Le parfum des Arums

Le professeur Stensenn

Alva découvrit bien vite que le rôle de binôme –trinôme plutôt– avec Malefoy et Potter n’était pas de tout repos. Ces deux-là se haïssaient de manière viscérale, et, elle-même détestant ce fichu Elu, elle n’était pas très objective. On aurait dit qu’une simple étincelle allait mettre le feu aux poudres.

Sauf que mettre le feu aux poudres, ça serait déclencher une ruée massive d’élèves hargneux droit vers les Serpentards, une sorte de vengeance aveugle et de grande envergure. Déchaîner toute la colère due à la guerre et aux deuils.

Même Potter devrait le savoir. S’il donnait l’exemple en se battant contre Malefoy, alors ça serait la curée. Et l’intégralité des élèves qui avaient souffert de la guerre s’en prendraient aux fils de Mangemorts… Pas seulement Malefoy, mais aussi tous les Serpentards. Parce que leur seul crime était d’appartenir à la mauvaise Maison.

Heureusement, Potter faisait de son mieux pour ne pas lancer de provocation, et Malefoy se murait dans un silence méprisant durant la plupart des cours. Ils arrivaient cependant à travailler ensemble, lorsqu’ils s’absorbaient dans la composition d’un philtre compliqué. Parfois, il arrivait que Draco demande un ingrédient à Potter d’un ton distrait, oubliant momentanément à qui il s’adressait, et le Survivant le lui passait.

Néanmoins, ils n’atteignirent pas ce niveau d’entente dès le premier jour. Loin de là.

Mis à part peut-être le binôme 5, Nott et Londubat, ou peut-être le binôme 8, Smith et Finnigan, aucun binôme ne fonctionnait si mal que le leur. La première semaine fut épouvantable. Ils se parlaient à peine, crachaient les mots comme du venin, s’écartaient le plus possible l’un de l’autre avec dégoût, et ne travaillait pas du tout ensemble. C’était Alva, du coup, qui faisait tout le boulot.

Rapidement, elle se retrouva avec un emploi du temps de ministre.

En premier lieu, elle devait mettre les bouchées doubles en cours, puisqu’elle ne pouvait visiblement pas compter sur ses coéquipiers.

Ensuite, elle avait du retard en Métamorphose. Discrètement aidée par Nott qui se plaça à côté d’elle, elle réussi à suivre le niveau, mais elle douta que le professeur Laughlin soit dupe. La jeune femme était sévère, ne favorisait aucun élève, et Potter avait eu droit à autant de remarques que les autres. Laughlin monta grandement dans l’estime de la jeune Hawking à partir de là.

En Astronomie, elle devait presque tout reprendre de zéro. Heureusement, ces cours-là étaient toujours en commun avec les Serdaigles et les Poufsouffles de septièmes années, et Luna était incollable sur le ciel. Alva et la jeune Lovegood prirent l’habitude de travailler ensemble cette matière, et par la suite, ce fut la base de leur amitié.

Les cours de Botaniques, annulés pour Alva, furent remplacés par des cours particuliers dans ces deux matières. Là, elle ne pouvait pas compter sur Theodore ou Luna. Le professeur Sinistra faisait preuve d’indulgence, mais pas Laughlin. Elle, elle était intraitable, au grand désespoir de la Russe qui sortait de ces cours avec une migraine tenace.

En Sortilège, par contre, Alva fut enchantée de voir qu’elle avait un niveau plus qu’acceptable. Flitwick la complimenta sur son aptitude à saisir les nuances d’un sortilège, même subtil.

Alva se garda bien de lui expliquer que c’était la base même du Tatouage Runique. Elle avait beau être douée, plusieurs des sorts qu’il utilisait lui étaient inconnus : comme dans toutes les matières, elle était beaucoup plus avancés dans certains domaines et très en retard dans d’autres…

Mais s’il y avait bien une matière où elle les battait tous, c’était en Etude des Runes. Cette matière était enseignée par une sorcière âgée à l’air perpétuellement pensive, Bathsheda Babbling. Le niveau d’Alva était celui d’une spécialiste, comme le fit remarquer l’enseignante. Sans conteste. Dès le premier cours, après quelques questions, le professeur Bathsheda lui donna une traduction du niveau ASPICS, à effectuer avant la fin du cours. Alva mit à point d’honneur à l’impressionner, et réussi non seulement à être dans les temps, mais aussi à faire une traduction impeccable. Babbling déclara devant toute la classe que si elle passait l’épreuve avec ça, elle aurait un Optimal.

Granger semblait à deux doigts de se prosterner devant elle.

Mais l’Etude des Runes ne suffisait pas à compenser le reste.

La jeune Serdaigle passait donc une grande partie de son temps libre à rattraper son retard, lisant tout ce qui lui tombait sous la main. Souvent, elle se réfugiait à la bibliothèque, à la même table que les Serpentards quand ils y étaient, où avec Ryan et Luna s’ils avaient des devoirs. Souvent, aussi, elle était seule. Une ou deux fois, Granger s’était installé à la même table qu’elle pour faire ses devoirs de Runes. Elles n’avaient pas échangé plus de deux mots mais, par ce simple geste, la Gryffondor montrait qu’elle n’avait rien contre l’amie des Serpentards, et c’était tout à son honneur.

Du Trio d’Or, Hermione Granger était la moins pire, sans doute.

Et puis, Alva réservait une grande partie de son temps à sa cousine, Cathy. Cette dernière se débrouillait très bien, mais elle était timide et facilement effrayée, au point de ne jamais demander d’explications si elle comprenait mal quelque chose. Tous les soirs, sa cousine lui faisait réviser ses leçons, lui expliquait ce qu’elle n’avait pas compris, l’aidait à trouver des idées pour ses dissertations… Alva finit par connaître son emploi du temps et ses sorts de première année aussi bien qu’elle, et elle s’arrangea pour la croiser de temps en temps dans les couloirs, comme pour lui assurer qu’elle n’était jamais loin. Cathy avait toujours peur d’être seule.

