Le parfum des Arums

Inimité et échange de coups

Aujourd’hui était le grand jour, le jour du match Serpentard-Serdaigle. Sans surprise, Alva constata que la majorité des élèves soutenaient sa Maison. Même les Poufsouffles.

Les Serpentards n’étaient décidément pas très aimés.

Se joignant à l’équipe de Quidditch de sa Maison, au petit-déjeuner, elle s’assit entre Ryan et Chris. Luna, en face d’elle, lui adressa un sourire rêveur, tout en caressant machinalement l’aigle vivant sur son chapeau, qu’elle avait posé sur le banc à côté d’elle.

– C’est le grand jour, rigola nerveusement Kim en s’asseyant aux côtés de Lovegood. Vous êtes tous prêts ? On a intérêt à les écraser…

– Vous avez intérêt à gagner, j’ai parié avec Draco !

– Parié quoi ? fit Chris en haussant les sourcils.

– La réputation de sa Maison et de la mienne.

– C’est tout ?

– Et aussi que je ne dirais plus de mal de son équipe préféré, qui est composée de boulets. Pitié, gagnez. Sinon il va se pavaner pendant des mois devant moi avec ça.

– Vous avez déjà passé la semaine à vous enguirlander à propos de ce match, sourit Ryan. D’ailleurs, vous avez l’air de plus en plus proche… Vous sortez ensemble ?

Chris et Kim faillirent en recracher leurs jus de citrouille, et Alva s’étrangla avec un toast :

– Quoi ?! Pas du tout !

– Il est interdit de vendre des infos parce que l’ennemi vous a soudoyé avec des faveurs de natures sexuelles, fit Ryan d’un air grave. Mais l’inverse est cependant permis.

En réponse, il se prit l’intégralité de la carafe de jus de citrouille dans la figure. Dégoulinant, il se mit à tousser, sous les rires de la table des Serdaigle.

– Brute ! marmonna Ryan en secouant son col imbibé de jus de citrouille.

Recurvite, laissa tomber Hugo Chambers en pointant sa baguette sur Sullivan. Ne dit rien, Ryan, je suis sûr que tu l’as cherché.

Ryan rentra la tête dans les épaules, penaud, et marmonna une réponse inintelligible qui fit ricaner ses coéquipiers. Alva se joignit de bon cœur aux rires, avant d’éternuer. Depuis son escapade dans le parc avec Draco, l’avant-veille, il lui semblait qu’elle couvait quelque chose. Ça lui apprendrait à sortir sans écharpe et gants.

Anaïs, qui passait près d’eux, les salua, et marqua un temps d’arrêt quand Ryan se décala sur le banc pour lui faire une place :

– Allez, viens petit-déjeuner avec nous !

La Gryffondor sembla hésiter un instant, son regard naviguant entre sa table et le sourire de Ryan. Finalement, elle haussa les épaules et s’installa avec eux, sous les ovations des joueurs de Quidditch de Serdaigles apparemment déchaînés.

– Sont-ils pas meugnons comme tout ? ricana Kim.

– Jalouse, la vieille fille ? se moqua Hugo.

– Je ne te permets pas ! Je te signale que toi aussi tu es célibataire !

– Non.

– Non ?

– Non. Je sors avec Astoria, à Serpentard. Tout le percutant de ta réplique vient de se volatiliser.

Kimberley grogna et se resservit un verre d’un geste si brusque qu’elle éclaboussa la nappe. Ethan Tridavad et Anthony Goldstein, les Batteurs, s’assirent à leurs côtés, rapidement rejoins par Terry Boot. Même s’ils haussèrent un sourcil surpris en voyant Anaïs à leur table, aucun d’entre eux ne fit la moindre remarque.

Ryan était peut être un trublion insolent, mais le regard noir qu’il adressa à Ethan quand ce dernier ouvrit la bouche était aussi efficace qu’un Avada Kedavra pour réduire quelqu’un au silence.

Finalement, les joueurs quittèrent la table et se dirigèrent vers le terrain. Alva resta à sa table, les suivant du regard. Quelques secondes plus tard, ce furent les joueurs de Serpentards qui quittèrent la Grande Salle, et au passage, Draco et Alva échangèrent un bref regard, chacun arborant un sourire supérieur.

Le temps pour Luna et Anaïs de finir leur petit-déjeuner, et les filles se dirigèrent vers le terrain. Cathy et Nathan, discutant avec enthousiasme à propos de Viktor Krum, les rejoignirent à mi-parcours.

En chemin, ils passèrent devant les Gryffondor, qui suivaient Potter à la manière d’un troupeau de moutons. Une rouquine était même ventousée au bras du Survivant, façon poulpe étrangleur en train de marquer son territoire. Alva haussa un sourcil : ainsi, l’Elu avait une copine ? Et rousse en plus. Est-ce que les Weasley essayaient de former une secte autour de lui ?

– Ah ah, la belle amitié entre Serdaigles et Serpentards ne tient plus dès qu’il s’agit de Quidditch ! lança Dean Thomas, un septième année.

Un cœur de rires résonna après sa remarque. Bande de petits cons serviles. Alva s’arrêta, prête à lui flanquer une droite ou un sortilège –elle en avait par-dessus la tête des insinuations des rouge et or–, mais Anaïs, l’éternelle timide, redressa la tête avec fierté et lança :

– Ta gueule, Thomas. Comme si tu connaissais quoi que ce soit au Quidditch !

Dean ferma la bouche d’un air stupéfait, sous les sifflets de beaucoup de ses camarades, apparemment ravis de l’aplomb de la belle noire. Alva, aux côtés de la Gryffondor, éclata de rire.

– Bien envoyé !

– Merci, souris Anaïs.

– Je retire tout ce que j’ai pu dire de mal des Gryffondors.

– Tu n’as jamais rien dit sur les Gryffondors.

– Pas devant toi, en tous cas. Tu regardes le match avec nous ?

Anaïs ouvrit la bouche –pour accepter ou pour refuser, Alva l’ignorait–, mais quelqu’un lui coupa l’herbe sous le pied.

– Dans ce cas, puis-je me joindre à vous ?

Alva se retourna. Justin Shepper, le huitième année qu’Anaïs voulait joindre au Club, l’interrogeait du regard, immobile. La Russe lui adressa un sourire un peu tordu :

– Tu n’as peur des amis des serpents ?

Justin esquissa un mince sourire.

– Les Gryffondors n’ont peur de rien.

– Typique, marmonna Nathan.

Cathy pouffa, et Alva haussa les épaules :

– Comme tu veux. Allez, dépêchons-nous, ça va commencer.

