Le parfum des Arums

Vers Poudlard

Le jour de la rentrée, Draco fit ses adieux à sa mère chez eux. Il laissa Helmut s’envoler (le hibou le retrouverait à Poudlard), puis transplana. Il arriva sur le quai du Poudlard Express seul, et en avance. Très en avance.

Sans grande surprise, il vit que Zabini et Nott se trouvaient déjà là. Comme lui, ils étaient vêtus en Moldu : jean et chemise pour Blaise, pantalon de costume et chemise pour Nott. Draco, lui, malgré le peu de moyen financiers qu’il avait, portait un costume gris dont il avait ôté le gilet.

Ils étaient pratiquement les seuls : le train n’était pas encore arrivé. Draco rejoignit les deux autres d’un pas vif, portant sa valise où toutes ses affaires avaient été miniaturisées. En le voyant, les deux Serpentards lui sourirent avec un bel ensemble.

Theodore Nott était un garçon plutôt maigre, plus petit que Blaise et Draco. Il avait des cheveux châtains bouclés, coupés courts, et des yeux d’un brun si sombre qu’on l’aurait dit noir. Objectivement, il n’était pas beau : il avait le teint pâle, des dents de devant un peu trop longues et un nez très retroussée. Ces traits s’étaient atténués lorsqu’il avait grandi, mais lorsqu’on regardait Theodore Nott, on pouvait savoir qu’il n’avait pas été un bel enfant.

C’était un Serpentard discret, voire même secret. Il avait été élevé par son père, un homme âgé, veuf, et Mangemort. Peut-être était-ce à cause de cela qu’il était si silencieux. Il était intelligent et sérieux, mais il détestait se mettre en avant. Ces quatre mois, depuis la mort de lord Voldemort, avaient dû être un calvaire. D’ailleurs, Theodore n’avait jamais éprouvé le besoin de se mêler à une bande à Poudlard avant aujourd’hui. Il devait vraiment se sentir seul et démuni.

Blaise Zabini était noir de peau, comme sa mère. Grand et athlétique, il avait aussi hérité d’elle sa beauté. Incontestablement, Blaise était élégant. Ses yeux et ses cheveux étaient d’un noir de jais, et son visage avait des traits fins, racés. Il avait aussi une manière de se tenir, de bouger, qui rappelait qu’il était né dans des draps de soie. C’était la grâce aristocratique des seigneurs, mais sans leur rigidité. Blaise avait l’air d’être nonchalant, ce que pas mal de filles trouvaient cool. Même quand il s’adossait au mur négligemment, on aurait dit qu’il prenait la pose.

La nonchalance transparaissait aussi dans son caractère. Blaise était dragueur, volage, tranquille et assuré. Il paressait en cours, mais obtenait d’assez bons résultats sans se forcer. Il préférait de loin se mettre en avant, attirer l’attention… Et particulièrement celle des filles.

Draco Malefoy faisait une tête de plus que Theodore, mais il était plus petit que Blaise. Il était aussi fin que le maigrichon Nott, mais plus musclé, grâce au Quidditch. Malgré le soleil de cet été, sa peau était restée très pâle. En fait, tout était pâle chez lui, comme délavé, superficiel. Ses cheveux blonds trop clairs, ses yeux gris, son teint blanc. Draco n’aimait pas trop son apparence. Il ressemblait trop à son père. De plus, il savait qu’il n’était pas beau à proprement parler, avec ses traits fins et son nez pointu. Charismatique, séduisant, peut-être : mais pas beau. Blaise l’avait toujours agacé parce qu’il était plus beau que lui.

Enfin, ça, c’était avant qu’il ne réalise qu’il y avait bien plus important que ces enfantillages. Il se dirigea vers Nott et Zabini d’un pas vif, et les salua en souriant :

– Theodore, Blaise. Vous êtes en avance.

– Pas tant que ça, rigola Blaise. Je suis là depuis quinze minutes, et Theodore, cinq.

– C’est bien ce que je dis : vous êtes en avance.

– Toi aussi, en fait, répliqua Nott. Le train va arriver d’ici une minute, mais il ne part que dans une heure. Tu aurais pu arriver bien après.

Draco se renfrogna. Blaise et Theodore savaient parfaitement pourquoi il était arrivé si tôt : ils avaient fait pareil, après tout. Ils voulaient se trouver un compartiment le plus vite possible, et ne surtout pas traverser une foule d’élèves et de parents qui les dévisageaient et s’indigneraient plus ou moins fort de leur présence.

A cet instant, le Poudlard Express pénétra dans la gare en sifflant. Les trois Serpentards n’attendirent même pas qu’il se soit arrêté pour empoigner leurs valises et se diriger vers le train. Le quai commençait à se remplir alors que les trois Serpentards grimpaient à l’intérieur. Mais ce n’était rien : dans une heure, au moment du départ, il serait si encombré qu’il y serait impossible de faire trois pas sans heurter quelqu’un.

Theodore, Blaise et Draco se choisirent un compartiment proche de la locomotive, afin d’être dans les premiers servis par « la dame aux bonbons » –depuis le début de leur scolarité, aucun d’entre eux ne l’avaient jamais appelée autrement– mais pas trop proche des portes du train, afin que les autres élèves ne s’agglutinent pas devant leur compartiment comme devant une cage de zoo.

Blaise se laissa tomber sur la banquette avec un grognement, puis posa le panier de Nosferatu à côté de lui. Le terrifiant chat noir émit un grognement, comme pour dire « pas trop tôt ! », puis se roula en boule, leur tournant le dos. Theodore ricana en s’installant à côté.

– Ton chat a l’air d’avoir un caractère pourri.

– Absolument, répondit paresseusement Blaise en étendant ses jambes. Alors, comment étaient vos vacances ?

L’ironie de sa voix fit sourire les deux autres.

