Le parfum des Arums

Complices

Ombe se posa près du verre de jus de citrouille d’Alva avec un hululement joyeux. Cathy, assise en face de sa cousine, tendit un bout de ses œufs brouillés à sa chouette, tandis qu’Alva détachait la lettre attachée à la patte de l’effraie.

– C’est de qui ? interrogea Ryan en mordant dans son toast.

Kimberley, assise à gauche de la Russe, tendit le cou pour lire la lettre, et Alva ne fit rien pour la lui cacher. Mais la curieuse reprit vite sa place d’un air déçu :

– C’est écrit en cyrillique.

– Ça vient de Russie ? s’intéressa Ryan.

– Hum, acquiesça Alva en parcourant la lettre des yeux. Une amie de Durmstrang.

– Et ça dit quoi ?

– Rien qui te regarde.

Ryan grogna, et se resservit en jus de citrouille. Kim gloussa. Le jeune Sullivan avait beau être doué en Runes et connaître deux ou trois langues européennes, il était incapable de lire le russe, et ça devait le frustrer.

Padma, à côté de Kim, leva les yeux vers le ciel enchanté :

– Ah, le journal !

Au même moment, Le Chicaneur tomba entre les deux Hawking.

– Ah, cool, fit Alva en rangeant la lettre dans sa robe. C’est bon, Ombe, rentre te reposer.

L’effraie lui mordilla affectueusement le doigt, puis s’envola dans un bruissement inaudible. Nathan Aristide, le voisin de table de Cathy, regarda Alva d’un air surpris tandis que celle-ci dépliait le journal :

– Tu es abonnée au Chicaneur, sérieusement ?

– Il a été le seul journal à dire la vérité quand Tu-sais-qui avait le Ministère à sa botte, répondit tranquillement Ryan. Mais j’avoue que, maintenant, je ne sais pas si on peut s’y fier… Regarde, à la une, il y a une histoire comme quoi Dumbledore aurait été en réalité un demi-elfe.

Padma plongea dans son jus de citrouille, hilare. Alva conserva un sérieux irréprochable en rétorquant :

– Et en page trente-six, ils disent qu’une sorcière a été agressée et presque tuée par un groupe d’allumés…

– Ils disent ça aussi dans la Gazette, souligna Terry qui lisait le quotidien en question.

– Oui, mais ils ne précisent pas que la victime était une Sang-Pur, dont le frère est soupçonné d’être un partisan de Tu-sais-qui, et que ses attaquants on dit qu’ils agissaient au nom d’Harry Potter.

Ça jeta un froid sur la table. Les agressions de ce type étaient assez courantes, mais la Gazette les passait toujours sous silence.

Puis Nathan haussa les épaules :

– Des allumés, il y a toujours eu, et il y aura toujours. Cathy, il va falloir y aller, on a Stensenn en première heure.

Alva sourit, et se replongea dans sa lecture.

Elle commençait peu à peu à se faire à Poudlard. Les profs et leurs habitudes, les horaires, les tonnes de devoirs, les cours houleux, les amitiés, la routine, les disputes entre les différentes Maisons.

Stensenn continuait à distribuer les devoirs selon les résultats de chacun. Cathy s’en tirait relativement bien, comme Alva…. Ce qui n’était pas le cas de tous les huitièmes années.

Weasley, Londubat et Finnigan, à Gryffondor, et Zacharias Smith de Poufsouffle, étaient souvent chargés de vingt centimètres de parchemin ou d’une étude de plus que les autres. Les deux Patil, qui se laissaient souvent distraire, Draco et Potter qui se provoquaient à mi-voix, ou Theodore qui était trop timide pour être un combattant agressif : eux aussi avaient, plus ou moins régulièrement, leur dose de devoirs en plus. Les autres s’en sortaient mieux.

Terry Boot, Blaise, Alva, Hermione Granger et Hannah Abbot étaient les seuls qui n’avaient pratiquement jamais de devoirs supplémentaires. La Russe en profitait pour rattraper son retard dans les autres matières.

En cela, elle s’améliorait très vite. Stensenn avait beau être désagréable avec tout le monde, il ne lui ôtait jamais un point. La DCFM et le Tatouage Runique devinrent vite les matières dans lesquelles elle était la plus douée. En Métamorphose, elle rattrapait laborieusement son retard. En Astronomie, ses progrès étaient plus rapides, mais encore trop lents à son goût. Heureusement, grâce à l’aide de Ryan Sullivan et Luna Lovegood, ses meilleurs amis à Serdaigle, elle regagnait de plus en plus vite le niveau des ASPICS.

La seule chose qui contrariait hautement Alva, c’était les tensions inter-Maisons. C’était injuste, stupide et puéril, cette idée de séparer l’école en quatre. Comment le monde sorcier était-il censé être uni, avec cet exemple dès la scolarité des jeunes sorciers ?

Néanmoins, elle s’efforçait de positiver. La situation aurait pu être pire… Les Gryffondors passaient leur temps à insulter et provoquer les huitièmes années de Serpentards, mais ces derniers ne répondaient jamais aux provocations, et ça s’arrêtait là. Potter ne faisait rien pour faire cesser ce manège, mais il ne l’encourageait pas non plus, heureusement. Au contraire, Ronald Weasley adorait cracher son venin dans le dos des trois huitièmes années. Seule Granger avait la tête sur les épaules, et quand elle tombait sur une de ces scènes, elle ordonnait férocement à chacun de se mêler de ses affaires. Alva prit l’habitude de travailler avec elle et Zabini, en cours de Runes, et se mit même à lui sourire avec sympathie.

Granger valait bien mieux que les autres Gryffondors.

Ils étaient en mi-septembre. C’était le moment des sélections pour les équipes de Quidditch de Serdaigle. Chez Gryffondor, Potter était l’Attrapeur, sans surprise. Chez les Serpentards, malgré l’hésitation des autres joueurs, c’était Draco qui s’était montré le meilleur candidat à ce poste. Et chez les Poufsouffle, le rôle d’Attrapeur revenait à un quatrième année : Cyprien Edmundo. Les Serdaigles étaient les derniers à faire leurs sélections.

