Le parfum des Arums

Les Silverscrolls

Le lendemain, un mercredi, ils commençaient à huit heures par un cours de Sortilèges réservé à leur classe de huitième année. Lorsqu’Alva entra en classe, Flitwick n’était pas encore là, et la salle était remplie du joyeux brouhaha des discussions. Deux groupes se distinguaient nettement. D’un côté, la majorité des Gryffondor, ainsi que les Poufsouffles, murmuraient furieusement en fixant avec incrédulité le second groupe. Ce dernier était sans doute le plus coloré qu’Alva ait vu depuis un bout de temps : Ryan et Anaïs, au dernier rang, discutaient avec animation avec les trois Serpentards, qui n’étaient pas encore assis et s’étaient rassemblés autour de leur table. Gryffondor, Serdaigle, et Serpentard.

De surprise, la Russe stoppa net sur le seuil. Ryan, elle pouvait comprendre : mais Anaïs n’était-elle pas une Gryffondor, une amie de Potter et sa clique ?

Elle entra avec circonspection. Derrière elle, elle entendit le hoquet étranglé de Parvati et Lavande en voyant l’étrange assemblée. Theodore releva la tête et, en la voyant, sourit d’un air joyeux :

– Bonjour, Alva. Belle journée, non ?

Anaïs lui adressa un regard prudent, Ryan un grand signe enthousiaste, et Blaise et Draco se contentèrent d’un identique sourire de chat qui vient de croquer le canari.

– Salut tout le monde, répondit la slave en posant son sac à la table juste devant. De quoi parliez-vous ?

Les regards se dirigèrent vers Ryan, qui grimaça. Il fixa les trois Serpentards, en quête d’une aide inexistante, puis il posa la main sur celle d’Anaïs d’un geste protecteur. Il fut sans doute le seul à ne pas remarquer à quel point la Gryffondor rougissait sous son teint noir.

– Anaïs voudrait se joindre à nous pour les Silverscrolls. Comme c’est toi qui dirige cette opération, c’est à toi de décider.

– Sauf que comme tu lui en as déjà parlé, il n’y a rien à décider, lâcha froidement Draco.

– Ce n’est pas parce qu’elle vient de Gryffondor qu’elle va te lancer un Avada dans le dos ! répliqua Ryan d’un ton cinglant.

Blaise émit un sifflement bas, et les deux garçons se turent, jetant autour d’eux un regard penaud. Theodore intervint d’un ton timide :

– Hefez n’a jamais agit contre nous. Moi aussi, j’ai tendance à me méfier de tout le monde, comme Draco. Mais je ne pense pas que tu ais l’intention de nous vendre aux profs ou de nous voler les Silverscroll, Hefez.

Les regards se portèrent sur la métisse, qui se redressa insensiblement :

– Non, ce n’est pas ce que je veux. Votre idée m’intéresse. Correspondre en cours ou sous le nez des profs… Ou des autres élèves… Ça sera utile, et amusant. Je veux simplement me joindre à vous, rien d’autre.

– Ta Maison va te lyncher, laissa tomber Blaise.

Anaïs redressa fièrement la tête, toisant le métis alors qu’il la dominait de toute sa hauteur.

– Eh bien ils auront tort, et ils n’ont aucun droit de me dicter ma conduite.

– Tu es une Gryffondor, insista Draco d’un ton dur. Tu n’es pas censée pactiser avec l’ennemie du Bien et de Saint Potty.

– Je constate que toi aussi tu es bourré de préjugés sur les autres Maisons, Malefoy, répliqua la jeune fille avec aplomb.

Alva gloussa, amusée par le culot de la rouge et or.

– Elle t’a mouché, là.

La métisse se tourna vers la Serdaigle. Son regard était devenu grave.

– Alva, je sais que toi, tu n’es pas opposé au rapprochement avec les membres des autres Maisons. Est-ce que tu accepterais ma présence ?

Il ne fallait pas oublier qu’Anaïs avait assisté à la tirade d’Alva sur le racisme envers les Serpentards, et les autres Maisons en général. Il y avait un risque qu’elle se serve de l’état d’esprit de la Russe pour se rapprocher d’eux. Pour prouver qu’elle n’était pas comme Granger, et ainsi gagner leur confiance. C’était probablement la raison pour laquelle Draco et Blaise la harcelaient de questions : ils devaient soupçonner une manœuvre quelconque.

Mais franchement, Anaïs Hefez, si distante et pensive, si rêveuse, et si amoureuse de Ryan ? Elle ne faisait pas partie du fan-club de Potter, elle n’était même pas proche des autres membres de sa Maison. Elle, préparer un mauvais coup ?

Alva haussa les épaules, et lâcha :

– Ok, Anaïs, je marche. Par contre, si tu essaye de nous jouer un sale coup, on va te montrer à quel point Serdaigles et Serpentards peuvent être retors.

– C’est honnête, acquiesça aussitôt Ryan.

Anaïs approuva d’un hochement de tête. Un moment de silence flotta dans le petit groupe. Ils n’eurent pas le loisir de parler davantage : Flitwick, du haut de son mètre dix, faisait son entrée, et ils retournèrent tous précipitamment à leurs places. Alva, assise aux côtés de Draco, eut à peine le temps de saisir sa plume avant que le Serpentard ne lui lance un regard noir.

– Qu’est-ce qui t’as pris d’accepter ?

– Aujourd’hui nous verrons le sortilège de la Bulle de Silence, commença Flitwick de sa petite voix flutée. Ouvrez vos livres à la page…

– Je ne vois pas pourquoi j’aurais refusé, laissa tomber la Russe en sortant son manuel. Hefez me semble digne de confiance.

– Elle t’a entendu, quand tu as clamé haut et fort que tu étais contre la discrimination entre les Maisons ! protesta Draco. Elle sait que tu te fiche de ses couleurs. Pour elle, tu es le pigeon parfait pour lui permettre de nous approcher.

– Un pigeon ?!

– Exactement, asséna Malefoy. Et tu es tombée à pieds joints dans le panneau.

