Le parfum des Arums

Retour à Poudlard

L’opération de Jack fut un succès, et il se réveilla de son coma artificiel avec un nouveau bras. Ses mouvements avec étaient extrêmement maladroits et il lui faudrait sans doute des mois de rééducation, mais au moins il n’était pas infirme.

Le même jour, Alva alla récupérer l’Orbe Pourpre dans les ruines du manoir Netaniev. Elle y alla seule, et nul ne sut ce qu’elle y avait fait. Mais quand elle revint, elle semblait… En paix. Suite à l’avis de plusieurs spécialistes, l’Orbe fut scellé dans un coffre matelassé que Mikhaïl Koenig était le seul à pouvoir ouvrir, et enfermé dans un coffre de Gringotts.

Puis Cathy débarqua au manoir Koenig. Dès lors, devinant qu’Alva avait besoin de tranquillité, la petite rousse partagea son temps entre sa cousine et Draco Malefoy. Ce dernier, de son côté, accepta cet état de fait avec tranquillité. Il aimait bien la petite Serdaigle, elle ne le gênait pas. Et il y avait trop à faire pour s’ennuyer.

Theo fut incroyablement soulagé de voir que son ami l’acceptait encore maintenant qu’il était devenu un loup-garou. Le Serpentard blond passa beaucoup de temps à la bibliothèque avec lui et David –le Poufsouffle ne quittait pas Theo d’une semelle, le veillant comme une mère-poule–, découvrant avec stupeur que les deux tiers des livres étaient en anglais et rivalisaient avec la complexité des ouvrages de Poudlard.

Draco pouvait aussi rester durant des heures avec Alva et Astrid. Ils discutaient de tout et de rien, de sorts et de maléfices, d’anecdotes stupides. Draco en apprit de bonnes sur les frasques des deux filles à Durmstrang, et Astrid hurla de rire quand Draco lui raconta avec emphase les cours de Défense du Club, son récit ponctué de remarques par les deux Hawking. Bien sûr, ils sortaient souvent : Astrid et Alva semblaient avoir le même besoin d’espace. Draco faisait avec. Son bras cassé l’empêchait de participer à des activités physiques, même si ce n’était qu’une bataille de boules de neige, à son grand agacement. En revanche, il fut très soulagé d’avoir une telle blessure quand Astrid lui proposa de monter Zanor… Le griffon était aussi grand qu’un poney. Et, autant il se frottait contre Alva et Astrid comme un chat, autant il toisait Draco comme si c’était un steak faisandé.

Draco passa aussi beaucoup de temps avec Lévine. Le grand Russe était fascinant. Puissant, mystérieux, chaleureux, toujours un sourire en coin et l’air d’avoir un coup d’avance. C’était le parfait mélange du courage et de la noblesse des Gryffondors, alliées à l’intelligence et la sournoiserie des Serpentards.

A la grande surprise du Serpentard blond, il était facile de devenir ami avec Lévine, mais il était également facile de s’entendre avec Potter. Le Russe fut sans doute l’élément-clef qui rapprocha les deux anciens ennemis. Lévine pouvait parler Quidditch durant des heures, un sujet qui les rapprochait tous les trois, et il allait finesse et bravade d’une manière surprenante. Potter et Draco étaient fascinés par lui. Un jour, Potter lança négligemment que Lévine lui faisait penser à un certain Tom Jedusor avant qu’il ne tourne mal, et qu’il était ravi de l’avoir dans son camp plutôt qu’en face. Draco ne comprit pas la plaisanterie, mais Lévine esquissa un sourire narquois pour toute réponse, avant de lancer un grand débat sur les Tornades de Tutshill.

Lévine subjuguait tout le monde, et il en usa allégrement pour obliger les deux rivaux à passer du temps ensemble sans se battre.

Huit jours après la visite de McGonagall, Potter et Draco étaient en train de jouer aux échecs sorciers dans le salon, sous l’œil attentif de Lévine, quand Astrid fit une entrée fracassante dans la pièce :

– Le journal !

Lévine lui fit signe de se taire, tout à fait inutilement d’ailleurs. Les deux joueurs étaient bien trop absorbés par l’avancée du jeu.

– Ah ah, ton fou est dans la panade Malefoy !

– Ah, tu crois ? fit Draco en avança sa tour.

La pièce blanche écrabouilla la dame noire de Potter, qui en resta bouche bée, choqué. Draco ricana d’un air suprêmement satisfait, avant de se tourner vers Astrid. Derrière la jeune femme blonde venaient d’entrer Jack, David, Theo, Cathy et Alva. Apparemment leur hôte avait rameuté toute la bande.

– Qu’est-ce qu’il y a ?

Astrid agita le journal qu’elle tenait à la main et, avec un sursaut, les anglais reconnurent la Gazette du Sorcier. La jeune femme aux longs cheveux blonds sourit avec satisfaction :

– Ça vient d’arriver par hibou, ça a donc dû paraitre le surlendemain de votre arrivée ici. Vous voulez que je vous le lise ?

– Tu n’y mettrais pas le ton, fit Alva avec mauvaise foi en lui enlevant le journal. Je vais le faire.

– Eh ! Rends-le-moi !

Theo leva les yeux au ciel, et attrapa au vol le journal, l’étalant sur la table du salon. L’article qui les concernait faisait la une. Au-dessus d’une photo de Poudlard –Merlin merci ce n’était pas une image de Potter– le titre s’étalait en grand :

Poudlard sauvé de justesse !

« Il semblerait que la célèbre école de sorcellerie vienne tout juste d’échapper à un dangereux péril. Et à nouveau, Harry Potter serai mêlé à l’affaire. En effet, un Mangemort comptait bien s’introduire dans le château… Afin d’activer une malédiction ! Cette dernière, nommée "l’Orbe Pourpre", avait été volée et scellée dans un souterrain par le héros Severus Rogue, afin d’empêcher les partisans de Voldemort de l’utiliser. Après la mort du Directeur Rogue, plus personne n’était censé connaître l’existence de la malédiction… Mis à part son créateur, un Mangemort du nom d’Andreï Netaniev, présumé décédé.

Malheureusement il s’est avéré que Netaniev avait survécu, et comptait bien déclencher l’Orbe Pourpre. Le fonctionnement de cette malédiction reste inconnu mais des sources fiables nous ont affirmées que son but était d’asservir la communauté non-magique.

« "Une telle malédiction nécessite à la fois de longues recherches, un grand usage de la magie noire et peu de scrupules" affirme Philius Bailey, un expert en ce domaine. "L’Orbe Pourpre était sans nul doute le résultat d’une vie entière consacrée à l’idéologie de Vous-Savez-Qui".

« Un petit groupe d’élève a eu connaissance du retour du Mangemort grâce à la fille de ce dernier, une des nombreuses héroïnes oubliées de la guerre. Courageusement, ils se sont décidés à agir. Draco Malefoy et Harry Potter étaient vraisemblablement les têtes pensantes de cette équipe…

– DE QUOI ?! rugit Alva indignée. C’est moi la tête pensante ! Potter et Draco, et puis quoi encore ? Y en a pas un pour racheter l’autre !

– Je savais qu’un jour mon génie serait reconnu, fanfaronna Draco.

Lévine tenta discrètement de lui écraser le pied, et l’aristocrate esquiva avec un sourire triomphant. Du coup, Astrid marcha joyeusement sur le pied de Draco au nom de la solidarité fraternelle, faisait ricaner Alva.

– Tu es quand même une héroïne, fit remarquer Jack.

– Héroïne oubliée, souligna la rousse en roulant des yeux. Ils donnent mon nom dans ce torchon ?

– Oui, fit Theo sans lever le nez de la feuille. Regarde un peu plus loin.