Ils gagnèrent leurs places avec difficultés, se casant tous ensemble sur deux rangs –Anaïs, Justin et Luna sur un banc, Alva, Cathy et Nathan juste au-dessus d’eux–, et Luna transforma les uniformes de Gryffondor de leurs invités en un parfait uniforme de Serdaigle. Justin ouvrit des yeux ronds, et Anaïs poussa un petit cri outragé, mais Luna, l’air parfaitement détachée, baissa sa baguette :

– Vous allez faire tâche, sinon.

– Elle a raison, approuva Alva qui riait sans pouvoir s’arrêter. Et le bleu vous va très bien !

Heureusement pour elle, la fin de sa phrase fut noyée par les acclamations de la foule : les joueurs venaient d’entrer sur le terrain. Les Capitaines se serrèrent la main puis, après le coup de sifflet de l’arbitre, ils enfourchèrent leurs balais et décollèrent.

– Et le Souaffle est à Chambers ! s’égosilla Quentin Braud, un Gryffondor de troisième année choisi pour être le commentateur. Il passe à Barthemis qui évite un Cognard, et…

Très vite, Alva lâcha les commentaires pour se concentrer sur ce qu’elle voyait. Avec ses Tatouages qui accroissaient son attention, elle n’avait aucun problème à suivre les passes et les acrobaties des joueurs, et les identifiait parfaitement. Néanmoins, elle constata que sa vigilance diminuait. Le sortilège de ses Tatouages commençait à s’épuiser…

– SERPENTARD MARQUE !

– Ryan, espèce de boulet, marmonna Alva.

– Et le Souaffle est à Danares, qui passe à Borgio, qui… OH, MAGINFIQUE ! Borgio s’est pris un Cognard, joli coup Tridavad, le Souaffle est à Boot, qui passe à Barthemis, qui feinte, et… Oui, elle passe, attention, attention… SERDAIGLE MARQUE !

Les trois quarts du stade éclatèrent en exclamations.

Ce n’était pas le dernier but. Les joueurs de Serpentards manquaient clairement d’assurance, ce qui était compréhensible puisque l’immense majorité de l’école était contre eux. Mais Gilbert Danares, un des Poursuiveurs de Serpentards, rendit progressivement courage à ses coéquipiers en donnant le meilleur de lui-même. Au bout de quinze minutes de match, Serpentard menait 70 à 20 et les Batteurs de Serdaigles envoyaient leurs Cognards avec hargne presque exclusivement sur l’intrépide Poursuiveur.

Puis Chris et Draco se figèrent et, avec un bel ensemble, foncèrent vers le sol.

L’exclamation de Braud fut couverte par le cri des spectateurs. Alva, tendue comme la corde d’un arc, pouvait presque voir le vif, cette minuscule balle dorée, qui zigzaguait au raz du sol, poursuivie par les Attrapeurs au coude à coude. Puis Gilbert, le Poursuiveur de Serpentard, esquiva un Cognard d’une pirouette acrobatique, et la balle furieuse, entraînée par son élan, percuta le sol deux mètres devant les Attrapeurs. Ils perdirent le Vif de vue, et s’éloignèrent lentement, chacun de leur côté, fouillant le stade des yeux.

Le ballet des joueurs repris, à présent que la tension était retombée. Le Souaffle passait de mains en mains, les Cognards fusaient dans tous les sens. Le score augmentait. Un but, puis un autre. Une attaque audacieuse. Les points qui s’alignaient. Mais les spectateurs gardaient un œil rivé sur les Attrapeurs, tendus, attendant avec une espèce de frénésie leur prochain plongeon.

Le score était de 100 à 100, une parfaite égalité, quand Chris fusa vers le poteau de but central des Serpentards. Draco était plus loin, et il paraissait évident que le Vif –où qu’il soit– allait finir aux Serdaigles. Mais, par un revirement, la petite balle s’échappa, louvoya entre deux Poursuiveurs qui se disputaient le Souaffle, et se mit à filer comme une comète vers le centre, poursuivie par les deux Attrapeurs au coude à coude.

Tous les gradins étaient debout et hurlaient en cœur, Alva comme les autres.

Puis ce fut fini.

Chris ralentit progressivement et se posa. Et Draco, lui, monta en flèche vers le ciel, tenant serré au creux de son poing le Vif qui battait vainement des ailes.

Après un instant de flottement, les Serpentards éclatèrent en ovations assourdissantes. Les Poufsouffles se contentèrent d’applaudissement polis. Les Serdaigles et les Gryffondors, boudeurs, ne levèrent pas le petit doigt.

Alva poussa un gémissement catastrophé.

– Oh non !

Son pari était fichu. Non seulement Malefoy avait toute latitude pour se moquer des Flèches d’Appleby, mais Alva ne pourrait plus lui rendre la pareille !

– Ce n’est pas grave, la réconforta Luna. Les Tornades de Tutshill ne sont pas si mauvais.

– Tu me permets quand même de me lamenter une petite heure sur mon sort ?

– Une demi-heure, pas plus.

– Ça devrait être suffisant pour verser toutes les larmes de mon corps.

Cathy tapota avec commisération le dos de sa cousine, qui reniflait d’un air tragique. En quittant les gradins, cependant, son chagrin ne l’empêcha pas de lancer discrètement un sort à Weasley fille, qui éternua violement en plein dans la figure de Saint Potty.

Justin lui donna un coup de coude dans les côtes, réprobateur, mais Cathy et Nathan, eux, se contentèrent de rire. Luna cligna des yeux sans rien dire, blasée. Quant à Anaïs, elle n’avait rien vu, trop occupée à regarder le terrain –et plus spécialement le Gardien des Serdaigles.

En passant près du Survivant, Alva prit bien soin de le toiser comme s’il était la dernière des immondices.

Elle sentit le regard de Justin peser sur sa nuque, et se retourna pour lui rendre son regard. Le Gryffondor maladroit, qui marchait un peu en retrait, secoua la tête d’un air désapprobateur –et du coup trébucha sur une touffe d’herbe– avant de lancer :

– Tu ne devrais pas traiter Harry comme ça.

– Je le traite comme je veux.

– Tu le déteste.

Ce n’était pas une question. Alva haussa les épaules. Anaïs tourna la tête vers la Russe, intéressée par sa réponse, et la Serdaigle finit par lâcher :

– Potter est vénéré comme un Dieu, alors qu’il a juste enchaîné des coups de bol. On l’appelle l’Elu ou le Sauveur alors que des milliers de gens sont morts à cause de lui. Que des gens continuent à mourir à cause de lui. S’il le voulait, il pourrait arrêter les anti-Purs. Mais il ne le fait pas.

