Lolita

Outcast of your own pack

Ouf, enfin ce chapitre cinq terminé ! J'ai cru que je n'y arriverai jamais !

Bref, ce chapitre est un peu plus sur le thème de la famille que sur l'amour, mais ne vous inquiétez pas, il y a des pairings aussi ! Vu que la dernière fois, je n'ai pas fais de warnings, ce qui a du déplaire à certains d'entre vous, voici ce à quoi vous pouvez vous attendre dans ce chapitre : il y aura de nombreux nouveaux personnages, du Asha x Margaery, un pic-nique chez les Stark, des remontrances inter-familiales de la part d'Olenna Tyrell, enfin un développement sur Dany et Jorah et bien sûr, un changement dans la relation Sansa x Petyr. L'ensemble du chapitre reste lisible pour tout le monde !

Si vous voulez écouter quelque chose en lisant ce chapitre, je me suis inspirée de pas mal de chansons, mais celle qui m'a marquée, c'est I'm Your Man de Leonard Cohen. (Oui, je suis gentille, j'évite de vous conseiller trop de métal...)

Sur ce, j'espère que vous n'hésiterez pas à me laisser des reviews pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, ça me fait toujours vraiment plaisir !

Bonne lecture !

Votre dévouée,

AO

Chapitre Quatre : Outcast of your own pack.

Petyr ne savait pas vraiment s'il aimait la solitude ou la détestait.

Il marchait dans les rues de King's Landing, les mains dans les poches de son vieux jean ouvert au genou droit et regardait droit devant lui. Il n'y voyait qu'un spectacle apocalyptique sur les ruines duquel il se prélassait comme un puissant seigneur. L'aurore aux doigts de rose s'affalait peu à peu dans le ciel, comme une chute au ralenti d'un vieux film hollywoodien.

Quelques jeunes rentraient de boîte, à moitié saouls, fatigués, chassés du royaume de la nuit par le char d'Apollon. Leurs visages étaient flous aux yeux de Petyr. Il regardait leurs cheveux décoiffés, trempés de sueur, leurs vêtements abîmés, leurs pieds hésitants, leurs jambes tremblantes. L'euphorie de la nuit s'était transformée en désespoir profond. Bacchus venait de tirer sa révérence.

Tant mieux. Même s'il sentait Bacchus, Petyr avait une sorte de fascination pour Apollon. Il était attiré par lui, par sa puissance, par sa beauté, par son éclat, par son air grave, sa sagesse, sa beauté solennelle.

Souvent, Petyr se demandait si ses jeunes étudiantes n'étaient pas plus des Muses offertes en offrande à Bacchus que des nymphes, comme le prétendait Nabokov. En tous cas, il était sûr que Sansa Stark (et sa mère probablement) était une Muse. Personne d'autre n'avait le droit de rayonner ainsi.

Il sortit des quartiers des boîtes, quittant les relents d'alcool et de désespoir juvénile. Il arrivait aux quartiers qui se réveillaient. C'était sa marche préférée. Il avait l'impression de marcher à la même vitesse que la création du monde. Des ténèbres à la lumière.

C'était drôle comment le petit jour était le domaine des vieilles personnes. Les vieux croulants qui savaient profiter du jour dès qu'il se levait. Profiter, mais trop tard. Leur beauté était passée et Apollon les regardait de haut. Petyr aussi, même s'il devait avouer que leurs petits pas lents et leur air calme était un baume rassurant après la bacchanale de la nuit. Il resserra un peu son blouson autour de lui pour se protéger du froid et continua son chemin jusqu'à son café habituel.

Son chaos était réglé. Il connaissait cette marche, il l'avait déjà faite plusieurs fois. Il n'avait pas de règles quant à la fréquence ou la cause, mais il prenait ce chemin dès qu'il avait besoin de penser... ou ne plus penser. Il allait désormais traverser la rue et se retrouver sur le grand boulevard qui descendait jusqu'au Donjon Ecarlate, mais il allait le remonter et s'enfoncer dans les petites rues tranquilles. Puis, il allait s'installer à la terrasse de son café favori au moment où le patron allumait les machines à café et il allait commander un expresso noir bien serré. Il allait observer les passants (et surtout les passantes) en le buvant doucement.

Puis, quand le soleil serait bien haut dans le ciel et que les clients bruyants le chasseraient de sa terrasse, il abandonnerait son poste et le doux arôme du café pour continuer à marcher dans les grandes allées aux alentours du parc où toutes les personnes aisées de King's Landing se retrouvaient pour se détendre et profiter du soleil avant l'hiver. Il regarderait les coureurs, les coureuses surtout, avec leurs écouteurs, leurs jogging de marque et leurs joues rouges. Il regarderait les marcheurs, comme lui, les marcheurs avec leurs chiens, avec leurs enfants, avec leur amant, les marcheurs tranquilles du jour. Il regarderait les petits groupes sur les pelouses aussi : les familles dans un semblant de bonheur masquant des rivalités et des disputes vieilles de toute une vie, les groupes d'amis jouant de la guitare ou s'adonnant à divers sports dans le but d'impressionner le sexe opposé.

Petyr ne voyait pas tellement le monde comme une apocalypse, un fourmillement dans le rien de l'univers. Pour Petyr, le monde était une gigantesque réserve naturelle où les êtres humains se comportaient comme des êtres supérieurs parce que certains d'entre eux s'étaient élevés. Il eut un léger sourire à cette comparaison, celle qui avait mis Sansa tellement mal à l'aise. Ah, sa chère Sansa... Il voyait en elle sa mère : si jolie en extérieur, une vraie petite guerrière en vrai... Peu étaient les jeunes étudiantes qui résistaient aussi longtemps. Ça faisait près d'un mois qu'il la voyait deux fois par semaine et il allait régulièrement la voir aux inter-classes mais elle avait une sorte de stratégie de repoussement-attraction. C'était une stratégie maladroite et encore un peu branlante, mais loin de le déstabiliser, il avait envie de se prendre à son jeu, ses petits mensonges l'excitaient au lieu de le déstabiliser. Il voulait être le test sur lequel Sansa allait faire ses griffes. Après tout, il n'était souvent que ça, au début : un homme avec de l'expérience et du charme, un professeur, en tous. Il était peut-être plus profondément professeur que la plupart de ses collègues qui avaient eu envie d'enseigner depuis leur plus jeune âge.

Il arriva à la terrasse du café et s'assit à sa place habituelle.

Sansa se réveilla aux aurores, comme d'habitude. Mais au lieu de se lever, de repousser les draps, de les remettre à la va vite pour descendre manger, elle resta un moment allongée, ses cheveux épars autour d'elle, ses bras autour de sa tête, les draps autour de sa taille. Dehors, le soleil se levait doucement et promettait une belle journée, comme l'avait annoncé la météo. Aujourd'hui, elle allait officiellement rencontrer la petite amie de son frère aîné.

La famille, un pique-nique, du soleil, une bonne ambiance, des rires, le parc, des sandwichs... Beaucoup de personnes y voyaient le bonheur parfait. Sansa se demanda ce qui n'allait pas avec elle pour se sentir aussi insatisfaite dans sa jeune vie. Elle devrait être heureuse, elle avait tout pour l'être, ses parents s'en étaient assurés. Mais elle ne l'était pas. Elle ne l'était plus depuis que M. Baelish était entré dans sa vie, s'était assis sans invitation à côté d'elle au stade (dans sa vie) et avait tout bouleversé. Auparavant, son corps n'était qu'un instrument fait pour être joli, ne pas avoir mal etc etc... Maintenant, elle se sentait comme une boule de métal en fusion. Tous ses nerfs étaient enflammés et elle avait beau se tortiller dans tous les sens, la gêne était encore là, dans le bas de son estomac, dans ces régions qu'elle n'avait pas encore explorées par désintérêt total de la chose.