« Draco Malefoy et Harry Potter étaient vraisemblablement les têtes pensantes de cette équipe de huit jeunes sorciers, mettant leurs différents de côté afin d’assurer le succès de leur mission. Parmi les élèves qui ont agi ce jour-là, la Directrice McGonagall a confirmé la présence de plusieurs enfants de Mangemorts, tels que Theodore Nott, David Jarvis, et Salvakya Netaniev-Hawking (la fille d’Andreï Netaniev). Mais on pouvait également compter Anaïs Hefez et Ryan Sullivan, qui n’ont jamais été mêlés à la guerre, ainsi que Jack Sloper, coéquipier de Quidditch et ami d’Harry Potter.

Persuadé qu’il ne serait pas écouté par le corps enseignant, Severus Rogue a préféré confier la lourde tâche de la destruction de la malédiction à ses élèves. Il semblerait que les méthodes d’Albus Dumbledore soient devenues les siennes. Ce sont donc huit élèves qui se sont lancés à l’assaut de la cachette de l’Orbe Pourpre, une cachette protégée par des sorts de magie noire destinés à la mettre à l’abri de Voldemort en personne.

« Grâce à la protection de l’Elu, les huit élèves ont réussi à parvenir jusqu’à l’Orbe Pourpre et à le désactiver partiellement. Le beau-frère d’Andreï Netaniev, Etienne Duncan (voir article et avis de recherche en page 3), les a néanmoins attaqué et a réussi à les enlever par Portoloin. Heureusement, Salvakya Netaniev-Hawking a réussi à faire sortir l’Orbe Pourpre du champ d’action du Portoloin.

La Directrice McGonagall a refusé de nous décrire avec précision le lieu où les jeunes sorciers ont été détenus et ce qui leur est arrivé. Il nous est néanmoins possible de savoir que le Portoloin les a menés directement à Andreï Netaniev, en Russie, et que le Mangemort a tenté de leur extorquer la localisation de la malédiction. Nous avons confirmé le décès d’Anaïs Hefez, ainsi que graves blessures subies par Jack Sloper. Il est également certain que tous les étudiants ont subi le sortilège Doloris.

« Andreï Netaniev était sur le point de tuer Draco Malefoy lorsqu’un des élèves l’a poignardé dans un geste désespéré. Profitant de la blessure du Mangemort, les jeunes sorciers ont fuit grâce à un Portoloin créé à la hâte, qui les a transporté en lieu sûr. La Directrice s’est refusée à tout commentaire sur ce supposé "lieu sûr", où ils semblent que les élèves survivants se trouvent toujours.

« "Nous n’avons pas le droit d’en parler" a déclaré Ronald Weasley, ami de l’Elu. "Mais nous savons que Harry est en sécurité et n’est pas blessé".

"Nous voudrions également remercier les élèves qui étaient là-bas avec lui" a aussitôt ajoutée Hermione Granger, elle aussi une proche du Survivant. "Sans eux, Harry ne s’en serai peut-être pas sorti. J’avais, non, nous avions tort de comparer les gens comme Malefoy à leurs parents".

– Est-ce que j’hallucine ou bien est-ce que Granger vient de me présenter quelque chose qui ressemble vaguement à des excuses ? s’exclama Draco incrédule.

– Granger a un cerveau et sait s’en servir, répliqua David. Contrairement à Weasley.

– Ron n’est pas idiot, protesta Harry. Il est juste…. Très, très obstiné.

– Pensée figée, pensée figée ! fit doctement Alva. Et je te signalerais qu’il n’y a pas que Ronald, ta copine aussi est bornée.

– Et elle tient plus de la ventouse que de l’être humain, ajouta Draco à voix basse.

Harry fit semblant de ne pas avoir entendu : inutile de reprendre les hostilités. Il laissa même Alva le bousculer un peu quand elle se pencha au-dessus du journal :

– Alors, la suite dit quoi ?

– On dit "que dit la suite", rectifia machinalement Draco. Et tu n’as qu’à lire.

« Narcissa Malefoy s’est refusée à tout commentaire, se bornant à dire que son fils avait agi comme il le devait. Les parents des autres élèves impliquées, tout comme leurs amis, n’ont pas voulu répondre à nos questions, questions pourtant partagées par de nombreuses personnes.

Où se trouvent les enfants ? Qu’est devenu Harry Potter ? Savait-il que la jeune Salvakya, qui suivait sa scolarité sous le nom de Hawking, était en réalité la fille d’un ennemi ? Ses amis, blessés, pourront-ils retourner à Poudlard ? Comment vont-ils tous ? Qu’est-ce qui a motivé les enfants de Mangemorts à prendre parti contre Netaniev ? Cette alliance ostensible entre l’Elu et eux était-elle planifiée depuis longtemps ?

« L’Ordre du Phénix s’est chargé personnellement de veiller à ce qu’Andreï Netaniev soit hors d’état de nuire, et il est désormais certain que ce dangereux Mangemort a été tué. Son complice, Etienne Duncan, est toujours en fuite. Etant donné qu’il s’agit d’un Mangemort probablement dérangé, dangereux et possédant la capacité Animagus à prendre la forme d’un oiseau, cette traque risque de ne pas être de tout repos. Le Ministère Russe et le Ministère Anglais travaillent en étroite collaboration pour mettre fin à sa sinistre carrière.

Pour de plus amples informations à propos du nouvel acte héroïque de Mr. Potter, il semble qu’il faille attendre son retour à Poudlard… »

Theo repoussa le journal avec un soupir, tandis que David poussait une exclamation horrifiée :

– Ils ont interrogé Simon ?!

– Relax, ton Poufsouffle de frère est aussi vicieux qu’un Gryffondor en train de perdre un match de Quidditch, le rassura Alva. Il les a probablement envoyé paître.

– Eh ! s’indigna Jack. Ce sont les Serpentards qui sont censés être vicieux !

– Comment est-ce que tu peux encore dire ça après avoir fréquenté Alva plus de six mois ? laissa tomber Theo en croisant les bras.

Tous les regards se tournèrent vers Alva, qui eut l’air gravement offensée. Cathy rit discrètement derrière sa main, tandis que Lévine, lui laissait échapper son habituel rire rauque et bas. Astrid sentit que le sujet partait sur un terrain dangereux –Alva n’était jamais longue à répliquer– et détourna la conversation :

– Vous partez demain après-midi, les Anglais. Vous voulez faire quelque chose de spécial ?

– Moi oui, dit soudain Draco. Je veux faire une course avec ta monstruosité.

– Zanor ? fit Astrid avec intérêt. Oui, bonne idée !

– Mauvaise idée, les tempéra Alva. Draco, tu as le bras cassé ! Il y a une limite entre le courage et la stupidité. Tu te prends pour Potter ou quoi ?

Harry renifla d’un air vexé, tandis que Draco haussait les épaules :

– Je serais prudent. Et cet animal me toise avec hauteur depuis la première fois que je l’ai vu. Je ne peux pas le tolérer. Personne ne toise un Malefoy avec hauteur.

– Un balai va plus vite qu’un griffon, objecta Cathy avec un froncement de sourcil. Draco, tu triches !

– Oh, mais je ne parle pas seulement d’une course de vitesse, fit Draco avec un sourire carnassier. On peut se courser dans le parc. Autour des arbres, avec ces fichus loups de neige collés à nos talons. Ça serait drôle, non ?

Alva et Astrid le regardèrent d’un drôle d’air. Leur expression était parfaitement identique, au grand amusement de Lévine. Finalement, la rousse secoua la tête :

– J’ai une très mauvaise influence sur toi…

– Qui vote pour la course ? lança Jack à la cantonade.

