et le couloir s’achevait en cul-de-sac par une grande tapisserie représentant un dragon assoupit.

– Je remontai des cachots quand je l’ai vu passer comme une flèche ! expliqua Valerian qui avait l’air de se retenir de rire. Et il s’est glissé sous la tapisserie. Alors, bien sûr, j’ai regardé… Et… Voilà !

En prononçant le dernier mot, Valerian avait soulevé d’un coup la tapisserie. Le pan de tissu masquait un renfoncement, sans doute une ancienne porte à présent murée, qui faisait bien un mètre de profondeur. Le sol était couvert de vieux chiffons, de serpillères, de pulls disparus

Et, au milieu des plis de tissu, Nosferatu les regardait d’un air hautain, entourée de quatre chatons.

La mâchoire de Blaise se décrocha, tandis que Kim, Alva, Anaïs et Cathy se précipitaient vers les boules de poils :

– Oh, ils sont trop mignons !

– M-m-mais c’est une fille ! bégaya Zabini.

Ryan, qui devait se tenir au mur pour ne pas s’écrouler tellement il riait, balbutia entre deux hoquets d’hilarité :

– Te voilà papa !

– Mais… Mais…

Draco, qui contenait mal son fou-rire, s’agenouilla près des chatons pour les examiner. Son sourire s’agrandit, et il se retourna pour lancer à son ami effaré :

– Ne te réjouit pas trop vite. Je crois que Nosferatu t’as trompé avec un Gryffondor…

Anaïs ouvrit de grands yeux surpris, examina à nouveau les chatons, puis éclata de rire. Jack, qui venait lui aussi de faire le rapprochement, écarquilla les yeux.

– Par la barbe de Merlin, il y en a deux roux !

– Et alors ? demanda David sans comprendre.

– Alors Pattenrond est roux !

Alva cligna des yeux avec incompréhension, et demanda :

– Qui est Pattenrond ?

– Le chat d’Hermione, gloussa Jack.

Il fallut plusieurs secondes à Blaise pour faire le lien, mais une fois qu’il eut compris, il fait demi-tour avec un cri de rage. Plusieurs membres du Club, dont Alva, se lancèrent à sa poursuite pour ne pas manquer le spectacle.

Le Trio d’Or avait quitté la Grande Salle, et se dirigeait vers la Bibliothèque. Blaise les rattrapa sur l’escalier principal.

– GRANGER !

La Née-Moldu s’immobilisa et se retourna, tout comme Potter, Weasley mâle et Weasley femelle à ses côtés. Blaise, écumant de rage, commençait à gravir les marches :

– Je vais castrer ton minou !

Draco haussa un sourcil :

– Est-ce que c’est moi qui ai l’esprit mal tourné ou bien est-ce que cette phrase, sortie de son contexte, est vraiment tendancieuse ?

Jack se laissa glisser sur le sol, secoué de gloussements, tandis que David et Theo montaient précipitamment les escaliers pour retenir Blaise qui continuait à hurler. Chris avait cessé de rire, mais il souriait bêtement et avait le hoquet.

Dans les escaliers, le spectacle commençait à devenir animé. Les Weasley étaient prêts à saisir leur baguette, tandis que Potter rigolait sans pouvoir s’arrêter. Hermione, elle, avait toujours l’air assommée par l’assaut, incapable d’en placer une.

– Ton imbécile de matou… Pas capable de foutre la paix… Nosferatu, une fille ! Transsexuelle ! Des chatons roux… Deux, en plus… La preuve du crime ! Mon pauvre chat innocent… Enfin, une chatte innocente… Et ton crétin d’animal…

Theo posa gentiment la main sur le bras de Blaise :

– Allez, c’est pas si grave…

– Pas si grave ?! s’étrangla le métis. Mais qu’est-ce que je vais en faire, moi, Nosferatu me laissera jamais les noyer ! Il… Elle va me bouffer tout cru !

Alva laissa échapper un gloussement involontaire, et le regard de Blaise se porta sur elle. Aussitôt, la Russe fit mine d’être compréhensive :

– Si tu veux, j’en adopte un.

– Oui, bonne idée ! applaudit Cathy.