– La routine, fit Malefoy d’un air ennuyé. Ecouter les louanges de Potter partout je vais, essayer de récupérer un lieu décent où vivre, partager ma baguette avec ma mère –Merlin, elle va passer six mois sans !–, se battre avec le Ministère pour ne pas être lynchée sur une place publique…

– A peu près pareil, ricana nerveusement Nott. Sauf que je n’avais pas à partager ma baguette.

Depuis la mort de sa mère, alors qu’il était tout jeune, Theodore n’avait eu que son père pour toute famille. Et maintenant que ce dernier était à Azkaban, il n’avait plus personne.

Il y eut un lourd silence, que Blaise rompit :

– Qu’est-ce que tu as fait de ton hibou, Draco ?

– Envoyé à Poudlard. Il m’attendra là-bas.

– Tu as revu Alva ?

Draco secoua négativement la tête, tandis que Nott fronçait les sourcils sans comprendre :

– Alva ?

– La fille qui nous a prévenus pour Durmstrang, l’éclaira Draco d’un ton narquois. Tu devrais t’en souvenir.

La bouche de Nott s’ouvrit en un O parfait, presque comique. Il regarda alternativement Blaise et Draco, puis ricana nerveusement :

– Et vous l’appelez déjà par son surnom ? Mais que vous a-t-elle fait ?

Draco leva les yeux au ciel, amusé.

– Elle a amené sa cousine chez la psychomage juste après mon rendez-vous. On a discuté. Puis on s’est croisé au Ministère… Et sur le Chemin de Traverse.

– Qu’est-ce que tu fichais au Ministère ? s’exclama Blaise.

– Le procès de ma mère…

– Oh. Alors qu’est-ce qu’Alva fichait au Ministère ?

Draco haussa les épaules en signe d’ignorance, puis il ouvrit sa valise pour en sortir un livre miniaturisé qu’il n’avait pas encore finit :

– Elle devait remplir des formulaires pour son installation à Londres. Amplificatum.

Le livre reprit sa taille normale, et Draco le posa à côté de lui avant de refermer sa valise. Theodore renifla d’un air hautain :

– Et au bout de trois rencontres, vous en êtes déjà aux petits noms ?

– Elle est plutôt familière, protesta Blaise. Quand je l’ai croisée sur le Chemin de Traverse avec ma mère, elle m’a appelé par mon prénom tout de suite. Ça ne m’a pas surpris plus que ça. C’est une fille sympa.

– Un peu cinglée, mais sympa, souligna Draco narquois.

– Tu penses qu’elle a un tatouage ? fit Blaise d’un air rêveur. Et si oui, où ?

– Wow, on peut dire que tu vas vite en besogne, Blaise ! rigola Nott.

Le métis se contenta de rire, et la conversation dériva sur les filles qu’ils avaient trouvées séduisantes, puis sur la gent féminine en général, puis les élèves. Ils évitaient soigneusement de parler d’avenir, ou de leurs familles. Blaise finit par admettre qu’il trouvait Ginny Weasley très canon, ce qui fit ouvrir des yeux comme des soucoupes à Theodore. Ce dernier faillit tomber de sa banquette quand le grand noir, très sérieusement, lui demanda s’il n’était pas homosexuel pour être à ce point indifférent aux charmes de cette rouquine pleine de feu. Draco fit semblant de lire son livre, mais au bout d’un moment, il renonça et se joignit à la conversation.

Plusieurs élèves passèrent devant eux, en quête d’un compartiment libre. Mais à chaque fois, en voyant qui y était déjà, ils s’éloignaient vivement. Aussi, quand le train démarra, ils étaient toujours tous les trois.

– C’est bizarre, dit soudain Blaise.

– Quoi donc ? demanda Draco en haussant un sourcil.

– De n’être que trois.

Il y eut un silence gênant. C’était vrai. D’habitude, Crabbe et Goyle étaient là, encadrant Malefoy comme des bouledogues vigilants, le surveillant autant qu’ils le protégeaient. Et Pansy était toujours dans le coin, à minauder, à chercher à se coller à Draco –un mariage avec un Malefoy aurait comblé de bonheur ses parents– et à emplir l’espace sonore de ses babillements.

Et tout cela était fini, à présent.

Weasley passa devant leur compartiment juste à ce moment-là, et ne prit pas la peinede baisser la voix en disant :

– Je ne comprends pas que McGonagall ait pu leur permettre de revenir à Poudlard. Ils devraient être à Azkaban !

Ce n’était pas dur de deviner de qui il parlait..

– Ron ! gronda la voix de Granger, pleine de reproches.

Blaise se tendit comme un fauve qui se prépare à attaquer, tandis que Theodore se renfonçait dans son siège, mâchoires crispées à s’en faire mal. Draco effleura sa baguette d’un geste machinal, mais ne bougea pas. Si jamais ils s’en prenaient aux deux poteaux de Potter, tout le monde leur sauterait dessus.

Ronald Weasley et sa copine étaient en train de dépasser leur compartiment quand ils furent percutés par quelqu’un. Quelqu’un qui poussa aussitôt un juron dans une langue slave tandis que Weasley s’écroulait sur le dos, emportant dans son élan Granger qui tomba elle aussi.

Les trois Serpentards échangèrent des regards réjouis.

– J’adore cette fille, commenta Blaise à voix basse, l’air hilare, tandis que dans le couloir Alva se répandait en excuses en aidant les deux amis de Potter à se relever.

Weasley et Granger s’étant remis debout, Alva les dépassa, passa devant le compartiment des Serpentards en leur jetant un coup d’œil… Puis se stoppa net, fit deux pas à reculons pour revenir devant leur porte, et l’ouvrit en lançant à la cantonade :

– Super, il y a de la place !

– Je t’en prie, fais comme chez toi, ironisa Draco.

– C’est bien mon intention, fit-elle en refermant la porte derrière elle.

Weasley jeta un regard incrédule par la vitre, mais Granger l’attrapa par le bras et le traîna de force derrière elle. Alva émit un petit ricanement satisfait, agita sa baguette pour envoyer sa malle s’échouer sur le filet à bagages, puis s’assit à côté de Blaise, en face de Draco.

