Lolita

Losing Everything is what saved you

Bonjour, mes chères ombres !

Encore une fois, sachez que je vous aime tous pour suivre cette fic interminable (enfin, pas tant que ça, en fait...) et je vous aime encore plus si vous me laissez des reviews !

J'ai encore réussi à dépasser la limite des douze mille mots que je m'étais imposée et j'en suis désolée. J'espère que ce chapitre vous plaira tout de même !

Alors, pour ce qui est des warnings : il y aura la mention de violence ET du lime. Eh oui, c'est bien du lime Sansa x Petyr dont la relation atteint encore un tout nouveau level. Je sais que ce ship est problématique donc si ça vous dérange, je vous invite à passer ce chapitre (Et la fic entière en fait... Que faîtes-vous ici ?) Et faîtes très attention vu qu'il y a encore de nouveaux personnages, notamment, certains qu'on a pas encore vus dans la série (je devrais déplacer cette fic dans la catégorie ASoIaF...) donc spoilers.

J'ai DEUX chansons à vous proposer pour vous aider dans la lecture de ce chapitre : 'Special Death' de Mirah et 'House of the Rising Sun' de la soundtrack de American Horror Story - Coven.

Alors, juste une note sur le titre du chapitre : ce n'est pas de moi, pour une fois. Il s'agit d'un vers d'un poème de la sublime et géniale Clémentine von Radics dont je vous invite fortement à aller découvrir les oeuvres. Ce vers est extrait du poème «Letter from Hades to Persephone» ce qui va plutôt bien avec Petyr et Sansa.

Sur ce, je ne peux que vous souhaiter une bonne lecture !

Votre dévouée,

AO.

Chapitre Sept : Tell me losing everything is what saved you.

Quand Sansa traversa le réfectoire pour aller s'asseoir à la table de Ros et de Shae, il lui fallut un petit moment pour se rendre compte que tout le monde la regardait. Elle ne vit ni Joffrey ni Gregor et ne se soucia donc pas du regard des autres.

Les deux jeunes filles lui firent un comité d'accueil digne d'une star. Shae leva les bras de façon dramatique en s'écriant :

- All hail the new Lolita !

Derrière elles, Ramsay ricana, ce qui fit frissonner Sansa. Elle se contenta de s'asseoir en espérant qu'on l'oublierait.

Ce fut le cas. Quelques minutes après, les conversations avaient reprit à leur niveau sonore habituel et plus personne ne semblait se soucier de Sansa ou de ses amies. La jeune fille put enfin souffler et attaquer son repas. Elle avait terriblement faim. Ros ne put s'empêcher de rire :

- Aha, je vois que tu manges enfin quelque chose. Mais dis-moi, vous avez été plutôt rapides, non ? Ça fait quoi.. cinq minutes ?

Sansa comprit alors ce que Ros voulait dire exactement. Elle faillit s'étouffer et reposa ses couverts, son estomac désormais entièrement noué :

- Ros ! s'écria Sansa du mieux qu'elle pouvait en murmurant, je n'ai rien fait avec M. Baelish !

- Oh, vraiment ? Excuse-moi, mais d'après expérience, personne ne reste seul avec Littlefinger sans que quelque chose n'arrive. Surtout une jolie jeune fille, insista Ros.

Sansa jeta un regard désespéré vers Shae qui, avec un soupir mi-énervé, mi-amusé, reposa sa fourchette et entreprit de séparer les deux filles :

- Sansa est une fille bien, ne vois-tu pas, Ros ? Allez, raconte-nous pourquoi tu es restée en arrière...

Sansa se surprit à se mordre les lèvres en rougissant. Elles avaient encore son goût : le goût étrange et addictif d'un nouvel alcool qu'on ne s'attend pas à aimer. Tous les souvenirs lui revenaient à l'esprit et Sansa se mit à sourire, piégée entre l'embarras de ce qu'elle venait de faire et le plaisir interdit que ça lui avait procuré.

Shae posa sa main sur la sienne et lui sourit :

- Je vois... Bon, Ros, tu as fini ton repas ? On va en discuter dehors. Y'a trop de loosers ici.

Ros allait répliquer quelque chose, sa fourchette encore pleine, mais après le regard noir de Shae, elle se tut, termina son assiette en cinq minutes top chrono et elles furent toutes prêtes à partir.

Shae passa son bras autour de la taille de Sansa pour la guider jusqu'à l'extérieur de la cantine, Ros étrangement silencieuse sur leurs pas. Mais le trio eut à peine le temps de sortir qu'une quatrième jeune femme vint à leur rencontre.

- Brienne ! la salua Sansa en souriant, heureuse de la revoir.

- Je venais juste voir si tout allait bien, fit la jeune femme en souriant maladroitement.

- Tout va bien, et toi ?

Les présentations furent rapidement faites et pour la première fois de sa vie, Brienne se retrouva à marcher en compagnie féminine (qui n'avait pas la moindre intention de se moquer d'elle ou de lui faire du mal, c'est-à-dire) Elles marchèrent toutes jusqu'à la pelouse du campus où quelques lycéens prenaient le soleil (ou restaient à l'ombre d'un des nombreux arbres) après le repas. Elles s'y installèrent donc, au soleil, parce que Ros voulait parfaire le bronzage de ses jambes et attirer l'attention du surveillant, Bronn.

Une fois toutes installées, Shae ne laissa pas Sansa s'en sortir :

- Alors, Sansa, je crois que tu nous a promis une histoire, fit Shae avec un air diabolique.

- C'est... C'est que je... commença Sansa.

Elle aurait tout donné pour que Brienne ne soit pas là, en face d'elle. Elle ne savait pas ce qu'elle ferait pour ne pas être jugée par la jeune femme qu'elle respectait le plus avec Margaery Tyrell.

- Est-ce que ça a un rapport avec le fait que tout le monde t'appelle la 'nouvelle Lolita' ? demanda Brienne en fronçant ses magnifiques yeux bleus, essayant d'avoir l'air sérieuse avec la tête de Ros posée sur ses genoux.

- Hum... Oui, avoua Sansa en se tordant les mains. Mais, s'il te plait Brienne, ne dis rien à personne et n'en pense pas moins de moi.

- Je ne ferais jamais une chose pareille ! se révolta Brienne au grand soulagement de sa protégée.

Il y eut donc un petit silence pendant lequel Sansa passa encore sa langue sur ses lèvres. Puis, elle se lança :

- On s'est juste embrassés.

Shae fit une petite danse de la victoire, assise en tailleur à côté d'elle, Ros leva un poing vers le ciel, manquant de frapper Brienne pour montrer son soutien sans avoir à se lever et Brienne rougit presque autant que Sansa. Leurs yeux bleus se rencontrèrent, embarrassés :

- Tu as embrassé M. Baelish, précisa Brienne.

- Oui, avoua Sansa en jouant avec une mèche de ses cheveux.

- Alors ? enquêta Shae, est-ce que c'est aussi bien que Ros dit ?

- C'est... C'était... très bien... Je ne l'attendais pas à ça, mais... C'est... Il y a aussi le contact. Comme avec... euhm... Sandor.

- Tu as embrassé le Limier ?! s'exclama Brienne.

- Mon Dieu, fit Sansa en cachant son visage dans ses mains, je suis vraiment horrible...

- Non, non, la rassura Shae en la prenant dans ses bras, la serrant contre elle, caressant doucement son bras. C'est normal d'embrasser des garçons et des hommes. C'est normal. Ne laisse surtout pas la morale à deux balles de «l'autorité supérieure» te faire sentir comme de la merde. Tu as le droit d'embrasser qui tu veux et d'aimer ou de ne pas aimer... Maintenant, dis-moi tout.

Sansa se laissa aller contre Shae. La jeune femme avec son accent étranger était la première personne qui pourrait vraiment la comprendre :

- D'abord on a parlé de l'exposé... Puis, quand on a commencé à partir avec Daenerys, il m'a demandé de rester. J'étais... J'étais terrifiée. Je pensais qu'il allait me dire de ne plus l'appeler... Mais... Mais il m'a juste demandé de lui parler, pour de vrai la prochaine fois... Puis... Il s'est approché... Et il m'a embrassée. Il a prit mon bras et il s'est approché et il m'a embrassée...

- Avec ou sans la langue ? demanda Ros.

- Au début sans et puis après, avec...

- Mains ?

- Sur les bras uniquement.

- Des derniers mots ?

- Juste qu'il voulait que je lui parle au téléphone ce soir. Après, je lui ai dit que je devais vraiment y aller...

Il y eut un silence pendant que les trois filles réfléchissaient à l'histoire. Shae fut la première à briser le silence :

- Et donc, ce soir... ?

- Je ne sais pas, fit Sansa en grimaçant un peu, je n'ai pas vraiment envie que mes parents entendent...

Elle prit bien soin d'omettre que Petyr était l'ami d'enfance de sa mère. L'histoire semblait déjà extrêmement embarrassante.

- Tes parents n'entendront pas, crois-moi, assura Ros en riant.

- Comment tu peux en être si sûre ? demanda Brienne.

- Parce qu'hier soir à deux heures du matin, j'ai ramené Theon chez lui et je l'ai sucé dans sa chambre et personne n'est venu voir ce qu'il se passait, fit Ros, toujours en riant comme si elle racontait une histoire innocente.

Sansa la regarda, horrifiée :

- Je n'arrive pas à le croire ! J'étais deux chambres plus loin !

- Vous avez de bons murs.

- Mais c'est pour ça que tu t'es absentée plus de trois quarts d'heures à la soirée ! protesta Shae. Je t'ai cherchée partout ! J'ai même interrompu un plan à trois pour voir si tu étais pas dans l'affaire.

Sansa et Brienne se regardèrent comme deux extra-terrestres surprenant la conversation de deux êtres humains.

- Nooon, fit Ros, qui ?

- Je sais pas, des mecs du club photo avec une des cousines de Margy. Pas important. Mais il a quelque chose ce Theon, dis donc. Tu es avec lui depuis quelques semaines, maintenant...

- Il est très bon avec sa langue, si tu vois ce que je veux dire...

- S'il vous plait ! S'il vous plait ! interrompit Sansa. Est-ce qu'on peut ne pas parler de mon frère comme ça devant moi ?

- Tu préfères parler de ce que tu vas dire à Littlefinger ce soir ? suggéra Ros en souriant.

