Le parfum des Arums

Epilogue

Dix-huit ans plus tard…

– Par les couilles de Salazar ! pesta Blaise en ôtant son manteau sans cesser de marcher. Il fait trop chaud pour un mois de septembre !

– Laisse les parties génitales du fondateur en dehors de tout ça, protesta Carmen. Lucy, tu veux que je porte la cage de Wicca ?

Leur enfant, une jolie petite fille qui avait hérité de la beauté de sa mère et de l’air mutin de son père, acquiesça timidement. Carmen Zabini sourit, et prit la cage de la chouette des mains de Lucy. Ils étaient presque arrivés à la gare, à présent. Le petit frère de Lucy, Estéban, deux ans, dormait dans la poussette que poussait sa mère d’une main.

– Eh, les Zabini !

La petite famille se retourna avec un bel ensemble. David, sa femme Astoria et ses fils Cyrius et Alexis les rejoignirent à grands pas. Cyrius ébouriffa familièrement les cheveux de Lucy au passage :

– Alors tu rentres enfin à Poudlard !

– Et il est hors de question que j’aille à Poufsouffle comme toi, marmonna Lucy en remettant de l’ordre dans ses cheveux. Salut Cyrius, salut Alex.

Alex, huit ans, lui adressa un sourire timide pour toute réponse. Contrairement à son frère Cyrius, très populaire et en deuxième année à Poufsouffle, Alex était d’un naturel discret et attentif. Il ne parlait pas beaucoup.

– Dépêchons-nous, les pressa Astoria.

Astoria Jarvis, anciennement Astoria Greengrass, avait été à Poudlard dans la même année que David, même si elle était à Serpentard et non à Poufsouffle comme les frères Jarvis. Après le départ des huitièmes années, elle s’était rapprochée des membres du Club restant à Poudlard, et c’était là qu’elle avait rencontré celui qui deviendrait son époux.

– Simon vous transmet son bonjour, au fait ! les informa David tandis qu’ils se remettaient à marcher. Et il vous fait dire que non, ses dragons ne l’ont pas encore dévoré.

– Quelle idée de devenir dragonnier, marmonna Carmen.

– Toujours en Chine ? demanda Blaise avec un demi-sourire.

– Oui, il travaille avec un professionnel des Boutefeu Chinois. Mais il va partir en Roumanie bientôt : il nous a écrit récemment.

Ils étaient arrivés devant la gare. Justin et son épouse Susan, ainsi que leur fils de douze ans Gabriel –dit Gaby–, les y attendaient.

Avec eux se trouvaient Chris –il avait dû sécher un entraînement avec son équipe de Quidditch pour venir, sans doute– et sa femme Daphnée et son fils Cameron, douze ans. Daphnée était la sœur ainée de deux ans d’Astoria, et les deux Greengrass se ressemblaient d’une manière frappante.

Ils se saluèrent joyeusement, entrant tous ensemble dans la gare. David scruta les alentours avec attention :

– Theo devrait être dans le coin…

– Pauvre Theo, soupira Astoria. Son divorce n’a vraiment pas été facile.

– Sa femme était une vraie peau de vache, oui ! Si Kim ne s’en était pas mêlé, Theo n’aurait jamais obtenu la garde d’Oscar.

Gaby, Cyrius et Cameron approuvèrent vigoureusement. Gaby était à Gryffondor, Cyrius à Poufsouffle, Cameron à Serdaigle et Oscar à Serpentard, pourtant les quatre enfants s’entendaient comme des frères. Le fait de passer toutes leurs vacances ensemble y était sans doute pour beaucoup.

– Ah, le voilà !

Theo fendit la foule, précédé par Oscar. Son fils avait hérité de ses cheveux bouclés et de ses yeux bruns, c’était son portrait craché. En plus mignon, même si personne n’osait l’avouer à Theo.

– Vous êtes en retard, râla Chris.

– Désolé, s’excusa Theo. J’avais une commande pour les Aurors et c’est Jack qui est venue la chercher. Forcément, on a discuté.

– Laisse-moi deviner : toute la conversation a tourné autour de Roxane.

– Il est gaga de sa fille.

– Ça fait dix ans que ça dure, quand même !

Tous les adultes levèrent les yeux au ciel dans un bel ensemble. Cassandre et Jack avaient eu beaucoup de mal à avoir un enfant, et chérissait comme un joyau leur fille unique. C’était à se demander comment ils réagiraient quand elle irait à Poudlard.

– En parlant de mère-poule, sourit Susan en avançant. Comment vont Zack et Kim ?