Alva lui lança un regard noir, terriblement vexée. Sans prêter la moindre attention au professeur Flitwick qui leur expliquait la subtilité du mouvement de baguette à faire, elle émit un reniflement méprisant et répliqua :

– Je suis un poil moins stupide que tu ne le pense, espèce de blond.

– Que… ! s’offusqua Draco.

– J’y ai pensé, moi aussi, et ça ne tiens pas la route. Hefez est trop solitaire. Elle ne fait partie d’aucun groupe : la seule personne qui soit un tant soit peu proche d’elle, c’est Ryan. Pour qui voudrait-elle espionner les grands méchants Serpentards, dans ce cas ? Elle-même ? Aucun intérêt. Hefez est de Sang-Pur et ni elle ni son père n’ont été blessés lors de la guerre. En revanche, se lier à nous pour se rapprocher de Ryan, voilà quel peut être son intérêt.

– Voilà ce que tu penses être son intérêt, s’entêta Draco. Et si quelques Gryffondor pétris de suffisance et de nobles intentions étaient venus lui demander de nous rejoindre en échange de quelque chose ?

– Quelque chose comme quoi, un livre ?

– L’intégration dans leur bande. C’est dur d’être seul. Ils auraient même pu la menacer, lui rendre la vie infernale, et lui dire qu’ils cesseraient leur chantage uniquement si elle espionnait le gang des Mangemorts de Poudlard !

Mais Alva secoua la tête.

– Je me suis renseignée. Hefez n’est proche de personne, être seule ne la dérange pas. Ton premier argument ne tient pas debout.

– Mais ils auraient pu la menacer.

– Si c’est le cas, et je dis bien « si » parce que j’ai de très gros doutes sur cette probabilité, ça sera facile à découvrir : on n’aura qu’à la suivre avec la cape.

A cette idée, un sourire sombrement réjoui passa sur le visage des deux complices. C’était Draco qui conservait ce trophée, dans son dortoir, dissimulée dans une cache du mur. Il avait aussi hâte qu’Alva de s’en servir : espionner Anaïs Hefez serait une très bonne occasion.

– Ensuite, reprit Alva, je ne crois pas qu’elle se serait accroché comme ça à cette idée si ça ne venait pas d’elle. Elle a fait front contre vous trois jusqu’à mon arrivée, non ? Et même après. Elle y tient.

– Alors tu lui fais confiance ?

Sur le bureau professoral, Flitwick déposa une cage contenant un corbeau, et agita sa baguette. L’animal se mit à croasser bruyamment, presque sans interruption, tout en bondissant un peu partout dans sa cage. Des clochettes, fixées aux barreaux, tintaient légèrement. Cela produisait un bruit de fond désagréable, mais le professeur en sembla très satisfait, et reprit son babillement sur l’utilité du sortilège qu’il allait leur enseigner.

– Je n’irais pas jusque là, répondit Alva en s’accoudant à la table. Je trouve qu’elle a beaucoup de courage d’avoir tendu la main vers nous malgré la haine que sa Maison voue aux Serpentards. Et je pense qu’on fera un pas de géant vers l’entente générale, si une Gryffondor prouve qu’on peut aller au-delà des préjugés entre les Maisons.

– Toi et ton obsession de la paix à Poudlard… soupira Draco en levant les yeux au ciel.

Alva ricana. Un peu trop fort, sans doute, car Flitwick pivota vers elle et déclara d’un ton sec, malheureusement peu impressionnant du fait de sa voix aigue :

– Miss Hawking, puisque vous semblez avoir tout compris, utilisez donc la Bulle de Silence sur la cage de ce crapaud !

La Russe sursauta, regarda autour d’elle, puis pointa sa baguette sur l’animal croassant et lança d’une voix claire :

Opaciencio.

Comme si la cage avait été mise sous verre, soudain, on n’entendit plus rien. La gorge du crapaud se gonflait et se dégonflait toujours, les clochettes tressautaient à chaque bond, mais pas un son ne leur parvenait. Flitwick eut l’air désarçonné, puis se racla la gorge.

– Hum. Bien, vingt points pour Serdaigle. Monsieur Malefoy, pouvez-vous me dire à quoi sert le sortilège de la Bulle de Silence ?

Alva lui lança un regard inquiet, mais Draco se redressa d’un air tranquille. Il avait beau bavarder en cours et être totalement incapable de lancer ce sort, il se souvenait avoir feuilleté son manuel la veille, avant leur excursion chez Slughorn, pour se renseigner sur les sortilèges de furtivité. Et celui-là lui avait beaucoup plu.

– Il permet de rendre inaudible tous les sons produit par la ou les choses, vivantes ou non, placées dans la zone touchée par le sort.

Flitwick sembla encore plus surpris, et cligna des yeux à une ou deux reprises, avant de lâcher :

– Bonne réponse. Cinq points pour Serpentards. A présent, venez tous chercher votre crapaud dans sa cage à clochette. Chacun le sien, et je ne veux voir personne désœuvré !

– On travaille ou on continue cet intéressant débat ? interrogea Alva en suivant des yeux les élèves qui allaient chercher leurs cages.

– On continuera plus tard. Contrairement à toi, moi, je ne connais pas tous les sorts de furtivité au monde.

La Russe lui tira la langue d’un geste puéril, puis ils se levèrent pour aller chercher eux aussi leur animal. Ils n’eurent pas vraiment l’occasion de reparler : Flitwick les garda à l’œil durant les deux heures que dura le cours. Si Draco se força à faire bonne figure et à travailler avec application, Alva, elle, cessa de travailler au bout de dix minutes et passa le reste du cours à griffonner sur un cahier à la couverture de cuir brune et élimée. En se penchant par-dessus son épaule, Draco vit des chémas, des mots, des phrases, des flèches dans tous les sens. Un carnet de brouillon, sans doute.

