Le parfum des Arums

Débuts au château

Lorsque la sorcière l’avait interpellée, Alva avait sentit son cœur faire un bond. A présent, il battait à tout rompre d’impatience. Le professeur Laughlin lui jeta un bref coup d’œil puis, sans vérifier si elle était obéie, elle fit demi-tour.

Alva esquissa un geste d’adieu vers ses amis, et s’élança à sa suite.

Les anciens élèves étaient menés tout droit à la Grande Salle, où ils allaient s’installer et attendre les premières années. Alva fut donc menée dans un coin du hall, où le professeur Laughlin la regarda de bas en haut avant de déclarer :

– Miss Hawking. Huitième année. Vous serez répartie juste après les premières années, vous devez donc les attendre ici.

– Bien.

Laughlin hocha brièvement la tête, puis croisa les bras. Alva se dit qu’elle devait être agacée d’être là, à s’occuper d’une élève quelconque, au lieu de bavarder avec ses collègues. Tant pis pour elle.

– La Directrice m’a chargée de vous transmettre quelques informations, lâcha l’enseignante. Sachant que vous venez d’un autre pays et qu’il vous sera impossible de rattraper sept ans de cours en une année, surtout aussi chargée que celle-ci… Vous serez dispensée des cours d’Histoire de la Magie et de Botanique.

Alva s’affaissa de soulagement. Pas pour longtemps.

– En revanche, miss Hawking, vous passerez ces heures de libres à prendre des cours particuliers. Essentiellement en Métamorphose et en Astronomie. De même, vous poursuivrez vos études en Tatouage Runique.

– Il y a un prof de Tatouage Runique à Poudlard ? s’écria joyeusement Alva. Professeur, ajouta-t-elle en se souvenant de la personne à qui elle parlait.

Laughlin la fixa comme si elle mesurait ce qu’elle devait dire, et finit par répondre :

– En effet. Votre professeur de Défense Contre les Forces du Mal possède les compétences requises.

– Et vous avez le matériel adéquat ? interrogea Alva sans arriver à y croire.

– La Directrice a prit ses dispositions, acquiesça Laughlin.

Un large sourire idiot fendit le visage de la Russe d’une oreille à l’autre, mais elle n’eut pas l’opportunité de faire éclater sa joie. Les grandes portes de l’entrée s’ouvrirent, laissant passer une marée de premières années guidés par un véritable géant barbu. Hagrid.

– Je vous les ai amenés, Madame la Sous-Directrice, sourit le colosse.

– Parfait, lâcha Laughlin en agitant sa baguette vers les portes de la Grande Salle. La répartition va pouvoir commencer.

Les portes s’ouvrirent à deux battants. Dans la grande salle, le brouhaha s’amplifia, tandis que le professeur Laughlin, prenant la tête des premières années, s’avançait. Alva resta prudemment en retrait, derrière les jeunes élèves.

Laughlin agita sa baguette, faisant apparaitre au milieu de la salle un tabouret sur lequel reposait un vieux chapeau usé. Etait-ce le Choixpeau ? Alva le scruta avec curiosité, et sursauta lorsque l’objet ouvrit une large bouche (la déchirure qui le traversait ressemblait effectivement à une bouche) et se mit à chanter :

Approchez donc, n’ayez pas peur

Laissez-moi me présenter comme tous les ans :

Je suis le Choixpeau penseur !

Posez-moi sur votre tête, tout simplement

Et votre âme je saurais déchiffrer jusqu’aux tréfonds

Afin de choisir votre future Maison.

Si vous êtes courageux et forts,

Avec joie vous accueillera Gryffondor.

Par Poufsouffle vous serez invités,

Si vous aimez le travail et l’équité.

En vous dort l’âme d'un savant,

Si Serdaigle vous prend sur ses bancs.

Et dans la Maison de Serpentard,

Vous irez si vous êtes un vrai roublard.

Maintenant mes enfants, permettez moi d’ajouter,

Quelques conseils du Choixpeau futé.

Quatre sorciers furent à l'origine de la Fondation

Ô combien différents ! mais tirant leurs forces de cette association :

Depuis toujours Poudlard compte quatre Maisons

Et je prie pour qu'elles retrouvent la foi en leur union.

A présent, vous qui m’avez sagement écouté,

Il est temps de vous avancer,

Dans votre tête laissez-moi entrer

Pour que la répartition puisse commencer !

La bouche du Choixpeau se referma, et les élèves applaudirent à tous rompre. Alva ne fut pas en reste. Elle chercha du regard ses amis Serpentards, et les aperçus à la table verte et argent. Blaise croisa son regard, lui faisant un clin d’œil, mais Theodore et Draco étaient en pleine conversation à voix basse.

Le professeur Laughlin jeta un regard interrogatif à une vieille sorcière, au centre de la table des enseignants. La Directrice McGonagall, sans doute. Cette dernière lui adressa un discret hochement de tête, et Laughlin déroula un parchemin sur lequel étaient listés les premières années.

– Addams, Luka !

Un garçon maigrichon pétrifié d’angoisse se dirigea en titubant vers le tabouret, et coiffa le Choixpeau d’une main tremblante. Il y eut un bref silence, puis l’objet ouvrit largement la bouche :

– GRYFFONDOR !

Un tonnerre d’applaudissement salua Luka quand il alla s’asseoir avec les Gryffondors. Apparemment, c’était tout simplement ainsi que les élèves étaient répartis… Laughlin continua à lire :

– Amarine, Sarah !

– POUFSOUFFLE !

