Le parfum des Arums

Un invité innatendu

Plus que quelques heures avant le début des vacances de Pâques. Parfois, aujourd’hui, Draco avait entendu des rires dans les couloirs et des élèves insouciants qui discutaient de mode ou de musique, et une étrange impression d’irréalité s’était emparée de lui.

Demain, à neuf heures trente très précisément, leur petite équipe allait plonger dans les souterrains de Poudlard. Pour une mission. Une mission qui avait pour but de détruire l’arme de Netaniev avant qu’il ne s’en empare, une mission qui avait pour but de « sauver la Lumière d’un péril qu’elle ignore », selon un Ryan sarcastique.

Une fichue mission pour laquelle ils étaient tous volontaires. Donc ils ne pouvaient même pas se plaindre.

– Et si je meure ? dit soudain Alva.

Draco sursauta si brusquement qu’il en perdit sa ligne : il était plongé dans un épais volume sur la magie noire. Lançant un regard meurtrier à la Russe, il lissa la page d’une main distraite, tandis que Ryan s’écriait :

– Tu es obligée de mettre ça sur le tapis ?

Jack, David, Ryan, Draco et Alva se trouvaient tous les cinq dans la Salle sur Demande, et étaient censés étudier la magie noire. La jeune fille rousse haussa les épaules :

– Je viens d’y penser. Si je meure, Cathy sera confiée à sa famille la plus proche. Et c’est soit les Weasley, à cause de la parenté de Prewett et des Hawking, soit les Nott, qui sont parents à la fois des Hawking et des Duncan. Mais le Ministère refusera forcément de laisser Cathy à Theo. Non seulement son père est à Azkaban, mais il est ruiné. Alors Cathy se retrouvera aux mains des Weasley !

Draco la regarda bizarrement.

– Tu t’inquiètes pour Cathy quand tu dis que tu vas mourir ?

Alva émit un rire jaune, et referma le livre qu’elle étudiait.

– Je suis déjà passée par toutes les phases de l’auto-apitoiement quand j’étais en fuite. Mais là, il y a quelqu’un qui dépend de moi. Cathy dépend de moi. C’est une autre perspective. Je ne veux pas lui faire défaut.

Ryan réfléchit longuement, puis haussa les épaules.

– Le Ministère est pauvre, donc corruptible. Je suis riche et j’ai toujours voulu avoir une petite sœur. T’inquiète, je veillerai sur elle si ça devait arriver.

Mais, au ton léger qu’il employait, Draco devina que Ryan n’envisageait pas sérieusement cette perspective. Alors il se tourna vers Alva et décréta d’un air grave :

– Et au besoin, les Malefoy ont toujours des relations.

Alva le fixa avec attention, puis hocha la tête, comme pour acquiescer à cette promesse muette. Avec un mince sourire, Draco se replongea dans son devoir de Sortilèges. Et essaya de ne pas penser à la possibilité que la jeune fille venait d’évoquer.

– J’ai saisi, lâcha finalement Jack en posant le livre qu’il étudiait. Alva, est-ce que tu peux déplacer ce mannequin jusqu’au centre de la pièce ?

La Russe acquiesça, et fit léviter la future cible du Gryffondor jusqu’à l’endroit demandé. Jack plissa le front, sa baguette pointé sur la cible.

– Sur un pantin, c’est une chose, mais je me demande si j’oserai faire ça à une vraie personne…

– On n’affrontera pas de vraie personne là-dessous, le réconforta David. Alors, c’est quoi ton sort ?

– Entrave et éventuellement torture. Ce sont des chaînes qui peuvent devenir brûlantes sans que ça altère le métal.

Draco et Ryan relevèrent le nez de leurs bouquins respectifs, et Alva, les yeux fixés sur Jack, esquissa un léger mouvement de tête :

– Tu te sens prêt ? C’est quand même le troisième sort de magie noire que tu apprends. Fais attention à ne pas tomber là-dedans trop profondément…

– Ça te va bien de dire ça, grommela Jack. Tu connais combien de sorts de magie noire ?

Alva haussa les épaules. Charitable, David détourna la conversation :

– Vas-y, lance-le, ton sort !

Adoleratum !

Jaillissant du sol comme des serpents, les chaînes rougeoyantes fondirent sur le mannequin, s’entortillant autour de lui comme des boa-constrictors pris de frénésie, et resserrant leur étreinte jusqu’à ce que le bois craque. Jack leva sa baguette d’un centimètre, et les chaînes cessèrent de bouger. Le métal rougeoyait doucement, comme des braises mourantes.

Le bois du mannequin fumait.

Jack baissa vivement sa baguette, faisant disparaitre les chaînes. Seul resta le mannequin au bois marqué de longues traces brunes et fumantes.

Il y eut un bref silence.

– Impressionnant, murmura finalement David avec admiration. Mais regarde ça : Inferno Maxilla !

Jaillissant du sol et du plafond, une rangée de pics d’une roche noire et tranchante apparurent, et se refermèrent en s’emboîtant comme les crocs d’une monstrueuse mâchoire. Le claquement épouvantable qui suivit la fermeture des mâchoires géantes résonna dans le silence.

Un truc pareil pouvait aussi bien fermer une porte de manière définitive que neutraliser un ennemi… de manière tout aussi définitive.

– J’aimerais autant que vous n’y preniez pas goût, grimaça Alva.

Ryan haussa les épaules :

– Ça ne risque pas. Je veux sauver des vies, pas en détruire.

– Tu veux être Médicomage ? s’intéressa David en faisant disparaitre les mâchoires de roche noire.

– Ouais. Et toi ?

– Je voudrais devenir Briseur de sort. Voyager aux quatre coins du monde pour déjouer plein de pièges machiavéliques, ça c’est un vrai métier !

C’était assez curieux, réalisa Alva. Ils n’avaient jamais parlé de leurs perspectives d’avenir, avant. Ils vivaient toujours dans l’instant présent, refusant d’anticiper quoi que ce soit au-delà des prochains examens. Comme s’ils pensaient qu’il n’y aurait pas d’avenir, tout simplement.

Mais les choses avaient changées. Ils avaient une mission, à présent. Ils s’étaient engagés, projetés, dans une entreprise qui avait un but plus grand que leur propre sauvegarde.

Alors peut-être qu’ils pouvaient parler d’avenir, après tout.

