Le parfum des Arums

La fin de l'enfance

– Je me demande toujours comment vous m’avez convaincue de faire ça, grommela Alva en suivant Harry dans l’escalier en colimaçon.

Draco, qui la suivait un pas en arrière, émit un rire bas. Potter leur tournait le dos mais Alva était sûr qu’il souriait.

Alva avait commis l’erreur de leur parler de sa menace de brûler le Choixpeau pour qu’il la mette à Serdaigle. Draco était persuadé que la Russe aurait dû être à Serpentard. Harry, quand à lui, avait fermement soutenu qu’elle aurait fini à Gryffondor. Pour trancher, les deux garçons avaient décidés de remettre le Choixpeau sur la tête pour que le vieux truc informe puisse délivrer son jugement. Ils avaient profité de l’agitation générale –le Poudlard Express arriverait dans une demi-heure et tout le monde faisait ses bagages– pour se rendre au bureau de la Directrice.

Alva grommela à nouveau. D’accord, c’était bien, le rapprochement des Maisons et tout ça. Mais quand Gryffondor et Serpentard étaient complices pour la faire suer, là, ça se retournait contre elle.

– C’est une question d’honneur ! protesta Draco.

– Tu parles, rétorqua Alva. C’est surtout une question d’argent. Vous avez parié six Gallions sur ma possible et hypothétique Maison.

– Aussi.

– Mais, attends, tu n’es pas ruiné ?

Draco grimaça, à moitié amusé et à moitié incrédule, avant de soupirer :

– Ma mère a investit dans la Bourse Moldue. Elle a récupéré un joli tas de ce qu’ils osent nommer argent, et l’a convertit en monnaie sorcière.

– Ta mère s’y connait en Bourse ?

Draco haussa un sourcil sarcastique :

– Ça t’étonne ?

– Non. Enfin oui. Lévine a essayé de m’y initier et j’ai tout de suite renoncé. Je ne comprends rien à ce système de parts, de valeurs et de suppositions qui rendent les choses plus ou moins chères.

Cela fit sourire les deux garçons, et Draco secoua la tête d’un air amusé :

– J’y trouve un sens, moi.

– L’instinct infaillible de l’investisseur, c’est ça ?

– Chut ! leur ordonna Harry qui était arrivé en haut des escaliers et plaquait son oreille contre la porte. Il faut que j’écoute si McGonagall est là !

– Parce qu’en plus on fraude ! râla Alva à mi-voix. Ah, il est beau le héros du monde sorcier !

Harry ignora la provocation, et poussa la porte avec un large sourire. Apparemment la Directrice était absente. Dès qu’ils entrèrent, Alva posa les yeux sur le tableau de Rogue, et eut juste le temps de voir un pan de cape noire disparaitre. Ce type avait la rancune tenace.

La plupart des autres tableaux dormaient, y compris celui de Dumbledore. Harry se dirigea sans hésitation vers une étagère où trônait le chapeau usé, et Draco fit apparaitre un tabouret au milieu de la pièce. Alva leva les yeux au ciel en s’y asseyant :

– Je vous l’ai dit, j’aurais dû aller à Serdaigle dès le début.

– Si tu vas à Serdaigle, je te donne ma mise, promis Harry. Maintenant mets ce truc sur ta tête !

La Russe ronchonna encore pour la forme :

– On ne peut pas forcer le Choixpeau à nous mettre là où on n’est pas destiné à aller, non ? Alors ça sera Serdaigle, c’est évident.

– En fait non, sourit Harry. Tu peux forcer le Choixpeau à te répartir quelque part.

– Je confirme, dit simplement Draco.

La Russe les regarda l’un après l’autre. Est-ce qu’ils avaient fait ça tous les deux ? Forcer la main aux Choixpeau (si elle pouvait se permettre un tel jeu de mot) ? Dans ce cas, où auraient-ils dû aller ?

Elle haussa les épaules, puis posa le Choixpeau sur son crâne. Aussitôt, la voix familière résonna dans son esprit.

« Tiens, tu veux vérifier si ta décision a été la bonne ? »

« On peut dire ça. Remets-moi à Serdaigle et on n’en parle plus. »

« Oh, non… Tu as beaucoup évolué depuis la dernière fois que je t’ai vue. »

« Laisse-moi réfléchir, espèce de torchon. J’ai affronté des pièges mortels, des souterrains piégés, des profs pas contents, et j’ai même sympathisé avec des Gryffondors. Évidemment que j’ai changé. Crétin. »

« Hum… Mauvaise conscience… Tu as également commis un meurtre. »

Alva marqua un temps d’arrêt, et le Choixpeau poursuivit avec intérêt :

« Pour sauver quelqu’un, néanmoins. Courage, beaucoup de courage… De la ruse et de l’intelligence, de la sournoiserie, de l’égoïsme, c’est vrai. Mais je ne peux pas ignorer ta bravoure. »

« Attends, ne me dis pas que… »

« Gryffondor et Serpentard t’iraient aussi bien l’une que l’autre. Mais je vois que ta soif de vengeance s’est tarie. Le courage l’emporte sur l’égoïsme et l’ambition, donc… »

« Eh ! Non, fais pas ça ! »

– … GRYFFONDOR !

– De quoi ?! s’étrangla Draco.

– A moi les Gallions ! fanfaronna Harry.

– Sale torchon, retire ce que tu as dis ! pesta Alva en secouant le Choixpeau inerte sur sa tête.