Tout le monde, sauf Alva, leva la main. Même Lévine, dont les yeux brillaient d’intérêt. Le grand Russe aux longs cheveux blonds proposa :

– Il y a plein de balais dans les écuries. Harry, si tu veux participer aussi…

– Et comment !

– Moi aussi, lança Jack.

– Tu es blessé…

– Draco a un bras dans le plâtre. Moi j’ai un bras tout neuf ! Je participe, c’est pas négociable.

– Moi aussi ! s’enthousiasma David.

– Bon, moi aussi alors, sourit Theo.

– Et moi ! rit Cathy en bondissant sur place.

Alva poussa un soupir à fendre l’âme, et croisa les bras. Elle voulut leur jeter un regard noir, mais l’effet fut complètement gâché par son sourire en coin :

– Je participe aussi, alors.

Draco fronça les sourcils :

– Ôtes-moi d’un doute : tu n’es pas nulle sur un balai ?

– Oh, mais si. Je monterai Zanor. Astrid prendra un balai. Lévine, tu joues aussi ?

– Évidemment ! s’exclama le jeune homme aussi excité qu’un gamin. Ça va être génial ! Venez, on va choisir nos balais !

La troupe quitta le salon d’un même mouvement, dans un brouhaha d’exclamations et de paroles joyeuses. Ils abandonnaient derrière eux le jeu d’échec inachevé et le journal, délaissé. Ils avaient encore une journée coupée du monde à savourer.

Et ils savourèrent.

Trois heures et demie plus tard, Alva, vautrée dans le canapé, laissa sa tête tomber sur l’épaule d’Astrid qui était assise à côté d’elle. La blonde grogna mais ne bougea pas. Comme le reste des jeunes sorciers, elles étaient trop épuisées pour faire autre chose que de regarder le feu d’un air absent.

C’était le jeu sur balai le plus délirant auquel ils aient jamais joué. Ils ne devaient pas s’éloigner de plus de trois mètres du sol, et devaient faire un tour complet du parc. Les loups ne neige étaient toujours là, mais le pire, c’était les Sombrals que Lévine avait lâchés. Les effrayants chevaux noirs surgissaient de n’importe où, faisant sursauter les joueurs ou leur barrant la route. A bout de nerfs, Jack leur avait jeté un sort… Et les Sombrals l’avaient coursé sur la moitié du terrain. Délirant.

Astrid avait gagné le jeu haut la main, essentiellement grâce à Lévine qui s’était arrangé pour bloquer la route d’Harry. Le Gryffondor était arrivé troisième, le Russe hilare le précédant d’un mètre à peine. Derrière lui venait Draco, très fier de lui parce qu’il avait dépassé Zanor. Le griffon le talonnait de près, d’ailleurs. Puis Jack et David, qui se disputaient toujours pour savoir lequel était devant, puis Theo, puis enfin Cathy avaient franchi la ligne d’arrivée.

– J’suis fatigué…

– Ça arrive même aux meilleurs, Jack.

– Pfff, t’es bête.

Jack lança mollement un coussin à la tête de Draco. Le Serpentard rattrapa l’objet volant juste avant qu’il ne le heurte, puis bâilla à s’en décrocher la mâchoire. Du coup, Harry bâilla aussi, avant de jeter un regard curieux au Serpentard blond.

– Tu as beaucoup changé, Malefoy.

– Pas tant que ça. Je passe moins de temps à entretenir les apparences dont tu te berçais si facilement, Potter, c’est la seule chose qui a changé.

– Ça et mon influence bénéfique, sourit Alva avant de bâiller à son tour.

– Qui a dit qu’elle était bénéfique ?

– Ingrat.

Le silence s’installa de nouveau, serein, uniquement brisé par les craquements des flammes. Il n’était pas encore tard, mais la nuit était déjà tombée et les elfes de maison avaient allumés un feu dans l’imposante cheminée. Cette même cheminée devant laquelle ils étaient tous rassemblée : Astrid, Alva et Cathy, pêle-mêle sur le canapé ; Lévine avachi dans un fauteuil ; Harry assis sur une chaise, le menton dans ses mains et les coudes sur les genoux ; David allongé par terre, sur le dos, les yeux fermés et les mains sous la nuque ; et Theo et Jack se partageant un autre fauteuil, Draco assis à leurs pieds et son dos appuyé contre leurs jambes.

C’était étrange. Paisible. Reposant et confortable. Harry esquissa un petit sourire :

– Tu sais, Malefoy, on pourrait vraiment devenir amis. Pas seulement pour les journalistes et les Capuches Blanches, je veux dire.

Draco, qui avait fermé les yeux, souleva une paupière. Il posa un regard inquisiteur sur Potter, comme s’il cherchait à deviner son degré de sincérité. Depuis le canapé, la voix d’Alva leur parvint, déjà un peu endormie :

– Vous auriez pu vous en rendre compte il y a un bout de temps, déjà…

– Dit la fille qui comparait le Survivant à une serpillère en début d’année, laissa tomber Theo dans un bâillement qui dura dix bonnes secondes.

– De quoi ?!

– T’occupe, Potter, c’est de l’histoire ancienne.

– Pourquoi une serpillière ?!

Alva redressa un peu la tête, l’air de se demander si ça valait le coup de répondre. Lévine leva les yeux au ciel, et dit d’un ton badin :

– C’est vrai que vu ta coiffure, le balai aurait été plus approprié.

– Ou la brosse à chiottes, ajouta généreusement Astrid.

– Qu’est-ce qu’ils ont mes cheveux ? se hérissa le Gryffondor.

– Ils sont à la limite de l’insulte capillaire, laissa tomber David.

– Ne te vexe pas, sourit Theo. Mais chez les Serpentards, l’expression "coiffure Potter-post-Quidditch" désigne une coupe particulièrement affreuse.

Jack prit en pitié l’air horrifié de l’Elu, et orienta la conversation vers une autre victime :

– En parlant de cheveux, Draco, est-ce que tu es un vrai blond ?

Là, Draco ouvrit les deux yeux d’un coup, aussi réveillé que si on lui avait soudain crié dans l’oreille. Sa réaction était presque comique.

– D-De quoi ?! Mais bien sûr, crétin !

– Non, mais je me disais, si ça se trouve tu te décolores les cheveux…

– Jamais de la vie ! Les Malefoy sont blonds. C’est gravé sur le même gène que l’air hautain, le regard qui tue et la tendance à aller à Serpentard.

Plusieurs personnes gloussèrent. Ils taquinèrent encore Draco deux minutes, avant de s’en prendre à Theo et ses cheveux qui bouclaient, à David, à nouveau à Harry, puis à Alva, Astrid… Et parfois Harry et Draco se regardaient, et pensaient à quel point ça aurait été facile de transformer ces plaisanteries bon enfant en mots blessants et pleins de venin.

Mais le ton restait joyeux et les sourires demeuraient, et ils rejetaient leur vieille haine loin dans leur esprit.

oOoOoOo

Astrid serra une dernière fois Alva dans ses bras. La dure, l’inflexible, l’énergique Astrid avait presque les larmes aux yeux, alors que son amie s’apprêtait à entrer dans les flammes vertes de sa cheminée pour retourner à Poudlard.

La rentrée était le lendemain. Il était temps pour les élèves du château d’y revenir. Alva, comme tous ses amis, partait avec un sac rempli de cadeaux, et ça allait de la cape d’hiver aux confiseries russes. Les Koenig avaient le sens de l’hospitalité.

– Sois prudente, Alva.

– Mais oui, tu me connais.

– C’est bien pour ça que je m’inquiète !

Alva lui donna un petit coup de poing, faussement vexée, puis rejoignit les autres qui l’attendaient devant la cheminée. Mikhaïl lui adressa un sourire affectueux :

– On t’attend aux vacances d’été.