– Ash, Olivier !

– GRYFFONDOR !

– Aristide, Nathan !

– SERDAIGLE !

– Barthemis, Valerian !

– SERPENTARD !

Et ça continuait, encore et encore. Alva ne put s’empêcher de remarquer que les gamins qui allaient à Serpentard avaient l’air terrifiés. Pour un peu, on aurait dit qu’ils se demandaient si une corde était fournie pour se pendre.

– Hawking, Catherine !

– SERDAIGLE !

Alva grimaça. C’était décidé, elle irait à Serdaigle. Elle ne pouvait pas se permettre d’abandonner Cathy. Elle jeta un regard d’excuse en direction des trois Serpentards. Ils la regardaient, eux aussi. Theodore lui adressa même un sourire timide.

Et Alva, reportant son regard devant elle, attendit la fin de la répartition. Qui ne tarda pas. Quelques noms plus tard, la Sous-Directrice annonça :

– Windel, Leonora !

– GRYFFONDOR !

Le professeur Laughlin fit alors signe à la Russe de s’avancer. Alva inspira, puis émergea de son coin. Alors qu’elle s’approchait du Choixpeau, des murmures étonnés s’élevèrent. Sans doute les élèves ne connaissaient-ils par la raison de sa présence.

Le professeur Laughlin éleva la voix :

– Exceptionnellement, nous accueillerons une élève qui se joindra à la promotion spéciale des huitièmes années.

Alors que l’enseignante baissait les yeux pour lire le dernier nom sur son parchemin, Alva surprit Draco en train de murmurer à l’oreille de Blaise, l’air réjoui. Ah oui. Oh non. Son prénom. Son foutu prénom…

– Hawking, Salvakya !

Ignorant Malefoy et ses acolytes en train de ricaner sous cape, Alva s’assit sur le tabouret. Et coiffa le Choixpeau d’un geste vif, en pensant de toutes ses forces je veux aller à Serdaigle.

« Serdaigle ? murmura pensivement une voix dans sa tête. Il est vrai que tu es intelligente, assoiffée de savoir et de connaissances. Mais cette envie d’apprendre dissimule… Hum, une détermination acérée, ça c’est un signe qui ne trompe pas. Tu possède d’intéressants talents pour Serpentard. »

« Je ne veux pas y aller. Je veux aller à Serdaigle. »

« Vraiment ? Pourtant, tu possède la ruse, la détermination, l’instinct du stratège. L’envie primaire de survivre est très ancré en toi, également… »

« Serdaigle, se répéta Alva. Je dois aller à Serdaigle. »

« Tu n’as pas l’âme d’une érudite, jeune fille… Je dirais plutôt l’âme d’une survivante. Presque d’une guerrière. »

« Gryffondor est encore plus hors de question ! »

« Ne t’insurge pas tant… Même si tu possède loyauté et courage, tu n’es pas de ceux qui affrontent le danger en première ligne. Tu as peur, je peux le sentir. Tu as profondément peur. »

« Je n’ai pas peur, espèce de loque. Et je veux, non, je DOIS aller à Serdaigle, tu entends ? C’est capital. Si tu ne veux pas, Choixpeau ou pas, ça va sentir le roussi ! »

« Tsss, impertinente. Mais pourquoi pas, après tout. J’espère pour toi que tu ne le regretteras pas : Serpentard t’aurais singulièrement aidé sur le chemin de ton ambition. Mais puisque tu insiste… »

– … SERDAIGLE !

Alva se redressa, un sourire timide apparaissant sur son visage, sous les applaudissements de sa nouvelle Maison. Le Choixpeau avait mis un moment à se décider, et cela avait attiré l’attention sur elle.

Cathy, encadrée par un septième année à l’air jovial et un première année qui était dans le même compartiment qu’elle, lui adressa un sourire lumineux et lui faisant signe. Alva se dépêcha de la rejoindre, et le septième année se poussa pour lui faire de la place.

– Bienvenue à Poudlard, fit le jeune homme en lui tendant la main. Je m’appelle Anthony Goldstein, septième année.

– Salvakya Hawking, répondit Alva en serrant la main offerte. Mais on m’appelle Alva. Je déteste mon prénom.

Goldstein s’esclaffa, puis interrogea :

– Et donc, tu étais où avant de venir ici ?

– A Durmstrang. Mais avec la guerre, j’ai perdu toute ma famille, et ma cousine aussi. Comme je suis majeure, je suis sa seule tutrice, et je suis donc venue en Angleterre.

– Il aurait été plus simple pour toi de rester à Durmstrang, fit remarquer le Serdaigle. Tu aurais pu y finir ta scolarité avec un programme que tu connais. Ta cousine débute : aller dans une école ou une autre n’aurait pas fait beaucoup de différence.

– Au contraire. Je parle l’anglais couramment. Cathy ne parle pas un mot de Russe. Et puis… ajouta-t-elle en baissant la voix. Ça a déjà été difficile pour elle de perdre sa famille… Je n’allais pas l’arracher à tout ce qu’elle avait ici.

Goldstein hocha la tête d’un air compréhensif, puis fronça les sourcils :

– Et pour toi ? Ça n’a pas été trop dur de tout quitter ?

Alva détourna les yeux, fixant son assiette.

– Non.