- Non, à vrai dire, je suis surtout curieuse de ce que Brienne a à me dire à propos d'un jeune homme qu'on a vu ce matin... fit Sansa, se sentant traître de piéger Brienne ainsi.

Les deux autres jeunes filles se tournèrent tout de suite vers la jeune femme qui était désormais si rouge que Sansa avait peur pour elle.

- Tu as un petit ami ? demanda Ros.

- Euhm... Non.. Enfin... je... Euhm...

Shae vint à la rescousse de la pauvre jeune femme :

- Ros, laisse la un peu respirer. Que s'est-il passé avec le jeune homme de ce matin ?

- Je... En fait... Je... Je... Il m'a invitée à prendre un verre samedi, sans doute pour rire et j'ai accepté et maintenant, il est obligé d'aller avec moi et je suis stupide et je vais le couvrir de ridicule... déclara Brienne en cachant son visage dans ses mains.

Sansa n'arrivait pas à en croire ses oreilles et son sourire était si grand qu'elle était sûre que ses joues allaient lui faire mal tout l'après-midi :

- Mais c'est génial, Brienne ! s'exclama-t-elle. Si tu veux, tu peux passer chez moi avant, comme ça on pourra bien te préparer pour le faire chavirer le moment venu ! Les filles, qu'est-ce que vous en pensez ?

- Je pourrais probablement passer quelques minutes, fit Ros, mais Theon m'amène au cinéma avec ton autre frère, Robb, sa petite amie et Jon, apparemment. C'est ton autre frère ?

- Demi-frère. Comme Theon. Mon père a eu Jon avec sa première femme et ma mère a eu Theon avec son premier mari.

- Moi je pourrais, fit Shae avec entrain. Mais, t'es sûre que tes parents seront d'accord ?

- Je leur en parlerai, mais je suis sûre qu'ils accepteront.

Les quatre filles se sourirent alors et Sansa ne put s'empêcher de se sentir incroyablement heureuse. Elle se laissa doucement aller, s'allongeant sur l'herbe, laissant ses cheveux auburns briller avec le soleil de midi, fermant les yeux.

Un peu plus loin, Gendry était en train de chanter une ballade sur la guitare acoustique d'Anguy, le batteur de son groupe. Avec eux, Arya était en train de discuter avec Hot Pie sur l'importance des clubs de sport (discussion qui était totalement vaine puisque le jeune homme était juste en train de dévorer une pâtisserie en hochant la tête quelques fois) et, à côté d'eux, Sandor était en train de faire semblant de dormir, adossé à l'arbre qui leur permettait de rester à l'ombre.

En vérité, il était en train d'observer Sansa, la douce Sansa avec ses longs cheveux comme un champ de feu sur l'herbe, son joli visage si pâle, si fin, son corps si magnifique, si souple, étendu et relâché, ses cils étonnants, aussi éclatants que ses cheveux, si longs qu'ils caressaient ses pommettes et son sourire, son sourire paisible et discret qui soulignait ses lèvres...

Sandor n'arrivait pas à croire qu'il l'avait embrassée deux fois, qu'il connaissait le goût de ses lèvres, la douceur de sa peau sur ses paumes et la sensation de son corps contre le sien. Dès fois, il la regardait et il ne pouvait pas croire qu'elle vivait dans le même monde que le sien. Surtout quand elle avait l'air heureuse. Surtout quand elle était en train de parler d'embrasser quelqu'un d'autre.

Soudain, son téléphone sonna et Sandor l'ouvrit pour découvrir le message qui s'affichait à l'écran.

/

- Hey, hey, Orell ! appela Jon.

Le jeune homme du club photo le regarda de haut, s'arrêtant à peine pour reconnaître la présence de Jon.

- Qu'est-ce qu'il y a, Stark ? fit-il sèchement.

- Est-ce que tu as vu Ygritte aujourd'hui ? Elle a bien cours, non ?

Cette fois-ci, Orell s'arrêta brusquement dans le couloir et lança un regard si noir à Jon qu'il se trouva planté sur place :

- T'es vraiment au courant de rien, toi, lui fit Orell. Elle est à l'hosto.

- QUOI ?! s'exclama Jon.

Tous les yeux se tournèrent vers eux mais Jon n'en avait vraiment rien à faire en ce moment. Il était arrivé quelque chose à Ygritte et il ne pouvait pas se permettre de laisser passer cette information. Que les lycéens scandalisés aillent au diable :

- Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? répéta Jon, un peu plus calmement.

- Gregor. C'est encore un problème avec ta famille, ça. Franchement, les Starks, dès que vous êtes arrivés, vous faîtes que foutre la merde partout.

- Qu'est-ce que Gregor a fait ?

- Il a attendu Ygritte à l'endroit où elle se gare d'habitude et dès qu'elle est arrivée, il l'a tabassée. Y'avait Joffrey sur les lieux aussi. Probablement lui qui a demandé à Gregor de la frapper.

Jon regarda Orell, plantant ses yeux gris dans les siens, comme pour déceler la moindre trace de mensonge ou de blague. Il n'en trouva aucune. Il réfléchit deux secondes, très exactement, avant de pousser Orell et de courir en direction du parking où il espérait trouver Robb. Il fallait absolument qu'il lui donne les clefs du van.

Le jeune homme ne pouvait s'empêcher de jurer encore et encore dans sa tête. Tout était de sa faute. Il n'aurait jamais du passer par la jeune femme pour aider Sansa. Il avait été stupide. Il aurait du en parler à son père pour que les choses s'arrangent de façon officielle. Gregor aurait pu être renvoyé grâce à l'influence de Ned Stark. Mais non. Il avait décidé de faire les choses comme un ado de gang. La façon qui avantageait Gregor. Il se détestait terriblement.

En chemin, il bouscula plusieurs personnes sans jamais s'arrêter. Il n'avait qu'Ygritte en tête. Ygritte. Ygritte. Ygritte.

Soudain, un mur de muscles l'arrêta dans sa course. Le choc fut si dense que Jon dut faire plusieurs pas en arrière pour ne pas perdre l'équilibre. Devant lui, Sandor Clegane, le petit frère de Gregor, la deuxième terreur du lycée, tenait un casque dans une main, un téléphone dans l'autre. Ils se regardèrent un moment. Jon ne savait pas vraiment de quel côté se trouvait celui que tout le monde appelait le Limier. A vrai dire, il ne savait pas grand chose de lui.

- Jon Stark ? Le frère de Sansa ? demanda Sandor, comme si chaque mot était une vraie torture.

Jon se contenta d'hocher la tête.

- O.K. Tu es au courant pour Ygritte, non ?

- Oui, répondit Jon. Comment...

- Je reçois des SMSs du commissariat pour aller chercher Gregor des fois. Mais il peut attendre. Mets ça, marmonna Sandor en poussant le casque si fort contre le torse de Jon que celui-ci eut du mal à respirer un moment, et suis-moi.

- Où on va ? demanda Jon en prenant le casque quand même.

- Visiter Ygritte à l'hosto, qu'est-ce que tu crois ? répondit Sandor en marchant en direction du parking à motos sans même attendre Jon qui dut courir pour le rattraper.

/

- C'est terrible ce qui est arrivé à Ygritte, fit Margaery en allant enlacer Sansa dès qu'elle la vit sur le parking du lycée.

- C'est horrible, murmura Sansa à l'oreille de son amie, la serrant contre elle. Je ne peux pas m'empêcher de me sentir responsable...

- Non ! s'exclama Margy, de la façon la plus gracieuse possible pour un demi-cri. Non, tu n'es absolument pas responsable pour ce que Joffrey et Gregor sont ! Tu n'as strictement rien fait de mal !

- Bon, vous avez fini votre tripotage, là ? interrompit Asha, visiblement de très mauvaise humeur.

Elle était adossée à la voiture blanche des Tyrells, une cigarette à la bouche, ses cheveux décoiffés et son eye-liner trop prononcé. Le regard qu'elle jeta à Sansa aurait pu la tuer sur place et, instinctivement, elle jeta un regard inquiet vers Brienne qui attendait qu'elle soit bien en sécurité avant de partir.

La vue de Ros dans le siège passager fit sourire la jeune Stark. Qui aurait cru que Ros se prenne d'amitié pour la jeune femme ? Mais il semblait que Brienne avait le don pour prendre les gens brisés sous son aile.

- Asha, fit Margaery avec un sourire. Ne sois pas jalouse. Je vais juste répéter avec Sansa, répéta-t-elle pour la énième fois aujourd'hui, tout en tenant la taille de Sansa. Et ce week-end, je suis toute à toi. D'accord, chérie ?

- Je t'ai déjà dis que j'aimais pas que tu m'appelles comme ça, ronchonna Asha en jetant sa cigarette par terre.

- Je t'aime, mon coeur, se moqua Margaery en lâchant Sansa pour aller embrasser sa nouvelle petite amie.

La jeune fille ne put s'empêcher de se sentir surprise. Elle avait bien sûr deviné qu'Asha et Margaery étaient ensemble depuis qu'elles s'étaient retrouvées sur le parking, mais elle ne s'était pas attendue à trouver la jeune Tyrell si sûre d'elle-même et de sa relation. Sansa décida de les laisser un moment quand elle vit que la main d'Asha était en train de toucher le postérieur de Margaery. Elle alla à la Jeep de Brienne pour lui assurer que tout allait bien et pour la remercier de l'avoir attendue. Puis, quand la Jeep disparut au coin de la rue, Sansa retourna vers la BMW des Tyrells.

Asha et Margaery avaient enfin arrêté de s'embrasser et Asha était même en train d'allumer une nouvelle cigarette, ses mains occupées ailleurs que sur sa nouvelle petite amie. Sansa sourit et allait les retrouver quand elle vit un jeune homme approcher...

La jeune Stark fut surprise par sa beauté. Il devait être le frère de Margaery, sans aucun doute : il avait une masse de cheveux bruns, légèrement bouclés, tombant devant ses yeux à cause du vent et ses yeux étaient aussi verts que les couleurs si chères à Margy, encadrés par de longs cils bruns. Il était cependant moins musclé que Loras et visiblement plus âgé. Il était moins pétulant et semblait plus calme. Habillé d'une chemise vert clair aux manches remontées jusqu'à ses coudes, montrant des avant-bras où ses veines ressortaient à travers sa peau pâle et d'un jean clair également, il tenait une canne d'une main et une boîte en carton d'une boulangerie d'une autre. Margaery n'avait jamais parlé de ses frères aînés, mais désormais, Sansa était très curieuse. Surtout à propos de la canne. Mais elle savait très bien qu'elle n'oserait jamais demander ce qu'il lui était arrivé.