– Et toi, Jack ? lança Ryan en s’assouplissant le poignet avant de jeter son sort. Tu voudrais faire quoi, plus tard ?

– Auror.

– J’aurais pensé que tu ferais un boulot en lien avec le Quidditch, dit distraitement Draco.

– Non, ça c’est Chris, contra le Gryffondor. Il veut passer joueur professionnel. Et toi, Draco, ça ne te tente pas de devenir un pro ?

Le blond ricana brièvement. Ryan lui jeta un regard en biais, puis se concentra et jeta son sort sur le mannequin déjà endommagé.

Torporam.

Une brume noire se mit à flotter autour du pantin, répandant une fraîcheur désagréable dans la pièce. Petite à petit, la brume se densifia et se solidifia, jusqu’à enserrer complètement le pantin.

Si ça avait un être humain, il aurait ressentit le froid caractéristique des Détraqueurs, et sa peur aurait grandit au fur et à mesure que la brume s’étoffait. Quand la brume devenait assez solide pour immobiliser la victime, celle-ci s’évanouissait de trouille.

Mais si le lanceur de sort faisait exprès de retarder la densification de la brume, faisant mariner sa victime pour qu’elle se noie dans sa terreur, le pauvre homme prisonnier de la fumée noire finissait par faire une crise cardiaque.

Draco regarda Ryan dissiper son sort d’un mouvement de baguette, puis haussa les épaules :

– Je ne pense pas que les T-shirt avec "MALEFOY" écrit dans le dos se vendraient très bien.

Comme il l’avait prévu, sa remarque tira un sourire à tout le monde, y compris Alva. Le Serpentard blond sourit avec satisfaction, puis reprit :

– J’hésite entre deux voies, en fait. Soit je fais comme Theo et je me cache…

– Theo ne se cache pas, râla David. Il veut devenir Maître des Potions et chercheur émérite.

– Oui, mais il va quand même s’écarter du monde. L’autre option serait de faire comme Blaise et de tout miser sur le panache, de m’imposer de force à la communauté sorcière.

Alva haussa un sourcil incrédule :

– Que veut faire Blaise ?

– Du droit. Pour s’orienter vers la politique et les relations internationales.

– Misère…

Blaise le flambeur dans la politique. Blaise le tombeur dans le relationnel. Ça promettait d’être joyeux. Un identique sourire se peignit sur les lèvres des cinq comploteurs.

– Anaïs veut faire du droit, dit soudain Ryan. Pour lutter contre les inégalités du monde sorcier.

– Typiquement Gryffondor, gloussa David.

Jack leva les yeux au ciel. Il avait appris depuis longtemps à ne plus prêter attention aux petites moqueries entre les membres des différentes Maisons de leur Club. Après tout, ces piques étaient dénués de méchanceté. Ils étaient entre amis.

Mais il ne put s’empêcher de rétorquer :

– Pas tant que ça. Justin veut faire quelque chose d’utile, selon ses propres mots, et c’est pour ça qu’il ne veut pas faire de droit.

– Il compte faire quoi ?

– Devenir Oubliator, ou quelque chose comme ça. Il est très fort en Sortilèges.

– Et Kim ? s’intéressa Alva. Elle ne fera pas du droit, elle aussi ? Elle ferait une avocate mortelle.

Ryan haussa les épaules.

– Dans sa famille, la tradition, c’est d’être Auror. Mais je crois qu’elle va plutôt laisser ça à Valerian. Donc peut-être.

– Et toi, Alva ? lança Draco mine de rien. Qu’est-ce qui te tente comme perspective d’avenir ?

La Russe plissa le front, songeuse. Oui, qu’est-ce qui la tentait ?

L’action et l’aventure, c’était bien son style. Quand elle était à Durmstrang, elle voulait d’ailleurs bosser comme intermédiaire entre le Ministère et des créatures dangereuses… Comme les loups-garous, par exemple. Ça avait été le choix de carrière d’Astrid.

Mais les choses avaient changé. A présent, il lui fallait un exutoire à la colère qui brûlait en elle. Un chemin différent, qui correspondrait mieux à ce qu’elle était devenue.

L’aventure, ça ne suffisait pas. Elle voulait aussi de la bagarre, de l’adrénaline en plein combat, l’éclat du regard de l’adversaire défiant le sien. Auror ou tireuse d’élite, alors ? Non, elle ne se voyait pas sous les ordres de quelqu’un. Alva était une louve solitaire. Quelle autre perspective se présentait à elle, alors ?

Elle voulait du défi. Un défi intellectuel, peut-être. Des problèmes complexes à résoudre… Mais étudier dans une faculté pour finir dans un bureau, très peu pour elle. Une vie paisible ne lui permettrait jamais d’oublier. Au contraire, elle renâclerait ses souvenirs jusqu’à s’y noyer…

Elle pouvait faire une croix sur le droit. Et sur tout ce qui se rapportait à la politique, aussi : après les complots de son père, les discours sarcastiques de Lévine et de Mikhail Koenig sur leur Ministère, et ce qu’elle voyait dans l’actuel gouvernement britannique, franchement ça n’avait rien d’attirant.

La médicomagie ne l’intéressait pas non plus. Alva avait besoin d’être grisée par les sensations fortes. C’est inévitable quand on a passé toute sa vie à fréquenter un dragonnier et une dresseuse de griffon. Tiens ! En parlant de dragons et de griffons… Travailler ave les créatures magiques, éventuellement ? Non, ça n’était pas sa passion, elle s’en lasserait vite. Elle voulait un boulot un peu plus intelligent.

Alors quoi ? Devenir chercheuse en Runes ou en Potions, comme Theo ? Définitivement non. Elle ne supporterait pas de s’enterrer quelque part pour se consacrer à des chaudrons et des parchemins moisis… Quoi d’autre, encore ?

En la voyant plongée dans sa réflexion, Draco haussa un sourcil moqueur :

– Sérieusement, Alva…

– Tais-toi, grommela la Russe. Avant, je voulais devenir intermédiaire pour créatures dangereuses, comme Astrid.

– Qu’est-ce qui t’en empêche ?

– C’était avant. Les choses ont changé. J’ai changé, moi aussi. Et si tu me disais plutôt ce que toi, tu comptes faire, finalement ?

Draco haussa les épaules d’un air désinvolte.