Alva était fan de Quidditch, mais elle jouait comme un pied. Elle alla néanmoins regarder les sélections avec Luna, pour voir comment volait sa Maison –ou regarder les Nargoles, au choix.

Dans le stade, il y avait foule. Le Capitaine, l’Attrapeur de l’équipe, était un sixième année du nom Christopher Michelis, au teint hâlé, aux yeux très noirs et à l’air concentré. Il faisait le tour des candidats afin qu’ils se présentent, et n’accorda pas la moindre attention aux deux spectatrices qui venaient d’arriver. Haussant les épaules, Alva alla s’installer, suivit par Luna qui regardait en l’air.

– Hey, Alva !

Elle releva vivement la tête. A deux rangs d’elle, Ryan lui adressa un sourire lumineux, puis la rejoignit à grands pas.

– Rassure-moi, Alva, tu ne veux pas être Gardienne.

– Non, je suis là en touriste.

– Ouf ! s’exclama théâtralement son ami en s’asseyant près d’elle. Je n’aurais pas à craindre que tu me piques mon poste.

Alva sourit, puis parcourut les gradins du regard, cherchant à reconnaître un visage familier. Kimberley était là, elle aussi, adossé aux gradins près du Capitaine. Terry Boot, tout seul un peu à l’écart, semblait rêvasser. Hugo Chambers, en sixième année, et Anthony Goldstein, en septième année, se trouvaient une dizaine de sièges plus loin.

– Kim et Hugo étaient déjà Poursuiveurs l’année dernière, expliqua Ryan en la voyant observer les autres Serdaigles. Il est probable qu’ils le seront cette année aussi, et Terry veut aussi tenter sa chance : je crois que c’est lui qui sera choisis comme troisième Poursuiveur. Anthony voudrait être Batteur, et je pense qu’il serait plutôt bon. Pour les Attrapeurs, il n’y a pas de sélections, c’est le rôle de Chris….

La voix de Christopher Michelis, peut-être amplifiée pour l’occasion, résonnait justement dans tout le stade :

– Tout le monde dans les gradins sauf les candidats au poste de Batteurs ! On se bouge !

– Admirons le spectacle, ricana Ryan.

Ils étaient cinq à postuler pour le rôle de Batteur. Christopher leur donna une batte à chacun, et lâcha les Cognard en leur ordonnant d’essayer de les faire passer à travers les buts, afin de tester leur habilité. Deux d’entre eux faillirent se faire tuer par les Cognards, et un coup de batte accidentel blessa un sixième année, mais il n’y eut aucun accident grave. Anthony était très bon : il fut le premier choisi par Christopher. Son deuxième choix se porta sur un troisième année plutôt grand pour son âge, aux biceps musclés, du nom d’Ethan Tridavad.

Ce fut ensuite le tour des Poursuiveurs. Kimberley était agile et vive, mais elle avait un mauvais balai : ça n’empêcha pas le Capitaine de la choisir, avec Hugo Chambers et Terry Boot.

La sélection du gardien fut rapide : il n’y avait que trois candidats, dont Ryan. Le Serdaigle de huitième année était très doué. Rapide, vif, assez costaud pour stopper un Souaffle lancé par Chambers. Sans surprise, ce fut lui qui fut choisi.

Etant donné que Christopher Michelis gardait son poste, les sélections étaient finies, et les candidats commencèrent à partir. Alva sauta de son gradin et rejoignit Ryan, en bas, avec enthousiasme :

– Génial ! Tu m’avais pas dit que tu étais aussi fort !

– C’était évident, sourit le jeune homme. Je suis parfait.

Alva fit mine de lui donner un coup de poing, aidée par Kim qui s’était approchée par derrière pour essayer de faire une prise catch à Ryan. Christopher Michelis, l’air blasé, les sépara en faisant mine d’étrangler Kim.

– Brute, marmonna la jeune Barthemis en se dégageant. Tu ne joue pas au Quidditch, Alva ?

– En fait, si, avoua la jeune fille. Mais je suis nulle.

Ryan ricana, et le Capitaine de l’équipe, amusé, tendit la main à la Russe.

– On n’a pas été présenté. Je suis Christopher Michelis. Et toi, Salvakya Hawking, c’est ça ?

– Appelle-moi Alva. Salvakya, c’est vraiment un nom épouvantable.

Son Capitaine sourit jusqu’aux oreilles, amusé.

– Alors appelle-moi Chris.

Alva serra la main tendue, constant avec amusement que Chris était un peu plus petit qu’elle. Puis le Capitaine se détourna, s’adressant à sa nouvelle équipe de Quidditch :

– Je veux avoir vos emplois du temps ce soir. Je serai dans la salle commune. Je m’arrangerai pour qu’on ait entraînement au moins deux fois par semaine, et des horaires qui ne gênent pas notre travail. Kim, il faut que tu pense à changer de balai : parles-en à Bibine ou à Flitwick. Tous ceux qui passent leurs ASPICS à la fin de l’année, c’est-à-dire Ryan, Kim et Anthony, vos entraînements seront diminués à partir d’Avril et vous devrez alors me dire si vous comptez arrêter le Quidditch pour réviser.

On ne plaisantait pas avec le travail scolaire chez les Serdaigles…

– Pas de questions ? poursuivit Chris. Bon, très bien. A ce soir dans la salle commune, alors. Rompez !

Et les Serdaigles se dispersèrent comme une volée de moineaux. Kim rejoignit Ryan et Alva, eux-mêmes rattrapés un peu plus loin par Luna et son éternel air rêveur, et ils prirent tous les quatre le chemin du château.

– Félicitations à vous deux, dit Luna avec un sourire absent.

– Merci, merci, rigola Ryan. Je m’y attendais, je suis le meilleur.

– Crétin arrogant, se moqua Kim.

Alors qu’ils revenaient vers Poudlard, ils croisèrent les trois Serpentards assis sur un banc sous un arbre. Il faisait frais, trop pour étudier dehors ou flâner, et Alva devina que leur présence n’était pas fortuite. Ils l’attendaient, elle, et un irrépressible sourire s’accrocha à ses lèvres.