Elle étendit le bras pour chercher son téléphone sous son oreiller. Elle savait déjà qu'elle n'avait pas de nouveaux messages : elle avait le sommeil assez léger pour les remarquer tout de suite, mais elle avait besoin de relire ce message-là : «Hey, ça te dirait de faire quelque chose samedi ?» il venait d'un numéro inconnu qu'elle avait du demander à Ros pour se rendre compte qu'il s'agissait de Sandor.

Baelish avait vraiment créé un sacré désordre dans sa vie. Auparavant, elle aurait été révulsée par Sandor et n'aurait jamais accepté de l'embrasser. Mais il avait réveillé quelque chose en elle, lui avait montré un vide terriblement profond dans son estomac et dans sa poitrine. Et ce vide, même ses repas en famille ne pouvaient le remplir.

Elle essaya de lever sa main et de la poser sur son épaule avant de la glisser doucement sur son sein pour sentir sa chaleur, sa forme, sa texture au creux de sa paume. Elle se laissa assaillir par toutes ces sensations, comme si c'était la première fois qu'elle ressentait son propre corps. Sansa soupira en fermant les yeux et quand ses doigts se refermèrent un peu plus sur sa peau, elle sentit son dos se courber vers une présence invisible au-dessus d'elle.

Elle pensa à M. Baelish.

Ce fut comme une douche froide. Comme quand l'héroïne d'un film d'horreur se regarde dans le miroir et voit son visage complètement changé parce qu'elle est possédée. Sansa sursauta et s'assit dans son lit, son coeur battant la chamade, ses bras refermés sur elle, comme si elle se protégeait d'elle-même. Elle se sentit soudainement très démunie, très seule.

Elle se rappelait de la fois où sa mère lui avait expliqué qu'elle saignerait tous les mois pendant ses règles. Elle ne lui avait jamais parlé de ce qui pouvait bien se passer entre deux personnes, de ce qu'elle allait ressentir et que faire quand elle le ressentirait. Elle se sentait perdue et elle ne pouvait même pas vraiment demander de l'aide à quelqu'un : personne ne savait exactement ce qu'elle ressentait. Elle aurait voulu remonter le temps et parler à la jeune version de Ros pour comprendre comment elle était tombée dans les filets de M. Baelish.

Elle saisit à nouveau son téléphone, le regarda puis secoua la tête et le repoussa sous son oreiller avant de se lever, refaire les draps à la va vite, allumer son lecteur de CDs sur Electra Heart de Marina and the Diamonds et se diriger vers la salle de bain. Elle frotta sa peau avec tant de rudesse qu'elle laissa une longue marque rouge de ses ongles sur sa cuisse.

Asha était assise sur son sac délavé, sale, déchiré et raccommodé de partout. Elle tirait sur son énième cigarette du jour et il était à peine huit heures du matin. Ses cheveux étaient dans sa figure, comme d'habitude, courts et noirs mais elle ne portait aucun maquillage. Tout pour être plus pratique pour nager. Nager, c'était ce qui la poussait à se lever aussi tôt après trois petites heures de sommeil.

Asha n'avait pas toujours aimé nager. Elle nageait au début parce qu'elle devait apprendre, truc de famille, tradition et tout... Elle était plus grosse quand elle était petite : ses membres fins et musculeux étaient une affaire plutôt récente, comme les jeune filles qui lui ouvraient leurs jambes après deux ou trois verres à peine. Elle avait eu du mal às'y mettre, à apprécier. Elle se sentait jugée à chaque fois qu'elle était en maillot et elle avait toujours détesté cette sensation.

Alors, elle avait vu la natation comme un challenge. Et les Greyjoys savent honorer un challenge. Plus que nager, peut-être, combattre est dans les veines d'Asha. Nager répond à une certaine logique qu'on ne peut pas expliquer : il faut une mécanique, certes, mais Asha ne s'était pas beaucoup intéressée à la mécanique. Elle apprenait les mouvements, mal des fois, et c'était tout. Parce qu'Asha avait comprit la logique. Elle avait comprit la grâce de certains mouvements, le bon contact qu'il fallait avoir avec l'eau, la résistance exacte qu'elle opposait au corps et l'aide qu'elle lui apportait des fois.

Certaines personnes étaient des fous du pilotage et pouvaient faire n'importe quoi pour un show aérien. Asha était capable de faire n'importe quoi dans l'eau. En plus de ses entraînements de natation au lycée, elle s'entraînait à la piscine municipale tous les matins du week-end, faisait de l'apnée le samedi après-midi et de la plongée pendant les vacances. Elle n'avait pas peur des accidents, elle avait juste peur de ne pas arriver à la hauteur de ses espérances. Décevoir les autres, ça, elle savait faire, elle savait vivre avec, se décevoir soi-même, c'était autre chose.

Elle finit sa cigarette et la jeta en face d'elle sans trop regarder (ses cheveux décoiffés dans ses yeux ne l'aidaient pas vraiment non plus) Elle ne comprit qu'en entendant les protestations qu'elle venait de lancer un mégot brûlant sur le pied de quelqu'un.

Le pied en question ne portait qu'une fine sandale délicatement ouvragée aux allures exotiques. Asha sut directement qu'elle avait embêté les mauvaises personnes. Elle releva la tête pour découvrir les trois Viper. Evidemment qu'elles seraient là... Elles faisaient partie de l'équipe de natation synchro de l'autre lycée, au sud de King's Landing. Asha avait perdu une ou deux fois contre elles. Elles étaient toutes très belles et si synchronisées qu'on ne se demandaient pas si elles étaient un même cerveau dirigeant les trois corps. Pourtant chacune avait sa personnalité et son style de mouvement. Bref, le trio parfait. Et elle venait juste de brûler le pied de l'une d'elles.

Et Asha se connaissait : elle n'allait pas s'excuser...

- On a bien tout ? demanda Cat', regardant une dernière fois dans le coffre de la voiture.

- Le picque-nique, les couverts en plastique, les couvertures, les chiens, les enfants, récapitula Ned avant de se lancer dans le traditionnel comptage des enfants qui s'agitaient sur le parking. Parfait, on a tout le monde ! Robb, tu es sûr que Talisa nous retrouve là-bas ? On peut encore passer la chercher.

- Oui, je suis sûr, papa, elle a insisté, répéta Robb avant de soulever Rickon pour l'installer sur un siège à l'arrière où Sansa s'occupa de l'attacher.

- Bon, alors allons-y. Theon, tu ne prends pas le volant, monte avec ta soeur à l'arrière. Cat, c'est bon, je suis sûr qu'on a tout !

Il guida sa femme jusqu'au siège passager où elle grimpa nerveusement avant de monter lui-même derrière le volant. Il tourna la clé et la cassette à l'intérieur diffusa dans toute la voiture une musique country qui fit grincer des dents tous les enfants Starks.

- Papa, s'il te plait... se plaignit Arya.

- Courage, fit Jon, le parc n'est pas très loin !

- S'il vous plait, essayez de ne pas faire peur à Talisa trop vite, les pria Robb pour la énième fois.

Il était plutôt nerveux et à bon droit. Il n'avait jamais présenté de fille aussi vite à ses parents et Talisa n'était pas qu'une fille. Elle était spéciale. Il tira un peu sur son t-shirt pour lisser d'invisible plis et se prit à regretter de ne pas avoir mis de chemise.

Jon sembla remarquer son trouble et lui prit la main, la serrant dans la sienne pour le réconforter. Il la lâcha malheureusement très vite pour que Theon ne puisse pas voir leurs marques de réconfort secret.