– Harry n’a rien à voir avec les anti-Purs, protesta doucement Justin.

– Ah oui ? rétorqua Alva. Un mot de lui et ils disparaissent. Pourtant, il n’a pas réagit excessivement quand ta famille a été agressée, non ?

Le Gryffondor se ferma comme une huître, et Luna lança à la Russe un regard de reproche. Alva y était allée un peu fort, sur ce coup-là. Une pointe de culpabilité la traversa en voyant l’air sombre de Shepper, mais elle se contenta de redresser fièrement la tête et de s’en aller à grands pas.

oOoOoOo

Il faisait nuit noire. Retenant son souffle, Alva jeta un rapide coup d’œil autour d’elle pour vérifier que le couloir était désert. Puis elle s’arrêta devant un pan de mur qui, en apparence, ne se distinguait absolument pas des autres.

Prudente, elle jeta un regard à sa main… Et vit au travers. Très bien, son sort de Désillusion marchait encore.

Alva avait passé la journée à travailler, après le match de Quidditch. Enfermée dans un silence boudeur, elle n’avait même pas répondu aux plaisanteries de Draco sur les Flèches d’Appleby. Elle allait se coucher quand elle avait reçut une nouvelle lettre de sa mystérieuse correspondante russe.

Et comme à chaque fois que son amie lui écrivait, Alva se sentait fourmiller d’énergie, et devait prendre son mal en patience. Chose qu’elle avait du mal à appréhender.

Alors, après le couvre-feu, elle s’était jeté un sortilège de Désillusion et elle avait filé. Juste pour vérifier encore une fois qu’elle avait bien trouvé l’endroit. Et elle se retrouvait là. Devant ce mur d’un couloir du troisième étage.

Elle porta la main à son cou et décrocha son collier. C’était toujours la même chaînette noire, à laquelle pendait une croix de métal couleur de jais. Métal noir de l’Abysse… Un métal extrêmement rare, dont l’unique filon se trouvait dans une grotte très profonde, sous une montagne non loin de Durmstrang.

Le métal semblait n’avoir aucune propriété magique, ni dans les Potions ni dans les Sortilèges, mais les créatures de magie noire étaient toujours irrésistiblement attirés vers cette grotte… De ce fait, son entrée avait été scellée quelques décennies avant sa naissance. Avant d’entrer en possession de la croix, Alva ignorait même qu’un jour du métal avait été extrait de ce gisement.

Pensive, elle soupesa le bijou.

La croix était assez grande pour un pendentif. Quand elle la portait à son cou, pourtant, elle était légère, et tiède contre sa peau. Mais quand elle la décrochait, quand elle la prenait dans sa main… La croix devenait plus lourde, plus froide. Le métal lui picotait les doigts, comme s’il était verni par une fine couche d’acide.

Alva jeta un regard noir à la fine chaîne qui pendait entre ses doigts.

La chaînette verrouillait son pouvoir. Une fois le fermoir ouvert, la croix se réveillait. Et si elle picotait, c’était parce qu’elle cherchait sa moitié. L’objet qu’elle était censée compléter.

Quand Alva avait exploré Poudlard, cachée sous la cape d’invisibilité, c’était quand elle s’était placée devant ce pan de mur que la croix était devenue la plus froide.

Donc la chose était derrière ce mur.

Viseris, murmura la jeune fille en levant sa baguette.

Comme si le mur avait été fait de cristal, elle pu soudain voir au travers : sa vue était un peu moins nette et teintée de jaune, mais au moins, elle voyait. La jeune fille scruta donc le mur avec intensité… Mais elle fut un peu déçue. Il n’y avait rien d’autre qu’une salle vide, peut-être une salle de classe désaffectée.

Puis elle fronça les sourcils, intriguée.

Un os énorme, de la taille de sa cuisse, trainait sur le sol, et il portait indubitablement des traces de dents. Le parquet était rayé, et les murs aussi. Quelques brins de paille traînaient ici et là, prouvant qu’il y avait eu une litière ou quelque chose d’équivalent. Un animal, une chose énorme et carnivore s’était trouvée ici.

Et pourtant, en plein milieu de la pièce, intact et tout propre, se trouvait un vieux tapis élimé.

Soit on avait enfermé un monstre carnivore ici et il s’était transformé en tapis…

… Soit le tapis cachait quelque chose.

Alva cligna des yeux et baissa sa baguette, tiraillée entre l’envie de casser le mur pour fouiller cette fameuse pièce, et la certitude que ça serait une énorme bêtise. Après tout, le couvre-feu était passé, Rusard traînait dans le coin, et elle n’avait pas de cape d’invisibilité…

Viseron, finit-elle par soupirer.

Sa vue redevint normale. Elle poussa un long soupir d’exaspération, maudissant son côté raisonnable. Mais foncer dans le tas, c’était bon pour les Gryffondor. Et elle était un peu plus évoluée que ça, quand même !

Déçue malgré tout, elle se résolu à explorer cet endroit un autre jour. Ou peut-être une autre nuit.

Dans sa main, la croix pesait lourd, et là où le bijou était en contact avec sa paume, la peau lui démangeait. Elle la repassa à son cou, refermant le fermoir avec soulagement, et le picotement du métal disparu.

Elle tourna les talons pour retourner dans le dortoir des Serdaigles.

Et tomba nez à nez avec Potter, Weasley et Granger.

Elle inspira brutalement et se pétrifia, priant pour qu’il ne la voie pas. Mais l’Elu, levant les yeux du vieux parchemin qu’il semblait scruter avec attention, planta son regard dans le sien sans la moindre hésitation. Alva leva sa baguette, mais la demi-seconde où elle s’était figée de stupeur avait donné un coup d’avance aux Gryffondors : Hermione lui lança le contre-sort au charme de Désillusion, et la Russe redevint visible.

Ronald Weasley se racla la gorge avec une satisfaction qui crevait les yeux :

– Dix points en moins pour Serdaigle, pour être dans les couloirs après le couvre-feu.

Alva serra les mâchoires et hocha sèchement la tête :

– Je rentre.

– Pas si vite, fit Potter en l’agrippant par le bras.

Alva le fit lâcher d’un coup sec du plat de la main, le foudroyant du regard, et recula d’un pas. Le Gryffondor se raidit et plissa les yeux, sur la défensive, et releva la pointe de sa baguette de quelques centimètres d’un geste instinctif.

– Je sais que tu as ma cape.

