Le parfum des Arums

Le pouvoir d'un nom

Ils échangèrent un dernier salut sur le palier, puis les Malefoy transplanèrent, le fils guidant sa mère.

Ils atterrirent dans la chambre d’hôtel de Draco. Aussitôt, ce dernier agita sa baguette, et ses affaires se rangèrent toutes seules dans sa malle. Sa mère, épuisée par la journée, s’assit sur le lit en le regardant faire.

– Où comptes-tu aller ?

– Nous devrions changer d’hôtel, Mère. J’ai une baguette et je suis majeur : si je crée un peu d’argent Moldu, on n’y verra que du feu. Installons-nous le plus loin possible du Ministère et ensuite… On avisera.

Narcissa réfléchit un instant :

– Je connais un lieu qui pourrait convenir. Je déménagerai lorsque tu seras à Poudlard.

De surprise, Draco en arrêta son sortilège, et tous les vêtements en train de se plier et de se ranger retombèrent mollement à terre. Il pivota vers sa mère, incrédule :

– Poudlard ?

– Tu dois y retourner, continua Narcissa, inflexible. Une fois que tu auras tes ASPICS, tu pourras trouver du travail et faire ce que tu voudras de ta vie. Sans ce diplôme, tu n’arriveras à rien. Nous n’arriverons à rien.

– Mère…

Il aurait voulu lui dire qu’il ne voulait pas l’abandonner. Qu’il ne voulait pas la quitter après l’avoir enfin retrouvée. Mais elle le fixait de ses yeux gris inflexibles, lui ordonnant silencieusement d’obéir. Avait-elle aussi peur et aussi mal que lui ? Oui, sans doute. Peut-être même plus. Elle n’avait plus de baguette, plus rien, même pas une perspective d’avenir. Et elle voulait quand même qu’il parte. Pour son bien à lui.

Les Serpentards devaient êtres des Gryffondors refoulés.

– Que feras-tu ?

– Ne t’inquiète pas pour moi, Draco, ordonna sèchement sa mère. Je ne suis pas sans défense.

Draco acquiesça lentement. Ses affaires se remirent à se plier et se ranger, et il s’assit sur le lit, à côté de sa mère.

Il aurait voulu lui dire qu’elle lui avait terriblement manqué, ou quelque chose dans ce goût-là. Il aurait aimé être un Gryffondor, ne serait-ce que pour pouvoir dire ce qu’il avait sur le cœur et ne pas regretter sa franchise après. On lui avait toujours appris à taire ses émotions. Chez lui, chez les Serpentards, chez les Mangemorts. Il aurait aimé être capable de les mettre en mots, aujourd’hui. Ça lui semblait si important que sa mère sache qu’il l’aimait.

Il ouvrit puis ferma la bouche plusieurs fois, sans réussir à prononcer une seule parole. Finalement, pour se sauver du ridicule, il détourna la tête.

– Tu connais Alva Hawking ?

Narcissa resta silencieuses quelques secondes. Elle semblait réticente à répondre.

– Pas vraiment, mais je connaissais ses parents.

– Ils étaient des Mangemorts, n’est-ce pas ?

Narcissa plissa le front, songeuse, et finit par concéder :

– Son père, oui. Sa mère, pas vraiment.

Draco nota scrupuleusement l’information dans un coin de son esprit. Voilà pourquoi Alva disait que sa mère avait suivi son père.

Il ne dit rien, laissant à Narcissa le temps de peser ses mots. Finalement, sa mère inspira profondément, et commença à parler.

– Son père est revenu au Seigneur des Ténèbres dès son retour, lors de la Coupe de Feu. C’était un très grand maître des potions et des sortilèges. Il créait des sorts et des poisons imprégnés de magie noire. Je pense que c’est lui qui a créé la Marque des Ténèbres, d’après ce qu’il a laissé entendre. Il était un des tous premiers fidèles du Seigneur des Ténèbres.

– Je n’ai jamais entendu parler de lui.

– Très peu le connaissaient. Il cultivait son mystère, il n’ôtait presque jamais son masque. Oui, il portait un masque, en acier noir, afin de conserver son anonymat. Le Seigneur des Ténèbres l’estimait beaucoup, et n’y voyait pas d’objection. Ton père et moi-même ne l’avons rencontrés qu’une ou deux fois, lorsqu’il a offert ses dernières découvertes au Maîtres.

– Ses découvertes ?

Narcissa jeta un regard de paranoïaque dans la chambre vide, puis continua à mi-voix :

– Des sorts de destructions. Ou de tortures. Des poisons qui font mourir lentement les Moldu mais qui sont inoffensives sur les sorciers… Je ne l’ai vu que deux fois, mais ces deux fois m’ont suffis.

Draco fronça les sourcils, mais ne dit rien. Ce Netaniev… Un Russe, un étranger, qui avait quitté son pays pour le Seigneur des Ténèbres. Par conviction, et non par peur, c’était certain. Lord Voldemort ne serait jamais allé punir un déserteur en Russie. Si Netaniev était revenu, c’était parce qu’il voulait servir, réellement.

Et Alva était sa fille. Alva, sérieusement ? Cette fille bavarde à l’accent chantant, qui souriait presque toujours et qui portait des fleurs dans les cheveux ?

– Après ce qui s’est passé au Ministère durant ta cinquième année, les frontières ont été fermées avec les autres pays sorciers, continua Narcissa. Par crainte de l’invasion des forces du Seigneur des Ténèbres, tu comprends. Netaniev a contourné les barrières, je ne sais comment. C’est grâce à lui que nous… que le Seigneur des Ténèbres a pu ramener des géants, par exemple. Netaniev, lui, a ramené sa femme et ses deux fils.

– Sa femme s’appelait Hawking, se rappela Draco. Etait-elle anglaise ?

Narcissa inclina légèrement la tête pour acquiescer.

– Oui. Les Hawking sont une très vielle famille de Sang-Purs. La lignée a disparu, faute de descendants mâles, mais une des héritières avait épousé Netaniev. Elle s’appelait Diane Hawking.