– Dépêchez-vous, s’impatienta Lévine. McGonagall doit déjà nous attendre.

L’aîné des Koenig avait été invité à Poudlard pour la journée, afin de discuter avec McGonagall. A la base l’invitation était destinée à son père, mais Mikhaïl avait du travail.

Agacée par l’attitude de Lévine, sa sœur lui donna un coup de pied vengeur qu’il esquiva en ricanant. Puis il attrapa Harry par un bras, Draco par l’épaule, et s’engouffra dans la cheminée. En pestant contre l’immaturité chronique des Koenig, Alva bondit dans le feu à son tour, vite suivie par Theo, Cathy, Jack et David.

Ils arrivèrent sur le tapis du bureau de la Directrice, se bousculant les uns les autres, et Jack tomba même les fesses dans la cendre. Theo l’aida à se relever en se retenant de rire, tandis que Lévine, le seul d’entre eux à être totalement impeccable, brossait une poussière imaginaire sur sa manche.

– Bienvenue à Poudlard, fit McGonagall en se levant de son bureau. Vous êtes pile à l’heure.

– Bonjour, madame la Directrice, fit poliment Lévine en inclinant la tête. Est-ce que Ryan Sullivan est déjà revenu ?

– Il devrait arriver d’ici cinq minutes, répondit la voix joviale de Dumbledore. Lévine Koenig, je suppose ?

Le regard perçant du Russe se posa sur le tableau, et un étrange sourire flotta sur ses traits.

– Lévine Gellert Koenig-Grindelwald, enchanté.

Dumbledore marqua un infime temps d’arrêt. Oh, il ne savait sans doute pas que c’était la mère de Lévine qui avait choisi son deuxième prénom… Alva leva les yeux au ciel, et murmura juste assez fort pour que tout le monde l’entende :

– Vantard. Oh, bonjour professeur Dumbledore. Le professeur Rogue n’est pas là ?

En effet, le tableau du sombre Maître des Potions était vide. Au moment où elle posait sa question, Alva se rendit compte de sa bêtise. Rogue faisait tout pour éviter d’être dans la même pièce que Potter. Déjà qu’il ne l’aimait pas de son vivant… Au moment de sa mort, Rogue avait donné ses souvenirs à Harry, et l’ancien Mangemort devait trouver ça très humiliant.

Dumbledore fut dispensé de répondre par un crépitement de flammes vertes, juste avant que Ryan ne fasse irruption de la cheminée. Tout comme Lévine, il était impeccable, son uniforme de Serdaigle dépourvu de la moindre trace de cendre. Ses traits étaient tirés et il avait d’énormes cernes, mais il semblait aller mieux que la loque humaine qui avait quitté le château des Koenig.

– Salut, sourit-il avec un reste de son ancien entrain. Tout baigne ?

Il y eut un court silence gêné, que Jack rompit avec une subtilité digne de sa Maison :

– Regarde-moi ça ! s’exclama-t-il en montrant son droit ganté de cuir noir. On dirait que j’ai un bras normal. Bon, sans le gant j’ai un peu l’air d’un cyborg, mais… Laissez-moi deviner, tu ne sais pas ce qu’est un cyborg. C’est un homme à demi-robot… Oh, non, robot non plus ça ne te parle pas. Ah, le manque de culture général des Sang-Purs…

Ryan rigola, et la tension dans la pièce s’évanouit. McGonagall se racla la gorge, attirant l’attention générale sur elle, avant de remonter ses lunettes sur son nez d’un air pincé.

– Bien. Mr. Koenig, je suis ravie de voir que vous avait accepté mon invitation. Nombre de mes collègues souhaitent également vous rencontrer. Jeunes gens, quand à vous, il est tant que vous retourniez dans vos salles communes respectives. Je vous conseille de vous en tenir à la version de l’histoire publiée dans la Gazette.

– Personne n’a besoin de savoir que je suis une meurtrière, ricana Alva avec un sourire tordu.

– Exactement, fit sèchement la Directrice. Maintenant, filez.

Les jeunes sorciers ne se le firent pas dire deux fois, et détalèrent dans les escaliers. Une fois la porte du bureau refermée derrière eux, cependant, ils ralentirent. Quand ils auraient quitté ces escaliers, quand ils seraient dans les couloirs de Poudlard, la paix qu’ils avaient brièvement pu savourer serait finie… Ça serait à nouveau le chaos, les murmures, et le mot Mangemort serait dit haut et fort sur leur passage. Alors, quand ils se trouvèrent en bas des marches, avant que le passage ne s’ouvre, ils échangèrent un regard hésitant.

– Bon courage les mecs, lança crânement Alva en ouvrant le passage.

– C’est un bon résumé, sourit Harry.

Ils pénétrèrent dans le couloir. Apparemment, il n’y avait personne, mis à part une élève adossé au mur d’en face, un parchemin et une plume à la main…

– Kim ?

La Serdaigle de huitième année leur lança un sourire éblouissant, écrivit un mot sur son parchemin –qui avait une légère teinte argentée–, puis le fourra dans son sac avant de s’avancer vers eux. Alva et Jack, les deux personnes les plus proches d’elle, n’eurent pas le temps de dire un mot avant de se retrouver engloutis par son étreinte.

– Bande de crétins !

Elle les relâcha puis serra contre elle quelqu’un d’autre, avant de jeter son dévolu sur une autre personne. Tout le monde eut droit à sa dose de câlin, même Harry, qui eut l’air un peu décontenancé. Puis la Serdaigle se jeta à nouveau sur Ryan, le serrant contre elle sans un mot, avant de les englober d’un regard inquiet :

– Vous allez bien ?

– Je t’ai écrit tous les jours pour te dire qu’on allait bien ! s’insurgea Alva.

– Deux lignes à peine !

– Mais on va bien !

– Ça reste encore à voir, lança Blaise qui venait d’arriver dans le couloir. Hey Draco, il paraît que tu as joué les trompe-la-mort ?

Sur ses talons virent Nathan, Valerian, Luna, Simon, Justin, Chris… Toute la bande, en fait. Harry les regarda avec des yeux ronds, et Jack pouffa discrètement. Le Club avait ses propres moyens de communication.

– J’ai prévenu Ron et Hermione, les informa Luna d’une voix rêveuse. Bonjour tout le monde. Vous avez vu des Blancoksys en Russie ?

Alva préféra ne pas demander ce qu’étaient les Blancoksys, et se laissa chahuter par sa bande d’amis heureux de la revoir. Du moins jusqu’à l’arrivée de Ginny, qui se jeta littéralement au cou du Survivant en hurlant son nom. Plusieurs membres du Club lui lancèrent un regard noir. Apparemment les amis d’Alva et ceux d’Harry n’étaient toujours pas en très bons termes.

Embarrassé, Potter la repoussa doucement et s’adressa à Alva :

– On se voit plus tard, Hawking. Et merci… pour tout.

– De rien, Potter.

Le Gryffondor les salua d’un salut poli de la tête, puis il s’éloigna, Ginevra Weasley toujours collé à son bras d’un air protecteur. Le Club les suivit un instant du regard, puis Blaise passa familièrement un bras sur les épaules d’Alva :

– Alors, quelle est la vraie version de l’histoire ?

– Quelle version ? se déroba Alva en se dégageant.

– Sérieusement. Un Portoloin ? Alors qu’aucun d’entre vous ne sait en faire ?

– D’accord, capitula Alva. Le Portoloin pour notre fuite, c’était Cirth. Le phénix des glaces de mon amie Astrid. Il peut transporter des gens d’un lieu à l’autre. Ça te va ?

