Le parfum des Arums

Piège caché

La vaste pièce dans laquelle ils venaient d’entrer était de forme hexagonale. Le long des murs étaient alignées d’impressionnantes statues d’hommes en armure, de bêtes sauvages ou de créatures agressives. Ça allait du loup au griffon en passant par le tigre, le serpent et le Sombral.

Alva leva rapidement les yeux vers le plafond, et frémit en constatant qu’il y avait bien une sculpture de dragon. L’animal semblait accroché au plafond par ses quatre patte, son long cou tordu de façon à pouvoir observer les humains qui venaient d’entrer dans son domaine, et ses ailes à demi-déployées. La bête était monstrueuse : au moins dix mètres, vingt mètres en comptant le cou et la queue.

– On court, décida Alva. Il faut être le plus loin possible des murs quand les statues s’animeront.

Les autres hochèrent la tête, inquiets, et s’élancèrent derrière elle. A peine étaient-ils tous entrés que la porte se referma derrière eux, les faisant tous sursauter.

Pourtant les statues ne bougeaient toujours pas. Arrivés au milieu de la pièce, décontenancés, les adolescents ralentirent… Et Harry poussa un glapissement de surprise. La dalle sur laquelle il venait de poser le pied s’était enfoncée de cinq centimètres sous son poids.

Au même instant, les statues braquèrent leurs regards sur les intrus.

– C’est pas très original comme moyen de déclencher un piège, non ? fit remarquer Jack en levant sa baguette.

– Ah bon ? s’étonna David en regardant nerveusement autour de lui. Moi je trouve que si.

– Vous ne connaissez pas Indiana Jones ?

Jack ne reçut en réponse que des regards vides, et lâcha un long soupir. Draco émit un ricanement nerveux… Puis une statue d’armure avança d’un pas en dégainant son épée, et tous les jeunes sorciers tirent comme un seul homme.

La statue explosa, pulvérisée.

Les autres statues se mirent à avancer et un déluge de sortilège se déchaîna. Bon gré mal gré, Potter et Malefoy combattaient côte à côte. Jack avait renforcé et multiplié sa batte de Quidditch, et une douzaine de ces objets volaient dans la pièce, assénant de tels coups aux statues que trois impacts suffisaient à les briser en deux. Alva avait sorti son arc et enchanté ses flèches pour qu’elles explosent une fois fichées dans leur cible, mitraillant sans pitié les statues qui osaient s’approcher à portée de tir. David utilisait des Charmes de Vent pour guider une petite tornade au milieu de la pièce. Le binôme Anaïs-Ryan lançait des sortilèges de Réduction si efficaces que leurs cibles étaient réduites en poussière.

Au bout de trois minutes, Alva renonça à surveiller tout le monde du coin de l’œil. Ses amis étaient plus que capable de veiller sur eux-mêmes. Harry et Draco, en se fusillant mutuellement du regard, semblaient même avoir entamé un concours à celui qui exploserait le plus de statues.

– Avancez vers la sortie ! ordonna Alva en hurlant pour se faire entendre. La sortie, la sortie !

Il est toujours difficile pour un groupe de se frayer un passage tout en restant groupé. Alva poussa Ryan et Anaïs à l’avant pour leur ouvrir la voie, et se plaça elle-même à l’arrière-garde. Heureusement, les rangs des statues ensorcelées s’étaient clairsemés, et ils finirent par atteindre la porte.

Dos à un mur, ils n’avaient plus à veiller sur leurs arrières, et le carnage reprit de plus belle.

Alva perdit un peu de vue les autres, trop occupée à tirer dans tous les sens. Dieu merci, elle avait assez de flèches. Il lui fallu un certain temps pour s’apercevoir qu’il n’y avait plus d’ennemis dans son entourage immédiat, et un autre temps pour détendre ses épaules et observer comme se débrouillaient les autres.

Il ne devait plus rester que quatre ou cinq statues. Ryan et Anaïs mitraillaient de sort un Sombral déjà couvert de fissures. Theodore, David et Jack s’étaient ligués contre deux griffons, dont l’un à qui il manquait une aile. Quand à Harry et Draco, ils bondissaient autour de leurs cibles respectives, un tigre et un loup, tout en s’injuriant copieusement, cherchant visiblement à réduire leur statue en poussière avant l’autre.

Finalement, Draco pulvérisa son loup de pierre dans une explosion de poussière. Il poussa un cri de victoire, et entama une petite danse de la joie qui ressemblait suspicieusement à de la carioca. Alva haussa un sourcil incrédule.

Puis le Serpentard se rendit compte que la Russe l’observait et se pétrifia dans une posture hautement ridicule, les deux bras levés et un pied en l’air. Ça en était trop pour Alva, qui éclata de rire.

– Roh, ça va, grogna le blond en reprenant une posture plus digne. Et la liberté d’expression alors ?

– Oh mais je t’en prie, se moqua la rousse. Exprime-toi, que je remplisse mes mirettes de souvenirs pour te faire chanter plus tard.

Иди на хуй, répliqua le blond avec une prononciation parfaite et un sourire carnassier. Je l’ai dit correctement ?

Alva grimaça. Elle n’aurait peut-être pas dû apprendre à ses amis comment dire à quelqu’un d’aller se faire voir en Russe… Ils avaient tous trop bien retenus la leçon.

– Oui. Malheureusement.

Ils échangèrent un regard amusé, puis se détournèrent. Juste à temps pour voir Harry pulvériser son tigre d’un air rageur. Le silence tomba brutalement sur la pièce.

Et Alva leva brusquement la tête.

– Le dragon !

– Protégez-vous ! cria au même instant Ryan qui se souvenait lui aussi de l’avertissement que la Russe leur avait donné. Utilisez le Dôme de Lave !

Comme des fleurs s’ouvrant instantanément, des Dômes rougeoyant fleurirent parmi eux, protégeant les adolescents. Juste à temps.