– De quoi ? s’affola Alva. Mais non, je n’étais pas sérieuse !

Cathy ouvrit de grands yeux déçus, et sa lèvre inférieure se mit à trembloter. Elle semblait sur le point de fondre en larmes. Nathan, Valerian et Simon fusillèrent l’aînée Hawking du regard. Aussitôt, Alva fit marche arrière, l’air mortifiée :

– D’accord, j’adopterai un chaton.

– Comment ça, un chaton ? finit par dire Hermione, profitant du silence momentané de Blaise.

Le Serpentard ouvrit la bouche pour expliquer –ou recommencer à hurler– mais Potter lui coupa l’herbe sous le pied :

– Pattenrond a volé l’innocence du chat transsexuel de Zabini, si j’ai bien compris. D’où les chatons.

Puis le sérieux du Survivant vola en éclat et il se mit à rigoler de manière hystérique. C’en était trop pour Theo et David, qui s’écroulèrent de rire contre la rampe de l’escalier. Hermione, elle, tourna vers Blaise un regard plein d’étoile, ce qui fit machinalement reculer d’un pas le Serpentard :

– Des chatons ! Où ça ?

Blaise ouvrait la bouche pour répondre, quand ils entendirent Rusard entrer dans le hall en aboyant qu’il allait coller en retenue ceux qui faisaient ce boucan. Les adolescents détalèrent dans toutes les directions, la plupart des membres du Club retournant dans la Grande Salle pour finir de manger. Alva, Jack et Draco se cachèrent dans un coin d’ombre sous l’escalier jusqu’à ce que Rusard soit passé, puis échangèrent un bref coup d’œil.

Le silence était revenu dans le hall. Granger et Blaise devaient sans doute poursuivre leur discussion ailleurs…

– Zut, j’aurais bien aimé avoir la fin, grommela Jack.

– On peut les chercher, proposa Alva d’un air réjoui.

Draco eut l’air nettement moins enthousiasmé qu’elle par l’idée de pister Blaise et Hermione.

– Je ne sais pas si…

– Oh, allez ! le coupa Alva. Ça sera drôle et ça nous occupera.

Draco haussa les épaules, hautain, comme s’il s’en moquait complètement. Ce qui ne l’empêcha pas d’emboîter le pas à la Serdaigle et au Gryffondor quand ils se lancèrent à la recherche de Blaise.

Ils fouinèrent dans le château durant deux bonnes heures, avant de tomber sur le binôme des heureux propriétaires de chats. Ils étaient tout bêtement dans le couloir près des cachots, avec Cathy et Nathan. Tous les quatre, assis devant la tapisserie du dragon, listaient les potentiels futurs propriétaires des chatons.

Alva et Jack les rejoignirent d’un pas joyeux. Mais Draco, lui, préféra faire demi-tour et se diriger vers sa salle commune. Il voulait bien faire des efforts, mais pas fréquenter Miss Je-Sais-Tout plus que nécessaire, merci bien !

Il ne revit la Russe qu’au dîner. Blaise entra dans la Grande Salle avec Alva, s’assit directement en face de Draco, et lui demanda sur le ton de la conversation :

– Tu voudrais un chat ?

Le regard noir que lui lança Draco sembla être une réponse satisfaisante, car Blaise s’intéressa aussitôt au plat de ce soir. Alva, un large sourire aux lèvres, leva son verre comme si elle portait un toast au Regard-Qui-Tue de Draco, puis changea diplomatiquement de sujet, orientant la conversation vers le Quidditch et le classement des Flèches d’Appleby.

Ce fut un excellent week-end.

oOoOoOo

– Aïe !

– Mais quel idiot, s’exaspéra Blaise. Regarde, ça pisse le sang !

Draco jeta un regard malheureux à sa main, accidentellement entaillée d’un coup maladroit. La plaie était pleine de terre, vu que l’objet du délit, un petit couteau, avait servit à ôter l’humus des racines qu’ils récoltaient durant ce cours.

Le professeur Chourave, qui passait juste derrière eux, émit un claquement de langue désapprobateur et pointa sa baguette sur la main de Draco, entourant la blessure d’un épais bandage.

– Allez à l’infirmerie, Mr. Malefoy. Il faut désinfecter l’entaille.

