My Dear Sadistic Highness

Chapitre VIII

Can you tell me, softly,How you always haunt me… ?Can you help me… ? Hold me.Come to me now, slowly.

You caress me, smoothly.Calm my fears and soothe me.Move your hands across me.Take my worries from me…

Sacrifice – t.A.T.u

Parfois, son père m'appelle Darina et éclate de rire. Je suis tombée dans une famille de fous. J'ai appris à sourire.

O.N

Chapitre VIII

Hermione porta à sa main à son cou dans un réflexe douloureux. Elle ne savait pas d'où le collier provenait, ni qui le lui avait offert, cependant elle s'y était considérablement attachée. C'était probablement stupide puisqu'elle ne l'avait pas depuis longtemps, mais il lui correspondait tellement que, quelque part, c'était comme si elle l'avait toujours porté.

Le fait qu'il le lui ait pris la ravageait de soupirs : elle était dans sa chambre, allongée sur son lit. C'était un samedi matin de janvier, très morne et d'un ciel gris sombre. La jeune sorcière ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil par la fenêtre, se sentant comme en symbiose avec le temps qu'il faisait. Pourquoi le lui-avait-il pris ? Peut-être s'était-il rendu compte à quel point elle s'y était attachée : c'était certainement un moyen de la punir. Mais curieusement, elle aurait été moins surprise qu'il la frappe ou qu'il ne la touche… Le fait qu'il lui arrache un bien lui étant précieux semblait… Connoté… Enfantin.

Elle essayait de lire entre les lignes mais ce qu'elle parvenait à comprendre ne pouvait correspondre avec la vérité : était-ce une vengeance jalouse… ? Il l'estimait comme sienne, sans qu'elle ne comprenne comment il en arrivait à une telle conclusion. Le fait que Liam vienne empiéter sur son territoire n'avait pas dû lui plaire : à présent il voulait faire comprendre à Hermione à quel point cela était désagréable de se faire voler quelque chose…

Mais cela ne pouvait pas être ça : d'abord parce qu'elle était sa proie, et ensuite parce qu'il aurait pu lui prendre autre chose : sa baguette, par exemple. Il y avait quelque chose de curieux : il ne se gênait jamais pour lui faire la leçon habituellement. Pourtant, là, sa punition manquait vraiment de clarification. La punissait-il pour son consentement face au baiser de Liam ? A cause de leur vraisemblable proximité ? Ou encore parce qu'elle partageait un bonheur avec lui que le Serpentard ne pouvait certainement pas comprendre ? Il n'en faisait pas partie, et le fait qu'elle ait une vie au-delà des tortures qu'il lui infligeait devait être rageant à ses yeux.

Quelque chose ne tournait pas rond.

Et puis, pourquoi s'était-il absenté ? Pourquoi partir juste après la fin des vacances ? Il n'y avait aucune logique. Évidemment, il paraissait suspect aux yeux de tous. S'éclipser de l'école, sans en avoir le droit, c'était un peu comme démontrer à tout le monde que les activités qu'il allait exécuter n'étaient pas des plus légales.

Hermione se tourna sur le côté, soupirant de plus belle.

Il empoisonnait ses pensées.

Il fallait à tout prix qu'elle arrête de se soucier de lui. Quoi qu'il lui fasse, quoi qu'il lui vole : elle devait cesser de lui accorder la moindre importance. L'enjeu était plus grand qu'un simple pendentif. Si elle parvenait à résister à la moindre de ses attaques et en même temps à lui rendre la vie impossible, alors sa mission serait réussie. Pourtant, l'idée de ne jamais revoir son collier lui serra le cœur. Peut-être aurait-elle dû chercher à le récupérer, d'une manière où d'une autre ? Mais comment s'y prendre… ?

Elle savait de source sûre que les premiers samedi du mois, il quittait leurs appartements pour aller s'entrainer au Quidditch avec son équipe. Peut-être était-ce là une chance d'aller dans sa chambre et de récupérer son bien. Si elle y parvenait, il serait assurément furieux et elle aurait à subir ses foudres par la suite. Mais le soulagement d'avoir récupéré son pendentif saurait l'aider à supporter ses injures et ses probables violences. Il fallait aussi qu'elle cherche le grimoire, tant que cela était possible.