– Ça dépendra de beaucoup de choses. Ma vie, ma mère, la fiancée qu’elle me trouvera pour avoir un héritier blond et pourri-gâté dans un château…

David se mit à ricaner comme un idiot, et Jack sourit jusqu’aux oreilles, moqueur. Ryan se contenta de lever les yeux au ciel. Alva écoutait toujours attentivement, et Draco poursuivit :

– Mais si je peux, je prendrai la voie ouverte par Blaise. Pas en politique, non, mais dans les affaires. C’est l’une des rares choses que mon père a prit le soin de m’enseigner… Comment racheter, revendre, investir, s’associer, conseiller. Faire des bénéfices, se garder de tous soupçons. Entretenir ses relations. Être au courant de tout. Être indispensable.

D’un geste presque négligent, il lança le dernier sort de magie noire qu’Alva lui avait apprit.

Daemon Fulguras.

Le mannequin fut pris de tressautements convulsifs. Un système complexe de ressorts et de fils d’acier se trouvaient à l’intérieur du patin pour que ses articulations soient semblables à celles d’un être humain. L’intense courant électrique que Draco lui avait lancé faisait crépiter ses parties métalliques.

Ce sort était avant tout utilisé pour la torture. Mais avec une bonne décharge, on pouvait assommer un adversaire.

Alva soupira, mais elle ne put empêcher sa satisfaction de transparaître dans sa voix quand elle s’adressa à eux :

– Ça suffit pour aujourd’hui, on est au point. Rendez-vous demain au petit-déjeuner à huit heures. Et quoi qu’il advienne, vous devez être à neuf heures trente précises dans le couloir du troisième étage.

– Bien reçu, chef, plaisanta Ryan en se levant.

L’un après l’autre, ils quittèrent la Salle sur Demande, veillant à laisser cinq minutes entre chaque passage pour ne pas trop attirer l’attention sur un groupe. Alors qu’il ne restait plus que Draco et Alva dans la salle, le blond se racla soudain la gorge.

– Alva. J’ai une question.

– Vas-y.

– Ça ne va pas te plaire, l’avertit Draco. Pourquoi est-ce que tu n’as pas suivi ton père quand il est allé en Angleterre après le retour du Seigneur des Ténèbres ?

Alva sembla déstabilisée, et Draco clarifia sa pensée :

– Toute ta famille l’a suivi, sauf toi. Il a fallu un an avant que ton père revienne te chercher. Pourquoi ne l’as-tu pas suivi ? Tu adorais ta mère, tu voulais la protéger. Pourquoi n’es-tu pas allée avec elle ?

Alva se tendit. Draco resta silencieux, lui laissant le temps de décider si elle voulait lui répondre ou non. Finalement, la Russe poussa un long soupir.

– C’est compliqué.

Draco haussa un sourcil, l’encourageant muettement à en dire plus. Alva hésita, tritura machinalement les arums dans ses cheveux, mais se lança :

– Lévine était très bien informé de ce qui se passait en Angleterre, alors j’ai immédiatement su que le Seigneur des Ténèbres s’était révélé au grand jour. Alors, l’été de mes quinze ans, quand je suis revenue au manoir après avoir eu mes BUSES, j’étais terrifiée à l’idée que mon père veuille pour de bon entrer dans la lutte. J’étais terrifiée à l’idée qu’il m’emmène, qu’il m’arrache à ma maison, à Volodia, à Astrid, à Lévine… Mais s’il emmenait ma mère, je le suivrais sans hésiter. J’avais beaucoup plus peur pour elle que pour moi. Elle, elle ne savait pas se battre…

Elle émit un petit rire nerveux.

– Mais à mon retour au manoir, je n’ai pas eu à m’inquiéter. En fait, à cause des barrières magiques qui empêchaient la communication avec l’Angleterre, les Mangemorts ne pouvaient pas venir en Europe… Et mon père était bloqué là-bas, puisqu’il était aux côtés de son Maître depuis son retour. J’en ai dansé de joie. Ma mère riait et mes frères avaient l’air de ne pas savoir quoi penser.

Elle déglutit, puis reprit un ton plus bas :

– Père est revenu début Août. Il avait réussit à contourner les barrières. Il ne nous a pas laissé le temps de nous inquiéter. Il a déclaré que comme Oswald et Borislav avaient terminé l’école, il était temps qu’ils participent à l’action du Seigneur des Ténèbres. Il a fait comme si je n’existais pas. Quand j’ai voulu protester, lui dire de ne pas emmener mes frères au combat, ma mère m’a fait signe de me taire.

- Et ils sont partis, murmura Draco. Et ta mère aussi…

- Je n’ai pas pu l’empêcher, lâcha Alva en fermant les yeux. Je voulais vraiment les en empêcher, mais à chaque fois Maman arrivait comme par magie, m’arrêtait dans ma phrase ou me demandait quelque chose. Elle a passé son temps à éviter la confrontation entre Père et moi. Un soir, elle m’a supplié de ne jamais le heurter de front, de ne jamais déchaîner sa colère… Elle m’a vraiment effrayée cette fois-là. Alors ce soir, ce soir-là, je n’ai rien dit, rien tenté.

Elle rouvrit les yeux.

- Le lendemain, ils étaient partis. Tous les quatre. Sans rien me dire.

Ils l’avaient abandonnée. Du moins, c’était comme ça qu’elle avait du voir la chose. Alva détourna le regard et Draco faillit tendre la main, étreindre son épaule. Il ne le fit pas.

Au lieu de ça, il demanda :

– C’est là que tu t’es installée chez Astrid.

– Oui. Quand ils sont partis, c’était à peine la seconde semaine d’Août. J’étais seule et paniquée. J’ai envoyé un hibou à Astrid. Le soir même, j’étais installée chez elle et Volodia aussi, comme "hôte à vie". Toute ma sixième année, je suis revenue chez elle à chaque vacance. Volodia était là à chaque fois. Il m’attendait. Il veillait sur moi. Et toujours, il me disait "ils ne sont pas encore revenus".

Elle prit une grande inspiration, laissant ses yeux errer sur les volumes dans la bibliothèque. Draco hésita à la laisser et à partir à son tour. Mais Alva s’épanchait rarement… Maintenant, il tenait une bonne occasion d’en savoir plus. Il tenta :

– Mais ton père a fini par revenir, n’est-ce pas ?