Draco acquiesça et quitta la serre, impassible. Blaise et Theo échangèrent un regard, pas dupes, puis replongèrent dans leurs travaux sans rien dire.

Malefoy se hâta à travers les couloirs déserts. A cette heure, tout le monde était en cours. Il rejoignit à grands pas la gargouille qui gardait le bureau de la Directrice, et délivra le mot de passe d’une voix qu’il aurait voulu plus assurée. Alva et lui ne pouvaient pas communiquer quand ils étaient dans des cours séparés : il ne savait donc pas si elle avait réussi à s’introduire dans le bureau. Et il n’avait toujours pas la moindre idée de la manière dont il s’en sortirait si c’était McGonagall, et non la Russe, qui l’accueillerait dans le bureau.

Le Serpentard gravit les escaliers, grimaçant malgré lui. Sa main lui faisait mal. La douleur n’était pas insupportable, car il avait prit la précaution de se lancer un charme anesthésiant avant : le même qu’il avait utilisé sur David lors de la première séance du Club. Mais ça faisait mal quand même. Un coup de couteau est toujours plus douloureux qu’une bonne chute.

Et il fallait vraiment qu’il désinfecte la plaie. Et s’il choppait une saleté comme le tétanos, hein ?

Le souffle court, à mi-chemin entre l’angoisse et la colère, il poussa la porte du bureau de la Directrice. Alva, adossée au bureau directorial, lui adressa un grand sourire. Draco dut s’appuyer au chambranle de la porte pour ne pas vaciller tant la vague de soulagement qui le traversa était intense.

Puis Alva écarquilla les yeux :

– Draco, ta main !

– C’était mon prétexte, déclara Malefoy avait nonchalance. Si tu connais un sort de désinfection, il serait le bienvenu, au fait.

La plupart des anciens directeurs dormaient dans leurs cadres, mais pas Rogue. Ce dernier poussa un soupir exaspéré, et ordonna :

– Netaniev, retirez-lui le bandage, que je vois la blessure.

Alva s’exécuta, tirant un glapissement de douleur à Draco quand elle ôta le linge collé par le sang. Rogue observa la plaie, les yeux plissés, avant de lâcher d’un ton sec :

Vulnus Sanare.

– Je ne connais pas le mouvement de baguette, hésita Alva.

– Contentez-vous de pointer la plaie.

– Et tu n’as pas intérêt à me rater ! plaisanta Draco pour masquer son anxiété.

Alva déglutit, puis prononça le sort. A sa grande satisfaction, une lumière blanche jaillit de sa baguette, et la main blessée en fut illuminée. Lorsque la lueur se dissipa, la plaie était propre et sèche. Alva se racla la gorge et prononça un des sorts de cicatrisation mineure qu’ils avaient appris au Club. Aussitôt, une peau neuve recouvrit la chair blessée.

Alva regarda la main à présent indemne, l’air critique, puis adressa un timide sourire au Serpentard.

– Apparemment, ça a marché.

Elle n’avait pas totalement retrouvé son assurance, remarqua Draco en la fixant en retour. Quand Alva était en position de faiblesse, ou d’ignorance, elle avait une attitude différente. Moins arrogante, bien sûr, plus humble, mais aussi plus délicate, plus hésitante.

A nouveau, Draco la trouva jolie. Féminine, attirante, émouvante. Différente.

Quelqu’un se racla la gorge. Draco tressaillit, et Alva lâcha brusquement sa main. Ils se retournèrent tous les deux vers Rogue, qui les fixait avec un sourire épouvantablement narquois. Draco resta rigoureusement impassible, remerciant intérieurement son éducation, mais Alva croisa et décroisa les bras deux fois de suite avant de retrouver une contenance.

Dumbledore faisait toujours semblant de dormir, mais Draco aurait juré qu’il souriait sous sa barbe.

– Bref, lâcha Alva. Nous avons l’intention d’aller chercher la malédiction pour la détruire, la désactiver ou, à défaut, sceller sa cachette.

– Détruire une malédiction nécessite l’usage de la nécromancie, fit remarquer Rogue. Vous ne pourrez pas y parvenir.