– Bonjour, au fait, lâcha Nott d’un ton narquois.

– Euh, oui. Bonjour. Désolée.

Les trois Serpentards ricanèrent, puis, charitable, Blaise changea de sujet :

– Qu’est-ce que tu as fait de ta cousine ?

– Je l’ai accompagnée dans tout le train jusqu’à ce qu’on tombe sur un compartiment de premières années qui ne l’ont pas intimidée. Je ne vais pas tout le temps rester avec elle, à Poudlard. Ça serait bien qu’elle se fasse des amis de son âge.

La protection de Cathy était importante pour elle, songea Draco, car sinon elle n’aurait pas pris la peine de l’accompagner. Mais ce n’était pas son absolue priorité… Sinon, elle ne l’aurait pas lâchée. Cathy pesait sans doute lourd dans sa décision de rester en Angleterre, le pays de ses cauchemars et du Seigneur des Ténèbres, mais elle n’était pas la seule raison. C’était évident. Ce qu’Alva cherchait en venant à Poudlard, elle devait le chercher avant tout pour elle-même.

Elle sortit de sa poche de veste –elle était toujours habillée en Moldu– un livre miniaturisé, auquel elle redonna sa taille originale d’un sortilège informulé. « Les serpents mythiques », déchiffra Draco à l’envers. Il esquissa un rictus narquois.

– Tu sais que ça sera encore moins bien vu à Poudlard ?

Alva haussa les épaules.

– On dira que je suis excentrique.

– Tu es excentrique, fit Blaise en levant les yeux au ciel.

– A peine.

Draco renonça, et étendit davantage ses jambes dans le compartiment, avant de lancer la question que tout le monde s’était posée en première année :

– Dans quelle Maison penses-tu être ?

Alva tritura machinalement les arums piqués dans ses cheveux. Ce jour-là, elle portait une jolie robe noire et blanche, à fines bretelles, qui s’arrêtait à ses genoux. Elle avait également une veste blanche et grise, et des ballerines noires. Elle portait toujours sa croix de métal sombre au cou, et ses arums dans les cheveux.

– Je ne sais pas, dit-elle d’un ton pensif. Je dois être répartie après les premières années, je pense donc que je vais essayer de convaincre le Choixpeau de m’envoyer dans la même Maison que Cathy.

– Tu penses que le Choixpeau tiendra compte de ton avis ? s’étonna Theodore.

– Je vais menacer de le brûler, blagua la Russe.

– Ben voyons, ironisa Draco.

Alva reprit son sérieux, et haussa les épaules en signe d’ignorance :

– Honnêtement ? Je ne sais pas si discuter avec lui servira à grand-chose. Mais ça vaut la peine d’essayer. Je suis ici pour veiller sur Cathy après tout.

– Et indépendamment de ta cousine ? insista Draco. Où irais-tu si tu le pouvais ?

Alva plissa le front, songeuse, et se tapota le menton tout en réfléchissant. La moue était si comique que Theodore pouffa. Alva ne lui accorda aucune attention, les yeux dans le vague :

– Eh bien… Pas Poufsouffle, c’est sûr. Trop humble pour moi. Je déteste la conformité.

– On avait remarqué, se moqua Blaise.

– Ensuite, il y a Serdaigle, continua Alva. Cette Maison-là a l’air bien. Elle n’est pas dans l’extrême comme Serpentard et Gryffondor qui se tapent dessus. C’est la Maison de la sagesse et, sans me vanter, je suis plutôt intelligente. Oui, Serdaigle me paraît bien. Mais… Trop discrète. Je n’aime pas me faire discrète.

– On avait remarqué aussi, ricana Blaise.

– Gryffondor a l’air drôle, poursuivit Alva. C’est le genre de Maison où les gens posent leur cerveau et foncent comme des idiots.

Les trois Serpentards ricanèrent, ravis de l’expression. Draco eut de mal à s’arrêter de sourire. Imaginer Potter posant son cerveau était tellement drôle…

– J’aime beaucoup l’action, continuait la Russe. A Durmstrang, je m’amusais bien durant les sports de combat.

– Il y a des sports de combat à Durmstrang ?

– Oui. Lutte à mains nues, par exemple… Celui-là était une horreur. Ou bien il y avait le lancer de couteaux et le tir à l’arc, mes ateliers préférés. Sinon, on pouvait prendre le combat à la dague, à l’épée ou à la hache, mais je n’ai même pas essayé.

– Sans baguette ? demanda Draco incrédule.

– Avec et sans baguette. Commandement numéro 16 du club de combat de Durmstrang : « Un sorcier désarmé n’est pas un sorcier sans défense ». Les gens ne respectent pas les règles du duel, dans un vrai combat, c’est chacun pour sa peau et il faut être prêt à n’importe quelle éventualité… Mais pour en revenir à Gryffondor, je crois que ça m’épuiserait. Je veux dire : ils sont nobles, héroïques et tout ce qu’on veut, mais ils ne pensent pas. Ça me tue.

Blaise éclata de rire. Amusée, Alva secoua la tête, puis repiqua correctement un arum dans ses cheveux avant de continuer :

– Et pour finir, Serpentard. La Maison de la ruse, de l’ambition, de la détermination. Très intéressant tout ça. En plus, c’est la seule Maison à ne pas dénigrer l’usage de la magie noire, et ça me correspond assez bien.

– Tu pratique la magie noire ? tiqua Theodore.

– Oui.

– Euh… Tu sais que c’est pas exactement conseillé, dans les circonstances présentes ?

Alva haussa les épaules :

– J’ai fait la connaissance de la magie noire avant même d’entrer à l’école. C’est une magie comme une autre. Pas plus exigeante que la magie rouge. Ce n’est pas parce que tous ces petits cons héroïques clament que c’est le Mal que je vais renier la magie noire.