Alva ne laissa rien paraître de sa surprise, mais elle pesta en son fort intérieur. Potter avait vraisemblablement parlé de son escapade et de la disparition de la cape à ses deux amis. Et Granger avait réussi à lever le sort d’Oubliette… Contrairement au sortilège de Mémoire Scellé, qui ne pouvait être rompu que par celui qui l’avait lancé ou par un Legilimens accompli, le sort d’Oubli était plutôt facile à briser, surtout s’il n’avait pas beaucoup altéré la mémoire de la victime.

– Désolée, je ne l’ai pas sur moi, sourit-elle d’un air narquois.

– Dix points en moins pour Serdaigle pour vol ! s’exclama victorieusement Weasley.

– Ron ! le tança Hermione.

– Ben quoi ?

– Je veux que tu me la rendes, lâcha Potter sans quitter Alva du regard.

La Serdaigle fit mine de réfléchir sérieusement, avant de secouer la tête :

– Ça va pas être possible, non.

Potter cligna des yeux, surpris. Avec un sourire sardonique directement inspiré de celui de Malefoy, la Russe acheva :

– Tu as été stupide et imprudent : tu as eu ce que tu méritais. Je considère ça comme une chance inespérée de te faire comprendre que tu n’as pas à claquer des doigts pour avoir ce que tu veux.

Le Trio d’Or le regarda avec des yeux ronds comme des soucoupes, puis Harry Potter se redressa, sourcils froncés. L’agacement commençait progressivement à le gagner :

– Si tu ne me la rends pas, vous dénonce, toi et Malefoy, pour ce vol dans la Réserve.

Alva haussa un sourcil :

– C’est un chat qui a fureté dans la Réserve. Slughorn l’a même vu.

Merci Nosferatu, toujours là quand il le fallait. Ce chat angora à demi-sauvage était une bénédiction. Theo l’avait même surnommé « la bonne étoile des comploteurs ».

Potter sembla à court d’argument, mais Weasley, agacé, attaqua à son tour :

– Ça suffit ! Si tu ne nous rends pas la cape d’Harry, on va s’arranger pour te rendre la vie infernale, à toi et à tes amis Mangemorts. Il y a des tas de gens qui ne demandent que ça.

La température sembla chuter de plusieurs degrés. Hermione semblait mortifiée, et quand son regard croisa celui d’Alva, elle pâlit. C’était exactement ce que la Russe avait dit quelques semaines plus tôt. Un problème de racisme.

Potter avait l’air pris au dépourvu, mais il ne contredit pas son ami. Ronald Weasley sembla peu à peu réaliser ce qu’il avait dit, et, dans l’écrasant silence qui s’était abattu sur eux, il parut perdre de son assurance.

– Je veux dire…

– J’ai très bien compris ce que tu veux dire, le coupa Alva d’un voix glacée. Tu veux dire que tu va t’appuyer sur ta nouvelle réputation de meilleur ami du super-héros du monde sorcier, et lancer la curée. Tu veux dire que comme les anti-Purs de Potter n’ont pas encore réussi à s’infiltrer à Poudlard, tu vas gentiment proposer à des gamins, qui n’ont pour la plupart même pas dix-huit ans, de torturer ou tuer d’autres gamins.

– Malefoy est un Mangemort ! protesta Weasley avec véhémence. Il a la Marque des Ténèbres, il ne devrait même pas être autorisé à étudier ici !

– Je sais bien, répliqua la Russe. Mais Severus Rogue l’avait aussi, cette Marque, non ?

Le roux sembla à court de mots quelques secondes. Ce fut suffisant pour Alva, qui parcourut le trio du regard, ouvertement méprisante.

– Et tu crois vraiment que si tu conseille aux gens de tyranniser mes amis, ils vont s’arrêter aux cibles que tu leur as désignées ? Bien sûr que non, crétin. Ils vont s’attaquer à tous les Serpentard, puis aux Sang-Purs. Je suppose que même si tu es un Préfet, quand tu verras quelques quatrièmes années en tain de tabasser un première année habillé en vert, tu détourneras courageusement les yeux, non ?

Les oreilles de Weasley devinrent rouge vif. Indignée, Granger prit sa défense :

– Tu n’as pas le droit de dire ça ! Ron ne veux pas mener une campagne contre les Sang-Purs !

– Ah oui ? ricana Alva. Tu savais que le Seigneur des Ténèbres a commencé son œuvre en ordonnant aux Mangemorts de s’attaquer aux Moldus ? Puis ça s’est étendu à tous les Sang-de-Bourbes, puis aux Sang-Mêlés, puis aux créatures magiques, puis à tous ses opposants. Mais bien sûr, le Mage Noir ne voulait pas mener une campagne contre des sorciers

– Ne me compare pas à lui ! éclata Weasley.

Son visage était devenu très pâle. Il avait levé sa baguette, et Alva prit sur elle pour ne pas lui lancer un maléfice.

Puis Potter s’avança d’un pas, se plaçant entre eux :

– Du calme ! Personne ne va s’attaquer à personne, compris ? Et Ron, il est hors de question que je fasse quoi que ce soit pour lancer de nouvelles hostilités. La guerre est finie.

– Mais Fred est mort ! éclata Weasley. Comment est-ce que tu peux dire « la guerre est finie » et tous les laisser s’en tirer ?!

Hermione le dévisagea, muette, comme si elle ne le reconnaissait pas. Potter lui-même sembla se rembrunir, et lâcha d’un ton sec :

– Tu crois que je ne sais pas ? Mes parents sont morts. Et Sirius, Remus, Tonks, Fol-Œil, Dumbledore… Tu pense qu’en te vengeant sur Malefoy et ses amis, ça va les faire revenir ?

– Au moins j’aurais fait quelque chose, grogna hargneusement Weasley sans lâcher des yeux Alva, comme s’il voulait la tuer par la seule force de son regard. Je ne peux pas pardonner à ces ordures, ça serait comme… Comme… Trahir leur mémoire.

Il y eu un lourd silence, puis Alva émit un reniflement méprisant.

– Donc tu penses qu’il vaut mieux aligner les cadavres plutôt que d’aller de l’avant. Félicitations, Ronald Weasley, j’ai rencontré beaucoup d’ordures dans ma vie, mais tu remporte la palme dans la catégorie « étroitesse d’esprit ». Si tu trouve le meurtrier de ce Fred, je t’en prie, fais-lui un procès ou combat-le en duel. Mais ne vas pas te venger sur des innocents.

– Les Serpentards sont tout sauf innocents ! rugit Weasley.