En fait, Cathy avait peur de pas mal de choses depuis l’assassinat de sa mère. Elle était devenue plus timide, plus craintive. Certes, ses nouveaux amis l’aidaient à sortir de sa carapace : parmi eux, Nathan Aristide, un garçon de Serdaigle joyeux et déluré, et Valerian Barthemis, le frère de Kimberley, un Serpentard très protecteur envers elle.

Mais amis ou non, Cathy n’était pas prête à redevenir l’enfant joyeuse et extravertie qu’elle avait été jadis… D’autant plus que certaines personnes lui compliquaient la tâche.

Dont le professeur Stensenn.

Avec son teint de vampire, ses longs cheveux noirs, son air sévère, ses yeux couleur acier, il avait tout d’un adepte de la magie noire d’après les premières années. Stensenn les terrifiait. Il ne faisait de cadeaux à personne, semblait tout savoir et ne rien oublier. Et ses méthodes brutales n’avaient rien de rassurant.

La première fois qu’Alva eut cours avec lui, dès le mardi, elle eut un choc. Ce fut probablement l’évènement le plus marquant de sa première semaine.

C’était un cours de DCFM. Alva, Draco et Potter se placèrent au fond, avec le maigre espoir que le professeur ne prendrait pas l’Elu pour faire la démonstration d’un sort quelconque. Lorsque la porte de la salle de classe claqua derrière eux, tous les anciens élèves de Poudlard sursautèrent, comme s’ils avaient entendu un fantôme.

Weasley, devant eux, émit un ricanement nerveux :

– Pendant une seconde, je me suis cru avec Rogue…

– Silence, lâcha une voix glaciale.

Le silence fut aussitôt absolu. Stensenn rejoignit son bureau, passant entre leurs rangs en les balayant du regard. Il n’y avait que les huitièmes années dans ce cours.

– Pour commencer, lâcha-t-il en leur faisant face, j’ai examiné votre programme des années précédentes. Dieu merci, vos professeurs de troisième, quatrième et sixième années ont à eux seuls réussi à rattraper l’incompétence des autres professeurs de Défense Contre les Forces du Mal…

– Qui étaient ces profs ? chuchota Alva à Draco.

– Un loup-garou, un Auror fou et Rogue, murmura le Serpentard en réponse.

– C’est animé chez vous, commenta Alva.

Fait miraculeux, sa remarque tira un sourire à Potter et Malefoy. L’échange avait duré moins de cinq secondes, et ils se concentrèrent à nouveau sur le discours de leur enseignant :

– … Mais il vous reste des lacunes. D’énormes lacunes. Nott !

Theodore sursauta :

– Professeur ?

– Connaissez davantage de maléfices ou de contre-maléfices ?

Nott réfléchit un instant, puis répondit :

– Davantage de maléfices, professeur.

– Et je pense que c’est le cas pour tous ici. Pourquoi ? Granger !

– Parce qu’un contre-maléfice peut s’appliquer à plusieurs sorts, répondit la Gryffondor sans hésiter. Le charme du Bouclier suffit à se défendre contre plus d’une centaine de sorts mineurs, par exemple.

– Bonne réponse, cinq points pour Gryffondor.

Granger rayonna. Stensenn parcourut la classe du regard, et posa les yeux sur Harry Potter une fraction de seconde de plus.

– Le charme du Bouclier. C’est un exemple très intéressant. Mais quel est son principal handicap ?

Granger fronça les sourcils. Certains élèves se regardèrent, incertains. Potter haussa les sourcils en regardant Weasley, devant lui, et ce dernier lui répondit d’un haussement d’épaule. A nouveau, la voix de Stensenn les fit tous sursauter :

– Hawking !

Alva serra les dents et énonça platement :

– Le charme du Bouclier est temporaire, ce qui est son premier inconvénient. Le second est qu’il empêche aussi celui qui se défend, ou bien la personne à côté de lui, de lancer un sort à ses attaquants. Les sorts ricochent aussi à l’intérieur du bouclier.

– Bien. Pourquoi aucun élève de Poudlard ne connait cette propriété pourtant fondamentale de ce sortilège ?

L’enseignant parcourut les rangs du regard, mais personne ne leva la main. Pas même Granger. Ironique, il les interrogea les uns après les autres.

– Potter ? Malefoy ? Peut-être vous, Abbot ? Ou bien Finnigan ? Non ? Hawking !

La Russe inspira profondément, tandis que Potter lui lançait un regard de commisération. Bon. C’était décidé, elle n’aimait pas son nouveau prof.

– Peut-être parce qu’ils n’ont eu à utiliser ce charme que durant des duels ou des combats brefs ou confus… Parce qu’ils ont utilisé le charme du Bouclier pour repousser temporairement un sort, sans avoir besoin de davantage.

– Quelles sont les autres usages du Bouclier ?

– Il peut être étendu sur une ou plusieurs personnes comme une armure, récita Alva. Il peut durer une heure ou plus, ce qui permet à son porteur de traverser une zone de maléfices… Comme un champ de bataille… Ou un endroit piégé.

Stensenn hocha la tête puis se détourna, et Alva s’affaissa de soulagement. Draco lui donna un discret coup de coude, mais ne lui parla pas. C’était sa manière de lui rappeler qu’il était toujours là. De lui demander ce qui n’allait pas. Pour un peu, on aurait dit qu’il s’inquiétait, songea la Serdaigle avec ironie.

Potter n’avait pas ces scrupules, et se pencha vers elle :

– Où as-tu appris ça ?