Daphnée et Astoria échangèrent un regard moqueur. En plus d’être sœurs, ce qui faisait de David et Chris des beaux-frères, elles étaient toutes les deux Guérisseuses. Cela les amenait à souvent croiser Zacharias Smith, qui travaillait aux Soins Non-Magiques (un nouveau service constamment débordé). Elles et leurs maris adoraient se moquer de Zack dans son dos. Daphnée, la femme de Chris, se dévoua pour répondre :

– Zack va bien, il est toujours aussi nerveux. Les traces de ses pas sont imprimés dans le sol du couloir tellement il y tourne en rond.

Susan défendit mollement le Guérisseur, solidarité de Poufsouffle oblige :

– Sa femme va avoir des triplés et la grossesse est difficile.

– La première grossesse de Kim s’est bien passée, pourtant, fit remarquer Astoria. Et Jason est un petit garçon très énergique. Il a quel âge, six ans ?

– Exact, acquiesça Blaise. Il est né le même jour qu’Anaïs.

Il y eut un silence, tandis que David, Chris, Blaise, Theo et Justin échangeaient un bref regard. Anaïs était la fille de Ryan. Le Guérisseur avait quitté la Grande Bretagne pour l’Egypte, où il vivait toujours. Ses amis n’avaient appris que par lettres son mariage avec Moira, une belle égyptienne, et la naissance de ses enfants Andrew, neuf ans, et Anaïs, six ans.

– Bref, fit Justin pour rompre le silence gênant. Ça me fait penser à Valerian : je l’ai croisé l’autre jour au Ministère. Vous savez qu’il suit son apprentissage d’Auror auprès de Ron Weasley ?

– Le pauvre.

– Même pas : ils disent tous les deux du mal de Zack et ils s’entendent très bien. Et ils se vantent de leurs filleuls respectifs, aussi.

– Euh… Qui est le filleul de Ron ? demanda David d’un air incertain.

– James Potter, le rabroua Blaise. Il joue très bien au Quidditch.

– Et… Qui est le filleul de Valerian ?

Le couple Zabini leva les yeux au ciel, et Theo asséna :

– Dylan, espèce d’andouille. Le fils de Cathy et Nathan. D’ailleurs il entre en première année aujourd’hui, comme Lucy.

– C’est vrai qu’ils s’y sont mis jeunes, tous les deux…

– Et ils ne sont toujours pas mariés. Ils sont jeunes et libres…

– Nous sommes vieux, philosopha Justin.

Un unanime soupir s’éleva de leur groupe. Les quatre deuxièmes années échangèrent un regard, affligés par la bêtise de leurs parents, et Lucy réprima un gloussement. Seul Alex, qui suivait du regard un groupe de jeunes Moldus aux vêtements colorés, et Estéban, qui dormait toujours dans sa poussette, restèrent impassible.

– Eh, c’est Luna !

La jeune femme blonde, qui allait traverser le portail du quai 9 ¾, se tourna vers eux. Ses enfants, Olivia Londubat –quatrième année, Serdaigle– et Xavier Londubat –troisième année, Gryffondor– sourirent en voyant les nouveaux arrivants. Ils ressemblaient tous les deux d’une manière frappante à Neville, leur père, mais les boucles d’oreilles en radis bleu vif d’Olivia et le bracelet en bouchons de Bièraubeurres de Xavier gâchaient un peu l’effet.

– Hello Luna ! la salua Chris. Neville est déjà à Poudlard ?

– Oui, depuis dix jours, sourit la jeune femme. J’ai vu ton dernier match, c’était extraordinaire.

– Merci, gloussa Chris avec embarras.

– Les Flèches d’Appleby ont de la chance de t’avoir. Les Canons de Chudley doivent compter les Joncheruines maintenant.

– Traversons, grommela Daphnée. Les Moldus commencent à nous regarder.

Ils passèrent à travers la barrière magique, émergeant sur le quai couvert d’un brouillard de fumée blanche émit par le Poudlard Express. Blaise frissonna, et remit son manteau. Luna leur adressa un signe amical de la main, et Olivia adressa un sourire d’au revoir aux quatre deuxièmes années :

– A plus tard, les mousquetaires !

– Mousquetaires ? répéta Theo.

– "Les Trois Mousquetaires" est un roman Moldu, expliqua Susan avec patience. L’histoire de quatre amis inséparables qui bravent tous les dangers.

– On ne brave pas tellement de dangers, fit Gaby d’un ton déçu.

– J’espère bien, grommela sa mère. J’ai déjà assez de ton père pour ça.