Hermione ferma les yeux, bien décidée à se reposer avant d'affronter son serpent de bourreau. Dans sa tête, le plan tourna des dizaines de fois, lui faisant voir parfois des images brèves de son succès, et parfois de son échec… Jusqu'à une dernière image effrayante d'elle entrant dans sa chambre, suivie par une ombre menaçante. Cela la réveilla brusquement. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle fut perdue pendant quelques minutes : l'avait-elle fait ou non ?

Elle avait tellement envie que cela soit terminé que son esprit lui avait fait répéter les mêmes gestes inlassablement. Lorsqu'elle regarda son réveil, elle constata que les quelques minutes qu'elle avait cru passer à somnoler étaient en fait plusieurs heures. Elle avait sauté le déjeuner et il était à présent le début de l'après-midi.

Lentement, elle sortit de son lit et s'étira, alerte au moindre bruit pouvant l'informer de la position du Serpentard : il devait déjà avoir quitté les appartements. Doucement, elle enfila une chemise et une jupe grise avant d'ouvrir la porte de sa chambre. Il n'y avait personne dans la salle commune. Elle la traversa à pas de loup avant d'arriver devant la porte de la chambre de Malefoy. Avec la plus grande appréhension du monde, et le cœur battant en sourdine jusqu'au fond de ses oreilles, elle posa sa tête contre le bois, essayant d'entendre le moindre son qui prouverait que le Serpentard n'avait pas encore quitté sa chambre. Il n'y avait rien, aucun bruit.

Doucement, elle posa sa main sur la poignée et l'enclencha, les tempes et la poitrine douloureuses. Il n'y avait personne dans la chambre : elle était déserte. Même en pleine journée, elle demeurait sombre. Peut-être était-ce à cause du temps qu'il faisait au dehors : aucun rayon du soleil ne parvenait à percer l'épaisse couche sombre de nuages.

Toujours était-il que la pièce était vide. Hermione entra et fut aussitôt prise d'un accès de panique : sans trop savoir pourquoi, elle savait qu'elle devait se dépêcher. Rapidement, donc, elle s'agenouilla devant sa table de nuit et essaya d'en ouvrir le tiroir. Impossible : ce dernier était verrouillé. La jeune sorcière essaya plusieurs formules, en vain. Décidant d'abandonner le petit meuble pour le moment, elle se pencha pour regarder sous le lit : il y avait sa malle. Hermione la fit sortir d'un petit geste de baguette et l'ouvrit avec anxiété. Qui sait sur quoi elle allait tomber en fouillant dans ses affaires : cela la terrifiait.

A vrai dire, il y avait pas mal de capes, toutes noires et d'une grande qualité. Au fond, des feuilles de parchemin vierges et quelques nouvelles plumes. Dans les pochettes intérieures, une carte de l'Edimbourg Sorcier, quelques mornilles, plusieurs fioles remplies de diverses potions, et pas la moindre étiquetée, ce qui fit gravement soupirer Hermione.

Elle referma la malle après l'avoir fouillée de fond en comble, et la remit sous le lit. Ensuite, elle se redressa et décida d'aller jeter un coup d'œil dans l'armoire : elle contenait évidemment tous ses vêtements et ses affaires de cours : ses capes, ses chemises, ses blazers, ses pantalons, son uniforme officiel de Quidditch, sa tenue d'entrainement, tous ses manuels de cours, des plumes. Énormément de parchemins, d'autres grimoires ou de fascicules concernant l'école…

Quelque chose n'allait pas.

Hermione rechercha la trace de l'ouvrage, en même temps que celle de son pendentif, mais devait s'incliner : il ne s'agissait que de livres de cours. Un vivarium contenant deux énormes araignées l'interpella soudain, la faisant presque sursauter. Il n'avait pas le droit d'avoir de telles bestioles dans son placard, nom d'une pantoufle de gnome !

Mais quelque chose n'allait vraiment pas, au-delà de ça. Hermione n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, alors elle continua sa recherche visuelle.

Sur l'une des étagères, il semblait y avoir pas mal de documentation sur l'histoire du Quidditch, et quelques livrets sans titre. Bien consciente de faire une grande intrusion dans sa vie privée, elle en prit un pour tout de même savoir ce qu'il y avait à l'intérieur. Peut-être était-ce important pour l'Ordre du Phénix. Enfin, c'est la seule excuse qui lui vint à l'esprit pour justifier sa curiosité mal placée.