Heureusement pour elle, en se levant pour faire un discours, McGonagall coupa court à la conversation. La vieille sorcière parcourut la Grande Salle du regard, faisant taire les murmures, puis commença :

– Bonjour à tous. Comme vous le savez, cette année, les BUSES et les ASPICS n’ont pas pu être passés l’année précédente. Néanmoins, cet été, grâce à l’organisation des professeurs, nombre des élèves de cinquième année ont pu passer leurs BUSES. Les septième années, en revanche, ont du revenir pour une année supplémentaire afin de passer leurs ASPICS : nous les accueillerons dans la classe exceptionnelle de huitième année.

Plusieurs regards se tournèrent vers Potter, qui baissa les yeux sur ses couverts. McGonagall continua, désignant la table des professeurs :

– Nous avons le plaisir d’accueillir parmi nous trois nouveaux enseignants. Le professeur Ailin Laughlin, qui enseignera désormais la Métamorphose et dirigera la Maison de Gryffondor…

Laughlin salua d’un bref signe de tête, tandis que des applaudissements s’élevaient.

– Le professeur Daniel Juliano, qui sera chargé de l’Etude des Moldus…

Le professeur en question semblait ne pas avoir plus de vingt-cinq ans. Les cheveux noirs cours, les yeux noirs également, élégant et décontracté, il fit un léger signe de main en souriant aux élèves. Cette fois, les applaudissements furent nettement plus enthousiastes, surtout de la part des filles.

– Et le professeur Elias Stensenn, qui enseignera la Défense Contre les Forces du Mal.

Elias Stensenn était grand et pâle, le visage dur et le regard acéré. Charismatique, indubitablement : il dégageait une prestance impressionnante. L’aura de quelqu’un qui était puissant et qui le savait. Ses cheveux étaient noirs, longs et lisses, et retombaient sur son dos et ses épaules. Dans sa robe noire, il avait l’air sinistre et inquiétant. Son visage avait un côté rapace, prédateur, sournois et dangereux. Les applaudissements furent polis, mais brefs.

Il ressemblait aux professeurs de Durmstrang, songea Alva. Vu son nom aux consonances nordiques, il y avait sans doute fait ses études. Ce qui expliquait que ce soit lui, son futur professeur de Tatouage Runique…

McGonagall fit ensuite un bref rappel du règlement, qu’Alva n’écouta pas. Elle préféra écouter Anthony Goldstein. Il était préfet de Serdaigle, ce dont il vanta un moment, avant de reprendre son sérieux.

Anthony lui expliqua que, comme beaucoup de nés-Moldu ou Sang-Mêlés, il n’avait pas fait sa septième année. Il la faisait donc cette année, même s’il avait dix-huit ans.

– Les cours de la huitième année seront réservés à ceux qui ont eu les cours de septième année l’année dernière, en fait, expliqua-t-il. Mais beaucoup d’entre eux sont morts lors de la bataille… D’autres ont préféré abandonner l’école… Et pas mal de Serpentards se sont enfuis. Il n’y a que ces trois-là qui soient revenus.

Il jeta un regard venimeux vers Draco, Blaise et Theodore. Alva resta impavide.

– A ton avis, combien y aura-t-il de huitième années ?

– Oh, fit Anthony en se retournant vers elle. Je dirais une petite vingtaine. A mon avis, vous serez tous ensemble dans certains cours. J’espère qu’Harry en profitera pour faire la peau à Malefoy.

– Notre monde est assez violent comme ça sans que l’Elu ait besoin d’en rajouter, lâcha Alva d’un ton sec.

Anthony la regard d’un air surpris, et encore une fois, Alva fut sauvée par McGonagall. La directrice s’était assise, et des plats étaient apparus sur la table. La Russe ouvrit de grands yeux émerveillés, et se servit sans attendre.

Le repas se déroula dans la bonne humeur. La plupart des élèves étaient ravis de se revoir. Et, si parfois, un silence passait à une table quand on évoquait un absent, il ne durait pas longtemps. Comme si tout le monde s’efforçait de positiver.

Finalement, les élèves quittèrent leurs tables. Alva suivit la marée d’élèves jusqu’au dortoir des Serdaigle. Cathy, accompagnée de Nathan Aristide qui semblait être devenu son meilleur ami, ne la lâchait pas d’une semelle.

Le dortoir se trouvait dans une tour, au sommet d’un interminable escalier en spirale. La porte qui menait à la salle commune n’avait ni poignée ni serrure, seulement un heurtoir en forme d’aigle. Anthony toqua une fois, et le bec de l’aigle s’ouvrit pour poser une question d’un ton mélodieux :

– L’accepter revient à tout refuser, le refuser à tout accepter. Qu’est-il ?

Anthony fronça les sourcils, puis déclara :

– Le doute.

– Bonne réponse, approuva l’aigle.

Et la porte s’ouvrit.

Les élèves se répandirent dans la salle commune, un vaste salon aux couleurs bleues. En face de l’entrée se trouvait une statue de Rowena Serdaigle sur un piédestal. A la droite et à la gauche de la sculpture s’ouvraient une porte, menant sans doute vers les dortoirs.

Anthony haussa la voix pour se faire entendre.

– Les huitièmes années et les septièmes années ont le même dortoir. Après tout, il n’y a que cinq huitième années à Serdaigle.

– Dont moi, dit une fille en se plaçant à ses côtés. Je suis Padma Patil, préfète. Les dortoirs des filles sont de ce côté (elle désigna le couloir à droite de la statue) et celui des garçons, de l’autre. Les emplois du temps seront distribués demain, au petit-déjeuner. Des questions ?

Devant l’absence de réponse, elle sourit.

– Bien. Je vous conseille d’être en bas vers sept heures et demie. Bonne nuit, tout le monde.