Durant la dernière demi-heure de cours, cependant, la Russe rangea son cahier au profit d’une feuille, et se mit à dessiner. Sous sa plume, un délicat encrage représentant un griffon apparut. Et quand, à la fin du cours, le petit professeur de Sortilèges leur donna un long devoir sur les différents sortilèges de Silence, la Russe était trop occupée à fignoler son dessin pour le remarquer.

Il fallut que Draco lui donne un coup de coude pour qu’elle réalise que la classe était en train de vider les lieux, et elle se redressa d’un bond, l’air catastrophée. Le Serpentard leva les yeux au ciel, et lui indiqua d’un ton neutre :

– Trente centimètre sur les sortilèges de Silence, surtout la Bulle. Ça va, tu t’es bien amusée ?

Derrière eux, Ryan rit doucement. Alva plissa les yeux d’un air contrarié, et tapota son dessin avec sa baguette. Des couleurs –or, blanc, ocre, vert, bleu, beige– apparurent. Le griffon sembla s’animer, se mettant à battre des ailes, volant paresseusement de long en large dans la feuille. Blaise et Theodore, qui les rejoignaient, haussèrent un même sourcil surpris en voyant le croquis.

– Joli, commenta le métis. Tatouage Runique ?

– Juste le dernier sort. L’encre est normale, colorée par magie.

– Tu dessine vraiment bien, la complimenta Anaïs.

La classe était presque déserte, à présent. Il ne restait que leur groupe, Flitwick qui faisait du rangement, ainsi que Potter, Weasley et Granger. Ces trois derniers, près de la porte, se dirigeaient vers el couloir en chuchotant entre eux. Weasley jetait de fréquents coups d’œil à Hefez, seule rouge et or au sein des Serpentard et de leurs amis.

Avant ce soir, le rouquin allait sûrement faire la morale à la métisse sur les gens fréquentables.

Par pure provocation, Alva adressa un grand sourire à leur nouvelle amie.

– Merci. Tu dessines, toi aussi ?

– Beaucoup, mais je fais essentiellement des portraits.

– Elle est très douée, vanta Ryan. J’en ai vu quelques uns, ils sont superbes.

Anaïs eut un sourire timide, si spontané qu’il en était communicatif. Ryan, Alva, Theodore et même Blaise le lui rendirent. Seul Draco s’obstina à l’ignorer, ce qui amusa grandement la Serdaigle.

– On a deux heures avant la Défense Contre les Forces du Mal. Vous avez des devoirs ?

– Mis à part le pavé qu’on a à faire en Sortilège ? grinça Blaise. Les Potions à potasser, mettre au propre mon brouillon de Métamorphose… Préparer mon testament, parce que Stensenn va probablement encore essayer de nous tuer.

– Pareil, laissa tomber Draco. Ce prof veut notre peau.

– Moi, j’ai des Runes à finir, soupira Ryan. Et une conclusion à trouver pour ma dissertation de Métamorphose. Et toi, Anaïs ?

– Juste les Runes.

– Je suis à jour pour tout, sauf pour ce nouveau devoir de Sortilège, lâcha Theodore d’un air contrit. Et la Défense, bien sûr. Comme tout le monde.

Un large sourire s’étala sur le visage d’Alva.

– On pourrait travailler ensemble. La plupart d’entre nous n’a qu’à recopier des trucs, on peut aller à la bibliothèque.

C’était une sorte de test. Si Anaïs refusait, elle montrerait qu’elle avait peur de s’afficher avec les Serpentards. Peur des membres de sa Maison et de leurs réactions. Draco fixa la jeune fille avec attention, cherchant à déceler un signe de faiblesse. Mais Anaïs surpris son regard et, levant le menton avec défi, parcourut leur groupe des yeux.

– Ça me va.

oOoOoOo

– On considère qu’elle a passé les tests ? fit Alva en glissant un coup d’œil à Malefoy.

Anaïs avait passé toute la journée avec eux. Theodore l’avait définitivement adoptée, et même Blaise commençait à perdre sa défiance première.

Draco émit un marmonnement indistinct. Toute la journée, il avait été sur la défensive, passant l’attaque pour un oui ou pour un non. Les Serpentards mettaient cette humeur massacrante sur l’approche d’Anaïs, mais Alva pensait que Draco avait d’autres problèmes… Sa mère lui avait peut-être écrit ?

Libre à lui d’en parler ou non. La Russe lui adressa un sourire éblouissant :

– Je prends ça comme un oui.

Le Serpentard blond et la Serdaigle russe se trouvaient tous les deux dans les toilettes de Mimi Geignarde, observant avec attention le chaudron bouillonnant. D’ici quelques semaines, la potion serait prête. Une petite trempette de parchemins et deux ou trois sortilèges, et leurs Silverscrolls seraient au point.

– Ça reste une Gryffondor, grogna Malefoy.

– Oh, ça suffit avec ça. T’as un problème avec le fait que ce soit une Sang-Mêlé ?

– Je me fiche de son sang, répliqua le Serpentard en levant les yeux au ciel. Et d’ailleurs, comment tu sais que c’est une Sang-Mêlé ?

– Ryan me l’a dit. La mère d’Anaïs est Née-Moldu. Mais c’est quoi ton problème alors ?

– Sa foutue Maison !

– Elle est peut-être en rouge et or, mais elle n’est pas amie avec Potter et sa clique. Elle est avec nous.

Draco fronça les sourcils sans répondre. Moqueuse, Alva lui donna un coup de coude dans les côtes :

– Ça ira. Et de toute façon, si quiconque nous cherche noises, je te rappelle que je suis une future grande mage noire.

Draco haussa un sourcil railleur :

– Ben voyons…

– Ok, c’est vrai, j’ai du mettre en pause tout mon entraînement à la magie noire depuis que je suis à Poudlard. Mais ça reviendra. En attendant, je suis et je reste imbattable en duel… Contrairement à vous, bande de nuls !

En d’autres circonstances, Draco aurait été épouvantablement vexé. Mais il commençais à être habitué aux taquineries d’Alva, et ne s’en formalisa pas.