Et Alva se remit à parler, doucement, les yeux rivés sur la bibliothèque, comme absente.

– Oui. En Juin, peu après les examens, juste avant de rentrer au manoir des Koenig… J’ai reçu un Patronus. De mon père. Il m’a juste dit "ta mère est morte", et il a disparu. Je me suis enfuie de Durmstrang dans l’heure, j’ai juste laissé un mot à Astrid.

Elle prit une inspiration hachée, les poings serrés.

– Je me suis précipité au manoir Netaniev tête baissé, sans réfléchir. Je voulais… Je voulais… Je n’ai pas pensé à…

Ses jointures étaient blanches tant elle les serrait. Elle crispa les mâchoires.

– Mon père m’attendait.

Draco hésita, puis posa la main sur le poing serré de la Russe. Elle sursauta en sentant la légère étreinte et, lentement, se décrispa. Elle respira lentement, profondément, avant de reprendre d’un ton détaché.

– Il voulait m’emmener en Angleterre. Nous nous sommes disputés… Puis Volodia est arrivé. Astrid avait dû le prévenir, je pense. Je n’ai jamais su. Je n’ai jamais pu leur demander… Père et Volodia se sont enflammés, et le ton est monté. Au bout de cinq minutes, les maléfices se sont mis à voler.

A nouveau, Alva respira profondément. Après un long silence, elle finit par lâcher à mi-voix :

– J’ai dû me prendre un sort. Mes souvenirs sont toujours flous. Je me souviens juste qu’ensuite, j’étais à genoux dans la neige, sans pouvoir bouger. Et je regardai le manoir brûler. Tellement de feu. Tellement de fumée.

Draco sentit les poils de sa nuque se hérisser. Ces mots ramenaient à la surface des souvenirs qu’il aurait préféré oublier. La Salle sur Demande en feu, et lui, piégé dans la fournaise.

A cette pensée, son souffle se coinça dans sa gorge. Une vieille réminiscence lui revint brutalement à l’esprit, une phrase prononcée dans un sanglot par la jeune fille qui se tenait à ses côtés. Volodia a hurlé tellement longtemps.

Tellement longtemps…

– Volodia était dedans, murmura-t-il d’une voix blanche.

Alva hocha la tête.

Elle s’était tournée. Draco ne voyait que sa nuque couverte par ses cheveux roux pâle coupés à la barbare, ces cheveux un peu fous qui lui donnaient un air d’oiseau tombé du nid. Ses épaules ne tremblaient pas. Pourtant, peut-être à cause du vacillement de sa voix, Draco devina qu’elle devait refouler ses larmes et ça lui creva le cœur.

– Je l’entendais hurler. Et Père m’a obligé à regarder. J’ai appelé, crié, je l’ai supplié à m’en casser la voix. Et il ne bougeait pas, il regardait juste les flammes s’élever. Et puis au bout d’un moment Volodia a arrêté de hurler, comme ça, d’un coup.

Alva prit une inspiration hachée.

– Le manoir a été détruit. Volodia est mort. Et mon père m’a emmenée.

Volodia, le frère qui l’avait quasiment élevée, le proche, l’ami, celui qui avait toujours été à ses côtés… Draco avait du mal à le réaliser. Il n’avait pas eu de frère, et sa vie avait été heureuse, pour lui. Mais pour Alva, ce bonheur avait essentiellement dépendu de Volodia. Ce frère chéri qui avait toujours été présent à ses côtés.

Et Volodia était mort. Tué par son propre père. Oh, oui, Draco comprenait parfaitement qu’Alva soit allée en Angleterre après ça. Qu’elle se soit laissé emmener, et enfermer. Elle ne devait même plus être capable de tenir debout… Rien ne l’avait préparée à ça. La dure réalité lui était revenue en plein visage et l’avait jetée à terre.

Draco tendit la main et, d’un geste tellement naturel qu’il se surprit lui-même, repiqua correctement un des arums dans la chevelure indomptable de la Russe. Il cherchait ses mots. Alva lui tournait toujours le dos, les épaules raidies.

Puis le Serpentard laissa sa main retomber, et dit lentement :

– Ton père était un salaud.

– Je sais, fit Alva d’une voix étranglée.

– Mais Volodia est mort et vaincre ton père, ou vaincre son souvenir, ne le fera jamais revenir. Ton frère est mort. Tu vas devoir vivre avec. Mais il t’aimait.

Il ôta les arums des cheveux de la rousse, puis ouvrit la main de la jeune fille et lui mit les fleurs dans la paume. Alors qu’il refermait les doigts d’Alva sur les précieux arums, il continua avec douceur :

– Et il aurait voulu que tu vives heureuse, sans être hantée par le fantôme de son meurtrier. Alors on va détruire cette malédiction, Alva, pas seulement pour ce foutu "côté de la Lumière" mais aussi pour Volodia. Et ensuite, tu vas vivre. Vivre pour toi, et pas seulement pour fuir ton cauchemar.

Il recula d’un pas, puis de deux. Alva lui tournait toujours le dos, et il ignorait si elle pleurait ou non. Il ne la verrait plus jamais s’effondrer, comprit Draco avec un sourire. Plus jamais.

Il quitta la Salle sur Demande en refermant doucement la porte derrière lui.

Dans la pièce, Alva esquissa un sourire douloureux. Et repiqua les arums dans ses cheveux avec d’infinies précautions, comme si elle mesurait seulement maintenant à quel point ce geste était devenu une habitude.

– Un jour, je vivrais pour moi-même, murmura-t-elle. Et ce jour-là il n’y aura plus besoin d’arums.

oOoOoOo

La plupart des élèves avaient préféré rentrer chez eux pour les vacances. C’était le cas de Weasley, mais pas de Potter et de Granger. Alva savait par Justin que cette dernière avait falsifié la mémoire de ses parents pour les protéger de la guerre, mais qu’elle avait été incapable par la suite de leur rendre leurs souvenirs. C’était sans doute pour ça qu’elle était là.

Quand à Potter… Et bien, les Weasley étaient fraîchement endeuillés, lui aussi. Et puis il était bien plus facile de se cacher de la presse à Poudlard.

Blaise froissa rageusement la Gazette du Sorcier. Alva lui jeta un regard surpris par-dessus ses œufs brouillés, et le métis cracha entre ses dents :

– Regarde les faits divers. Ils ont eu les Goyle.