Anthony adressa un bref salut à Alva, puis se dirigea du côté des dortoirs des garçons, poussant les premières années devant lui. Alva, elle, suivit Padma Patil jusqu’à la porte sur laquelle il était écrit « Dortoir : Septième et Huitième Années ».

Il y avait de grands lits à baldaquins, aux rideaux bleus ciel. Une élève de septième année fit la remarque que la pièce semblait plus grande. Et pour cause : le fond du dortoir avait été comme repoussé, laissant la place à trois lits supplémentaires, placés en demi-cercle. Les rideaux de ceux-là étaient d’un bleu plus sombre.

Une fille blonde à l’air rêveur posait déjà ses affaires dans le dernier lit bleu clair, voisin des lits des huitièmes années. Alva fixa les trois matelas, se demandant lequel choisir, quand la septième année dit d’un air absent :

– D’habitude, j’étais contre le mur. Je pouvais y accrocher des répulsifs à Nargoles.

– Désolée, s’excusa Alva même si elle ignorait ce qu’étaient les Nargoles.

La fille lui sourit en posant sa valise. Elle avait l’air un peu dans la lune, avec ses grands yeux ronds et ses cheveux blonds pâles.

– Je t’ai vu parler avec Draco Malefoy.

Alva se tendit, mais la fille la surprit en ajoutant doucement :

– C’est bien. C’est quelqu’un de triste. Il n’est pas méchant.

– Tout le monde a l’air de le penser, répliqua Alva sur ses gardes.

– C’est faux. J’ai été emprisonnée dans son manoir, et Queudver nous donnait juste un bout de pain tous les jours. Mais Draco Malefoy prenait des risques pour voler de la nourriture au manoir et nous la donner. Sans lui, Mr. Ollivander et moi serions morts de faim.

Alva fixa la jeune fille d’un œil neuf. Cette dernière lui sourit à nouveau, et Alva ne put s’empêcher de lui rendre son sourire en tendant la main :

– Je m’appelle Salvakya Hawking, mais je préfère Alva.

– Luna Lovegood. Enchantée de te rencontrer.

Alva posa sa valise au pied d’un lit bleu sombre. Celui juste à côté du lit bleu clair de Luna. Alors qu’elles en sortaient toutes les deux leurs affaires, Padma et une autre Serdaigle s’installèrent sur les lits voisins. Padma prit le dernier, et l’inconnue choisit le lit du milieu en lançant joyeusement :

– Enfin de retour !

– Réfrène ta joie, Kim, lâcha Padma en bâillant. Demain, les huitièmes années doivent se lever encore plus tôt. La Directrice veut nous voir avant le petit-déjeuner. C’est valable pour toi aussi, hum, Salvakya c’est ça ?

– Oui mais non, rectifia aussitôt la Russe. Alva, je préfère.

Padma et la dénommée Kim sourirent, puis cette dernière lui tendit la main :

– Je ne me suis pas présentée. Je suis Kimberley Barthemis, mais on m’appelle Kim.

Kim avait les cheveux bruns ondulés, assez longs, qu’elle rejeta par-dessus son épaule d’un mouvement de tête. Grande, mince, possédant de grands yeux malicieux et un visage harmonieux, Kimberley avait l’air d’être le stéréotype de la belle étudiante à qui tout réussi.

– C’est ton frère qui a été envoyé à Serpentard ? demanda Alva en se souvenant du « Barthemis, Valerian ! » annoncé par Laughlin.

Kim plissa les yeux :

– Oui. Et alors ?

– Rien, sourit Alva. Le Choixpeau a hésité à me mettre à Serpentard aussi.

Kim se détendit visiblement, puis elles furent rappelées à l’ordre par Padma qui voudrait bien dormir. Le temps d’enfiler son pyjama, prenant garde à dissimuler les Tatouages Runiques qu’elle portait, et Alva se coucha elle aussi. La lumière s’éteignit, et Luna dit d’une voix lointaine :

– Bonne nuit.

– Bonne nuit, Luna.

– Bonne nuit, répondit quelqu’un d’autre.

– Bonne nuit aussi.

– Bonne nuit.

– J’ai dit silence ! ronchonna Padma en s’enfouissant sous son oreiller.

Dans le noir, Alva étouffa un léger rire, puis fixa la toiture de son lit, les yeux grands ouverts. Elle y était. Elle n’arrivait pas à croire.

Elle, Salvakya Hawking-Netaniev, était à Poudlard.

Sa mission commençait.

oOoOoOo

Alva fut tirée du sommeil de bon matin, réveillée par Padma qui s’enfermait dans la salle de bain. Elle se leva en bâillant, encore un peu fatiguée. Elle rassembla ses affaires afin d’aller s’habiller dès que la préfète aurait libéré la salle d’eau, puis, avec regret, elle ôta sa croix noire. Le métal noir de l’Abysse avait la réputation de ne pas réagir aux sortilèges et aux potions, c’était vrai. Mais ceux qui connaissaient un peu Durmstrang savaient que ce métal, à cause de sa couleur, était associé à la magie noire.

Alva était une grande adepte de la magie noire et avait baigné dedans dès l’enfance. Cependant, ici, mieux valait éviter de le porter.

Ensuite, elle pointa sa baguette sur sa table de nuit, où trônait un verre d’eau à demi-plein, et murmura :

Florisarum.

Un petit bouquet d’arums apparu doucement dans le verre, lui arrachant un sourire attendri. Elle en choisit deux qu’elle piqua dans ses cheveux d’un geste rôdé par l’habitude.