Sa fureur était telle que des étincelles rouges jaillirent de sa baguette, comme une manifestation physique de sa haine. Potter et Granger levèrent leurs propre baguettes, mais trop tard : dès qu’elle avait vu les étincelles, Alva avait réagit.

Les trois Gryffondors furent projetés en arrière, faisant un vol plané de dix mètres avant de s’écraser sur le sol du couloir. Alva entendit distinctement un os craquer, mais son corps réagit avant sa pensée en voyant Granger ponter sa baguette sur elle, et la Russe s’écria :

Stupéfix !

Touché de plein fouet, la Née-Moldu s’écroula.

Expelliarmus !

La baguette d’Alva lui vola des mains. Merde. Désarmée.

La jeune fille n’hésita qu’un bref instant, attrapa quelque chose dans sa poche et le jeta par terre : un épais nuage de fumée verte envahi le couloir. Désarmée ne voulait certainement pas dire incapable de se battre ! Potter et Granger lancèrent deux ou trois sorts à l’aveuglette dans sa direction, mais ils visaient instinctivement le centre du couloir, alors qu’Alva s’était plaquée contre un mur pour progresser lentement vers eux.

Et comme ils n’avaient pas l’intelligence de faire des sorts informulés, elle les repéra à la voix.

Et se jeta sur eux.

Potter en avait déjà fait l’amère expérience : en bagarre, Alva savait se défendre. Elle tapa à l’aveuglette, entendit un cri, reçut un grand coup dans le ventre, grogna de douleur et tapa plus fort, s’aperçu qu’elle marchait sur Hermione et l’écarta d’un coup de pied, et sentit son adversaire reculer pour ne pas piétiner la Gryffondor inconsciente. Derrière elle, juste après, une main l’agrippa par sa chemine. Elle pivota aussitôt, attrapa la main en question et tordit les doigts jusqu’à ce que l’autre hurle.

Une joie féroce, furieuse, presque malsaine, pulsait en elle. Elle se battait et elle allait les écraser. Parce que plus personne ne lui imposerait sa volonté, jamais, jamais !

Celui à qui elle tordait la main essayait de la frapper, de lui donner des coups de pied, de libérer sa main torturée. Alva perdit ses arums dans la mêlée. Mais après quelques coups dans la figure et dans les côtes, elle réussit à agripper son autre main et cette fois, elle tordit le poignet de toutes ses forces, comme si elle voulait le briser. Ce type, elle le haïssait : quel qu’il soit, Weasley ou Potter, c’était les gens comme eux, bien pensants et hypocrites, qui avaient détruit sa vie et son univers, qui avaient provoqué la mort de ses frères, de sa mère, de son enfance ! Et elle les haïssait, elle les haïssait à en crever. Prenant son élan, elle leva un pied et donna un violent coup dans les parties génitales de son ennemi –Potter, reconnut-elle quand Weasley, quelques pas sur sa droite, appela son ami avec angoisse– et, profitant du bref instant où il s’était tétanisé, elle le lâcha et le frappa de toutes ses forces sous le sternum.

Potter s’écroula sur le dos.

– Harry ? glapissait Weasley en se rapprochant –il avait dû mettre Hermione à l’abri. Harry, où est-ce que tu es ? HARRY ?

Accio baguette, murmura Alva avec un accent de supplication.

Et sa fidèle baguette en bois d’if et à plume de griffon fut là, entre ses doigts. Alva recula de deux pas, la respiration hachée.

Accio arums.

Parce que même en plein combat, elle resta Salvakya Netaniev, celle à qui son père avait dit que les arums la rendaient ravissante, celle à qui son frère avait appris le sortilège des Arums. Alors même en plein combat, Alva n’abandonnait pas ses arums. N’abandonnait pas ce qu’elle était.

Les fleurs, miraculeusement intactes, virent se poser dans sa main libre. La jeune fille bénit l’inventeur du sort d’attraction, et, sans demander son reste, elle s’enfuit.

Par le cul poilu de Morgane, elle était sacrément dans la bouse.

oOoOoOo

– Tu as fais quoi ? glapit Theodore.

– Je-suis-tombée-sur-Potter-et-ses-amis-et-je-les-ai-tabassés, marmonna Alva entre ses dents serrées. Weasley m’a balancé des étincelles parce qu’il a pété les plombs, et j’ai répondu instinctivement.

Alva, Blaise, Theodore, Draco, Anaïs et Ryan s’étaient réunis un peu en avance dans la salle de DCFM. C’était un cours commun ave les septièmes années, et la classe était déjà bien remplie, même si Stensenn n’était pas encore là. Tout comme plusieurs autres élèves… Dont le Trio d’Or.

Alva raconta brièvement le déroulement du combat de la veille, donnant au passage un coup de coude à Draco qui, vaincu par la situation, rigolait en silence.

– Ils sont gravement blessés ? s’enquit Ryan.

– Ils n’étaient pas là au petit-déjeuner, s’affola Anaïs. Alva, tu n’as pas… ?

– Je vous l’ai dit : ils ne sont pas grièvement blessés. Enfin, sauf les… C’est quoi le mot anglais ? Les… Les gonades masculines de Potter.

Blaise abattit sa tête sur la table avec un gémissement misérable, tandis que Draco, totalement mort de rire, cachait son visage dans ses bras. Theodore regardait Alva avec des yeux ronds.

– Tu es une vraie tueuse.

– Je sais me battre et je n’hésite pas utiliser toutes les armes à ma disposition, rectifia la Russe. Oh, voilà Shepper.

Justin Shepper venait d’entrer dans la pièce, accompagné par sa binôme, Kim. Ils se dirigèrent tous les deux droit sur le petit groupe, à leur grande surprise. Justin les salua d’un bref signe de tête avant de s’asseoir à côté d’Anaïs. Kim, elle posa ses deux mains à plat sur la table de la Russe et, les yeux flamboyants, lâcha d’un ton sec :

– Alva, tu avais parlé d’un club de soutien de défense, non ?

La Serdaigle fronça les sourcils :

– Qui t’en a parlé ?

– Padma, un jour. On s’en fiche. Je veux que tu y repenses.

– Pourquoi ce soudain intérêt ? demanda Ryan en haussant un sourcil.

Kim se tourna vers lui, sembla hésiter un moment, puis lâcha d’une voix furieuse et hachée :

– Mon frère s’est fait traiter de « sale Mangemort » par un quatrième année. En plus de l’humilier, il a foutu le feu à ses affaires. Hier soir. Je l’ai su ce matin, par Nathan. Et je n’étais même pas là pour défendre Val. Si je choppe ce fils de putain…

– Une jeune fille bien élevée ne devrait pas jurer de la sorte, laissa tomber Blaise. Ne t’en fais pas pour ton frangin.