Les trois Serpentards la fixèrent, bouchée bée. La Russe leva les yeux au ciel, l’air un peu mal à l’aise :

– Oh, allez, détendez-vous ! Je ne compte pas crier ça sur tous les toits !

– T’as plutôt intérêt, oui, marmonna Draco. Et vu comme ça, je crois bien que Serpentard serait ta Maison idéale…

– Je pense que le blason vert et argent m’irait bien au teint, blagua la Russe.

Mais apparemment, elle ne s’attendait pas à ce que l’évocation de la magie noire jette un tel froid dans le compartiment, car elle semblait soudain moins détendue. Draco fut certain qu’à présent, elle ne dirait plus un mot au sujet de la magie noire…

La Russe secoua la tête, et poursuivit :

– Mais vu la mauvaise réputation que vous vous traînez, je ne sais pas si c’est un bon plan. Il paraît que c’est aussi la Maison des opportunistes et des lâches…

Les trois Serpentards se renfrognèrent, et Draco argumenta avec froideur :

– Certains ont été lâches et opportunistes. Merci à Pansy et à son « attrapez Harry Potter » qui nous a décrédibilisé aux yeux des autres Maisons. Mais les Serpentards ne sont pas des ordures.

Alva soupira et fit un geste d’apaisement :

– Je sais bien. Et si mes souvenirs sont bons, il y avait un Gryffondor dans les rangs des Mangemorts. Petti-truc, quelque chose comme ça, non ?

Il y eut un instant de surprise –comment est-ce qu’elle pouvait savoir cela ?– puis Draco se souvint de ce que sa mère lui avait dit. Même brièvement, Alva avait circulé parmi les Mangemorts. Elle pouvait très bien avoir rencontré Pettigrow.

– C’est vrai, acquiesça-t-il. C’était Peter Pettigrow.

– Comment le sais-tu ? demanda Theodore en même temps.

– Je l’ai lu dans un journal, laissa tomber Alva avec indifférence.

Nott plissa les yeux mais n’insista pas. La jeune Russe continua :

– D’ailleurs, je vous l’ai dit, je me verrais bien à Serpentard. Oui, objectivement, le Choixpeau ferait bien de m’envoyer là-bas… J’aime trop me mêler de ce qui ne me regarde pas.

Les trois Serpentards sourirent. Il y eut un creux dans la conversation, et Alva posa les yeux sur le livre que Draco avait sur les genoux, penchant la tête pour en déchiffrer le titre. Elle écarquilla les yeux d’un air incrédule :

« L’Art et l’Usage du Tatouage Runique à travers les âges », de Natacha Gruchetski ? Depuis quand tu t’intéresses à ça ?

– Depuis peu, rétorqua Draco en jetant un regard condescendant sur le livre. Je l’ai presque fini.

– Et alors ? Il est bien ?

– Pourquoi, tu veux l’acheter ?

– Non, c’est juste que c’était mon livre en troisième année à Durmstrang. Alors ?

Malefoy esquissa un sourire supérieur. Un livre de troisième année ? Il avait trouvé ça dans une librairie d’occasion. Même si, au début, il avait trouvé les descriptions très nébuleuses et le protocole atrocement complexe, il avait réussi à suivre, alors qu’il n’avait jamais entendu parler du Tatouage Runique auparavant et n’avait pas lu les manuels de première et deuxième année… Gloire à lui et à son intelligence !

– C’était intéressant.

– Tu comptes te mettre au Tatouage Runique ? plaisanta la Russe.

Blaise, occupé jusqu’à maintenant à essayer de faire réagir Nosferatu tandis que le chat l’ignorait royalement, leva soudain la tête :

– Au fait, Alva… Tu as un tatouage ?

Theodore s’étrangla de stupéfaction, et même Draco ouvrit des yeux ronds. C’était une question pour le moins inconvenante. Mais Alva ne sembla pas désarçonnée, et haussa simplement un sourcil surpris avant de répondre :

– Oui. Plusieurs.

– Où ? demanda le métis avec avidité.

– Blaise ! grogna Theodore en se frappant le front.

– Ce sont des tatouages runiques, répondit très sérieusement Alva. Ils ne sont donc pas définitifs. Par exemple, j’ai des runes de protections sur les poignets, pour protéger mes mains : je les ai faites après notre rencontre sur le Chemin de Traverse, parce que j’ai beaucoup travaillé afin de reconstituer mon stock d’encres. Je comptais les enlever une fois à Poudlard.

Elle retroussa les manches de sa veste, et leur montra une ligne de runes qui cerclait ses bras juste au-dessus des poignets.

Blaise, le seul des trois Serpentards à faire Etudes des Runes, se pencha en plissant les yeux.

– Je reconnais certains symboles. Protection, ici. Repousser et danger, là. Sensible et toucher côte à côte. Qu’est-ce que ça veut dire ?

– C’est simple. Ce tatouage représente un sortilège qui gante mes mains en permanence. Tant que je porte ces runes, le sortilège est actif. Un Tatouage Runique emprisonne un sort dans l’encre, tout simplement. Ce Tatouage-gant devrait durer une semaine environ.

– Tu en a d’autres ?

– Les runes de l’attention et de la vigilance juste en dessous de la nuque. Je les ai depuis que j’ai quitté la Russie, donc il me reste environ deux à trois mois avant que le sort ne s’épuise. Et un autre tatouage dans le dos. C’est le plus complexe, il m’a pris six mois ou presque. Il est perpétuel. Je l’ai depuis que j’ai quinze ans.

Les trois adolescents regardèrent ses épaules comme s’ils pouvaient soudain voir à travers. Alva croisa les bras d’un air narquois, et Theodore se racla la gorge pour reprendre contenance. Draco reprit le fil de la conversation :

– Et tu peux les enlever ?

– Oui, très facilement. Mais il me faut un flacon pour y remettre l’encre. C’est comme une potion, ça ne doit pas se balader dans la nature. Sauf celui que j’ai dans le dos : comme je l’ai dit, il est définitif.