– En écoutant mes frères corriger leurs devoirs, murmura Alva. Mais s’il en parle, ça veut dire que…

– Cette année, vous aurez un programme chargé, reprit Stensenn. Vous apprendrez à étendre, modifier et détourner à votre usage les maléfice et contre-maléfices que vous connaissez. L’épreuve des ASPICS consiste souvent en un affrontement contre un examinateur confirmé. Et ce n’est pas un duel bien réglementé où le « Protego ! » ne sert qu’à dévier un sortilège ! C’est un véritable combat, où la défense est aussi important, voir plus, que l’attaque. Cette année, la Défense Contre les Forces du Mal sera un entraînement intensif, sachez-le.

Alva grimaça, puis se tourna vers Draco :

– En d’autres termes, il va nous entraîner à survivre en condition de guerre ou d’après-guerre. C’est ce que font les élèves de Durmstrang qui prennent la spécialité « Magie Noire ».

– Tu veux dire qu’il va nous faire étudier la Magie Noire ? s’inquiéta Potter.

– Il faudrait qu’il soit stupide, siffla Malefoy d’un ton qui insinuait clairement que Potter l’était.

– Non, répondit calmement Alva. Juste les moyens de s’en défendre. Mais c’est au programme de septième année de Durmstrang… C’est très compliqué… Ça nécessite une étude approfondie des sortilèges… Vous allez souffrir.

– Pas toi ? railla Draco.

– Aussi, grimaça la Russe. Mais moins. J’ai déjà les bases.

Forcément, songea Draco, Alva pratiquait la magie noire à un degré plutôt avancé pour son jeune âge…

La plupart des élèves n’avaient pas l’air inquiet, cependant. En écoutant la conversation à mi-voix entre Weasley et Terry Boot, devant eux, Alva comprit que la plupart avaient déjà eu une certaine expérience de l’entraînement au combat grâce à ce qu’ils appelaient « A. D. ».

– Potter. Hawking. Venez au tableau.

Le ton de Stensenn était plus bas, plus grave. Alva et le Survivant échangèrent un bref regard, puis se levèrent. Une fois devant le professeur, ils s’immobilisèrent, et Stensenn désigna l’espace libre entre le premier rang et le tableau d’un signe de tête :

– Vous allez vous affrontez ici. La seule restriction est : ne tuez pas l’autre. Je vais vous enfermer dans une bulle de protection.

Granger se raidit d’un coup :

– Professeur ! C’est une méthode de confinement utilisée pour contrer la magie noire !

– Ce qui fait d’elle la plus puissante, rétorqua le sorcier. Potter et Hawking, vous allez vous battre. Les autres, je veux que vous observiez leur style. Pas le vainqueur et le vaincu, seulement le style. Compris ? Bien.

Il incanta, et une vitre sembla prendre place entre les duellistes et les élèves. Alva fit face au Gryffondor, les doigts crispés sur sa baguette. Elle ne comprenait pas. Pourquoi la forcer à se battre ? Et pourquoi contre Potter ? C’était ridicule, il avait tué lord Voldemort, il était forcément beaucoup plus puissant, c’était la coqueluche de Poudlard…

La coqueluche de Poudlard…

Mais bien sûr ! A Poudlard, Potter n’avait pas appris à se battre à la façon d’un guerrier, d’un vrai combattant. Il savait lancer des sorts et y mettre sans doute une puissance destructrice. Mais esquiver, frapper de ses poings et ses pieds, lancer des pièges, se protéger ? Non. C’était un truc qu’on enseignait dans les dernières années de Durmstrang, la septième et la huitième… Et chez les cinglés comme les Netaniev, évidemment.

La septième et la huitième année de Durmstrang…

Sauf qu’Alva avait quitté la Russie à la fin de sa sixième année. Et n’avait donc jamais fait sa septième année. Si elle faisait la démonstration de son savoir ici, ça lui donnerait un bon alibi pour faire croire qu’elle avait fait sa septième année. Stensenn ignorait que son nom était Hawking et non Netaniev, après tout.

– Prêt, Potter ? crâna-t-elle en lui faisant face.

– Pas trop, non, rigola l’autre d’un air nerveux.

Alva rit jaune… Et, sans prévenir, elle lança un Stupéfix informulé. Potter réussi à le contrer en utilisant le Bouclier et, au même instant, profitant qu’il était occupé, Alva se lança à elle-même un sortilège de Bouclier… Puis bondit vers Potter.

Il ne s’y attendait pas. Il y avait toujours une certaine distance entre deux sorciers qui se battaient : une distance nécessaire pour que les deux adversaires puissent utiliser leurs baguettes sans gêne. Il lança un Impedimenta à la jeune fille : mais même si Alva fut brièvement ralentie, comme si elle avait trébuchée, ce ne fut pas suffisant. Le sort avait ricoché sur le Bouclier qui entourait toujours la Russe. Le Gryffondor eut un temps d’arrêt, stupéfait. Un instant de trop… Car Alva était arrivée sur lui.

Elle lui attrapa la main droite, celle qui tenait la baguette, et lui tordit le poignet. Potter émit un cri de douleur et de surprise, mais ne lâcha pas prise.

Sauf qu’Alva avait encore sa baguette, elle.

Expelliarmus !

La baguette de l’Elu fut éjectée de ses doigts, décrivant une haute parabole… Potter tendit la main pour la rattraper… Nom de Dieu cet enfoiré allait vraiment l’avoir… La baguette redescendait…

Alva ferma le poing et balança un grand coup sous le sternum de Potter.

Le Gryffondor se plia en deux, les yeux et la bouche grands ouverts sur un cri silencieux, incapable de récupérer son souffle. Alva, elle, bondit en arrière pour se mettre hors d’atteinte, et attrapa au vol la baguette, avant de reculer encore… Mais pas assez vite.