Quand Ned s'était marié à Cat et que Theon était arrivé, Jon et Robb avaient eu le réflexe immédiat de se rapprocher. Ils dormaient dans le même lit, allaient à l'école ensemble et passaient de longues heures à discuter dans la nuit ou à jouer aux mêmes jeux vidéos. Theon s'était très vite senti exclu et avait riposté en se moquant de cette amitié quasi-fusionnelle. Des années après, Robb avait eu quelques petites amies et ils ne partageaient plus le même lit (juste la même chambre) mais des traces de leur intimité juvénile restaient. Jon vivait pour ces moments-là.

Il lâcha tout de même la main de Robb.

- Si tu te sens trop mal à l'aise en t-shirt, fit-il en se moquant gentiment, tu n'auras qu'à l'enlever en faisant comme s'il faisait trop chaud...

Theon prit le relais en imitant Robb en train d'enlever son t-shirt avec plusieurs remarques obscènes. Sansa dut cacher les yeux de Rickon en protestant contre son demi-frère et Bran se contenta de soupirer et de regarder le paysage défiler à travers la fenêtre. Arya, quant à elle, était en envoi de SMS intensif et Cat qui la gardait à l'oeil dans le rétroviseur, n'osa pas lui demander directement de qui il s'agissait mais elle se promit de faire sa petite enquête.

- Ne t'inquiète pas, bro, fit Garlan, ce n'est qu'un déjeuner de famille, comme tous les mois. Personne ne te remarquera et on sera tous assis autour de toi pour te protéger.

Willas soupira et leva les yeux au ciel. Assis au volant de la voiture, il conduisait prudemment jusqu'à la banlieue de King's Landing où sa grand-mère s'était récemment installée pour critiquer sa famille et chouchouter Margaery. Willas était un jeune homme doux, calme, polissé et rêveur. La dernière chose qu'il appréciait étaient les repas de famille bruyants où tout le monde se juge selon les vêtements que vous portez, la carrière que vous menez et les rêves que vous avez. Willas appréciait grandement les jardins qu'Olenna avait fait installer autour de sa nouvelle maison, mais High Garden lui manquait terriblement : les jardins là-bas étaient assez grands pour montrer qu'on est là sans avoir à l'afficher trop clairement.

Les déjeuners de famille étaient plus le genre de Garlan et de Margaery. Ils étaient très appréciés dans la famille pour leur beauté et leur talent avec les enfants. Willas supposait que leur lire des histoires n'était pas considéré comme un talent.

Il devenait aigre, se reprit-il en freinant à un feu rouge.

- En plus, Oncle Igon sera trop occupé à faire des blagues sur les gays devant moi pour savoir combien de temps je vais tenir avant de craquer et de faire mon coming-out devant toute la famille pour s'occuper de notre génie de frère, ajouta Loras en remontant la vitre de Garlan pour que ses cheveux (et ceux de Margaery) restent intacts.

La jeune fille ne put s'empêcher de sourire et de secouer la tête. Elle regarda la rue vide à travers la fenêtre. Personne ne sortait à cette heure aussi matinale de la journée. Les enfants de la famille Tyrell seraient bien restés au lit eux-même (ils avaient tous des lunettes de soleil à cause de la beuverie d'hier soir et Willas conduisait parce qu'il était le seul à ne pas avoir dépassé le stade des quatre bières pendant la soirée) mais le nouveau manoir de la famille était très très loin et ils devaient arriver à midi, dernier délai.

Ils étaient les seuls devant le feu rouge le plus long de King's Landing : celui de la piscine municipale. La jeune femme tourna la tête dans la direction du bâtiment pile au moment où les premiers bruits de la bagarre se firent entendre.

Tous les Tyrells tournèrent la tête vers la piscine :

- Ouch, on dirait que les Viper ont trouvé leur prochaine victime, constata Willas.

- Punition pour s'être levé aussi tôt, j'imagine... rit Garlan.

Margaery ne prêta pas attention aux commentaires de ses frères. Elle était en train d'observer la bagarre et il lui semblait qu'elle avait déjà vu les vêtements de la personne qui osait tenir tête aux trois nageuses. La jeune Tyrell fronça les sourcils et, quand elle vit les fameuses Docs Marteens et le jean dans un état lamentable, elle sut qu'elle était en train de regarder Asha Greyjoy se faire tabasser. Elle se défendait plutôt bien : elle était plutôt street style, plus sur l'offensive que sur la défensive, position dangereuse quand on est face à un adversaire plus fort que soi, ce que les trois Vipers étaient sans conteste.

Sans réfléchir, Margaery ouvrit la portière et se précipita à la rescousse de la jeune femme. Elle portait un chignon impeccable avec quelques boucles qui tombaient dans son cou dans un faux négligé, une jupe qui couvrait à peine ses genoux et un petit chemisier orné de motifs floraux. Avec ses talons, elle était nullement dans la meilleure tenue pour faire face aux redoutables adversaires qu'étaient les Viper, mais Margaery n'était pas le genre de femme à avoir peur de quelque chose.

Elle se précipita dans la bataille, saisissant les épaules d'une jeune femme et la repoussant du mieux qu'elle put. Les deux autres Viper eurent un moment de trouble quant à cette aide inattendue et elles lâchèrent Asha qui dut prendre un petit moment pour tenir correctement sur ses deux jambes. Elle saignait à l'arcade et à la lèvre et il n'y aurait aucun doute qu'elle aurait un oeil au beurre noir le lendemain. Elle souriait toujours, comme si elle se moquait de ses agresseurs. Margaery commençait à comprendre pourquoi elle était autant détestée au lycée. Personnellement, la jeune Tyrell trouvait ça admirable et ne put s'empêcher de passer sa langue sur ses lèvres soudainement sèches.

- De quoi tu te mêles ? protesta Nymeria, se relevant.

Avant que la bagarre ne reprenne, Obara se mit entre Margaery et Nymeria, tendant les bras pour les séparer. De son côté, Asha réussit à se dégager de la mêlée mais ne s'enfuit pas. Elle regardait Margaery avec ses talons aiguilles et son maquillage parfait, lançant des regards noirs à ses adversaires comme si elle était prête à en découdre... Pour elle...

Balon, le père d'Asha, n'avait jamais été très protecteur : il avait toujours pensé que sa fille unique (survivante, plutôt : tous ses frères avaient quitté le domaine familial, soit pour s'installer ailleurs, soit pour finir en prison) devait apprendre à se défendre toute seule. Sa propre mère lui avait donné un unique conseil qui avait toujours dirigé sa vie : Ose. Asha ne se plaignait pas de son éducation : elle était même très fière de la jeune femme qu'elle était devenue, mais elle devait avouer que voir la magnifique Margaery Tyrell dans sa jolie jupe de jeune fille de bonne famille prendre sa défense dans une bagarre de rue était... réconfortant.

Nymeria allait se jeter sur Margaery, profitant d'un instant de distraction d'Obara qui tournait la tête vers Asha, comme pour la surveiller, quand le gang Tyrell arriva à la rescousse : Loras et Garlan étaient sortis de la voiture et s'approchaient du groupe de jeunes filles.

Ils avaient l'air classes et polissés dans leurs costards, fleur à la boutonnière, mais il fallait être stupide pour les sous-estimer : les Tyrells savaient se faire respecter sur tous les domaines. Ils se postèrent de chaque côté de Margaery, Loras à sa droite, lançant à Nymeria un regard qui la mettait au défi de s'attaquer à sa soeur.

- Vous feriez mieux de partir, mesdemoiselles, fit Garlan d'un ton calme mais ferme.