Hawking. Une famille Sang-Pur, mais oubliée, disparue ou presque. Oui, Alva avait choisit une bonne couverture, une très bonne couverture.

Draco faillit interroger sa mère à propos de la sœur de Diane Hawking, Esther. La mère de Catherine Hawking. Puis il renonça. Mieux valait absorber tout ce qu’il pouvait sur la famille proche de cette Alva qui passait son temps à lui sauver la mise.

Tiens. C’était devenu Alva, maintenant. Plus Hawking.

– Diane et moi avons sympathisé. Elle excellait en potions et en soins. Tu ne t’es jamais aventuré dans l’aile du manoir transformée en infirmerie, mais si tu l’avais fait, Draco, tu l’aurais rencontré : elle y passait tout son temps. Elle arrivait à soigner presque n’importe quoi. C’était une femme très noble et très douce.

Narcissa fit une pause, les yeux fixés droit devant elle, puis elle ajouta à mi-voix :

– Elle s’inquiétait pour ses enfants.

Draco croisa le regard de sa mère, et soudain sa gorge se noua. Oh, évidemment que sa mère et Diane Hawking avait sympathisé. Parce qu’elles s’inquiétaient pour leur famille, toutes les deux. Et qu’elles ne leur disaient pas.

Il aurait vraiment aimé dire à sa mère qu’elle lui avait manqué, qu’il l’aimait, et qu’il ne voulait pas la quitter. Et sa mère, très probablement, aurait voulu lui dire la même chose. Parce que Sang-Purs aristocratiques et froids ou non, ils s’aimaient, tous les deux.

Mais ils étaient juste incapables de se le dire. Alors ils parlaient d’autres choses. Pour faire semblant de rester attentifs et impassibles. Alors qu’en fait, cette discussion ne leur servait qu’à entendre le son de la voix de l’autre.

Narcissa regarda ailleurs.

– Ses enfants… Ils avaient à peine dix-huit et vingt ans. Ils feignaient l’enthousiasme, mais ils avaient peur, je l’ai senti… Je ne les ai vus qu’à leur arrivée, au mois d’octobre. Tu étais encore à Poudlard. Par la suite, c’était Diane qui me parlait d’eux.

Elle resta silencieuse un instant. Cela faisait un moment que la malle était pleine et bouclée, mais ni Draco ni elle ne firent mine de s’en apercevoir.

– Ils participaient aux opérations de grande envergure. Je pense que leur père leur confiait ses nouvelles inventions… Et qu’ils les testaient. C’était… Des machines, pour Netaniev. Il les envoyait au combat avec des sorts et des poisons et il attendait de voir ce que ça donnait. Certes, ils étaient très doués avec la magie noire. Mais ce n’étaient que des enfants…

Ses propres enfants. Draco eut la vision soudaine de la petite Cathy, avec ses yeux verts terrifiés et sa pâleur maladive, lâchée au milieu des combats avec des Mangemorts. Ils avaient dix-huit et vingt ans. Mon âge. Ils ne savaient rien de la guerre.

Il serra les mâchoires.

– Et ensuite ? demanda-t-il avec douceur.

– Cela a duré longtemps. Lorsque nous… Lorsque le Seigneur des Ténèbres a attaqué le Ministère de la Magie pour tuer Scrimgeour, les deux enfants étaient porteurs de sorts très dangereux pour eux. Diane a absolument tenu à les accompagner… Et je suis partie avec elle.

Elle resta silencieuse un instant, perdue dans ses pensées.

– Diane est morte en protégeant ses fils. Ils ne l’ont jamais su.

– Et tu as ramenée son corps, lâcha Draco à mi-voix.

Narcissa soupira, l’air soudain fatiguée. Elle avait des cheveux blancs, remarqua absurdement son fils. Quand est-ce que sa mère était devenue si vieille et fragile ?

– Oui. Netaniev m’a écrit qu’il se considérait redevable envers moi pour lui avoir rendu sa femme. Il l’a enterré lui-même dans le cimetière des Hawking.

Peut-être qui l’aimait, après tout, songea Draco. Je pense que mon père m’aimait, même s’il ne me l’a jamais montré. Personne n’est incapable de ne pas aimer ceux qui partagent sa vie et qui l’aiment…

Voilà qu’il se montrait aussi sentimental qu’un Poufsouffle niaiseux. Au secours.

Narcissa poursuivait :

– Puis… Il est retourné en Russie durant quelques jours. Le Seigneur des Ténèbres demandait quotidiennement de ses nouvelles. Il en est revenu avec sa fille, celle que tu appelle Alva.

– Elle déteste son prénom, ricana nerveusement Draco en se souvenant de ce que la jeune Hawking avait dit à propos du « délire maternel de l’année ».

– Après la mort de Diane, je n’ai plus entendu parler de Netaniev, sauf bien sûr quand il est revenu de Russie. Il s’est empressé d’aller voir le Seigneur des Ténèbres, dans notre manoir. Et il lui a présenté sa fille, en disant qu’elle serait son assistante. Elle était livide de terreur. Et elle avait cette fleur blanche dans les cheveux…

Narcissa, perdue dans ses pensées, secoua la tête en murmurant :

– Le Seigneur des Ténèbres a trouvé que ce n’était pas de son goût. Il la lui a retiré des cheveux lui-même, du bout des doigts. Elle fixait son père comme pour l’appeler à l’aide, et lui, il regardait le Maître avec vénération.

A chaque fois qu’il avait vu lord Voldemort, Draco avait été totalement terrifié. Et pourtant, il était prévenu, de sa laideur, de son pouvoir, de la terreur qu’il faisait naître. Il plaignit sincèrement Alva pour son premier face à face.

– Ensuite, je n’ai plus revu les Netaniev. Ni les enfants ni le père. Il y a huit mois, les deux garçons ont été tués dans une embuscade. Bella était présente et m’a raconté qu’après leur mort, les sorts dont ils étaient gorgés continuaient à fuser comme des feux d’artifices… Jusqu’à ce que leurs corps partent en cendres.