– Je suis sûr que tu as triché ! vitupéra soudain Draco en se tournant vers Potter.

Il avait sortit sa baguette et le Gryffondor se tendit, levant les mains pour montrer qu’il était désarmé. Sept ans de méfiance ne s’oublient pas d’un coup.

Alva balança le Choixpeau à l’autre bout de la pièce d’un air rageur.

– Il a dit que je pouvais aussi bien aller à Serpentard qu’à Gryffondor… Il m’a fichu là juste pour m’embêter !

– Il a juste pris en compte le fait que Serpentard est la Maison de l’ambition et que toi tu as déjà réalisé ce que tu voulais, dit tranquillement Harry. Et, hum, tu devrais regarder ton uniforme…

Alva baissa les yeux sur la cravate bleue et bronze qu’elle portait, et qui avait pris ces couleurs lors de la Répartition. A présent, le tissu était devenu… Rouge et or.

– AAAAAH !

Draco ouvrit des yeux ronds en voyant la transformation de l’uniforme de son amie. Harry tenta bravement de garder son sérieux, mais il échoua lamentablement et éclata de rire au bout de quelques secondes.

– C’est pas drôle ! paniquait Alva.

– Rouge et or avec des cheveux roux, murmura Draco avec épouvante. On dirait une Weasley.

Harry tomba par terre de rire, tandis qu’Alva pivotait d’un coup vers le Serpentard, ses yeux lançant des éclairs :

– Qu’est-ce que tu as dit, espèce d’imbécile de BLOND ?!

– Elle a les cheveux plus clairs que les Weasley, fit la voix étouffée et hilare d’Harry, toujours par terre. Et elle est beaucoup, beaucoup plus dangereuse.

– C’est vrai, tu ne ressembles pas aux Weasley, concéda Draco.

– Mais je ressemble à une Gryffondor !

– Toutes mes condoléances. Ta dignité est fichue.

Harry repartit derechef dans son fou-rire, et cette fois Draco se mit à rire aussi. Alva se laissa tomber sur son tabouret, l’air désespérée.

– J’ai un mauvais karma, ça doit être ça.

– Qu’est-ce que c’est que ce boucan ?

Rogue venait de faire irruption dans son tableau, visiblement furieux. Puis son regard tomba sur Alva et ses yeux s’écarquillèrent dans l’expression de la plus totale stupéfaction.

– Netaniev… ?

– Nan ! Y a pas de Netaniev et y a pas de GRYFFONDOR ! Jamais ! Chapeau stupide, remets-moi à Serdaigle ! Ou à Serpentard, à la limite, mais… ET VOUS DEUX ARRÊTEZ DE RIGOLER !

Draco était prit d’un rire nerveux qui ne s’arrêtait pas. Le teint rougi, le corps secoué de hoquets, il dut s’appuyer au bureau de la Directrice pour ne pas tomber. Harry, lui, était toujours vautré par terre et ses épaules étaient secouées par son rire un peu hystérique.

Rogue se recomposa une expression un peu plus digne, bien que le coin de ses lèvres se soit relevée d’un millimètre comme s’il retenait un éclat de rire.

– Puis-je savoir ce qui se passe ici ?

– P-Professeur Rogue, commença Draco en essayant de cesser de rire. Nous voulions juste, euh, vérifier quelque chose…

– Et c’était stupide ! explosa Alva.

Elle flanqua un coup de pied à Potter, qui émit un cri de douleur et se redressa en se massant les côtes, fusillant la Russe du regard. Draco émit d’un ton sentencieux :

– Au moins on est fixé : le rouge et or jure avec tes yeux.

– Tu te fiches de moi ?

– Oui, avoua carrément le Serpentard.

Draco et Harry se regardèrent et repartirent dans leur fou-rire. Une veine se mit à palpiter sur la tempe d’Alva, qui sortit sa baguette en bois d’if. Aussitôt les rires s’étranglèrent net.

– Non mais faut pas le prendre comme ça…

– Vous ressemblez à une Weasley, déclara tranquillement Rogue (et Draco était sûr que l’ancien directeur riait intérieurement).

– Je. Ne. Ressemble. PAS. Aux. Weasley ! vitupéra Alva.

– Bon, on devrait peut-être y aller, non ? suggéra Draco en battant en retraite. Ce fut un plaisir de vous revoir professeur Rogue !

Puis le Serpentard bondit par la porte ouverte et détala dans les escaliers. Harry leva les yeux au ciel, puis se tourna vers le tableau de Rogue, se forçant à adopter un ton neutre :

– Je tenais à vous dire merci.

– De rien. Et maintenant fichez-moi le camp d’ici.

Harry hésita, mais Alva tourna un regard furibond vers lui, menaçante.

– Potter, c’était ton idée, non ?

– Très bien, professeur, je m’en vais !

Et le Survivant fila sur les traces de Draco, laissant Alva seule et écumante de rage, habillée en Gryffondor. Elle poussa un long soupir exaspéré :

– Le courage des Gryffondors…

– Netaniev.

Alva se tourna vers Rogue avec un haussement de sourcil qui rappelait la moue sceptique de Draco. Elle avait finit par adopter ses tics et sa gestuelle, à force de le fréquenter. Rogue faillit sourire, mais conserva son sérieux.

– Il n’y a pas de honte à aller à Gryffondor.

– Ben voyons.