Elle se contenta donc d'écouter le fameux Willas Tyrell lancer à sa soeur :

- Tu ne cesseras jamais de me surprendre, Margy, dit-il en riant. Quand tu me disais que «tu te verrais bien avoir l'une comme sex friend et l'autre comme petite amie», j'imaginais l'inverse.

Attendez une minute...

- Et pourquoi donc, mon cher frère ? répondit Margy en souriant. Mes goûts te déçoivent-ils ?

- Non, bien sûr que non, je trouve juste ça absurde de ne pas accorder tout son amour à une fille aussi adorable que la fille aux cheveux auburns que tu viens de négliger...

Sansa crut qu'elle n'avait jamais autant rougi de toute sa vie. Et pourtant, elle était amie avec Shae et Ros et elle venait d'embrasser son professeur ce matin.

- Tu peux venir maintenant, Sansa, appela Margy avec un petit sourire en coin en la regardant.

Willas tourna la tête vers elle, rencontrant son regard avant de baisser les yeux comme s'il venait de se brûler à sa vue. Sansa baissa elle aussi les yeux, trouvant ses chaussures incroyablement passionnantes

- Je... Je suis désolé, fit Willas immédiatement. Je ne voulais pas vous manquer de respect...

Sansa se sentit sourire et joua avec une mèche de ses cheveux avant de relever les yeux :

- Non... C'était... très gentil...

Asha réussit à écraser la tension sous ses Docs Martens en riant, tirant toujours sur sa cigarette :

- Bon, je vous laisse, petits tourtereaux. Y'en a qui doivent bosser ici. A plus, coeur, fit-elle avec une dernière tape sur le postérieur de Margaery.

Celle-ci sursauta, surprise, mais ne put s'empêcher de rire et Asha n'avait jamais entendu de son plus mélodieux que le rire cristallin de la jeune Tyrell. Elle espérait qu'elle se moquait du surnom ridicule qu'elle lui avait donné et non pas d'elle. Asha croisa le regard de Sansa, la regarda de haut en bas avant de passer à côté d'elle, sans sourire, manquant de la bousculer. Elle ne se retourna pas mais eut pitié de la pauvre fille. Après tout, ce n'était probablement pas de sa faute si Margy avait décidé que la jeune Stark était irrésistible.

Visiblement, les Tyrells avaient quelque chose avec Sansa.

De son côté, la jeune fille était en train d'essayer de se remettre d'un des regards noirs de la redoutable Greyjoy. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle avait fait, mais elle avait l'impression que ça avait quelque chose à voir avec la 'sex friend' dont parlait Willas.

Mais elle n'eut pas le temps de poser de questions et Margy venait déjà la prendre par le bras pour l'amener à la voiture. Elle eut la grâce de ne pas poser de questions sur Ygritte et sur cette affaire avec Gregor. Elle se contenta simplement de dire qu'elle venait d'envoyer un SMS à Joffrey pour lui dire qu'elle ne voulait plus le voir et qu'elle était désormais avec Asha.

Willas ouvrit la portière arrière pour Sansa et celle-ci entra avec un petit sourire. Il n'osa même pas lever les yeux vers elle, ce qui la fit seulement sourire encore plus. Puis, il ouvrit la portière avant, déplaçant le carton (qui sentait terriblement terriblement bon, ne put s'empêcher de penser Sansa) sur les genoux de Margaery qui se tourna vers elle en lui faisant un clin d'oeil complice. Puis, Willas se tourna aussi vers elle, ses joues encore un peu roses :

- Je suis désolé, Sansa, est-ce que ça te dérangerait de... euhm...

Il baissa les yeux vers sa canne, visiblement très embarrassé. Sansa n'avait pas envie qu'il soit embarrassé. Pas à cause de sa canne. Elle lui sourit donc et hocha la tête :

- Bien sûr.

Il lui tendit donc sa canne en prenant soin de ne pas effleurer ses doigts. Elle la saisit, choquée par la douceur du bois ciré, avant de la poser sur le siège à côté d'elle. Willas détourna le regard dès qu'elle releva la tête. Il avait l'air d'un chiot embarrassé dans un corps plus qu'agréable à regarder. Il ressemblait à un Loras penseur maudit, né dans un siècle qui ne lui convenait pas. Sansa ne put s'empêcher de se demander s'il lui écrirait des poèmes...

Puis, elle revint à la raison, baissant les yeux sur ses mains posées délicatement sur ses genoux. Non, elle ne devrait pas se poser ce genre de questions, parce qu'elle savait qu'elle ne ressentait pas pour Willas ce qu'elle ressentait pour M. Baelish...

Le souvenir de leur baiser la hantait encore. Elle se surprenait à attendre le soir impatiemment.

Franchement, se demanda-t-elle soudainement, franchement, Sansa, qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?

/

- Je n'arrive pas à croire qu'on est en train de faire ça, fit Jon.

- Tais-toi et aide-moi, plutôt, marmonna Sandor en regardant les centaines de bouquets multicolores qui s'étendaient devant lui.

En effet, il était plutôt difficile aux deux jeunes hommes de réaliser qu'ils étaient chez un fleuriste, en train de débattre sur quel bouquet acheter à Ygritte.

Le fleuriste, un petit homme aux airs de lutin et à l'air incroyablement méchant et pédant pour un homme de sa taille, vint à leur rencontre en fronçant les sourcils, leur demandant sèchement :

- Puis-je vous aider ?

- Non, grommela Sandor.

- Oui, fit Jon au même moment.

Ils se regardèrent pendant une bonne minute en silence avant que Sandor ne soupire et se résigne :

- Bon, d'accord... On cherche un bouquet pour une amie qui est à l'hôpital.

Le fleuriste les regarda, fronça encore plus les sourcils, sembla réfléchir et finit par choisir un bouquet de roses jaunes :

- La rose jaune demande le pardon, précisa le fleuriste. Quelque chose d'autre ?

Les deux jeunes homme secouèrent la tête négativement et suivirent le fleuriste au comptoir. En chemin, Jon murmura à Sandor :

- En plus, je trouve que ça va bien avec ses cheveux.

Le Limier le regarda comme s'il était tombé sur la tête et se contenta d'hausser les épaules, essayant d'oublier le bouquet de lys blancs qu'il avait vu et qui lui avait fait penser à Sansa Stark.

/

Willas se gara devant le petit immeuble blanc et propret de la proche banlieue de King's Landing.

- Voilà votre carrosse avancé, mesdemoiselles, fit-il en souriant.

- Merci, mon cher, répondit Margy en riant avant d'ouvrir sa portière.

Sansa tendit sa cannecanne à Willas sans qu'il ait à la lui demander et le sourire dont il la gratifia était sans doute le plus beau qu'elle n'ait jamais vu. Il rivalisait presque avec ceux de Margaery.

L'appartement des jeunes Tyrells était immense. Il était au moins aussi grand que le rez-de-chaussée du nouveau manoir Stark. Les pièces était larges, toutes dotées de grandes fenêtres laissant filtrer la lumière du jour. La décoration était très simple mais aussi très moderne. L'ensemble du mobilier hésitait entre le blanc et le vert. Mais Sansa ne se sentait pas mal à l'aise, au contraire. Il y avait un pull qui traînait sur un canapé, une tasse dans l'évier et mille et un petits détails qui rendaient cet appartement digne des magazines Ikéa plus intime, plus vivant.

- C'est magnifique, commenta Sansa dans un souffle.

- Merci, fit Margaery, si tu savais comment j'ai du galérer pour trouver toutes les bonnes nuances de vert aux bons endroits. Tu peux enlever tes chaussures si tu veux. J'aime bien chanter pieds nus quand je peux.

La jeune fille hocha la tête et fut ravie de se débarrasser de ses chaussures et de ses chaussettes à l'entrée. Le carrelage était frais, ce que Sansa apprécia après cette chaude journée. Les deux filles allèrent à la cuisine où Margaery posa le carton sur le bar avec un air machiavélique. Willas était resté derrière, s'étant assis sur un tabouret prêt de la porte pour retirer ses propres chaussures.

- J'aime boire un peu d'eau citronnée avec une pincée de miel avant de chanter, précisa Margy en ouvrant le frigo tapissé de photos de jeunes Tyrells aux boucles brunes et aux grands sourires dans des endroits magnifiques. Est-ce que tu as une boisson particulière que tu prends..?

- Je prend juste du lait... Si vous en avez, fit Sansa.

- On en a au frais. Loras ne prend que ça avec du chocolat en poudre au petit-déjeuner, répondit Margeary en sortant une brique à côté de ses propres ingrédients. Willas ? appela-t-elle de la cuisine, tu prends quelque chose ?

- Juste un verre d'eau, s'il te plait, répondit-il du couloir où il ne tarda pas à émerger, j'attends juste Garlan et on va à cette lecture des sonnets de Shakespeare où Loras voulait absolument aller parce que Renly y sera aussi.

- Tu pourras juste nous installer les micros ? J'ai mis le CD avec la version instrumentale, mais je n'ai pas touché aux micros depuis hier.

- J'ai regardé ton micro avant de partir, il est parfait, je vais juste devoir régler celui de Sansa... en rapport avec ta voix... dit-il en la regardant plus de dix secondes cette fois-ci.

Sansa sentit ses épaules se raidir. Elle s'était entraînée, elle le savait, mais elle avait tout de même nerveuse à l'idée de chanter devant Willas. Arya lui avait toujours dit qu'elle chantait mal et, venant de sa soeur, ce n'était pas étonnant, mais Sansa ne savait pas si elle survivrait à un air désapprobateur d'un des Tyrells.

- Oh, Sansa, ne t'inquiète pas, la rassura Margaery, Willas donne des cours particuliers, crois-moi, il en a vu de toutes les couleurs. je suis sûre que tu as une voix divine. Mais, avant tout... devine ce qu'il y a dans la boîte.