Elle poussa un long soupir, puis planta son regard dans celui de son fils.

– Andreï Netaniev a participé à la bataille de Poudlard. Pas sa fille. Je pense qu’au cours de l’année dernière, elle a déserté et est revenue en Russie. Mais qui elle est, ce qu’elle a fait durant cette année, je l’ignore, Draco.

Le jeune Malefoy fit tourner sa baguette entre ses mains, pensif.

– Et son père ?

– Je l’ignore. Je pense qu’il est mort. Je l’imagine mal survivre à son maître.

Il y eut un instant de silence entre eux, puis Draco se tourna vers sa mère :

– Diane Hawking avait une sœur, paraît-il.

– Oui. Esther Duncan. Femme de Mangemort et alliée, mais pas Mangemort elle-même… Elle a trahi peu après la mort de Dumbledore, et a été tuée. Son mari est toujours en fuite. Pourquoi ?

– Simple curiosité. Alva Hawking est revenue en Angleterre pour s’occuper de sa cousine, la fille des Duncan.

Narcissa hocha la tête, silencieuse, et Draco se fit la réflexion que la situation des cousines Hawking était étrangement semblable. Toutes deux avaient perdues leurs familles, et leurs pères Mangemorts avaient disparus.

Enfin, Duncan avait fui. Netaniev, lui, était sans doute six pieds sous terre.

Draco secoua la tête et changea de sujet :

– Si je dois revenir à Poudlard, Mère…

– Tu iras à Poudlard, Draco.

– D’accord, capitula son fils. Quand j’irai, penses-tu qu’elle pourrait me soutenir ? J’aurais besoin d’alliés.

– Ne peux-tu pas compter sur Potter ?

Rien que l’idée de devenir ami avec l’Elu donnait envie de vomir à Draco. L’Elu ! Bouffi de sa suffisance, toujours aimé et entouré. Il n’avait jamais eu à supporter les Doloris en guise de punition, jamais eu à arpenter les salles obscures d’un manoir qui lui donnait des cauchemars, jamais été terrifié par la solitude et la déchéance dans laquelle il s’enfonçait. Non, Potter avait toujours tout eu : la gloire, l’indulgence, l’amour, le bon rôle. Et en plus il s’était payé le luxe de mépriser Draco dès leur rencontre dans le train. C’était dégueulasse.

– Je ne pense pas, non, lâcha Draco d’une voix traînante.

Narcissa n’insista pas. Elle se leva, vite imitée par son fils, et se recomposa le visage digne et impavide qu’elle avait toujours porté.

– Allons-y, Draco. En chemin, tu me raconteras ce qui s’est passée depuis que nous avons été séparés.

oOoOoOo

A dix jours de la rentrée, Malefoy se trouvait sur le Chemin de Traverse pour faire ses achats lorsqu’il revit Alva Hawking. Accompagnée de sa cousine, elle était en grande conversation avec Blaise Zabini et une femme d’une grande beauté qui devait être sa mère. Les trois futurs élèves de Poudlard portaient chacun un grand chaudron où s’entassait livres et fournitures diverses.

En le voyant, elle lui adressa un large sourire. Blaise sembla hésiter, puis lui fit signe de les rejoindre. Draco ne se fit pas prier.

– Bravo pour le procès, le félicita chaleureusement Blaise dès qu’il les eut rejoint. Maintenant, toi et ta mère êtes totalement libres !

– Dans une mesure toute relative, le tempéra Draco.

Ni lui ni sa mère ne pouvaient quitter le pays, et la moindre incartade serait sévèrement punie. Potter les avait sauvés cette fois. Mais il n’y aurait sans doute pas de seconde chance.

– Avez-vous pu récupérer le manoir Malefoy ? l’interrogea Mrs Zabini.

– Non, malheureusement. La totalité de nos biens ont été razziés par le Ministère.

A présent, Narcissa et son fils vivaient dans un quartier Moldu de la banlieue de Londres, propre et soignée. Leur demeure était l’ancienne maison de Sirius Black, là où il avait vécu après avoir hérité de son grand-oncle. La maison ne figurait pas sur l’héritage de Black, elle ne revenait donc pas à Harry Potter mais à la plus proche parente de Sirius encore en vie : Narcissa.

Draco n’allait pas s’en plaindre. Honnêtement, son manoir lui donnait encore des cauchemars. Il n’aurait pu y revenir en sachant que lord Voldemort avait arpenté chaque pièce de cet endroit.

Sentant que Draco n’avait pas envie d’en parler, Alva changea de sujet :

– On parlait de baguettes magiques. Ollivander a passé tout son temps à examiner la mienne, c’est tout juste s’il s’est intéressé à Cathy. J’avais envie de la lui arracher des mains.

Draco sauta sur l’occasion, se tournant vers la cadette des Hawking. Elle semblait avoir prit un peu d’assurance. Son teint était moins maladif et elle s’était étoffée, comme si elle retrouvait la santé.

– Tu as acheté sa baguette seulement maintenant ? Le mieux aurait été de le faire au début de l’été, le temps qu’elle se familiarise avec…

Alva haussa les épaules :

– Pas eut le temps.

– Pourquoi Ollivander examinait ta baguette ? s’intéressa Blaise.

– Elle a été fabriquée par Gregorovitch. Vingt-huit centimètres et demi, bois de cèdre et plume de griffon. « Le bois d’if choisis souvent un maître qui possède en lui un grand potentiel » fit Alva en imitant l’intonation d’Ollivander. Eh, il croyait quoi ? Je ne suis pas n’importe qui !

– Griffon ? répéta Mrs Zabini en fronçant les sourcils. J’ignorais que leurs plumes pouvaient être utilisés dans la fabrication de baguettes…

– C’est courant en Europe de l’Est. Il n’y a pas de licornes, mais en Sibérie, les Sombrals et les griffons sont très nombreux. Aucune autre espèce ailée comme l’hippogriffe ne leur fait concurrence. Le climat est trop froid pour ça. On se sert donc de leurs plumes et de leurs crins pour la composition des baguettes magiques.