Elle repoussa ses manches, masquant à nouveau les runes. Les trois Serpentards la regardaient avec un regain d’intérêt, curieux.

Draco s’appuya un peu plus sur son dossier sans cesser de dévisager la Russe. Quand les élèves de Durmstrang étaient venus pour la Coup de Feu, les Serpentards n’avaient pas cherché à s’immiscer dans leurs secrets, d’autant plus que les compagnons de Viktor Krum étaient très renfermés sur eux-mêmes. Pas Alva. Et il était déconcertant de réaliser à quel point leurs connaissances différaient.

– Tu es douée en Tatouage Runique ?

– Plutôt, oui. Je dirais même beaucoup. C’était ma spécialité.

– Alors, tu dois être douée en Potions.

Alva haussa les épaules :

– Ça dépend. Pour moi, créer une potion n’est qu’un moyen, pas une fin en soi. J’aime beaucoup cette matière, mais ce n’est pas ma matière préférée.

– Alors, laquelle est-ce ? Mis à part les Tatouages Runiques, bien sûr…

Alva hésita, puis finit par lâcher :

– Soins aux Créatures Magiques.

La mâchoire de Theodore se décrocha, tandis que Blaise était saisi d’un fou-rire. Draco était bien trop maître de lui pour suivre l’exemple de l’un ou de l’autre de ses camarades, mais il était tout aussi sidéré. Il ricana nerveusement.

– Soins aux Créatures Magiques ? Tu es sérieuse ?

Alva fronça les sourcils, songeuse.

– Oui. Ici, en Angleterre, avec un demi-géant comme prof et interdiction d’aller dans la forêt, ça doit être mortellement ennuyeux. Mais en Russie, toutes les six semaines, on faisait des excursions de quatre ou cinq jours en Sibérie ou ailleurs. C’était fascinant. On ne se contentait pas de gratter le dos des écureuils. On devait chercher des traces, repérer les pistes, cueillir des plantes pour les Potions, élaborer des plans, suivre des stratégies en équipe, tendre des pièges à des créatures –ou à d’autres élèves–, se défendre en cas d’attaque… C’était presque étrange de revenir en cours, après ça.

Blaise émit un sifflement admiratif. Theodore, lui, n’avait guère l’air d’y croire. Draco haussa les épaules et embraya :

– Et mis à part les Soins aux Créatures Magiques, tes domaines favoris… ?

– Sortilèges, Runes, et Maléfices. Notre équivalent de votre Défense contre les Forces du Mal. J’aimais beaucoup l’Herboristerie, ce qui est notre version de votre Botanique. Mais c’était essentiellement théorique. L’hiver russe est très long, et pendant toute sa durée, s’occuper des plantes est donc hors de question. C’était tranquille.

– Tu vas détester la Botanique, l’avertit charitablement Theodore. On étouffe, dans les serres. Et les plantes sont très agressives. C’est tout sauf tranquille.

Alva marmonna quelque chose en russe.

– Qu’est-ce que tu as dit ? sourit Blaise.

– « Пиздец », répéta Alva en souriant. Prononce-le « Piz-di-ets ». Ça veut dire « merde ».

– Quelle langage fleuri, ricana Draco.

Ils continuèrent à discuter durant un long moment. Alva réalisa avec inquiétude qu’elle allait avoir d’immenses difficultés en Astronomie, car les constellations n’étaient pas vues sous le même angle qu’à Durmstrang. De même, elle avait un bon niveau de métamorphose… Mais pour des BUSES. Le programme de Durmstrang ne comptait pas la Métamorphose comme une matière primordiale, et elle aurait énormément de retard. Il lui faudrait mettre les bouchées doubles pour avoir ses ASPICS. Ça n’allait pas être de tout repos. Quant à l’Histoire de la Magie, ce n’était même pas la peine d’y penser : elle connaissait l’Histoire Russe, pas l’Histoire Anglaise…

Mais il n’y avait pas que des points négatifs. En Runes, Blaise jugea son niveau largement supérieur au sien –ce qui ne prouvait rien, Blaise avait toujours négligé les runes. En Sortilèges et en Potions, Alva décréta qu’elle n’aurait aucun mal : sa spécialité avec le Tatouage Runique lui donnait un avantage certain dans ces deux matières.

En Défense Contre les Forces du Mal, en revanche, elle avait une considérable longueur d’avance. Tandis qu’elle leur décrivait les cours, les trois Serpentards se regardèrent. Affrontements entre élèves ou entre élèves et professeurs, punitions données en maléfices, discipline de fer, potions et instruments dangereux… Durmstrang enseignait à la dure. C’était Marche ou crève. Ils formaient les élèves pour qu’ils soient capable de combattre, d’attaquer, et pas seulement de se défendre…

Et leurs méthodes d’enseignements étaient encore pires que celles du professeur Maugrey.

Lorsque Draco lui posa la question, Alva admit qu’il y avait également des cours de magie noire. A partir de la septième année, on pouvait les prendre comme spécialité. Mais les Serpentards eurent beau insister, elle n’en dit pas plus. Elle-même n’avait pas pris cette option, argumenta-t-elle avec froideur.

Ils n’insistèrent pas.

oOoOoOo

– Non, vraiment ? Les escaliers bougent ?

– Oui. Mais généralement, on arrive où on veut aller.

– C’est génial ! Et cette histoire de pièces qui disparaissent ? C’est vrai ?

– Oui, répondit Theodore en riant. Et il y a des pièces qui s’adaptent à tes besoins, qui te donnent ce que tu demandes…

Alva émit un long sifflement admiratif et reprit un Chocogrenouille. La sorcière aux friandises était déjà passée depuis un bon moment, et les quatre amis n’avaient pas cessé de discuter.