Un torrent de flammes s’abattit sur eux.

Alva, qui se trouvait sous le même Dôme que Draco, sentit le Serpentard se tétaniser à ses côtés. Elle lui agrippa le bras d’un geste ferme. Malgré la lumière rougeoyante des flammes, Draco était livide. Pas besoin d’être un génie pour deviner qu’il était terrifié.

Elle lui adressa un sourire rassurant.

– Ça va aller. Je me charge de lui.

– Comment… ?

Alva ne lui laissa pas le temps de finir sa question. Profitant du fait que le jet de flamme se soi éloigné d’eux pour se concentrer sur le Dôme de Ryan et Anaïs, elle traversa leur protection, jaillissant à l’air libre.

Sans défense.

Avant que le dragon ne l’ai vu, elle pointa sa baguette sur lui et laissa tomber d’une voix rauque :

Ignis Maximus.

Un jet de flammes jaillit de sa baguette. Un jet de flammes anormalement épais et dense, comme si le feu était saturé d’énergie. Les flammes semblaient dotées d’une vie propre, et fusèrent vers le dragon avait un rugissement presque animal.

En plein bond vers le dragon qui tournait la tête vers elles, les flammes se tordirent pour former la silhouette d’un gigantesque griffon, toutes griffes sorties.

Le souffle de Draco se bloqua dans sa gorge.

Il avait déjà vu ce sort. Ailleurs. Il n’y avait pas si longtemps que ça. Il avait même faillit y laisser la vie… C’était de la magie noire. De la magie très, très noire.

Feudeymon.

Le griffon percuta le dragon dans un fracas assourdissant, mélange de rugissement de rage et de sifflement de pierre fondue. Les deux créatures faisaient presque la même taille, et l’impact fut tel que toute la salle trembla.

Le griffon lacérait son adversaire des griffes de feu, laissant de larges trainées creusées dans la pierre, tandis que de la lave tombait sur le sol de la salle. Le dragon rugissait de douleur. Ses ailes, sa queue et son cou pouvaient bouger, mais ses pattes ancrées dans le plafond l’empêchaient de bouger.

Mais la victoire de la créature d’Alva n’était pas encore acquise : à chaque jet de feu du dragon, le griffon semblait s’affaiblir, comme si le feu qui composait son corps perdait de sa puissance.

Le feu du dragon était certainement doté de capacités en magie noire.

Debout au milieu de la salle, entourée de tas de lave refroidissants, les yeux levés vers le combat et les mâchoires serrées, Alva était tendue de tout son corps, baguette brandie. Son souffle était court et irrégulier, et une goutte de sueur glissa le long de sa mâchoire. Contrôler le Feudeymon demandait un terrible tribut en énergie.

Soudain, Harry jaillit de sa cachette, et pointa sa baguette sur le dragon.

Incarcerem !

Des cordes apparurent comme par magie, muselant les mâchoires du dragon qui émit un grognement presque étonné. Déjà les cordes fumaient, prêtes à céder…

– Hawking ! Maintenant !

Le griffon de feu se jeta sur la tête du dragon, s’agrippant sauvagement à son cou sans défense. Les cordes cédèrent dans un claquement sec. Mais il était déjà trop tard pour le dragon : le griffon lacérait, mordait et déchirait sa gorge, lui tirant un rugissement désespéré.

Puis ce fut le coup de trop, et la tête du dragon se détacha de son corps… Tombant droit sur la Russe juste en-dessous.

Accio Alva ! s’écria Draco en sortant soudain de sa stupeur.

La jeune fille vola vers lui avec un glapissement de surprise. En fait, elle le percuta comme un boulet de canon en pleine poitrine, et ils s’écrasèrent tous les deux sur le dos, grimaçant quand ils heurtèrent le sol de pierre.

La tête du dragon tomba au sol, et s’y brisa en mille morceaux.

Il y eut un moment de flottement. Le griffon de feu s’acharnait toujours sur le corps du dragon. Alva agita faiblement sa baguette, et sa créature disparut dans une gerbe de flammes. Un silence incrédule tomba sur la pièce.

Puis la porte de la sortie s’ouvrit avec un grincement à peine audible, et les jeunes sorciers reprirent leurs esprits. Alva et Draco se redressèrent, groggy, et Ryan haussa un sourcil à l’adresse de la Russe, s’efforçant de plaisanter pour masquer les trémolos dans sa voix :

– C’était pas un Feudeymon ça ? Et ce n’est pas dangereux ?

– C’était un cas de force majeure, balbutia Alva en époussetant d’un geste nerveux toute la poussière sur ses vêtements.

Draco leva les yeux au ciel mais ne dit rien. Il ne faisait pas confiance à sa voix. Jack émit un gloussement un peu hystérique, puis lança un Récurvite à la Serdaigle rousse. Elle lui adressa un sourire un peu tremblant.

– Merci Jack. Et merci aussi, Potter, Draco.

– Et si on s’en allait ? proposa Anaïs d’un ton un peu vacillant.

– Ouais, approuva Theo avec ferveur. Le couloir n’est pas piégé et j’ai besoin d’une petite pause, là.

Ils quittèrent la salle d’un commun accord, abandonnant derrière eux un véritable champ de ruines. A peine étaient-ils dans le couloir, toujours aussi rectiligne et mal éclairé, que la porte se referma derrière eux.

Theo s’appuya au mur et se laissa glisser au sol d’un air épuisé, aussitôt imité par David. Jack émit un rire un peu hystérique.

– Wow.

– Tu l’as dit, sourit faiblement Draco.

– C’était mortel !

– C’est le mot juste.

– Rogue était un putain de vicieux !

Alva s’étrangla de rire, tandis que Theodore et Draco se regardaient avant de hocher la tête gravement :

– On peut dire ça, oui.

Il leur fallu plus d’un quart d’heure pour retrouver leur calme. Harry et Alva étaient les seuls à avoir déjà fait face à de vrais combats. Les autres étaient encore un peu hébétés suite à leur premier véritable affrontement.