– C’est joli, dit soudain la voix de Luna, la faisant sursauter.

Alva se retourna, croisant le regard de la jeune Lovegood. Cette dernière la fixait, allongée sur son matelas mais les yeux grands ouverts. Alva sourit.

– Merci.

– Pourquoi des arums ?

Alva fit tourner sa baguette entre ses doigts d’un geste machinal, fixant le petit bouquet, avant de lâcher en haussant les épaules :

– C’est le premier sortilège que j’ai su lancer. C’est mon frère qui me l’a appris.

– Tu as un frère ?

Alva hésita, puis finit par répondre avec prudence :

– J’en avais trois. Celui-là était mon préféré.

– Oh.

Padma sortit de la salle de bain à cet instant, et se dirigea vers Kimberley pour la réveiller. Alva, elle, en profita pour s’enfermer dans la salle d’eau, coupant court à la conversation.

Elle en sortit quelques minutes plus tard, les cheveux un peu humides –son sortilège de séchage n’était pas très au point– mais propre et parfaitement réveillée. Sur la pointe des pieds, les trois huitième année quittèrent leur dortoir, laissant les autres dormir encore un peu.

Deux garçons se trouvaient déjà dans la salle commune. Padma fit rapidement les présentations :

– Les garçons, voici Salvakya Hawking…

– Alva, par pitié, supplia la Russe.

– Si tu veux. Alva, voici Terry Boot et Ryan Sullivan.

Terry était brun, le visage couvert de tâches de rousseurs, plutôt mince. Il adressa un large sourire aux trois filles et les salua d’un signe de tête. Ryan, lui, était athlétique, un sourire franc aux lèvres, des yeux verts pétillants, un teint hâlé et des cheveux blonds de surfeur.

Tous les cinq se mirent en chemin vers la Grande Salle, suivant Padma. A cette heure, la pièce était pratiquement déserte. Les seuls à s’y trouver étaient McGonagall et le professeur de Défense contre les Forces du Mal, Stensenn, apparemment en grande conversation. En les voyant arriver, Stensenn se redressa, et s’écarta pour laisser parler la Directrice.

– Les Serdaigles, commenta cette dernière en survolant leur groupe du regard. Premiers à arriver, comme d’habitude. Les autres ne devraient pas tarder… Les voilà, d’ailleurs.

Deux Poufsouffles, une fille et un garçon, venaient d’entrer. Ryan se pencha vers Alva, et lui chuchota :

– Le mec, c’est Zacharias Smith. La fille s’appelle Hannah Abbot, elle est préfète.

Alva acquiesça, mémorisant l’information, au moment où entraient les trois Serpentards. Là aussi, Ryan les nomma discrètement, même si la Russe n’en avait pas besoin : cependant, elle se garda de le lui faire remarquer. Autant ne pas le repousser tout de suite, il pouvait lui être utile pour identifier les Gryffondors… Qui arrivaient, eux aussi, à moitié en courant pour ne pas être en retard.

Ils étaient les plus nombreux, neuf au total. Harry Potter, Ronald Weasley et Hermione Granger ouvraient la marche. Ils étaient suivis d’une jolie fille, mais qui boitait légèrement et dont tout le bras gauche était dissimulé par un gant blanc : Lavande Brown, blessée lors de la bataille de Poudlard. Elle était accompagnée par la jumelle de Padma, Parvati Patil. Ensuite venaient Neville Londubat, suivi de Seamus Finnigan, et d’un grand brun pataud nommé Julien Shepper. En dernier se trouvait une fille toute mince, noire de peau, du nom d’Anaïs Hefez.

Neuf de Gryffondor, cinq de Serdaigle, trois de Serpentard et deux de Poufsouffle… Dix-neuf élèves au total. Anthony avait raison : cette classe était si petite qu’ils auraient sans doute quasiment tous leurs cours en commun.

– Bonjour à tous, commença McGonagall quand ils se furent rassemblés devant elle. Puisque nous voilà enfin rassemblés (les Gryffondors rentrèrent la tête dans les épaules), il est temps de vous donner quelques précisions concernant la huitième année. Pour commencer…

Elle pivota d’un geste sec vers l’Elu et ses deux amis :

– Potter, Weasley, Granger. Vous avez obtenu une délégation pour être admis en huitième année, en non en septième. Sachez qu’aucun faux pas ne sera toléré.

Alva songea avec ironie que, même si le Survivant faisait exploser le bureau de McGonagall, il ne serait pas renvoyé. Il était un héros, et le chouchou de tous les profs.

– Vous aurez cours tous ensemble dans presque toutes les matières. Vôtre programme sera centré sur la révision plutôt que sur l’apprentissage. Si vous êtes donné la peine de lire vos manuels, vous aurez remarqué qu’il s’agit presque des mêmes ouvrages que lors de votre septième année. Certains des chapitres sont également des rappels du programme que vous avez suivi depuis les BUSES.

Hermione Granger, sans doute la seule à avoir lu l’intégralité de ses livres de cours, hocha gravement la tête. Alva les avait également lus, mais comme elle n’avait jamais été à Poudlard auparavant, elle ne risquait pas de reconnaître grand-chose…

Le Directrice continua :

– Dans de nombreux cours, vous vous joindrez à des classes de septième, sixième ou même cinquième année afin de réviser certains domaines. Tout particulièrement la Défense contre les Forces du Mal, et les Potions. Le professeur Slughorn m’a fait par du dépouillement du programme de l’année dernière.