C'était des partitions. Sans doute pour violoncelle. Le papier était vieux et sentait bon le livre âgé. Elle prit une grande inspiration avant de le remettre à sa place.

Il n'y avait pas de petite ou grande boite, à part un petit écrin bleu marine qu'elle avait ouvert avec beaucoup d'espoir : elle contenait une bague en argent, portant probablement le blason de la famille Malefoy. C'est avec un air dégouté qu'elle referma le petit contenant de velours et qu'elle le reposa là où elle l'avait trouvé.

Bref, l'armoire n'était pas intéressante non plus. De toute façon, elle s'en était doutée : c'était dans le tiroir verrouillé que tout ce qui l'intéressait se trouvait. Il fallait qu'elle parvienne à l'ouvrir. Mais avant de fermer l'armoire pour revenir à la petite table de nuit résistante, elle laissa une dernière fois ses yeux parcourir l'intégralité du placard. C'est là qu'elle comprit quel était le problème. Sa respiration se bloqua dans sa poitrine.

Dans le placard, il y avait sa tenue d'entrainement de Quidditch.

Précipitamment, elle ferma les deux portes et se retourna pour sortir le plus vite possible de la chambre.

Elle n'en eut pas la chance : Drago Malefoy était derrière elle, appuyé contre sa porte fermée.

Comment avait-elle pu ne pas l'entendre arriver ? Il avait dû lui jeter un sort de surdité, il n'y avait pas d'autre explication. Il dirigea sa baguette vers elle, le visage glacial.

- Tu te crois plus maligne que moi, Granger ?

Elle ne répondit pas, complètement incapable d'articuler le moindre son.

- Tu te permets de t'introduire dans ma chambre, pendant mon absence… ?

Hermione secoua la tête de droite à gauche : ses mains tremblaient. Il était vraiment très en colère.

- Réponds !, ordonna-t-il froidement, la faisant sursauter.

- … Tu n'étais pas censé être là…, marmotta-t-elle, complètement dépassée par la situation.

Il s'approcha d'elle, la faisant reculer : elle buta aussitôt contre l'armoire, en faisant trembler les gonds.

- Tu voulais récupérer ta pacotille, j'imagine…, siffla-t-il en penchant son visage vers le sien.

Au moins, il ne soupçonnait que ça. Il n'avait pas encore découvert qu'elle faisait des recherches à propos de la légilimancie…

- Oui…, avoua-t-elle, les yeux baissés.

- Mais rien n'est gratuit ici. Encore moins après ce que tu viens de faire.

Sa voix : elle était déjà froide, d'habitude. Vile, cruelle. Là, elle était dans les tréfonds de l'océan le plus glacial. Et ses yeux étaient ce même océan : sombre, tourmenté… Profond et mortel. Elle baissa les siens, par habitude.

Il attrapa ses poignets et subitement, la peur d'Hermione fut inondée par une nouvelle colère.

- Lâche-moi ! Raciste !

Drago fronça les sourcils et ses yeux foncèrent davantage, si cela était encore possible.

- Je refuse que tu me touches ! Tu dis que je te souille, alors lâche-moi et ne me touche plus jamais ! Espèce de malade !

Il relâcha un de ses poignets et sa main fendit l'air jusqu'à son visage. Ses doigts se plantèrent dans ses joues et se rapprocha davantage pour se mettre face à elle. Elle l'empoigna par la cravate comme en réponse à son geste : en cette microseconde, il ne l'intimidait pas, il ne lui faisait pas peur.

- Qu'est-ce que ça peut te faire si je suis raciste, sang-de-bourbe… ! Tu n'es qu'une minable fillette sortie d'une mère tout aussi pitoyable… !

- LA FERME ! N'insulte pas ma mère alors que ton père est un pauvre aliéné !

- Ne parle pas de mon père !

- Toute ta famille n'est qu'un ensemble d'arriérés rétrogrades ! Vous êtes tous des consanguins ! Qu'est-ce que tu peux comprendre à la vie d'aujourd'hui !

Elle ne parvenait plus à s'arrêter.