Margaery et Willas échangèrent un petit sourire et Sansa ne put s'empêcher de froncer légèrement les sourcils en essayant de deviner. Heureusement, la jeune Tyrelle mit rapidement fin à sa torture (la dernière qu'elle voulait faire, c'était avoir l'air stupide devant eux) et ouvrit la boîte avant de la tourner vers Sansa pour lui montrer son contenu :

- Des tartelettes au citron, murmura la jeune fille en souriant. Ce sont mes préférées.

- C'est ce qu'on nous a dit, dit Margaery, ignorant le regard interloqué de la jeune Stark.

Les gâteaux furent un délice et Sansa fut ravie de savoir que la pâtisserie responsable de ces délices était vraiment à deux pas du lycée. Elle dut cependant se raviser intérieurement : ce n'était vraiment pas le moment de prendre du poids ! Cette semaine, elle n'avait pas vraiment eu le temps de faire du sport, mais elle se promis d'aller se défouler dimanche prochain. Ça ferait du bien autant à son corps qui était en proie à de nombreuse sensations qu'elle n'était pas habituée à ressentir qu'à son esprit qui avait besoin de changer un peu d'air. Elle se demandait si Margy voudrait bien venir courir avec elle.

Une fois la pause terminée, Sansa se sentait à nouveau d'attaque pour répéter. Willas les mena donc jusqu'à sa chambre et les invita à y entrer. La chambre était probablement assez grande, mais avec les nombreux instruments l'encombrant, elle avait l'air plutôt petite, le lit poussé dans un des coins, comme quelque chose de peu d'importance. Le bureau était couvert de partitions et sur les murs, de nombreux posters de concerts et de compositeurs étaient affichés.

Margy alla jusqu'au lecteur CD et l'alluma pendant que Willas tendait son micro à Sansa :

- Margy m'a dit que tu étais une contre-soprano et j'ai écouté la voix de Rosie avant de le régler. Est-ce que tu pourrais chanter une ou deux lignes ? Margy, tu as la piste ?

- Affirmatif. J'ai réglé un peu avant ton passage, Sansa. Prête ?

La jeune fille hocha la tête, même si elle ne se sentait pas tout à fait prête. La musique commença et elle se laissa bercer par le rythme presque familier.

Les deux premières notes furent fausses et Sansa se sentit tellement rougir qu'elle crut mourir. Elle se détestait tellement et elle n'osait même plus regarder aucun des Tyrells. Ils devaient la détester aussi maintenant. La trouver nulle et pathétique. Ses mains eurent du mal à ne pas trop se crisper sur le micro.

Puis, elle trouva une note juste. Elle la fit rouler sur sa langue et la laissa partir. A partir de là, elle sentit sa voix plonger d'elle-même dans le rythme qu'elle connaissait. Après quelques notes réussies, Sansa réussit à fermer les yeux pour se laisser aller, se détendre et vers la fin du couplet, elle était plutôt satisfaite de ce qu'elle avait fait.

Quand Margy mit le CD sur pause, la jeune fille ré-ouvrit à nouveau les yeux, émergeant de sa transe. Elle tomba tout de suite sur Willas qui la regardait comme si elle venait de retirer son masque et de se révéler un ange à ses yeux. Elle eut un petit sourire maladroit et Willas sembla reprendre ses esprits :

- C'est... C'était très bien, fit-il.

Mais Margy lui avait dit qu'il essayait d'être chef d'orchestre. Il avait sans doute entendu de meilleures chanteuses qu'elle. Après tout, elle n'était qu'une adolescente qui chantait des ballades pour le lycée. Il n'y avait pas vraiment de quoi impressionner quelqu'un comme Willas.

Sansa eut du mal à comprendre pourquoi elle se sentait aussi déçue de ne pas être à sa hauteur.

Soudain, le téléphone de Willas sonna. Il s'excusa un millier de fois avant de regarder l'écran de son smartphone et de raccrocher :

- C'est Garlan. Je dois vous laisser. Sansa... Ce... C'était vraiment bien. Je pense que ton seul défaut, maintenant, c'est d'avoir confiance en tes capacités. Mais je pense que Margy pourra mieux te conseiller que moi. N'hésite pas à tenir le micro plus droit pour que le son soit parfait. Je devrais rentrer dans deux heures, environ, ça te va, pour rentrer ?

- Oui, bien sûr, ce sera parfait. Merci.

- Pas de problèmes. A dans deux heures donc. Bon entraînement !

Après avoir déposé un dernier baiser dans les cheveux de sa soeur et fait un petit signe de la main aux deux filles, il s'éclipsa, les laissant seules dans sa chambre.

/

La réceptionniste se prouva tout aussi aimable que le fleuriste. Elle dévisagea Sandor avec un air de dégoût non-dissimulé avant de leur dire qu'Ygritte n'avait probablement pas envie de les voir. Jon fit de son mieux pour empêcher Sandor d'arracher la langue de la femme.

Heureusement, ils furent sauvés par une jeune infirmière, petite avec une poitrine assez imposante et un grand sourire malgré les cernes sous ses yeux. Elle était en train de déposer un papier sur le bureau de la réceptionniste quand elle vit les deux jeunes hommes. Elle leur demanda alors :

- Vous êtes là pour Ygritte, c'est ça ?

Soulagé et prêt à lui sauter dans les bras, Jon hocha la tête :

- On voudrait juste voir si elle va bien et lui donner des fleurs.

- Elle s'est réveillée il y a une vingtaine de minutes, dit l'infirmière. Elle ne peut pas parler beaucoup sans se fatiguer, mais elle va bien. Elle a déjà une visiteuse, mais elle est forte et énergique, notre chère patiente, elle peut vous recevoir, mais ne traînez pas trop. Je veux encore la garder demain, histoire de m'assurer que tout va bien et elle pourra reprendre les cours. Suivez-moi.

Elle les guida à travers les couloirs glauques de l'hôpital et Jon sentit Sandor terriblement mal à l'aise, comme s'il regrettait d'être venu. L'infirmière, devant eux, ne sembla pas s'en pré-occuper et continua de parler comme un vrai moulin à paroles :

- Elle en a de la chance, cette Ygritte, continua l'infirmière, deux jeunes hommes et un bouquet...

Le reste de sa tirade fut perdu quand les deux compagnons se regardèrent. Ils n'avaient bien sûr pas imaginé un moment de quoi ils pouvaient avoir l'air. Ils n'osèrent même pas rire à l'expression de surprise de l'autre, sachant qu'ils avaient probablement la même sur le visage.

- Prend le bouquet, murmura Jon en le poussant dans les mains de Sandor.

- T'es fou ou quoi ? Tu sais à qui tu parles ? Le Limier ? Avec des fleurs ?

- Tu voulais t'excuser oui ou non ?

- Je n'ai pas à porter les fleurs. Porte-les, toi ! C'est toi qui est à fond sur elle ou quoi ?

- Quoi ?! Non !

- Vraiment ?

Il y eut un moment de silence pendant lequel Sandor planta ses yeux dans ceux de Jon, le mettant au défi de lui mentir. Jon finit par baisser les yeux et grommela :

- Okay, d'accord, je porte les fleurs.

Ils ne tardèrent pas à arriver à la chambre qu'Ygritte partageait avec deux autres patients et un lit vide. L'infirmière les laissa là, non sans se retourner une dernière fois pour examiner avec attention le postérieur de Jon qui prétendit ne rien voir.

Quand ils entrèrent, Ygritte était là, presque petite dans les draps blancs de l'hôpital, flottant dans une robe stérile vert clair qui ne lui allait pas du tout. Elle avait une perfusion et un appareil au doigt pour prendre sa tension.

Jon ne pourrait véritablement décrire comment il se sentit quand il la vit. Gregor n'avait pas été très doux avec elle. Mais encore, quand l'était-il ? Ygritte avait un oeil au beurre noir qu'elle ne pouvait pas ouvrir, sa joue était gonflée et sa lèvre ouverte. Ses deux bras étaient couverts de bleus, dont quatre marques en forme de doigts épais. Elle semblait si petite, si pâle et si maigre, presque fragile comme une poupée en porcelaine qu'un enfant a essayé de réparer. Il avait envie de pleurer et de s'excuser, de se mettre à genoux et d'implorer son pardon.

A la place, il se contenta de saluer la fille qui était déjà à ses côtés et de poser le bouquet sur la table de chevet à ses côtés.

La visiteuse leur sourit. Elle était magnifique et visiblement de la même trempe qu'Ygritte. Elle portait elle-même un bandage au poignet, mais elle semblait en pleine santé. Elle tenait une des mains d'Ygritte dans les siennes et lui parlait doucement, en souriant. Elle avait un très beau sourire, franc, un peu machiavélique, comme celui d'une fille échangeant des potins particulièrement croustillants. Mais ce n'était pas son sourire qui retint l'attention de Sandor.

Ce furent ses yeux. Elle avait de magnifiques yeux bleus. Si clairs qu'on aurait dit de l'eau enfermée sous de la glace. Ils étaient grands, comme s'ils voulaient absorber le monde, le conquérir et ils allaient parfaitement avec son menton pointu qu'elle tenait haut, même en se penchant sur son amie. Ses cheveux aussi étaient magnifiques. Ils n'avaient visiblement pas été coiffés avec le soin que des filles comme Sansa ou Margaery ou leurs amies apportaient à leurs propres cheveux, mais il y avait quelque chose de royal à cette crinière blonde, tombant en lourdes cascades négligées sur ses épaules et jusqu'au milieu de son dos, tombant quelque fois sur ses yeux avant d'être repoussées par une main impatiente.

Quand elle leva les yeux vers eux, Sandor dut faire un pas en arrière, surpris par le regard franc et glacial qu'elle leur jeta. Elle s'arrêta deux secondes sur ses cicatrices avant de se tourner à nouveau vers Jon qui était plus proche d'Ygritte :

- Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle sèchement.

Par tous les Dieux, elle avait une voix magnifique.

- Laisse, fit la petite voix d'Ygritte, toujours avec son air moqueur et enjoué, comme si elle ne considérait le monde qu'un immense bac à sable où elle adorait jouer. C'est Jon dont je t'ai parlé et Sandor.

Puis, elle dut faire une pause pour passer sa langue sur ses lèvres afin de les humidifier :

- Quelles fleurs vous m'avez apportées ?

- Le fleuriste nous a dit que les roses jaunes seraient plus appropriées, fit Jon en montrant le bouquet posé sur la table de chevet.