La Sibérie. Encore une information à retenir. Alva était allée en Sibérie. Peut-être même qu’elle était originaire de là…

Un bout de papier froissé jaillit soudain de la poche de Blaise et s’agita devant son nez. Il l’attrapa d’un geste agacé, lançant un regard d’excuse aux autres.

– Ma liste. Je l’ai enchanté pour qu’elle se rappelle à moi, mais elle a tendance à insister un peu trop.

– J’aurais du faire ça, moi aussi, marmonna Alva en fouillant ses poches. Je crois que j’ai perdu la mienne…

– Non, c’est moi qui l’ai, dit timidement Cathy en lui tendant lui tendant la liste, soigneusement pliée.

Draco sortit la sienne, et la consulta rapidement. Il fallait encore qu’il achète des robes, quelques vêtements et ses ingrédients de potions. Et un hibou, aussi. Celui de son père avait disparu au cours de sa septième année. Il soupçonnait un courageux Gryffondor de l’avoir empoisonné pour se venger des Mangemorts.

– Il nous faut nos ingrédients de potions et un hibou, lâcha Alva. Je ne pense pas que Finist sera autorisé à livrer du courrier à Poudlard.

– Finist ? répéta Draco avec un haussement de sourcil.

– Mon faucon pèlerin. Comment est-ce que vous faites, en Angleterre, pour dépendre uniquement des hiboux ? En Europe, on utilise des faucons de toutes les races, et même des aigles…

– Quel nom original, se moqua Draco en ignorant sa tirade. « Finist le fier faucon » est le héros d’un conte russe, n’est-ce pas ?

Alva haussa les épaules, embarrassée.

– Je trouvais ça classe.

– Je dois aussi acheter des ingrédients pour potions, fit Blaise en relevant le nez de sa liste. Quant au hibou, nous avons encore les nôtres. Mais je ne serais pas contre un animal de compagnie…

– Pourquoi pas, répondit sa mère avec un petit sourire. Ce sera ton cadeau de rentrée.

– Allons-y ensemble, proposa Alva. Je ne connais pas d’animalerie au Chemin de Traverse…

Draco hésita. Franchement, il n’avait pas envie qu’on le dévisage. Et s’il était avec d’autres gens, les regards pèseraient d’autant plus lourd, comme si on le soupçonnait de préparer un complot.

Mais il n’eut pas le temps de trouver un moyen de se défiler. Alva et Blaise semblaient ravis de sa compagnie, et ils l’entrainèrent avec eux. Le jeune Malefoy surprit le regard amusé de Cathy, et lança un regard noir à la fillette, qui baissa aussitôt les yeux.

– C’est la première fois que tu viens sur le Chemin de Traverse ? interrogea Blaise.

– Je suis déjà allée à Gringotts, mais sinon, jamais. Et toi, Cathy ?

La fillette baissa les yeux et marmonna une réponse presque inaudible, qui fit hausser un sourcil à Alva.

– Florian Fortarôme ? C’est quoi ?

– Un glacier, sourit Blaise. Délicieux, d’ailleurs. Mais il n’est plus ouvert.

Après la guerre, Florian Fortarôme n’avait pas reparu. Les Mangemorts l’avaient fait disparaitre pour on-ne-savait-quel crime quand la promotion de Draco était en sixième année… Il avait probablement été tué.

Un léger silence plana sur leur groupe, puis Draco changea de sujet :

– A propos de baguette, comment est celle de Cathy ?

La fillette sembla retrouver une certaine assurance, et pour la première fois, elle adressa directement la parole à Malefoy :

– Vingt-quatre centimètre trois quarts, en bois d’aulne, avec un crin de licorne.

– Le bois d’Aulne a la réputation de s’associer aux sorciers les plus avancés, fit remarquer Blaise. Tu as toutes les chances de tomber à Serdaigle maintenant.

– Ne juge pas un sorcier sur sa baguette ! le rabroua sa mère. Avec la tienne en bois de châtaigner, à première vue, tu étais destiné à aller à Poufsouffle.

Blaise se renfrogna, ce qui fit sourire les deux autres. Le bois de châtaigner avait la réputation de s’attacher aux sorciers doués pour la Botanique…

Mrs. Zabini changea de sujet :

– Votre nom sonne anglais, Miss Hawking, mais il ne me dit rien.

Alors que Malefoy pensait que la Russe allait esquiver la question, Alva se lança avec enthousiasme sur le sujet :

– Oh, les Hawking sont une famille très ancienne, mais à présent presque totalement éteinte, comme toutes les grandes familles Sang-Pur.

– De Sang-Pur ? s’intéressa la mère de Blaise. Dans ce cas, vous devez avoir de la famille ici. Toutes les lignées de Sang-Pur sont cousines.

– Oh, les Hawking sont quand même une branche assez éloignée du tronc principal, si on veut utiliser la métaphore de l’arbre généalogique. De nombreuses familles voisines de la mienne se sont éteintes. Les Nott sont mes cousins au quatrième degré, ou cinquième degré… Je ne sais plus. Les Prewett sont actuellement la lignée qui m’est la plus proche.

Prewett, songea Malefoy avec une grimace. Comme la femme d’Arthur Weasley. La grosse vache traître à son sang… Rousse, tiens : Molly Weasley était rousse. Et Alva avait les cheveux roux très clairs.

Effectivement, les Prewett et les Hawking étaient sans doute des lignées proches.

Alva, ignorant les déambulations mentales de Draco, continuait :

– Ça devait bien faire deux générations qu’aucun Hawking n’a habité à Londres ! Cathy et moi sommes de vraies revenantes. Mes parents vivaient en Russie, et ceux de Cathy avaient leur résidence principale en Irlande.

– Beurk, l’Irlande, grimaça Blaise.