- Et c'est la dernière des gueuses qui parle ! Apprends déjà à coiffer tes cheveux autrement qu'à l'ère préhistorique : même tes dents semblent en retard sur l'évolution ! Et ce ne sont pas des sorts de beauté qui te feront ressembler à autre chose qu'à un gnome du Caucase ! Mais essaye, au moins tu fais rire des gens !

- Ça, c'est quand tu essaies de dire quelque chose d'intelligent ! Sale xénophobe, raciste, attardé !

- Continue à débiter des conneries et garde la bouche grande ouverte, j'ai bien une idée de bâillon qui te plaira : j'inviterais bien Blake pour qu'il voie ça… !

Essoufflés, ils s'arrêtèrent un instant, le regard brûlant. La haine bouillait dans leurs membres et transparaissait dans leurs yeux comme autant de veines sur des mains diaphanes. Ils se regardaient, emplis d'aversion l'un pour l'autre, de dégout et de rejet. Ils s'étudiaient de près. Elle se rendit soudainement compte qu'il jetait des coups d'œil à ses lèvres et qu'elle le faisait aussi : cela la retourna toute entière mais avant qu'elle ne puisse émettre la moindre pensée à ce sujet, leurs bouches se rencontrèrent violemment.

Il agrippa sa gorge et ses cheveux, tirant dessus sans la moindre retenue alors qu'elle le faisait basculer en arrière, pour le plaquer contre le sol. Bientôt, il la fit basculer à son tour sur le côté, ne supportant pas de se faire dominer. Leurs langues se frottaient, s'escrimaient avec intensité. Les mains du Serpentard vinrent subitement prendre possession de la moindre parcelle de son corps : agrippant ses épaules, ses cuisses, ses fesses, ses seins : ses doigts trouvèrent rapidement les boutons de sa chemise et les défirent sans y prêter aucune attention visuelle : comme s'il avait déjà exécuté dans sa tête ces mouvements des centaines de fois auparavant.

Sa poitrine presque à nu, il vint pour la déshabiller davantage mais elle dégagea ses bras, se battant à son tour contre les vêtements du jeune-homme : les boutons sautèrent, sans scrupules et elle vint griffer son torse avec brusquerie. Leurs bouches se quittèrent quelques instants, le temps qu'ils reprennent leurs souffles, mais elles se rejoignirent quelques secondes plus tard. Il était impensable pour elles de se séparer davantage. Pourtant il le fallut : ils n'en pouvaient plus d'autant d'efforts respiratoires… Leurs regards se croisèrent avec intensité…

- Je croyais qu'il n'y avait que Liam qui pouvait te sauter… ?

- Je croyais que toi, tu n'en avais pas la moindre envie ?

Il lui tordit le poignet, probablement –elle en était presque sûre- dans l'unique but de la faire gémir.

- J'aime entendre quand tu souffres… Et je suis sûr que tu donneras de la voix quand je te prendrais.

- Tu peux en être sûr autant que tu veux, ça n'arrivera pas.

Elle reprenait conscience de ce qu'ils étaient en train de faire. Malgré cela, il était au-dessus d'elle et la maintenait fermement. L'adrénaline et la colère qu'elle ressentait encore et qui la faisait toujours trembler commençaient toutefois à s'évanouir, elle le sentait, cédant place à la panique.

- Quoi, tu crois que je vais te laisser partir… ? J'ai enfin la preuve qu'il faut te forcer pour que ça te plaise.

- Arrête de croire que tu me comprends, Malefoy. Tu as déjà suffisamment de mal avec toi-même… !

Il ricana.

- Mais ça me suffit, Granger. Tu ne peux pas le nier. Tu me veux. Tu ressens quelque chose pour moi…

Dans ses yeux, la joie d'un enfant froid et cruel. Il jubilait.

- C'est malsain et tordu. Ça n'arrivera plus. Je ne suis pas dans mon état normal…, se justifia-t-elle.

- Arrête de mentir ! Cesse de te prétendre haute et intouchable. Admets que je te plais.

On aurait dit qu'il avait toujours rêvé de lui dire cela. Comme si ce qui s'était produit avait confirmé des thèses qui le torturaient depuis des années : comme si elle lui donnait enfin raison, après un temps infini. Hermione commença réellement à prendre peur.