- Probablement, répondit Obara qui semblait soulagée de voir une échappatoire pacifique se présenter. Venez les filles, ne perdons pas notre temps ici.

- On se retrouvera, lança Nymeria à Margaery.

Loras se posta un peu plus devant sa soeur, toujours aussi imperturbable. La jeune femme haussa les épaules et s'en alla après ses deux autres soeurs, bousculant Asha au passage. La jeune Greyjoy ne dit rien et finit par essuyer le sang qui commençait à maculer son menton.

Elle eut à peine le temps de reprendre ses esprits que déjà, Margaery avec son parfum sophistiqué de roses et d'épices inconnues, se jetait dans ses bras, prenant son visage dans ses mains aux ongles parfaits, écrasant ses lèvres douloureuses avec les siennes, étalant son rouge à lèvres discret sur celles tachées de sang d'Asha. Le baiser était passionné, presque désespéré. La nageuse mit quelques secondes avant de réagir et de répondre au baiser. Elle voulait poser ses mains sur ses hanches ou dans ses cheveux pour la tenir contre elle, mais étrangement, elle avait peur de la décoiffer ou de salir ses vêtements. Elle finit par prendre ses mains si blanches et si douces pour l'écarter quand elles eurent besoin d'air.

Le coup de klaxon de Willas qui s'impatientait dans la voiture les ramena à la réalité. Margaery riva ses yeux dans ceux d'Asha et sourit, riant un peu :

- Désolée, j'ai un déjeuner de famille au manoir Tyrell. A plus tard.

- Ouais, à plus, fut tout ce qu'Asha put répondre, passant une main dans ses cheveux en désordre.

Elles se regardèrent encore un moment, puis Garlan posa sa main sur l'épaule de Margaery et elle brisa le contact avec un dernier sourire avant de remonter dans la voiture de son habituel pas léger et élégant. Loras jeta un dernier regard à la fille Greyjoy et monta à son tour dans la voiture, claquant la portière derrière lui. Le feu passa au vert et la voiture disparut au coin de la rue.

Il fallut cinq bonnes minutes à Garlan pour arrêter de rire et dix minutes à Margaery pour refaire son maquillage.

Robb descendit de la voiture en premier et aida tout le monde à descendre. Il faisait très beau aujourd'hui et presque tous les habitants de King's Landing s'étaient retrouvés au parc pour des jeux et des repas en famille. Il reconnu certains membres de l'équipe de football américain qu'il salua discrètement avant de s'éloigner un peu pour appeler Talisa :

- Allô, Tal' ? fit-il quand elle décrocha.

- Robb ? C'est à toi la tribu qui vient de descendre du van ?

- Ouip, c'est la meute Stark. Alors ?

- Ils sont nombreux...

- Au moins tu n'auras jamais à rester seule face à face avec quelqu'un... Tout va bien se passer, je te le promet.

- D'accord... Bon, j'arrive, fais comme si je n'étais pas en train de guetter derrière la rangée d'arbres.

- Promis, chérie. Merci.

- A tout de suite...

Quelques instants plus tard, une très belle jeune femme, grande, mince, à la peau tannée par un soleil lointain, vêtue d'une légère (mais décente) robe d'été se dirigeait vers les nappes de pic-nique étendues sur la pelouse.

Cat et Sansa étaient en train de sortir les couverts en plastique tandis qu'Arya ronchonnait en coinçant les nappes sous des pierres pour qu'elles ne s'envolent pas. Rickon était déjà en train de courir partout avec Shaggydog sous la surveillance de Jon et de Bran. Theon s'était un peu éloigné pour fumer sa énième cigarette du jour et Ned allumait le barbecue. Toute cette harmonie intimida Talisa : tout semblait être comme une machine bien huilée et elle était le grain de sable qui allait gripper l'engrenage. Elle se tordit les mains, prit une grande inspiration et se dirigea vers sa planche de secours : Robb Stark.

Celui-ci l'accueillit avec son habituel grand sourire charmeur et un léger baiser. Puis, il glissa son bras autour de ses épaules et il sembla soudainement à Talisa que tout irait bien dans le meilleur des mondes désormais. Elle se dépêcha de retirer ses lunettes de soleil pour paraître polie et se para d'un petit sourire.

Theon fut le premier à venir à leur rencontre : il avait déjà vu Talisa et comme Jon, il la connaissait : les présentations n'étaient pas nécessaires. Mais Theon n'était pas du genre à vouloir rester discret :

- All hail the Wolf Queen ! s'exclama-t-il, levant les bras au ciel en parodiant Shakespeare.

- Theon, répondit Robb en lui jetant un regard noir qu'il n'arriva pas à tenir très longtemps.

- Jon ! appela Robb, Talisa est arrivée.

- On pourrait aussi prendre un haut parleur et faire une annonce publique, marmonna Talisa.

Jon vint tout de suite à leur rencontre et serra la main de la jeune fille. Bran et Rickon ne tardèrent pas à les rejoindre, curieux d'admirer la nouvelle venue. Ils semblèrent tous les deux un peu méfiants au début et, quand Shaggydog vint s'asseoir aux pieds de Talisa pour recevoir ses caresses, Rickon ne tarda pas à le suivre et à serrer la main de la jeune femme. Bran finit par faire de même, marmonnant un «Bonjour» avant d'aller se réfugier aux côtés de Catelyn.

- Il est timide, dit Robb pour rassurer sa petite amie.

- Il a l'air si grave pour quelqu'un de si jeune.

- Il est spécial, en effet, fit Robb en souriant.

La mère de la tribu Stark ne tarda pas à relever la tête vers le petit groupe quand elle vit son fils chercher sa présence réconfortante. Elle croisa alors le regard de Talisa. Ses yeux bleus glacèrent tellement la jeune femme que celle-ci regretta immédiatement d'être venue. Etait-il encore temps de partir en courant ? Pas avec le bras de Robb autour de ses épaules. Elle essaya d'en tirer de la force au lieu de s'y sentir emprisonnée.

- Courage, fit Theon en tapotant son épaule nue, Mam' est la plus dure, après tout ira bien.

Catelyn Stark se leva et Talisa admira tout de suite son goût : pantacourt d'un bleu clair qui virait vers le vert aux couleurs de la mer et une chemise blanche aux manches retroussées jusqu'aux coudes et une petite chaîne argentée à laquelle pendaient sept poissons argentés également. C'était une femme sèche et autoritaire, probablement, mais aussi juste et protectrice. Jamais elle ne permettrait que le moindre mal arrive à ses enfants. Si un jour elle rompait avec Robb, elle saurait se méfier de Catelyn Stark. Pour l'instant, Talisa ne pouvait s'empêcher de l'admirer.

La mère de la meute Stark s'approcha de la jeune femme avec un léger sourire et une once de tristesse passa dans ses yeux quand elle regarda son fils. Puis, elle revint à Talisa, l'analysant posément. Au bout d'une longue minute de silence, Catelyn tendit la main à Talisa. Celle-ci la prit immédiatement, heureuse d'avoir été acceptée par la louve alpha. Cette comparaison la fit sourire intérieurement, mais il n'y en avait pas de plus vraie.

Ned ne tarda pas à arriver à son tour, un tablier autour de son cou où était inscrit : «Best Cook» Le 'Cook' était rayé et au-dessous, on avait peint d'une main maladroite 'Dad'. Une touche de la famille Stark, sans aucun doute. Eddard Stark semblait plus sympathique, plus ouvert et moins froid que sa femme. Il avait des yeux gris et un grand sourire. Il lui tendit immédiatement la main qui ne tenait pas les pinces du barbecue et Talisa la serra de bon coeur, essayant de ne pas grimacer quand ses doigts se retrouvèrent accidentellement broyés dans la poigne de fer du père Stark.