Potter se jeta sur elle, et ils roulèrent sur le sol. La Russe poussa un grognement quand son dos heurta la pierre dure, et essaya de frapper tout en lançant des Stupéfix au hasard. Mais le Gryffondor avait prit soin de bloquer son bras qui tenait les baguettes, l’empêchant de les pointer sur lui. Et il était beaucoup plus lourd et musclé qu’elle. Il allait les avoir…

En désespoir de cause, alors que Potter attrapait les deux baguettes, Alva lança sa tête de toutes ses forces en avant.

Coup de boule.

Alva vit trente-six chandelles et une douleur fulgurante lui transperça le nez. Elle devait se l’être tordu ou cassé. Mais elle réussit à se dégager, repoussant Potter sur le côté et roulant hors d’atteinte. Elle tenait toujours les deux baguettes… Non. Zut. Une seule. Celle de Potter. La sienne, c’était ce maudit Gryffondor qui l’avait…

Harry Potter se relevait en tanguant, une main plaquée sur sa mâchoire. Alva, à demi-accroupie parce qu’elle n’avait pas finit de se relever, vit l’occasion parfaite et…

Petrificus Totalus !

… Le Survivant, Celui-Qui-A-Vaincu, Le-Garçon-Qui-Gagne-Toujours, se retrouva pétrifié par le maléfice du Saucisson. Et comme il tenait sa baguette pointée vers le sol pour se relever, il ne pouvait pas lancer de sort vers la Russe.

Cette dernière se précipita –ou plutôt vacilla, son sens de l’équilibre encore très perturbée par le coup qu’elle avait reçut en pleine tête–, lui arracha sa baguette des mains, puis se retourna vers le professeur Stensenn.

L’enseignant hocha gravement la tête et fit disparaitre la bulle de protection, avant de libérer Potter d’un petit coup de baguette négligent.

– Vous pouvez reprendre vos places.

La totalité de la classe les suivaient du regard, les yeux agrandis, dans un silence total. Alva songea avec ironie qu’elle devait être la première fille à donner un coup de tête à Harry Potter. Mais pour le moment, ça lui était bien égal : le sol tanguait dangereusement sous ses pieds, et elle se laissa tomber sur sa chaise avec soulagement.

– J’attends vos remarques, lâcha Stensenn d’un ton tranchant.

Les élèves finirent par détourner les yeux, et Alva laissa tomber son visage entre ses mains. Des gouttes de sang tombaient de son nez sur son pupitre, et elle retint un gémissement catastrophé.

– C’est horrible ?

– Oui, répondit Draco d’un ton neutre. Ton nez est cassé et tu mets du sang partout.

Devant eux, Granger était en train de détailler la manière dont Alva, contrairement à son adversaire, avait utilisé toutes les armes à sa disposition au lieu de se reposer uniquement sur sa magie. Alva ferma les yeux d’un air horrifié.

– C’était vraiment une attaque stupide.

– Mais efficace, marmonna Potter en faisant jouer sa mâchoire. Tu m’as brisé une dent.

– Je tenais à mon nez ! protesta Alva à mi-voix.

Potter soupira, puis pointa sa baguette sur elle. En voyant son mouvement de recul, il soupira :

– Ne bouges pas, je vais te soigner.

La Russe hésita brièvement, puis lui fit face sans bouger. C’était un Gryffondor après tout. Il n’allait pas la prendre en traître.

Episkey. Tergeo.

Une bienfaisante chaleur baigna le visage de la jeune fille. Elle tâta avec précaution son visage, et constata avec soulagement que son nez était de retour, intact. De plus, Potter avait nettoyé le sang sur son visage et un peu partout sur le devant de sa robe de sorcière. La jeune fille lui sourit d’un air un peu incertain :

– Merci, Potter.

Elle avait l’air vaguement incrédule, comme si elle se demandait si c’était bien elle qui était en train de remercier Harry Potter. Draco émit un reniflement méprisant à côté d’elle. Alva tenta de lui écraser le pied en guise de représailles, mais le Serpentard esquiva ave un sourire triomphant. Ce fut au tour de l’Elu de ricaner.

– Potter, claqua la voix de Stensenn. Si mon cours ne vous intéresse pas, dites-le moi.

Le Gryffondor serra les mâchoires et baissa le nez. Satisfait, le professeur parcourut la classe du regard.

– Quelqu’un d’autre que Granger aurait-il une remarque à faire ?

Ryan leva la main.

– Sullivan.

– Le sortilège d’Impedimenta de Harry a rebondit sur Alva. Elle s’est jeté le charme du Bouclier à elle-même, mais je n’avais jamais vu cet usage de ce sort auparavant.

Stensenn hocha légèrement la tête :

– Exact. C’est ce que Hawking vous a expliqué au début de ce cours. Et c’est ce que je compte vous apprendre au long de cette année. Les maléfices et contre-maléfices peuvent être modifiés ou adaptés à nos besoins. Ainsi, le charme du Bouclier peut vous gainer comme une armure. L’inconvénient majeur de ce sort et qu’une fois protégés par le Bouclier, vous ne pouvez plus lancer de maléfices. Hawking !

Alva se redressa sur sa chaise comme un pantin dont on aurait subitement tiré sur les cordes :

– Professeur ?

– Vous avez gagné ce duel. En conséquence, j’accord vingt point à Serdaigle, et je vous dispense de devoirs. Les autres, vous devrez me rendre trente centimètre de parchemin sur les façons dont peuvent être modifiés les sortilèges de défenses ou d’attaques.

– On va passer un temps monstre à la bibliothèque, gémit Weasley un peu trop fort.

– Weasley, ça sera quarante centimètres.