– Je suis sérieux. Le Choixpeau voulait m’y envoyer également.

Alva écarquilla les yeux, incrédule :

– Vraiment ?

– Vraiment. Gryffondor et Serpentard se ressemblent beaucoup, vous savez. Tous les deux aveuglés par leur conviction d’être les meilleures et la volonté de protéger ce qui compte pour eux.

Alva esquissa un mince sourire, et contempla sa cravate rouge et or d’un air vaguement amusé. C’était vrai. Les Serpentards étaient farouchement opposés aux Nés-Moldus parce qu’ils les envahissaient et piétinaient leurs coutumes, ces coutumes que les Sang-Purs tenaient à protéger. Et les Gryffondors étaient… Eh bien, ils avaient besoin d’une cause à défendre pour exister. Dommage que, bien souvent, la seule cause qu’ils trouvent soit de se chamailler avec les Serpentards.

– Pourquoi êtes-vous allé à Serpentard ?

Rogue la regarda et Alva se demanda brièvement si un tableau pouvait lui jeter un sort. Mais l’ancien Mangemort finit par lui répondre.

– Pour la même raison que vous êtes allée à Serdaigle, Netaniev. Parce que c’était mon choix.

Alva sourit, et, après un dernier regard sur son nouvel uniforme, elle en changea la couleur pour qu’il reprenne ses teintes bleues et bronze.

– Vous pensez qu’on va dans une Maison parce que c’est notre choix ? Pas à cause de qu’on est réellement ?

Le portrait de Rogue haussa les épaules :

– Tout dépend de la volonté de la personne. Draco était destiné à Serdaigle, il a supplié d’aller à Serpentard pour ne pas décevoir son père. Londubat voulait Poufsouffle, mais le Choixpeau lui a imposé Gryffondor.

– Potter voulait être à Gryffondor, fit Alva d’un air pensif. Je me demande où il aurait atterri s’il avait laissé le Choixpeau décider.

Rogue grimaça une espèce de rictus narquois.

– Serpentard.

– Saint Potter ?! A Serpentard ?!

– Croyez-moi, Netaniev, il aurait fini à Serpentard.

oOoOoOo

Le Poudlard Express entra dans la gare de Pré-au-Lard en sifflant. Il ne fallut pas longtemps pour qu’un torrent d’élève s’y engouffre, chahutant et criant. Blaise et Jack dégagèrent le passage à grands coups d’épaules jusqu’à trois compartiment au fond du premier wagon, qu’ils fusionnèrent afin que le Club passe son dernier voyage au complet. Leur compartiment extra-long serait plein à craquer durant ce voyage : Neville venait avec Luna, Cassandre avec Jack, Zacharias avec Kim ; et Harry passerait sans doute, tout comme Ron et Hermione…

Ils s’entassèrent joyeusement dans leur compartiment, les premières années s’installant par terre dans le large espace dégagé au centre, assis sur leurs valises. Dans le chahut général, Alva se fraya un passage en écrasant sans remords tous les pieds qu’elle croisait, et se laissa tomber sur la banquette avec un soupir de soulagement sur-joué. Draco ricana en s’asseyant avec élégance à sa droite, et elle le fusilla aussitôt du regard :

– Toi, c’est pas le moment de te faire remarquer.

– Je n’ai rien dis.

Alva le regarda d’un air suspicieux, et Draco articula en silence « Gryffondor ». La rousse croisa les bras et gonfla les joues comme une gamine boudeuse… Mais fut sauvée du ridicule par l’arrivée de Blaise, qui se glissa à sa gauche.

– Alors, princesse, tu as des projets pour l’été ? la taquina Blaise.

La Russe leva les yeux au ciel. Le métis avait cessé de la draguer depuis son râteau, tournant sa séduction en dérision. Alva hésitait entre s’amuser de ces surnoms sucrés ou s’en exaspérer, sachant que c’était exactement ce qu’il attendait… Elle préféra ne pas répondre à la plaisanterie :

– Aller en Russie, chez Astrid.

– Tu es vraiment montée à dos de griffon là-bas ?

– Ben oui !

Blaise rit, et Alva eut un sourire en coin en constatant qu’il ne la croyait pas. Tant pis pour lui. La Russe s’installa plus confortablement, et lança mine de rien :

– Et sinon, vous ne le vivez pas trop mal que la Coupe des Quatre Maisons soit encore revenue à Gryffondor ?

Les visages de Draco et Blaise s’assombrirent. La Coupe avait été offerte à Gryffondor, en mémoire d’Anaïs.

Il y eut un bref silence dans le compartiment. Ils n’étaient que des adolescents. Ils avaient du mal à réaliser qu’Anaïs ne serait plus jamais là, avec eux…

Alva se racla la gorge, puis aiguilla charitablement la conversation sur le match qui opposerait les équipes nationales de la Russie et de la France prochainement. Très vite tout leur compartiment s’empara du sujet, et quand le train partit, Chris, Nathan et Blaise étaient en train de monter des plans pour aller assister au match.

Le trajet sembla terriblement court à tous ces amis qui se voyaient pour la dernière fois en tant que camarades de Poudlard. Terriblement court mais génialement animé. Ils parlèrent de tout et de rien, et ça allait des pronostics sur leurs ASPICS aux imitations de Dark Vador par Jack. Certains faisaient des projets pour les vacances, comme Theo, Luna et Neville qui allaient s’incruster chez les frères Jarvis afin de retaper leur vieux manoir.