- Bonjour, euhm...

- Talisa, se présenta-t-elle.

- Bonjour Talisa, reprit Ned. Je vois que tu as rencontré quasiment tout le monde. Bien.. Bien... J'espère que tu as faim parce que j'en ai encore fait pour un régiment !

- Papa, rappela Robb, Talisa est végétarienne.

- Oh, désolé, désolé... Euhm... On a prit beaucoup de légumes aussi et Cat' a fait de la salade...

- T'inquiète pas, Papa, reprit Robb, tout va bien.

- En revanche, Ned, va surveiller les steacks, rappela Cat'.

- Oh oui, bien sûr, chérie, fit Ned en déposant un léger baiser dans les cheveux roux de sa femme avant de repartir au barbecue.

Talisa ne put s'empêcher de sourire quand elle vit les yeux bleus de Catelyn s'attendrir avant de redevenir froids. Elle espérait un jour être la Catelyn de Robb Stark. Leur amour semblait si parfait...

-Arya, Sansa, appela Catelyn, venez dire bonjour.

- Oui Mamaaaaaaan, firent les deux filles de la meute.

La première à venir fut Arya qui serra la main de Talisa et lui demanda tout ce qu'il y avait à savoir sur le club de sauvetage du lycée et s'il était trop tard pour s'y inscrire. Talisa, la vice-présidente du club, répondit à toutes ses questions et lui souhaita bientôt la bienvenue dans le club.

- Je t'aime bien, déclara Arya avec un sourire sincère avant de recevoir un nouveau SMS et de la saluer distraitement, suivie par son chien, Nymeria.

Robb lui sourit et la serra contre lui : il était fier d'elle. Talisa lui rendit son sourire et ils allaient s'embrasser quand Sansa se présenta à eux.

Talisa eut à peu près la même impression face à elle que face à Catelyn Stark. Sansa était une jeune fille plutôt impressionnante : Talisa avait entendu parler d'elle au lycée. Sansa était classée dans les plus belles filles du lycée mais elle n'était dans aucun des clubs pour l'instant. Le club de mode mourrait de la compter dans ses rangs mais personne ne l'avait encore abordée à ce sujet. Elle n'avait pas encore de petit ami même si on l'avait vue embrasser Sandor Clegane après le match d'ouverture pour une raison inconnue : Sandor était bien l'inverse de ce qu'on attendait d'elle... Sansa était plutôt grande pour son âge et, sans talons, elles faisaient la même taille. Elle était vêtue avec autant de classe que sa mère : elle portait un short en jean qui laissait ses longues jambes parfaites à la vue de tous et un débardeur lâche blanc avec des oiseaux mêlés à des motifs floraux comme s'il venait d'une tapisserie de château. On pouvait voir les bretelles blanches également de son soutien-gorge. Elle serra la main de Talisa avec un petit sourire, mais la jeune fille semblait très pré-occupée par autre chose et retourna bientôt auprès de Catelyn pour servir la salade dans toutes les assiettes.

- Merci d'avoir fait ça pour moi, lui murmura Robb à l'oreille, la sortant de sa contemplation des longs cheveux roux de Sansa, tenus en une longue tresse lâche d'où sortaient quelques mèches.

- La viande est prête ! déclara Ned et tout le monde alla s'asseoir.

Petyr était au moment le plus important de sa promenade saturnale : le grand parc où les familles venaient pic-niquer quand il faisait beau. Aujourd'hui était une journée radieuse. Petyr avait prit son café et avait enlevé sa veste, laissant la douce brise s'engouffrer dans sa chemise blanche. Au bord du parc, plusieurs joggeurs le dépassèrent et il rencontra plusieurs personnes promener leur chien. Sur la pelouse, plusieurs familles faisaient déjà un bruit épouvantable. Il reconnut plusieurs de ses étudiants jouer au frisbee, torses-nu pour impressionner les groupes de filles qui échangeaient des ragots devant leurs salades light.

Petyr se sentait étranger à cette foule comme s'il était un extra-terrestre. Il avait la même sensation quand il assistait aux matches. Il avait envie que Sansa se sente aussi aliénée que lui. Il avait envie d'un compagnon dans son immense solitude. Elle était tellement le genre de fille qui pouvait se sentir à l'aise dans ce genre de lieux.

Il se demanda si c'était ce pourquoi Catelyn l'avait quitté : il ne pouvait pas aimer sans détruire la personne qu'il aimait.

Il préféra ne pas répondre à cette question et poursuivit son chemin. Il regarda le ciel, fut éblouit, écouta les feuilles qui bruissaient et ferma même un instant les yeux. Il avait envie de prendre Sansa par la main et de passer une porte où ils se retrouveraient tous les deux dans le jardin d'Eden. Il n'était pas croyant (sottise, il ne croyait que dans le chaos) mais il comprenait cette image du paradis : un jardin et deux personnes dans un monde vide de semblables. Juste eux deux.

Il délirait encore. Il était enfermé dans les mêmes pensées, les mêmes promenades, les mêmes personnes, les mêmes secrets, les mêmes histoires. Il était incapable de sortir de ce cercle vicieux de son esprit sans se poser des questions auxquelles il n'avait pas envie de répondre : que faire avec Sansa ?

Petyr marcha encore un peu avant d'entendre des échos de voix familiers. Il tourna tout de suite la tête vers le pic-nique le plus proche.

Il vit la famille Stark, réunie, joyeuse en ce samedi midi ensoleillé.

Ce bonheur aurait pu être le sien. Il aurait pu être là, assis à la place d'Eddard Stark, en face de Catelyn, manger avec leurs enfants en cette journée ensoleillée. Il aurait du être là. Si seulement Cat ne lui avait pas tourné le dos... Elle lui avait tout enlevé ce jour-là. Malgré le contrôle qu'il avait toujours sur ses amantes, sur ses élèves, sur ses collègues, Petyr se sentait toujours impuissant : rien ne les empêchait vraiment de tourner le dos et de partir...

Il s'arrêta dans sa marche et s'adossa à un arbre pour observer la petite famille. Il reconnut Robb et sa petite amie presque assise sur ses genoux, Theon qui avait éteint sa cigarette pour une fois, Jon qui essayait de faire participer tout le monde à la conversation principale, Bran dans son habituel silence rêveur et Arya qui l'embêtait sur la façon dont il coupait sa viande en petits carrés égaux. Ned était en train d'essayer de faire parler Talisa en faisant des blagues qui la mettaient plus mal à l'aise qu'autre chose mais elle souriait souvent ce qui devait être un bon signe pour le père de famille. A ses côtés, Cat était en train de sermonner Rickon qui ne voyait toujours pas l'utilité des couverts.

Il regarda Cat. Elle était encore belle. Elle était une mère parfaite. Elle était heureuse. Elle devait se féliciter intérieurement de l'avoir quitter. Il secoua la tête et s'apprêta à repartir quand un cri aigu attira son attention : Arya avait eu la bonne idée de catapulter un morceau de viande saignant sur les vêtements de sa soeur pour faire rire Bran. Son regard tomba immédiatement sur la jeune fille qui se levait en protestant énergiquement contre sa soeur sous les rires de toute la table.

Il ne pouvait pas détacher son regard. Pas quand elle jeta un rapide regard circulaire à tous ces visages moqueurs, comme si elle cherchait de l'aide qu'elle ne trouverait pas. Sansa finit par se lever, quitter la table et aller à un robinet un peu plus loin où elle pourrait laver la tâche de sang avant que son débardeur soit irrémédiablement taché. Ainsi, elle était plus proche de lui que de la table.