– Ah ? s’intéressa Chris. Quelque chose que je ne sais pas ?

– J’ai failli me faire renverser par une voiture la semaine dernière, râla l’ancien Gryffondor. Je protège plein de Moldus dans le cadre de mon boulot d’Oubliator, et l’un d’eux a essayé de me tuer avec sa boite à ferraille !

Tout le monde éclata de rire, réveillant Estéban. Le petit garçon lança un regard désorienté autour de lui, mais Lucy se penchant sur son frère en murmurant une parole apaisante, et le bébé se rendormit, rassuré. Les adultes observèrent Estéban refermer les yeux, un même sourire attendri aux lèvres.

Soudain, Susan donna un coup de coude à son mari, qui émit un gémissement de martyr auquel son épouse ne prêta pas la moindre attention :

– Eh, ça ne serait pas Harry ?

Leur petit groupe tourna ses regards vers la direction qu’elle indiquait. Le couple Potter et le couple Weasley s’y trouvait, en grande conversation. Leurs enfants étaient aussi avec eux. Hugo, dix ans, et Rose, onze ans, les petits Weasley. Et James, douze ans, Albus, onze ans, et Lily, neuf ans, les petits Potter.

Rose ressemblait à sa mère, avec son nez retroussé, ses yeux couleur chocolat et ses cheveux bouclés, mais elle avait hérité de la rousseur de son père. Hugo, lui, était le portrait craché de Ron Weasley.

James Potter avait les cheveux noirs, aussi ébouriffés que son père, et les yeux noisette des Weasley. Lily, la plus petite, avait les cheveux d’un roux flamboyant, et la même moue boudeuse que sa mère. Albus, celui du milieu, était le seul à avoir les yeux verts de son père. Et même si ses cheveux étaient en bataille, ils étaient plus disciplinés que ceux de son paternel, et d’une chaude couleur châtain tirant vers le cuivré.

– Tu ne vas pas dire bonjour à Ron ? fit Carmen en tournant la tête vers son mari.

Blaise haussa les épaules :

– Si, quand le train sera parti. En entendant je suis tout dévoué à ma princesse.

Lucy gloussa quand son père lui ébouriffa les cheveux. Au loin, le groupe des Potter-Weasley tourna soudain les yeux vers un endroit un peu plus loin sur le quai. Les visages des anciens membres du Club s’éclairèrent quand ils reconnurent Draco Malefoy et son fils Scorpius.

Draco ne les avait pas encore vus, et il adressa un signe de tête courtois à Potter et compagnie avant de reporter son regard sur Scorpius.

Les relations entre Potter et Malefoy étaient cordiales, mais pas plus. L’hostilité de Ginny avait empêché Harry de nouer de vrais liens avec ses anciens ennemis. Certes, Blaise, Draco et d’autres anciens membres du Club étaient amenés à souvent rencontrer l’Auror Potter au Ministère, mais le Gryffondor n’était qu’un collègue sympa, rien de plus.

En revanche, Ron et Hermione étaient devenus de véritables amis pour les Zabini, les Shepper et les Michelis –quoique, avec la défaire magistrale que Chris avait imposé aux Canons de Chudley, ça changerait peut-être–, et ils se voyaient régulièrement.

Le petit groupe des anciens du Club et de leurs familles se dirigea vers les deux Malefoy. En les voyant arriver, Draco esquissa un sourire narquois :

– Vous êtes en retard !

– Même pas, affirma Blaise stoïquement. Le train est toujours là, non ?

Draco ricana, puis salua ses amis. Scorpius adressa un grand sourire aux "mousquetaires" et à Lucy, mais son regard cherchait quelqu’un dans la cohue du quai 9 ¾. Theo le remarqua, et haussa un sourcil :

– Où est le reste de ta tribu, Draco ?

– Ma tribu ! s’indigna le blond. Comment oses-tu les appeler tribu, boule de poils fétides ?

Theo se contenta de rire, tandis que Justin prenait la relève pour taquiner l’ancien Serpentard :

– Tu préférerais qu’on parle de meute ? De clan ? De secte peut-être ?

– Vous êtes désespérants, grommela Draco en levant les yeux au ciel.

Au même instant, le visage de Scorpius s’éclaira, et un bruit de course attira leur attention juste avant qu’une fillette d’une douzaine d’années ne déboule de nulle part pour s’arrêter en catastrophe près de Scorpius, pliée en deux pour reprendre son souffle. Le petit blond sourit de toutes ses dents, soulagé :

– Tu en as mis du temps !