Blaise referma avec un claquement feutré le livre qu’il était en train d’étudier, Theodore scuta les trois Serdaigles avec avidité, et Draco haussa un sourcil narquois :

– Alors ? Ils volent bien ?

– Bien sûr, c’est ma Maison, sourit la Russe. Prépare-toi à la défaite, Malefoy !

Draco se contenta de ricaner, et Theodore soupira avec indulgence. Blaise tourna la tête vers les trois autres Serdaigles, et interrogea à la cantonade :

– Et vous ?

– Je suis Gardien, déclara fièrement Ryan. Kim est Poursuiveuse. Vous allez souffrir.

– Je meurs de peur, lâcha Draco d’une voix traînante.

Ils s’étaient levés de leur banc et les raccompagnaient vers Poudlard. Luna commença à discuter avec Theodore d’un complot ministériel pour dominer le monde grâce à une maladie des gencives, et Kim se mit à discuter Quidditch avec passion, écoutée par Ryan et Draco. Blaise, lui, se pencha soudain vers Alva et chuchota :

– Tu penses toujours à fabriquer ces parchemins argentés ?

La Russe n’eut besoin que d’une seconde pour se souvenir des papiers enchantés et connectés entre eux qu’elle leur avait montrés dans le Poudlard Express. Elle hocha gravement la tête :

– La potion à préparer se fait en un peu plus d’un mois, et je vais avoir besoin de matériel. Tu serais prêt à me donner un coup de main ?

– Si je peux avoir une de ces merveilles, évidemment, assura le métis avec un grand sourire. Tu auras besoin de quoi ?

– Je te donnerai une liste. Mais j’ai avant tout besoin d’un lieu où personne ne va, pour préparer ça.

Alva sursauta brusquement lorsque Draco, juste derrière elle, se pencha à son oreille pour lui glisser discrètement quelques mots.

– Toilettes de Mimi Geignarde, au deuxième étage.

Puis il se recula et reprit avec naturel sa discussion avec les deux Serdaigles, un pas derrière les deux comploteurs. Blaise eut un sourire approbateur.

– Tout à fait. Je te montrerai ça, Alva.

La Russe hocha la tête avec satisfaction, puis elle et Blaise ralentirent le pas pour se mettre à la hauteur des amateurs de Quidditch. Ils retournèrent au château ainsi, en un groupe serré de sept, ignorant les regards mauvais ou désapprobateurs. Seul Kim parut brièvement mal à l’aise, avant que Theodore n’embraye sur le sujet de la Défense Contre les Forces du Mal et des difficultés qu’il y rencontrait, sujet sur lequel elle le rejoignait totalement.

Finalement, tout n’était pas perdu pour l’entente entre les Maisons.

oOoOoOo

– Je vais me pendre, annonça platement Ryan en s’asseyant à côté d’Alva.

Ils étaient début octobre, à présent, et le froid se faisait de plus en plus présent dans les couloirs de pierre du vieux château. La bibliothèque était néanmoins toujours agréablement chauffée, au point d’induire souvent une douce somnolence chez ceux qui s’y étaient réfugiés. Mais pas chez tous : Granger, Blaise, Alva, Padma Patil et Anaïs Hefez, qui travaillaient ensemble leurs Runes –avec Ryan, ils étaient les seuls huitièmes années à étudier cette matière–, relevèrent tous le nez de leurs grimoires à l’arrivée du Serdaigle blond.

– Tu étais en retenue chez Stensenn, non ? demanda Hefez avec sollicitude.

Anaïs Hefez, plus noire de peau encore que Blaise, était le binôme de Ryan. Plutôt raisonnable et discrète pour une Gryffondor, d’un calme et d’une logique à toute épreuve, elle s’entendait bien avec la plupart des gens mais ne cherchait jamais à créer de liens profonds avec personne. Elle était aimable et polie, mais restait distante, préférant ses livres aux autres êtres humains. Seul Ryan parvenait à percer sa carapace.

– Oui, grogna Ryan en posant ses coudes sur la table et le menton dans ses mains. Quelle plaie, ce type.

– Harry et Ron étaient en retenue aussi, émit Granger avec un reniflement hautain. Ces deux-là…

Puis elle posa les yeux sur Blaise, sembla se rappeler qu’elle était censée soutenir ses deux amis au lieu de ruminer contre eux, et replongea dans son livre avec un soupir.

– Et aussi Neville et Seamus, indiqua Anaïs en fronçant les sourcils.

– Ainsi que Zacharias Smith à Poufsouffle, ajouta Padma. Ce professeur s’acharne sur ses élèves.

– On perd un temps fou à nettoyer la salle, ranger des salles vides, chasser Peeves ou affaires du même genre, s’exaspéra Ryan. Je préférerais encore des lignes à copier. N’importe quoi d’utile. Ça me rends malade, ces heures de colles dignes d’un première année, c’est comme s’il nous prenait notre temps pour le simple plaisir de savoir qu’on va devoir le rattraper !

– Ce type est un malade, approuva gravement Blaise.

– Tu te répètes Zabini, lâcha Alva avec un sourire en coin.

Ryan, toujours remonté contre leur enseignant, ne les écoutait pas :

– Même les anciens membres de l’A.D. commencent à peiner. Il nous faudrait deux fois plus d’heures de cours pour apprendre correctement. Il va trop vite, explique peu ou même pas du tout, et ne pardonne aucune faute. C’est une ordure, ce mec. A croire qu’il veut qu’on se motive à devenir bon pour avoir une chance de lui fracasser le crâne !

– C’est quoi, l’A.D. ? interrogea innocemment Alva.

Hermione releva la tête de son livre avec un mince sourire, une étincelle de fierté dansant dans ses yeux noisette.

– Association de Défense. Une sorte de club de soutien des cours de Défense Contre les Forces du Mal, que nous avons mis en place en cinquième année. Notre professeur de l’époque nous interdisait de nous entraîner, alors nous avons appris seuls.

– Comment avez-vous fait ? s’intéressa la Russe. Vous n’aviez pas de locaux, de matériel, de professeur je suppose, non ?