Comme il l'avait deviné, elle avait des jambes magnifiques, longues, blanches, fines. Il adorait ses chevilles si délicates qu'on voyait les veines bleues sur l'océan de lait qu'était sa peau. Elles étaient tellement mieux sans collant. Il admira aussi ses épaules rondes, parfaites, lascives comme celles de ces Dianes nues que les peintres représentent en train de se baigner, ne se rendant pas compte qu'elles sont espionnées par un chasseur. Quand elle se pencha, sa tresse tomba sur son épaule dans un grand mouvement et Petyr aurait tout donné pour aller défaire ses cheveux et les respirer longuement.

En admirant son profil, ses yeux bleus concentrés sur la tâche qu'elle était en train de faire partir, Petyr en vint à l'étrange conclusion que Sansa était plus belle que sa mère l'était à cet âge. Catelyn avait quelque chose de rigide, un sens de l'honneur, un calme d'esprit que Sansa n'avait pas. Catelyn était sûre d'elle : elle savait ce qu'elle voulait, elle savait où elle allait et elle était entourée d'amis et d'ennemis sûrs. Sansa était plus... une sorte d'Alice qui était tombée au fond du terrier dans un monde inconnu et qui aspirait à retrouver le monde de là-haut bien qu'elle n'en ait plus de souvenirs.

Petyr doutait que Sansa se sente malheureuse en famille : elle devait juste se sentir différente, comme si elle n'y appartenait pas véritablement comme les autres appartenaient à la meute. Petyr connaissait ce sentiment, il ne le connaissait que trop bien.

Sansa releva les yeux et les posa directement sur lui comme si elle avait toujours su qu'il était là. Petyr s'immobilisa tellement que même ses pensées se turent un instant. Ils se regardèrent un moment, les yeux dans les yeux, Sansa au soleil avec le bas de son débardeur trempé et Petyr, dans l'ombre, sa veste sur l'épaule. Ils ne dirent rien mais Petyr était sûr qu'ils avaient ressenti la même chose : le désir de l'autre, d'aller vers l'autre, de le serrer dans ses bras, de l'embrasser et de tout faire pour ne faire qu'un avec l'autre par tous les moyens possibles. Sansa se passa inconsciemment la langue sur ses lèvres et Petyr se sentit alors immédiatement à sa place, pile à sa place, comme jamais il ne s'était senti. Inconsciemment, Sansa Stark avait envie de l'embrasser. C'était tout ce qu'il avait besoin de savoir pour aujourd'hui.

Il sourit et s'en alla, coupant court sa promenade, rentrant chez lui avec un léger sourire plaqué sur ses lèvres.

Daenerys regarda le hamburger posé devant elle comme s'il s'agissait d'un alien. Elle releva les yeux vers son frère à l'autre bout de la table : il était en train d'ignorer son propre burger pour se faire nourrir de frites par une fille si dévêtue qu'on aurait cru qu'elle avait oublié de s'habiller ce matin, ce que Dany doutait.

Elle redirigea ses regards vers Drogo en face d'elle, entouré de ses amis motards : ils parlaient et faisaient des blagues et riaient de façon très bruyante. Ils avaient chacune une family box composée de cinq burgers devant eux et mangeaient avec entrain. Dany se sentait malade rien qu'à les regarder. Elle eut une légère moue et regarda autour d'elle.

Ils s'étaient levés tôt ce matin, réveillés par les coups de klaxons et les appels barbares de Drogo et de sa bande. Puis, ils avaient roulé quelques kilomètres sur une auto-route déserte, s'éloignant à une vitesse prodigieuse de la ville avant de s'arrêter sous un soleil brûlant dans un fast-food quasiment désert pour déjeuner. Dany avait à peine eut le temps de prendre une douche, enfiler un jean, des Docs Marteens bleues et un t-shirt blanc qui laissait voir une épaules ronde et la brettelle de son soutien-gorge blanc également. Ses cheveux, en revanche, avaient une coiffure plus élaborée : elle savait que Drogo aimait observer ses cheveux. Ils étaient d'une couleur qu'il n'avait jamais vu auparavant.

Celui-ci sembla avoir remarqué son silence prolongé et son burger entier devant elle. Il la regarda droit dans les yeux. Elle ne baissa pas les siens. Au début, elle le faisait tout le temps, mais elle avait fini par apprendre. Elle n'était pas encore très assurée devant lui, mais elle ne tremblait plus dès qu'on prononçait son nom. C'était un début. Il fit un signe de tête vers son burger, l'encourageant à manger. Tous les amis de Drogo se turent soudainement, l'observant aussi. Elle savait qu'elle n'avait pas vraiment le choix. Elle saisit le burger du mieux qu'elle put pour ne pas se mettre de sauce grasse plein les doigts et l'approcha de ses lèvres. Elle pensa à son enfance : les plats raffinés, les terrasses à l'ombre et les vêtements en soie délicate. Elle mordit dans le burger et avala une bouchée. Drogo sourit et reprit sa conversation.

Daenerys avait grandi comme une princesse dans un grand manoir avec un grand jardin et tous les jouets qu'elle voulait quand elle voulait. Son père était un puissant seigneur de la pègre de King's Landing avec son accent plus prononcé que le sien, sa femme aux courbes généreuses et ses réunions secrètes à toutes les heures du jour et de la nuit. Aerys avait parié dangereusement et Aerys avait perdu. Un mauvais marché et des hommes étaient arrivés dans la nuit pour reprendre tout ce qui lui appartenait. Daenerys avait vite oublié les serviteurs quand son grand-frère avait du demande de l'aide des anciens amis de son père qui s'étaient vite révélés être des amis de l'argent et de la chance.

Heureusement, Viserys avait fini par frapper à la bonne porte et Illyrio les avait accueillis après deux semaines de porte à porte et de nuits glaciales dans les rues de King's Landing. Dany se demanda si elle aurait accepté l'aide d'Illyrio si elle avait su qu'elle aurait à se lier d'amitié à la bande de motards qui jouaient la milice du quartier de banlieue où la mafia venue de l'Orient s'était installée. Probablement, pensa-t-elle en prenant une autre bouchée de son burger. De toutes façons, elle n'avait pas vraiment eu le choix.

Elle vint à bout de son burger et Drogo essaya même un sourire. Elle lui rendit son sourire et baissa à nouveau la tête, essuyant ses doigts avec insistance sur les serviettes en papiers qu'elle avait abondemment collectées à l'intérieur.

Daenerys fut distraite par l'arrivée d'une nouvelle moto dans le parking déjà presque entièrement monopolisé par les Harley Davidson de la bande de Drogo (ils s'appelaient les Dothrakis pour une raison qui échappait complètement à Dany) C'était Jorah.

Jorah était un de ces enfants perdus, de ces ados rebelles qui avaient quitté père et mère pour des raisons qu'ils ne disaient jamais qu'Illyrio finissait par recueillir. Il traînait souvent avec les Dothrakis et s'entendait bien avec eux en général. Il avait un Harley aussi et une guitare acoustique. Dany aimait bien l'écouter jouer le soir dans le jardin ou quand ils étaient en camping même si elle ne connaissait jamais les chansons qu'il jouait. Quelques fois il chantait aussi et Dany adorait sa voix profonde et grave et son air d'artiste tourmenté. Mais quand il essayait d'attirer son attention ou même d'agir comme s'il la connaissait en public, Dany avait toujours un mouvement de recul : elle n'avait pas vraiment envie qu'on sache qu'elle était dans de tels milieux. Pas qu'elle ait honte puisque ce n'était pas de sa faute, mais parce que si un prof venait à savoir qu'elle fréquentait Drogo qui devait être dans la vingtaine alors qu'elle n'avait que seize ans, elle pouvait s'attendre à une visite des services sociaux chez Illyrio et beaucoup de choses qui s'y passaient n'était pas très réglementaires.