– En parlant de duels… Tu te souviens de ton idée de club de soutien ?

Alva fronça les sourcils. Évidemment que oui, elle s’en souvenait. Cette idée l’avait totalement brouillé avec Hermione et Parvati Patil, aussi.

– Où veux-tu en venir ?

Malefoy hésita, puis lui fit face. Son regard gris brillait d’un éclat presque métallique. Quelque chose avec quoi Alva était bien trop familière pour ne pas l’identifier.

De la peur.

– Je pense que ça serait une bonne idée.

La jeune fille croisa les bras sans un mot, scrutant le visage du Serpentard. Draco avait peur. C’était ça qui le poussait à demander son aide, pas un intérêt pour les cours. Peur, mais peur de quoi ? Des autres élèves ? D’une menace à l’extérieur ?

Le silence perdura un long moment, puis Malefoy poussa un soupira agacé.

– Ma mère m’a écrit.

– Elle a été attaquée ? s’inquiéta Alva.

– Non. Mais les Todd l’ont été.

La jeune fille fronça les sourcils. Ce nom de Todd ne lui disait rien. Malefoy serra les mâchoires, et cracha :

– Ce sont des Sang-Pur qui n’ont pas pris part au combat, pas du tout. C’était une famille assez humble, ils tenaient une boutique d’apothicaire… C’étaient des amis de ma mère. Et ils ont été massacrés. Tous : le père, la mère, les jumelles de six ans. Ils ont envoyé un appel à l’aide à ma mère par hibou, et quand elle est arrivée… Ils avaient disparus. Il y avait des résidus de magie noire un peu partout.

Alva ferma les yeux.

La revanche des Sang-Mêlés était là… Combattants où non, tous ceux qui étaient rattachés aux anciennes valeurs de la sorcellerie anglaise allaient mourir. Comme en France après la libération : tous les partisans des nazi avaient subis des atrocités sans nom. Ceux qui s’étaient aplatis pour sauver leurs vies et leurs familles payaient le prix de leur lâcheté dans le sang et la souffrance.

– Ma mère a reçut une lettre de menace le lendemain, ajouta Draco.

Alva rouvrit brutalement les yeux :

– Une lettre de menaces ?

– Oui. Apparemment, ceux qui ont fait ça ne s’attendait pas à ce qu’il y ait un témoin. Ils lui ont dit que si elle disparaissait aussi, personne ne partirait à sa rechercher et qu’elle ferait mieux de tenir sa langue.

– Si elle disparaissait aussi… répéta Alva.

Draco hocha gravement la tête. Il y avait pensé aussi. Ce « aussi » ne faisait pas seulement allusion aux Todd. De nombreux partisans de Voldemort, ou même de simples sympathisants qui avaient aidé les Mangemorts afin de conserver leur tranquillité de vie, avaient été persécutés. A présent, les anti-Serpentards passaient au niveau au-dessus…

– Je suis sûr que ce n’est pas la première disparition, fit Draco comme s’il avait lu dans ses pensées. J’ai remarqué que ça faisait des mois que je n’avais plus eus de nouvelles de Pansy, alors qu’elle m’écrivait presque toutes les semaines, avant. Mes propres lettres ne reçoivent plus de réponse…

Sa voix baissa et il fixa le chaudron d’un air absent. Alva n’insista pas. Pansy Parkinson était une trouillarde et son célèbre cri « Attrapez Potter ! » avait jeté l’opprobre sur tous les Serpentards… Mais elle était une amie de Draco, et son silence était inquiétant.

Peut-être se cachait-elle de ceux qui s’en prenaient aux Sang-Purs. Peut-être même avait-elle déjà été enlevée et tuée, comme les Todd…

– D’accord, lâcha Alva.

– D’accord ?

– D’accord pour le club de soutien. J’ai toujours rêvé d’être prof, de toute façon… Mais à une condition : je veux que tu me passe la cape de Potter.

– Pour quoi faire ? régit Draco, sur le qui-vive.

– Explorer le château, répondit vaguement Alva. Je te la rendrais quand j’aurais fini, d’ici une semaine ou deux. Alors, ça marche ?

Malefoy hésita quelques secondes, scrutant avec attention le visage de la Russe. Plus le temps passait et plus il la soupçonnait d’avoir un autre but que la protection de Cathy. Cette étrange intérêt pour les moindres secrets de Poudlard, ses compétences en combat, sa correspondante mystérieuse, sa famille disparue… Il y avait trop de zones d’ombres, trop de non-dits.

Mais Alva était de son côté. Et ça, c’était une certitude. Avec réticence, il acquiesça.

– D’accord. Je te la passerais ce soir.

– Parfait. Bon, pour le club de soutien, je crois que tu seras d’accord là-dessus : il est hors de question que de possibles alliés des anti-Purs entendent parler de ça.

Draco écarquilla les yeux, incrédule :

– Les anti-Purs ?

Le Chicaneur en a parlé, fit Alva en haussant les épaules. C’est le nom que les gens leur donnent à Londres. Quand ils en parlent ! D’habitude ils ferment les yeux. Luna compare cet aveuglement à celui dont la population sorcière fait preuve pour le Ronflax Cornu, mais je suppose que ça ne t’intéresse pas…

– Pas trop, non, sourit le Serpentard. Luna Lovegood… Elle n’est pas si à l’ouest que ça.

Alva acquiesça en silence. Puis pointa sa baguette sous le chaudron pour augmenter la chaleur du feu avant de lâcher négligemment :

– Si ce fameux club de soutien voit le jour, il faudra que tu me montre la salle où Potter et ses copains ont formé leur « A.D. ». Ça pourrait être vachement utile.

– Pas de problème. Qui tu penses pouvoir mettre au courant ?

Et c’est ainsi que les deux amis se retrouvèrent à faire des projets pour faire revivre l’A.D. Outre eux deux, ils faisaient également confiance à Blaise, Theodore, Ryan, Luna, et éventuellement Kimberley, parmi les huitièmes années. Alva voulait que Cathy participe absolument : c’était la condition sine qua non, et Draco s’inclina de bonne grâce. Le cas d’Anaïs faillit presque déclencher une dispute, mais ils se mirent d’accord pour y repenser plus tard.