Alors qu’ils s’apprêtaient à repartir, Potter jeta un regard en coin en direction d’Alva.

– Comment ça se fait que tu connaisses l’existence de cette malédiction et de ces souterrains ?

– Rogue me l’a dit, répondit la Russe sur un ton d’évidence.

– Mais pourquoi il te l’a dit ?

– Pourquoi je te le dirai ?

– Peut-être parce que je suis coincé ici avec vous, avança le Survivant.

Alva fit mine de réfléchir quelques secondes, puis repiqua correctement ses arums dans ses cheveux. Elle avait une trainée de cendres sur la joue, mais personne ne le lui avait fait remarquer.

– Ça a un rapport avec mon père. Qui, comme tu l’avais deviné, était un Mangemort.

Harry hocha la tête, songeur, puis interrogea à nouveau :

– Et comment ça se fait que tu connaisses des sorts de magie noire ?

– Ça a aussi un rapport avec mon père.

– Et le fait que tu vives en Angleterre ?

Alva hésita une seconde, puis haussa les épaules :

– Aussi.

– Laisse-moi deviner : les arums dans les cheveux aussi.

La Russe fit un sourire un peu crispé. Potter avait tout juste. Sa vie entière avait tourné autour de son père. Sa vie tournait toujours autour de son père.

– Bon, on y va ?

oOoOoOo

La salle suivante ne leur posa pas de problème particulier. Ils se protégèrent d’un sortilège de Têtenbulle en prévision des vapeurs venant du couloir suivant, et s’appliquèrent mutuellement des sortilèges de Lévitation. Une fois dans le couloir suivant, où les torches répandaient un produit toxique, David les entoura d’un Charme de Vent qui purifia l’air, et ils se dirigèrent vers la salle suivante. En silence, bien sûr, Têtenbulle oblige.

La porte s’ouvrit docilement sous la poussée d’Alva, et se referma tout aussi lentement derrière eux. David lança un dernier sort pour purifier l’air des dernières traces de gaz, puis ils firent disparaitre leurs Têtenbulle.

La pièce dans laquelle ils se trouvaient à présent était entièrement noire, uniquement éclairée par les baguettes magiques des jeunes sorciers. Ils se regardèrent avec inquiétude, puis Alva haussa la voix :

– Cette pièce est pleine d’épouvantards. Restez groupés et ça devrait aller.

– On est huit et ils sont dix, lâcha Draco avec un regard mauvais en direction de la Russe. Quoi qu’on fasse, on aura tous droit à notre dose de peur.

– Alors qu’est-ce qu’on attend pour se diriger à grands pas vers la sortie ? siffla David qui scrutait les ténèbres avec inquiétude.

Personne ne répondit, et ils s’avancèrent tous d’un pas rapide dans la direction opposée à l’entrée. Dans le noir total, seulement éclairés par quelques baguettes, l’effet était terrifiant. Ils avaient l’impression de s’enfoncer dans le néant.

Tout à coup, Anaïs poussa un cri d’effroi qui les fit tous sursauter. Ryan se précipita littéralement sur elle, affolé :

– Qu’est-ce qui se passe ?!

Muette et livide sous sa peau noire, la Gryffondor pointa du doigt quelque chose par terre. Un corps long et sinueux, éclairé par le rayon tremblant de sa baguette. Draco sentit ses cheveux se dresser sur sa tête quand il vit un gigantesque serpent, par terre, en train d’engloutir quelque chose qui ressemblait à un bras humain…

Les souvenirs de Naguini lui revinrent avec une violence insoupçonnée et il fit un pas en arrière, le corps secoué de frissons incontrôlables.

Riddikulus ! lança Jack d’une voix claire.

CRAC !

Le serpent se transforma en un bas de tissu rose, façon jarretière pour Dolorès Ombrage. Anaïs émit un gloussement involontaire, réduisant l’épouvantard en poussière, et Ryan passa un bras autour des épaules de sa petite amie d’un air rassurant.

Ils se remirent en chemin, marchant un peu plus vite et scrutant nerveusement l’obscurité qui les entourait. Peut-être par habitude, Potter s’était placé presque en tête du groupe, juste à côté d’Alva.

Le deuxième épouvantard prit donc la forme d’un Détraqueur.

Quand la haute silhouette grise se dressa devant eux, ils s’immobilisèrent tous avec un hoquet étouffé. Potter leva sa baguette pour lancer le sort… Mais il fut déconcentré par David, qui venait de hurler : un loup-garou de deux mètres de haut était en train de s’approcher d’eux, bavant et grognant. Puis ce fut Theo qui le bouscula en reculant, les yeux braqués sur la femme à la gorge tranchée et à la robe imbibée de sang qui venait d’apparaître derrière le groupe.

– Mère, murmura-t-il d’un air terrifié.

– Ils nous attaquent en groupe ! cria Draco d’une voix trop aigue à son goût.

Ryan émit un hoquet étranglé en voyant apparaitre devant lui un zombi aux yeux injectés de sang, et Alva se plaqua une main sur la bouche d’un air horrifié quand le corps désarticulé de Cathy tomba du plafond, comme si on l’avait jeté d’un toit.

– Par le caleçon de Merlin ! jura Jack. Répliquez, bon sang, ce ne sont que des AAAAH !

Le Gryffondor venait de faire un bond spectaculaire en voyant un pendu se balancer au plafond, juste assez bas pour que ses pieds soient à la hauteur de leurs visages. Il était agité comme un balancier morbide, comme si le vent soufflait, et la corde grinçait.

Riddikulus ! lâcha Draco en visant le loup-garou de David.

CRAC !

Cette fois, au lieu d’un loup-garou, ce fut une chimère de feu qui se précipita vers le Serpentard. Draco sentit tout le sang déserter son visage alors qu’il se souvenait du Feudeymon de la Salle sur Demande…

Riddikulus !