Justin et Zacharias –qui insistait pour qu’on l’appelle Zack, apparemment lui aussi était victime d’un prénom pourri– avaient disputé un bras de fer sous les encouragements de Kim, et avaient failli en venir aux mains, avant de se réconcilier autour d’un sac de Chocogrenouilles. La belle brune, joueuse, passait son temps à les taquiner. Cassandre, la petite-amie de Jack, discutait Botanique avec Neville en haussant la voix pour se faire entendre au-dessus du brouhaha, tout en couvant d’un œil amusé son copain en train de faire le pitre.

Nathan, Cathy et Valerian chantaient à tue-tête des chansons de Moldus. Le Serdaigle était aux anges : la famille Barthemis l’accueillerait durant les vacances d’été, lui épargnant le retour à l’orphelinat. Cathy avait supplié Alva dix minutes pour aller avec eux, et la Russe avait capitulé.

Ron passa dans le compartiment et partit avec Blaise, les deux amis discutant Quidditch et politique avec enthousiasme. Apparemment le métis passa le reste du trajet avec le Club de Slug, qui comptait Ron et Hermione, car il ne revint pas.

Harry fit un bref passage dans le compartiment d’Alva et compagnie. Du moins, c’était destiné à être un bref passage. Il y resta jusqu’à l’arrivée du train en gare, afin de sa cacher de ses nombreuses fans qui sillonnaient le Poudlard Express comme une meute de chiens de chasse. Dès qu’une groupie pointait le bout de son nez dans le compartiment du Club, tous ses occupants la chassaient à grands renforts de cris inarticulés qui faisaient un boucan de tous les diables. On aurait dit une cage remplie de singes.

– J’espère que personne ne saura jamais que j’étais dans ce compartiment, grommela Draco.

– Ne comptes pas trop là-dessus, sourit Harry. Elle dort ?

Les deux garçons, assis côtes à côte et disputant une Bataille Explosive, posèrent leurs regards sur Alva. La jeune fille était appuyée contre Draco et dormait profondément, des bouchons enfoncés dans les oreilles pour la protéger du brouhaha ambiant.

– Elle est lourde, se plaignit le Serpentard.

– Ça sera répété et amplifié !

Draco jeta un regard interloqué au Gryffondor, mais ce dernier souriait, gentiment moqueur. Depuis leur accord dans les souterrains piégés, Draco essayait d’être poli, voire même vaguement amical, mais il n’y mettait pas vraiment de sincérité. Harry, lui, était sincère dans sa façon d’être sympa. Il voulait vraiment devenir ami avec lui.

Draco en fut complètement désarçonné.

Si Alva n’avait pas été en train de dormir, écroulée sur son épaule, il aurait eu un mouvement de recul et aurait croisé les bras en un geste instinctif de défense. Là, il se contenta d’un ricanement bas directement inspiré par Lévine Koenig.

– Potter apprendrait-il l’art du sarcasme ?

– J’ai fréquenté trop de Serpentards pour ma santé mentale, rétorqua le Gryffondor avec un mince sourire. Allez, Malefoy, joue. Encore quelques passes et je gagne.

Le blond esquissa un sourire carnassier :

– Tu es beaucoup moins insupportable qu’avant, Potter, mais tu restes un stupide Gryffondor naïf.

Il joua ses cartes. Et celles d’Harry lui explosèrent à la figure. La totalité du compartiment éclata de rire en voyant son visage halluciné et ses sourcils roussis.

Le train commença à ralentir. Harry poussa un soupir à fendre l’âme en ramassant ses affaires –cartes, pull, cravate– éparpillés dans le bazar général du compartiment, et se prépara bravement à rejoindre ses amis. Lorsque le train s’arrêta, l’Elu constata avec horreur qu’il y avait un monde fou sur le quai, et qu’il allait se faire littéralement agresser par des fans avant d’avoir fait trois pas. Chris lui fit remarquer que les célébrités devraient attendre que la majorité des élèves soit descendue avant de rejoindre le quai à leur tour : comme ça ils attireraient moins l’attention.

Alva, qui venait de se réveiller, trouva l’idée très bonne et sa rassit sur la banquette qu’elle venait de quitter.

– Quelqu’un vient te chercher ? demanda Kim en rassemblant les trois premières années qu’elle allait emmener avec elle durant les vacances.

– Lévine, normalement.

– Lévine ? répéta Harry en se collant à la vitre. Je ne le vois pas…

– Il sera probablement en retard, fit négligemment la Russe. Astrid va lui casser les pieds jusqu’à ce qu’il l’emmène, avec Cirth évidemment, et il lui faudra environ vingt minutes pour craquer.

Tous ceux qui avaient rencontré la meilleure amie d’Alva ricanèrent, imaginant très bien la blonde mener son grand frère par le bout du nez. Peu à peu, leur compartiment se vida, leurs amis partant les uns après les autres en leur disant au revoir, en promettant d’écrire ou de se rendre visite. Finalement, il ne resta plus qu’Harry, Alva et Draco dans le compartiment, et ils regardèrent avec un pincement au cœur leurs amis se fondre dans la foule.

– Lévine est arrivé, dit soudain Draco.

En effet, la haute stature du Russe aux cheveux blonds se voyait de loin. Probablement parce qu’il était accompagné d’Astrid, qui avec son chapeau pointu faisait la même taille que lui, et qu’un phénix bleu était perché sur l’épaule de la jeune fille.