– T’as quelque chose contre les Irlandais ? rétorqua Alva.

– Oui, ils sont nuls au Quidditch.

Cathy baissa la tête pour dissimuler un sourire derrière ses mèches roux clair, amusée. Quant à Draco et Mrs. Zabini, ils retinrent un même rictus mi-amusé, mi-exaspéré. Blaise ne jouait pas au Quidditch, mais il était totalement accro à ce sport.

Alva s’accorda un instant de réflexion, puis haussa les épaules :

– Pas faux. Le niveau de leur équipe nationale est en chute libre.

– Au fait, quel est ton club favori ?

– Les Aigles de Tishanka. C’est un club en Russie. Leur mascotte est un griffon blanc. On dit qu’ils se sont inspirés de lui pour certaines de leurs attaques : leur adversaire a toujours l’impression d’être la proie d’une meute de prédateurs. Les matchs sont toujours spectaculaires.

Blaise haussa un sourcil, visualisant apparemment ce que les techniques en question devaient donner. Alva sourit :

– J’ai un bouquin sur eux, si ça t’intéresse…

– Ça m’intéresse, rit le Serpentard. Le Quidditch m’intéresse toujours !

La Russe gloussa.

– Je te le passerai à Poudlard, alors…

Le métis donnait déjà son accord, ravi, quand la jeune fille croisa le regard de Mrs. Zabini et rectifia tout de suite :

– Si ça ne t’empêche pas de travailler, évidemment.

Draco leva les yeux au ciel. Blaise avait toujours été un flemmard : bouquin ou pas, il en ferait le moins possible.

Il changea de sujet :

– Tu as un club favori en Angleterre ?

La rousse hocha la tête.

– Oui. Celui des Flèches d’Appleby, et vous ?

– Les Tornades de Tutshill, répondirent Draco et Blaise en même temps.

Alva se mit à rire.

– Sérieusement ? Cette équipe de boulets ?

Une discussion véhémente sur la supériorité ou l’infériorité des Flèches et des Tornades s’engagea entre les trois adolescents. Pour la première fois depuis un bon moment, Draco se lança avec passion et sans arrière pensée sur un sujet de discussion qui n’avait rien à voir avec la mort, la guerre, sa famille, Potter ou Poudlard.

Alva était apparemment une grande fan de Quidditch.

Elle et Cathy –bien que la fillette n’ouvrit pas la bouche, Alva parlant pour elle– connaissaient très bien les Flèches d’Appleby car leur quartier général se trouvait non loin de la frontière avec l’Ecosse. Comme les deux cousines avaient grandies séparées par une mer et un continent, elles communiquaient par lettres, et l’un de leurs sujets de conversation préférés était justement les Flèches d’Appleby.

Mais ce n’était pas tout. Alva soutenait aussi les Cerfs-volants de Karasjok, un club Norvégien, car leur Attrapeur était célèbre pour sa virtuosité. Draco, qui connaissait aussi ce joueur, passa dix minutes à se disputer avec elle pour savoir si oui ou non il était meilleur que Viktor Krum, le prodige du Quidditch.

– Et au niveau national, Alva, tu soutiens quelle équipe ? demanda Blaise d’un ton soupçonneux. Russie ou Angleterre ? N’envisage même pas d’évoquer l’Irlande.

– Aucun risque, sourit Alva. Mais désolée pour vous, mon cœur appartient à la Sainte Mère-Russie. C’est cette équipe que je soutiens.

– Traîtresse.

Pour toute réponse, Alva lui tira la langue.

– Je suis une Hawking. Et les Hawking font toujours ce qui leur plait.

– C’est la devise familiale ? se moqua Blaise.

– Non, c’est la mienne.

– Ben voyons, railla Draco. « La loi, c’est moi » ?

– T’es cultivé, mine de rien ! se moqua la Russe.

Cette citation venait du Roi-Soleil français, qui était peu connu dans le monde sorcier. Mais quand même, en bon Malefoy, Draco savait que la Marquise de Montespan était une sorcière née-Moldu et que c’était parce que le monde sorcier l’avait rejeté qu’elle s’était faite une place dans le monde Moldu. Une histoire qui prouvait bien à quel point les Sang-de-Bourbe était dangereux, d’après Lucius Malefoy…

Il chassa ce souvenir de ses pensées, et continua sur le sujet :

– Et la devise des Hawking ? La vraie ?

– Elle est nulle. Pas aussi nulle que mon prénom, mais presque. Sérieusement, mes ancêtres auraient pu choisir quelque chose de plus classe que : « L’œil et la noblesse du faucon ». Ça fait… Taxidermiste.

Draco, Blaise, et même la petite Cathy éclatèrent de rire. Mrs. Zabini, sourit, secouant la tête avec indulgence, et fit remarquer :

– Hawking, la noblesse du faucon… Il y a quand même une thématique.

– Oui, acquiesça Alva. Les armoiries des Hawking représentent aussi un faucon. Avec un héritage pareil, je vais finir à Serdaigle, moi.

Blaise ricana, moqueur, et Alva fit mine de lui donner un coup de coude. Draco, lui, songea un instant qu’Alva donnait bien trop d’information sur elle, pour quelqu’un qui est censé demeurer discret…

Ah. Ça y est, il avait compris.

Elle les abreuvait d’informations, mine de rien, mais d’informations sur les Hawking. Leur nom, leur devise, leur généalogie, leurs armoiries, leurs manoirs. Elle se créait une histoire qui allait au-delà des Netaniev. Une histoire anglaise, sur laquelle les gens allaient forcément se focaliser (après tout, personne ne s’intéressait aux Sang-Purs étrangers).

Et ce n’était pas pour rien qu’elle en parlait maintenant, alors qu’elle n’avait vu Blaise et Draco qu’une fois, deux pour Malefoy. C’était parce qu’il y avait la mère de Blaise avec eux qu’elle se montrait si bavarde !