– Vous allez le mettre sous protection ? railla Kim.

– Oui, sourit Theodore d’un air moqueur. Sous la protection de la tueuse ici présente.

Il désigna Alva, qui lui jeta un regard noir avant de siffler entre ses dents serrées :

– Ne ris pas ! Si jamais lui ou un de ses toutous vient japper aux pieds d’un prof, je serais peut-être virée avant ce soir !

– Pourquoi, qu’est-ce que tu as fait ? s’intéressa Justin.

– Elle a castré Potter, dit Draco sans lever la tête, les épaules toujours secoués de tremblements de rire.

Quoi ?!

– Non ! Je me suis juste battue contre lui, Weasley et Granger.

– Contre les trois ? s’ébahit Kim. Et tu as gagné ?

– Euh… Plus ou moins. Je me suis enfuie.

– Après avoir semé quelques os cassés et stupéfixié Granger, relata Theodore d’un air sombre.

– Et on est toujours sans nouvelle des parties génitales du Survivant, ricana Draco. Salazar, j’aurais donné ma baguette pour assister à ça.

Alva lui tira puérilement la langue, mais ne put répliquer. Un silence de mort était tombé sur la pièce, et, en se retournant, leur petit groupe compris vite pourquoi.

Granger et Potter étaient visiblement passés par l’infirmerie, car ils n’avaient plus aucune marque de coups. Harry semblait mal à l’aise et regardait partout sauf en direction d’Alva. Hermione avait d’énormes cernes et les yeux un peu rouges.

Weasley, lui, arborait fièrement un énorme bleu sur la mâchoire.

– Quel con, murmura Kim.

Que la Serdaigle ait réalisé aussi vite toutes les implications qu’entraînerait la déclaration de guerre entre Weasley et Alva, et surtout qu’elle se range du côté de la Serdaigle, cela surpris la Russe. Mais, d’une certaine façon, ça lui fit chaud au cœur. Elle n’était pas seule.

Pourtant, une angoisse sourde montait en elle, et son cœur battait à grands coups.

– Oh, Ron ! s’exclama Lavande d’un air horrifié en bondissant vers le roux. Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ? Tu t’es battu ?

Hermione lança un regard meurtrier à Lavande, mais personne ne le vit. Weasley haussa les épaules d’un air brave.

– Je n’ai pas eu le temps de passer à l’infirmerie faire soigner ça, hier, et ça a enflé… Mais ce n’est pas si grave.

– Hier ?

La totalité de la classe s’était penché vers eux, avide d’entre l’histoire. Prudemment, Kim, qui avait toujours ses mains sur le bureau de la Russe, recula et alla s’asseoir sans un mot près de Justin, pressentant la catastrophe.

Potter poussa un bruyant soupir, et haussa la voix pour lancer d’un ton faussement moqueur :

– Ron, ce n’était qu’un accident, on ne va pas en faire la Une de la Gazette.

– Ouvre un peu les yeux, Harry ! s’agaça le roux. Elle nous a agressés, c’était tout sauf un accident !

Un murmure surexcité parcourut les élèves. « Agressés ? » « Il a dit nous ? » « Nous ? Ça veut dire que… » « Oh, mon Dieu ! » « Quelqu’un les a attaqués ? » « Tous les trois ? » « Un Mangemort ?! » « Par Merlin ! » « Ici, à Poudlard ? ». Certains étaient si penchés sur leur chaise pour entendre qu’ils étaient à deux doigts de tomber par terre.

L’appréhension diffuse d’Alva s’était muée en véritable angoisse. Elle avait les mains moites. Weasley faisait durer le suspense avant de lâcher les fauves. Et elle n’avait jamais supporté ce genre d’attente, ce moment de terreur avant l’inéluctable.

Autant prendre les commandes.

Elle recula sa chaise, la faisant volontairement racler le sol pour attirer l’attention. Tous les regards se tournèrent vers elle. Son regard à elle resta rivé sur le visage du roux, comme si elle voulait lui transmettre la violence de ses pensées.

Je te hais.

– Si tu veux, Weasley, je te fais l’autre côté du visage en symétrique.

Il y eu un silence. Gryffondors, Serdaigles, Poufsouffles et Serpentards fixaient avec une sorte de stupeur cette étrangère qui osait défier l’un de leurs héros.

Absurdement, Alva remarqua la configuration de la classe. Ses amis à elle étaient d’un côté, les amis de Potter de l’autre. Elle était placée devant son groupe à elle, comme pour les protéger. Weasley, lui, se tenait au centre des siens, entouré par sa basse-cour. Potter avait reculé d’un pas.

– Tu as attaqué Ron ? dit lentement Neville.

Le regard d’Alva quitta celui de Ron pour se planter dans celui de Neville.

– Il m’a provoquée.

Weasley ouvrit la bouche pour répliquer. Hermione posa une main apaisante sur son bras, mais il se dégagea d’un geste brusque, et Granger tressaillit. Elle chercha du regard une aide quelconque du côté de Potter, mais il regardait le plafond comme si c’était la chose la plus intéressante au monde.

– Hawking, tu nous as attaqués sans prévenir. Et tu aurais pu nous tuer !

– Je crois que là, tu exagères, dit posément Anaïs.

Elle sembla rassembler son courage, et fixa Weasley dans les yeux tout en expliquant calmement :

– Alva n’a pas voulu vous faire de mal. Elle n’a fait que se défendre.

– C’est pour se défendre qu’elle m’a fait ça ? s’indigna Weasley en désignant la trace de coup sur son visage.

– Tu avais prit sa baguette. Elle s’est défendue avec les moyens du bord.

– Elle nous attaqué bien avant ce sort de Désarmement !

– Jeter des étincelles brûlantes peut être considéré comme un acte de provocation nécessitant une réponse agressive, dit tranquillement Blaise. Laisse tomber Weasley, sur ce coup, tu es en tort.

– Tout le monde sait que tu n’aime pas Alva, ajouta Ryan. Ce n’est pas étonnant que tu l’ai cherchée.

Ron ne pouvait évidemment pas raconter le vol de la cape et prouver ainsi que la méchante de l’histoire, c’était la Russe. Il changea de tactique :

– Tu aurais quand même pu nous tuer, Hawking ! Hermione s’est cassé le poignet, Harry s’est blessé quand il a heurté le mur, et…

– Et ces blessures ont été guéries en moins de trois secondes et sans douleur à l’infirmerie, répondit posément Kimberley. Alva n’aurait jamais rien fait de grave.