– Incorrigibles, marmonna Alva.

Au moins les Koenig avaient renoncé aux fourrures et autres vêtements typiquement slaves. Astrid portait une longue robe bleue pâle et noire, et Lévine un long manteau noir et classique. Ça ne les empêchait pas d’attirer tous les regards. Ils déplacèrent rapidement au premier rang des familles qui attendaient devant le train, profitant du fait que la foule était beaucoup moins dense : plusieurs familles, ayant retrouvé leurs enfants, étaient déjà partis.

Finalement, les Koenig s’arrêtèrent au bord de la voie, et Harry remarqua qu’ils étaient juste à côté des Weasley.

– Bon, j’y vais, décida-t-il.

Il fit apparaitre sa valise d’un mouvement de baguette, et se dirigea vers la porte. Avant de sortir, il s’arrêta quelques secondes, hésitant.

– Et, euh…

Alva haussa les épaules pour dissimuler son embarras, et Draco haussa un sourcil. Finalement, ce fut la Russe qui lança d’un air taquin :

– Bonne chance.

L’ironie suintait de sa voix. Draco sourit, Harry ricana, et l’Elu leur adressa un sourire narquois en quittant le compartiment :

– Voilà qui me réconforte au sujet de la confiance que vous me portez…

– Quelle confiance ? répliqua Alva avec un sourire en coin.

– C’est bien ce que je me disais, résuma Potter.

La porte se referma derrière lui. Une minute plus tard, il descendit du train, juste devant la famille de rouquins. Molly Weasley l’engloutit dans une étreinte qui ressemblait à celle d’un python, puis le Survivant réussi à se dégager pour saluer les autres Weasley –toute la tribu– avant d’aller dire bonjour aux Koenig.

Lévine se mit aussitôt à bavarder avec entrain avec un rouquin plein de cicatrices –Bill Weasley, reconnut Draco–, pendant que le reste de la famille admirait Astrid qui se pavanait avec son phénix. Alva les regarda d’un air navré.

– Héritiers blonds et pourris-gâtés dans un château.

– Est-ce bien nécessaire de souligner le fait qu’ils soient blonds ? demanda négligemment Draco en cherchant sa mère dans la foule.

Il finit par la trouver, un peu en retrait. Il constata avec un sourire qu’elle discutait avec les Barthemis avec amabilité. Tant mieux. Sa mère avait bien besoin de sortir de sa carapace. Il y eut un petit temps de silence dans leur compartiment, pendant qu’il observait le teint pâle de sa mère et son sourire aimable quoiqu’un peu fatigué.

– Draco.

– Hum ? fit le Serpentard sans se retourner.

Durant cet été, il pourrait peut-être la pousser à sortir. Aller voir la mère de Blaise, par exemple. Ou bien les Barthemis ou les Shepper, sous prétexte d’aller voir Kim ou Justin. Narcissa avait consacré sa vie d’abord aux Black, puis à Lucius, puis à Draco. Il était temps qu’elle vive pour elle-même.

– Draco.

– Quoi ? soupira finalement le blond en se retournant.

Alva le regardait d’un drôle d’air, mais quand elle croisa son regard, elle détourna les yeux. Elle était debout au milieu du compartiment, sa valise à la main, faisant passer son poids d’un pied sur l’autre et évitant son regard… Par Merlin, Alva se dandinait. Et elle semblait terriblement gênée.

A nouveau, Draco songea qu’Alva n’avait rien d’une héroïne ou d’un ange gardien, que c’était juste une fille un peu perdue dans un pays étranger, une fille orgueilleuse et désorientée. Puis Alva se mordilla la lèvre avec embarras et Draco rajouta mentalement séduisante –attirante, mignonne, forte, intelligente, courageuse, gentille, sexy, taquine, moqueuse, sympa, adorable, fragile, drôle, canon, imprévisible, jolie, touchante– à ses qualificatifs, et son cœur se mit à battre un peu plus vite qu’il n’était nécessaire.

– Oui ? demanda-t-il avec curiosité.

Alva croisa enfin son regard, et contre toute attente, elle rougit. Draco n’avait même pas eu le temps d’enregistrer cet état de fait que déjà Alva, laissant tomber sa valise sur le sol, comblait la distance qui les séparait en trois grands pas. Et là.

Elle.

L’embrassa.

Draco fut pris au dépourvu pendant un instant. Juste un instant. Ensuite il ferma les yeux, passa ses bras autour de la taille de la Russe et lui rendit son baiser. Et c’était incroyable, ses lèvres contre les siennes, ses bras autour de sa nuque, son corps pressé contre le sien, et les papillons qui volaient dans son estomac, l’étourdissement qui lui montait à la tête. Ce n’était pas le premier baiser de Draco, loin de là, mais c’était la première fois qu’il ne prenait pas l’initiative, la première fois qu’il était pris au dépourvu, qu’il ne contrôlait pas la situation. C’était aussi la première fois qu’Alva l’embrassait et c’était juste… Juste… Différent. Magique. Il aurait voulu ne jamais la lâcher.

Pourtant, Alva finit par s’écarter. Elle avait les joues rouges et les yeux brillants, et Draco voulait ardemment l’embrasser à nouveau. Mais la Russe se contenta de récupérer sa valise, profitant du fait que le Serpentard soit toujours sous le choc, et lui adressa un sourire inhabituellement timide.