Draco sursauta et attrapa le journal chiffonné. Ses yeux parcoururent les articles à toutes allures, jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent sur un petit encadré. Lentement, il lut à voix haute :

Une famille de Mangemorts rattrapés par leurs crimes.

– C’est quoi ce titre ? grogna Theodore avec hargne.

Hier soir, la famille Goyle a enfin été localisée, poursuivit Draco. Le père et les trois enfants échappaient à la justice magique depuis la fin de la guerre. Mais lorsque les Aurors sont arrivés sur les lieux, l’endroit avait visiblement subi une attaque aussi brève que dévastatrice. Il semblerait que les Capuches Blanches aient été plus promptes que le Ministère à faire justice !

Le blond reposa le journal sans un mot, les mâchoires crispées de rage. Luna tendit le bras, et serra brièvement le poing crispé du Serpentard. Malefoy fit un effort visible pour se détendre, et demanda presque poliment :

– Que dit Le Chicaneur ?

– Tu ne vas pas aimer, répondit doucement Luna.

– Donne-moi l’article.

La Serdaigle soupira, mais lui passa quand même son propre journal. Alva remarqua que plusieurs personnes regardaient dans leur direction en chuchotant. La plupart n’avait pas la Gazette ouverte devant eux, mais Le Chicaneur… La Russe eut un mauvais pressentiment, mais avant qu’elle ne puisse lui en faire part, Draco avait commencé à lire l’article :

Nouveau raid meurtrier des anti-Purs.

– Je t’avais dit que ça n’allait pas te plaire, dit paisiblement Luna.

Nestine Ergail-Crabble, épouse de Gaïus Crabble, avait déjà trouvé la mort peu après la fin de la guerre, assassinée par les anti-Purs. Aujourd’hui, le reste de sa famille a subit le même sort. Il semblerait que ces extrémistes possèdent des indics au sein du Ministère, car ils ont eut connaissance de la localisation des Goyle peu de temps avant les Aurors. Assez de temps, visiblement, pour attaquer la maison très isolée où s’était réfugiée la famille. Les corps des Goyle portent tous des traces de sorts de tortures, y compris ceux de Lana et Ajax Goyle, âgés de dix et six ans. La cruauté aveugle des anti-Purs ne connait apparemment pas de limite.

Draco froissa le journal et le jeta rageusement à travers la table. Chris le réceptionna au vol, et le rendit à Luna d’un air désolé.

Dans le silence qui suivit, Anaïs se tourna vers Alva d’un air grave.

– Je comprends mieux pourquoi il aurait été impossible de demander de l’aide pour l’Orbe. Personne ne nous aurait aidés. Nous sommes seuls.

Alva hocha la tête sans répondre. Un long et inconfortable silence s’installa au-dessus de la table des Serdaigle, où ils mangeaient ce matin-là. Pour faire diversion, Kim se tourna vers Alva et engagea la conversation :

– Pourquoi Finist n’est pas autorisé à livrer le courrier à Poudlard ?

– Intéressante transition, commenta Alva en se servant du thé. Et la réponse est : aucune idée. Pourtant, Finist est bien plus efficace qu’une vulgaire chouette.

– Ça reste un oiseau.

– Oui, mais un oiseau malin. Durant la guerre, Cathy était cachée par l’Ordre du Phénix, pourtant Finist l’a retrouvée sans difficultés.

Les sourcils de David se haussèrent, et le Poufsouffle demanda avec incrédulité :

– Vous vous envoyiez des lettres ? Alors que vous étiez dans des camps ennemis ?

Alva leva les yeux au ciel, puis se tourna d’un air navré vers Chris, qui était assis entre elle et David.

– Frappe-le pour moi s’il-te-plaît.

Docile, le Capitaine de l’équipe de Quidditch des Serdaigle s’exécuta, et asséna une tape sèche sur l’arrière du crâne du Poufsouffle blond. Ce dernier émit un piaulement de protestation qui fit sourire ses voisins.

– Et la réponse est non, fit Alva après avoir avalé quelques gorgées de thé. Quand je suis… partie, j’ai été forcée de rester en Angleterre. Du coup j’ai commencé à méditer l’idée de retrouver Cathy.

Le sujet s’éloignait des Goyle. Kim s’empressait d’embrayer en ce sens.

– Pourquoi tu n’es pas repartie chez Astrid et Lévine ?

– Les barrières vers l’étranger avaient été rouvertes, mais le Ministère les contrôlait. Et qui disait Ministère disait Mangemorts… Après deux tentatives ratées, j’ai renoncé à aller en Russie. Je suis allée vers le Nord, à pied.

– Ou à quatre pattes, chuchota Blaise d’un air de conspirateur. A pas de loups…

Alva gloussa nerveusement derrière ses œufs brouillés, mais hocha la tête. Le métis avait vu juste.

Draco, qui commençait à s’intéresser au récit –c’était une diversion bienvenue– s’accouda à la table pour écouter tranquillement. Alva lui adressa un bref sourire, avant de reprendre son sérieux.

– Je suis arrivée dans un petit village où, avec quelques sortilèges de Confusion, j’ai loué une chambre d’hôtes. Je m’y suis cachée durant plusieurs semaines. Le six mai, j’ai appris que le Seigneur des Ténèbres était mort. Et le huit, que les Mangemorts s’étaient officiellement rendus. Mais je n’ai osé partir que le quinze mai.

– Tu es retournée en Russie, supposa Draco.

– Oui. Mais juste trois jours, le temps de faire transférer mon argent à Gringotts et d’aller voir ce qui restait du manoir. Je n’ai même pas contacté Astrid ou Lévine.

Jack ouvrit de grands yeux incrédules.

– Tu as fui ?

La rousse grimaça, mais acquiesça tout de même.

– Oui.

– Je savais que tu étais une trouillarde, commenta Draco.

– La ferme, espèce de blond. Je pensais que mon père me chercherait là-bas en premier lieu. Et je voulais retrouver Cathy… Alors je suis retournée en Angleterre.

– Pas à Londres, devina Blaise. Tu ne t’y es installée que quelques jours avant la rentrée.

– Exact. Je me suis réfugiée à Appleby, la ville de mon club préféré, tu te souviens ? Et j’ai envoyé Finist chercher Cathy, avec un message lui donnant mon adresse. Mon faucon connait bien Cathy. Il l’a retrouvée, et deux jours plus tard, Cathy était sur le pas de ma porte.