Mrs. Zabini avait peut-être était soupçonnée d’avoir soutenu le camp de Voldemort, mais c’était du passé, et elle était toujours riche et pleine d’influence. Si jamais quelqu’un s’interrogeait, plus tard, sur les Hawking… Alva était en train de s’assurer que Mrs. Zabini puisse lui donner une réponse.

C’était brillant. Très… Serpentard, comme méthode, la désinformation de l’ennemi par la création d’autres informations. Mais brillant. Très très brillant.

Décidément, cette fille était intéressante.

Arrivés devant Le Royaume Aux Hiboux, les Zabini les laissèrent pour se diriger vers La Ménagerie Magique, en face. Draco, Alva et Cathy, eux, entrèrent dans l’animalerie spécialisée dans la vente de hiboux. Au comptoir, le vendeur leur lança un regard peu amène, surtout en voyant Malefoy :

– C’est pour ?

– On ne sait pas encore, lança joyeusement Alva. Cathy, tu as une préférence ?

Draco se plaça volontairement en retrait, laissant les Hawking se mettre d’accord. Comme Alva se déclara davantage adepte des faucons que des hiboux, le vendeur posa sur le comptoir plusieurs cages, leur vantant les mérites des différentes races. Le grand-duc était le plus robuste, le harfang était sans conteste le plus beau, la chouette effraie et la chouette lapone se valaient mais l’effraie était plus élégante…

Cathy se décida pour une chouette effraie, blanche et crème, à l’air presque mélancolique. Avant que le vendeur ait pu remballer ses autres hiboux, Draco s’était avancé et avait choisi un grand-duc à l’air arrogant dont le plumage avait une belle couleur brun sombre. Le vendeur fit grise mine, apparemment mécontent de devoir vendre un si bel animal à un Mangemort, mais Draco allongea le prix sans ciller.

Quand ils quittèrent la boutique, Alva jeta un regard derrière elle et murmura à Draco :

– Les gens font souvent ça ?

– Souvent quoi ? fit Malefoy comme s’il n’avait pas compris.

– Te regarder comme si tu étais une sorte de mutant. Les Malefoy ne sont pourtant pas les plus ardents défenseurs du Seigneur des Ténèbres.

– Non, mais nous étions les plus riches et les plus respectés.

– Ah. D’accord.

Elle se redressa, l’air de rien, et Draco sentit qu’elle remontait dans son estime. Pas de protestations sur son innocence, pas de commisération, pas d’apitoiement ou d’incompréhension. Elle avait parfaitement réalisé que ce qu’on reprochait au Malefoy, c’était la richesse, le pouvoir et la sécurité dont ils avaient jouit si longtemps, ce qui avait fait si cruellement défaut durant le bref règne de lord Voldemort.

– Comment vas-tu appeler ton hibou ? interrogea-t-elle.

Draco observa son oiseau, dans sa cage, et ce dernier lui rendit son regard sans ciller, d’un air hautain, presque ennuyé. Le Serpentard sourit. Il lui plaisait bien, ce hibou.

– Helmut.

– Ça sonne bien, commenta Alva. Et toi, Cathy ?

La fillette lança un regard éperdu autour d’elle, comme si elle cherchait l’inspiration, lâcha d’un ton hésitant :

– Je ne sais pas encore. Ivory serait trop banal, non ?

– Hum, c’est vrai. Moïra ? Sienna ? Ombre ? Chetwyn ? Wicca ?

– Ombre… répéta pensivement Cathy. Ombre, Ombe. Ombe, j’aime bien.

– Vas pour Ombe alors. Elle a intérêt à bien s’entendre avec Finist.

La chouette claqua du bel comme si elle comprenait. Blaise Zabini, qui venait à leur rencontre suivi de sa mère, poussa un sifflement admiratif.

– Belle effraie. Et Draco, tu as encore craqué pour un grand-duc. Tu es prévisible.

– Et toi, rétorqua Malefoy en ignorant la pique, qu’est-ce que tu as choisi ?

Sous le regard amusé de sa mère, Blaise leva le panier d’osier qu’il portait. Derrière une grille, les deux yeux verts d’un chat angora les fixèrent sans ciller. L’animal était massif, musclé et bien proportionné, mais il avait également l’air menaçant et son poil noir était très ébouriffé.

– Mon Dieu, souffla Alva avec un sourire hilare. Ce chat est un monstre.

– N’est-ce pas ? fit Blaise, amusé. Je vais l’appeler Nosferatu.

– Un nom aussi sinistre que son apparence, ricana Draco. Ne terrorise pas trop les premières années.

– C’est à méditer… fit mine de réfléchir Blaise.

Sa mère émit un léger soupir, amusée ou agacée, déclara :

– N’oubliez pas que nous devons acheter les ingrédients pour potions.

Le petit groupe se mit en chemin vers l’apothicaire. Peu à peu, Draco se détendait. Lorsqu’on le reconnaissait dans la rue, les gens chuchotaient, comme toujours. Mais puisqu’il était entouré, personne ne prenait le risque de l’attaquer ni même de l’insulter.

Et les simples murmures, Draco Malefoy avait depuis longtemps appris à les ignorer.

Chez l’apothicaire, le magasin était vide de clients. Avec une belle synchronisation, les trois élèves de huitième année sortirent leurs listes d’ingrédients, et passèrent leur commande au vendeur. Alva rajouta à sa liste plusieurs autres substances dont les deux Serpentards n’avaient jamais entendu parler, mais qui enthousiasmèrent l’apothicaire.

– Vous faites du Tatouage Runique, Miss ? l’interrogea joyeusement le vendeur en posant devant elle les suppléments demandés.

– Oui.

– C’est une matière très noble… Quel dommage qu’elle ne soit plus proposée à Poudlard.

– C’est quoi, le Tatouage Runique ? interrogea discrètement Draco lorsque l’apothicaire s’en allait chercher des aiguilles d’argent gobelin.