– Non, contra Blaise avec un grand sourire. L’Orbe Pourpre resté dans les souterrains ? Aucun sens. Une intervention de l’Ordre du Phénix en Russie ? Pas crédible.

– Comment Jack s’est retrouvé avec nouveau bras ? demanda à son tour Justin avec intérêt.

– Dans combien de temps est la pleine lune ? s’informa Simon d’un air taquin en regardant Theo.

– Et surtout, qui a donné le coup de couteau fatal à ton paternel ? reprit Blaise sans cesser de sourire.

Alva se tendit insensiblement à ses derniers mots, puis un sourire factice prit place sur son visage et elle s’éloigna du métis de Serpentard, tapotant son sac.

– Je vais ranger mes affaires. Les autres te raconteront ça.

– Je viens, dit promptement Draco. Il faut qu’on parle de notre binôme avant la rentrée.

Ils filèrent avant même que leurs amis aient le temps de le réaliser. En tournant à l’angle du couloir, ils entendirent la voix scandalisée de David :

– Blaise !

– Ben quoi ?

– Qu’est-ce que tu peux être stupide !

– Mais qu’est-ce que j’ai dis ?

Puis ils furent trop loin et les voix s’estompèrent. Draco poussa un long soupir, sa main valide agrippant son plâtre dans un geste de protection qui était devenu machinal.

– J’espère qu’ils auront le bon sens d’en parler dans la Salle sur Demande.

– Je fais confiance à Theo pour ça, fit doucement Alva. Je ne pense pas qu’il voudra en parler s’il risque d’être entendu… Qu’est-ce que tu voulais me dire ?

– Je voulais te dire merci.

Alva s’immobilisa. Draco posa un regard grave sur la jeune Serdaigle, et continua en pesant soigneusement ses mots :

– Ton père allait me tuer. Et tu m’as sauvé. Je sais ce que ça t’a coûté, et je ne t’en suis que plus reconnaissant. Alors merci.

Alva le fixa d’un air indéchiffrable, puis un mince, très mince sourire erra sur ses lèvres.

– Je ne l’aurais pas laissé te tuer.

Et ce fut tout.

Draco et Alva passèrent la journée à éviter les gens. Les rares fois où ils croisaient des élèves dans un couloir, on s’arrêtait, on les dévisageait. Les plus courageux leurs demandaient des détails. Les Serpentards et les Serdaigles, qui regardaient d’habitude d’un œil noir les deux enfants de Mangemorts, se montraient beaucoup plus amicaux qu’au début de l’année. Même les Gryffondors étaient polis, presque sympathiques. Plusieurs personnes tinrent à s’excuser auprès de Draco et Alva pour leur comportement, et les plus hypocrites –tels que Anthony Goldstein– affirmèrent qu’ils avaient toujours su de quel côté ils se trouvaient.

Globalement, la Gazette n’avait eu que des répercutions positives. Alva s’étonna qu’un simple journal ait une telle influence…

Ils ne rejoignirent la Grande Salle que pour le dîner. Le Club au complet les attendait, à la table des Serdaigles. Stensenn n’était pas à la table des profs, leur faisait remarquer Theo d’un air joyeux. Peut-être était-il malade ? Ça aurait été splendide.

Plusieurs personnes, quand ils s’assirent, tendirent le cou pour espionner leur conversation. Mais Kim, Blaise, Theo et Justin, qui encadraient le reste du Club, distribuèrent allégrement les coups de pieds et les regards noirs, et les Serdaigles s’écartèrent prudemment, laissant au Club son espace vital.

La table des Gryffondors était plus silencieuse que d’habitude, mais pas mal de gens harcelaient Harry de questions chuchotées. Le Survivant semblait passablement exaspéré, tout comme ses deux amis et sa ventouse –pardon, sa petite amie.

McGonagall attendit que tous les élèves soient installés, avant de se lever et de s’éclaircir la gorge pour attirer l’attention de ses élèves :

– Comme vous l’avez sans doute remarqué, les élèves ayant résolu l’affaire de l’Orbe Pourpre sont de retour parmi nous. Je vous prie de ne pas les harceler de questions. Certains détails de cette affaire doivent rester confidentiels. Suis-je bien claire ?

Un vague murmure d’assentiment lui répondit tandis qu’elle scrutait la salle d’un regard noir, puis la directrice se rassit. La nourriture apparu sur les tables et, profitant du brouhaha de conversations qui reprenait, Chris se pencha vers Alva :

– Je ne sais pas exactement ce que McGonagall leur a dit, mais tous les profs ont l’air d’être au courant. Pendant les vacances, ils n’arrêtaient pas de glisser des allusions comme quoi vos actions ont été héroïques.

– Surtout Slughorn, sourit Blaise. Il a passé son temps à répéter qu’il voulait absolument vous avoir tous les deux dans son club de Slug, Alva et Draco. Alva parce qu’elle est l’héroïne qui a empêché l’Orbe de tomber aux mains des méchants Mangemorts, et Draco parce que c’est la tête pensante de l’équipe.

Les deux étudiants poussèrent un même gémissement catastrophé, sous le regard goguenard de Blaise. Justin donna un coup de coude au métis, dont le sourire s’évanouit brutalement quand il se tourna vers Alva :

– Désolé, pour tout à l’heure. J’ai été…

– Idiot, suggéra Kim.

– Grossier ? proposa Chris.

– Stupide, lança David.

– Je vous emmerde tous, grogna Blaise. Voilà, désolé Alva. Theo nous as tout raconté et euh… J’aurais mieux fait de me taire. C’était ton père après tout.

La Russe hocha la tête sans rien dire. Durant tout le repas, en fait, elle ne dit pas un mot. Elle ne rouvrit la bouche que bien plus tard, alors qu’ils quittaient la Grande Salle tous ensemble. Stensenn et Lévine étaient en grande conversation dans le couloir, et nombre d’élèves leurs lançaient des regards curieux –avant de fuir dès que Stensenn posait les yeux sur eux.

– Ah, Alva ! s’exclama Lévine dès qu’il aperçut la rousse. Je venais te dire au revoir. Je repars en Russie dans dix minutes.

Il tendit la main et ébouriffa familièrement les cheveux de la jeune fille, avant de poser à nouveau son regard sur Stensenn. Aussitôt, son sourire s’évanouit et son visage devint un tantinet plus froid.

– Je discutais avec le professeur Stensenn d’un de nos amis communs.

– Volodia ?

– Non. Le Ministre de Russie.

Alva ouvrit la bouche en un O parfait, tandis que Stensenn se crispait. Les membres du Club tendirent le cou avec curiosité, tout comme plusieurs autres élèves que la discussion avait attirés. Lévine poursuivit avec une sombre satisfaction :

– Il sera ravi de savoir où vous vous trouvez. Au revoir, professeur, ce fut un plaisir.

Lévine s’éloigna avec un mince sourire, saluant au passage Harry qui faisait partie de l’attroupement qui observait Stensenn. L’enseignant semblait blême de rage. Alva ne s’en étonnait pas. Lévine était effectivement en bons termes avec le Ministre. Et comme Stensenn avait été un espion nullissime durant la guerre, si Lévine venait à monter le Ministre contre lui, l’enseignant pouvait dire adieu à tout retour possible en Russie : il aurait droit à un bon procès pour défection. Le Ministère Russe adorait se mêler des affaires des autres. Et des guerres des autres.

Stensenn tourna un regard noir vers Alva :

– Je constate que vos amis sont aussi imbus d’eux-mêmes que vous, Netaniev.

Alva serra les dents, se retenant très fort de lancer un sort à l’immonde bâtard qui venait de rappeler à tout le monde qu’elle était la fille d’un enfoiré d’assassin, et redressa le menton :

– Ils ont simplement conscience de leur valeur, professeur.