Évidemment. Les Mangemorts ne voulaient pas voir des gamins préparer quoi que ce soit d’utile ou de dangereux.

– Pour ces cours, vous vous mettrez en binômes…

Il y eu un échange de regards inquiets. McGonagall les acheva :

– … En binômes inter-Maison.

Cette fois, il y une protestation unanime. Alva devina plutôt qu’elle ne vit le mouvement général qui poussa tous les élèves à s’écarter des Serpentard, et sa mâchoire se crispa. McGonagall haussa la voix, faisant immédiatement taire toutes les récriminations :

– Vos emplois du temps vous seront distribués durant le petit déjeuner. Vous aurez votre premier cours aussitôt après. Si vous ne vous êtes pas mis d’accord à ce moment là, c’est votre professeur qui vous répartira. Des questions ?

Seules des moues maussades lui répondirent. La Directrice sembla retenir un sourire, puis fit demi-tour dans un envol de cape. Les élèves commençaient à entrer dans la Grande Salle, dont les tables se couvraient de nourriture. Les huitièmes années, eux, se rassemblèrent par deux ou par trois, ou rejoignirent leurs tables, discutant de cette nouvelle mesure avec animation.

Padma les abandonna pour rejoindre sa sœur, Parvati, et les jumelles se mirent à discuter avec enthousiasme. Kimberley lança un regard effaré à Alva, Terry et Ryan :

– Avec qui je vais me mettre ?

– Tu as vu notre nombre ? soupira Alva. Il y a neuf élèves de Gryffondor et dix élèves d’autres Maisons. Tu seras forcément avec un des Gryffondors.

– Ça n’a pas l’air de t’enchanter, remarqua Ryan.

– Ça ne m’enchante pas, confirma la Russe. Honnêtement, je préfèrerais un bon binôme plutôt qu’un crâneur en rouge et or.

En fait, je préférerai un Veracrasse plutôt qu’un avatar de Potter, songea-t-elle en son for intérieur.

Kimberley grimaça, et son regard s’attarda sur les Serpentards. Après les Serdaigles, ils étaient sans doute les plus futés. Mais même sans le vouloir, Kimberley démontrait une telle aversion en les regardant qu’Alva grinça des dents :

– Ah, toi aussi tu as ces stupides préjugés ? Ils ne mordent pas, et ils sont dans la même situation que nous. Qu’est-ce que tu veux qu’ils te fassent ? C’est quoi ce racisme congénital des anglais ? Ton frère n’est pas à Serpentard aussi ?

Kim leva les mains en signe de reddition, grimaçant :

– C’est bon. Ne m’agresse pas.

Lavande passa près d’eux, et Terry la suivit du regard avant de lui courir après. Ryan, lui, n’avait pas bougé. Il dévisageait Alva, songeur. Il finit par dire avec un mince sourire :

– Tu n’as pas tort. J’ai déjà travaillé avec Nott pour préparer mes BUSES, et c’est probablement grâce à lui que j’ai un E en Potions. Je vais lui demander d’être mon binôme.

– C’est inutile, protesta Kim. Tu seras avec un Gryffondor, comme tout le monde.

– Il n’empêche que Nott m’a beaucoup aidé et qu’il m’est sympathique, rétorqua Ryan. Un geste de soutien ne fera de mal à personne. La guerre est finie.

– Bonne idée, déclara Alva en fixant Kimberley avec défi. Je vais demander à Blaise ou Draco, moi aussi. Les Serdaigles ne sont pas pourris de préjugés comme les Gryffondors, n’est-ce pas ?

Kimberley poussa un long soupir.

– Je cède. A condition d’avoir Blaise Zabini. Il est beaucoup plus sympa que Malefoy.

Alva haussa les épaules, puis se dirigea vers la table des Serpentards. Les trois huitième année s’étaient installés à un bout, un peu à l’écart, et en la voyant approcher, Draco sourit d’un air narquois :

– Salvakya.

– Pitié, grogna la Russe. Alva. Juste Alva.

Blaise et Theodore éclatèrent de rire, et la jeune fille secoua la tête, amusée malgré elle. Puis elle se pencha vers eux d’un air de conspiratrice :

– Draco, tu es doué en Potions ?

– Oui.

– Super. Binôme ?

Draco haussa un sourcil, ayant probablement réalisé que le nombre de Gryffondors ne le permettrait pas, mais ça ne l’empêcha pas d’acquiescer.

– D’accord.

Blaise les regarda tous les deux d’un air interloqué, puis éclata de rire.

– Eh bien, c’était une affaire promptement réglée !

Alva se retourna. Kimberley semblait encore hésiter, mais Ryan était déjà en train de la rejoindre, mains dans les poches, l’air nonchalant. Arrivé devant les quatre amis, il leur adressa un signe de tête courtois, puis se tourna vers Theodore. Il n’eut même pas à poser sa question : ce fut Nott qui prit les devants :

– Salut, Ryan. Binôme cette année encore ?

– Avec plaisir, Theo.

– N’oublie pas que tu me dois encore douze Gallions.

Ryan grimaça, et se frotta la tête d’un air gêné. Surprenant le regard interrogateur des deux Serpentards et d’Alva, il haussa les épaules :

– Une succession de paris mal placés au Quidditch. Promis, je te rembourserai.

– Tu parie, Theodore ? s’étonna Blaise.

– Seulement quand je suis sûr de gagner, répondit l’autre, rigoureusement impassible.