Sa sœur lui adressa un regard noir, mais elle était trop essoufflée pour parler. Derrière le groupe d’amis s’éleva une voix moqueuse :

– Qui vois-je donc ? La vieille équipe !

Chris se retourna en riant, et fit face cinq personnes familières. Un identique sourire apparut sur les visages qui composaient le groupe d’amis.

Il y avait Cathy, qui était devenue une belle jeune femme aux courts cheveux roux et au sourire rayonnant. Elle avait posé une main, d’un geste machinal, sur son ventre proéminent de femme enceinte de sept mois. A son doigt brillait une bague de fiançailles.

Il y avait Nathan, qui s’était progressivement transformé en homme grand et athlétique. Un bras passé autour des épaules de sa fiancée, vêtu d’un pantalon et d’une veste en jean, il avait l’air d’un Moldu tranquille et décontracté.

Il y avait Dylan, leur fils. Il avait les cheveux roux pâles des Hawking mais possédait des yeux vairons, un vert et un brun. Grand et mince, un perpétuel sourire aux lèvres, il combinait l’enthousiasme de son père à la gentillesse désarmante de sa mère.

Il y avait Hypérion Malefoy. C’était le fils cadet de Draco, son troisième enfant, un petit garçon à l’air trop sérieux pour ses neuf ans. Il avait les cheveux blonds presque châtains et les yeux gris argenté, et tenait fermement la main de la cinquième personne de leur groupe.

Et cette cinquième personne, le regard pétillant d’amusement, vêtue d’une simple robe noire et blanche et ses longs cheveux laissés libres, leur adressa un sourire narquois.

– Salut.

– Bonjour, Madame Malefoy, dit gravement Theo.

Alva éclata de rire.

Elle tendit la main pour serrer celles de ses amis, souriant tandis que Blaise râlait à propos de l’adjectif employé pour les décrire. Alva était devenue une brillante Briseuse de sorts, qui écrivait des thèses réputées sur les charmes de protection, et une experte en Runique qui faisait autorité au Ministère. Elle avait épousé Draco, avait eu trois merveilleux enfants. Elle était heureuse. Et ça se voyait.

– Alors, il se passe quoi au Département des Mystères, Malefoy-numéro-deux ? demanda Chris mine de rien en passant un bras autour des épaules de Nathan.

L’ancien Serdaigle se dégagea d’un mouvement souple en riant.

– Ne rien dire aux Michelis ! C’est écrit en petit en bas du contrat des Langues-de-Plomb. Et arrête de m’appeler Malefoy-numéro-deux !

– Il va falloir t’y faire, vu que tu as été adopté par la famille Malefoy… Ça va faire quoi, douze ans ?

– Treize, rectifia Nathan d’un air espiègle. C’était au milieu de ma cinquième année.

– Ah oui ! s’exclama Daphnée. Je me souviens des gros titres. Les Malefoy adoptent un Né-Moldu. C’était dans tous les journaux.

Susan et Justin gloussèrent en échangeant un regard complice. Susan Bones, ancienne membre de l’A.D. et nièce de la célèbre Amelia Bones, avait voulu suivre les traces de sa tante et avait fait des études de droit. Elle était à présent membre du Magenmagot, mais c’était à l’UDUS qu’elle avait rencontré Draco et Blaise, en s’intéressant à cette affaire. Et c’était grâce à eux qu’elle avait rencontré Justin.

Sans le ramdam médiatique autour de Nathan, Susan et Justin ne se seraient peut-être jamais croisés.

– Ils auraient fait moins de raffut si on avait adopté un dragon, grommela Draco.

Blaise lui donna un coup de coude, taquin :

– Allez, on ne s’est jamais autant amusé au Ministère. Ça a été le coup d’envoi de ta carrière… Et du coup, de la mienne.

Draco et Blaise, aujourd’hui respectivement conseiller en politique et Directeur du Département de la Coopération Magique Internationale, avaient été connus grâce à ce tollé médiatiques pour leur défense véhémente des droits des sorciers à l’adoption, quel que soit leur statut de sang. Le Trio d’Or les avait approuvés avec conviction, et quand les deux anciens Serpentards avaient quitté l’UDUS un an plus tard, une fois leur cursus fini, leur carrière avait été lancée.

Enfin, surtout celle de Blaise : c’était lui qui attirait le feu des projecteurs. Draco était un homme de pouvoir, bien plus que lui d’ailleurs, mais il se tenait davantage dans l’ombre afin de tirer plus discrètement les ficelles.