Le Gryffondor devint aussi rouge que ses cheveux et se tu. Stensenn parcourut la classe du regard, mais personne ne pipa mot.

– Le cours est terminé. Vous pouvez sortir.

Au même instant, la cloche sonna.

oOoOoOo

– Ce mec est un grand malade, commenta Blaise.

Accompagné de Granger, il se dirigeait vers la bibliothèque, tout comme le binôme Nott-Londubat et celui Malefoy-Hawking. Les autres élèves avaient préféré trouver un prétexte pour repousser le devoir à plus tard.

Un certain malaise planait sur le petit groupe. Blaise et Hermione, en tant qu’élève flemmard pour l’un et élève studieuse pour l’autre, voulaient en finir au plus vite. Tout comme Nott et Londubat, qui devaient sans doute garder une grande partie de leur emploi du temps à leur devoir de Potions. Quand les deux duos s’étaient trouvés cheminant côte à côte, déjà, le silence s’était fait pesant. Puis Alva et Draco s’était joint à eux –ou plutôt Alva s’était joint à eux, suivie par un Malefoy renfrogné et méprisant– et à présent, on entendait une mouche voler.

Jusqu’à ce que Blaise parle.

– Il me rappelle un prof à Durmstrang, lâcha pensivement la Russe.

– Il vous faisait combattre les uns contre les autres ? s’étonna Nott.

– Entre autres. Les meilleurs étaient récompensés, ce qui est normal, mais les moins bons étaient punis. Au bout d’un moment, la totalité de ses élèves étaient soudés contre lui. C’était le prof le plus détesté de l’école, mais honnêtement, c’était le meilleur.

– Il était prof de quoi ? s’enquit Granger.

– Magie noire.

– Je pensais que tu n’avais pas fait la spécialité magie noire, lâcha Draco.

Il évitait d’avoir une conversation directe avec les Gryffondors, comme toujours. Il ne parlait qu’à Theodore, Blaise ou Alva. Jamais aux autres. Londubat ne s’en plaignait pas, regardant Malefoy avec rancune et dégoût, mais Granger semblait agacée d’être toujours ignorée comme la poussière sur le sol.

– Je ne l’ai pas fait, confirma Alva. Mais mes frères, si.

– Alva, puisque tu en sais plus que nous tous sur ces sorts qui s’adaptent aux besoins, tu ne pourrais pas faire notre devoir ? demanda malicieusement Balise.

– Hors de question, asséna la jeune fille.

– Alors pourquoi t’es là ?

– Parce que Luna m’attends. Je dois faire ce maudit devoir de carte du ciel avant ce soir, sinon Sinistra va me jeter du haut de sa tour. Oh, tiens, au fait, vous savez quand se ferons les sélections pour les équipes de Quidditch ?

– Quelle drôle d’association d’idées, marmonna Theodore. Mais les Serpentards comptent les passer ce samedi. Le tour des Serdaigles ne devrait donc pas tarder à suivre. Dimanche, peut-être…

– Non, le contra Londubat. Dimanche, ce sont les Gryffondors.

– Zut, soupira Alva. Ça veut dire que les Poufsouffles et les Serdaigles devront attendre le week-end prochain.

– Tu joue au Quidditch ? s’étonna Granger.

– Non, mais je suis fan, alors je voudrais les observer. Et toi ?

– Oh, non ! Je n’y connais rien en Quidditch.

– C’est tout à fait criminel ! se récria Blaise. Le Quidditch est le sport le plus génial jamais inventé.

– Je te rappelle que tu ne joue pas, toi non plus, fit platement remarquer Theodore.

– Peut-être, mais je suis un mordu de Quidditch.

– Pas moi, rétorqua Theodore en levant les yeux au ciel. C’est un jeu stupide. Qu’on leur donne un Souaffle à chacun et tout le monde sera content.

Hermione et Neville éclatèrent de rire. C’était un son si incongru que tout le petit groupe se pétrifia, avant de se dévisager comme s’ils découvraient quelqu’un d’autre à la place de leur voisin. Alva faillit en rire.

Les Gryffondors et les Serpentards ne devaient vraiment pas avoir l’habitude de converser de manière civilisée ensemble.

Draco et Alva échangèrent un bref regard. Quoi qu’il se passe, il y avait toujours un fossé entre eux et les autres. Même Blaise, parfois, ne savait comment agir en leur présence.

C’était dur d’être différents.

Différents…

Différents. Différents de ceux qui ont le choix. Différents de ceux qui n’ont pas vu leur maison envahie de tueurs sadiques et leur table de salon couverte de sang humain. Différents de ceux qui n’ont pas entendu les cris de gens qu’on torture à la cave, tout en sachant qu’ils ne peuvent rien faire, qu’ils n’ont même pas le droit de penser à la possibilité d’arrêter ça.

Différents. Différents de ceux qui n’ont jamais sangloté et hurlé en silence, terrifiés, horrifiés, accablés, incapable de s’arrêter de hurler, mais en silence, en silence parce qu’ils ne sont jamais loin. Différents de tous ceux qui n’ont jamais vomi dans leurs toilettes, dégoûtés de leurs actes au-delà des mots. Différents de ceux qui voient des hommes, des femmes et des enfants, des gens, des innocents, des victimes, des martyrs, et qui en font des cauchemars toutes les nuits, au lieu de ne voir que des bêtes à abattre.

Différents.

Monstres sans âme. Traîtres à tous les camps. Bourreaux, assassins, meurtriers. Lâches. Bâtards sans cœur. Parasites. Enfoirés.

Pensent-ils que nous n’avons pas assez souffert, nous aussi ?