Jorah fut accueilli par plusieurs cris barbares de la part des Dothrakis, donna quelques tapes dans le dos et serra des mains. Puis, il s'assit à côté de Dany en lui souriant :

- Alors, Dany, fit-il, bien mangé ?

- Oui, oui, ça va, répondit-elle doucement, presque dans un murmure.

- J'ai entendu que tu faisais un exposé avec Sansa Stark en littérature.

- Oui. Tu as lu le livre ?

- Quoi ? Lolita ? Oui, je l'ai presque terminé. Ça m'a fait penser à plusieurs chansons.

Il plongea sa main dans la poche de son jean déchiré et y farfouilla quelques instants avant de sortir deux feuilles agrafées et entièrement froissées. Il les posa devant Dany en essayant plus ou moins de les aplatir. En face d'eux, Drogo s'était tu et regardait les deux en fronçant les sourcils :

- Qu'est-ce que tu donnes à Dany ? lui demanda le chef des Dothrakis.

- Juste une partition, répondit Jorah prudemment.

- Woman King de Iron & Wine, lut Daenerys, pensive.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Drogo.

- Juste une chanson que je sais jouer à la guitare. Je sais que Dany chante bien. Ce serait super si tu pouvais la chanter ce soir.

- Je... commença Daenerys, embarrassée. Je ne sais pas où...

- Tu peux nous suivre Mormont, autorisa Drogo. Dany chantera ce soir.

Puis, il se leva. C'était le signal. Aussitôt, tous les Dothrakis se levèrent aussi toutes affaires cessantes et rejoignirent leurs motos sur le parking. Viserys fut obligé de monter derrière un autre Dothraki, le meilleur ami de Drogo. Dany se leva aussi et s'apprêta à rejoindre Jorah sur sa monture quand elle sentit la lourde main de Drogo sur son épaule. Il fit un simple signe de tête vers sa propre Harley et Daenerys ne put qu'hausser les épaules pour s'excuser auprès de Jorah avant de rejoindre la moto de Drogo.

Le Dothraki saisit sa veste en cuir élimée et décorée de clous et de la marque de la bande dans le dos avant d'aider Dany à l'enfiler. Ils n'avaient jamais de casques : leurs seules protections étaient des rangers, des vestes en cuir et des lunettes de soleil. Ils vivaient dangereusement et un accident ne leur faisait jamais peur. Dany avait toujours peur, elle, mais depuis qu'elle connaissait Drogo, elle avait remarqué qu'il essayait de limiter au maximum les prises de risque inutiles. Cela suffit pour qu'elle enroule ses petits bras du mieux qu'elle put autour de son torse imposant, posant sa tête dans son dos, ses yeux scrutant le paysage derrière ses Ray-Ban bleues. Drogo leva un bras, fit vombrir sa moto et la procession de se remit en route, s'enfonçant dans la campagne aride et déserte.

La BMW blanche des enfants Tyrells faisait pâle figure à côté des Lamborghinis qui les attendaient déjà dans la cour du manoir d'Olenna Tyrell. Willas, Garlan, Margaery et Loras en sortirent avant d'avancer jusqu'au préau où ils sonnèrent.

Un domestique vint leur ouvrir et les accueilli avec un sourire après les avoir reconnus. Les autres auraient besoin d'une carte d'identité pour qu'on puisse les retrouver sur la longue liste des invités des repas de famille des Tyrells, mais les quatre héritiers de la fortune Tyrells étaient tout de suite reconnus.

- Alors, Paxter, demanda Margaery pendant qu'ils étaient menés aux jardins, comment les choses se passent ce samedi ?

- Oh, vous savez, Margaery, comme d'habitude, nous sommes débordés rien qu'avec l'apéritif et on ne sait jamais quel plat va être demandé en premier, le dessert, le fromage, le plat principal ou l'apéritif. Mais il fait beau aujourd'hui et tout le monde est de bonne humeur. On vous a fait un dessert fabuleux et, si je peux me le permettre, il devrait particulièrement vous plaire.

- Paxter, vous excitez ma curiosité, répondit Margaery. J'espère que Tante Olenna va faire venir le dessert en premier alors !

- Nous le saurons bien assez tôt, fit Paxter en les laissant à la porte qui mène au jardin.

Le jardin du manoir Tyrell à King's Landing était loin d'être ceux de High Garden, mais ils étaient tout de même magnifiques : des allées d'arbres fruitiers formaient de l'ombre et diffusaient une odeur sucrée pour les promeneurs, les plates-bandes étaient dignes de musées des plantes où des milliers de variétés de fleurs de toutes les couleurs s'offraient aux yeux des spectateurs avides, des buissons entouraient les bancs en pierre formant des petits cercles çà et là où les invités pouvaient s'asseoir en cercle et discuter en profitant du soleil. Enfin, au milieu du jardin, une immense tonnelle recouverte de lianes et de buissons de roses abritait le fauteuil où Olenna mangeait et discutait avec les privilégiés qu'elle faisait approcher grâce à l'armée de domestiques qui se tenaient autour d'elle.

La journée était magnifique et l'apéritif venait de commencer : les quatre héritiers n'étaient donc pas très en retard. Ils respirèrent et Garlan et Margaery allèrent chercher des boissons pour tout le monde. C'était un rituel : Margaery était la rose, la perle des Tyrell, belle comme le jour, intelligente et adorable, les membres de la famille ne lui faisaient que des compliments. Garlan était presque aussi prisé et surtout, n'avait pas la moindre peur quant aux remarques acerbes qu'on pourrait lui faire. C'étaient donc toujours eux deux qui s'approchaient du buffet tandis que Loras et Willas s'efforçaient de trouver un petit cercle à l'écart où ils pourraient rester tranquilles, le plus en dehors des vieilles affaires de famille ennuyeuses.

Ils avaient trouvé le coin parfait, derrière une rangée de pommiers quand Margaery et Garlan revinrent avec les boissons : Loras buvait du jus de pamplemousse rose, Garlan de la bière blanche à la framboise, Willas de l'eau pétillante à la rose et Margaery du thé glacé aux cranberries. Ils s'installèrent tous donc, prêts à reprendre la conversation qu'ils avaient commencé dans la voiture quand une des domestiques d'Olenna vint les trouver. Elle n'eut même pas à prononcer un mot que tous les héritiers se levèrent et la suivirent jusque sous la tonnelle.

Là, Olenna trônait dans son fauteuil en tailleur bleuté aux motifs floraux couleur Tyrell. Avec la chaleur, elle avait retiré sa veste et était en chemise légère. Elle regarda le quatuor s'approcher d'elle avec un sourire et des yeux perçants, comme toujours :

- Ah, les quatre enfants terribles ! les accueillit-elle. Les quatre petites raisons pour lesquelles j'ai été dépêchée d'High Garden jusqu'à King's Landing. Vous savez que vos parents s'inquiètent pour vous, petits vauriens ? Un coup de fil cette semaine ! La semaine de la rentrée ! Allons, allons, vous allez me faire plaisir et leur faire une conférence téléphonique demain matin.

- On le fera, lui assura Willas.

Olenna se tourna tout de suite vers lui et lui fit signe de s'approcher d'elle, ce qu'il fit, manoeuvrant sa béquille avec agilité. Sa tante le regarda un long moment avant de donner une petite claque sur son genou défectueux. Willas grimaça et Loras et Margaery se regardèrent inquiets :

- Je vois que c'est toi qui as conduit toute cette équipée de fêtards jusqu'ici. Il faudrait que vous réfléchissiez un peu avant de boire, bande de chenapans, et de laisser votre frère conduire avec son genou. Alors, Willas, dis-moi comment ça se passe.