- Tu es complètement cinglé, mon pauvre !, se défendit-elle, hésitant à le provoquer davantage.

- Vérifions, tu veux…, murmura-t-il alors, la voix sifflante.

Sa main serpenta brusquement sur ses cuisses, tentant visiblement de remonter sa jupe jusqu'à ses hanches.

- Si, comme je le crois, tu es excitée, Granger… Je te finis ici et maintenant.

Le cœur d'Hermione sembla s'arrêter. Elle attrapa le poignet du Serpentard avec une force qu'elle ne se connaissait pas. La force de la supplication du dernier instant.

- Ne fais pas ça.

La voix tremblante, comme une prière, comme un mantra, elle le suppliait. Il forçait sur sa main, apparemment sans effort mais paradoxalement de plus en plus hésitant.

- S'il te plait. Je ferais tout ce que tu veux, mais ne fais pas ça.

La voix comme un murmure. Aucun cri, plus qu'un regard de détresse et la gorge sèche. Supplier. Implorer.

- Pourquoi viens-tu toujours me chercher…, dit-il soudain en libérant sa main de l'entrave d'Hermione.

Il ne chercha plus à venir remonter sa jupe mais vint agripper son visage en coupe, collant son front contre le sien.

- Après tu pleures, tu me supplies… Tu regrettes. Ne viens pas toujours me contrarier…

Au comble du soulagement, elle vint poser ses mains sur ses épaules dans un geste de remerciement.

- Embrasse-moi, ordonna-t-il soudain.

Elle rouvrit les yeux.

- Pardon… ?

- Tu as dit que tu ferais ce que je voulais en échange.

Jamais elle n'aurait cru qu'il lui demanderait pareille chose. C'est abasourdie qu'elle s'exécuta. Elle rapprocha ses lèvres des siennes et y déposa un chaste baiser. Sa bouche s'ôta très doucement de la sienne, mais celle de Drago vint toujours la frôler, la caresser… Puis il glissa furtivement contre sa joue pour venir y apposer un autre baiser. Il la chatouilla jusqu'à son oreille, ainsi…

- Voilà…, murmura-t-elle simplement, pour mettre fin à cette scène.

- Ne l'approche plus.

Et aussi étrange qu'il y parût, il n'attendit pas de réponse et la délesta de son emprise. Elle se releva aussitôt et disparut dans sa chambre.

Elle resta longtemps allongée sur son lit, terrifiée parce qui venait d'arriver. Hagarde et perdue. Des migraines et des incertitudes en grands burins sacrés comme sculpteurs de son crâne.

Ce qui s'était passé la veille la hantait. Elle n'en avait pas dormi de la nuit. Jamais elle n'aurait cru participer à ce qu'il lui infligeait, cela ne lui était jamais venu à l'esprit. Que cela signifiait-il ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Tout ce qu'elle pouvait assurer, c'était qu'elle ne s'était pas défendue, qu'elle avait bafoué tous ses principes et qu'elle ne pouvait plus prétendre n'être qu'un témoin passif de ses humiliations. A présent, elle devrait supporter le fait d'avoir été actrice concrète de sa propre situation : cette idée la tourmentait comme jamais.

Peut-être lui avait-il fait encore davantage de mal qu'elle n'avait cru : la culpabilité l'endommageait au plus profond d'elle-même. La douleur se faisait vive, cuisante, alimentée par son incompréhension et par les remords qui la rongeaient. Tout avait changé, à présent. Elle ne pourrait plus jamais se défendre de ses injures sans se remémorer ce souvenir. A dire vrai, il avait pris possession d'elle : s'était probablement joué d'elle et l'avait fait danser comme une simple marionnette au dessus de la mare des péchés de l'Enfer.

Et Liam. Elle l'avait infiniment trahi. Il n'en savait rien mais elle portait en elle le pire des secrets : la capitulation d'un instant lui coutait son histoire avec lui. Elle était trop honnête pour prétendre s'être fait manipuler : elle était autant tout autant responsable que le Serpentard, point. Vivre avec ces noires pensées se rapprochait du supplice mais à présent, si elle voulait racheter ses fautes, il valait mieux cesser de jouer à l'enfant capricieux.