– Au revoir, Draco.

Et elle quitta le compartiment à toutes jambes. Un instant plus tard, elle jaillit du train comme une fusée, manquant de percuter Georges Weasley. Harry la regarda d’un air intrigué, ne pouvant pas ignorer son air un peu échevelé, puis Lévine et Astrid saluèrent brièvement les Weasley et s’éloignèrent avec leur amie. Ils disparurent.

Draco se laissa tomber sur une banquette, les jambes coupées.

Oh doux Merlin, fut sa première pensée. Alva l’avait embrassée. Et il ne s’en était pas encore remis. Ça faisait des mois qu’ils s’observaient, qu’ils se souriaient, qu’ils étaient plus proches l’un de l’autre que de n’importe qui d’autre à Poudlard et voilà qu’elle l’embrassait.

Que Merlin aille se faire enculer fut sa deuxième pensée. Parce qu’il réalisa d’un coup qu’elle venait de partir pour tout l’été, peut-être même pour toujours, et qu’il avait évité le sujet à Poudlard par lâcheté, oui, par lâcheté, juste parce qu’il ne voulait pas envisager cette idée ; et que maintenant si ça se trouvait elle n’allait jamais revenir, qu’il avait manqué sa chance.

Parce que lui, Draco Malefoy, était amoureux de Salvakya Hawking.

Que Merlin aille se faire enculer profondément fut sa troisième pensée, tandis qu’il se levait d’un bond, récupérait sa valise d’un geste mécanique, et se dirigeait vers la sortie. Il descendit sur le quai, ignorant le soudain silence et les regards noirs des Weasley –ainsi que le haussement de sourcil de Potter, et se dirigea vers sa mère, était seule maintenant que les Barthemis étaient partis, sans regarder en arrière. S’il se dépêchait, peut-être que sa mère et lui marcheraient assez vite pour rattraper les Koenig avant le Feu de Bois, et…

– Malefoy !

Poussant mentalement un juron russe, le blond s’arrêta et se retourna. Potter, délaissant les Weasley qui le suivirent du regard avec des expressions mitigées, le rejoignit à grands pas avec ce qui ressemblait suspicieusement à un sourire narquois :

– Tu as les cheveux en pétard.

D’un geste précipité, Draco se recoiffa tout en grognant d’un ton féroce :

– Ça ne sera jamais pire que tes cheveux, de toute façon.

Potter l’ignora et continua en croisant les bras, son sourire s’élargissant de plus en plus :

– L’impeccable Malefoy sortant décoiffé d’un wagon où il se trouvait seul avec une fille qui est elle-même partie légèrement échevelée… C’est ce que je pense ? Si je suis trop subtil, ce que je pense, c’est que tu…

– Potter, le coupa Draco avec agacement. Tu as la subtilité d’un coup de bêche en pleine figure. Et ça ne te regarde pas.

– Ah, fit le Gryffondor d’un ton plat sans cesser de sourire. Je disais ça parce qu’elle m’a chargé de te dire quelque chose…

– Quoi donc ? fit Draco un peu trop rapidement.

Les yeux d’Harry pétillèrent d’amusement et le Serpentard leva les yeux au ciel d’un air excédé :

– Ôte cet air niais de ton visage et contente-toi de me répondre.

– Je savoure. C’est bon de savoir que même toi tu peux avoir l’air d’une andouille.

– Je t’emmerde Potter.

– Moi de même Malefoy.

Ils se défiaient du regard, chacun refusant de baisser les yeux le premier. Une bonne vieille bataille de regard, comme avant. Puis Harry et Draco interceptèrent le coup d’œil navré que Granger posait sur eux, et le Survivant toussota d’un air embarrassé.

– Elle a dit que Finist saurait la trouver où qu’elle soit.

– Finist ? répéta lentement le Serpentard.

Il leva les yeux vers le ciel, et aperçut un faucon pèlerin familier perché sur le bord du toit. Contrairement aux chouettes et aux hiboux, Finist était à moitié sauvage et Alva ne l’avait certainement pas trimballé dans une cage. Comment était-il arrivé ici si vite ?

Le faucon déploya ses ailes, et quitta son perchoir pour aller se poser sur le bras de Draco. Le blond grimaça en sentant les serres de l’oiseau, mais il ne le chassa pas. Tant qu’il aurait Finist, Alva serait obligée de revenir vers lui pour le chercher, il le savait.

– Merci, grimaça-t-il à l’adresse de Potter.

– Mais de rien, fit le Gryffondor d’un air amusé. On était en manque de potins ces derniers temps, alors Malefoy se faisant draguer par une rousse, ça va au moins nous occuper jusqu’à Noël.

Draco ouvrit la bouche sans trouver de réplique. Harry consulta ostensiblement sa montre.

– Dix-huit heures quarante-deux : Draco Malefoy rougit.

Le blond leva les yeux au ciel, mais ne put s’empêcher de ricaner. Puis il se détourna, se dirigeant vers sa mère qui l’attendait. Tout en se dirigeant vers elle, il lança sans tourner la tête :

– Arrange-toi pour survivre, Potter !

– Merci de la confiance, entendit-il bougonner derrière lui.

Mais il était sûr que le Gryffondor souriait. Draco roula des yeux en rejoignant sa mère, qui le serra dans ses bras avec affection, faisant s’envoler Finist. Côte à côte, les Malefoy se dirigèrent vers la sortie de la gare, le faucon revenant se percher sur le bras de son nouveau maître.