– Comme tu l’as si bien dit, il faut « un rituel un peu glauque », lança Draco à l’adresse de la Russe. Et nous n’en avons absolument pas les capacités.

Alva plissa le front, songeuse :

– Mais les Black sont des nécromanciens, non ?

– C’est vrai, concéda Malefoy. Chaque famille de Sang-Pur a sa spécialité. Les sorts de soumissions pour les Malefoy, de torture pour les Lestranges et les Croupton, la guérison pour les Jarvis, la magie animale pour les Nott…

– Ah, tiens, ça explique le bouquin sur les familiers que possède Theo…

– Et la nécromancie pour les Black, acheva Draco. Mais je n’ai pas appris la nécromancie et ma mère m’a dit qu’elle s’est à peine intéressée au sujet. Non, je crois qu’il faut abandonner l’idée de la destruction. Et pour désactiver une malédiction, on fait comment ?

Rogue prit un air songeur :

– Il faut modifier l’Examus, je crois.

– Oui, acquiesça Alva. J’ai étudié le procédé en long et en large. Il faut modifier l’Examus pour que la puissance de la malédiction, au lieu de se disperser et d’affecter les gens, se retourne contre elle.

– Mais un Examus est extrêmement difficile à modifier, objecta Rogue. Seul son créateur en a normalement le pouvoir.

– Je suis sa fille, je peux toujours essayer, rétorqua Alva.

– Vous avez peu de chances d’y arriver, trancha Rogue.

Alva haussa les épaules, puis avança avec prudence :

– Il y a aussi l’Alchimie. C’est par ça que je vais commencer.

Dumbledore sembla se réveiller, et lança d’un ton brusque qui les fit sursauter :

– L’Alchimie ? A quoi pensez-vous, Miss Hawking ?

Alva se mordilla la lèvre inférieure, et tritura machinalement les arums dans sa chevelure. Finalement, elle prit une grande inspiration.

– L’Alchimie est basée sur la décomposition et la transformation d’éléments. C’est la première étape qui m’intéresse. Si on décompose la malédiction et son Examus, on obtient des âmes, de l’énergie magique, du métal et du verre. En utilisant l’Alchimie, on pourrait décomposer la malédiction comme ça. L’énergie magique va se dissiper tout naturellement, et les âmes, sans attaches, vont retourner au néant. Sauf bien sûr si elles décident de rester en tant que fantômes.

Dumbledore, Rogue et Draco fixèrent Alva. Le vieux sorcier avaient l’air stupéfait, Rogue pensif, et Draco quant à luit était totalement sidéré.

– Depuis quand est-ce que tu t’y connais en Alchimie ?

Alva toussota, mal-à-l’aise :

– J’ai les bases. C’était mon option à Durmstrang. Et puis Lévine m’a envoyé un énorme bouquin, et j’ai passé toutes mes nuits à étudier dans la Salle sur Demande.

– Toutes les nuits ? s’exclama Draco.

– Lévine m’a aussi envoyé une potion de Sans-Sommeil, maugréa Alva d’un air grincheux. Avec une dose supplémentaire de caféine. Radical.

Rogue cligna des yeux, semblant reprendre ses esprits, puis se tourna vers Dumbledore avec réticence :

– Vous vous y connaissez en Alchimie. Est-ce que ce plan a une chance de marcher ?

L’ancien Directeur fronça les sourcils. Plusieurs secondes s’écoulèrent dans le plus grand silence, tandis qu’il réfléchissait. Puis il concéda, presque à contrecœur :

– Ça pourrait marcher. Mais l’énergie magique de l’Examus risque de devenir incontrôlable, et de se transformer en un sort.

– Quel genre de sort ? interrogea Alva avec inquiétude.

– Aucune idée. Etant donné la proximité des âmes qui désireront sans doute retourner dans l’autre monde, vous avez de fortes chances de vous retrouver avec un fantôme, ou bien une quelconque manifestation d’un être décédé. Si vous aviez dans votre groupe quelqu’un qui se trouve dans le coma, par exemple, il est très probable qu’il se réveillerait.

Alva resta songeuse quelques secondes, puis haussa les épaules.