- C'est cool. Ce sont mes fleurs préférées, dit-elle.

Le visage de Jon s'éclaira tellement que Sandor dut baisser les yeux pour ne pas rire.

- Mais tu n'as pas besoin de me demander pardon, tu sais ça, Jon ?

- Je... Si... Un peu, quand même... Si je ne t'avais pas demandé ça pour Sansa...

- Hey, ne commence pas non plus à jeter la faute sur elle. C'est de la faute de personne ici. Tu n'es pas allé voir Gregor en lui disant : va tabasser Ygritte. Non ? Alors, ce n'est pas de ta faute.

Elle dut se taire un moment pour humidifier à nouveau ses lèvres, fermant un moment les yeux pour essayer de chasser la douleur. La jeune femme à son chevet en profita pour prendre le relai :

- C'est la faute de Joffrey et de Gregor. Mais leur petit jeu ne va pas durer longtemps. J'ai promis de m'en occuper avec ma bande.

Elle était si sérieuse que Sandor ne douta pas une seconde qu'elle allait faire regretter à Gregor d'avoir posé un doigt sur Ygritte.

- Quand ? demanda le Limier.

- Je ne peux pas le dire, répondit sincèrement la jeune femme. J'ai pas envie que la police débarque pendant qu'on est en pleine action. Certains de mes amis sont encore en conditionnelle.

- Je ne demande pas ça pour te balancer, jeune fille, fit Sandor en montrant les dents, mais pour proposer mon aide.

- Pourquoi ? demanda-t-elle d'un air méfiant, plantant ses yeux bleus dans ceux de Sandor.

- J'ai des comptes à régler avec lui, se contenta-t-il de répondre en montrant la brûlure de son visage.

Il y eut un moment de silence pendant lequel la jeune femme sembla réfléchir. Puis, elle se leva, lâcha doucement la main d'Ygritte avant de se planter devant Sandor. Elle était bien plus petite que lui, mais elle ne se défila pas pour autant, se contentant de lever la tête pour le regarder dans les yeux :

- Samedi soir, une heure du matin. On sait dans quel bar il va. On va le retrouver à la fermeture, faire de notre possible pour lui rappeler que personne ne fout la merde chez nous et chez les gens qu'on aime sans le tuer et on s'en va. La police va croire que c'est juste une bataille entre gens bourrés. N'apporte pas d'armes à feu ou d'armes blanches : juste des poings américains, battes et tes poings. On va lui donner exactement ce qu'il a donné à Ygritte. Et si la police rapplique pendant qu'on est en train de le frapper, on saura que c'est toi.

La menace était réelle. Sandor n'avait pas été menacé depuis un bon bout de temps et jamais par une femme, surtout par une femme qui lui arrivait à peine à l'épaule. Il se surprit à sourire :

- Je ne me gâcherai le plaisir de tabasser Gregor pour rien au monde.

Elle le regarda de haut en bas comme pour le juger et Sandor ne put s'empêcher de remarquer qu'elle avait un petit sourire en l'observant.

- D'accord. Je suis Val, au fait, se présenta-t-elle en lui tendant la main.

- Sandor, répondit-il.

Il prit sa main dans la sienne et essaya de ne pas briser ses longs doigts fins. Elle avait l'air incroyablement délicate pour une femme aussi dure et sûre d'elle-même. Quand il la lâcha, il se rendit compte qu'il lui avait donné son vrai nom et non pas son surnom «Le Limier».

Cette femme était vraiment très étonnante.

- On devrait sortir, reprit Val. Je vais te présenter aux autres. Ils attendent dehors. Et j'aurais besoin de ton numéro. Histoire de te contacter si quelque chose tourne mal.

Val se tourna ensuite vers Ygritte, prit ses mains pâles dans les siennes, les serrant à peine et se pencha pour déposer un baiser dans ses cheveux terriblement doux pour une jeune femme aussi dure.

- On va l'anéantir ce connard, promit Val avec un petit sourire.

- Je compte sur toi, répondit Ygritte en souriant.

Puis, Val sortit avec un dernier sourire et Sandor se retrouva à la suivre hors de l'hôpital.

Jon et Ygritte restèrent donc tous seuls, face à face, à ignorer le patient qui était en train d'essayer de faire marcher la télévision.

Jon ne s'était jamais senti aussi mal à l'aise de sa vie. Il essaya de ne pas baisser les yeux et se mit à jouer avec un bout de la couverture d'Ygritte. Celle-ci eut un petit rire en le voyant. Elle avait envie de rire plus, de se foutre carrément de son air déconfit, mais elle n'avait pas terriblement envie de ré-ouvrir sa lèvre non plus.

- Accouche, Jon, lui fit-elle en souriant.

- Oh... euhm... C'est juste que... Je pensais... j'étais en train de penser que...

- Poussez, madame, continua à se moquer Ygritte, ça va bientôt sortir.

Jon secoua la tête en souriant et réussit à sortir une phrase complète :

- J'étais juste en train de me dire que je n'avais jamais vu une fille aussi courageuse que toi.

Le sourire que lui donna Ygritte était sincère et sans une once de moquerie. Jon y détecta même une lueur de tristesse ou de douleur... Mais avant qu'il ait pu rajouter autre chose, la jeune femme ouvrit la main qui était juste devant Jon. Comprenant le message, même s'il avait du mal à y croire, le jeune homme posa sa main dans la sienne. Leurs paumes se rencontrèrent et Jon fut surpris de voir à quel point la main d'Ygritte était froide. Il l'enferma donc dans ses deux mains, frottant délicatement sa peau.

- Je... commença la jeune femme, comme si elle hésitait à son tour, baissant un instant les yeux sur leurs mains avant de regarder Jon en face. J'ai eu très peur, avoua-t-elle. Ce n'était pas très courageux. Dès que j'ai vu Gregor, j'ai essayé de remonter dans ma voiture, mais mes mains tremblaient trop pour arriver à trouver la bonne clé. Je ne suis pas très courageuse, Jon. J'ai eu très très peur.

- Encore heureux que tu as eu peur, fit Jon en riant. Tu serais folle si tu n'avais pas peur de Gregor.

- Val n'aurait pas eu peur.

- Val a une bande entière derrière elle. Tu étais seule... Jon sentit sa voix se briser et il dut se taire avant de continuer. J'aurais du être là.

- Imbécile, fit Ygritte, tu étais à l'heure, toi. Ça m'apprendra à arriver en retard en cours.

Jon allait répondre quelque chose quand tout à coup, son téléphone sonna. Il soupira en le sortant et vit le numéro de Robb. Il était probablement temps qu'il y aille. Il raccrocha et se tourna vers Ygritte qui ne le laissa pas parler :

- Je sais que tu dois rentrer chez toi. Si tu veux un jour me présenter à ta mère, ne commence pas mal en rentrant tard à cause de moi.

Et ainsi, Ygritte se mit d'elle-même en couple avec Jon. Il ne put s'empêcher de rire, surpris par la vitesse des évènements mais, encore une fois, il s'agissait d'Ygritte, la reporter la plus redoutable du lycée. Il aurait été stupide de s'attendre à autre chose.

- Allez, l'encouragea la jeune femme, j'ai un article mordant qui va faire chuter ce connard de Joff au rang de looser à écrire pour demain.

- J'en conclus donc que tu viendras samedi au cinéma... Si tu es sortie d'ici-là.

- Bien sûr que je serais sortie. Hey, tu parles à la Freddie Lounds du lycée, là.

Jon voyait clair derrière le masque d'assurance d'Ygritte mais décida de jouer le jeu. Il n'osa pas encore l'embrasser, pas encore quand elle était si faible, mais il serra un peu plus sa main avant de partir, non sans un dernier regard en arrière.

Il restait sur ses positions. Ygritte était la femme la plus courageuse qu'il avait jamais rencontrée. Peu importait si elle avait eu peur. C'étaient les seuls moments où on pouvait montrer qu'on était courageux : quand on a peur et qu'on continue à se battre.

/

Sansa se laissa tomber sur le sol à côté de Margy. Celle-ci ne put s'empêcher de rire un peu et arrangea les plumes dans les cheveux de Sansa. Celle-ci ne put s'empêcher de rire :

- Comment est-ce qu'on en est arrivées là ? demanda-t-elle en jouant avec le tutu autour de ses hanches.

- On a over-dosé sur Cocorosie, répondit Margy en riant.

- Wow... Même en soirée, je n'ai jamais autant plané...

- C'était parce qu'il n'y avait pas de Cocorosie, répondit catégoriquement Margy.

La chambre de Willas était désormais dans un bazar immonde. Au début, tout avait bien commencé : elles avaient chanté, chanté, chanté. Elles avaient travaillé le ton, le rythme, l'enchaînement... C'était surprenant à quel point avoir une partenaire était une aide plus qu'une gêne comme Sansa s'y était attendue. Margy avait besoin de regarder quelqu'un dans les yeux pour se plonger dans la chanson et Sansa avait été plus qu'heureuse de fournir le soutien visuel.

Puis, Sansa avait eu mal à la gorge et elles avaient fait une pause. Margy était allé piocher dans la réserve de Garlan et elle avait réussi à convaincre Sansa de fumer malgré sa gorge douloureuse, lui promettant verre de lait après verre de lait.

A partir de là, tout était parti en vrille. Avant de s'en rendre compte, elles étaient allé chercher tous les draps de la chambre de Margaery ainsi que des paréos aux allures exotiques pour construire un tipi dans la chambre de Willas et se cacher à l'intérieur, s'inventant des noms pseudo-indiens. (Sansa était Douce-Colombe et Margy était Oeil-de-Biche) Puis, elles avaient décidé de créer des costumes, piochant à nouveau dans la réserve de Garlan.

Maintenant, Sansa avait des plumes violettes dans les cheveux, un tutu blanc autour de la taille et des bottes en cuir clair. Margy, quant à elle, avait une casquette de baseball, une chemise de nuit, des spartiates et des paillettes partout dans les cheveux. Elles étaient toutes les deux allongées dans leur tipi de fortune en riant et en se racontant des histoires de leurs vies antérieures et comment elles s'y étaient rencontrées.

- Sans rire, fit Sansa très sérieusement, j'ai l'impression de t'avoir connue dans toutes mes vies antérieures.