Parmi les septièmes, les sixièmes et même jusqu’aux cinquièmes et quatrièmes années, il y avait pas mal d’élèves dont les parents avaient des ennuis. Draco n’était plus Préfet –de toute façon, personne ne lui aurait obéit– mais il mettait un point d’honneur à se tenir au courant.

Plusieurs élèves de sa Maison étaient menacés ou choisis comme boucs émissaires par des Gryffondors ou des Poufsouffles très zélés, sous prétexte que leur famille avait été trop passive. Les Serdaigles prenaient moins part aux conflits, et ceux qui y étaient mêlés, étant de Sang-Pur, étaient souvent victimes et non bourreaux.

– En tout, hors de question d’être plus de quinze environ, déclara Alva. Je ne suis pas une vraie prof et ça risque d’être trop dur à mener, sinon.

– Beaucoup de Serpentards ont des ennuis ! protesta Draco.

– Dans ce cas, on jouera les Gryffondor et on ira sauver ces damoiseaux en détresse. Mais ce n’est pas nécessaire de les impliquer dans le club d’aide. Surtout si ce sont des Serpentards… Sans vouloir te vexer, ils risquent de toute raconter. Et les partisans de Saint Potty vont tout de suite hurler au coup d’Etat et croire qu’on est une association de nouveaux Mangemorts.

– Pas faux, admit Malefoy. Baisse le feu, Alva.

Le Serdaigle sursauta, réalisa qu’il avait raison, et diminua l’intensité des flammes sous le chaudron. Draco lui passa le prochain ingrédient à ajouter à la potion, une fiole de poudre rose grenadine, qu’Alva versa dans le chaudron avec d’infinies précautions.

– Reprenons, continua Draco en fixant la potion qui passait du bleu profond au jaune clair. Moins de quinze personnes, et si possible, au-dessus de la cinquième année afin de pouvoir aider les plus jeunes ?

– Exact. Wow, tu pense tout à de suite à aider tes condisciples ! Attention, méfie-toi, tu va vraiment finir par devenir sympa.

Draco lui lança une fiole vide à la tête, qu’Alva récupéra au vol en riant. Le Serpentard lui jeta un regard noir, feignant la colère :

– Je ne suis pas un mec bien. Beurk, quel horreur ! Secourir les chats dans les arbres et les mamies en péril, j’en ai des frissons d’horreur… Alva, arrête de rire.

Impossible. La Serdaigle, secouée par des hoquets hilares, glissa en position assise sur le sol, gloussant sans pouvoir s’arrêter. Draco leva les yeux au ciel et lui asséna un coup sur la tête, remplaçant le rire de la Russe par un regard meurtrier, et poursuivit :

– Je pense d’abord à l’efficacité, ce qui justifie l’emploie des plus âgés. Et à mon intérêt, aussi. Si on apprend que je protège les gamins battus de ma Maison, tous ces bouseux de Poudlard seront plus enclins à me respecter !

– Pas bête, approuva Alva. On va se tailler une réputation de tueurs !

– Euh, il ne faudrait pas exagérer non plus…

Pour toute réponse, Alva émit un ricanement qui se voulait terrifiant, et se prit derechef un nouveau coup sur la tête par Draco blasé.

Le soir même, la cape se retrouva entre les mains de la Russe. Et à partir de là, Alva se mit souvent à disparaitre toute la soirée, et même parfois une partie de la nuit, pour faire on-ne-savait-quoi. D’un commun accord, ses amis évitèrent le sujet, et s’arrangèrent tacitement pour couvrir ses absences et l’aider à rattraper les devoirs qu’elles ne faisaient pas en fin de journée.

Et ils commencèrent à mettre sur pied le Club de Soutien de Défense.

La création de cette petite association, sobrement abrégé « Club » par les initiés, les occupa durant toute la fin du mois d’Octobre. Ils en parlèrent à plusieurs personnes, ils vérifièrent que Salle sur Demande pouvait être utilisée, ils préparèrent –enfin, Theodore et Draco préparèrent– une sorte de programme à suivre…

Halloween leur compliqua la tâche : et même avant le jour de la fête ! A partir du vingt-huit Octobre, précisément. Les professeurs s’acharnaient à leurs donner plus de devoirs, et les élèves se baladaient n’importe où et n’importe quand dans les couloirs pour faire sursauter leurs camarades, profitant de la déco macabre qui avait été installée. Alva, qui surveillait sa potion pour Silverscroll comme du lait sur le feu, jonglait entre ses sorties nocturnes et son travail supplémentaire avec difficulté : elle était d’une humeur massacrante.

Une tempête s’annonçait, et le professeur Stensenn en profita pour obliger les élèves à se battre à l’extérieur, en « conditions réelles ». Sous une pluie battante et un délure de foudre et de tonnerre, la totalité de la classe succomba aux sorts ou au froid. Tous les élèves perdirent des points ce jour-là. Theodore, déjà malade lors de cette sortie, faillit faire un malaise sur le chemin du retour et n’en fut sauvé que par Neville, qui le porta à moitié jusqu’au hall.

Par la suite, les trois Serpentards firent un net effort pour se montrer plus sympathiques envers le Gryffondor.

Il devenait impossible de faire ses devoirs tranquillement dans la bibliothèque, où résonnaient reniflements et bruits de gens qui se mouchent. Idem dans la salle commune des Serdaigles. Dans toutes les salles communes, apparemment.

Le stock de Pimentine de Pomfresh, l’infirmière, était en chute libre.

Du coup, les huitièmes années furent rudement mis à contribution pour refaire de la potion. A cette occasion, Malefoy et Potter se disputèrent à propos d’un foie de rat, et ce fut Granger excédée qui les séparé en les menaçant l’un et l’autre d’un sortilège de Chauve-Furie.