Ils ricanèrent. Apparemment encouragée par l’absence d’inimité, Kimberley les rejoignit timidement. Les Serpentards retrouvèrent aussitôt leur air froid. Curieusement, cela sembla rendre son aplomb à la brune Serdaigle, qui redressa fièrement le menton, avant de se tourner vers Blaise :

– Zabini, tu n’as pas de binôme, non ?

– Non, répondit tranquillement le grand Noir. Mais je serai enchanté de travailler en équipe avec toi. J’aurais une collègue plus belle que ceux de mes deux amis réunis.

Avec un bel ensemble, Draco, Theodore et Alva le fusillèrent du regard. Ryan se contenta de rigoler. Kimberley se détendit visiblement, et sourit.

– C’est d’accord.

– Tu n’aurais pas un frère dans notre Maison ? interrogea Blaise.

– Si. Valerian Barthemis, première année. Je suis Kimberley Barthemis.

– Je me disais, aussi, que vous vous ressembliez beaucoup, sourit Zabini. A toute à l’heure, alors.

Les réticences de Kimberley semblaient avoir disparues, et alla même jusqu’à lui sourire en retournant vers la table des Serdaigles, suivie d’Alva et Ryan. Les trois amis s’assirent ensemble à la table bleue et bronze, et Cathy les rejoignit peu après, accompagnée de Nathan Aristide et de deux autres garçons dont la Russe ne retint pas le nom. Luna Lovegood compléta le groupe en s’installant à côté d’Alva, avant d’entamer la conversation d’un air rêveur sur les arums.

Cette journée commençait sous les meilleurs auspices.

Au cours du petit-déjeuner, leurs emplois du temps leurs furent distribués. Les huitièmes années avaient Potions durant deux heures et demie, puis Métamorphose. Une grande partie de leur après-midi était libre, et ils avaient ensuite un cours d’Astronomie en commun avec les septièmes années de Poufsouffle et Serdaigle. Ils se hâtèrent de manger, puis se séparèrent pour rejoindre leurs cours respectifs.

C’est devant les cachots qu’Alva fit la connaissance de Slughorn. Le gras professeur de Potion les fit entrer avec un « bonjour ! » jovial et retentissant, les assommant d’un flot de paroles sur le programme, sa joie de les revoir… Il accablait le « Trio d’Or » (Potter, Weasley et Granger) d’attentions, tout comme Zabini, Londubat, ou Smith. En revanche, il semblait gêné quand il regardait Malefoy ou Nott. Et il ignorait carrément les autres.

– On m’a informé que vous deviez vous répartir par deux, claironna-t-il. Placez-vous donc par binôme. Comme vous êtes en nombre impair, il y aura un groupe de trois. Allez-y, allez-y, placez-vous. Je me réserve le droit de changer votre partenaire ou de former les paires s’il y a un problème.

Il y eu un peu de chahut, quelques protestations, mais les paires se formèrent laborieusement. Les Gryffondor étaient presque tous restés entre eux, et Slughorn fit mine de secouer la tête d’un air las, avant de reformer les binômes à sa guise. Zabini fut séparé de Kimberley au passage, et Nott fut placé avec Londubat au lieu de Ryan. Le pire fut quand il plaça Potter avec Draco et Alva, les deux amis échangeant un regard horrifié.

Les bons auspices du petit-déjeuner avant menti.

Une fois cela fait, le professeur Slughorn les parcourut du regard, satisfait. Il avait huit paires et un trio, qui le regardaient d’un air maussade, mais cela semblait le réjouir.

– Bien ! Afin d’évaluer votre niveau, chaque binôme devra préparer une potion différente. Vous en avez la recette dans vos livres. Les ingrédients se trouvent dans ces placards (les placards en question s’ouvrirent) et les potions à préparer, au tableau.

Il fit un discret mouvement de sa baguette, et quelques lignes écrites à la craie couvrirent le tableau noir. Les noms des élèves étaient aux couleurs de leur Maison, ce qui fit sourire Alva. Décidément, à Poudlard, ils n’oubliaient jamais leur vieille rivalité…

Binôme 1. Abbot et Brown : Potion de Réduction.

Binôme 2. Granger et Zabini : Goutte du Mort-Vivant.

Binôme 3. Patil et Patil : Elixir Cérébral.

Binôme 4. Malefoy et Hawking et Potter : Encre de Protection.

Binôme 5. Nott et Londubat : Philtre d’Embrouille.

Binôme 6. Shepper et Barthemis : Poussoss (jusqu’aux pattes d’araignées seulement).

Binôme 7. Sullivan et Hefez : Potion de Vieillissement.

Binôme 8. Smith et Finnigan : Repousse-Peur.

Binôme 9. Weasley et Boot : Elixir de Conservation.

– Encre de Protection ? lut Draco avec une grimace tandis que Potter lisait le reste du tableau. Jamais entendu parler.

– C’est probablement pour un tatouage, dit Alva avec satisfaction. C’est avec l’Encre de Protection que je me suis fait mes « gants ».

– Des tatouages ? répéta Potter en se tournant vers eux.

Alva le toisa, comme pour savoir si ça valait le coup de lui répondre, et finit par lui expliquer brièvement :

– Le Tatouage Runique est une matière enseignée à Durmstrang, qui consiste à intégrer un sort dans le corps d’un sorcier au moyen d’un tatouage. Les motifs sont des runes qui nomment le sort, et l’encre est une potion qui accroit son efficacité. Vous avez vos livres ?