La bibliothèque n’était pas loin, et le reste du trajet se fit dans un silence gêné. Là-bas, les tables d’étude étaient presque toutes complètes. Luna se trouvait à l’extrémité d’une grande table, assez vaste pour tous les accueillir, et qui était sans doute la dernière. Avec hésitation, le groupe disparate prit place autour de la table, Alva et Hermione encadrant Luna. Cette dernière les salua tous d’un air aimable et un peu absent, avant de se tourner vers la Russe en lui tendant une carte du ciel.

– Tiens, Alva. Tu dois compléter les noms des étoiles manquantes de mémoire.

La huitième année la fixa d’un air effaré. La carte ressemblait, pour elle, à un tas de points placés de manière aléatoire. Une flèche indiquait le Nord, mais elle n’avait aucune idée des constellations représentées.

– Mon Dieu, gémit-elle. On dirait que Sinistra a secoué un encrier au-dessus de sa carte. Tu es sûre que c’est ça, Luna ?

– Certaine, sourit la Serdaigle.

Alva poussa un soupir à fendre l’âme, tandis que les autres, après avoir déposés leurs affaires, se levaient pour aller chercher des livres. Blaise fit une dernière tentative :

– Si je fais cette carte, tu me fais mon devoir ?

– Jamais de la vie.

– Bon, j’aurais essayé, soupira le Serpentard. Franchement, quel serai le mal si je te donnais un coup de main, hein ?

– Le mal serait que tu aurais réfléchit à ma place, asséna fermement Alva. Et que je n’aurais pas travaillé. Et que du coup ce devoir n’aurait servi à rien.

– Exactement, approuva Granger. Zabini, laisse-la travailler.

C’était une chose surprenante de voir le grand Serpentard élégant obéir à la petite Gryffondor ébouriffée. Draco ouvrit la bouche pour faire une remarque déplaisante, mais Alva, à côté de lui, lui écrasa le pied sous la table et il se tut en lui jetant un regard meurtrier. Ça commençait à devenir une habitude.

– Regarde, dit tranquillement Luna. Le Nord est là. Et la carte est du point de vue de la tour d’Astronomie. Tu devrais pouvoir identifier au moins une étoile et t’en servir comme repère.

Alva se plongea dans la carte du ciel. Elle mit bien dix minutes à trouver l’étoile polaire, mais à partir de là, ce fut plus facile et elle s’absorba complètement dans son devoir. De temps en temps, elle entendait Theodore et Londubat se disputer à voix basse ou hésiter sur un sujet qu’il convenait ou pas d’ajouter à leur devoir. Draco était parfaitement silencieux. Blaise et Granger, eux, chuchotaient de temps à autres, tous les deux si parfaitement calmes et concentrés qu’on n’aurait jamais pensé qu’il s’agissait d’un binôme Gryffondor-Serpentard.

Quand la Russe releva les yeux de sa carte presque complète, elle avait la nuque douloureuse et un début de migraine. Un bref regard à sa montre l’informa que ça faisait bien deux heures qu’elle planchait sur son devoir. Blaise et Granger étaient en train de ranger silencieusement leurs affaires, l’air très satisfaits d’eux-mêmes. Neville et Theodore, au contraire, avaient étalés une dizaine de feuilles de brouillons sur la table et commençaient seulement à écrire leur devoir au propre. Draco avait déjà écrit quinze centimètre de parchemin et consultait un livre, les yeux plissés. Luna enfilait des radis percés de toutes les couleurs sur un fil jaune poussin.

– Tu as fini ? s’intéressa la jeune Lovegood.

– Presque. Et vous ?

– Totalement, fit Blaise avec un sourire éblouissant.

Granger approuva d’un signe de tête. Theodore et Neville, eux, continuaient à écrire frénétiquement. Draco releva le nez de son livre d’un air agacé :

– Presque. Un maléfice peut-il être incorporé dans un contre-maléfice, Alva ?

– Ça dépends, hésita la Russe. Je crois qu’on peut s’entourer d’un Impedimenta pour écarter tout le monde de son chemin, par exemple. Mais je maintiens le sort avec un Tatouage Runique, je ne sais pas si ça marcherait en utilisant simplement un enchantement.

– Ça me suffit, déclara Malefoy en se remettant à écrire. Ces bouquins passent leur temps à se contredire, j’avais simplement besoin d’une confirmation.

Les sourcils d’Alva se haussèrent :

– Et mon expérience de sorcière à peine majeure est une confirmation ?

– Ton expérience d’élève de Durmstrang est une confirmation, rectifia le Serpentard blond avec un rictus moqueur.

– J’hésite entre être flattée et abasourdie, ricana Alva. Dans le doute, je vais être flattée.

– Personnellement je suis abasourdi, gloussa Blaise. Au fait, Alva, tu n’as pas un cours de Tatouage Runique bientôt ? Un tête à tête avec notre professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Tu ne pourrais pas lui faire un peu de pub pour nous ?

Hermione fronça les sourcils, apparemment contrariée par l’idée, et referma son sac d’un geste un peu plus sec qu’il n’était nécessaire. Alva secoua la tête :

– Je ne pense pas être dans ses bonnes grâces. Mais oui, j’ai cours avec lui demain matin, à la première heure. Vous avez Histoire de la Magie, vous, non ?

– Exact, approuva Hermione en mettant son sac sur l’épaule. Cours commun des septième et huitième années.

– On va pouvoir dormir une heure de plus, sourit Blaise. Bon, moi j’y vais, je dois encore me mettre à mon devoir de Botanique. Granger ?

– J’y vais aussi, acquiesça la Gryffondor. Bonne chance, vous autres.

Elle fit demi-tour et s’éloigna. Blaise salua également les élèves qui continuaient à travailler, puis quitta la bibliothèque à son tour.