- C'est parce qu'on était soeurs dans toutes nos vies antérieures. Et on ne peut s'en rendre compte que lorsqu'on écoute Cocorosie, répondit Margy tout aussi sérieusement.

Soudain, la porte de la chambre s'ouvrit sur Willas.

Sansa, réalisant alors dans quel état elle était et dans quel état la chambre de Willas était, se releva, les joues encore rouges, les cheveux en bataille et des grands yeux désolés. Elle essaya de bafouiller une excuse quand le jeune homme se contenta de rire. Ce n'était même pas un rire gêné pour détendre l'ambiance, juste un rire franc, amusé. Très vite, un autre jeune homme vint passer la tête par dessus l'épaule de Willas pour regarder ce qui le faisait tant rire. Il sourit également et secoua la tête, illuminant ses traits typiquement Tyrell. Il devait s'agir de Garlan, le frère dont Margy lui avait assuré qu'il ne leur en voudrait pas. Il était plus grand et plus musclé que Willas et avait les épaules larges et la peau bronzée d'un sportif. Pourtant, il avait le même air sympathique, ouvert et raffiné de ses frères et de sa soeur.

- Oh, fit-il, on dirait que Margy a encore tapé dans ma réserve.

Sa soeur se contenta de grommeler quelque chose comme : «N'embêtez pas Sansa, c'est ma soeur de toutes les vies antérieures» ce qui fit seulement rire Willas encore plus.

- Je veux bien croire, déclara-t-il, mais j'imagine que la mère de sa vie présente est en train de l'attendre et n'appréciera sans doute pas de la trouver dans cet état-là. Garlan, veux-tu bien... ?

- A vos ordres, cher frère, acquiesça le jeune homme, entrant dans la chambre.

Il tendit une main épaisse à Sansa qui la prit timidement avant d'être remise sur pied avec une vitesse impressionnante qui lui fit tourner la tête. Elle dut cligner des yeux pour ne pas perdre l'équilibre. Garlan se contenta de sourire :

- C'est la première fois que tu fumes ? demanda Willas, légèrement inquiet.

Elle se contenta d'hocher la tête, encore un peu honteuse de l'état dans lequel elle se trouvait sous les yeux du frère aîné de son amie.

- J'espère que vous avez quand même prit un peu de temps pour répéter, se moqua Garlan.

- Bien sûr qu'on a répété ! s'exclama Margy. Ecoute, écoute !

La jeune Tyrell se mit alors à chanter du mieux qu'elle pouvait, allongée au sol parmi les draps. Willas secoua la tête en souriant :

- Garlan, peux-tu t'occuper de notre pauvre soeur, je vais aider Sansa à se préparer.

- A vos ordres !

Il confia donc Sansa, qui pouvait à présent marcher tout à fait naturellement, au jeune chef d'orchestre qui la mena dans la chambre de Margaery où elle avait lancé sa jupe d'uniforme au profit de son tutu. Il ferma la porte le temps qu'elle se change, rangea le tutu dans l'armoire, retira chaque plume de ses cheveux avec soin, en essayant de ne pas lui faire mal et lui tendit une brosse à dents pour chasser l'odeur de la fumée. Honteuse, Sansa alla se laver les dents, s'asperger de déodorant, mit quelques gouttes de parfum dans sa nuque, se coiffa les cheveux du mieux qu'elle put avant de sortir de la salle de bain pour tomber sur Willas et son doux sourire :

- Margy n'est pas toujours très raisonnable, dit-il, comme s'il excusait pour elle. Mais j'espère que tu as eu le temps de répéter quand même un peu.

- On a bien travaillé, lui assura-t-elle. Mais je pense qu'on aurait encore besoin d'une séance pour être sûres.

- Je pense que tu devrais revenir demain, proposa-t-il, en baissant les yeux sur la main qui tenait sa canne. Pour être sûre. Enfin... si tu peux, bien sûr...

- J'avoue que j'aimerai bien, mais... je... enfin... Je suis désolée pour ta chambre. je ne voudrais pas que ça recommence...

- Oh, ça ? Ne t'inquiète pas. Ce n'est vraiment pas grave. L'essentiel, c'est que tu te sois bien amusée. Tu es prête à rentrer ?

Sansa hocha la tête et Willas tendit un bras pour la guider jusqu'à la sortie. Garlan la salua du couloir en l'encourageant à revenir aussi souvent qu'elle voulait et Margy l'appela sa 'soeur de toutes ses vies antérieures' et la pria de rester avec elle toute sa vie, mais Loras n'était visible nulle part. Sentant son hésitation, Willas la répondit :

- Loras est resté chez Renly. Allons-y, si tu es prête.

Quelques minutes plus tard, Sansa et Willas étaient dans la BMW, en direction du manoir Stark. La jeune fille avait les mains sur ses genoux et était assise à l'avant, regardant sans cesse le jeune homme en train de conduire à ses côtés. Quand il la regardait aussi, à de brèves intervalles, elle lui souriait et il lui rendait tous ses sourires. A ses côtés, elle se sentait comme une princesse, comme elle avait espéré se sentir aux côtés de Joffrey, quand elle avait encore des illusions sur lui.

Ils finirent par se garer dans la cour du manoir où toutes les lumières étaient allumées. Il y eut un moment de silence pendant lequel aucun des deux n'osa se regarder, puis Sansa prit les devants :

- Merci encore de m'avoir ramenée. Désolée pour le désordre dans ta chambre.

- Ce n'est vraiment pas grave. C'était un plaisir de t'avoir rencontrée. J'ai... hâte de te revoir, fit-il en rougissant légèrement. Sansa n'avait jamais rien vu de plus adorable.

Elle se pencha donc pour déposer un léger baiser sur sa joue, le surprenant et se dépêcha de sortir de la voiture avec un dernier «bonsoir». Puis, elle alla jusqu'au porche où elle pêcha ses clés pour ouvrir la porte. Ce ne fut que lorsqu'elle fut à l'intérieur qu'elle entendit la voiture de Willas démarrer. Sansa ne put s'empêcher de sourire. Un vrai gentleman. Puis, elle cria :

- Je suis rentrée ! à l'adresse de sa famille.

- On a entendu ! cria Arya depuis le salon.

- Ah, enfin ! fit Catelyn, j'aurais apprécié que tu nous appelles. Le dîner sera prêt dans dix minutes. Qui t'as ramenée ?

- Le grand frère de Margaery, Willas ! répondit Sansa depuis le couloir en retirant ses chaussures.

/

Le dîner s'était plutôt bien passé, pensa Sansa en sortant de sa douche rapide du soir. Elle s'enroula dans une serviette et alla mettre ses habits dans la corbeille de linge sale au bout du couloir, ignorant Robb qui était en train de parler avec Talisa au téléphone. Puis, elle alla se mettre en pyjama. Jon avait été celui qui avait le plus parlé, expliquant qu'il était allé visiter une amie qui était à l'hôpital. Il avait soigneusement évité de mentionner le rôle de Sansa dans l'histoire, ce dont elle était très très reconnaissante. Elle allait prendre son pyjama habituel, quand soudain, elle se rappela de sa promesse. Elle le replia donc et ouvrit son armoire pour fouiller dans l'étagère du bas. Jon n'avait pas explicité le problème très clairement, mais à ses yeux rêveur et à son petit sourire, Robb, Theon, Arya et même Sansa s'étaient exclamé qu'il était amoureux de cette Ygritte, chantant 'Ouuuh il est amoureux' comme une bande de gamins à l'école primaire. Bran lui-même avait levé les yeux au ciel. Sansa saisit une chemise de nuit d'un bleu très clair. Elle était assez légère, avec de simples bretelles laissant ses épaules nues et s'arrêtant mi-cuisses. Sansa la mettait rarement, uniquement quand il faisait trop chaud pour son pyjama. Mais ce soir-là, elle l'enfila, l'ajustant et se regardant dans le miroir. Ned avait été très curieux et avait posé quelques questions sur cette Ygritte, mais Catelyn avait été plutôt distante et n'avait pas posé de questions, se contentant de regarder son mari être curieux. Sansa avait vraiment envie de dire à sa mère de s'intéresser plus à Jon parce qu'il était un garçon bien, doux et gentil, mais elle ne savait même pas comment aborder le sujet. Alors, elle avait mangé en silence, riant aux blagues des autres. Puis, elle avait débarrassé la table et était montée se préparer pour la nuit.

Maintenant, elle était là, se regardant dans le miroir. Elle se posait beaucoup de questions. Comment gérer son attirance pour son professeur ? Faisait-elle quelque chose de bien ? Elle avait l'impression d'être la pire des allumeuses. Sansa passa une main dans ses cheveux et s'assit sur le rebord de son lit, fermant les yeux un instant. Elle savait que les filles de son âge avaient déjà des relations avec d'autres personnes, mais c'étaient des personnes de leur âge. Pourquoi ne pouvait-elle pas répondre à Sandor Clegane qu'elle adorerait sortir avec lui samedi ou embrasser Willas sur la bouche en sortant de sa voiture ? Pourquoi M. Baelish ? Pourquoi ?

Sentant son trouble, Lady sauta hors de son panier sous la fenêtre et vint se blottir sur les draps, contre les cuisses de sa maîtresse qui caressa son pelage, perdue dans ses pensées. Ned ne tarda pas à entrer dans le couloir pour récupérer le linge sale et s'assurer que tous ses enfants étaient bien au lit. Sansa se glissa alors dans les couvertures, son téléphone sous son oreiller, laissant Lady aller se rendormir dans son panier.

Il l'appela à minuit pile. Son téléphone était en mode silencieux, mais il vibra sous son oreiller. Sansa était alors en train de tourner et de se retourner dans son lit, incapable de dormir. Elle sursauta quand elle sentit son téléphone vibrer.

- Pitié, faîtes que ça ne soit pas lui, faîtes que ça ne soit pas lui, murmura-t-elle dans la nuit en saisissant son téléphone.

C'était lui.

Il était encore temps de ne pas répondre, pensa Sansa. Elle pourrait toujours dire qu'elle était en train de dormir...

Le téléphone sonna encore une fois. Elle pensa alors à Dany et à son petit ami bien plus âgé qu'elle. Elle pensa à Shae qui lui avait dit qu'elle pouvait embrasser qui elle voulait sans rendre de compte à personne. Elle pensa à Brienne qu'elle encourageait sans cesse à sortir avec l'homme qu'elle aimait. Elle pensa à sa mère, son ultime source d'inspiration, qui avait eu Theon avec un homme moins âgé qu'elle, quelque chose que Sansa avait toujours eu du mal à trouver très romantique...