La jeune fille aux arums regarda ses amis, touchés. Ils n’avaient rien à voir dans cette affaire, mais ils la défendaient. La Russe, sentant sa jauge de courage se regonfler à bloc, releva la tête et fixa le roux avec mépris :

– Il n’y a que toi qui n’as pas voulu faire soigner ce bleu, histoire de l’exhiber comme une blessure de guerre. Par Merlin, je vais suis impressionné par ton courage. Tu as survécu à mon crochet du droit !

Deux ou trois personnes pouffèrent, et les oreilles de Weasley devinrent écarlates. Ce fut Draco qui asséna le coup de grâce. C’était la première fois qu’il se mêlait de quelque chose ne le concernant pas directement. Mais lui aussi, quelque part, avait envie de montrer à Alva qu’il était là.

– On sait que tu es vexé d’avoir été battu par une fille, fit Malefoy d’une voix trainante. Mais ça t’apprendra à ne pas t’en prendre à plus fort que toi. Allez, il n’y a pas de honte : même l’Elu s’est fait avoir par cette furie.

La référence à leur premier cours de DCFM en fit rire plusieurs, et la plaisanterie détendit un peu l’atmosphère. Alva se décrispa insensiblement : le danger était passé. Weasley tremblait toujours de rage, mais son histoire avait perdu de son piquant, puisqu’il ne s’agissait que d’une petite dispute qu’il avait perdue, et non d’un attentat contre la vie du Survivant.

L’arrivée de Stensenn dans un envol de robes noires coupa court aux murmures excités ou amusés qui couraient dans les rangs des élèves. Le temps que l’enseignant aille se placer à son bureau, un silence de mort était revenu dans la classe.

Alva avala sa salive de travers. C’était son premier cours avec lui depuis l’histoire avec Volodia.

Le regard de Stensenn accrocha brièvement celui d’Alva, puis, se détournant délibérément, leur professeur s’adressa à l’ensemble de la classe.

– Placez-vous en binôme. Nous allons étudier le sortilège de défense du Dôme de Lave, en page quarante-sept de votre manuel. Vous avez un quart d’heure pour lire les instructions, le reste du cours sera dévoué à la pratique.

Potter, Draco et Alva grimacèrent avec un bel ensemble à l’idée de travailler de concert. A tous les coups, ça allait dégénérer. Mais Stensenn résolut leur problème avant même que les premiers élèves se soient levés de leurs chaises pour rejoindre leurs partenaires :

– Hawking, venez à mon bureau.

L’angoisse d’Alva reparu, multipliée par dix. Si Stensenn mentionnait une nouvelle fois les Netaniev, elle ne répondait plus de rien. D’un pas exagérément lent, elle se dirigea vers le bureau où Stensenn s’était assis, et s’arrêta devant lui, raide et immobile.

– Professeur.

Derrière elle, elle entendit Weasley marmonna quelque chose avec mécontentement, et elle se raidit inconsciemment. Tourner le dos à un ennemi potentiel était un acte très stupide, et Weasley était indubitablement un ennemi. D’un autre côté, Stensenn aussi était dangereux. Et entre un écolier stupide et un mage noir de Durmstrang, Alva savait très bien à qui elle oserait tourner le dos.

– Hawking, lâcha lentement Stensenn. Nous n’avons pas eu le temps de terminer notre… Mise au point lors de notre dernière séance de Tatouage Runique.

Alva sentit sa gorge se nouer. Stensenn la regarda, indéchiffrable, et la jeune fille fut prise d’une féroce envie de le frapper en même temps que d’un certain sentiment de pitié.

Stensenn avait connu Volodia. Ils avaient été alliés, puis amis. Stensenn était un connard fini et elle le détestait, mais quand elle le regardait comme maintenant, bien en face, et qu’elle se demandait s’il avait eu mal quand il avait su que Volodia était mort… Elle ne le détestait plus, plus autant, plus vraiment. Elle ressentait de la compassion, de la rage, de l’amertume. L’envie d’oublier tout ça. De la pitié.

– Votre venue à Poudlard n’est visiblement pas uniquement pour but la protection de votre cousine, finit par dire Stensenn.

Par Merlin. Est-ce que c’était si évident ? Ses talents pour la dissimulation avaient sérieusement besoin d’être revus à la baisse.

Puis Alva se rappela que Stensenn, sachant qu’elle avait travaillé pour les Mangemorts et qui était son père, ne pouvait évidemment pas croire à la fable du « nouveau départ ». Surtout en Angleterre. Ce n’était pas son mensonge le problème, c’était les informations que Stensenn avait récolté sur elle.

Quel enfoiré.

– Ce qui m’amène à la question suivante, poursuivit l’enseignant en la fixant dans les yeux. Quelle est votre motivation ?

Euh. Vite, un truc. Alva rassembla de son mieux ses faibles connaissances en occlumancie, inventa en quelques secondes une histoire plausible car contenant un fond de vérité, et la cracha plus qu’elle ne la dit :

– Parce que je ne veux plus –je ne peux plus– jamais retourner en Russie, et que je compte sur l’héritage de Cathy pour survivre. Et maintenant, puis-je participer au cours ?

Stensenn continua à la regarder. Alva ignorait s’il utilisait la Legilimancie, mais si c’était le cas, elle lui souhaitait bien du plaisir. Son armure mentale d’Occlumancie était entièrement constituée de souvenirs de Volodia. Volodia riant, Volodia arrosant son chêne, Volodia lui expliquant la composition d’une potion…

Les yeux de Stensenn étincelèrent, et il se redressa imperceptiblement.

– Allez-y, Hawking.

La jeune fille tourna les talons, regrettant très fort l’absence de cape à faire voler magistralement derrière elle comme tout bon mage noir qui se respecte. Au lieu de ça, elle se dirigea vers Potter et Draco, qui s’assassinaient mutuellement du regard tout en faisant semblant de lire les instructions du manuel. En la voyant revenir si vite, le Serpentard blond haussa un sourcil :

– Il ne t’a pas tuée ?

– Non, c’est moi qui ai envie de tuer quelqu’un, répondit Alva avec humeur. Dites-moi quand vous avez fini de lire. Je me sens d’humeur à lancer des sortilèges aujourd’hui.

Potter et Draco échangèrent un regard inquiet. Et Alva songea avec un brin de satisfaction que leur foutre les jetons était la seule manière de faire en sorte que ces deux-là s’entendent.

Les deux heures s’écoulèrent atrocement lentement. Seul un petit quart des élèves réussit à créer le fameux sortilège –dont faisaient partie Draco et Harry, qui n’avaient pas trop le choix vu que la Russe s’acharnait sur eux.