– C’était Harry le professeur, sourit Padma. Quand à la classe…

Elle se tut un instant, hésitant visiblement à parler. A la surprise générale, Draco, surgissant du rayon de livres près duquel se trouvait leur table, répondit pour elle d’une voix traînante :

– Il y a à Poudlard une salle qui apparait quand on le souhaite et qui prends l’aspect et la taille qu’on désire. Potter la connait. Je suppose que c’est celle-là que vous avez utilisé.

Granger et Padma eurent un instant d’hésitation, puis hochèrent imperceptiblement la tête.

– D’où tu sors ? s’ébahit Blaise.

– De là, répondit railleusement le Serpentard. J’ai une dissertation de Métamorphose à finir. Je peux m’asseoir ?

Granger hésita, Hefez et Padma se regardèrent, mais Zabini acquiesça aussitôt. Malefoy tira la chaise à côté de Ryan et s’y assit, posant sur la table le grimoire qu’il venait d’aller chercher dans les rayonnages poussiéreux. « Métamorphoses Humaines et Inhumaines ».

– Bref, reprit Alva. Vous avez pu vous créer une sorte de… cours intensif de Défense Contre les Forces du Mal ? Sous le nez des profs qui ne voulaient pas que vous vous entraîniez ?

– Oui, répondit Granger avec une once de fierté dans la voix. Ils ne l’ont jamais découvert.

– Du moins jusqu’à ce qu’un membre cafarde, souligna Draco distraitement.

– Cafarder est le mot juste, fit Hermione avec une sombre satisfaction. Elle ne l’oubliera pas de sitôt.

Draco esquissa son mince sourire narquois habituel, et ouvrit son livre sans répondre. Blaise et Anaïs observaient l’échange avec intérêt : Granger et Malefoy qui discutaient tranquillement sans s’insulter, quel scoop !

Lorsque Hermione s’en rendit compte, elle replongea dans sa traduction de Runes. Ryan rumina encore son mécontentement quelques instants puis, en bon Serdaigle, sortit ses Runes et Padma poussa ses notes vers lui pour qu’il rattrape ce qu’ils avaient fait.

Alva, elle, s’adossa à son dossier d’un air pensif.

– Un club de soutien en Défense… Ça serait utile, cette année.

– Tu plaisantes ? s’étouffa Blaise. Je n’ai jamais vu un prof aussi axé sur la pratique que ce cinglé de Stensenn ! Avec lui, c’est la théorie qui ferait presque défaut !

La Russe rigola quelques secondes, puis reprit son sérieux.

– Il faudrait un club pour approfondir la théorie et s’entraîner davantage. Nous avons cinq heures de cours avec lui toutes les semaines. C’est bien pour des cours normaux, mais pas pour les véritables tournois qui nous laissent à chaque fois au bord de l’évanouissement. Theodore tremblait de fatigue au dernier cours, j’ai cru qu’il allait faire un malaise.

– Ah bon ? s’étonna Blaise. Il allait plutôt bien en Potions, après.

– Oui, répondit distraitement Alva. Je lui ai fait un Tatouage Runique d’endurance parce qu’il ne voulait pas aller à l’infirmerie.

Blaise se redressa si brusquement qu’il heurta la table et que Padma, perdant sa ligne des yeux, lui lança un regard furibond. Le Serpentard n’y prêta aucune attention.

– Tu l’as tatoué ! s’exclama-t-il d’un ton incrédule. Et il t’a laissé faire ? Pourquoi ? Où ? Comment ? Quand ? On a eut moins d’un quart d’heure entre les deux cours, dont dix minutes pour faire le trajet !

Alva leva les yeux au ciel.

– J’étais inquiète pour lui. Les runes de l’endurance ne nécessitent pas grand-chose. De l’encre normale sur laquelle on a lancé un sortilège peut très bien faire l’affaire, si les Runes ne doivent être maintenues qu’une heure ou deux. Je connais ces tatouages-là par cœur : il m’a fallu trois minutes pour enchanter l’encre et tatouer Theodore dans la nuque.

– Et il a accepté ?

– C’était ça ou bien je l’envoyais à l’infirmerie. Il était vraiment mal, mais il ne voulait pas sécher un seul cours. Je ne lui ai pas trop laissé le choix.

Blaise secoua la tête d’un air incrédule, puis croisa les bras.

– Et pourquoi moi, je n’ai pas droit à un tatouage pour être plus performant, comme lui ?

– Parce que c’est comme une potion ou un sort pour augmenter ses capacités, asséna la Russe. C’est de la triche. Je ne le ferais que s’il n’y a pas d’autre solution, point.

Blaise protesta avec mauvaise foi, puis, au bout d’un moment, renonça. L’air bougon, il se replongea dans ses Runes. Draco, qui avait observé le dialogue avec amusement, se concentra lui aussi sur ses devoirs. Pendant plusieurs minutes, on n’entendit plus rien à cette table, les élèves restant religieusement plongés dans leur travail.

Puis Alva releva la tête.

– Pour en revenir à ce que je disais, former un club de soutien serai une bonne idée.

– Pitié, non, grogna Ryan.

– On réviserait nos cours et on pourrait s’entraider, continuait la jeune fille en réfléchissant. Stensenn interdit l’entraide durant ses cours afin de nous apprendre à nous battre en autonomie, mais jusqu’à preuve du contraire, nous sommes encore dans une école. Et pour apprendre, les conseils ne sont jamais inutiles.

Hermione et Draco avaient relevés le nez de leurs livres et l’observaient, l’une avec intérêt, l’autre d’un air indéchiffrable. Sans leur prêter attention, la Russe poursuivit :

– Il faudrait faire des exercices physiques pour améliorer l’endurance de certains, apprendre des sorts pour dénouer les muscles ou diminuer temporairement la fatigue. Se conseiller entre élèves, changer les binômes pour augmenter notre expérience, étudier le programme afin de s’y préparer… A Durmstrang, on avait un cours optionnel réservé à cela. Les élèves le suivent jusqu’à ce qu’ils soient aptes à supporter seuls les cours les plus intensifs et là-bas, il y a des matières où Stensenn passerait pour un laxiste.