– Nous n’aurons pas de comateux dans l’équipe. Et je vote pour essayer l’Alchimie. Nous n’avons pas vraiment le choix : c’est notre meilleur plan.

– Elle a raison, approuva soudain Rogue. Et ça vaut mieux que rien. Personne ne doit jamais mettre la main sur cette arme.

Draco et Alva hochèrent la tête d’un même mouvement, de manière presque automatique. Rogue avait toujours une certaine autorité sur eux, constata Alva avec dérision. Même mort, il donnait toujours des ordres.

– Quels sont les pièges ? interrogea Draco.

Rogue fixa un instant les deux adolescents, et une étrange lueur passa dans son regard. Presque comme de la pitié. Peut-être se rappelait-il que Dumbledore avait, comme Rogue s’apprêtait à le faire, envoyé des adolescents de dix-sept ans dans une série de pièges mortels.

– Le « parcours » est entièrement souterrain. Je l’ai créé avec l’aide de Dumbledore, en nous inspirant des défenses que nous avions dressées jadis pour protéger la Pierre Philosophale.

Draco émit un reniflement de mépris, songeant sans doute que les défenses avaient été incapables de résister à un garçon de onze ans. Alva, qui ignorait cette histoire, le regarda d’un air curieux

– L’entrée est au troisième étage. C’est une trappe. Pas d’escaliers : vous aurez droit directement à une chute de quinze mètres. Des plantes amortiront votre chute. Ce sont des Filets du Diable.

– Je ne connais pas, fit Alva avec anxiété.

– Moi, si, répliqua Draco. Ça t’étrangle si tu t’agites. Si on reste parfaitement immobile, il ne devrait rien se passer.

– Exactement, acquiesça Rogue. Vous allez ainsi traverser la barrière formée par les Filets du Diable, et tomber dans la première salle des souterrains.

– Des plantes étrangleuses et une chute de quinze mètre, dit Alva d’un ton songeur. Je suppose que c’est pour nous empêcher de revenir en arrière ?

– Oui. Les souterrains sont une succession de salles, séparées par des couloirs. Lorsque vous aurez franchit la porte d’une salle, elle se refermera automatiquement, et ce jusqu’à ce que quelqu’un vienne l’ouvrir de l’autre côté.

– Pour empêcher l’intrus de faire demi-tour, comprit Draco. Ainsi, si à un moment où à un autre il n’arrive plus à avancer, il est coincé dans la dernière pièce qu’il a ouverte.

Rogue acquiesça. Alva émit un petit ricanement nerveux, puis un large sourire se peignit sur son visage :

– Ça me fait penser aux parcours d’entraînement de Durmstrang. Marche ou crève, c’est bien ça le principe, non ?

– Les tunnels étaient destinés à Netaniev et au Seigneur des Ténèbres, grogna Rogue. Certainement pas à des gamins.

– Nous ne sommes pas des gamins ordinaires, sourit Draco.

L’ancien Directeur grommela quelque chose d’incompréhensible qui fit sourire les deux adolescents. Ils étaient tellement focalisés sur le portrait de Rogue qu’ils sursautèrent quand Dumbledore, dans le tableau voisin, prit la parole :

– Il serait peut-être utile que les enfants requièrent l’aide d’un professeur, Severus.

Alva émit un reniflement méprisant, et croisa les bras :

– Bien sûr, je vois d’ici le tableau. Dans l’hypothèse, hautement improbable, où ils nous croiraient, et où ils croiraient le professeur Rogue, je suis sûre qu’ils s’empresseraient de nous aider. Il n’y aurait aucune panique et donc aucune crise de paranoïa aiguë : personne ne croirait que les Serpentards soient liés à ça, et il n’y aurait aucune hostilité envers les enfants de Mangemorts. Oh, et bien sûr, les gens ne feraient évidemment pas le lien entre Salvakya Netaniev et Andreï Netaniev, et je ne comparaîtrais pas devant le Magenmagot pour complicité avec les Mangemorts. N’est-ce pas ?

Malefoy regarda Rogue, qui regarda Dumbledore, qui regarda Alva avec des yeux ronds. Puis Draco détourna les yeux de Severus et dit sans s’adresser à personne en particulier :

– En bref, ça veut dire non.