Elle avait quasiment craché le dernier mot, et elle aperçut plusieurs élèves se rapprocher avec avidité. Quel meilleur moyen de marquer le grand retour des héros que de se fritter avec le prof le plus détesté de Poudlard (ex aequo avec Rogue), je vous le demande ?

Et Stensenn était un très bon défouloir pour extérioriser toute la colère rentrée qu’elle ressentait encore.

– Vous devriez plutôt dire qu’ils ont un ego surdimensionné, Netaniev. Retenue, demain soir, à…

– Je suis désolée, mais nous sommes encore en vacances, professeur. Vous ne pouvez pas me donner de retenue.

Même Weasley –fille et garçon– observaient l’échange avec intérêt. Alva enfonça le clou avec une espèce de satisfaction malsaine :

– Ce n’est pas parce que vous avez été incapable de faire quoi que ce soit d’utile durant la guerre que vous devez vous en prendre à d’innocents élèves sous prétexte qu’ils sont plus dégourdis que vous.

Stensenn pâlit encore plus, fou de rage. Effectivement, il n’avait rien pu faire durant la guerre, pas même sauver Volodia, pas même empêcher Voldemort d’accéder à Grindelwald pour avoir la localisation de la Baguette de Sureau. Pour lui, se faire rappeler ce genre de choses devant une bonne trentaine d’élève tenait de l’humiliation totale.

– Trente points en moins pour Serdaigle ! cracha-t-il avant de faire volte-face et de s’éloigner à grands pas dans un envol de cape.

Alva grinça des dents en le regardant s’éloigner, furieuse, et marmonna :

– Je donnerai n’importe quoi pour lui jeter un sort…

– Il n’y a qu’à demander, sourit Draco.

Il agita sa baguette en ricanant, et sur le dos des robes noires de Stensenn s’inscrivit en lettres dorées et lumineuse "Demandez-moi pourquoi je pue du bec". Une bonne moitié des élèves rassemblés éclatèrent de rire, tandis qu’Alva tapait dans la main de Draco qui arborait un air triomphant.

– Joli coup, commenta Harry en s’arrêtant près d’eux.

– J’espère bien, rétorqua le blond. Depuis le temps que je veux faire ça…

– Ça dure longtemps ?

– Quarante-huit heures sans contre-sort.

Plusieurs regards ébahis tombèrent sur les deux célèbres ennemis en train d’avoir une conversation civilisée. Ginny Weasley avait l’air d’avoir mordu dans un citron, son frère regardait ailleurs d’un air singulièrement mal-à-l’aise, et Hermione riait sous cape avant d’intervenir, un large sourire aux lèvres :

– Je connais ce sort.

– Ça ne m’étonne même pas, marmonna Draco.

Alva lui donna un coup de coude pour le faire taire. Hermione l’ignora :

– Ça s’éteint quand la personne touchée pose les yeux dessus, non ?

Massant ses côtes douloureuses, son bras cassé fermement tenu contre sa poitrine, Draco fusilla Alva du regard avant de se tourner vers Granger. Il sembla lutter contre lui-même plusieurs secondes, et répondit d’un ton neutre :

– Exact.

Les regards stupéfaits se firent encore plus nombreux. Draco Malefoy parlant à Hermione Granger. Poliment en plus. C’était du jamais-vu.

– Attends, réalisa soudain Chris. Tu veux dire qu’avec un peu de chance, ça sera encore écrit sur son dos demain, en cours ?

Malgré tous ses efforts pour conserver l’air froid et impassible digne d’un Malefoy, Draco ne put s’empêcher de sourire d’un air satisfait.

– Tout à fait.

Alva éclata de rire, amusée. Peu importait au fond que les gens sachent qu’elle s’appelait Netaniev et non Hawking. Peu importait qu’ils la prennent pour une héroïne de guerre, peu importait ce qu’ils pensaient de son père.

Ça faisait du bien d’être rentrée à Poudlard.

oOoOoOo

Le reste de l’année s’écoula excessivement rapidement. Pourtant jamais Alva aurait tant voulu que le temps ralentisse, afin de profiter de chaque journée, chaque heure, chaque seconde passée ici.

Il y eut des paris sur l’identité de la personne qui avait poignardée Andreï Netaniev. Les paris redoublèrent de succès quand une source mystérieuse –qu’Alva soupçonna d’être un Guérisseur ayant autopsié le corps– déclara que le Mangemort avait été poignardé par une arme maléfique et était donc mort sur le coup. Alva et Harry arrivaient en tête des sondages.

Ni l’un ni l’autre ne donnèrent l’identité du tueur.

Durant des semaines, et de temps en temps durant les mois qui suivirent, il arriva à Alva de se réveiller en sueur ou en larmes, tirée d’un cauchemar trop réaliste où elle ôtait de nouveau la vie de son père. Mais à chaque fois, Luna était là, déjà réveillée, et elle passait de longues heures à lui parler des Nargoles et des Ronflax Cornus d’un ton apaisant, jusqu’à ce que la Russe se rendorme.

Alva ne porta plus jamais d’arums dans ses cheveux.

Theo passa ses pleines lunes enfermé dans la Cabane hurlante durant deux mois, redonnant à l’endroit sa réputation de lieu hanté. Passé ce délai, Draco, Slughorn et Alva réussirent à faire une Tue-Loup correcte –en s’y mettant à trois– et le jeune Nott passa ses pleines lunes à vagabonder dans la forêt interdite avec Alva-la-louve.

Jack mit un mois à retrouver son habileté avec son bras artificiel. Puis il reprit son poste de Batteur. Ronald Weasley semblait avoir abandonné son hostilité. L’équipe de Gryffondor remporta haut la main le dernier match de Quidditch de la saison, même si Draco passa plusieurs jours à se plaindre du fait que c’était uniquement parce que lui avait le bras toujours cassé.

Ryan perdit une grande partie de sa joie de vivre, se noyant dans son travail. Afin de rééquilibrer les binômes, Alva avait été mise en duo avec lui. Mais il ne s’ouvrit pas à elle de son chagrin.

Les amis d’Anaïs mirent longtemps à faire son deuil. Ryan, lui, ne s’en remit jamais vraiment.

Harry et Draco, en binôme, firent de louable efforts pour ne plus se sauter à la gorge. A défaut de devenir amis, ils entretenaient au moins une relation cordiale. A plusieurs reprises Alva les surpris en train de parler Quidditch avec enthousiasme, ou en train de jouer aux échecs sorciers en disant tranquillement du mal des profs.

Alva et Draco rejoignirent bon gré mal gré le Club de Slug. A leur grande surprise, parfois, on s’y amusait. Et Slughorn leur présenta plusieurs personnes avec qui il était intéressant d’avoir des liens. Des Aurors, des tireurs d’élites, des Briseurs de sort, des conseillers politiques…

Hermione sympathisa rapidement avec tous les membres du Club. Elle et Blaise distribuèrent les quatre chatons, qui échurent respectivement à Cathy, Kim, Seamus Finnigan et Dean Thomas. Hermione était plutôt sympa pour une Gryffondor. Elle tomba des nues en apprenant que Nathan était Né-Moldu comme elle, et rendit involontairement un immense service à Draco en répandant la nouvelle. En moins de quarante-huit heures tout Poudlard fut persuadé que l’héritier Malefoy n’avait jamais été raciste.

Ron Weasley se montra plus rétif. Il fallut toute la diplomatie d’Hermione pour qu’il accepte de laisser une chance aux Serpentards. Finalement, ça ne fut pas si difficile, une fois le premier pas fait : le Quidditch rassemblait tout le monde. Blaise, Draco et Ron en venaient même souvent à vitupérer ensemble contre le déclin des Canons de Chudley.