– Bon, on vous laisse entre vieux ! lança soudain Gaby Shepper.

– Nous, on part entre jeunes ! compléta Cyrius Jarvis.

– Voir d’autres jeunes, ajouta malicieusement Oscar Nott.

– En bref, on y va ! résuma Cameron Michelis.

– Allez-y, soupira David. Soyez sages, travaillez bien, tout ça.

Les différents parents serrèrent leurs enfants dans leurs bras –y compris Cameron qui essayait d’échapper à l’étreinte maternelle, considérant que c’était la honte de se faire câliner en pleine gare–, puis ils les laissèrent filer. Alva posa un regard attendri sur ses propres enfants.

Scorpius et Demetria, frère et sœur, avaient un an de différence : Demetria était l’aînée. Pourtant ils semblaient totalement différents.

Demetria avait les cheveux noirs et la peau qui bronzait plus facilement, héritage de son ascendance Russe, tout comme son visage harmonieux et élégant. Elle était intelligente et très travailleuse, curieuse et sportive. Sérieuse dans son travail, protectrice vis-à-vis de son petit frère, c’était la digne héritière de la famille Malefoy.

Scorpius, lui, était aussi blond que son père. Il avait la peau très claire, le nez pointu et l’air malicieux. Plus déjanté et turbulent que sa sœur, il était également un peu tête brûlé, comme sa mère. Il était très doué au tir à l’arc, sarcastique et joyeux, et têtu comme une mule. Casse-cou, également. S’il n’avait pas eu ce petit côté retors et rusé typique, et surtout cette arrogance innocente qui le caractérisait, il aurait été un Gryffondor typique. Là, il y avait encore de l’espoir qu’il aille à Serpentard…

Et puis il y avait Hyperion. Le petit dernier. Il avait les yeux gris des Black, le maintien droit des Malefoy, et, même s’il avait fait une sorte de mélange entre les cheveux blonds de Draco et les cheveux châtains qui trainaient dans la génétique d’Alva, c’était celui des trois qui ressemblait le plus à son père.

Hyperion était doux et sérieux, un peu rêveur parfois, mais assurément pragmatique. Intelligent, attentif, toujours cherchant à tout savoir et à tout comprendre. Il était bien différent de ses aînés.

Demetria Lesath Malefoy, baptisée ainsi en l’honneur d’Anaïs Lesath Hefez, leva soudain les yeux vers ses parents :

– On devrait peut-être y aller aussi, non ? J’ai promis à Abby d’aller dans le même compartiment qu’elle.

Abigail Robins était à Serdaigle, comme Demetria, et c’était sa meilleure amie. La fillette en parlait à longueur de temps dans ses lettres.

Scorpius Severus Malefoy, aussitôt d’accord avec sa sœur, hocha vigoureusement la tête :

– Le train ne va pas tarder à partir de toute façon !

Alva soupira, puis serra les deux enfants contre elle. Elle avait toujours des réflexes de combattante et les deux enfants n’eurent pas le temps d’esquiver l’étreinte. Quand elle les relâcha, Scorpius marmonna "la honte…" tandis que Demetria regardait furtivement autour d’eux :

– Maman !

– Quoi ? s’exclama Alva faussement surprise. Vous n’aimez pas mes câlins ?

Les enfants frissonnèrent et reculèrent d’un pas avec un bel ensemble, faisant ricaner leur père. Draco, lui, se contenta de caresser la longue chevelure de Demetria et d’ébouriffer celle de Scorpius –le petit blond avait hérité de ses cheveux électriques– avec affection.

– Amusez-vous bien. Et ne devenez pas amis avec trop de Weasley, ça grille les neurones.

– Regardez ce qu’est devenu Blaise, acquiesça gravement David. C’est triste, hein ?

– Très triste, firent les Malefoy d’une même voix.

– Eh ! s’indigna le métis.

Dylan pouffa, mais lui, il se laissa embrasser sans protester par ses deux parents, tout comme Lucy qui supporta stoïquement le câlin de sa mère. La fillette à la peau noire s’écarta d’un bond dès qu’elle fut libérée, sa valise dans une main et la cage de sa chouette Wicca dans l’autre.

– Au revoir Papa, au revoir Maman. Et au revoir Estéban.

– On reviendra pour les vacances de Noël de toute façon, fit crânement Scorpius.

Dylan attrapa le panier grillagé contenant son chat –un épouvantail rayé de roux nommé King Pumpkin, arrière-petit-fils de Pattenrond et Nosferatu– dans une main, et sa valise à roulette dans l’autre, avant de déclarer d’un ton malicieux :

– A moins qu’on ne se cache dans le train pour retourner directement à Londres, si c’est trop moche là-bas.