– J’ai fugué, en fait, avoua la petite Serdaigle aux yeux vert d’eau. Je crois que les gens chez qui j’ai été placé se sont doutés de quelque chose dès qu’ils ont vu Finist tourner autour de la maison, mais ils ne m’en ont pas empêché.

– Tu étais où ? s’intéressa Nathan.

– Dans un orphelinat sous Fidelitas. C’était une famille qui gérait l’orphelinat. Ils étaient très gentils.

– On a prévu d’aller les voir durant les vacances d’été, sourit Alva. Pour les remercier d’avoir prit soin de ma cousine.

Nathan poussa un long soupir.

– Si tous les orphelinats pouvaient être comme ça… Le mien est horrible. Et tout le monde me déteste parce qu’il arrivait des choses étranges autour de moi…

Blaise haussa les épaules.

– Ce sont des Moldus, lâcha-t-il comme si ça expliquait tout. Ils ne te comprennent pas.

– Oui, mais je ne peux aller nulle part ailleurs, répliqua le petit Serdaigle.

Valerian ouvrit soudain de grands yeux, comme s’il avait eu l’illumination divine :

– Sauf si une famille t’adopte, non ?

– Euh, oui…

– Problème réglé ! Kim, il faut qu’on écrive aux parents pour leur proposer d’adopter Nathan !

Kimberley grimaça, mesurant déjà la difficulté juridique de l’entreprise. Une famille de Sang-Pur n’adoptait jamais, ou alors très rarement et dans des termes spécifiques, des enfants Nés-Moldus. Justin émit un petit rire.

– Tu n’es pas sortie de l’auberge !

Profitant du fait que la conversation se tournait vers d’autres sujets, le petit groupe choisi pour aller braver les dangers des souterrains quitta la Grand Salle assez rapidement, abandonnant les autres membres du Club. Ils firent un détour par leurs différentes salles communes pour récupérer quelques affaires –batte de Quidditch, arc et flèches, potions, poignards, casse-croûte– puis se retrouvèrent sur le chemin du couloir du troisième étage.

Alva était silencieuse, la gorge nouée. Draco, Theodore et David également ne pipaient mots, et échangeaient des regards sombres. L’annonce de la mort des Goyle était comme un rappel de la menace qui planait sur eux. Ryan et Anaïs, pour tromper leur angoisse, étaient les seuls à discuter à bâtons rompus.

– C’est ma mère qui a choisi mon prénom : Ryan, ça sonne plus américain qu’anglais.

– Moi, c’est mon père qui a choisi mon prénom. Ma mère voulait m’appeler Lesath.

– Lesath !

– Oui, ça sonne oriental, hein ? C’est le nom d’une étoile de la constellation du Scorpion.

– Mais ça t’irai bien.

– C’est mon deuxième prénom. Et le tien, c’est quoi ?

Eustache, grinça Ryan. C’est un nom français. Absolument horrible si tu veux mon avis.

Anaïs gloussa, mais son rire se coinça dans sa gorge quand Alva s’immobilisa devant un pan de mur. La jeune fille rousse prit une grande inspiration. Son cœur battait à grands coups, son corps était saturé d’adrénaline, mais elle se sentait étrangement calme. Comme le jour où elle s’était enfuie du manoir cerné par les Détraqueurs. Elle baignait dans une sérénité résignée, presque contemplative.

C’est trop tard pour faire marche arrière.

– Phénix.

Une partie du mur se volatilisa, purement et simplement, révélant la salle qu’Alva avait déjà pu observer grâce à un sortilège. Un par un, ils entrèrent dans la pièce ainsi dévoilée, et formèrent un demi-cercle autour du tapis usé avant qu’Alva, prononçant à nouveau le mot de passe, ne referme la porte cachée.

Il y eut un instant de silence, puis la Russe se racla la gorge.

– Voilà. On y est. Si vous voulez faire demi-tour, c’est encore possible…

Personne ne bougea. Alva leva les yeux au ciel, et retira le tapis d’un geste sac de sa baguette. En-dessous, la trappe au bois patiné semblait les narguer.

– Je vous rappelle que, d’après Rogue, il y a quinze mètres de chute puis des Filets du Diable. On va sauter un par un, en comptant une minute d’intervalle entre chaque. Une fois que les plantes nous auront laissé passer, on se retrouve, on se regroupe et on attend mon commandement. J’y vais en première. Ensuite Ryan, Theo, Anaïs, Jack, David et Draco. Pitié, ne laissez pas tomber votre baguette.

Elle inspira un grand coup, et sauta. Les autres tendirent l’oreille avec inquiétude. Quelques secondes plus tard, ils entendirent un bruit d’impact mou, suivit d’un juron russe que tous reconnurent. Puis il y eu des craquements, des frottements, le bruit de lianes et de racines qui bougent.

Puis un bref silence, et une voix étouffée.

– Ryan, tu te bouges ?

Le Serdaigle sourit, et sauta. Puis ce fut Theo, puis Anaïs, puis Jack qui tapotait nerveusement le sac à dos dans lequel il avait glissé la batte de Quidditch. David et Draco se regardèrent avec nervosité, et le Poufsouffle s’apprêtait à sauter quand il se figea.

– Qu’est-ce qu’il y a ? dit Draco ave inquiétude.

– J’ai cru voir… commença David en avançant d’un pas vers la porte cachée.

Mais il ne put achever sa phrase. Un rayon rouge surgit de nulle part le cueillit en plein poitrine et il s’effondra en arrière, stupéfixié. Draco agit par réflexe : il se baissa, dans le même mouvement il tendit son bras libre et rattrapa David avant qu’il ne se fracasse le crâne par terre, et pointa sa baguette vers l’origine du tir :

Impedimenta !

La cape d’invisibilité tomba, probablement rejetée par le Protego hurlé par Potter. Car c’était bien lui, caché sous sa cape, qui les avait suivit et espionné. Draco se sentit bouillir de rage. Potter ! Laissant David tomber dans la trappe ouverte afin de le protéger des prochains maléfices qui allaient voler, il se jeta à l’attaque avec fureur.