– Une branche de la magie qui regroupe Potions, Sortilège et Runes. Pour faire simple, on crée une encre magique comme une potion, on l’utilise pour faire un tatouage en forme de runes –ou contenant des runes– afin de contenir un sortilège dans la peau d’un sorcier. Un tatouage fait de cette manière a un très fort pouvoir.

Draco la dévisagea. Un tatouage doté d’un très fort pouvoir… Il dut se retenir pour ne pas frotter machinalement sa Marque des Ténèbres. Si ce que Narcissa avait dit était vrai, alors c’était le père d’Alva qui avait créé le symbole des Mangemorts. Grâce au tatouage runique, peut-être. Etait-ce lui qui avait appris cette discipline à sa fille ?

Alva le fixa, comme si elle lisait dans ses pensées, puis baissa la voix et ajouta beaucoup plus bas :

– C’est en se basant sur le Tatouage Runique que le Seigneur des Ténèbres a créé sa Marque, c’est vrai. Mais la Marque est une version pervertie du tatouage. Le véritable art du Tatouage Runique n’a rien à voir avec la magie noire.

Draco se contenta d’un reniflement dédaigneux. Il s’en doutait, sinon, McGonagall n’aurait jamais accepté qu’Alva arrive à Poudlard avait tout son attirail de tatouage de magie noire.

L’apothicaire finit de leur donner leurs fournitures, puis s’intéressa à Cathy. La liste de matériel des premiers années était presque la même que huit ans auparavant, et Draco et Blaise échangèrent un regard complice. Certaines choses étaient immuables.

Ils quittèrent la boutique ensemble, chargés comme des mules de toutes leurs affaires. Mrs Zabini, sans doute plus amusée qu’elle ne voulait le laisser paraitre, portait le panier de Nosferatu, mais son fils avait insisté pour porter le reste de ses affaires.

Dans la rue, plus très loin du Chaudron Baveur, ils se regardèrent, soudain hésitants.

– Je vais y aller, finit par dire Draco. Je dois encore acheter quelques articles.

– Nous avons terminé, lâcha Mrs Zabini. Blaise et moi rentrons.

– Et nous aussi, fit Alva.

Les trois futurs huitièmes années se regardèrent avec un peu d’embarras. A Poudlard, qui pouvait savoir ce qui allait tomber sur les fils de Mangemorts et leurs fréquentations ? Ils ne pourraient peut-être plus se revoir, discuter et se détendre comme aujourd’hui…

Alva haussa les épaules, et attrapa la main de Cathy pour transplaner.

– On se reverra à Poudlard, asséna-t-elle avec force comme si un refus de leur part n’était pas admissible. A dans dix jours, Blaise, Draco.

Mrs Zabini hocha imperceptiblement la tête, comme pour approuver l’aplomb de la jeune fille. Draco ricana, mais sans méchanceté. Et Blaise sourit.

– A dans dix jours, alors.

– A dans dix jours, répéta Draco avec un sourire narquois. Je saurais bien quel est ton vrai prénom !

Alva grimaça, comme horrifiée. Puis elle leur adressa un dernier signe de main, raffermit sa prise sur la paume de Cathy, et transplana.

Blaise jeta un regard à Draco, un sourcil haussé :

– Cette fille est sympa, non ?

– Un peu cinglée, rectifia Draco. Mais sympa.

oOoOoOo

Le peu de temps qui restait avant la rentrée passa à toute vitesse. Draco se plongea dans ses livres comme si sa vie en dépendant –ce qui était presque le cas : personne ne lui pardonnerait une seule erreur, il allait marcher sur des œufs cette année.

Il se renseigna également sur le Tatouage Runique et découvrit qu’en effet, c’était une magie tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Comme l’encre sur un parchemin, les tatouages pouvaient être effacés d’un coup de baguette une fois que le sortilège contenu dans les runes était devenu inutile. Certains tatouages représentaient des animaux, qui pouvaient se déplacer sur le corps de leur porteur, et même en sortir pour combattre à leurs côtés ou servir de messagers. Mais le tatouage pouvait être définitif. Des sorciers s’étaient tatoué des yeux sur la nuque pour voir derrière eux, ou des dagues sur les bras pour ne jamais être désarmés… C’était un sujet passionnant.

Dommage, oui, que ça ne soit plus enseigné à Poudlard, songea Draco en refermant son livre.

Narcissa passait son temps à écrire des lettres et à répondre à d’autres. La bataille judiciaire n’était pas terminée : le Ministère n’était jamais satisfait. Ils voulaient tout prendre, à titre de vengeance. Leurs biens et leurs titres n’avaient pas suffit. On voulait les humilier encore plus, en faire un exemple.

Mais les Malefoy avaient encore des contacts, de l’argent. Et ils se défendaient.

– Je ne les laisserais pas faire de nous un exemple, lui dit Narcissa un soir, alors qu’ils mangeaient tous les deux dans la cuisine.

Ça faisait toujours bizarre à Draco de manger dans une cuisine. Ou, non, le plus bizarre, c’était de voir sa mère cuisiner. Certes, elle ne faisait qu’agiter sa baguette pour que la nourriture sa fasse toute seule : mais elle savait utiliser tous les appareils électriques Moldu.

– Ils ont besoin de trouver un coupable, continua Narcissa. Un ennemi puissant que la justice écrasera. Ils ne peuvent décemment pas laisser toute la gloire à Potter. Le Ministère doit lui aussi se battre et prouver sa force.

– Mais pourquoi nous ? soupira Draco. Pourquoi les Malefoy ?

– Parce que Lucius était la figure de proue de l’aristocratie sorcière. Nous étions la plus riche et la plus ancienne des familles de Sang-Purs. Ce n’est pas nous qu’ils veulent abattre, mais ce que nous représentons.

– Le masque doré sous lequel se cachaient les Mangemorts, ironisa Draco.

– Exactement, rétorqua sa mère. Les Zabini également étaient symbole de puissance, de richesse, de la vieille noblesse. S’ils avaient été Mangemorts, c’est peut-être sur eux que serait tombée la colère du Ministère.