CRAC ! Un vampire se dressa face à Ryan… Déjà une autre forme menaçante, un géant portant une lourde massue, s’approchait à pas lents…

Riddikulus !

CRAC ! Simon, mort, les bras en croix et le regard vide…

– Non ! Riddikulus !

CRAC ! Bellatrix Lestrange éclatant d’un rire démentiel, faisant couiner de terreur Alva et Potter en même temps…

Riddikulus !

CRAC ! A la place du cadavre de Cathy apparut un homme, jeune lui aussi, aux cheveux bruns et aux yeux noisette, hurlant de douleur au milieu des flammes…

Riddikulus ! Riddikulus !

Riddikulus !

CRAC ! Le pendu. CRAC ! Un Sinistros aux crocs pleins de bave et au pelage hirsute. CRAC ! Le vampire. CRAC ! Un serpent géant, dressé comme un cobra. CRAC ! Un Détraqueur de deux mètres de haut qui se penchait vers eux. CRAC ! Un Inferi dégoulinant d’eau, gonflé et livide.

Riddikulus !

CRAC ! Un homme très jeune, ressemblant à David et portant la tenue des prisonniers d’Azkaban, étendu mort sur le sol… Le Poufsouffle poussa un hurlement d’animal blessé.

RIDDIKULUS ! hurla Alva à s’en briser la voix.

CRAC !

Avec un sourire mauvais, un homme s’avança vers eux. Grand et pâle, il avait l’air à la fois vieux et jeune, le visage sec et dur mais dépourvu de rides. Ses cheveux étaient noirs, plus longs encore que ceux de Lucius Malefoy, et sa barbe de trois jours était soigneusement taillée en un petit bouc. Sur son torse, par l’ouverture de sa chemise, se dessinaient des Tatouages Runiques.

Ses yeux bleus étincelaient, et son sourire était froid comme la glace[1]…

A côté de lui, Draco sentit Alva trembler comme si elle refoulait un sanglot. D’un geste instinctif, il s’agrippa à son bras, serrant de toutes ses forces le poignet de la jeune Russe.

Il savait qui était cet homme.

Riddikulus !

CRAC !

Au lieu d’Andreï Netaniev, ce fut le Seigneur des Ténèbres qui se dressa devant eux, terriblement proche. Ryan et Anaïs émirent un hoquet étranglé. Alva murmura en Russe quelque chose qui ressemblait à une supplication, David couina d’un air terrifié, et Theo laissa échapper un son proche du sanglot. Draco faillit laisser tomber sa baguette tant ses mains tremblaient.

Potter émit un cri de rage.

– Ah, non, ça suffit, tu es mort Tom ! RIDDIKULUS !

CRAC !

Lord Voldemort, le Seigneur des Ténèbres, le plus grand mage noir de tous les temps, baissa un regard stupéfait sur ses vêtements. Sa robe noire avait disparu au profit d’une tenue de soubrette.

La majeure partie d’entre eux, Potter compris, en restèrent comme deux ronds de flan. Draco, lui, fut tellement pris au dépourvu qu’il éclata d’un grand rire. L’épouvantard explosa dans un nuage de fumée, détruit.

Cette petite victoire sembla rendre espoir aux autres, car Alva se tourna vers Theo et aboya :

– Lumière ! Beaucoup de lumière !

Incendio !

Les flammes s’élevèrent comme autant de torches, éclairant un vaste espace autour d’eux. Les épouvantards semblèrent frémir devant cette agression, tandis que les jeunes sorciers, eux, se redressaient avec un courage neuf.

Jack, ragaillardi, se tourna face à son pendu :

Riddikulus !

CRAC ! Des fils apparurent aux articulations du mort, qui se mit à danser comme un pantin. Anaïs gloussa et le cadavre sembla tressaillir. Jack raffermit sa prise sur sa baguette, lança à nouveau le sort, et le mort se retrouva habillé comme Ombrage.

Ils avaient tous au moins ça en commun : ils haïssaient tous cette bonne femme. Alors, cette fois, un rire franc des deux Gryffondors fit exploser l’épouvantard.

Riddikulus !

Riddikulus !

– Avancez vers la sortie !

Riddikulus, saleté de bestiole !

CRAC ! L’Inferi se retrouva pourvu d’un caleçon à fleurs roses. CRAC ! Bellatrix habillée comme un clown de cirque. CRAC ! Le Sinistros devint caniche. CRAC ! Le terrifiant cobra de trois mètres devint une inoffensive chaussette rapiécée. CRAC ! Le Détraqueur trébucha sur sa cape et se mit à battre des bras d’un air affolé pour garder son équilibre.

– J’ai trouvé la sortie ! lança Alva en apercevant une porte à double battant en chêne, à peine à cinq mètres d’eux.

Galvanisés par cet espoir, les jeunes sorciers redoublèrent d’énergie. Et, quand le cadavre de l’homme qui ressemblait à David se redressa d’un bond pour se mettre à faire un strip-tease, faisant éclater de rire Theo, le dernier épouvantard explosa.

La lumière s’alluma dans la pièce, et la porte de sortie s’entrouvrit.

– Sortilèges de Têtenbulles, ordonna Alva d’une voix qui ne tremblait qu’à peine. On se casse d’ici !

oOoOoOo

Après la traversée d’un très long couloir qui, ils le savaient, était plein de vapeurs étourdissantes, leur petit groupe parvint à la quatrième salle. Une fois à l’intérieur, David lança les sortilèges de Vent purificateurs, et ils se laissèrent tous tomber par terre avec un même soupir de soulagement.

– Je déteste Rogue, geignit Anaïs.

– Sur ce coup, il a plutôt assuré, le défendit David.

– Trop assuré, gémit Theo.

Ryan se releva sur un coude et lança un regard moqueur en direction d’Alva :

– Tu vois ? Tu n’aurais jamais pu y arriver sans nous.