– Et sinon vous pourrez prendre un Sombral pour revenir en cours d’année, fit pensivement Demetria.

Les adultes s’abstinrent de leur faire remarquer qu’ils ne voyaient pas les Sombrals. Au lieu de ça, ils regardèrent avec émotion les quatre enfants entrer dans le Poudlard Express, s’aidant mutuellement à y hisser leurs lourdes valises, juste au moment où le coup de sifflet retentissait.

Quelques instants plus tard, leurs quatre visages apparurent contre une vitre alors que le train s’ébranlait. Leurs parents, tous, y compris les dignes politiciens Malefoy et Zabini, leur adressèrent de grands signes, et ce jusqu’à ce que le train disparaisse dans un virage.

Puis ils se regardèrent, comme surpris par ce silence et ce sentiment de vide qui leur tombait dessus.

– Ils vont nous manquer, ces andouilles, soupira Nathan Malefoy-Aristide.

– Tu l’as dit, murmura Cathy en s’appuyant sur lui.

Hyperion saisit la main de sa mère. Alva caressa machinalement les cheveux de son fils, constatant avec amusement qu’il avait lui aussi les cheveux électriques. Alors que Demetria avait tout pris des Netaniev côté physique, ses frères semblaient avoir plutôt reçu les gênes des Black et des Malefoy.

– Je dois retourner à St. Mangouste, soupira Daphnée. Je prends mon service dans une heure et demie et je voudrais regarder le nouvel emploi du temps avant.

– Ma femme est l’ange gardien du monde sorcier, la taquina Chris en lui offrant son bras. Je me demande comment le service des blessures par créatures vivantes fonctionnerait sans toi.

Daphnée prit le bras offert avec un sourire, et leur groupe se détournèrent de la voie ferrée. Quelques pas plus loin, alors qu’ils étaient près du Trio d’Or, Blaise afficha un grand sourire et éleva la voix :

– Hey, Ron ! Pas trop dure, la défaite des Canons ?

– C’est ça, monte-le contre moi, marmonna Chris. Faux frère, va !

Theo pouffa, amusé. Le couple Weasley se tourna vers eux, et leurs visages s’éclairèrent, tandis qu’Harry éclatait de rire :

– Vous êtes venus en bande !

– On a une vie sociale, nous, s’offusqua Blaise.

– Oui, d’ailleurs elle est dans tous les journaux, plaisanta Hermione. Tu sais que Cho m’a demandé la marque de tes sous-vêtements pour en parler dans son prochain article ?

– Non, c’est vrai ? s’intéressa Carmen.

– Et qu’est-ce que tu lui as dit ? demanda Susan avec amusement.

Hermione gloussa :

– Que je demanderai à quelqu’un de lui arracher son pantalon pour vérifier.

– Je savais que tu fantasmais sur moi ! fanfaronna Blaise.

Ron lui mit un petit coup de coude dans le ventre et Blaise fit semblant de se tordre de douleur. Les adultes échangèrent des sourires réjouis.

Les enfants, eux, tentaient de se dévisager mutuellement avec le plus de discrétion possible. Harry s’en rendit compte et, sans prêter attention au silence froid de son épouse, posa la main sur l’épaule de sa fille cadette :

– Je vous présente Lily Luna.

– Et Hugo Brian, ajouta Hermione en souriant à son fils.

– Alexis Jack, déclara Astoria en désignant son fils cadet.

Theo était le parrain de Cyrius, et Jack était celui d’Alex. Les deux enfants avaient hérité des prénoms de leurs parrains respectifs comme second patronymes.

– Et Hyperion Vladimir, fit Alva avec fierté.

Le dernier-né des Malefoy salua gravement les adultes d’un hochement de tête, mais ne lâcha pas la main de sa mère. Nathan se tourna vers Ron avec un sourire en coin :

– Alors, Monsieur l’Auror, comme ça c’est toi le mentor de Val’ ?

Ron avait son diplôme d’Auror depuis douze ans maintenant. Valerian était le deuxième Aspirant Auror de Ron… Et, malgré ses boutades, Nathan savait que son ami était entre de bonnes mains. Le premier élève du rouquin était devenu un sorcier très compétent.

– Il est doué pour un Serpentard, convint Ron. Mais c’est une vraie langue de vipère.

– Normal, marmonna Draco avec un sourire en coin. On parle du frère de Kim, tout de même.