Les sorts volèrent vite partout. Ça ne dura qu’une poignée de secondes avant que Draco ne voie une opportunité. Il bondit, prenant Potter par surprise, et le plaqua au sol. Sans lâcher leurs baguettes, ils se mirent à se battre comme des chiffonniers, tapant, jurant, s’injuriant, frappant…

Puis Potter repoussa Draco, qui trébucha et bascula dans la trappe ouverte. Dans un geste purement instinctif, il s’accrocha au premier truc qui lui tomba sous la main : un pan de la cape.

Et Harry se jeta à plat ventre pour rattraper sa cape qui tombait avec le Serpentard.

Un instant, ils restèrent suspendus ainsi. Draco, dans le vide et agrippé à la cape, et Harry retenant cette même cape de toutes ses forces en essayant de ne pas glisser.

En bas, étouffées par la distance et les Filets du Diable, retendirent les voix inquiètes de Theo et de Ryan, puis de David. Un bref silence, puis ce fut la voix d’Alva, furieuse :

– POTTER !

Ledit Potter sursauta, son corps tangua… Et, avec un même hurlement, lui et Draco tombèrent à travers la trappe.

Quinze mètre plus bas, ils furent réceptionnés par une surface souple qui se creusa sous leur poids, comme un drap tendu. Un enchevêtrement de lianes, en fait. Après s’être enroulées autour de Draco, et avoir constaté que le blond restait plus immobile qu’un cadavre, les lianes le relâchèrent et il dégringola à travers leur enchevêtrement… Jusqu’à atterrir à quatre pattes sur le sol dallé du souterrain.

Il avait toujours sa baguette. Le Serpentard se redressa, groggy, et parcourut d’un regard l’endroit où il se trouvait.

C’était une grande salle ronde, assez haute de plafond. La chute ne lui avait pas semblée longue pourtant… Ah oui, les lianes devaient sans doute le descendre tandis qu’elles se relâchaient autour de lui. Les murs étaient en pierre grise et sombre, et le sol était fait de dalles parfaites lisses en granit brun.

Theo et Anaïs se tenaient aux côtés de David, qui était assis par terre, se remettant de sa stupéfixion. Ryan, lui, s’était approché de Theo pour voir comment il allait. Jack et Alva étaient trois mètres plus loin, face à Potter.

Face à un Potter désarmé qui n’en menait pas large, apparemment.

– Je ne vous espionnais pas, je…

– Tu nous as suivis, misérable macaque puant et fouineur !

– Non ! Enfin, si, mais…

– Et tu es entré dans cette salle top secrète !

– Je…

– Tu es un sale fouineur !

– Si tu veux, mais…

– Tu essayais de prouver quoi, qu’on complotait un coup d’Etat ?!

– Non, je savais juste que cette pièce menait au souterrain, alors j’étais…

– Soupçonneux, tu étais soupçonneux, Potty-La-Balafre, ne nie pas !

– Curieux, j’étais curieux, et-s’il-te-plaît-baisse-cette-baguette !

– TU AS JETÉ UN SORT À DAVID !

– Je suis désolé !

Il y eut un silence. Apparemment, Alva avait été prise de court. Ryan en profita pour hausser la voix, son regard passant sur chacun d’entre eux :

– On se calme, ok ? On a une mission à accomplir. Harry n’est qu’une donnée supplémentaire : rien n’a changé.

– Tu parles, grinça David en jetant un regard noir au Survivant. A partir du moment où Potter est passé à travers les Filets du Diable, il est devenu impossible de le renvoyer en haut. On va devoir affronter les Détraqueurs et les Inferi avec lui !

– Justement, on aurait pu tomber sur pire, répliqua Ryan.

– Attendez, le coupa Potter. Des Détraqueurs et des Inferi ? Mais vous allez faire quoi exactement ?!

Alva et Ryan se regardèrent. Draco remarqua à ce moment-là que la Russe avait à la main la baguette de Potter : le Gryffondor était désarmé. Il esquissa un sourire mauvais et proposa d’une voix forte :

– On pourrait le stupéfixier et le récupérer au retour.

– Typiquement Serpentard, se moqua gentiment Anaïs. Arrête, Draco. Harry sera plus en sécurité avec nous.

– Et nous, on sera beaucoup moins en sécurité avec lui ! cracha David. C’est un complice des Capuches Blanches, si ça se trouve !

– N’importe quoi ! s’indigna Harry. Je ne suis pas de leur côté !

– Menteur !

– Je vote pour la stupéfixion, clama Jack en levant la main.

– SILENCE ! beugla Alva dans le brouhaha qui commençait à s’élever.

Un silence absolu, digne des classes de Stensenn, tomba sur leur groupe comme une chape de plomb. La Russe croisa les bras d’un air exaspéré, puis se tourna vers Harry qui esquissa instinctivement un mouvement de recul.

– Un Mangemort avait créé une arme pour le Seigneur des Ténèbres, une malédiction plus précisément. Rogue l’a dérobée et cachée au bout de ces souterrains. Puisque tu es là, tu n’as pas le choix, tu vas venir avec nous la détruire.

Potter avait pâli, et il demanda d’une voix blanche :

– Une malédiction ?

– Oui. On ne sait pas ce qu’elle fait, mais en tout cas ça a l’air dangereux.

– Et vous savez ça depuis qu… Oh ! C’était pour ça que vous étiez dans le bureau de McGonagall !

Alva eut un petit sourire moqueur :

– Tout juste, Potter.

– Et vous n’avez rien dit à personne ?!

Alva perdit son sourire. Autour d’eux, plusieurs personnes levèrent les yeux au ciel. Ce fut Ryan qui se dévoua pour expliquer l’évidence.

– Sois réaliste, Harry, personne ne nous aurait crus. Ni nous, ni Rogue. Et dans l’hypothèse où on aurait pu convaincre quelqu’un, tu peux être certain que la haine contre les enfants de Mangemorts aurait repris de plus belle. Ils ont déjà tués les Goyle jusqu’au dernier enfant, ça aurait été qui ensuite ?

– Alors on a dû se débrouiller tous seuls, acheva Jack.

Potter grommela, mais dut se rendre à l’évidence. Draco ramassa subrepticement la cape d’invisibilité, qui était tombée à deux pas de là, et la glissa dans le sac de Jack, sous sa batte de Quidditch.

Alva poussa un grand soupir, et croisa les bras :

– Bon, on n’a pas le choix. Potter, tu viens avec nous. Essaie de ne pas être trop handicapant.