Alva reposa son regard sur la table et parut surprise de voir que tous l’observaient avec intérêt. Granger lui adressa un sourire, puis regarda autour d’elle et avança prudemment :

– Mais ici, il y a quatre Maison. Une association comme celle dont tu parles ne fonctionnerait pas.

Alva la fixa une seconde, le temps de saisir tout le sens de sa remarque. Lentement, une sourde colère se remit à gronder en elle. Décidemment, les anglais étaient bien décevants. Sectaires envers et contre tout.

– C’est le concept d’échange ou celui de tolérance qui te pose problème, Granger ? lâcha-t-elle d’un ton sec. Évidemment, ce genre de club n’accepterait pas n’importe qui. Ceux qui ont un problème de racisme n’auraient même pas le droit d’approcher.

Hermione n’aurait pas eu une expression différente si Alva l’avait frappé. Blaise, Padma et Ryan semblaient s’être changés en statue, Anaïs avait l’air choquée, et Draco était figé, son regard allant de la Russe à Granger.

– Je n’ai pas… bredouilla la née-Moldu. Comment peux-tu… Je n’ai jamais dit ça !

– Pourtant tu le penses, non ? laissa tomber Alva d’un ton tranchant. Que c’est utopiste de penser que des huitièmes années se comportent comme des adultes entre eux, sans s’arrêter au fait que l’autre porte un uniforme avec des couleurs différentes ?

– Je ne…

– Vous les anglais, vous pourrissez les sorciers dès l’enfance, lâcha la Russe d’un ton écœuré. La division entre les Maisons, est-ce que ça a une autre utilité que d’insuffler la rivalité et la méfiance entre vous ? Tout ce que vous y gagnez, c’est de devenir racistes, rancuniers et obtus. De bons pions bien malléables. Diviser pour mieux régner, ce n’est pas ça le proverbe ?

– T-tu ne… bafouilla Hermione. Ton raisonnement est…

– Faux ? Non, je ne pense pas. Durmstrang faisait la taille d’une ville et nous étions cent fois plus nombreux et plus différents que vous, nous venions de toute l’Europe de l’Est et même de l’Asie… Mais nous étions mille fois plus unis que ne le sont les élèves de Poudlard.

Hermione était en train de s’étrangler d’indignation et d’humiliation. Le ton sec et froid de la Russe trahissait sa rancœur. C’était un sujet qui la travaillait depuis longtemps et qu’elle n’avait toujours pas digéré. Et le pire, c’était que ses arguments étaient difficilement réfutables : depuis toujours, la séparation entre les Maisons n’avait causé que tensions et conflits.

Il y eut un silence lourd de tension. Blaise posa ses deux mains à plat sur la table puis, après un regard prudent aux deux Gryffondor, il sourit à la Serdaigle.

– Moi, ça m’intéresserait. Apparemment, ça ne te gênerai pas de bosser avec un Serpentard.

– Ça ne me dérangerait pas du tout, Blaise. Je n’ai aucun préjugé, moi.

Alva parcouru la table du regard, comme si elle les défiait tous du regard. Padma leva les mains comme si elle était en état d’arrestation, Anaïs ouvrit puis ferma la bouche sans dire un mot, Draco lui rendit tranquillement son regard d’un air froid, Ryan la fixa avec des yeux ronds, et ce qu’Hermione allait dire s’étrangla dans sa gorge sous le feu du regard de la Russe. Alva émit un reniflement méprisant, puis se leva, rassemblant ses affaires. Son devoir de Runes n’était qu’à moitié fait, mais elle le fourra quand même dans son sac, parcourant la table du regard avec hauteur :

– Je m’en vais. Si vous êtes intéressés, j’ai une certaine expérience des cours de Durmstrang. Et moi, je ne m’arrête pas à vos stupides conflits entre dortoirs.

D’un geste brusque, elle jeta son sac sur son épaule, et s’éloigna. En quittant la bibliothèque, elle bouscula deux Gryffondor de cinquième année qui venaient d’entrer.

Il y eut un silence, puis Blaise esquissa un sourire mi-figue mi-raisin.

– Elle a un caractère épouvantable, non ?

– Très prompt à l’indignation et la colère, même pour un rien, approuva Ryan qui venait de retrouver l’usage de la parole. C’est très Gryffondor… Sans vouloir vous vexer, Anaïs, Hermione.

Draco resta silencieux, mais l’amusement dansait dans ses yeux gris. Gryffondor, Alva la fille de Mangemort ? Rien n’aurait pu être plus éloigné de la vérité. Elle était révoltée parce qu’elle était concernée, même si les autres élèves l’ignoraient. Elle n’était pas altruiste au point de s’engager dans ce combat s’il ne la regardait pas.

Granger, incapable de se concentrer sur son travail, rangea ses affaires et quitta la bibliothèque quelques minutes plus tard. Hefez, seule Gryffondor à la table, ne tarda pas à la suivre. Et Padma, après un regard d’excuse, se leva à son tour lorsque son petit ami se montra à la porte de la bibliothèque. Ne resta que Ryan, Blaise, et Draco.

– Vous pensez qu’elle était sérieuse en parlant de ce club ? laissa tomber Ryan au bout d’un moment.

Draco haussa un sourcil sans rien dire, et Blaise haussa les épaules.

– Peut-être. Tu serais intéressé ?

– Sans doute.

– Les aigles ne se mélangent pas aux serpents en règle générale, laissa tomber Malefoy.

Ryan haussa un sourcil :

– Vraiment ? Alva devrait vous avoir prouvé le contraire. Et moi non plus, je n’ai aucun problème pour travailler avec des Serpentards.

Leur discussion s’arrêta là. Mais par la suite, Ryan Sullivan se joignit régulièrement aux Serpentards lorsqu’ils travaillaient à la bibliothèque.

Le projet de club de soutien parut être oublié. Alva ne le mentionna plus, et personne ne ramena le sujet sur le tapis. En Etudes de Runes, Blaise raconta que Granger et Alva étaient en froid et ne s’adressaient plus la parole : la Gryffondor avait fait quelques tentatives pour s’expliquer calmement avec la Serdaigle, mais cette dernière l’avait rembarrée sèchement à chaque fois. Granger finit par cesser d’insister, se bornant à être aussi polie et glaciale avec la Russe que cette dernière l’était avec elle.