– Durmstrang n’est pas aussi étonnant. Il n’y a que quatre étages dans le château proprement dit, mais il y a une multitude de tours, de sous-sols et d’ailes qui se ramifient… C’est un château immense, tellement grand qu’il faut des heures pour aller d’un bout à l’autre. En fait, comme il se situe sur une montagne, il en couvre tout le sommet et une petite partie des flans. C’est une ville plus qu’un château.

– Mais vous êtes combien là-bas ? s’ébahit Blaise.

Nosferatu, qu’il avait sorti de son panier, était consciencieusement en train de se faire les griffes sur un coussin. Blaise tendit une main vers lui… Et la retira aussi vite quand son animal l’écarta d’un coup de patte négligent. Draco ricana, et Alva pouffa :

– Ton chat est d’un snob ! Bon, pour répondre à ta question, nous sommes plus nombreux qu’à Poudlard. Tous les sorciers d’Europe de l’Est viennent à Durmstrang. Mais il y a aussi des chercheurs et des scientifiques, qui s’établissent là-bas parce que nous avons beaucoup de matériel. Durmstrang, c’est autant une école qu’un concentré de savoir. C’est une ville. Une ville qui tourne autour de l’étude et qui est régie par la discipline des profs.

– Pas très joyeux, soupira Blaise en fixant avec désolation le coussin que Nosferatu était à présent en train de pétrir pour s’en faire un lit confortable.

– Oh, si, le détrompa Alva. Comme c’est immense, on possède des moyens de communication supérieurs à ceux de Poudlard.

– Des faucons ? se moqua Theodore.

– Oh, non. On utilise les rapaces pour communiquer à grande distance, comme vous utilisez les hiboux. Mais pour se parler au sein de Durmstrang, on a des…

Elle prononça un mot russe long et compliqué. Les Serpentards la regardèrent, un sourcil haussé, puis éclatèrent de rire. Alva secoua la tête en riant, puis simplifia :

– Bon, ça veut dire « papier argent à conversations ». Enfin je crois. Votre langue est bizarre, à séparer les mots. Ce sont des parchemins connectés entre eux. Ce qu’on écrit sur l’un s’écrit sur l’autre. Deux élèves peuvent ainsi communiquer en écrivant chacun sur leur parchemin.

Le regard de Blaise s’illumina :

– Ça a l’air intéressant…

– Tu veux que je te montre ? proposa la Russe. J’en ai chipé trois avant de quitter l’école.

Du coup, les deux autres Serpentards se redressèrent aussi. Alva sourit, ouvrit sa valise, puis en tira une enveloppe. A l’intérieur se trouvaient trois parchemins, clairs, normaux, mais légèrement teintés de gris argent. Ils étaient miniaturisés. Elle leur rendit leur taille normale, puis en tendit un à Draco –le plus prompt à tendre la main– et un à Blaise, à côté d’elle. Puis elle prit le sien, et l’agita devant eux.

– Vous voyez, en haut, la ligne noire qui a l’air de souligner un titre ? C’est là que vous marquez le mot de passe. Par exemple, j’écris « Abysse ».

Elle fit apparaitre une plume et nota soigneusement. Blaise haussa un sourcil :

– Pourquoi « Abysse » ?

– C’est un métal noir dont le seul filon connu se trouve près de Durmstrang, répondit Alva en haussant les épaules.

Le regard de Draco se posa sur la croix noire que portait la jeune fille. Puis son attention fut détournée quand la Russe posa sa baguette sur le parchemin :

– Ensuite, je donne mon nom. « Alva ».

Le parchemin s’irisa brièvement. Le nom d’Alva apparu en haut, dans la marge, en gras. A la suite de « Alva », la jeune fille nota une phrase, puis désigna Blaise :

– Maintenant, fait comme moi.

Le grand Noir, très enthousiaste, nota le mot de passe, puis donna son nom. Aussitôt, son parchemin s’irisa. Dans la mage, sous le nom d’Alva, s’affichait le sien. Cette organisation permettait de suivre le fil du dialogue, comprit Zabini.

Il lu ce qu’Alva avait précédemment écrit, avant d’éclater de rire et d’écrire une réponse. La Russe ricana en la lisant, puis se tourna vers Draco :

– Fais pareil, mais en mettant un mot de passe différent.

Malefoy haussa un sourcil, mais obtempéra. Il nota « Quidditch » à la place du titre, donna son nom, et se retrouva face à un parchemin vierge.

– Comme ton mot de passe est différent, nous n’avons pas la même conversation, expliqua Alva. Mais si je fais ça…

Elle tapota son parchemin en disant « je quitte », et tout l’encre s’effaça. A l’emplacement du titre, à nouveau vierge, elle écrivit cette fois « Quidditch », donna à nouveau son nom, puis écrivit quelques mots. Draco haussa un sourcil en les lisant, puis répondit. Alva releva la tête de son parchemin pour le fixer avec surprise :

– Non, sérieux ?

– Quoi ? fit Theodore, irrité d’être mis à l’écart.

– Je lui ai dit que j’étais Attrapeur à Serpentard, sourit Draco.

Alva désactiva son parchemin, puis récupéra les deux autres. En voyant la mine déçue de Blaise, elle ne put s’empêcher de sourire jusqu’aux oreilles, ravie de son effet.

– C’est délicat à préparer, car il faut traiter les parchemins dans une même solution pour qu’ils soient reliés, et les barder de sorts. Mais je peux en fabriquer, si vous voulez. J’ai juste besoin de crins de bébé licornes : il n’y en a pas en liberté en Russie, donc les élèves ne pouvaient pas frauder pour fabriquer ces merveilles. Mais dans la Forêt Interdite, ça serait facile d’en récupérer.

– C’est vrai ? s’extasia Theodore.

– Tu serais géniale ! renchérit Blaise.

– C’est vrai que ça n’est pas inutile, admit Draco en dissimulant un sourire.

Alva ricana, puis, après avoir rangé les parchemins vaguement gris dans sa valise, se rassit en lissant sa robe. Blaise jeta un regard à sa montre.