- Tout va bien. L'école est très intéressante. Le concours de fin d'année semble à portée de main mais je continue à travailler autant que je peux. J'ai trouvé deux élèves pour l'instant, une dame très sympathique qui veut apprendre la harpe et un petit garçon à qui je dois apprendre le piano, il est un peu têtu mais il va faire des progrès, je le sens.

- Ah, un petit neveu chef d'orchestre... Qui l'eût cru quand tu as commencé à jouer de la flûte au collège ! Un vrai désastre, je vous dis ! Loras n'arrêtait pas de pleurer pour que tu arrêtes, le taquina Olenna. Tu sais que tu n'es pas obligé de donner des cours, n'est-ce pas ? Si tu as besoin d'argent pour financer ton école, tu sais que tu peux toujours venir me demander, n'est-ce pas ?

- Je sais, Olenna, et merci encore, mais donner des cours m'aide à pratiquer et me permet de me vider l'esprit.

- Bien, bien... Et alors, quand puis-je espérer une descendance ?

- Pas tout de suite, je crois bien, fit Willas en rougissant de la tête aux pieds.

- Evidemment... Alors, toi , Loras, j'imagine que ce n'est même pas la peine de te poser la question...

Willas en profita pour s'éclipser discrètement et aller se ranger aux côtés de Garlan qui lui tapota l'épaule en riant un peu à son trouble. Ce fut au tour de Loras de s'approcher :

- Non, il n'est pas question, en effet. J'ai rencontré quelqu'un. Il s'appelle Renly et il est le directeur de la troupe de théâtre du lycée.

- Oh, la troupe de théâtre, mais c'est parfait, ça ! Tu vas pouvoir aller l'éblouir avec tes talents !

Il y eut un moment de silence.

- Oui, alors, en fait... Euhm... commença Loras. Olenna... Margy et moi... Nous avons préféré d'autres clubs plus... populaires.

- Comment ça ? demanda Olenna en se penchant un peu devant Loras avec un regard perçant.

- Je... J'ai été pris dans l'équipe de football américain... Et Margy... Elle est chez les pom-pom girls. On a passé les tests et on est pas mal populaires là où on est...

Il y eut un autre long moment de silence, bien plus long que le premier. Les quatre se regardèrent longuement, puis, Olenna soupira et reprit :

- Mes pauvres enfants, que vous a-t-on apprit ? Ah, j'imagine que c'est à moi de faire votre éducation. Allons, que dit-on à tous les Tyrells quand ils commencent à socialiser ?

- D'être toujours essentiel aux autres pour toujours avoir ce qu'on veut.

- Exactement... Donc, vous avez l'impression que votre présence est essentielle parce que vous êtes les plus populaires du lycée et donc, on cherche votre présence pour être aussi essentiel.

Margy et Loras hochèrent la tête.

- Loras, maintenant, dis-moi, si tu avais le choix entre fréquenter Renly ou le plus beau membre de l'équipe de football américain, qui choisirais-tu ?

- Renly, bien sûr.

- Bien sûr. Vous savez pourquoi ?

Tout le monde secoua négativement la tête.

- Parce que c'est du côté de la création, du classicisme que la vulgarité tire sa base. Margaery, dis-moi, tu as pu utiliser certains de tes mouvements pour entrer dans l'équipe des pom-pom girls, n'est-ce pas ?

- Oui, j'ai de gros avantages sur les autres parce que vous m'avez poussée à faire de la danse classique depuis toute petite.

- Et tu n'en as pas refait depuis que tu es chez ces agiteuses de pompoms ?

- Juste quelques pointes...

- Et que feras-tu quand tu auras perdu toute ta souplesse et qu'une autre jeune fille viendra avec ses entraînements de danse classique encore bien au chaud dans ses muscles ?

Margaery baissa les yeux.

- Vous êtes doués, bande de chenapans, ne gâchez pas ce talent. Vous n'avez pas à vous mêler à la foule des écervelés pour vous rendre essentiels à eux. Demain, ils vont se tourner vers la jolie pom-pom girl, mais l'année prochaine ? Non. La masse a la mémoire courte. Vous avez tout intérêt à vous élever de cette masse-là. Soyez des idéaux, bon sang ! Vous pouvez l'être. Vous choisissez une pom-pom girl pour un coup d'un soir, mais une danseuse étoile pour passer votre vie avec.

- Mais si on s'élève, on perd contact avec eux. On devient des snobs, objecta Loras.

- Non, puisque vous gardez vos contacts avec vos camarades grâce aux cours et vous continuez à aller aux fêtes. Soyez cools, soyez in, mais soyez rares, soyez des stars. Di Caprio ne joue pas dans tous les films mais il sort des films souvent : trouvez cet équilibre, voulez-vous ?

- Donc, ça veut dire qu'on doit se retirer de nos équipes ? demanda Margaery, inquiète.

- Oui, je pense que ça vaut mieux. Sur le moment, ça va faire des histoires, mais profitez-en pour montrer ce que vous allez faire. Les gens verront que vous êtes au-dessus de tout ça et ils vous admireront pour ça. Margy, tu es sublime, toute en agilité, en grâce et en douceur : tu peux faire bien plus que d'agiter des pom-poms. Quant à toi, Loras, quel formidable acteur tu es et quel joli visage ! Ce serait si dommage de le cacher sous un casque aussi grossier. Allez mes enfants, faîtes honneur aux Tyrells et élevez-vous un peu.

Margaery et Loras hochèrent la tête en souriant. Garlan était le prochain à être convoqué :

- Et toi, Garlan, mon grand garçon. Comment se passe cette école de commerce ? Quand as-tu fini ?

- L'année prochaine. Je devrais avoir mon diplôme sans trop de mal.

- Tant mieux, on aurait bien besoin de quelqu'un qui sache faire quelque chose à l'entreprise. Et sinon, au niveau des belles, où en es-tu ?

- Il a une petite amie et c'est plutôt sérieux, le dénonça Margaery.

- Ah oui ? demanda Olenna, très intéressée.

- Je l'ai rencontrée au club d'escrime. Elle est bien, avoua Garlan.

- J'ai hâte de la voir, alors, fit Olenna et Garlan eut du mal à déglutir. La seule fille qu'il avait présentée à sa tante était partie du manoir en pleurant et avait juré de ne plus jamais fréquenter la famille Tyrell de sa vie.

- Et Margy a embrassé une fille tout à l'heure, quand on passait devant la piscine, se vengea Garlan.

- Oh, que faisiez-vous devant la piscine ?

- On doit passer devant pour venir ici, expliqua Willas. On a vu une bagarre, trois filles contre une. Margy a bien vu que c'étaient les Viper de Dorne, mais elle est quand même allée aider la fille et quand les Viper sont parties, elle a...

- Elle a roulé la pelle de sa vie à la fille, termina Garlan avec un pouce vers le haut.

- Eh bien, mes enfants, avec Loras qui influence Margy et Willas qui s'entête à rester célibataire, Garlan, je compte sur toi pour agrandir la famille Tyrell ! s'exclama Olenna.

Soudain, Paxter s'approcha et murmura quelque chose à l'oreille d'Olenna. Elle écouta attentivement, fronça les sourcils et hocha la tête :

- Bien. Oui. Faîtes-le venir, merci Paxter. Bon, les enfants. On se reverra dans l'après-midi. Mangez bien, hydratez-vous bien et restez à la hauteur de vous-même : je sais que vous pouvez être les meilleurs. Laissez la vulgarité et le médiocre aux Lannisters. Bon déjeuner.

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