– Oui, sourit Ron avec malice. Une fois il m’a demandé avec le plus grand sérieux comment j’avais pu devenir Auror alors qu’il m’avait désarmé en première année… Devant une vingtaine de personnes ! Harry s’est fichu de moi des semaines après.

– C’était une occasion facile, se défendit Potter.

– Ben voyons.

– J’ai hâte de voir ce qui se passera quand il évoquera la fois où Kim t’a hurlé dessus devant toute la gare, gloussa Alva d’un air taquin.

Ron et Ginny grimacèrent avec un bel ensemble, mais contrairement à sa sœur, Ron se mit presque aussitôt à rire, tout comme Alva. Ça leur semblait un autre temps, bien lointain à présent.

– Comment va Kim, d’ailleurs ? demanda Ron avec intérêt. J’ai eu l’occasion de voir l’avocat qui la remplace au Tribunal d’Instance Magique, et il est beaucoup moins compétent.

– Il lui reste deux mois avant la naissance, et huit mois avant la fin de son congé maternité, dit gravement Astoria. Vous survivrez jusque là ?

– Elle rembarrait tellement bien les journalistes, fit Harry avec nostalgie.

– Elle a humilié Maximilien Worme avec ce procès pour adultère et il a été viré du Magenmagot, laissa tomber Susan d’un air béat. Elle mériterait d’être canonisée pour ça.

– Elle a gagné le procès d’un loup-garou pour la première fois dans l’Histoire, soupira Theo avec admiration.

– Et moi je m’ennuie quand je fais ma pause, soupira Hermione. Kim avait toujours d’excellentes idées.

Hermione était conseillère, comme Draco. Mais alors que le blond s’occupait principalement de droit international ou interracial, et offrait ses services à qui le demandait, Hermione était plus polyvalente et avait un employeur fixe. Elle était l’une des nombreuses personnes qui travaillaient au service du Magenmagot, l’assemblée qui proposait, débattait et promouvait les lois sorcières.

En tant que conseillère, Hermione était parfois amenée devant des problèmes délicats comme des contradictions entre des propositions de lois et des lois déjà existantes. Kim, célèbre avocate, avait de grandes connaissances juridiques et un esprit sournois qui trouvait facilement des voies détournées pour atteindre son but : aucun doute que ses conseils étaient précieux pour Hermione.

– Oh, Hermione, dit soudain Susan. Tant que j’y pense, il y aura une réunion du Magenmagot demain soir en salle 207, à dix-huit heures, pour débattre de la loi sur le traitement des prisonniers. Etant donné que c’est toi qui me l’as suggérée, tu peux y assister. Il faudra juste que je te donne une accréditation.

– Merci, Susan, ça serait gentil de ta part.

– Je passerai à ton bureau demain à dix-sept heures, ça ta va ?

– C’est parfait. Zabini, Malefoy…

– Ne t’inquiète pas Granger, ricana le blond. On dira à la presse qu’on est d’accord avec le projet. Et si Potter nous appuie, il va passer comme une lettre à la poste.

– Évidemment que je vais vous appuyer, marmonna Harry. Je suis un Gryffondor héroïque.

Alva grinça des dents, et Harry et Draco échangèrent un regard pétillant d’amusement. Ils n’avaient jamais parlé à personne de la vraie Maison d’Alva –elle aurait tué le premier qui l’aurait fait– mais ils partageaient ce secret comme une vieille plaisanterie.

– Merlin ! s’exclama soudain Daphnée en regardant sa montre. Je suis désolée, je dois vraiment y aller, je suis de service cette nuit à Ste. Mangouste.

Astoria lança un regard amusé à sa grande sœur :

– Bon courage !

Daphnée lui adressa un signa de la main, tout en s’éloignant avec son époux. Ils venaient juste de franchir le portail magique du qui 9 ¾ quand Ron se frappa le front :

– Zut ! J’ai oublié d’engueuler Chris pour sa victoire !

Les autres levèrent les yeux au ciel, et Theo marmonna :

– Toujours le Quidditch…

– Ce n’est qu’un jeu, approuva Hermione.

– Je ne relèverai pas le blasphème Hermione, dit noblement Ron avant de se tourner vers Blaise. Au fait, tu as entendu parler des équipes de Quidditch du Ministère ?

– Oui. Une équipe par Département et des matchs amicaux tous les mois, c’est ça ? Je ne me suis pas présenté pour le Département de la Coopération Magique Internationale, si ça peut te rassurer.