Rogue ricana, et Dumbledore, bon perdant, sourit dans sa barbe sans réussir à masquer totalement son inquiétude. Alva se tourna à nouveau vers le portrait de l’ex-Mangemort :

– Qu’il y a-t-il comme pièges ?

Rogue sembla tergiverser quelques instants, puis soupira. Il n’avait pas vraiment le choix. S’il y avait une chance, aussi mince soit-elle, pour que la malédiction disparaisse, il fallait la saisir.

– Après les Filets du Diable, il y a un long couloir qui mène à une grande porte à double-battant. Elle s’ouvrira sans difficulté, mais une fois fermée, vous ne pourrez plus la rouvrir.

Alva hocha la tête, et Rogue continua :

– La salle à laquelle vous allez accédez contient des statues. Dès que la porte sera fermée derrière vous, elles vont se mettre en mouvement. Elles ne peuvent pas user de magie, mais elles sont solides. Attention au plafond, également : il y a une sculpture de dragon ensorcelée pour vous tomber dessus ou vous incendier dès que toutes les autres statues seront tombées.

– C’est noté, marmonna Alva qui écrivait à toute vitesse sur un parchemin sorti d’on-ne-sait-où.

Dumbledore regarda avec intérêt la belle plume bleue dont se servait la Russe, reconnaissant sans doute une plume de phénix, mais ne fit pas de commentaire.

– La salle suivante est piégée au niveau du sol. Elle est très longue et vous avez tout intérêt à la traverser sans toucher les dalles. Chacune est porteuse d’un sort. Ça va du sortilège de Stupéfixion au Doloris, en passant par de multiples sorts d’empoisonnements.

Draco émit un sifflement admiratif. Rogue se renfrogna, et continua d’un ton plus sec :

– Le couloir auquel vous accéderez ensuite est également piégé. Il est éclairé par des torches qui émettent un gaz toxique. C’est indécelable, mais si vous le respirez, vous aurez l’esprit confus, comme si vous étiez ivres. Vous baisserez vos défenses plus facilement.

– Un sortilège de Têtenbulle suffira ?

– Je vous conseille aussi de vous entourer de Charmes de Vent pour purifier l’air.

Alva interrogea Draco du regard, et le Serpentard plissa le front, songeur :

– Charmes de Vent… David s’y connait en Charmes Elémentaires. Il devrait pouvoir nous l’apprendre.

– Ok, c’est gérable alors. Et ensuite ?

Rogue regarda tour à tour les deux complices, son regard brillant d’un amusement fugace, puis se racla la gorge et continua :

– La salle suivante est ensorcelée pour rester sombre. Elle semble excessivement longue mais elle ne fait pas plus de dix mètres. Il y a plusieurs épouvantards, au moins dix. J’espère que vous avez le cœur bien accroché.

Draco et Alva s’entreregardèrent, soudain nerveux.

– Ensuite, vous aurez un nouveau couloir plein de vapeurs toxiques. Même chose que précédemment. Si vous vous protégez correctement des effets du gaz, la prochaine salle ne vous posera pas de problème. Elle est couverte de Runes qui dissimulent un mot de passe. C’est une phrase en latin : Veritas odium parit, obsequium amicos.

– « La franchise fait des ennemis, la flatterie des amis », traduisit Draco.

– C’est une phrase à ressortir de temps en temps pour frimer en société ! plaisanta Alva.

Draco ricana, mais Rogue conserva son air grave.

– La difficulté de l’épreuve réside dans l’angoisse qui filtre à travers la porte. Vous n’aurez pas envie de l’ouvrir. Vraiment pas.

Alva blêmit en comprenant. Rogue confirma ses craintes d’un ton sinistre :

– Des Détraqueurs vous attendent de l’autre côté.

Alva pâlit encore plus, si c’était possible. Draco avança d’un pas de manière instinctive, se retrouvant à la même hauteur qu’elle. Alva sembla puiser un certain réconfort dans son soutien implicite, car elle s’éclaircit la gorge et demanda d’une voix qui tremblait à peine :

– Combien ?

– Au moins trois.

– Comment ça, au moins ?

La voix d’Alva venait de grimper d’une octave. Rogue resta rigoureusement impassible, son visage froid ne trahissant pas l’ombre d’un sentiment.