Draco lui montra le sien sans répondre, ouvert à la bonne page. La recette était compliquée. Alva la lut en entier, et pesta :

– Je connais par cœur cette recette… Merlin, c’est pas possible d’être aussi idiots. Ils lisent ça, au moins, les éditeurs ? Ici, c’est huit tours, et non cinq. L’encre de seiche c’est bon pour les gribouillages de Moldu, il faut le mélanger avec du sang de Kelpy muselé. Feu doux ? Non, il faut carrément couper le feu durant dix minutes…

Elle raturait et rectifiait sur le livre de Malefoy tout en parlant, et les deux garçons la fixèrent d’un air interloqué. Finalement, Draco leva les yeux au ciel, attrapa le livre d’Alva et effaça le nom de la Russe sur l’étiquette pour le remplacer par le sien.

– Si tu barbouilles mon manuel, je prends le tien.

– Pas de problème. Potter, tu n’as jamais fait d’Encres ensorcelés d’aucune sorte, non ?

L’Elu secoua la tête négativement, et Alva lui retourna un sourire éblouissant :

– Vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que je fasse la potion moi-même ?

– Aucun, assura Draco en s’installant confortablement.

– Slughorn a dit… commença Potter en même temps.

– Je vais probablement m’injecter ce truc dans la peau avant la fin de la semaine, le coupa la jeune fille en le fixant droit dans les yeux. Si tu veux participer, Potter, tu as intérêt à me faire une encre irréprochable.

Le Gryffondor sembla hésiter, puis céda :

– Dis-moi en quoi je peux t’aider.

Alva le fixa un instant, comme si elle doutait qu’il soit vraiment en train de lui proposer son aide. Finalement, elle haussa les épaules, et prit la direction des opérations :

– Tu peux m’aider à préparer les ingrédients. Draco, essaie au moins d’avoir l’air occupé, lis la recette : le prof approche.

Le Serpentard se plongea dans la lecture, tandis qu’Alva allumait le feu sous son chaudron et que Potter allait chercher les ingrédients dans l’armoire. Durant tout le cours, ils trouvèrent une sorte d’équilibre. Le Gryffondor et le Serpentard s’ignorant royalement, et la Serdaigle fabriquant tranquillement sa potion. Malgré –ou grâce à– ses modifications de la recette, elle obtint un bel encre d’un bleu ciel chatoyant, aux reflets mouvants allant du céladon au bleu marine.

– Je ne savais pas que tu étais si douée en Potions, lâcha soudain Draco vers la fin du cours, profitant que Potter se soit éloigné.

– Je ne le suis pas, sourit Alva. Ça, c’est un Encre, pas une Potion. Différence essentielle.

– Admettons, concéda Draco. Et en Potions, tu es douée, alors ? D’après ce que je sais, tu as assisté…

Il réfléchit au terme le plus juste pour désigner Andreï Netaniev sans le nommer, et finit par lâcher :

– … Un spécialiste.

Alva se rembrunit, et vérifia d’un coup d’œil que personne ne les écoutait.

– Je n’en sais rien. Il me faisait oublier ce que je faisais dans son labo, pour que je ne révèle pas les secrets de ses recherches.

– Oh.

– Comme tu dis. Et désormais, n’en parles plus en public.

Draco resta silencieux un petit moment. Potter les rejoignit à nouveau, faisant mine de ne pas voir l’air sombre d’Alva penchée sur son chaudron. Au bout d’un moment, la jeune fille releva les yeux et adressa à Draco un léger sourire, comme pour s’excuser de sa brusquerie.

– Pour répondre à ta question, je ne suis pas douée pour toutes les potions. Là, c’est une encre que je fabrique depuis que j’ai quatorze ans. Je pourrais la faire les yeux fermés. En revanche, s’il me demandait du Repousse-Peur, je serai aussi désespérée face mon chaudron que… Theodore face à Londubat.

Comme pour approuver ses paroles, le chaudron de Londubat se mit à émettre d’inquiétantes volutes de fumée noire. Malefoy ricana, mais Potter protesta :

– Neville ne le fais pas exprès.

– Alors il fait très bien semblant, rétorqua Draco d’un air hautain.

Les deux vieux ennemis se fusillèrent du regard pendant une poignée de secondes. Alva jeta un regard circulaire autour d’eux. Granger et Weasley fixaient les deux adversaires, l’une avec désapprobation et l’autre avec impatience. Blaise avait froncé les sourcils d’un air inquiet en les regardant à la dérobée. Ryan adressa une grimace catastrophée à la Russe.

Alva se tourna brusquement vers Potter :

– Vas me chercher une fiole, s’il te plaît.

Ils furent obligés de rompre l’échange de regards, et l’Elu se détourna d’un air furieux. Draco le regarda s’éloigner, puis pivota vers Alva, mâchoires crispées.

– Toi non plus, tu n’as pas à te mêler de mes affaires.

– J’aimerai bien, répondit la Russe sur le même ton. Mais tu sais comme moi que ta vie ne tiens qu’à un fil. Et t’en prendre à Potter serait comme donner le feu vert à tes ennemis.

– Tu es parano, chuchota furieusement le blond. Et puis qu’est-ce que ça peut te faire ?

Alva le regarda, indéchiffrable, puis haussa les épaules et se pencha sur son chaudron. Elle avait un sourire en coin que Draco trouva tout à fait insupportable.

– Je t’aime bien.

Draco secoua la tête d’un air totalement halluciné, puis, alors que Potter revenait avec sa fiole, il referma son livre en assénant d’un ton définitif :

– Tu es vraiment trop bizarre.


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