Ginny Weasley resta campée sur ses positions durant toute l’année. Elle restait silencieuse en présence du Club, ce qui valait mieux que les insultes, mais elle leur restait farouchement opposée.

Kim sortit avec Zacharias Smith, à la grande horreur de… tout le Club. Blaise enchaîna les conquêtes de plus belle. Luna se remit avec Neville, et tous les deux arborèrent un grand sourire idiot durant une semaine entière. Cassandre Farrow, l’amie que Jack avait invitée à la St. Valentin, se mit à tourner autour du Batteur de Quidditch avec une ardeur renouvelée.

Harry et Ginny rompirent lors d’une violente dispute où la rousse accusa l’Elu de fraterniser avec les Mangemorts : Potter prit violemment la défense de Draco et Alva, qui étaient évidemment ceux que visaient l’accusation de Ginny, et la traita de Capuche Blanche sans un sous de jugeote. Le lendemain, ils étaient à nouveau ensemble et Ginny s’excusa platement auprès d’Alva. Mais pas auprès de Draco. Il ne fallait pas déconner non plus.

L’amitié naissante, et visible, entre Potter et les enfants de Mangemorts donna du grain à moudre à la presse. L’influence des Capuches Blanches décrut à la vitesse grand V. Hermione, Blaise et Kim, qui prévoyaient tous les trois de faire du droit, s’enflammaient à propos des violations des Droits de l’Hommes que commettait la communauté sorcière en s’en prenant à des enfants innocents. Et la plupart du temps, leurs paroles trouvaient un écho favorable chez les jeunes sorciers.

L’histoire des Capuches Blanches trouva un terme à la fin de l’année, quand Denis Crivey agressa Valerian dans un geste de rage. Harry, qui passait dans le coin, intervint et ne fit pas dans la dentelle. Crivey passa deux jours à l’infirmerie et plus personne à Poudlard ne parla de rejoindre les extrémistes.

Alva finit par céder aux demandes insistantes de Nathan et lui enseigna un peu de magie rouge. A sa grande surprise, il se révéla doué. Aussi doué qu’elle, voir même beaucoup plus, même si elle était trop fière pour l’admettre.

Posséder un don avec la magie rouge était excessivement rare, et donnait au sang de celui qui le possédait une grande valeur. En Russie, Nathan aurait été perçu comme le fondateur d’une lignée de Sang-Purs. En Angleterre, les gens se contentèrent de supputer qu’il avait des ancêtres d’une grande lignée, et que ses parents inconnus étaient peut-être même des Sang-Purs…

Plus tard, ce gamin ferait de grandes choses.

La guérilla entre Alva et Stensenn s’amplifia progressivement. L’enseignant ne lui donnait pas d’heures de colles, craignant sans doute que Lévine n’en entende parler, mais il s’ingéniait à la persécuter durant ses cours. En DCFM, tous les élèves, sans distinction de Maisons, se rangeaient du côté de la Russe. Mais en Tatouage Runique, l’atmosphère était difficilement supportable… Alva abandonna cette matière à la mi-avril, et s’y exerça désormais seule dans la Salle sur Demande.

Début juin, peu de temps avant les ASPICS, un anonyme donna une interview dans la Gazette du Sorcier, et relata ce qui s’était passé quand Netaniev avait enlevé les huit jeunes sorciers. Il n’apportait pas beaucoup plus de renseignements que l’article que les étudiants avaient reçu au manoir Koenig. Mais il disait clairement que Draco avait poignardé Netaniev, puis qu’Alva l’avait achevé.

A en juger par l’air de chat repu qu’abordait Stensenn, c’était lui le coupable.

Son expression satisfaite dura deux heures très exactement. Puis McGonagall comprit l’arnaque, le convoqua dans son bureau d’un air furieux, et la rumeur se répandit comme une trainée de poudre que Stensenn ne serait plus là l’année prochaine. Et Harry lança haut et fort, à table durant le repas de midi, qu’il espérait que Draco et Alva recevraient l’Ordre de Merlin, maintenant que la vérité était établie.

Les deux concernés s’en étranglèrent avec leur purée.

A leur grande surprise, il n’y eut pas de tollé général : la reconnaissance d’Harry Potter était apparemment une raison suffisante pour que personne n’accuse la jeune fille d’être une parricide. La vie se contenta de poursuivre son cours, entre les études et les révisions.

Et puis ce fut les ASPICS.

Epreuves pratiques ou théoriques, tous les élèves se rongeaient les sangs. Draco s’amusa à taquiner Harry en lui disant qu’aucun faux pas ne lui serait pardonné, ce qu’Hermione appuya vigoureusement (mais elle, elle était sérieuse).

L’avantage, c’est que la peur de l’échec poussait les élèves à oublier leurs rancœurs : le Trio d’Or, et même Ginny, révisa avec le Club.

Alva se vit dispensée de Botanique et d’Histoire, à son grand soulagement. Un examinateur qui parlait très mal l’anglais vint tout droit de Russie pour lui faire passer un examen de Tatouage Runique, et quitta la salle d’un air enchanté. Alva avait une bonne impression à propos de cette épreuve…

Les examens s’enchaînèrent : Sortilèges, DCFM, Astronomie, Potions, Métamorphoses. Et ce jusqu’au paisible après-midi de Juin où tous les élèves se retrouvèrent sous le saule au bord du lac.

– J’ai foiré l’Astronomie ! se lamentait Alva.

Avec Draco, Blaise, Theo, Justin, Kim, Ryan, Zacharias et Luna, elle était assise au bord de l’eau et commençait déjà à s’angoisser pour ses résultats.

– Et moi la Métamorphose, soupira Theo. Mais j’ai bon espoir pour la Défense…

– Idem, sourit Draco. Après le Club, rien n’est difficile en Défense.

– Votre Club devait être plus efficace que l’A.D., grommela Zacharias. Je suis passé après Nott et mon examinateur avait des étoiles dans les yeux.

Les autres s’esclaffèrent, puis un silence paisible retomba sur leur groupe. Hermione passa près d’eux, le nez plongé dans son questionnaire, et les salua distraitement d’un signe de la main. Harry et Ron, qui la suivaient en se défiant mutuellement d’aller piquer une tête dans le lac, les saluèrent également avec un sourire. Le rouquin s’arrêta même pour engager la conversation.

– Eh, Blaise, tu ne veux pas essayer de nager un peu ?

– Sans façon, ça doit être gelé…

– N’importe quoi, l’eau est au moins à vingt degrés !

– Oui, ben c’est froid.

– Chochotte, le taquina Justin.

– Vas-y, toi, ô courageux Gryffondor !

– La flemme…

Kim se leva d’un bond, un grand sourire aux lèvres :

– Puisque c’est comme ça, j’y vais, bande de poules mouillées !

– Et nous avons une championne ! s’exclama Ron en applaudissant. Allez, Harry, tu ne vas pas te laisser donner des leçons par une fille quand même ?

Il y eu un grand PLOUF ! quand Kim sauta, toute habillée et entraînant avec elle Ryan et Theo qui poussèrent un même cri étranglé. Alva tomba à la renverse sur l’herbe, morte de rire. Rapidement, la moitié des septièmes et huitièmes années finirent à l’eau. Luna nageait paisiblement la brasse, tandis que Blaise et Ron essayaient mutuellement de se noyer. Kim et Zacharias avaient entamés une bataille d’eau, et un groupe de filles près de la berge s’essayait au concours de T-shirt mouillé.

Draco et Alva s’étaient retranchés à prudente distance des festivités aquatiques, se cachant derrière un chêne qui poussait pas très loin de là. La Russe jeta un regard prudent en direction du lac, puis leva les yeux au ciel :

– Ils sont fous.