– Sans vous l’aurais pris ma forme Animagus et les épouvantards m’auraient laissée tranquille, marmonna la Russe en se redressant péniblement en position assise. Comme toutes les créatures qu’il y a dans ce souterrain à la noix.

Harry tourna brutalement la tête vers elle :

– Tu es une Animagus ?!

Alva cligna des yeux, l’air de se demander ce que l’Elu faisait là, avant de se frapper le front avec exaspération. Draco ricana. Il pouvait même la visualiser mentalement en train de se taper la tête contre un mur comme un elfe de maison, pour se punir de ne pas avoir tenu sa langue.

– Ouais, finit par lâcher la rousse avec un regard mauvais. Et si tu en parles, je te pends avec tes boyaux, c’est clair ?

– Tu as une manière si charmante de le demander que c’est un plaisir, répliqua Harry en se levant.

Draco émit un grommellement neutre, encore secoué, et parcourut du regard la salle où ils se trouvaient. C’était une pièce très longue, ovale. La sortie se trouvait à l’autre extrémité, à environ quinze mètre de distance. Se rappelant que des Détraqueurs se trouvaient de l’autre côté, le Serpentard décida de rester là où il se trouvait.

Les murs étaient en pierre noire, gravés de Runes dorées. En fait, les murs et le plafond de la salle étaient couverts de Runes. Anaïs poussa un sifflement admiratif.

– Bon courage pour trouver le mot de passe là-dedans.

– Il y a un mot de passe ? s’effraya Potter.

Alva s’adossa plus confortablement au mur, et posa à côté d’elle le petit sac qu’elle portait en bandoulière. C’était une toute petite sacoche en cuir, à peine assez grande pour y mettre quelques livres de poche, mais Draco savait qu’Alva y avait appliqué un sortilège d’Extension. Il l’avait vue y ranger son arc, ses flèches, son poignard en argent, un énorme grimoire sur l’Alchimie, un Silverscroll, sa plume de phénix bleu et un généreux casse-croûte préparé par les elfes.

– Oui, mais je le connais, le rassura la Russe. Contente-toi de profiter de la pause. Il est midi passé.

Incrédules, Potter et Ryan jetèrent un œil à leurs montres. Midi vingt-cinq, indiquaient les aiguilles. L’estomac de David se manifesta bruyamment, à sa grande horreur, et Theo leva les yeux au ciel.

– On n’a qu’à manger ici, proposa Anaïs. C’est l’endroit le plus sûr de ce fichu parcours du combattant.

Ryan approuva d’un hochement de tête, et ils déballèrent leurs sandwichs respectifs. En voyant le Survivant les regarder d’un air de hibou navré, Alva leva les yeux au ciel, et lui donna la pomme qui accompagnait son casse-croûte.

– Cadeau, Potter.

– Merci, Hawking, sourit Harry avec hésitation.

Anaïs, puis Jack et Ryan, lui tendirent également une petite fraction de leurs repas. Theo lui donna la deuxième bouteille d’eau qu’il avait emmenée. David eut l’air malheureux, mais il lui passa quand même la moitié de sa clémentine.

Ils entamèrent leur repas en silence, étrangement détendus. Au bout d’un moment, Jack rompit le silence en parlant du match Serdaigle-Gryffondor, où Chris avait perdu. Ryan se joignit à la conversation un moment, puis Jack et Draco repartirent dans une de leurs habituelles démonstrations tactiques à propos du Quidditch.

Theo fouilla dans son sac et en sortit ses potions fortifiantes, qu’il distribua avec parcimonie. Même Harry eut droit à une gorgée. Après avoir avalé sa dose, Alva se sentit beaucoup mieux, comme si ses muscles étaient moins noués, son corps moins fatigué. Comme si ses nerfs n’avaient pas été mis à rude épreuve, surtout.

Apaisée, elle appuya sa tête contre le mur et ferma les yeux quelques secondes. Avant de les rouvrit brusquement en entendant David demander d’un ton résolu :

– Alors, Potter, qu’est-ce que tu comptes faire pour les Capuches Blanches ?

Theodore se frappa le front, passablement affligé par ce manque de tact. Le Survivant se tendit avec méfiance :

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Eh bien, continua le Poufsouffle effrontément, rien de plus que ce que j’ai dit. Est-ce que tu comptes les arrêter ? Ou bien est-ce que tu préfère les laisser instaurer la terreur comme des Mangemorts, jusqu’à ce qu’ils te désignent comme leur nouveau Seigneur des Ténèbres, ô puissant Sang-Mêlé ?

– David ! s’exclama Ryan effaré.

Alva se racla la gorge, mal-à-l’aise, se rappelant qu’elle avait un jour comparé Ronald Weasley à Lord Voldemort. A en juger par le regard en coin que Potter lui lança, il devait s’en souvenir aussi.

– Je voudrais les arrêter, dit Potter en choisissant ses mots avec soin. Mais pour le moment, je n’en ai pas les moyens.

Alva ouvrit la bouche pour répliquer vertement, puis la referma. Etrange comme l’ambiance était soudain devenue hostile. Les membres du Club s’étaient insensiblement regroupés face à Potter, contre Potter. Pour une fois, ils avaient l’avantage du nombre et de la situation, et Alva pouvait sentir qu’ils avaient envie d’en profiter.

Elle se mordilla la lèvre, prise d’une soudaine bouffée de culpabilité. Cette hargne, cette envie de se venger de l’Elu, elle aussi l’avait ressentie et en avait abusé. Et pourtant, Harry l’avait laissée s’expliquer et avait accepté de protéger ses amis…

– En fait, tu en as les moyens, dit-elle lentement.

Tous les regards se tournèrent vers elle. Ça avait du bon d’être le chef, songea-t-elle avec satisfaction en voyant que David, malgré sa rancœur évidente, ne l’interrompait pas.

Elle posa son regard sur Harry, et continua :

– Tu pourrais faire une conférence de presse.