Ryan proposa avec le plus grand sérieux de lancer le sortilège en question sur Slughorn, qui reniflait depuis le début de l’heure sans se moucher. Heureusement, Anaïs dévia le sort, qui toucha un flacon de potion sur une étagère, et déclencha un joyeux feu d’artifice.

L’atmosphère devenait électrique entre les quatre Maisons.

Le matin d’Halloween, Alva devait rester auprès de la potion pour régler les derniers détails et y faire tremper les parchemins. Elle décida de sécher les cours, et cela fit une drôle d’impression au reste de son petit groupe quand ils se retrouvèrent en Sortilèges sans elle.

– Je vais m’ennuyer, bâilla Draco.

– Si tu veux, je peux te tenir compagnie ! proposa Blaise avec un immense sourire.

– Non merci.

– Tu dis ça parce que je te bats à chaque fois au Morpion-magique.

– Il y a de ça…

Draco se laissa tomber sur sa chaise, à l’avant-dernier rang. Devant, Blaise et Théo s’installèrent et sortirent aussitôt un jeu, cachés derrière leur livre de cours. Derrière lui, Ryan et Anaïs sortirent leur devoirs de Runes, à rendre pour l’heure suivante et qu’ils voulaient relire ensemble.

– Hey, Malefoy ! lança Weasley d’un ton moqueur en passant près d’eux. Tu as perdu ta copine ?

– Ignore-le, ricana Blaise. Il est frustré parce qu’il est impuissant.

Ryan s’écroula de rire sur sa table, et les oreilles de Weasley devinrent d’un rouge flamboyant. Avec colère, le roux rétorqua sèchement :

– Ça y est, j’ai compris, elle a filé quand elle a sut que t’avais plus rien ! Je savais bien que tu la payais pour supporter ton ignoble compagnie…

Un grand silence s’abattit sur leur côté de la classe. Soudain la cible de cinq regards meurtriers, le roux sembla perdre de son assurance. Mais, à sa grande surprise, l’attaque vint de derrière, en la personne de Kimberley.

Refermant calmement son livre, la Serdaigle lança d’une voix claire :

– Elle t’a fichu un vent au début de l’année, certes, ce n’est pas une raison pour te montrer aussi mesquin avec Alva.

Elle se leva, attrapa ses affaires, et alla s’asseoir au premier rang de la rangée où se trouvaient les Serpentards. Justin Shepper, son binôme Gryffondor, pousse un soupir inaudible, mais la suit quand même.

– D’autant plus que tu n’oserais pas la critiquer si elle était ici en personne, ajouta Ryan en toisant Ron d’un air mauvais. T’es vraiment une lavette, Weasley.

Face à six personnes qui le toisaient comme s’il était une immondice sur le trottoir, Weasley préféra battre en retraite. Grommelant, il alla s’installer près de Potter. Granger lui adressa un murmure de reproche, mais guère plus. Quant à Harry, il restait toujours muet… Mais malgré la neutralité évidente du Survivant, ils furent nombreux dans la classe à trucider les Serpentards du regard.

L’inimité parmi les huitièmes années atteignait des sommets.

Ce cours se déroula sans encombre, mais il s’en fallut d’un cheveu. Si jamais Potter cédait un jour à l’agressivité de ceux qui l’entouraient, plus personne ne se retiendrait, et les sorts fuseraient partout… Seul l’exemple de l’Elu empêchait les gens de s’en prendre aux Serpentards et à leurs amis.

Draco mesurait à quel point lui et ses amis avaient eu de la chance de croiser le chemin de Salvakya Hawking. En tant qu’étrangère, en tant que personne extérieure à la guerre, elle imposait comme un rempart entre eux et ceux qui voulaient se venger.

Draco, Blaise et Theodore n’avaient jamais tué personne, et le seul individu que le jeune Malefoy avait un jour torturé était un Mangemort. Mais ça, les gens s’en fichaient : ils ressortaient d’une guerre sanglante, ils s’étaient terrés et avaient été tués comme des proies, et ils avaient besoin de sauver la face, d’apaiser leur colère.

Ils avaient besoin de vengeance… Et la Maison des Serpentards, plus spécialement ces trois kamikazes de huitième année, étaient les coupables parfaits.

Après le repas, ils avaient une petite heure de libre. Ryan, Anaïs et Luna les rejoignirent alors qu’ils quittaient la grande salle. Draco se fit la réflexion ironique qu’ils étaient ridicules, à toujours se balader à trois de peur d’être agressés.

Quoique, si un jour un Serpentard seul croisait un groupe de Gryffondor, nul doute que les rouge et or mettraient leur honneur au placard pour faire la peau à l’imprudent.

– Ah, vous êtes là ! s’exclama la Russe en apparaissant devant eux alors qu’ils allaient emprunter l’escalier principal. Vous m’avez prit à manger ?

Anaïs lui tendit des toasts emballés dans une serviette, dont la Serdaigle s’empara avec avidité. En échange, et après un rapide regard aux alentours pour vérifier qu’ils étaient seul, elle leur remit à chacun un parchemin aux imperceptibles reflets argentés, de la taille d’un grand mouchoir.

– Et voilà ! J’ai également conservé un échantillon de la potion dans une fiole, donc on pourra en refaire. Ils sont très fins pour ne pas vous encombrer, mais ils sont solides : peu importe combien de fois vous les plierez, les froisserez ou les chiffonnerez, ils ne se déchireront jamais. Ce soir, dans nos dortoirs, on s’y connecte tous pour parler du Club. Le mot de passe sera « Arum ».

Les regards des autres dérivèrent vers les fleurs que la jeune fille portait dans ses cheveux. Deux arums blancs, comme tous les jours. Blaise sourit, narquois, puis glissa son précieux Silverscroll dans sa poche.

– Allez, on file ! Ryan, tu me passes tes Runes avant le prochain cours ?

– T’abuses, grogna le Serdaigle.

Mais, tout en glissant dans la poche intérieure de sa robe son propre Silverscroll, il s’exécuta, sous le regard amusé d’Anaïs.