– Mais ce n’est pas le cas.

– Non, ce n’est pas le cas. Lucius avait tout, Draco : pouvoir politique, richesse, influence, noblesse. C’est cette domination qui lui a permit de protéger les Mangemorts, de se protéger lui-même.

Draco remarqua qu’elle ne disait pas « de nous protéger, nous ». Lucius n’avait pas protégé sa famille de lord Voldemort. Jamais.

– Et à présent, ils nous le font payer, continuait sa mère. Car ils ont besoin d’abattre un symbole, eux aussi. Et contrairement à Hawking, nous ne pouvons pas nous cacher : les Malefoy ont trop longtemps exhibé leurs croyances.

– Hawking ? répéta Draco.

– Le nom des Hawking n’est pas attaché à celui des Mangemorts. Ton amie et sa cousine peuvent donc se dissimuler grâce à lui. Faire oublier qu’en réalité, elles s’appellent Netaniev et Duncan. Et qui sais ce qui leur arriverait si on le découvrait…

– Le Ministère doit le savoir, protesta Malefoy. On ne change pas de nom comme ça.

– Ils doivent effectivement être au courant pour Catherine Duncan, oui, concéda Narcissa. Par égard pour son jeune âge et le sacrifice de sa mère, et le Ministère a certainement changé son nom. Mais Alva Hawking est fille et sœur de partisans des Ténèbres. Elle a dû changer de nom et faire des papiers en Russie. Ici, à Londres, ça n’aurait pas été possible. Si cela s’apprenait, si elle prenait le nom de Netaniev et que les Aurors découvraient qui Andreï Netaniev était, alors elle se retrouverait dans la même situation que nous.

Draco continua à manger en silence. Alva savait sans doute cela. Et pourtant, elle était revenue en Angleterre. Elle avait prit ce risque. Pour sa cousine ? Draco en doutait. La gamine aurait été placée dans un orphelinat si Alva n’était pas venue. Alors pourquoi la Russe avait prit le risque de revenir ? A Londres en plus !

Mais Narcissa poursuivait :

– Je ne dénoncerai pas Hawking –ou Netaniev, ça dépend– mais je refuse d’être un bouc émissaire. Ils étaient des milliers à participer aux actions du Seigneur des Ténèbres : que le Ministère nous fiche la paix, à présent !

Son fils eut un mince sourire. Lorsque sa mère s’enflammait de colère, comme à cet instant, elle avait l’air beaucoup plus jeune. On en oubliait ses quelques cheveux blancs.

– Que vas-tu faire ?

– J’ai déjà commencé à agir, Draco. J’ai écrit à de vieux amis et renoué de contacts. Actuellement, je corresponds avec un brillant avocat afin de récupérer mon manoir.

Draco reposa ses couverts, soudain tendu :

– Le manoir Malefoy ?

Mais Narcissa secoua la tête avec indulgence :

– Non. Un des manoirs des Black. Il se trouve en pleine campagne, pas très loin de Londres. Il est plus petit que le manoir Malefoy, mais dans mon souvenir, il était également… Plus chaleureux. Comme il appartenait à mes parents. Actuellement, il est à ma sœur Andromeda.

– Celle qui a épousé un Moldu ? fit Draco, sceptique.

– Oui, acquiesça Narcissa. Mes parents y sont morts, mais Andromeda n’a jamais utilisé le manoir, ni ne l’a vendu. Elle vit toujours en ville avec son Moldu, elle n’en a pas l’utilité… Je vais lui proposer de le lui racheter. Mon avocat établit le contrat.

Draco hésita un moment. Cette Andromeda avait épousé un Moldu. Sa fille était Tonks, s’il se souvenait bien. La femme du professeur Lupin. Et ils étaient morts, tous les deux. Ils s’étaient battus contre les Mangemorts et ils étaient morts. Parce qu’ils étaient des membres de l’Ordre du Phénix. L’Ordre du Phénix qui détestait les Mangemorts…

– Penses-tu qu’elle acceptera de te le vendre ?

Narcissa eut un sourire lointain, un peu triste. Et Draco comprit qu’elle n’en savait rien.

– C’est ma sœur, Draco. Ma grande sœur, même si je dois avouer que Bella et moi avons été odieuses avec elle… Et même, monstrueuses, après. Sa fille, Nymphadora…

Narcissa secoua la tête et Draco crispa le poing autour de sa fourchette. Tonks. La femme de Lupin. Il l’avait croisée, une ou deux fois, en sixième année. Mais quand il pensait à elle, ce qu’il revoyait, c’était son visage, blanc et mort, à côté de celui de Lupin. Leurs deux corps dans la Grande Salle.

Narcissa soupira, puis reprit :

– J’ignore si elle me pardonnera. A ses yeux comme à ceux du Ministère, j’incarne les vieilles valeurs qui ont donné naissance aux Mangemorts. Mais elle est ma sœur. J’ai tout de même envie d’y croire.

Elle ne le dit pas. Mais Draco devina qu’elle n’avait pas vraiment le choix. Si sa sœur ne lui pardonnait pas, qui le ferait ? Oui, Narcissa n’avait pas le choix. Et lui non plus.

Le pardon était leur seule chance.

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A propos :

[1] « Les baguettes en bois d’if sont aussi parmi les plus rares et leurs partenaires idéaux sortent eux-mêmes de l’ordinaire, parfois pour de mauvaises raisons. Ce qui est certain, c’est que la baguette en bois d’if ne choisit jamais un maître médiocre ou timide » d’après Ollivander sur Pottermore.

[2] « La baguette de châtaignier est attirée par les sorcières et sorciers habiles à dompter les créatures magiques, ceux qui sont très doués pour la botanique et ceux qui ont un talent inné pour le vol sur balai. Cependant, lorsque ce bois est associé à un ventricule de dragon, il trouvera son possesseur idéal parmi les grands amateurs de luxe et de plaisirs matériels ». D’après Ollivander sur Pottermore.


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