Cette attitude se faisait ressentir en cours. Potter était lui aussi plus distant avec Alva, tout comme Weasley. Granger ne leur avait sans doute pas dit la raison de ce changement d’attitude, sinon ils se seraient tous les deux précipités sur la Russe pour défendre leur amie. Mais ça ne les empêchait pas de toiser la Serdaigle avec une suspicion nouvelle.

Le mois d’octobre s’écoula lentement, rythmé par les cours, les retenues et les entraînements au Quidditch –le premier match, Gryffondor-Poufsouffle, se solda par la victoire des Gryffondor avec quarante points d’avance.

Cathy écopa de sa première heure de colle, avec Rusard, pour avoir croisé son chemin au mauvais moment : Alva mit un puissant laxatif dans le repas du concierge en représailles, s’attirant l’admiration unanime de sa Maison pour cette vengeance. Harry Potter reçut une moyenne de six lettes d’amour par repas. Theodore eut maille avec des Gryffondor à qui Blaise et Draco jetèrent assez de sort pour les clouer à l’infirmerie, mais quand les rouges et or les accusèrent, Alva et Ryan soutinrent fermement que les deux présumés coupables étaient avec eux en train de travailler au moment des faits : rien ne put être prouvé.

Kimberley s’acheta un nouveau balai. Le fait qu’Anaïs Hefez avait un faible pour Ryan devint de plus en plus visible, mais seul le principal concerné sembla ne rien voir. Alva continua à recevoir les lettres de son amie de Russie et à y répondre, au grand agacement de Ryan et de Draco qui détestaient être écartés de la sorte. Lavande Brown sortit brièvement avec un sixième année aussi roux qu’un Weasley, ce qui paru épouvanter Ron et Hermione et beaucoup faire rire Potter.

Et ainsi de suite.

Blaise ne cessant d’insister, Alva finit par s’attaquer à cette fameuse potion pour enchanter les parchemins, rebaptisés Silverscrolls ou « rouleaux d’argent ». Draco et Theodore se joignirent au projet, ainsi que Ryan, mis dans la confidence. Les Silverscrolls qu’Alva avait fauchés à Durmstrang furent répartis entre les comploteurs, leur servant à communiquer durant les cours ou leurs devoirs.

La liste d’ingrédients à ressembler était plutôt longue et complexe. Certains produits, tels que les crins de bébé licorne ou le duvet de Jobabille, se trouvait aisément dans la Forêt Interdite. Néanmoins, aucun élève n’eut le courage de s’y aventurer. Ce fut Nosferatu, le terrifiant chat noir de Blaise, qui accomplit le travail en ramenant les ingrédients nécessaires accrochés à sa fourrure, au sortir d’une petite promenade dans les bois. D’autres ingrédients ne pouvaient être achetés que chez un apothicaire, et ils utilisèrent Ombe et Helmut, les hiboux de Cathy et Draco, pour se faire livrer ces produits.

Mais ce n’était pas tout : un certain nombre d’ingrédients se trouvaient dans la réserve de Slughorn. Comme ils ne pouvaient pas y entrer en cours, ils durent se résoudre à s’y attaquer durant les pauses du repas, ou la nuit. En tout, il fallu trois expéditions pour qu’ils parviennent à se procurer ce dont ils avaient besoin.

La première eut lieu un midi, pendant que toute l’école mangeait. Blaise et Theodore se faufilèrent dans la classe de Potions, récupérèrent ce dont ils avaient besoin, puis filèrent. Mais ils n’avaient pas remarqué qu’une alarme discrète avertissait Slughorn si on forçait la Réserve : le bedonnant professeur se précipita vers les cachots tandis que les deux complices remontaient, et ils faillirent se croiser. Ce n’est qu’en se jetant dans un placard à balais que les deux Serpentards lui échappèrent.

La seconde excursion leur fut également confiée, car il manquait plusieurs objets à leur première liste. Ils se rendirent dans les cachots en pleine nuit, un vendredi soir. Malheureusement, Slughorn avait renforcé la protection de sa Réserve : à peine Nott avait-il posé la main sur la porte qu’une sirène se mit à hurler. Les deux Serpentards s’enfuirent ventre à terre et n’échappèrent à Rusard que de justesse. Nosferatu, toujours là au bon moment, trouva le moyen d’être en train de faire ses griffes sur la porte quand Slughorn entra dans sa classe, et l’enseignant pensa que le chat était responsable d’une fausse alerte.

La troisième tentative, ce fut Alva qui s’en chargea. Elle voulait y aller seule, mais Draco insista pour l’accompagner. Ce fut donc un samedi soir, ou plutôt dimanche matin très tôt, qu’ils se trouvèrent dans la salle de classe, devant la porte de la Réserve.

– Si tu la touche, ça hurle, rappela Malefoy.

– Sortilège du Veilleur, énonça tranquillement Alva. C’est une alarme basique. Ce qui m’inquiète, c’est que le désactiver provoque une petite décharge de magie autour de la porte, ce qui peut être utilisé pour enclencher d’autres sortilèges.

– D’où sais-tu ça ? s’étonna le Serpentard.

– J’avais placé ça sur la porte de mon bureau. Si un intrus désactivait l’alarme et entrait sans méfiance, il était frappé par le sortilège du Saucisson. Il fallait désamorcer l’alarme puis les autres sorts pour entrer.

– Ton bureau était bien protégé, ricana Draco.

– Je sais. Bon, j’essaye… Non, attends, je vais d’abord nous lancer un charme du Bouclier.

Elle agita négligemment sa baguette, et un reflet irisa l’air autour de leurs corps, comme si une bulle de savon les gainait. Le charme du Bouclier, appliqué comme une armure, comme elle en avait fait la démonstration lors de son duel contre Potter.

Malefoy ne put s’empêcher de lui jeter un bref regard d’envie. En DCFM, Alva avait un niveau bien supérieur au leur.