Alva commença à rouler sa carte du ciel, tandis qu’un lourd silence planait sur le groupe. Brusquement, Luna lâcha d’une voix rêveuse :

– Vous avez vus ? Vous avez été presque polis les uns envers les autres. Tout le temps. Ça fait bizarre. J’aime bien.

– C’est parce qu’on tient à notre moyenne, se défendit aussitôt Draco.

Nott haussa les épaules.

– La guerre est finie. Je ne veux plus me battre. Je ne l’ai jamais voulu de toute façon. Pourquoi ne pas essayer de faire la paix ?

Neville lui jeta un long regard scrutateur, que Theodore soutint. Malefoy renifla avec mépris, et commença à rédiger sa conclusion.

– En tout cas, pour moi, il est hors de question que je partage mon devoir avec Potter.

oOoOoOo

Malefoy tint parole et Potter dut se débrouiller pour son devoir. Alva le sut le lendemain matin, en se rendant dans un cachot aménagé pour le Tatouage Runique. Elle passait devant la classe d’Histoire de la Magie, où se trouvaient le reste des huitièmes années. Potter avait emmené avec lui deux livres sur les contre-maléfices et arborait un air ronchon.

Alva dissimula un sourire et poursuivit son chemin.

Il faisait froid dans les cachots. Froid et silencieux : d’habitude, elle était avec le reste de sa classe, et le brouhaha rendait les lieux moins lugubres. Avec un frisson, elle s’arrêta devant la porte de la salle de Tatouage Runique. C’était une ancienne salle de Potions, jugée trop petite et abandonnée des décennies plus tôt, mais remises en état pour cette année.

Courage, songea-t-elle avec ironie. C’est juste une heure de tête à tête avec un prof sinistre qui te fait penser à un mage noir de Durmstrang.

Elle frappa à la porte. Il y eut un temps de silence, puis une voix froide s’éleva de l’autre côté du battant de bois :

– Entrez.

Alva entra.

La pièce était propre et bien éclairée, comme une salle de Potions. Elle était beaucoup plus petite que la classe de Slughorn et, contrairement à cette dernière, il n’y avait pas de porte pour accéder à la réserve. Tous les ingrédients se trouvaient sans doute déjà dans la salle, à l’abri dans les armoires ou sur les étagères qui bordaient les murs.

Une moitié de la salle était occupée par un alignement d’étagères, comme les rayons d’une bibliothèque, sur lesquelles étaient placés des dizaines d’Encre dans des flacons de cristal aux formes variées. Il y avait de nombreuses places de libres sur les étagères, cependant, ce qui laissa penser à Alva qu’elle aurait d’autres Encres à faire en Potions. Sur les plus basses étagères, au lieu de flacons, c’étaient des grimoires de Runes qui étaient rangés.

L’autre moitié de la salle était sobrement meublée d’un tableau noir et d’un bureau d’enseignant près du mur du fond, ainsi que d’une table de pierre et d’un tabouret au centre. Sur la table, au milieu, il y avait un creux en forme de cercle au-dessus duquel était posé un petit chaudron, à peine de la taille d’un grand saladier. C’était de ce genre de matériel qu’on se servait pour faire de véritables encres ensorcelées : inutile d’en faire une trop grande quantité, comme Alva l’avait fait au dernier cours de Potions. Comme la table était grande, autour du chaudron était disposé tout un tas d’instruments de mesures, de récipients, d’alambics, de tuyaux de verres, de compte-gouttes gravés de Runes… Tous des outils spécifiques à la composition des encres.

Stensenn était assis à son bureau, en train de corriger des copies. Un devoir dès la première semaine… Ce prof était un sadique.

Il ne lui jeta même pas un coup d’œil, terminant d’écrire quelque chose. La Russe s’avança timidement, posa son sac près de sa table, mais n’osa pas s’asseoir. A Durmstrang, on ne s’asseyait pas sans l’autorisation du prof.

Au bout d’une poignée de secondes, Stensenn releva les yeux et posa sa plume. Il hocha la tête, l’autorisant à s’asseoir, et à peine la Russe s’était-elle installée qu’il commença :

– Pour commencer, Hawking, nous allons faire un récapitulatif de vos connaissances. Vous avez suivi les cours du professeur Litovski à Durmstrang, n’est-ce pas ?

– Oui.

– Un homme strict et efficace, commenta Stensenn. Quel est votre niveau en Runes ?

– Optimal pour les ASPICS, professeur.

– En composition des Encres ?

– Je le jugerai plutôt bon.

– Le professeur Slughorn m’a en effet parlé de votre Encre de Protection, lâcha Stensenn en la sondant de ses yeux noirs.

Est-ce qu’il venait de lui faire un compliment déguisé ? Alva n’en cru pas ses oreilles. Mais presque aussitôt, Stensenn fracassa ses espoirs :

– Si la qualité avait été un degré inférieure, je refusais de vous prendre comme élève. Votre niveau est Acceptable, sans plus.

Alva serra les mâchoires. Cette Encre était irréprochable et Stensenn le savait. Il essayait juste de la faire rager –et il y réussissait admirablement bien.

– Votre niveau en Défense Contre les Forces du Mal laisse à désirer, Hawking. Mais votre esprit d’initiative et vos années à Durmstrang sauront compenser, du moins en partie, cette lacune.

Alva se força à ne pas crisper les poings. Très bien. Stensenn avait donc décidé d’être imbuvable avec elle. Non, il avait décidé d’être imbuvable tout court : avec les huitièmes années, il s’était montré tout aussi sec et cassant. Mais durant la DCFM, ils étaient presque vingt. Là, elle était seule pour subir ses sarcasmes.

Stensenn lui rappelait Rogue, songea la Russe avec ironie. Du moins Rogue dans ses mauvais jours. Severus Rogue avait toujours été plutôt aimable avec elle, quand elle l’avait connu.