– On va arriver d’ici une heure. On devrait se changer.

Ils ôtèrent tous leurs vestes, et enfilèrent leurs robes de sorciers par-dessus leurs vêtements. Alva aida Blaise à faire rentrer Nosferatu dans son panier, puis ils se réinstallèrent à leurs places. Dans le train, ça commençait à s’agiter, et deux élèves passèrent devant leur compartiment en leur jetant un regard craintif. Theodore eut un sourire sans joie.

– Bientôt, tous les élèves vont te harceler. Tu vas être la nouveauté de l’année.

– Ils seront bien trop occupés à dresser un temple à Potter, ricana Alva.

Draco et Blaise sourirent, amusés, puis le jeune Malefoy prit un ton grave :

– Avant toute chose, tu dois savoir que nous sommes parfaitement infréquentables et considérés comme des fous-furieux notoires. Quand on verra que tu as voyagé avec nous, et que tu n’en es pas morte, tu vas être considérée comme une sorte de mutante.

– Celle-Qui-A-Survécu-Aux-Serpents, plaisanta Blaise.

– A ce propos, réfléchit la Russe. Il me faut un moyen d’envoyer sur les roses Potter et sa bande s’ils essaient de me faire rejoindre le mouvement « je-suis-fan-de-Potter-et-j’aime-ça ».

Theodore et Blaise éclatèrent de rire. Draco, lui, eut un sourire purement démoniaque et se pencha en avant, faisant signe à Alva de se rapprocher. Il avait une idée. Une très bonne idée, même. Il la lui chuchota à l’oreille, et la jeune fille éclata de rire avant de lui sourire :

– Bien vu. Je vais faire ça.

Le train commença à ralentir. Bizarrement, les rires des Serpentards s’étranglèrent, et ils échangèrent un regard inquiet.

Cette année à Poudlard ne serait pas comme les autres. Ils seraient des parias. Et tous ceux qui avaient perdu un parent ou un ami durant la guerre allaient les haïr. Peut-être même tenter de se venger sur eux… Non, sûrement, même. Cette année, ils allaient risquer leurs peaux.

S’ils s’en sortaient, ils pouvaient laisser tout ça derrière eux. Mais s’ils échouaient… S’ils s’écrasaient, s’ils étaient vaincus et humiliés, alors ils ne pourraient jamais se relever.

Alva inspira à fond, triturant machinalement les arums dans ses cheveux. Le regard de Draco glissa sur elle, et pendant une seconde, il l’envia. Elle n’aurait droit qu’à la surprise et la curiosité, elle. Personne à part Draco ne savait qu’elle était la fille de Netaniev, le génie des Mangemorts. Personne à part lui et Narcissa ne savait qu’Alva avait servi le Seigneur des Ténèbres durant plusieurs mois.

Et personne ne le saura, se promit-il. Personne ne l’apprendra.

Le train s’arrêta.

Ils se regardèrent, et réalisent tous en même temps qu’ils faisaient des têtes de condamnés à mort. Alva émit un gloussement nerveux, puis se détourna pour récupérer sa valise. Les trois Serpentards firent de même. Ils sortirent de leur compartiment, se mêlant à la foule qui se pressait dans le couloir et quittait le Poudlard Express. Une fois sur le quai, Alva suivit la marée d’élèves vers les diligences, mais arrivée en vue des véhicules, elle marqua un temps d’arrêt.

– Des Sombrals !

– Eh oui, fit Draco d’un ton blasé. Des Sombrals.

– Ça alors ! Ils sont dressés ? Je pensais qu’on en avait qu’en Russie. Qu’en Angleterre, il n’y avait que des lopettes trop effrayées pour oser…

Blaise ricana.

– C’est Hagrid qui les a apprivoisés. Mais il n’est pas courageux, il est stupide, ce qui est très différent.

Alva secoua la tête, puis s’approcha pour flatter l’encolure d’un des Sombrals. L’animal tourna la tête vers elle, ses yeux blancs et vides fixés sur son visage, et la laissa faire. Finalement, la Russe s’écarta à regret.

– Je me sens un peu comme chez moi, maintenant, murmura-t-elle en pivotant vers la porte de la diligence.

Les trois Serpentards étaient déjà en train de grimper. Draco avaient prit le siège du fond, suivi de Blaise. Theodore monta à son tour. Alva allait faire de même quand une main se posa sur son bras.

Elle s’immobilisa et se retourna. C’était Ronald Weasley. Il lâcha son bras d’un air embarrassé, puis retrouva son assurance et désigna les Serpentards d’un mouvement sec du menton.

– Tu ne devrais pas traîner avec eux. Tu es nouvelle, n’est-ce pas ?

– C’est exact, approuva Alva d’un ton neutre.

Weasley lui sourit de toutes ses dents, sans doute encouragé par son absence d’agressivité. Il lui tendit la main, sans voir le regard désapprobateur que Granger faisait peser sur lui :

– Je m’appelle Ronald Weasley. Je suis un ami d’Harry Potter. Tu devrais venir avec nous et éviter ces gens-là, ils ne sont pas très fréquentables.

Le regard d’Alva parcouru le quai. Harry Potter n’était pas loin, et il les regardait : il attendait probablement son ami rouquin. Un important groupe d’élève s’était agglutiné autour de lui, et un grand nombre regardait la scène. La jeune Russe regarda Potter bien en face, survola du regard le véritable harem qui s’était accroché à lui, et émit un reniflement méprisant en reposant son regard sur Weasley.

– Merci beaucoup, dit-elle froidement. Mais je n’ai besoin de personne pour savoir qui sont les gens fréquentables.

Sa voix était forte, et avait porté. Potter fronça les sourcils en la regardant, tandis que, dans la diligence, Draco tressaillait. Il avait beau lui avoir donné lui-même ce conseil, ça faisait une drôle d’impression. Les mots étaient presque les mêmes que lorsque Potter avait rejeté son amitié, en première année. Il avait l’impression d’avoir remonté le temps, et inversé les rôles.