– Je hais les journalistes, lâcha Harry. Ils déforment tout ce que je dis pour que ça soit conforme à ce qu’ils attendent de moi, pas à ce que je suis.

– Dans une interview, oui, concéda soudain Ryan. Mais pas dans une conférence de presse. Chacun va essayer de coller le plus possible à tes propos pour paraître plus crédible que les autres journaux.

Devant les regards surpris qui s’étaient braqués sur lui, Ryan leva les mains en signe de reddition :

– Eh ! Moi aussi je suis un héritier blond pourri-gâté dans un château !

– Pas de remarques Potty, menaça Draco en voyant Harry ricaner.

Alva soupira, puis poursuivit son idée :

– Donc, tu fais une conférence de presse. Tout d’abord, tu leur fait un long speech comme quoi tu as été ébranlé par les combats et que tu avais besoin de te…

– Ressourcer ? proposa Anaïs.

– … Ressourcer, voilà, mais que tu as décidé de t’adresser au monde, non, à la communauté sorcière, ça sonne mieux, parce qu’après tout ton rôle de Sauveur est de les protéger.

– Oh, je vois l’idée ! s’exclama Jack. A ce moment-là ils vont être pendu à tes lèvres, limite s’ils ne vont pas tomber de leur chaise !

La Russe l’ignora royalement, et continua sous le regard attentif du Gryffondor aux yeux verts :

– Puis, tu dis qu’un mouvement d’extrémistes, qui au premier abord te semblait justifié et juste, est en train de se transformer en mouvement terroriste. Et tu désavoues publiquement les anti-Purs.

– Et comme je suis l’Elu, ils vont me manger dans la main ? fit Potter d’un ton dubitatif.

– C’est l’idée, oui.

Harry poussa un long soupir, et Alva plissa les yeux d’un air menaçant :

– Quoi, tu ne veux pas arrêter les anti-Purs ?

– Si, bien sûr ! Mais j’espérais le faire sans avoir à m’appuyer sur cette réputation d’Elu. Je voulais le faire en tant qu’Auror, comme quelqu’un de normal, qui fait son boulot parce que c’est ce qu’il veut, et pas à cause d’une quelconque… Mission divine ou je ne sais quoi !

Alva marqua un temps de surprise, désarçonnée. Elle ne fut d’ailleurs pas la seule. A peu près tout le monde était persuadé qu’Harry Potter aimait sa célébrité et en jouait volontiers. Seul Draco ne montra aucun signe de surprise, se contentant de hausser les épaules :

– Tu es celui qui a vaincu le Seigneur des Ténèbres, que tu le veuilles ou non. Maintenant, au lieu de te plaindre que tu voudrais une vie normale et médiocre façon Weasley, tire profit de ta célébrité. Tu as tout le pouvoir que tu veux pour changer les choses, et tu voudrais ne pas t’en servir parce que tu n’aimes pas ? Voilà qui est très mature, Potty.

Potter rougit de colère, mais serra les mâchoires et ne dit rien. Ryan, pensif, s’adossa au mur et se mit à réfléchir à voix haute :

– Pour agir à plus long terme, il va falloir changer la mentalité des sorciers vis-à-vis du sang. Tu as une amie Née-Moldu et un ami Sang-Pur, et pourtant tu t’entends aussi bien avec l’un qu’avec l’autre, non ? Il suffirait de quelques remarques comme quoi le sang n’a aucune importance pour toi, et les mentalités s’apaiseraient énormément.

Harry hocha la tête, apparemment d’accord avec cette idée. Puis la Russe se leva avec une grimace d’effort, s’étirant pour dénouer ses muscles ankylosés.

– On continue ? J’aimerais finir avec ça.

Les autres approuvèrent, et se levèrent un à un pour s’approcher de la porte au fond de la salle ovale. Ils avaient traversé la moitié de la pièce quand ils commencèrent à ressentir le froid des Détraqueurs. Ils échangèrent des regards nerveux.

– Ce n’est quand même pas ce que je pense, si ? dit Harry avec une certaine anxiété.

– Si, lâcha sombrement Draco. Spero Patronum !

Son guépard argenté apparu à ses côtés. Les autres membres du Club murmurèrent eux aussi l’incantation, et le labrador d’Anaïs, le berger allemand de Ryan, l’albatros de Theo, l’ocelot de Jack et le grizzly de David apparurent à leur tour. Alva fit apparaitre son loup, Harry son cerf.

Entourés par les Patronus, ils se sentaient invincibles. Alva sourit sans pouvoir s’en empêcher, puis lança d’une voix forte :

– Il y a au moins cinq Détraqueurs de l’autre côté de cette porte. Et peut-être… des cadavres.

Theo avala de travers et se mit à tousser. David lui tapa dans le dos jusqu’à ce qu’il retrouve sa respiration, tandis qu’Alva continuait :

– Restez groupés, avec les Patronus comme une barrière entre ces choses et nous. Vous êtes prêts ?

– Arrête de paniquer, ne put s’empêcher de dire Draco.

– Je ne panique pas ! Je suis juste un peu tendue !

Draco haussa un sourcil narquois et Alva céda, l’air contrariée.

– Ok, on va juste franchir cette salle le plus vite possible, ça vous va à tous ?

– C’est parfait, lâcha Harry avec agacement. Maintenant, dis le mot de passe qu’on en finisse.

Alva hésita quelques secondes, et ce fut Draco qui se racla la gorge et prononça soigneusement :

Veritas odium parit, obsequium amicos.

La porte s’ouvrit, apportant avec elle un vent glacé qui les fit tous frissonner. Alva agrippa nerveusement la main de Draco –elle vit le blond sursauter mais il ne se dégagea pas– et, comme un petit bataillon de soldats, ils traversèrent la salle des Détraqueurs.

Ce fut horrible.