Enfin, aimable… Dans la mesure du possible.

– Nous allons aujourd’hui tester votre Encre de Protection, déclara l’enseignant en se levant. Vous connaissez le Sixième Glyphe Bleu.

Ce n’était pas une question, mais Stensenn attendait visiblement une réponse. Alva hocha la tête et énonça :

– Les Glyphes sont des motifs runiques spécifiques à un sortilège, le bleu indique la protection basique, et le numéro indique le degré de difficulté du Glyphe. Le Sixième Glyphe Bleu permet une résistance à un sort du niveau d’un Impedimenta.

– Précisément. Ce résultat peut aussi être obtenu par un charme du Bouclier tel que celui dont vous nous avez fait la démonstration hier, Hawking. Avantage du Tatouage ?

– Le Glyphe dure tant que l’Encre n’est pas épuisée. Le charme du Bouclier dure tant que le sorcier maintient sa concentration.

Stensenn hocha la tête puis, comme à regret, donna cinq points à Serdaigle. Au moins, il n’avait pas totalement prit Alva en grippe…

– Vous allez tatouer le Sixième Glyphe Bleu sur ces bandes de peau, indiqua-t-il en désignant ce qui ressemblait à une mince pile de parchemins longs d’une vingtaine de centimètres et large de quinze. Il s’agit de peau de sirène, soyez donc délicate.

La peau de sirène était très fragile mais conservait très bien les sortilèges, d’où leur utilité pour « sauvegarder » un Tatouage. Grâce à un sort, les peaux de sirènes pouvaient être brièvement intégrées dans un corps humain : le sorcier qui utilisait ce procédé se voyait alors marqué par le tatouage contenu sur la peau de sirène. Du moins, jusqu’à ce que le parchemin se désagrège dans son corps, ce qui prenait moins d’une journée.

– Il y a dix-neuf peaux de sirènes, l’informa Stensenn alors qu’elle en saisissait délicatement un. Un pour chacun des huitièmes années, vous compris.

– Nous allons les utiliser ? fit Alva en relevant vivement la tête, interloquée.

Faire un tatouage pour elle, c’était une chose. En faire pour ses camarades de classe, ça en était une autre. Mais Stensenn acquiesça avec un mince sourire.

– Durant le cours de Défense Conte les Forces du Mal de cet après-midi, en effet. Vos amis testeront eux-mêmes votre Encre et vos Tatouages. J’espère pour vous qu’ils seront parfaits. La moindre erreur dans les Runes annule le sort de Protection, vous ne l’ignorez pas.

Alva resta figée, totalement incrédule, hésitant encore entre l’indignation et l’épouvante. Le sourire de Stensenn s’élargit un peu plus.

– Les Encres dont vous aurez besoin se trouvent sur les étagères, Hawking. Qu’attendez-vous ?

Alva passa deux très longues heures. Le Glyphe en question n’était pas très compliqué, mais elle y prêtait deux fois plus d’attention que d’habitude. Quand elle se tatouait elle-même, les gestes venaient naturellement : elle créait la potion, le sort, les runes, liait le tout en elle-même, et ça ne lui avait jamais parut dangereux ou compliqué.

Mais là, c’était différent. Si elle faisait la moindre erreur, le sortilège de protection dans ce Tatouage ne fonctionnerait pas. Et le porteur du tatouage en question serait blessé, peut-être même gravement, par sa faute.

Ça pourrait être Draco, ou Blaise, ou bien Ryan. Ou Theodore, Kimberley, Padma…

Quand elle eut terminé, elle avait mal aux yeux. Il ne restait que quelques minutes avant la fin du cours, mais Stensenn lui fit vérifier deux fois chaque peau de sirène, puis ranger tout le matériel à une lenteur exaspérante.

Elle quitta le cours avec plus de dix minutes de retard, et couru comme une folle jusqu’à la classe de Sortilège. Elle entra juste avant que la porte ne se referme, hors d’haleine, et se laissa tomber plus qu’elle ne s’assit à côté de Ryan.

En Sortilèges, ils n’étaient pas toujours obligés de se placer par binômes, heureusement. Ryan, incroyablement paresseux pour un Serdaigle, se plaçait souvent seul au dernier rang, juste derrière les trois Serpentards, pour passer inaperçu et flemmarder durant le cours.

– Alors ? l’interrogea discrètement son condisciple.

Alva poussa un gémissement à fendre l’âme.

– Il m’a mis la pression, pire qu’en Défense Contre les Forces du Mal. J’ai du préparer des… Bon, mettons, des tatouages de protections… pour chacun d’entre nous. Vous… Non, nous allons les tester au prochain cours, cet après-midi.

– Et ? lâcha Blaise en se retournant, un sourcil haussé.

Mon Encre, mes Tatouages, mes sorts. Si jamais j’ai fait une seule erreur durant tout le processus, adieu la protection –et on va en avoir besoin, avec lui. Il a bien souligné que ça serai de ma faute s’il y avait le moindre accident.

– Il a le droit, au moins, de se servir de nous comme sujet de test ? s’indigna Theodore.

– Aucune idée, mais il ne va pas s’en priver, commenta Ryan. Je te comprends, Alva : si j’avais été à ta place, moi aussi j’aurais eu la pression. Mais tu es une experte, non ? Et tu es dans ma Maison. Je ne pense pas que tu ais fait une erreur.

Alva esquissa un mince sourire, réconfortée. Flitwick commença à leur expliquer les subtilités des sortilèges de maîtrises du vent et des nuages, et Draco, tout en s’étirant nonchalamment, lâcha d’un ton ironique :

– En tout cas, voilà qui confirme ce que tu disais hier, Blaise.

– Ah ?

– Oui. Ce type est un grand malade.

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