Peu importait qu’il ne rattrape pas les Koenig, au fond. Draco savait qu’il n’avait pas perdu Alva.

oOoOoOo

Mot de passe : Vacances.

Arrivée de Draco.

Kim dit : Ah, enfin !

Blaise dit : Alors, ça se passe comment tes vacances jusqu’ici ?

Draco dit : Bien. Mère pense à aller en France pendant la troisième semaine d’août, renouer des contacts, participer aux soirées mondaines, ce genre de choses. Et vous ?

Kim dit : Ça fait un mois et demi à peine que Nathan et Cathy sont chez moi et mes parents parlent déjà d’avoir un autre enfant parce qu’ils aiment les familles nombreuses. Au secours.

Blaise dit : On est fin juillet, courage, plus qu’un mois avant la rentrée.

Theo dit : J’ai reçu une bourse pour mes études !

Draco dit : C’est génial ! Alors, quel établissement ?

Theo dit : Alexandrie, pendant trois ans pour avoir la Licence, et ensuite je devrais trouver un maître pendant deux ans pour avoir mon Doctorat. J’ai déjà demandé à Slughorn, il est d’accord pour me prendre en apprentissage quand j’aurais ma Licence.

Luna dit : Je n’ai pas eu de bourse, mais j’irais à Alexandrie aussi. On sera dans la même promotion, Theo.

Kim dit : En parlant d’être dans la même promotion… Zack et Ryan seront ensemble en Médicomagie.

Blaise dit : Et bien sûr, Draco, Hermione, toi et moi en Droit.

Luna dit : Et Justin ?

Kim dit : Il a eut une bourse pour aller à la PSAF.

Blaise dit : La Préparation de Sortilèges Avancés Française ? C’est l’un des meilleurs lieux de formation d’Europe ! Ça se trouve dans le Sud-Ouest, non ?

Draco dit : Oui, près de La Rochelle.

David est arrivé.

Jack est arrivé.

Chris est arrivé.

Theo dit : Tiens, voilà du monde…

David dit : On a fini de regarder le film !

Draco dit : Lequel ?

Chris dit : Star Wars. Maintenant on connait l’intégrale !

Jack dit : Enfin, moi je la connaissais déjà.

Theo dit : Attends… C’est pour ça que tu es allé chez Jack ? Je croyais que c’était pour réviser ! Et Chris est complice aussi ?!

Chris dit : Euh… Oui ?

David dit : Tu as refusé de venir parce que tu préférais bosser, je te rappelle !

Theo dit : Aucun rapport, tu es une feignasse c’est tout !

Kim dit : Mon client ne répondra pas à cette accusation.

Theo dit : Reste en dehors de ça, Kim.

David dit : Je t’héberge alors tu ferais mieux de ne pas critiquer mon hospitalité.

Theo dit : J’ai dû faire la baby-sitter pour Simon !

David dit : N’exagère pas, mon frère se gère très bien tout seul. Il est probablement en train de bouquiner, là, non ?

Theo dit : … Oui, on est tous les deux à la bibliothèque.

Jack dit : Donc arrête de faire ta drama queen, sinon je te raconte comment Dark Vador est passé du côté Obscur de la Force.

Theo dit : D’accord, d’accord…

Blaise dit : Bref. On parlait de nos études.

Kim dit : Au fait, vous n’avez pas oublié de vous inscrire à l’UDUS, les gars ?

Draco dit : C’est fait, pour moi. Je cherche un appartement près de la fac : je préférerais m’épargner le coût du réseau de Cheminette Etudiante.

Blaise dit : J’en ai déjà trouvé un, moi.

Kim dit : Moi aussi. Mais je connais quelqu’un qui va en Médicomagie, juste à côté, et qui a besoin d’un colocataire. Tu veux son adresse ?

Draco dit : Tant que ce n’est pas Zacharias Smith.

Kim dit : Non, c’est une fille de Beauxbâtons que j’ai rencontré durant mes vacances en France. Elle s’appelle Carmen Navajas.

Draco dit : Alors d’accord.

David dit : Tiens ! Vous ne devinerez jamais qui j’ai croisé ce matin.

Chris dit : Moi je sais !

Jack dit : Et si Theo était venu voir Star Wars avec nous David le lui aurait déjà dit aussi…

Theo dit : Pfff.

Draco dit : Alva ?

Blaise dit : Tu va arrêter avec elle, oui ?!

David dit : Non, pas elle.

Theo dit : Un indice, peut-être, David ?

David dit : Il venait de s’inscrire CEFAMO.

Jack dit : Le Centre Elémentaire de Formation d’Apprentissage à la Magie Offensive, pour les incultes.

Kim dit : Donc… C’est un futur Auror ou un futur tireur d’élite ou un futur Briseur de sorts ou un futur Expert en Maléfices, ou un futur Langue-de-Plomb.

Blaise dit : Harry Potter ?

David dit : Gagné ! Il était sous sa cape et je lui suis rentré dedans. Du coup on a discuté, puisque après Poudlard Jack et moi on passera aussi par le CEFAMO.

Jack dit : David pour être Briseur de Sort et moi pour être Auror.

Kim dit : Nous attendons avec impatience la chute de cette histoire…

David dit : J’y viens ! Harry m’a dit que le Ministre de la magie lui avait parlé hier.