Elle décrocha :

- Allô ? murmura-t-elle dans la nuit.

- Sansa, tout va bien ? demanda Littlefinger à l'autre bout du fil.

- Euhm.. Oui... Oui, ça va, répondit Sansa trop rapidement.

- Tu es sûre ? Je pensais que tu ne décrocherais pas. Il y a un problème ?

- C'est... Euhm... C'est que je... Je n'ai jamais...

Elle l'entendit rire doucement à l'autre bout du fil. Elle se mordit les lèvres et ne put s'empêcher de serrer les jambes sous son drap blanc.

- Je vois, Sansa. Surtout, je ne veux pas que tu te sentes obligée de faire quoique ce soit. Si tu n'as pas envie de faire ça, dis-le-moi tout de suite. Je veux que ce soit agréable pour nous deux.

La dernière phrase. Son accent. Son nom. Sansa ne put s'empêcher de fermer les yeux, inspirant soudainement plus profondément, sentant l'excitation familière d'avant leur baiser la regagner peu à peu. Elle pouvait quasiment l'entendre sourire.

- Ça l'est, M. Baelish, lui assura-t-elle.

- Petyr, s'il te plait, Sansa. Quand nous sommes seuls, appelle-moi Petyr.

- Petyr, répéta-t-elle.

La situation était absurde : elle était vraiment seule, son téléphone pressé contre son oreille et pourtant, elle l'imaginait là, dans son lit, à la place de son téléphone, pressé contre elle, son souffle chaud dans son oreille alors qu'il lui demandait de l'appeler Petyr.

- Tu es dans ton lit en ce moment, Sansa ? demanda-t-il.

- Oui, répondit Sansa.

- Bien. Parfait. Et que portes-tu ?

Elle dut passer sa langue sur ses lèvres avant de répondre. Elle avait soudainement peur de ne pas porter ce qu'il fallait :

- Une chemise de nuit bleu clair.

Elle se sentit ridicule d'avoir précisé la couleur.

- Hum, je vois, fit-il de l'autre bout du fil. Elle entendit le frottement de vêtements contre des vêtements et la respiration de Petyr s'approfondir.

- Je peux la retirer, si vous voulez, s'empressa-t-elle d'ajouter.

- Pas tout de suite, Sansa, répondit-il, en insistant sur son nom. Que portes-tu dessous ?

- Des... Des boxers noirs.

- Bien, parfait. Alors, Sansa, je veux que tu coinces ton téléphone entre ton oreille et ton épaule et que tu passes tes deux mains, paumes à plat sur ta chemise de nuit, jusqu'à tes hanches. Là, tu retireras doucement tes boxers, les faisant glisser le long de tes jambes en imaginant que ce sont mes mains.

Sansa ne put s'empêcher de se mordre les lèvres. Elle se sentait incroyablement terrifiée et... presque sale. Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration avant de commencer.

- Je sais que tu as peur, Sansa, continua sa voix au téléphone. Il doit y avoir des milliers de voix dans ta tête qui te donnent des arguments pour arrêter. Laisse ta raison de côté. Laisse la morale de côté. Ne te laisse pas enfermer par toutes ces exigences. Je veux que tu ne fasses que ce dont tu as envie. Si je te demande de faire quelque chose dont tu n'as pas envie, dis-le-moi tout de suite, d'accord ?

- D'a... D'accord, bredouilla Sansa.

- Où en es-tu ?

- Je... Je suis en train de retirer mes boxers.

- Bien. Est-ce que tu imagines, Sansa ? Est-ce que tu imagines mes mains à la place des tiennes ? Comment te sens-tu ?

- J'ai... J'ai l'impression que mes propres mains me brûlent, répondit sincèrement Sansa. Ce n'est pas une mauvaise sensation. J'avais la même quand vous m'avez touchée quand... quand on s'est embrassés.

Elle l'entendit sourire. Elle l'avait encore vouvoyé. Mais il ne s'arrêta pas :

- Est-ce que tu fais ça, souvent, Sansa ? Seule dans la nuit, est-ce que tu pars à l'exploration de ton propre corps ?

- Non, pas très souvent. Enfin, je veux dire... Quelques fois.

- C'est bien. Ce n'est pas une honte. Ton corps est à toi et c'est à toi de le découvrir pour te sentir bien dedans. Quand est-ce que tu l'as fait la dernière fois ?

- A... Après la fête où j'ai embrassé Sandor. Vous... Tu étais là.

- J'étais là, confirma Petyr. Je t'ai regardée et je me suis dis que je n'avais rarement vu de jeune fille aussi belle de ma vie.

Elle entendit sa voix se briser un peu et fronça les sourcils. Elle demanda alors :

- Euhm... Petyr ?

- Oui, Sansa ?

-Est-ce que... Je veux dire... Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu fais ?

- Oh, on est curieuse ? C'est parfait, Sansa. Je suis assis dans un fauteuil dans mon salon. J'ai ouvert ma chemise et je suis en jean. Que veux-tu que je fasse, Sansa ? murmura-t-il dans le combiné.

Sansa dut se mordre les lèvres pour ne produire aucun son. Sa voix était hypnotisante. Déjà en cours, elle avait un accent particulier, une intonation qu'elle n'avait jamais entendu. Désormais contre son oreille, sa voix était comme un alcool fort qui lui montait directement à la tête et embrasait son corps entier. Le pouvoir qu'il lui donnait, même si ce n'était qu'une illusion de pouvoir était enivrant...

- Est-ce que... commença Sansa. Elle fit une pause, sentant sa voix la trahir, est-ce que vous pouvez retirer vos vêtements, comme moi ?

- Bien sûr, Sansa, fit-il.

Elle l'entendit même faire ce qu'elle lui avait demandé. Elle ne put s'empêcher de sourire.

- Maintenant, Sansa, je veux que tu te fasses plaisir. Décris-moi ce que tu fais mais fais ce que tu as l'habitude de faire quand tu es seule.

- D'accord, Petyr, acquiesça-t-elle.

Puis, Sansa partit à la découverte de son corps. Elle pensait le connaître. Elle l'observait tous les matins, à la recherche de défauts à corriger. Mais elle ne savait pas encore comment il pouvait répondre à tel ou tel contact ou absence de contact. Il avait des besoins auxquels elle n'avait pas encore tout à fait répondu et Petyr se faisait un plaisir de partir à leur recherche.

Il était au creux de son oreille, comme un amant attentionné, comme Méphistophélès, conduisant Faust à donner son âme. Mais Petyr n'en voulait pas à son âme : Sansa l'avait déjà donnée. Petyr voulait aussi son corps. Rien n'était assez pour lui et il en voulait toujours plus. Quand elle fermait les yeux, Sansa pouvait l'imaginer, pressé contre elle, prenant sa main dans la sienne et la conduisant entre ses jambes, lui montrant tout ce qu'elle pensait connaître et n'avait en réalité aucune idée.

Il la guida, sûr de lui, murmurant des paroles de réconfort à son oreille. Quand elle osait lui demander quelque chose, il le faisait aussitôt. Elle l'entendait, quelques fois, gémir dans le combiné, la faisant rougir, rendant ses mouvements plus urgents. Elle se consumait pour lui, elle était prête à se damner pour qu'il lui tende la grenade qui allait la condamner aux ténèbres.

Quand son corps entier se crispa, ses jambes tremblèrent, ses orteils se plièrent dans les draps, elle enfonça sa tête dans les oreillers, sentant son cou se tendre vers la présence absente de Petyr. Elle ne s'était jamais sentie aussi parfaite. Elle entendit même Petyr faire un bruit quasiment animal à l'autre bout du fil.

Mais le retour à la réalité était à la hauteur de son envol. Soudainement, elle réalisait qu'elle était en train de suer dans ses draps, sa chemise de nuit remontée sur ses hanches, ses boxers oubliés au pied du lit, ses cheveux en désordre autour d'elle. Elle se sentait sale, dégoûtante, atroce. Sansa se dépêcha de remettre ses draps en ordre, rattachant ses cheveux, murmurant «Non, non, non», paniquée par le désordre qu'elle venait de créer.

Petyr ne l'abandonna pas. Il la rappela, murmurant son nom encore et encore jusqu'à ce qu'elle réponde :

- Sansa, c'est très important. Ecoute, je sais que tu dois te dire que tu regrettes, mais je veux que tu penses à ce que nous venons de faire. C'était... agréable, n'est-ce pas ?

- Oui... Oui, bien sûr, mais...

- Si jamais quelque chose ne te plaît pas, tu me le diras, n'est-ce pas ?

- Oui.

- C'est bien. Sansa... Notre société veut que nous nous sentions mal à propos de notre corps et des simples plaisirs que nous éprouvons grâce à lui. C'est sa façon de se convaincre que nous sommes plus que des animaux. Mais nous sommes plus que des animaux et nous n'avons pas besoin de nous fustiger pour le prouver. Tu es très intelligente, Sansa, tu sais que le fait que tu éprouves du plaisir n'est pas une mauvaise chose. Ne t'en veut pas pour ça. D'accord ?

- D'accord, fit Sansa d'une petite voix.

- Maintenant, je veux savoir : est-ce qu'il y a encore quelque chose qui te tracasse ?

- Euhm... Juste une dernière chose... C'est...Plutôt embarrassant... Est-ce que vous... tu... as...

- Oui, Sansa, lui répondit-il, lui épargnant la honte d'avoir à prononcer ce mot trop trivial pour ce qu'elle venait de ressentir. C'était très agréable pour moi aussi... Oh, soupira-t-il, comme j'aimerai être à tes côtés en ce moment, être sous les draps avec toi, te prendre dans mes bras, caresser tes cheveux et être là pour te réconforter, te dire à quel point tu es magnifique...

- J'aimerai aussi beaucoup ça, murmura Sansa comme s'il s'agissait du pire des secrets.

- La prochaine fois, ma douce, la prochaine fois. Maintenant, repose-toi bien et fais de beaux rêves.

Comme si sa voix commandait son corps (des fois, elle se demandait si ce n'était pas effectivement le cas) elle se retrouva en train de bailler, faisant rire Petyr. Elle lui souhaita aussi bonne nuit et raccrocha.