Horrible et même probablement pire que la salle des épouvantards. La salle était à peine éclairée par une lumière verte et vacillante, diffusée par un globe lumineux qui lévitait près du plafond. Et la pièce semblait si longue, si longue… Interminable. Les Détraqueurs étaient repoussés par les Patronus, mais ils escortaient les jeunes sorciers comme autant d’ombres malveillantes.

Ils croisèrent trois cadavres, deux recroquevillés en position fœtale, baignant dans leurs immondices, et un avec les veines tranchées, tenant encore un couteau à la main : il avait dû préférer se suicider que de subir le Baiser.

A chaque fois ils les contournèrent à distance prudente, évitant résolument de les regarder.

Vers le milieu de la pièce, le Patronus de Theo vacilla, puis s’éteignit comme une bougie qu’on souffle. Les Détraqueurs se rapprochèrent un peu plus, et il fallut que le cerf de Potter les charge pour qu’ils reculent. Puis ce fut le labrador d’Anaïs qui disparu. Puis l’ours de David, puis le loup d’Alva…

Quand ils atteignirent la porte de sortie, seul le cerf d’Harry était toujours aussi fort et brillant. Les Patronus de Draco et Ryan vacillaient comme la flamme d’une bougie sur le point de s’éteindre. Ils franchirent l’ouverture, leurs Patronus retenant les Détraqueurs dans l’autre pièce, et quand la porte se fut refermée derrière eux, Alva y ajouta en plus un sortilège de Verrouillage.

– Quoi ? lâcha-t-elle en voyant que les autres la regardaient bizarrement. Je déteste vraiment les Détraqueurs.

– Plus que Stensenn ? plaisanta Jack.

– A égalité avec Stensenn.

Jack ricana, puis se détourna. Alva remarqua à ce moment-là qu’elle n’avait toujours pas lâché la main de Draco, et se dégagea doucement, sentant son visage chauffer. Le blond lui adressa un sourire goguenard et, à présent sûre qu’elle rougissait, Alva croisa les bras d’un air boudeur.

Beau joueur, Draco abandonna la provocation puérile. Les autres membres du groupe commençaient déjà à s’éloigner, voulant mettre le plus de distance possible entre eux et les Détraqueurs, et il tendit la main à la Russe comme s’il l’invitait à danser.

– On y va ?

Alva haussa un sourcil, puis saisit la main offerte d’un geste élégant, comme s’ils étaient dans une réception mondaine et qu’ils s’apprêtaient réellement à danser.

– Je te suis.

oOoOoOo

– Je viens de penser à un truc, dit brusquement Ryan alors qu’ils cheminaient dans le couloir.

Cela faisait bien cinq minutes qu’ils marchaient, et ils ne sentaient plus du tout le froid des Détraqueurs. En revanche, le froid qu’ils ressentaient était bien naturel : le couloir était glacé et le sol, en pente douce, était humide. Ils devaient passer près d’une rivière souterraine.

A quel point s’étaient-ils éloignés de Poudlard ? Rogue avait dû créer entièrement ces souterrains. Ce n’étaient certainement pas les mêmes que pour cette histoire de pierre philosophale.

– Vraiment ? lâcha distraitement Jack.

Ryan esquissa un sourire carnassier, et continua d’une voix de velours :

– Harry, si tu exhibais devant les journalistes ton amitié avec des enfants de Mangemorts, ça aiderait grandement à notre cause. Je suis certain que les persécutions cesseraient.

– P-Pardon ? bégaya Potter.

– Regarde Neville et Theo, ils s’entendent très bien.

– Quoi ? s’exclama Theo d’un air effaré. Mais je ne veux pas m’exhiber devant les journalistes moi !

– Oui, tu veux t’enterrer à la campagne, se moqua David. Mais Londubat te sert de rempart contre tous ceux qui voudraient s’en prendre à toi à cause de ton père.

Theo se renfrogna et hocha la tête. Jack se mit à rire :

– Donc Draco et Harry vont devoir sympathiser ?

– Certainement pas, répondirent en cœur les deux concernés avant de se fusiller du regard.

– Moi, je suis sûre que vous pourriez vous entendre, commenta Anaïs.

– Sous-entendu : si vous arrêtiez de vous comporter comme des gamins de cinq ans ! ajouta Ryan avec un sourire hilare.

Draco émit un reniflement méprisant, sans daigner ralentir le pas.

– Mon père me déshériterait si je faisais ça.

– Actuellement, il va avoir du mal, objecta malicieusement Jack.

Le Serpentard blond le foudroya du regard, avant de trouver une nouvelle parade.

– Ma mère me déshériterait.

– Ça m’étonnerait, dit soudain Alva. Après tout, elle a accueillit chez elle tout un panel de Sang-Mêlés à Noël. Et Nathan, qui est Né-Moldu.

Draco s’enferma dans un silence buté, visiblement à court d’arguments. Harry, lui, semblait pensif, étrangement sérieux. Au bout de quelques secondes où seul le bruit de leurs pas rompit le silence, il releva brusquement la tête, et lâcha :

– D’accord.

– Comment ça, d’accord ? s’étrangla Draco.

– Je suis plus mature que toi, Malefoy, répliqua le Gryffondor d’un air narquois. Donc, pour aider tes amis, je vais mettre de côté mes réticences et me montrer sympa.

Draco était trop pris par surprise pour pouvoir fusiller Potter du regard, ce qui fit rigoler Jack. Ryan esquissa un large sourire, puis s’arrêta, forçant tous les autres à s’immobiliser également.

Avant qu’Alva ait pu lui demander ce qui lui prenait, le Serdaigle blond tendit la main au Survivant d’un air grave.

– Reprenons depuis le début. Je m’appelle Ryan Sullivan, Serdaigle. Je suis de Sang-Pur, et puis riche aussi, et j’en ai rien à cirer.

Harry lui serra la main, amusé. Anaïs pouffa et fit de même :

– Anaïs Hefez, Gryffondor, Sang-Mêlé, et je n’en ai rien à faire non plus.