Il fallait qu'elle dise au Serdaigle que rien ne pouvait se passer entre eux, ce qu'elle aurait dû faire bien avant. Conserver cette relation avec lui, alors qu'elle savait pertinemment que cela tournerait mal, était une erreur qu'elle n'aurait jamais dû faire. A présent, elle la regrettait amèrement.

Elle devrait donc lui parler : mentir, encore. Inventer des raisons qui le ferait sans doute la détester ou au mieux la mépriser, afin qu'il ne s'intéresse plus jamais à elle. Cette pensée l'accabla.

Et il lui fallait également parler à Malefoy. Une telle chose ne devait jamais se reproduire, elle en avait conscience. Elle se promit alors de ne plus jamais se laisser embrigader dans une telle situation. Ils n'étaient pas amis, encore moins amants, loin de là : ils se détestaient. Elle peut-être moins que lui, mais les faits étaient là. Une telle relation entre eux n'était pas possible, elle ne mènerait à rien et au-delà de tout cela, c'était vraiment malsain. Leurs rapports n'avaient jamais été des plus équilibrés… y ajouter une composante charnelle, voire romancée, était la pire des idées.

… Et puis enfin. Il s'agissait de Malefoy, bon sang. Un mangemort –presque avéré-, raciste, sadique et complètement dérangé… Il était celui qui peuplait ses nuits de cauchemars, qui la terrifiait depuis des mois. Celui qui la menaçait constamment, l'injuriait, la brutalisait parfois.

Et pire encore : il n'était pas un garçon. Drago Malefoy était un homme. Avec combien de filles s'était-il retrouvé dans un lit ? Combien d'entre-elles avait-il embrassé ? Bien trop.

Il s'amusait de la déchéance amoureuse des autres, jouait avec les sentiments féminins comme s'il s'agissait de simples cartes… Non.

Elle refusait catégoriquement de se voir associée à un être aussi détestable.

Nous étions dimanche soir, et Hermione avait rarement été aussi déprimée… Elle se retourna dans son lit, ses yeux parcourant sa chambre d'un regard las. C'est ainsi qu'elle tomba nez à nez avec le poste de radio de Liam. D'un mouvement tout sauf gracieux, elle étendit son bras un maximum pour en atteindre le bouton et appuya dessus mollement.

- A présent, nous vous laissons en compagnie de Leonard Cohen et de son Famous Blue Raincoat. Miranda, c'est pour vous.

It's four in the morning, the end of December…

Son père lui avait souvent fait écouter cette chanson, petite. Il adorait Leonard Cohen.

Elle se retourna à nouveau sur le dos et fixa le toit de son lit à colonnes.

- Yes, and Jane came by with a lock of your hair… She said that you gave it to her… That night that you planned to go clear… Did you ever go clear ?

Sa voix éraillée résonna contre les murs de sa chambre.

- And what can I tell you my brother, my killer… What can I possibly say… I guess that I miss you, I guess I forgive you. I'm glad you stood in my way.

Une larme s'échappa doucement de ses yeux et s'affaissa sur sa joue tiède.

- Yes, and thanks for the trouble you took from her eyes… I thought it was there for good, so I never tried.

Sa gorge lui refusa le moindre autre son et elle s'étouffa moitié dans un sanglot. La fatigue l'envahissait langoureusement, l'étreignant pour mieux la faire taire…

Il n'y avait pas d'issue.

Lorsqu'elle coupa le poste, les larmes coulaient toujours sur ses joues. Le son du violoncelle pénétra alors dans sa chambre. La même musique que l'autre fois. Calme, profonde… Abyssale et si légère à la fois.

Elle sortit de sa chambre doucement et alla poser son oreille contre sa porte.

Pourquoi dès lors qu'elle prenait une décision à son égard, il la détrompait… ? Comment faisait-il toujours pour balayer ses certitudes ?

Le morceau prit davantage d'ampleur et se fit plus rapide pour un instant. Son cœur semblait accélérer avec les cordes… Jusqu'à ce que ces dernières se calment à nouveau…

Il y avait comme dans l'écho dans cette situation. Elle lui avait posé une question en chantant, à laquelle il répondait avec son violoncelle.

Ce jeu allait probablement la tuer.