Le Dôme de Lave nécessitait une forte pression magique. Même s’il ne créait pas de lave à proprement parler, le Dôme était constitué d’un… dôme, c’est le cas de le dire, d’une matière à demi-translucide et dont la couleur et l’éclat faisait penser à de lave en train de refroidir. Cette matière résistait aux sortilèges aussi bien qu’un Protego, et, en plus, le dôme repoussait les créatures des Ténèbres qui craignaient la chaleur : à son contact, l’ennemi était violemment brûlé.

Quand la fin du cours sonna, les deux tiers des élèves avaient de sévères brûlures, la moitié était au bord des larmes, et la totalité était sur les rotules. Theodore, d’une pâleur inquiétante, posa son front contre sa table avec un gémissement d’épuisement, et Alva vit Neville lui proposer des Pastilles Energisantes –avant d’en avaler une lui-même pour lui prouver que ce n’était pas empoisonné.

Vacillant sur ses jambes, Alva se leva. Il fallait vraiment créer le Club avant la fin de Novembre, et le maintenir aux vacances de Noël : sinon, ils allaient en crever. Stensenn, qui passait dans les rangs, distribuait sèchement les punitions et les félicitations. Comme d’habitude, il commençait par les huitièmes années :

– Granger, Weasley, Patil –vous, Parvati–, Smith. Retenue demain soir, ici, après le dîner. Malefoy, Potter, Zabini : dix points pour chacun d’entre vous. Barthemis, c’était correct, sans plus. Nott, Londubat, allez à l’infirmerie. Boot, vous restez pour ranger la classe : que je ne vous reprenne plus à désarmer votre adversaire. Finnigan, Patil –vous, Padma– : dissertation de trente centimètres sur le Dôme de Lave pour mardi prochain. Hawking…

Il s’arrêta un instant devant elle, puis lâcha :

– La séance de Tatouage Runique de ce soir est annulée. Mais pour la semaine prochaine, je veux trente centimètres sur le Neuvième Glyphe Rouge.

– D’accord, marmonna Alva.

Elle était exténuée. Ce mec aurait leur peau un jour. Elle s’apprêtait à rejoindre Draco, qui était allé soutenir Theodore –avec l’aide de Ryan– pour l’aider à clopiner jusqu’à l’infirmerie, lorsque Potter l’arrêta d’une voix hésitante :

– Hawking, je peux te parler deux minutes ?

Alva hésita sérieusement à l’envoyer balader. Mais elle était totalement lessivée, et plutôt que de s’éloigner d’un pas digne en snobant royalement l’Elu, elle se laissa tomber sur sa chaise et se tourna vers Potter d’un air las.

– Deux minutes. Top chrono.

Harry leva les yeux au ciel, agacé par l’attitude de la jeune fille, mais il se lança quand même.

– Je ne sais pas ce qu’on a fait pour que tu nous déteste autant, mais je t’assure que tu as tort de nous considérer comme des ennemis.

– Si le « nous » désigne votre trio de Gryffondors, c’est simple : Granger est trop naïve, Weasley trop étroit d’esprit, et toi tu es un lâche. Mais je t’en prie, poursuis.

– … Un lâche ? répéta Potter d’un ton dangereusement froid.

– Poursuis, j’ai dit. Une minute trente.

Le Gryffondor inspira à fond, puis, serrant les dents, continua :

– Ecoute. Je ne veux pas déclencher une nouvelle guerre, ok ? Les Serpentards ne sont pas tous mauvais, je suis bien placé pour le savoir. Arrête de m’agresser –de nous agresser– à tout bout de champ et on pourra peut-être envisager la réconciliation… Bon, d’accord, c’est surréaliste. Disions une baise de la tension entre nos Maisons.

Il fit une pause, puis termina :

– Et rends-moi la cape.

Alva fit un gros effort pour mobiliser tous ses neurones. Autour d’eux, les élèves commençaient à sortir, mais comme Stensenn distribuait maintenant ses appréciations dépréciatives aux septièmes années avec qui ils avaient cours, elle avait encore le temps de répondre. D’être cinglante. Sarcastique. Glaciale. Et surtout de lui faire rentrer ses paroles dans le crâne.

– Petit un. Tu ne veux pas déclencher une nouvelle guerre mais tu ne fais rien pour empêcher son déclenchement. A partir du moment où tu fermes les yeux sur tout ce qui se passe à Poudlard et que tu pourrais arrêter –comme les brimades sur un première année de Serpentard–, tu mérite amplement que je te méprise.

Les yeux de Potter devinrent ronds comme des soucoupes. Alva s’en délecta, et poursuivit :

– Petit deux. Ton égoïsme et tes préjugés sont vraiment sans limite si tu dis « Serpentards » en parlant des affiliés aux Mangemorts. Je suis sûr qu’en bon lâche que tu es, tout comme tu ignore les actions des anti-Purs tu n’as pas remarqué que dans ta propre Maison certaines personnes se faisaient humilier parce qu’un membre de leur famille est soupçonné de lien avec le Seigneur des Ténèbres.

Cette fois, ce fut la bouche de Potter qui forma un O parfait.

– Petit trois, continua la Russe. Si tu te figure que je vais fraterniser, et encourager mes amis à fraterniser avec toi, tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. Déjà parce que ta proposition est purement hypocrite et que tu ne feras jamais l’effort d’apprendre à connaître Draco. Ensuite parce que tu es comme Weasley. Tu es si bien installé dans ta vision du monde en noir et blanc –avec toi dans le rôle du gentil bien sûr– que tu es incapable d’accepter que le camp du Seigneur des Ténèbres était composé d’êtres humains qui ont autant souffert que toi.

Elle lui lança un dernier regard incendiaire, puis se leva.

– Et petit quatre. Je ne te rendrai pas ta cape si tu ne me donne pas quelque chose en contrepartie. L’échange équivalent, ça te dit quelque chose ? Non ? Dommage. Allez, à plus Potter.

Elle s’éloigna de quelques pas, puis se ravisa et se retourna vers lui.

– Tous les Serpentards que je connais sont bien plus courageux que toi, Potter. Relève la tête. Arrête de te cacher à Poudlard. Affronte la réalité du monde extérieur et prend ta vie en main. Ou aie au moins la décence de faire semblant.

Elle s’éloigna en compagnie d’un groupe hétéroclite de Serdaigles, Serpentards et Gryffondors, laissant derrière elle Harry Potter qui avait l’air foudroyé sur sa chaise.

Depuis Severus Rogue, personne ne lui avait balancé une claque comme celle-là. Personne.

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