– Jack Sloper, claironna l’autre Gryffondor du groupe en serrant la main du Survivant. Membre de la Maison en rouge et or, Sang-Mêlé. Grand amateur de films Moldu.

David leva les yeux au ciel d’un air blasé, mais joua le jeu.

– David Jarvis, Poufsouffle et Sang-Pur.

Theo hésita un instant, puis serra la main de Potter lui aussi.

– Theodore Nott, mais on m’appelle Theo. Serpentard et Sang-Pur.

Alva et Draco échangèrent un regard, et la Russe esquissa un sourire amusé devant la moue effarée du Serpentard blond. Elle se dévoua pour se présenter en premier :

– Salvakya Netaniev, mais si tu m’appelles autrement que "Alva" ou "Hawking" tu auras affaire à moi. Serdaigle et Sang-Pur. Ni l’un ni l’autre n’ont d’importance.

– Netaniev ? releva Potter en lui serrant la main.

– Un Mangemort, répondit sobrement la Russe.

Harry hocha la tête. Puis il se tourna vers Draco. Tout comme les autres membres du groupe. Soudain devenu la cible de huit regards scrutateurs, le Serpentard se renfrogna… Puis il céda à son tour, et tendit la main.

– Draco Malefoy, et le premier qui me donnera un surnom connaîtra sa douleur. Serpentard, Sang-Pur et fier de l’être.

Harry fixa la main tendue, puis son regard rencontra celui de Draco. Pendant un instant vertigineux, ils furent tous les deux projetés plus de huit ans en arrière, un jour de Septembre où un petit garçon aux yeux verts avait refusée la main tendue d’un enfant aux yeux gris.

Puis Potter s’avança et serra la main offerte.

– Harry Potter, se présenta-t-il avec un mince sourire. Je déteste les surnoms, je suis fier d’être un Gryffondor et je me fiche d’être un Sang-Mêlé.

Ils se regardèrent en chiens de faïences quelques secondes, puis Jack applaudit sur un rythme exagérément lent.

– Et il ne vous a fallu que huit ans pour faire la paix !

– La ferme, Jack, lâchèrent Draco et Harry en même temps.

Anaïs éclata de rire, et même Alva sourit. Puis leur petit groupe se remit en marche, l’esprit un peu plus léger, amusé par ce revirement de situation.

Néanmoins, ils déchantèrent très vite. La salle suivante était pleine d’Inferi.

En arrivant devant la porte, leur groupe marqua une hésitation. Malgré les potions fortifiantes, ils commençaient à trouver qu’ils avaient assez encaissé comme ça. Des Inferi… Aucun d’entre eux n’avait jamais été confronté à ce genre de danger. Sauf Potter, qui se racla la gorge avec embarras.

– Ils craignent le feu et la chaleur. Si on utilise Incendio, ils vont nous laisser passer.

– Le feu suffira à les repousser ? demanda Alva avec intérêt.

– Oui. Il les terrifie.

– C’est parfait dans ce cas. Créez le plus de feu possible, je vais utiliser l’Arma Diana pour nous protéger.

– L’Arma Diana ? répéta Ryan.

Alva le regarda avec espièglerie :

– Le sort des loups de neige. Sauf qu’ils seront en feu.

– Tu ne veux toujours pas m’apprendre ce sort ? geignit Jack d’un air de martyr.

– Non ! claironna joyeusement la Russe. Maintenant, si vous vouliez bien m’offrir du feu…

Jack râla pour la forme. Mais, comme tout le monde, il prononça docilement l’incantation. Puis Alva agita sa baguette sans prononcer un mot, et les flammes qui dansaient dans les airs se transformèrent en loups qui cernèrent leur groupe comme des gardiens vigilants, formant une barrière de feu tout autour d’eux.

– Cool, murmura David avec ferveur.

– Vraiment cool, approuva Theo.

Alva sourit avec orgueil, très fière de son effet, puis pointa sa baguette sur la porte. Avec un grincement épouvantable, le lourd battant de chêne pivota sur ses gonds.

La salle, cette fois, était rectangulaire. Il n’y avait pas de lumière et les murs suintaient d’humidité. A leur entrée, les Inferi massés près de la porte s’écartèrent à toute vitesse, effrayés par les flammes. Derrière Alva qui menait ses loups de feu d’une main sûre, les rangs de ses amis se resserrèrent craintivement. La traversée de la salle se fit dans un silence de mort.

Autant les Inferi étaient chassés par le feu, autant les sorciers étaient terrifiés par ces cadavres animés. David et Theo étaient serrés l’un contre l’autre, regardant autour d’eux avec des yeux de bête traquée. La plupart des cadavres utilisés pour faire des Inferi étaient tout à fait identifiables, mais portaient les blessures qui avaient causé leur mort. Ces êtres livides, pour la plupart lacérés et couverts de sang séchés, étaient à leur manière bien plus effrayants que les épouvantards.

Lorsqu’ils atteignirent la porte, qui s’ouvrit sans difficulté devant eux, Alva poussa un long soupir de soulagement. Ils entrèrent dans le couloir suivant, tout aussi mal éclairé que la salle aux Inferi, en se bousculant presque.

Ryan et Anaïs refermèrent chacun un battant de bois, et quand la porte se verrouilla avec un claquement rassurant, ils échangèrent tous un sourire satisfait. Alva fit disparaitre ses loups de flammes, puis marmonna un Lumos afin d’éclairer le couloir.

Tout d’abord, Alva vit qu’il était très court, sept ou huit mètres à peine.

Ensuite, elle vit que la porte de la salle suivante était ouverte. Non, pas ouverte : défoncée serait plus juste. Presque brisée en deux, et pendant lamentablement sur ses gonds.

Puis Alva ne put remarquer rien d’autre, puis qu’une immense masse grise, hirsute et sauvage tomba du plafond juste en face d’elle, et que le loup-garou lui sauta à la gorge.

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