– J’avais enfermé avec eux cinq… individus qui avaient eu vent de mes activités, soit en m’aidant à cacher la malédiction, soit en collaborant à la création des pièges. Ils doivent avoir… nourrit les Détraqueurs. Qui se sont probablement multipliés.

Alva inspira profondément, l’air épouvanté. Draco pouvait comprendre : après sept mois enfermés dans une prison cernée de Détraqueurs, ça devait être un cauchemar d’envisager de faire à nouveau face à ces créatures.

Discrètement, il saisit le bras d’Alva et le pressa légèrement, l’incitant à se reprendre. Il l’entendit sa respiration hachée et, pour lui laisser le temps de retrouver une contenance, il demanda à sa place :

– Et ensuite ?

Rogue regarda alternativement les deux adolescents, puis répondit brièvement :

– La salle suivante est pleine d’Inferi. Celle d’après retient un loup-garou.

– Un loup-garou ! sursautèrent Alva et Dumbledore avec un bel ensemble.

Alva ouvrit la bouche pour s’indigner, mais l’ancien Directeur fut le plus rapide :

– Enfin, Severus, à quoi pensiez-vous ? Le pauvre homme !

– Il n’a plus rien d’humain, répondit sèchement Rogue. Plusieurs Mangemorts ont joués au petit chimiste avec lui et sa magie, et il est bloqué sous sa forme lupine. J’ai fait plusieurs tests, mais à aucun moment il n’a montré un signe d’humanité. La Tue-Loup ne lui fait aucun effet.

– Il aurait mieux valu le tuer, s’insurgea Alva. Les loups-garous tiennent beaucoup à ce qu’on ne les considère pas comme des animaux !

Rogue haussa un sourcil.

– J’avais oublié que vous connaissiez bien ces créatures. Mais c’est bien ce qu’il est devenu : un animal. Mieux valait l’enfermement que la torture des Mangemorts en manque de divertissement.

Alva serra les mâchoires. Sentant venir l’orage, Draco essaya de changer de sujet :

– Comment connais-tu les loups-garous ?

– Ils ont un territoire qui leur est réservé, grommela la rousse. De la taille d’un petit pays. Dix jours par mois, autour de la pleine lune, les frontières sont bloquées. Mais mis à part ça, c’est un peuple tout ce qu’il y a de plus normal. Ils ont tous des métiers et ils ont un très bon commerce. Ce sont des êtres humains.

– Astrid s’est retrouvée bloquée là-bas, se rappela Draco.

– Oui. Mais c’est Astrid. Elle en a laissé dix sur le carreau et n’a pas une égratignure.

Ils échangèrent un sourire amusé, puis Rogue reprit, un ton plus bas :

– Ensuite, vous prendrez un long couloir. C’est un labyrinthe, mais il n’est pas piégé. Notez, je vais vous donner la liste des embranchements à prendre. Gauche, gauche, puis droite…

Quand il eut terminé, Rogue hésita quelques secondes. Alva, sa plume en suspend au-dessus du parchemin, l’interrogeait du regard. Finalement l’ex-Mangemort céda :

– La prochaine porte sera en argent. Elle s’ouvre sur la salle renfermant l’Orbe Pourpre. De l’autre côté de la pièce se trouve une clef d’argent, posée par terre. Elle ouvrira toutes les portes sur le chemin du retour.

Alva hocha gravement la tête, et nota. Draco soupira en se massant la nuque. Il pressentait que cette mission n’allait pas être de tout repos. Pourquoi avait-il insisté pour en être, d’abord ?

Ah oui. Pour veiller sur Alva. Stupide, excentrique et délicate Alva. Leur précieux bouclier, leur précieuse amie qui n’avait jamais besoin d’aide. Stupide, stupide Alva. Et stupide, stupide Draco, aussi.

– C’est tout ce que je peux faire pour vous, dit Rogue avec résignation.

Alva lui retourna un grand sourire, un de ces fameux sourires éblouissants qui semblaient ne jamais se faner, et répliqua avec aplomb :

– Ne vous inquiétez pas, Monsieur le Directeur. C’est tout à fait suffisant.

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