– Ni moi pour le Département de la Justice Magique, soupira Draco. C’est bête, mais j’ai déjà assez de boulot comme ça.

– Oh non ! fit Ron catastrophé. Malefoy, comment tu peux me faire ça ?!

Draco haussa un sourcil, poliment incrédule :

– J’ai manqué quelque chose ?

– Harry ne s’est pas présenté ! Le seul candidat au poste d’Attrapeur est un minable qui vient du Service de Contrôle, il faut que tu fasses quelque chose !

– Quelque chose du genre… ?

– Fais jouer tes relations et fait faire une deuxième sélection des joueurs. Et présente-toi. Toi ou Harry, je m’en fiche, je veux un Attrapeur qui sache faire ses lacets tout seul.

Draco leva les yeux au ciel, l’air blasé, et croisa les bras :

– Je n’ai pas le temps.

– Non ! Allez, Malefoy, sois sympa !

Nathan se mit à ricaner en voyant Ron supplier Draco. Les autres adultes avaient l’air de beaucoup s’amuser, et le Né-Moldu glissa l’air de rien :

– Je suis l’Attrapeur du Département des Mystères. Vous allez souffrir.

Ron poussa un gémissement à fendre l’âme, et se tourna vers Alva d’un air suppliant :

– Hawking ! Persuade ton mari, je t’en supplie.

– Déjà, et ce pour la millième fois, c’est Malefoy, ou Alva, au choix. Et ensuite, c’est non. Les Briseurs de sorts du Ministère sont rattachés au Département des Mystères, je soutiens donc Nathan. En plus c’est mon beau-frère.

– David ! s’exclama Ron en se tournant vers l’ancien Poufsouffle, en quête de soutien.

– Ah, désolé, moi je travaille pour Gringotts, je suis neutre.

– Astoria ?

– Ste. Mangouste, neutre aussi !

– Susan ? Tu es de mon Département, en plus !

– Je suis nulle en Quidditch, sourit la juriste. Et avant que tu ne demandes à mon mari, sache que Justin travaille pour le Département des Accidents et Catastrophes Magiques…

– Ah oui, c’est vrai, tu es Oubliator. Blaise, pas la peine de demander… Carmen ?

– Je suis psychomage, sourit la belle Carmen. Je travaille dans le privé, je suis donc neutre. Désolée, Ron. Et d’ailleurs, pourquoi Harry ne s’est pas présenté ?

Potter, qui essayait discrètement de battre en retraite, se passa une main dans les cheveux d’un air gêné, puis finit par lâcher :

– Ça va faire sept ans que je ne joue plus au Quidditch.

Tous les anciens du Club tombèrent des nues. Draco, néanmoins, hocha la tête. Il pouvait comprendre. Lui, ça faisait six ans qu’il avait arrêté. Un jour un Cognard lui avait fait un œil au beurre noir, et les enfants avaient pleuré. A partir de là, il avait diminué son temps de Quidditch, avant de tout arrêter. Il avait trop peur d’être blessé en rentrant chez lui, de ne pas pouvoir profiter de sa famille.

– Ma vie est foutue ! se lamenta Ron.

– Il ne faut pas exagérer non plus…

– Ma vie sociale est foutue !

Alva gloussa, amusée, puis donna un coup de coude à son mari.

– Allez, on doit y aller. Je te rappelle que Blaise et toi devez revoir vos discours sur ce projet de loi sur les prisonniers, vous pouvez être sûrs que demain on vous posera des tas de questions.

– Pas faux, convint Blaise. Allez, on y va ! Potter, bon courage. Tout ton Département va te haïr de ne pas t’être présenté.

– Ces Serpentards, tous des ingrats, pesta Potter.

Theo, Blaise, Draco et Astoria lui retournèrent un regard impassible, et le Survivant leva les yeux au ciel :

– C’est une coalition !

Astoria émit un rire discret. Puis les deux groupes se séparèrent, se dispersèrent, chacun retournant à ses obligations. Ils rentraient chez eux ou au travail, seuls ou accompagnés. Avant de passer le portail magique du quai 9 ¾, Alva glissa sa main dans celle de Draco et leva les yeux vers le ciel qui s’ouvrait au-dessus d’eux. Bleu, limpide et démesuré.

Puis Draco resserra l’étreinte de ses doigts autour des siens, et se tourna vers elle afin de lui adressa un de ses petits sourires en coin tendres et narquois. Alva sourit, et, avec son fils et son époux, traversa le portail magique.

Elle ne regrettait pas d’être revenue en Grande-Bretagne.

Elle ne l’avait jamais regretté.

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