Discrètement, Alva glissa quelque chose dans la poche de la robe de Draco. Le Serpentard fit comme si de rien n’étais, mais quelques secondes plus tard, il plongea la main dans la poche en question. Sous ses doigts, il reconnu le toucher fluide de la cape.

Quel que soit la chose qu’Alva avait cherchée, elle l’avait trouvé.

oOoOoOo

– C’est plus classe Halloween à Durmstrang, commenta Alva.

Theodore leva les yeux au ciel, et Blaise rectifia la syntaxe de la Russe :

– On dit « Halloween est plus classe à Durmstrang ». Et de toute façon, ça n’est pas vrai. Regarde-moi, il y a combien de citrouilles, quatre-cent ?!

– Oui, mais à Durmstrang, on a des monstres !

– Je ne suis pas sûre d’avoir envie d’en apprendre plus, marmonna Theodore.

– Des Ronflax Cornu ? interrogea Luna avec curiosité.

Le repas était terminé, et Alva avait profité du mouvement de foule vers la sortie pour aller s’asseoir à la table des Serpentards, aux côtés de Theodore. Luna l’y avait rejointe, observant avec fascination une cuillère un peu tordue qu’elle avait gardée à la main. Ryan et Anaïs avaient hésité, mais l’outrage était trop grand : ni l’un ni l’autre n’avait osé s’attabler avec les trois Serpentards.

– Non, pas de Ronflax, désolée. Mais il y avait des Acromentules enchaînées qui surgissaient de l’ombre quand on passait, des Cocatris en cage dans la grande salle, des Moremplis qui rôdaient dans les couloirs… Ah, ça, on sait faire peur à Durmstrang !

– Je préfère Poudlard, fit rêveusement Luna. Au moins, il y a des Nargoles.

– Si tu le dis, éluda Theodore. Mais, les Moremplis, c’est pas des espèces de suaires vivants qui dévorent les gens endormis ? Et vous laissiez ça se balader dans les couloirs ?!

– Il y avait des sorts répulsifs à l’entrée des dortoirs. C’était pour décourager des fêtards de rentrer bourrés au point de dormir hors de leur lit… Ah oui, parce qu’à Durmstrang, on avait aussi de l’alcool !

– Ça devait être génial, fit rêveusement Blaise.

– Je te rappelle que les profs là-bas ressemblent à Stensenn, lâcha Draco.

– Ah, j’ai rien dit alors.

Les autres gloussèrent. Puis, surprenant les regards de plus en plus nombreux –et mauvais– qu’on leur lançait, Alva se leva. Elle n’était pas lâche, mais mieux valait éviter de jeter de l’huile sur le feu…

Comprenant qu’il était temps de disparaitre, les autres se levèrent également. En quelques minutes, ils disparurent de la grande salle, et ce ne fut que devant le grand escalier –où les chemins des Serdaigles et des Serpentards se séparaient– qu’Alva laissa tomber avec un regard noir :

– Quelle bande de sales types ! On ne faisait que discuter !

– Tu t’enflammes trop, soupira Draco. Il y a deux ou trois ans, nous aussi, on aurait agit pareil en voyant les membres de deux Maisons différentes qui fraternisent…

– Et avec le contexte d’après-guerre, c’est encore pire, ajouta sentencieusement Luna.

Les quatre huitièmes années posèrent sur elle un regard stupéfait devant cette phrase parfaitement claire, compréhensible et justifiée dans le contexte. La Serdaigle blonde les regarda, l’air à la fois rêveur et surpris, comme si elle ne comprenait pas leur étonnement, avant d’expliquer :

– Les mauvaises ondes de la colère diminuent l’énergie des Joncheruines, alors ils rôdent plus près de nous et les gens deviennent agressifs.

– Ah.

Il y eu un silence, puis Blaise haussa les épaules. Passant un bras autour des épaules de Draco et l’autre autour de celles de Theodore, il adressa un sourire lumineux aux deux Serdaigles, avant de faire demi-tour pour se diriger vers les cachots de Serpentard.

– A plus tard, les filles !

– A plus tard ! répondit joyeusement la Russe en entamant la montée des escaliers.

Le « plus tard », c’était exactement vingt minutes, le temps pour Alva et Luna de rejoindre leurs dortoirs, de s’isoler derrière les rideaux de leurs lits respectifs, et de sortir leurs Silverscrolls tous neufs. Alva déposa avec précaution ses deux arums dans le verre d’eau sur sa table de chevet, avant de déplier le fin parchemin.

Assise en tailleur, elle posa un grimoire sur ses genoux pour avoir un support stable. Puis, saisissant sa plume, elle inscrivit « Arum » en titre et activa le Silverscroll.

Arrivée d’Alva.

Draco dit : Et pour la dernière fois, c’est non, Ryan !

Arrivée de Luna.

Blaise dit : Salut les filles !

Ryan dit : Salut ! (Pitié, Laughlin va me tuer sinon)

Theo dit : Bonsoir.

Draco dit : Salut.

Anaïs dit : Coucou ! Il vous en fallut du temps…

Alva dit : Le chemin est long jusqu’à notre salle commune.

Luna dit : Tu as perdu ton livre de Métamorphose Ryan ?

Ryan dit : Luna, je vais vraiment finir par croire que tu as des pouvoirs magiques.

Luna dit : J’ai des pouvoirs magiques.

Ryan dit : Raaaah, mais pas ça ! Des trucs supra-magiques. Genre voyance.

Luna dit : Je n’ai aucun mérite.

Ryan dit : Tu es vraiment voyante ?!?!

Alva : Non, espèce de nouille. Ton livre est dans la salle commune, on est passé devant en revenant.

Ryan dit : Aaaah ! Merci, tu me sauve la vie !

Ryan dit : Du coup tu peux garder ton livre, Draco.

Theo dit : Ce mec est vraiment à Serdaigle… ?

Blaise dit : Mort de rire.

Draco dit : On s’en fiche. On devait parler du Club.