La jeune fille pointa ensuite sa baguette sur la porte, et énonça d’une voix claire :

Finite Incantatem.

Il y eut une légère étincelle bleutée au niveau de la poignée de la porte, et Alva répéta l’incantation une seconde fois pour désactiver d’éventuels sortilèges. Puis, avec prudence, elle agita sa baguette. La poignée tourna, la porte s’entrouvrit…

… Et un rayon rouge surgit de la serrure, frappant les deux étudiants.

Le sortilège disparu au contact du bouclier, mais cela laissa assez de temps à Draco pour identifier un Stupéfix, qu’il désactiva d’un murmure bas. Un instant, le Serpentard et la Serdaigle restèrent figés, baguettes en l’air.

Il ne se passa rien.

– Cool, murmura Alva. On est trop forts.

– Surtout moi, la taquina Draco.

– Passes devant, alors.

– Non, en fait, je retire ce que j’ai dit. Les femmes d’abord.

– Ah ah. Très drôle.

Alva, levant sa baguette pour être prête à réagir rapidement, avança avec prudence. Un pas, puis un autre… Une fois dans la Réserve, elle tira la langue à Draco d’un air moqueur. Maugréant, le Serpentard la suivit.

Il connaissait mieux les lieux que la Serdaigle, et rapidement, il mit la main sur les ingrédients dont ils avaient besoin. Les deux voleurs quittèrent les lieux au bout d’une dizaine de minutes, mais Alva insista pour remettre les sortilèges sur la porte. Draco eut l’impression que ça leur prenait une éternité. Le sort n’était pas très complexe, mais il nécessitait plusieurs incantations.

– C’est bon, j’ai terminé, finit-elle par dire en abaissant sa baguette.

– Pas trop tôt, grommela le Serpentard en regardant autour d’eux. Dépêchons-nous de filer. Je ne la sens pas, cette histoire…

– T’as la trouille ? plaisanta Alva.

Néanmoins, ils accélérèrent tous les deux le pas, tendant l’oreille en remontant des cachots aux allures sinistres. La salle commune des Serpentards se trouvait dans une autre aile du château, du même côté que la tour des Serdaigles, ce qui les obligeait à traverser ensemble une partie du rez-de-chaussée.

Ils étaient à mi-chemin quand soudain, Alva s’immobilisa.

– Attends.

– Attendre quoi, que Rusard nous tombe dessus ? s’impatienta Draco.

– Tu ne sens rien ? murmura la Russe en levant sa baguette.

Du coup, Malefoy s’immobilisa et regarda autour de lui avec méfiance. Le couloir était désert, sombre. Totalement silencieux.

Accio Cape, murmura-t-il.

Il ne se passa rien, et Alva lui jeta un regard narquois. Draco se renfrogna, et émit un reniflement méprisant, l’air hautain :

– Ça va, ça va. Potter a une cape d’invisibilité, alors j’ai pensé…

– Une cape d’invisibilité ? s’exclama Alva sans chuchoter. Saint Potter, Celui-Qui-A-Une-Auréole-Au-Dessus-De-La-Tête ? Une cape d’invisibilité pour rôder dans les couloirs ?

– Oui. Mais apparemment, il n’est pas là.

Alva leva la main pour lui imposer le silence, scrutant le couloir désert avec attention, comme si elle voulait scanner les moindres coins d’ombres. On aurait dit qu’elle ne respirait même plus, et Draco réalisa qu’inconsciemment, lui aussi essayait de réduire le bruit de son souffle.

Le silence était total, presque assourdissant.

– Certaines capes possèdent des enchantements spéciaux, murmura Alva d’une voix presque inaudible. Si son utilisateur est discret, il passe totalement inaperçu. Mais pas avec un tatouage runique de vigilance et d’attention…

Tatouage runique. Les Runes de l’Attention et de la Vigilance. Elle les portait depuis son départ de Russie… Ses sens en étaient comme amplifiés.

Son regard scrutait la pièce avec une acuité effrayante. Draco la contempla, fasciné. On aurait vraiment dit le regard d’un fauve fixant sa proie avant de bondir dessus. Le regard bleu, étincelant, était le regard d’un prédateur.

Alva doit avoir les yeux de son père, songea soudain Draco. Les yeux d’Andreï Netaniev.

Hominis Revelio.

Draco sentit un courant d’air froid l’envelopper. Presque aussitôt, Alva pivota tout en pointant sa baguette vers en endroit apparemment vide. Au même instant, jaillissant de sa baguette avec un sifflement, un cordage fusa vers l’endroit vide et… S’enroula étroitement autour d’une personne invisible, qui émit un glapissement étouffé.

Expelliarmus, siffla Alva.

Surgissant de nulle part, quelque part dans l’air entre les anneaux de la corde qui s’enroulait autour de l’homme invisible comme un boa constrictor, une baguette fusa vers le Serpentard et la Serdaigle. Draco l’attrapa au vol, l’examina une seconde, et un sourire mauvais apparut sur son visage.

– C’est celle de Potter !

La Russe tâtonna un peu, puis sembla attraper un pan de quelque chose… Et tira sur la cape d’invisibilité.

Alors que Potter semblait solidement ligoté, la cape glissait avec fluidité sous la corde. Rapidement, Alva se retrouva avec le tissu entre les mains. Tandis que Potter, saucissonné depuis le milieu du torse jusqu’aux genoux, ses bras immobilisés contre son torse dans des angles inconfortables –la code n’avait pas fait attention à sa position de défense quand elle avait coincé ses membres–, vacillait pour garder son équilibre tout en les fusillant du regard.

Draco émit un sifflement admiratif.

– Le trinôme 4 réuni !

Alva secoua la tête d’un air navré. Contre sa hanche, la besace contenant les ingrédients volés pesait lourd. Elle s’était légèrement déplacée, de manière à la masquer aux yeux de Potter.

– Qu’est-ce que tu fiches là, Potter ?

– Je vous retourne la question, lança le Survivant avec agressivité. Qu’est-ce que vous fichiez dans la Réserve de Potions ?

Draco et Alva échangèrent un regard, puis la Russe reporta son regard sur le Gryffondor.