Draco dit : On sait que Saint Potty a des relations. Et alors ?

David dit : Apparemment Shacklebolt a reçu un journal de Russie hier. Par curiosité, Harry l’a feuilleté, et…

Draco dit : Il parlait d’Alva ?

Blaise dit : Tu nous saoules avec Alva.

David dit : Mais non, il a raison ! Il parlait d’Alva !

Kim dit : Alors ?

Theo dit : … Alors ?

Blaise dit : Alors ?

Draco dit : Alors ?!

David dit : Vous le sentez le suspense, là, hein ?

Draco dit : David.

David dit : Apparemment Alva a provoqué un tollé en vendant le patrimoine des Netaniev à la famille Koenig. Et quand je dis patrimoine, c’est tout le patrimoine : l’or, les terres, les accords, les privilèges, les titres, les sceaux, les elfes, les rentes…

Draco dit : Une donation totale ?!

Blaise dit : Outch. Ça n’arrive généralement que quand toute une lignée est exterminée…

David dit : L’article dit qu’Alva n’a presque rien demandé en contrepartie. Oui, parce que je me suis acheté le journal après avoir croisé Harry.

Kim dit : Presque rien ? Presque rien du genre quoi ?

David dit : Attendez, je cherche l’article.

Draco dit : Dépêche, on est collés au parchemin, là.

Chris dit : David, le maître du suspense…

Jack dit : Je rigole tout seul.

David dit : Voilà. Elle a gardé un elfe de maison et une partie de la bibliothèque familiale. Et elle a demandé aux Koenig l’adoption simple.

Blaise dit : Euh, adoption simple ?

Kim dit : Et tu veux faire du droit…

Draco dit : Contrairement à l’adoption plénière où la famille de l’adoptant se substitue à celle de l’adoptée, l’adoption simple crée un lien de filiation entre l’adoptant et l’adoptée mais permet à l’adoptée de garder le nom et le patrimoine de sa famille d’origine. En gros.

Blaise dit : Une manière d’officialiser le statut "d’hôte à vie" d’Alva chez les Koenig.

Kim dit : C’est ça.

Jack dit : C’est étonnant que tu ne le saches pas déjà, Draco.

Draco dit : Comment je le saurais ?

Chris dit : Jack est persuadé que toi et Alva êtes en contact.

Jack dit : Ça semble évident. Alva est amoureuse de toi depuis des mois.

Jack dit : Draco ?

Draco a quitté la conversation.

Blaise dit : Ah, bravo.

Jack dit : Il ne le savait pas ?!

Kim dit : Les Serpentards sont experts dans l’art de s’aveugler quand ça les arrange…

oOoOoOo

Draco regarda Finist s’envoler avec nervosité. Il avait gardé le faucon comme un talisman depuis le début des vacances. Sans lui, il se sentait… Désarmé. Si Alva ne répondait pas à son appel, si elle gardait Finist, alors c’était fichu, c’était fini.

Par Merlin, il était vraiment en train de virer Poufsouffle.

Il lui avait écrit quinze lignes dont il ne se souvenait déjà plus, et pourtant il les avait répétées encore et encore, et il aurait pu les réciter par cœur. Exaspéré par son propre comportement, le Serpentard referma sa fenêtre, quitta résolument le faucon du regard, et se dirigea vers son bureau où il ouvrit rageusement son livre d’introduction à la science politique. Il se plongea dans l’étude de Weber (célèbre Cracmol) sur la théorie de la naissance de l’Etat, et décida de ne plus penser à Alva avant le retour de Finist.

Il tint une trois jours.

Puis il se mit à regarder le ciel trop souvent, à rêvasser, à s’inquiéter, à se balader sur le Chemin de Traverse (les gens n’étaient plus du tout hostiles à présent, et quand il croisait Potter les deux anciens ennemis se saluaient courtoisement d’un signe de tête) aux endroits qu’il avait visité avec Alva. Il acheta des livres sur la magie rouge. Il rendit visite à Ryan et broya du noir avec lui. Il rencontra Carmen, une belle fille noire de peau qui avait la même classe innée et aristocratique que Blaise, et pensa distraitement qu’elle n’était pas aussi jolie qu’Alva. Il se surprit avec stupeur à regarder des rousses.

C’était en train de virer à l’obsession. Et cela dura une longue, longue semaine.

Très franchement, il agaçait même ses amis. Et ses amis l’agaçaient aussi. Entre Jack et Cassandre, Kim et Zacharias, Luna et Neville, et même Blaise et Carmen (il les avait présentés) qui se draguaient allégrement sous son nez, il avait perpétuellement l’impression de tenir la chandelle.

Puis Finist revint.

Il ne transportait pas de longue lettre, juste une courte ligne sur un ruban de papier. Draco la déchiffra avec empressement, reconnaissant l’écriture droite et penchée de la Russe.

Puis il se laissa tomber sur lit. Il avait une subite faiblesse dans les genoux tout d’un coup. Lentement, il lissa puis re-lissa du plat de la main le court message. Posé sur son bureau, Finist l’observait d’un air narquois comme s’il se moquait de lui. Draco ne lui prêta aucune attention.

Mot de passe : Option Runique.

Le Serpentard contempla le message encore un instant, souriant tout seul et se remémorant une conversation pas si lointaine que ça où Alva lui disait qu’elle hésitait pour sa spécialisation.

Puis il se précipita sur son Silverscroll.

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