Le Survivant se hérissa sous l’injure, mais Alva lui ôta l’opportunité de parler en lui lançant sa baguette. Le Gryffondor la rattrapa au vol, l’air surpris qu’elle lui rende son arme, et Alva fit volte-face, se dirigeant vers l’unique sortie de la pièce dans laquelle ils se trouvaient.

– Restez groupés. Je vous rappelle que les portes qui se ferment ne peuvent être rouvertes.

En silence, ils lui emboîtèrent le pas.

A peine avaient-ils quitté la grande salle ronde sous les Filets du Diable que, derrière eux, une porte de chêne tomba du plafond à la manière d’une herse, et se referma avec un bruit sourd qui résonna dans tout le couloir. Les élèves se regardèrent, soudain nerveux.

Ils se trouvaient dans un long couloir, parfaitement droit, aux murs et au sol parfaitement lisse et apparemment taillé dans la pierre. Le couloir était chichement éclairé par des torches situées tous les cinq mètres. Ça laissait de grandes zones d’ombre. Rien de très rassurant.

Lumos, murmurèrent plusieurs voix.

Avec un supplément de lumière, le couloir était moins hostile, mais toujours effrayant. Prudemment, leur petit groupe s’enfonça dans les ténèbres.

Un silence inconfortable s’installa entre eux, uniquement rompu par le bruit de leurs pas sur la pierre. David et Draco dévisageaient Harry avaient une franche animosité, sous l’œil blasé de Theo et désolé d’Anaïs. Finalement, et sans doute pour faire plaisir à sa petite-amie, Ryan se racla la gorge et engagea poliment la conversation :

– Pourquoi Hermione ne t’a pas suivi ? D’habitude, elle ne te lâche pas d’une semelle.

– Elle devait aller à la Bibliothèque, soupira Potter.

– Prévisible, sourit Anaïs.

– Et pourquoi tu nous suivais ? fit David d’un ton sec.

Theodore leva les yeux au ciel, et Jack murmura juste assez fort pour que tout le monde l’entende :

– Les Poufsouffles ne sont pas censés être gentils et niais ?

– Je t’emmerde, grinça David.

Mais un mince sourire vint étirer ses lèvres. On ne pouvait pas vraiment se fâcher contre Jack. Il avait toujours un sourire désarmant et même ses sarcasmes étaient dépourvus de toute agressivité.

Mais David attendait toujours une réponse du Survivant, et il continua à le regarder avec instance. Potter plissa le nez, gêné.

– Je pensais que vous alliez faire quelque chose de stupide.

– Du genre ? lâcha le Poufsouffle.

– Je ne sais pas, moi ! Assommer Dennis Crivey ?

– Pourquoi est-ce qu’on aurait fait ça, par Mordred ? laissa échapper Theo.

Alva fronça les sourcils, mettant bout à bout les indices, mais Draco avait déjà comprit. Il lança un regard glacial à l’Elu, et lâcha d’une voix sèche :

– Crivey est un anti-Pur, c’est ça ?

– Quoi ?! glapit Jack. Impossible !

– Si, c’est possible, avoua Potter. Il veut les rejoindre dès sa sortie de Poudlard.

Un lourd silence s’abattit sur eux, tandis qu’ils échangeaient des regards atterrés. Ryan eut un rire nerveux, et se passa la main dans les cheveux pour se donner une contenance.

– C’est comme si la tendance s’était inversée. Au lieu des Mangemorts, on a les anti-Purs. Les victimes sont les membres des vieilles familles de sorciers et les héros de guerre sont en train de se transformer en psychopathes assoiffés de sang… Sans vouloir te vexer Harry.

– Ce n’est pas à ce point-là… commença Potter d’un air vexé.

– Si, c’est exactement à ce point-là, le détrompa Theo.

Harry posa son regard sur le Serpentard, qui rougit, embarrassé d’être soudain la cible de l’intérêt général. Theodore était quelqu’un de très discret. Néanmoins, il continua bravement :

– Durant la première guerre, la situation était exactement la même. A Poudlard, les élèves se voilaient la face, comme si l’affrontement entre le Ministère et les Mangemorts était comparable à un match de Quidditch. Mais il y avait des élèves qui se préparaient déjà à rejoindre les rangs des uns ou des autres, et d’autres qui crevaient de peur à l’idée d’être les prochaines victimes. Et il n’y avait aucun sauveur en vue. La situation, aujourd’hui, est exactement pareille.

A nouveau, il y eut un silence. Potter regardait ses pieds, semblant réfléchir aux mots de Theodore. Les autres échangèrent un regard inquiet. Ils faisaient tous partie de la liste des victimes potentielles.

Puis Alva, en tête, s’immobilisa.

Devant eux se dressait la première porte.

C’était une porte à double battant, immense, en bois sombre et massif. La Russe prit une grande inspiration, résumant mentalement ce que Rogue leur avait dit à propos de cette première épreuve, puis se tourna vers le reste du groupe.

– Statues ensorcelées et dragon de pierre au plafond. Privilégiez les sortilèges de destruction ou de réduction, pas les sorts de combat classique : on ne peut ni blesser ni faire souffrir l’adversaire, ici. Draco, Ryan, Jack, David : la magie noire est autorisée. Potter, ça me tue de dire ça mais la personne avec qui tu es le plus apte à combattre en binôme c’est Draco, alors…

– Oh non, soupira le Serpentard.

– … Vous vous battrez ensemble, continua la Russe inflexible. Et ensemble, ça ne veut pas dire l’un contre l’autre mais l’un avec l’autre. Pas de maléfice perdu, c’est clair ? Sinon ça va être sanglant.

Les deux éternels rivaux soupirèrent, l’air révolté, mais acquiescèrent à contrecœur. Jack ricana nerveusement et Theo lui donna un coup de coude. Alva balaya leur petit groupe du regard.

– Prêts ?

Ils hochèrent la tête. Alva fit volte-face. Et, sans hésiter, elle repoussa fermement les battants de la porte de bois sombre.

La porte s’ouvrit.

Continue Reading Next Chapter

About Us:

Inkitt is the world’s first reader-powered book publisher, offering an online community for talented authors and book lovers. Write captivating stories, read enchanting novels, and we’ll publish the books you love the most based on crowd wisdom.