– Comment sais-tu que nous étions là-bas ?

– Peu importe, se défila Potter.

– Non, pas peu importe, contredit Alva. Tu n’as pas pu nous suivre, sinon tu aurais été Stupéfixié, cape ou pas cape. Comment tu le sais ?

– Stupéfixié ? murmura Potter sans comprendre. Mais il n’y avait…

Il s’interrompit brusquement.

Draco réfléchissait à toute allure. Potter les avait suivit : mais sans doute après leur sortie des cachots, sinon il n’aurait pas parut surpris par l’évocation du Stupéfix. Mais comment savait-il qu’ils étaient là ? Est-ce que ça avait un rapport avec le fait qu’il avait été le seul, en sixième année, à savoir que Draco était dans la Salle sur Demande ? Il devait avoir un charme Localisateur ou quelque chose du genre…

– Tu allais voler dans la Réserve, lâcha Draco avec froideur. Ce n’est pas la première fois… Le professeur Rogue le savait déjà.

– C’est vrai ? s’étonna la Russe.

– Non, grogna Potter.

– Alors quoi ? Tu faisais du tourisme ?

Le Gryffondor plissa les yeux. Mais ils étaient deux, ils avaient sa cape et sa baguette, et lui était ligoté et désarmé. Il finit par lâcher avec une colère difficilement réprimée :

– Je me demandai si vous prépariez un sale coup.

– Il doit avoir un charme localisateur, supposa Draco en regardant Alva.

– Je me sens blessée, fit théâtralement la Russe. Toi, ô Saint Potter, soupçonnant tes deux loyaux compagnons…

Draco s’étrangla mais Alva fit mine de ne rien voir et poursuivit avec emphase :

– … De préparer d’illégales et dangereuses affaires, alors qu’il ne s’agissait que d’une simple promenade au clair de lune ?

– Le clair de lune dans le château ? se moqua Potter.

Alva fronça les sourcils et réfléchit quelques secondes, avant de hausser les épaules.

– En russe j’aurais dit « l’air de la nuit », mais en anglais, « clair de lune » sonnait mieux. Bref. On ne t’a jamais dit que c’était mal d’espionner les gens ?

– On ne t’a jamais dit que c’est mal de voler les profs ? la défia Potter.

– C’est dans un but louable, se défendit la jeune fille. Je ne vais empoisonner personne, promis.

Soudain, un miaulement retentit presque à leurs pieds. Avec un bel ensemble, ils baissèrent les yeux sur Miss Teigne. La chatte, l’air sournoisement satisfaite, fit ensuite demi-tour d’un pas rapide et disparu dans l’ombre, sans doute pour aller chercher son affreux maître.

– Пиздец, jura la Russe.

– Alva ! marmonna Draco avec réprobation en reconnaissant le juron. Il faut qu’on file !

Leurs yeux se portèrent sur Potter, toujours ligoté, qui leur rendit leurs regards avec défi. Malefoy ne put s’empêcher de proposer :

– On le laisse là ?

– Pour qu’il nous dénonce ? Non merci. Tu sais bien que ce n’est pas comme si les profs allaient le punir.

– Les profs non, mais Rusard peut-être.

Avec un bel ensemble, le Serpentard et la Serdaigle fixèrent l’extrémité du couloir d’un air pensif, puis secouèrent la tête.

– Non, ça ne va pas marcher.

– Rusard en parlera à la Directrice et elle fera classer l’affaire, approuva Alva.

– Dépêchez-vous de décider, dit Potter d’un air narquois. Le temps passe.

Malefoy sembla réfléchir quelques minutes, puis proposa :

– On pourrait le laisser ici, sous la cape. On le récupère demain.

Les deux garçons se défièrent du regard, une ombre de haine passant dans leurs yeux. Alva ignorait pourquoi, mais elle soupçonnait que cette proposition était une allusion à un évènement passé. Un truc désagréable pour Potter.

– Non, trancha-t-elle. Pas le temps pour se chercher noises. Viens, Draco, on file. Mais avant…

Elle pointa sa baguette sur Harry et murmura :

Asseinturum.

Les liens du Gryffondor se desserrèrent subitement, devant assez large pour qu’il puisse bouger, se débattre et commencer à se libérer. Le Serpentard et la Serdaigle n’esquissèrent aucun geste pour l’aider. Alva reprit la baguette de Potter des mains de Draco, malgré son mouvement de recul mécontent, et la pointa sur le Gryffondor :

Oubliette !

Le sort frappa Harry en pleine tête. Sonné, il cessé de se libérer de ses liens et cligna des yeux d’un air hébété. Les deux complices profitèrent du moment de confusion qui suivait le sort pour s’enfuir en silence dans le couloir obscur, Alva lançant la baguette en bois d’if près de son légitime propriétaire avant de filer.

– Tu n’aurais pas dû lui rendre sa baguette, murmura furieusement Draco une fois assez éloignés.

– Il aurait été trop soupçonneux sinon, se défendit Alva. Et même si c’est Potter, je me vois mal lui voler sa baguette.

– Pas moi, protesta Draco avec véhémence. Il m’a déjà volé la mienne par le passé.

– Ça reste un sorcier de légende, et des dizaines de fans qui tueraient sans hésiter ceux qui ont osé agresser leur idole pour lui voler sa baguette. Potter est un enfoiré mais je refuse de prendre des risques aussi importants pour l’embêter.

Draco grogna sans répondre. Puis, tandis qu’il baissait les yeux sur ses mains et réalisait ce qu’il tenait, son air mécontent s’effaça, remplacé par un sourire radieux.

– On a quand même sa cape.

Surprise, Alva baissa elle aussi les yeux. Draco disait vrai. Il tenait toujours le doux tissu moiré dans sa main droite, roulé en boule.

Elle lui adressa un regard réjoui, et Draco ricana.

– Les ingrédients manquants, une cape d’invisibilité, et…

Au loin, les cris victorieux de Rusard retentirent. Désorienté par l’Oubliette de la Russe, Potter avait dû trop traîner en chemin.

– … Potter en retenue, acheva le Serpentard. Belle soirée, non ?

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