– Carrément, approuva Draco.

Les deux amis s’installèrent plus confortablement, écoutant les bruits d’éclaboussures et les rires qui leurs venaient du lac. Finalement Draco rompit le silence :

– Que comptes-tu faire après Poudlard ?

Alva lui jeta un coup d’œil oblique :

– Et toi ? Tu t’es décidé ?

– Je vais entrer à la l’UDUS. C’est-à-dire l’Université de Droit Universel Sorcier.

– Comme Blaise ?

– Comme Blaise, et Kim, et Granger. Ensuite nos chemins vont se séparer. Kim veut devenir avocate civile, pour défendre les particuliers. Granger va sans doute s’aiguiller vers les Juristes Ministériels, ceux qui bossent au Département de la Justice Magique. Blaise… Je ne sais pas. Son idée est de devenir homme politique, mais franchement…

– C’est toi qui m’intéresse, pas Blaise ! soupira Alva.

Draco et elle marquèrent tous les deux un temps d’arrêt en comprenant que sa phrase pouvait avoir un double-sens. Généreusement, Draco fit semblant de ne pas avoir compris, et continua avec un petit sourire :

– Moi, c’est décidé, ensuite je me lancerai dans l’investissement pour me refaire une fortune. Puis je passerai un an ou deux à étudier la psychologie et à mettre à jour mes compétences en droit, et je verrai si je peux devenir conseiller politique.

– Si tu fais ça, toi et Blaise vous formeriez un duo redoutable, fit pensivement la Russe.

– C’est l’idée. Il attire la presse et moi je tire les ficelles.

– Theo veut toujours devenir Maître des Potions ?

Draco tourna son regard vers le lac. Neville et Theo faisaient une course en dos crawlé, aspergeant les alentours plus qu’ils ne nageaient.

– Oui. Spécialiste en antidotes. Vu que Luna et Londubat vont se spécialiser en Botanique, il tient à rester en contact ave eux.

– C’est bien qu’il se soit fait des amis. Autres que nous, je veux dire.

– Hum. Theo est quelqu’un de bien.

A nouveau, un court silence prit place entre eux, puis Draco vit Zacharias et Kim plonger pour essayer de noyer Ron, et il ricana quand le rouquin disparu sous l’eau. Weasley réapparut quelques instants plus tard en crachotant, une algue dans les cheveux.

– Ryan tiens toujours autant à son idée de devenir Guérisseur, dit soudain Alva. Sauver des vies, ce genre de choses. Je lui ai dit que ça ne ferai pas revenir Anaïs, il s’est contenté de hausser les épaules.

– Il l’aimait.

– Et la fille qu’il aimait était du genre à mourir pour le protéger. C’est comme ça, c’est tout. Il n’est pas responsable de sa mort. Il ne devrait pas s’en vouloir, il ne devrait pas chercher l’absolution.

– Les gens cherchent toujours l’absolution, fit Draco sentencieusement.

Alva joua avec un brin d’herbe, pensive. Elle ne pouvait pas lui donner tort. Elle aussi, elle recherchait l’absolution. Mais elle, elle avait commit un crime.

– Je vais retourner en Russie.

Draco fronça les sourcils, et Alva se hâta d’ajouter :

– Je suis toujours "hôte à vie" chez les Koenig. Je vais passer l’été chez eux et ensuite je déciderai ce que je veux faire de mon avenir. Où je veux vivre.

Draco eut l’air de ruminer cette idée durant plusieurs secondes, puis il finit par soupirer :

– Dans quoi est-ce que tu veux travailler ?

Alva embraya aussitôt sur le sujet, soulagée que Draco ne s’appesantisse pas sur sa décision de retourner en Russie :

– Briseuse de sort. Au départ, je voulais travailler comme intermédiaire pour créatures dangereuses, mais j’en ai parlé avec Astrid et… Finalement, Briseuse de sort c’est ce qui me correspond le mieux.

– De l’action et de l’aventure ? fit Draco avec scepticisme.

– Pas seulement. Il y a une grande part d’étude dans ce boulot. Et puis on peut bosser sur les sorts qu’on a trouvé, faire des thèses, créer ses propres Sortilèges. D’une certaine façon, c’est assez proche de Chercheur, avec le potentiel d’action d’un boulot d’Auror et pas de hiérarchie.

– Je comprends mieux, sourit le Serpentard.

Alva gloussa, puis reprit son sérieux :

– Je peux apprendre ça partout, j’avoue, mais je suis tentée par deux spécialisations. Soit le Runique, et la filière anglaise est la meilleure dans ce cas. Soit la spécialisation magie rouge, et ce type d’étude-ci n’est proposé qu’à Durmstrang.

– Si tu restes en Angleterre, tu feras tes études avec David, fit Draco mine de rien. Il sera dans ta faculté un an après toi.

– Je sais, soupira Alva. Je dois y réfléchir.

Il y eut un silence, plus long cette fois. Draco essayait de construire mentalement une phrase qui pourrait suggérer à Alva de rester en Angleterre, la persuader même, sans que ça ait l’air d’une supplication. Il se cassa la tête pendant trois bonnes minutes avant de baisser les bras. Quitte à avoir l’air ridicule, autant révéler la part de Poufsouffle niaiseux qui sommeillait en lui.

– Je préférerai que tu restes.

Alva rougit jusqu’aux oreilles et Draco félicita mentalement sa part de Poufsouffle niaiseux. La Russe avait détourné les yeux, fixant un point invisible entre le lac et le château.

– J’aimerai rester aussi. Je me suis attachée à… A l’Angleterre. Mais ça reste le pays du Seigneur des Ténèbres, le pays où le nom de Netaniev est synonyme de Mangemort, le pays où on montre du doigt ceux qui utilisent la magie noire. En Russie, les gens se souviennent des Netaniev comme d’une lignée princière, les gens respectent toutes les formes de magie. J’avoue, je suis un peu lâche. Je me demande si j’aurais le courage de… De me battre, ici. En Russie, mon rôle est déjà défini : héritière des Netaniev, riche et puissante, et tout le bazar qui va avec.

– Justement, en restant en Grande-Bretagne tu peux repartir de zéro, insista Draco. Tu imposeras ton nom et tu en feras ce que tu veux. Tu as un passé quasiment vierge : on fait dire tout ce qu’on veut à un simple article de presse. Tu n’aurais pas à être l’héritière d’une lignée princière, grande mage noire parce que c’est la tradition. Tu peux faire ce que tu veux.

Alva lui adressa un sourire un peu moqueur :

– Tu as vraiment été traumatisé par ton rôle d’héritier, Malefoy.

– Je t’emmerde Hawking.

– Non, sérieusement. Conseiller politique, c’est dans la continuité du rôle de ton père : Je-Fourre-Mon-Nez-Dans-Les-Affaires-Des-Autres-Et-Je-Veux-Un-Max-De-Gallions-Pour-Ça.

– Au risque de me répéter, je t’emmerde. Et puis je n’ai pas toujours voulu faire ça. Petit, je voulais être Auror… Un comble, non ?

Alva éclata de rire, et Draco esquissa un sourire en coin. Puis la jeune fille se releva, brossant l’herbe qui s’était accroché à sa jupe, et jeta un coup d’œil au lac. Les cris s’étaient affaiblis : les élèves étaient sortis de l’eau, et séchaient sur la berge.

– On va les rejoindre ?

Draco se leva souplement, et lui adressa un sourire lumineux.

– Avec plaisir. Il nous reste une journée encore avant la fin officielle de l’année et ton départ en Russie, non ?

Alva acquiesça en souriant, et ils se dirigèrent côte à côte vers le lac. Le soleil de juin baignait le parc, et Alva se sentit absurdement heureuse d’être là.

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