Alva dit : Exact !

Alva dit : Anaïs, tu veux rejoindre notre groupe de soutien en DCFM ?

Draco dit : ?!?!

Alva dit : Eh. On avait dit qu’on en parlerait plus tard. On est "plus tard", non ?

Draco dit : … Je vais te tuer.

Anaïs dit : Un club de soutien ? Ça a l’air d’être une bonne idée.

Alva dit : Parfait !

Ryan dit : Super !

Blaise dit : Bienvenue dans l’antre du serpent, ô lion suicidaire.

Theo dit : Blaise, va te pendre.

Blaise dit : Ben quoi ?

Alva dit : Je suis allée vérifier, la Salle sur Demande est en état de marche et elle est capable de faire une excellente salle de classe.

Blaise dit : Liste provisoire des membres : Draco, Theodore, Anaïs, Ryan, Luna, Alva, Cathy, moi. Vous avez des suggestions ?

Luna dit : Pas moi. C’est gentil, mais non.

Alva dit : Mais, Luna… ?

Luna dit : Je me débrouille en DCFM. Et je n’ai pas d’ennuis… Garde de la place pour ceux qui auront vraiment besoin du Club.

Draco dit : Elle n’a pas tort.

Alva dit : Bon. D’accord.

Blaise dit : Pour les autres membres… Pense à Nathan Aristide, l’ami de Cathy à Serdaigle. Et Valerian, le frère de Kimberley Barthemis, à Serpentard. Ils sont quasiment inséparables tous les trois.

Ryan dit : Hannah Abbot, dans notre classe, est sympa aussi.

Alva dit : A voir. Elle n’a de problèmes avec personne… Je pensais plus à Chris, le Capitaine de l’équipe de Quidditch. Il prend souvent la défense des Sang-Purs, d’après Kim. Question "sauveur de petits Serpentards en détresse", il serait parfait. Pas vrai Draco ?

Draco dit : Tsss…

Theo dit : Il y a un sixième année à Poufsouffle qui aurait besoin d’un coup de main. David Jarvis.

Alva dit : Tu le connais ?

Theo dit : Un peu. Nos manoirs n’étaient pas très loin l’un de l’autre. Il a un petit frère dont il s’occupe tout seul depuis que son frère aîné est à Azkaban. Ses deux parents sont morts il y a moins d’un an. L’Ordre.

Draco dit :

Alva dit : Ok, ça marche pour lui.

Anaïs dit : J’ai quelqu’un à proposer, moi aussi.

Draco dit : Si c’est un Gryffondor, je le l’assassine.

Anaïs dit : Malefoy !

Draco dit : On ne va pas se laisser envahir non plus !

Alva dit : Draco !

Alva dit : On t’écoute, Anaïs.

Draco dit : Moi, pour ce que j’en dis…

Blaise dit : Draco, boucle-là.

Draco dit : Faux frère.

Blaise dit : Enfoiré ! Je te rappelle qu’on est dans le même dortoir et que j’entends ce que tu dis !

Ryan dit : La ferme vous deux.

Theo dit : Je n’aurais pas mieux dit. Anaïs, toujours en vie ?

Anaïs dit : Oui, oui. Je propose Justin Shepper, dans notre classe, et Jack Slopper, en cinquième année.

Draco dit : Deux personnes, dont le batteur des Gryffy ? Jamais de la vie !

Alva dit : Pourquoi eux ?

Anaïs dit : Justin est d’une famille de Sang-Purs. Ses parents ont déjà reçus des lettres de menaces des anti-Purs, et sa sœur a été agressée : elle est toujours à Sainte-Mangouste. Il est toujours un peu à l’écart, et les membres de notre Maison lui adressent à peine la parole.

Alva dit : Bon, à voir.

Ryan dit : Tu n’étais pas là, mais ce matin en Sortilèges Kim a prit ta défense. Et Shepper l’a suivie.

Alva dit : J’ai dit : à voir. Et Sloper ?

Anaïs dit : Je le connais un peu. C’est un très bon ami de Christopher Michelis, l’Attrapeur de Serdaigle : ils sont voisins. C’est un peu à cause de Jack que Michelis défend ardemment les Sang-Purs… Jack est de Sang-Mêlé, mais sa famille n’est pas toute blanche. Son père Sang-Pur est en procès parce qu’il s’est énormément enrichi durant la guerre.

Draco dit : C’est un Gryffondor et un pote de Saint Potty. Arrière, mécréants.

Blaise dit : Tu es déchaîné ce soir.

Draco dit : En quelle langue je dois vous le dire ? On ne peut pas se fier à Sloper !

Alva dit : On verra. Theodore et moi, on va aller fraterniser avec Shepper et Sloper demain, d’accord ?

Theo dit : Heee, pourquoi moi ?

Alva dit : Tu es le moins menaçant des Serpentards.

Theo dit : … Comment je dois prendre ça ?

Luna dit : Alva, Padma arrive. Extinction des feux dans deux minutes.

Alva dit : Пиздец !

Draco dit : Bonne nuit à toi aussi.

Alva dit : Ah ah, très marrant. Bonne nuit tout le monde !

Alva a quitté la conversation.

Luna dit : Bonne nuit, et à demain.

Luna a quitté la conversation.

Ryan dit : Bon, je vais chercher mon livre dans la salle commune. A demain !

Ryan a quitté la conversation.

Anaïs dit : Bonne nuit, les serpents.

Anaïs a quitté la conversation.

Draco dit : Ah, la garce !

Theo dit : Tssss… Tu es incorrigible.

Blaise dit : Moi je commence à la trouver sympa, cette fille.

Draco dit : C’est une Gryffondor.

Theo dit : Cette discussion est stérile.

Blaise dit : D’autant plus qu’on pourrait la poursuivre de vive voix, puisqu’on est dans la même pièce.

Draco dit :

Theo dit :

Theo a quitté la conversation.

Draco a quitté la conversation.

Blaise dit : Ah ah ah !

Blaise a quitté la conversation.

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