Elle s'était damnée, elle avait envoyé son imagine de jeune fille pure aux quatre vents, se dit-elle en se calant confortablement sur son oreiller. Elle venait de donner son corps à Petyr, à son professeur, faisant quelque chose qu'elle n'aurait jamais imaginé avant de le rencontrer. Elle devrait regretter ses actes, mais elle n'y parvenait pas. Pas vraiment. Elle ne s'était jamais sentie aussi bien dans son corps. Alors elle ferma les yeux et décida que l'avis des autres n'importait pas vraiment et qu'elle était prête à donner son corps à Petyr encore et encore et encore.

/

Robb entra dans le gymnase où d'habitude, l'équipe de basket s'entraînait. Il n'était pas très plein, mais ce n'était pas vraiment une mauvaise chose pour les auditionnés. En plus, il imaginait bien que peu d'élèves aient envie de rester au lycée un vendredi soir. Talisa elle-même avait du être convaincue à coups d'yeux de chiots (ironique pour un loup comme lui) Il se tourna pour voir la suite de sa meute.

Arya était là, mais visiblement, pas très contente de l'être. Au moins, elle n'était pas en train d'envoyer des SMSs : elle était en train de parler avec Hot Pie à la place, essayant de calmer l'enthousiasme rafraîchissant du jeune homme. A leurs côtés, Gendry était là avec son habituelle guitare dans le dos. Il était venu aussi pour «recruter des choeurs pour la prochaine chanson de son groupe» En vérité, Robb était sûr que c'était pour être avec Arya. Il ne put s'empêcher de sourire : il avait l'air de ne pas être un méchant garçon et s'il pouvait empêcher Arya de s'en aller avant (ou même pendant) que sa soeur chante...

Theon leur avait aussi fait la grâce de venir, surtout parce que Ros avait refusé d'aller à un apéro avec lui pour soutenir Sansa. Il était donc là, son bras autour des hanches de Ros qui discutait allègrement avec une autre amie de Sansa, Shae, dont Jon été tombé amoureux en début d'année. A leurs côtés, il y avait Brienne, cette femme si grande dont tout le monde parlait dans les vestiaires. D'habitude on se moquait d'elle et du fait qu'elle soit apparemment encore vierge parce qu'elle était laide. Robb n'aimait pas trop ses rumeurs : sa mère lui avait apprit à trouver la beauté dans toutes les personnes. Il était cependant heureux de voir que Sansa avait de bonnes amies venues pour la soutenir.

Jon était là également, avec la fameuse Ygritte. La jeune femme l'avait étonné, il fallait l'avouer : il aurait mal vu son Jon rêveur avec une femme aussi sûre d'elle-même. Mais il la respectait. Il avait entendu ce que Gregor lui avait fait et ne s'était pas attendue à la voir débarquer, avec des attèles aux deux poignets et à la cheville droite, un oeil au beurre noir et deux appareils photos autour du cou ainsi qu'un calepin et un crayon dans les mains. Arya l'avait saluée avec beaucoup d'admiration et elle avait été très vite adoptée comme Talisa. La meute s'agrandissait, on dirait, pensa Robb en souriant.

En revanche, il était nettement moins content de voir Sandor Clegane avec Jon. Il savait que Sansa l'avait embrassé une fois à une soirée mais elle n'en avait jamais parlé. Elle voulait sans doute oublier ce baiser, ce qui était compréhensible : Sandor n'avait pas vraiment une bonne réputation... Il serait très reconnaissant à Sansa de se tenir éloigné de lui. Il y avait aussi d'autres personnes dont il ne comprenait pas très bien la présence, comme Cersei et ses pom-poms girls, Asha Greyjoy et M. Baelish, le professeur de littérature de Sansa qui était des fois même invité aux fêtes tellement il était apparemment 'cool'.

Mais Robb décida de ne pas s'en occuper et s'installa à côté de Talisa, sortant son smartphone pour filmer l'évènement. Même si Arya faisait tout le temps des blagues sur la voix de sa soeur, Robb était sûr qu'elle allait bien s'en sortir.

/

Sansa se sentait terriblement nerveuse. Elle savait que c'était une mauvaise idée ! Elle le savait ! Pourquoi avait-elle décidé de faire ça ? Elle était dans les coulisses, se regardant dans le miroir, priant pour que Margy se défile et décide qu'elles n'avaient plus à porter leurs costumes...

Costumes qui étaient exactement ceux qu'elles avaient enfilé quand elles avaient fumé. Mais Margy avait insisté pour qu'elles les portent à nouveau parce que : «ça faisait très Cocorosie» et que les costumes étaient encouragés par le jury.

Margy était en train de siroter de l'eau citronnée au miel en terminant de répandre des paillettes dans ses cheveux. A ses côtés, Garlan était en train de se moquer d'elle et, un peu plus loin, Willas, habillé avec toujours autant d'élégance, la regardait stresser avec un petit sourire qui se voulait réconfortant.

Si elle n'avait pas rencontré Petyr, pensa Sansa, elle aurait aimé sortir avec Willas. Elle lui rendit un pauvre sourire et baissa les yeux sur ses partitions, chantonnant une dernière fois avant de monter sur scène.

- Sansa, Margy, appela Randa, c'est à votre tour. S'il vous plaît, faîtes mieux que les Silent Sisters qui auraient du rester Silent. Franchement ? Miley Cyrus ? Enfin, bref, en piste, mesdemoiselles !

Les deux filles se regardèrent en prenant une grande inspiration. Margy prit la main de Sansa et la serra :

- Soeurs dans toutes nos vies antérieures, murmura la jeune Tyrell pour leur donner du courage.

Puis, elles sortirent, se présentèrent, donnèrent leur CD à Mya et allèrent régler les micros. Sansa tremblait tellement que Margy dut lui venir en aide, caressant doucement son bras pour la détendre. Il était vrai qu'il y avait bien plus de monde que ce qu'elles avaient redouté.

- Ne me quitte pas des yeux, lui conseilla Margy et Sansa hocha la tête.

La musique commença. Les premières notes étaient très douces et réussirent à apaiser Sansa.

Margaery commença. Elle chanta la part qu'elle avait répété encore et encore, plantant ses magnifiques yeux verts dans ceux de Sansa, comme lorsqu'elles répétaient, oubliant ainsi le monde extérieur. Le doux regard de Margy et son assurance quand elle chantait avec autant de talent rassurèrent Sansa.

Ainsi, lorsque ce fut à elle, la jeune femme garda ses yeux plantés dans ceux de Margy. Elle se rappelait les bons souvenirs qu'elles avaient eu ensemble. L'impression de s'être connues toute leur vie, de s'être attendues et de s'être enfin trouvées. Margaery lui souriait et son regard resta planté dans ceux de Sansa, lui apportant tout son soutien.

Le monde extérieur disparut. Le jury, le public. Elles étaient juste toutes les deux et elles s'amusaient dans un tipi de fortune. L'histoire si familière se déroulait en notes comme un dialogue...

Et la musique prit fin.

Sansa avait l'impression d'avoir toujours été sur cette scène et d'y avoir été depuis quelques secondes à peine. Elle regarda Margy détourner les yeux des siens et saluer le jury et le public d'un grand sourire et d'un gracieux mouvement de tête. Elle se tourna donc vers le public également : Robb et Talisa l'applaudissaient avec enthousiasme, Arya la regardait, visiblement impressionnée à côté de deux garçons qui criaient leur enthousiasme, Theon essayait d'embrasser Ros qui criaient des «Sansa et Margy for president !» et autres encouragements. Même Brienne souriait de toutes ses dents. Asha, quant à elle, applaudissait simplement, adossée aux gradins derrière elle et Cersei s'était levée, furieuse, quittant le gymnase, suivie par ses pom-poms girls.

Puis, Sansa vit Sandor qui semblait un peu plus heureux que d'habitude et se tourna enfin vers Petyr.

Il la regardait aussi et lui sourit. Sansa ne s'était jamais sentie aussi belle et talentueuse de sa vie. Elle ne put s'empêcher de sourire encore plus.

/

- Oh mon dieu, non, s'il vous plait ! les pria Sansa.

- Allez, fit Robb en branchant son smartphone à l'écran plat du salon. Tu étais très bien !

- Nooooon, protesta Sansa en glissant dans le canapé, un coussin sur sa figure.

- Qu'est-ce qu'on va regarder ? demanda Rickon, visiblement déjà ennuyé.

La famille Stark était réunie au complet dans le salon pour voir la représentation de Sansa. Ned et Cat étaient assis à côté de leur fille dans le canapé, dans les bras l'un de l'autre tandis que tous les enfants étaient assis par terre sur des coussins devant la télé.

- Prêts ? demanda Robb avant d'appuyer sur le bouton 'Play'.

Et Sansa continua à se cacher derrière son oreiller.

- Je dois avouer, fit Arya, quand la vidéo prit fin, que par rapport à ce que j'ai enduré pendant tes entraînements, c'était très bien.

- Tu es très jolie avec tes plumes dans les cheveux et ta voix me berce, complimenta Rickon.

- Très sexy le tutu, ajouta Theon, et, tu es lesbienne avec Margeary ? Parce qu'on dirait que vous allez vous embrasser à chaque seconde.

- Theon, le rappela à l'ordre Robb. Tu étais très bien : très belle et ta voix et magnifique. Je suis sûr qu'ils vont te prendre !

- Tu es très douée, fit Jon en posant sa main sur son épaule pour la soutenir.

- J'aime beaucoup la chanson, murmura Bran, toujours penseur. Tu as vraiment capturé l'ambiance, je trouve. Tu étais très juste du début jusqu'à la fin.

- Ça c'est ma fille ! fit Ned en lui ébouriffant les cheveux. Tu es très douée ! Bravo !

- Tu es très bien, Sansa, commenta sa mère plus calmement avant de déposer un baiser dans ses cheveux. Je suis très fière de toi.

Sansa sourit en baissant son coussin. Petyr avait probablement raison : notre vie est bien plus complexe que l'image que la société veut en donner. Même si elle avait une relation étrange et probablement illégale avec son professeur, elle n'en restait pas moins une fille bien et satisfaire ses propres désirs ne la transformait pas en une paria, une rebelle...

Ça la rendait juste plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été dans sa vie.

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