Il espérait que Potter et Wesley seraient aussi blessés du refus d’Alva qu’il l’avait été de celui du Survivant.

Alva Hawking se détourna d’un mouvement sec, et monta dans la même diligence que les Serpentards. Elle claqua la porte derrière elle. Et seuls ses trois amis, qui lui faisaient face, purent voir le large sourire carnassier qui étira ses lèvres à ce moment-là.

– Rien que pour être désagréable à Potter et sa clique, ça serait bien que tu ailles à Serpentard, commenta tranquillement Blaise tandis qu’elle s’asseyait à côté de lui.

Alva émit un petit rire, puis s’étira :

– Oui, ça serai drôle.

– Je suis étonnée que tu ne sois pas une fan de Potter, glissa Theodore mine de rien.

Alva le dévisagea, étonnée :

– Tu préférerais que je sois amie avec lui ?

– Non, réfuta Nott. Mais je m’étonne de ton antipathie. D’habitude, les gens l’adulent. Sauf nous.

Le nous pouvait aussi bien désigner les Serpentards que les fils de Mangemorts. La question sous-entendue était subtile. Blaise haussa un sourcil, surpris, et Draco se tourna vers Alva pour voir quelle serait sa réponse.

La jeune Russe réfléchit quelques secondes, puis répondit tranquillement :

– Potter est un connard. Déjà, il clame partout que la magie noire, c’est pas bien, ce qui en fait d’office un imbécile. La magie noire n’est pas ma préférée, mais c’est indubitablement une des plus puissantes et des plus utiles. Premier point.

– Comment ai-je fait pour vivre toutes ces années sans toi ? gémit Blaise avec une feinte adoration.

– Eh, je l’ai vue en premier, grogna Draco à l’intention de son ami.

Alva les ignora royalement, et continua :

– Deuxième point. C’est un inutile de première. Il n’est pas surpuissant, super-intelligent ni rien. Il a été élevé par des Moldus, il ne connait donc rien au monde magique. Il n’a jamais lancé un Avada Kedavra de sa vie : le Seigneur des Ténèbres s’est quasiment suicidé sur sa baguette ! Potter est un incompétent, tout juste bon à servir de symbole clinquant. Il a le potentiel d’action d’une serpillère.

Theodore ouvrit la bouche pour poser une question, mais Alva leva la main pour l’arrêter :

– Troisième point Tous les gens dont il a brisé la vie, tous ceux qui n’ont plus rien, il s’en fout. Bien sûr que tout le monde déteste ceux qui étaient du mauvais côté : mais la plupart n’ont pas eu le choix. Et si Potter, le grand héros, faisait un geste pour que le monde le comprenne, peut-être que les choses s’arrangeraient un tout petit peu… Mais non, il ne fait rien. Il leur a tout pris et il ne fait rien. Mis à part les procès –et encore, juste celui de Rogue et celui de Mrs. Malefoy– il n’est pas sortie une seule fois de chez les Weasley. Il se cache. Ou, non, plutôt : il se terre comme un rat chez eux.

Elle serra les mâchoires et ses yeux étincelèrent furtivement.

– Et quatrième point : à cause de lui, ce n’est pas juste les coupables qui se font enfoncer, dépouiller, tuer. Ce sont leurs amis, leurs familles. Voire même des innocents. Potter est un lâche. Parce que tant qu’il s’agit de faire le paon et de combattre, il veut bien : mais ramasser les pots cassés, lutter contre la haine, faire en sortes que les persécutions cessent… C’est ça le vrai combat, et il en est incapable. Alors oui, Potter est un connard et je le déteste.

Il y eut un silence. Puis Theodore adressa un sourire timide à la jeune Russe, comme pour s’excuser de l’avoir obligé à déballer ce qu’elle avait sur le cœur.

– Bienvenue au club.

Les diligences se mirent en marche, faisant tressaillir Alva. Elle était assise face à la route, et elle essaya de voir par la fenêtre avant –une simple vitre ovale et brouillée– ce qui se passait devant.

– Vous êtes capables de voir les Sombrals, vous aussi ?

– Non, pas moi, répondit Blaise.

– Moi, je peux, fit Nott sans s’expliquer davantage.

– Moi aussi, lâcha Malefoy en regardant par la fenêtre.

Hawking hocha la tête sans demander davantage de précisions. La diligence parcourut le trajet jusqu’à Poudlard dans un silence rendu pesant par leur nervosité. Chacun à leur manière, ils appréhendaient l’arrivée : les Serpentards redoutaient l’attitude des autres et Alva angoissait pour la Répartition.

Finalement, leur véhicule s’arrêta, et ils en descendirent sans un mot. Dominant la foule des élèves, une adulte semblait guetter leur arrivée, car elle se dirigea aussitôt vers eux.

C’était une femme d’environ trente-cinq ou quarante ans –quoique, les sorciers avaient l’air de rester jeune très longtemps. Grande et altière, le visage sévère, elle portait des robes dans les teintes bleues et violet sombre. Sur sa poitrine, le tissu semblait tendu à craquer, et Blaise eut du mal à la regarder dans les yeux. Yeux dont un était caché, d’ailleurs. Ses cheveux châtains, un peu ondulés, n’effleuraient même pas ses épaules mais dissimulaient artistiquement la moitié droite de son visage.

Sans remuer les lèvres, Alva murmura :

– Sûre qu’elle vient pour moi. Qui est-ce ?

– Je ne sais pas, répondit Draco en fronçant les sourcils.

Nott haussa les épaules, et Balise ajouta :

– Mais il y avait plein de prof à remplacer après la bataille alors…

La sorcière était arrivée devant eux, et lança d’un ton sec :

– Miss Hawking ?

– C’est moi, fit Alva en s’avançant.

– Je suis le professeur Laughlin. Veuillez me suivre, je vous prie.

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