Cela faisait près de deux heures qu'elle était à la bibliothèque, parcourant la réserve en long, en large et en travers. Certes, Malefoy avait emprunté le livre qu'elle cherchait, mais il n'était pas dit que les informations qu'elle recherchait ne se trouvaient pas dans d'autres ouvrages. Elle ne pouvait pas se résoudre à ne rien faire : il fallait qu'elle agisse.

Plus elle fouillait dans les grimoires, cependant, plus elle se décourageait. Elle était tombée sur des horreurs, se demandant bien trop souvent pourquoi tel ou tel livre était présent dans une école. Peut-être y-aurait-il dû y avoir une autre réserve, au sein même de cette réserve.

Une chose était sûre : il cachait l'ouvrage dans sa table de nuit, pourquoi la verrouiller, sinon ?

Ses doigts vinrent machinalement attraper son collier mais ne rencontrèrent que le vide : elle soupira. C'était une manie qu'elle avait attrapée quand elle l'avait encore à son cou. Ce manque la frustrait affreusement. Elle s'était pourtant résolue à attendre qu'il le lui rende… Il finirait certainement par le faire : ce n'était pas dans sa nature de voler des biens. Du moins, elle ne le pensait pas.

Son esprit divagua encore un peu : elle aurait vraiment aimé savoir qui lui avait offert ça… Elle comprenait de moins en moins pourquoi s'en cacher : le cadeau était merveilleux. N'importe qui en aurait été fier. Qui aurait pu avoir un intérêt à dissimuler un tel présent… ?

Hermione secoua la tête de droite à gauche avant de se diriger vers la fenêtre. Il neigeait encore. Le spectacle la fit frissonner. Mais quand reviendraient les beaux jours ? Ils se faisaient vraiment attendre.

Elle sortit de la réserve, déçue, et s'installa à une table de la bibliothèque pour entamer un devoir de potion.

« … dans ce cas, il vaudra mieux mettre de la verveine du Pérou au lieu de la plus habituelle verveine officinale… »

Quelqu'un s'assit à sa table : Hermione releva la tête, il s'agissait de Ginny. Cette dernière avait l'air plutôt inquiète.

- Salut, Gin'… Ca va ?

- C'est plutôt à moi de te poser la question… Ron est venu me dire que vous vous étiez disputés…

Ah, l'idiot du village avait finalement parlé.

- Et alors… ?, attendit Hermione.

- Et bien, je m'attendais à te trouver déprimée.

Hermione soupira en rigolant moitié, secouant sa tête de droite à gauche.

- Ginny, déjà, c'était il y a plus d'une semaine. Ensuite, j'ai juste fini par dire ce que je pensais depuis des mois… Donc je me sens plus libérée que déprimée…

- Je comprends. Il m'a pas mal induit en erreur en me disant que tu semblais au bout du rouleau…

Ginny haussa ses épaules tandis qu'Hermione fronçait les sourcils.

- Qu'est-ce qu'il t'a dit exactement, cet imbécile ?

- Qu'un soir, alors que tu étais ivre, tu étais venue lui hurler dessus des verbiages sans queues-ni-têtes.

Hermione referma son livre de potion violemment et se releva brusquement.

- Ronald Weasley, tu vas m'entendre !

Ginny la retint par la manche.

- Attends. Tu sais comment il est… Il raconte des âneries quand il ne comprend pas ce qui lui arrive. Peut-être devriez-vous avoir une nouvelle discussion… Histoire qu'il comprenne bien qu'il a affaire avec quelqu'un de sobre…

- Ah mais nous allons avoir une nouvelle discussion, ça je peux te l'assurer !, s'écria-t-elle en rangeant vertement ses affaires.

Peut-être trop curieuse de la colère qu'elle avait elle-même engendrée, la jeune Weasley la suivit dans sa sortie tempétueuse de la bibliothèque.

Hermione monta les escaliers à quatre quatre, bifurquant dans les couloirs sans faire attention aux élèves sur son chemin. Ginny lui courait après, derrière, complètement dépassée par les événements.

- Ab absurdo ! (1), hurla-t-elle en face du tableau de la salle-commune des Gryffondors.

Le tableau s'écarta, outré par la façon dont il s'était vu traité.

- Ronald Weasley !, s'exclama-t-elle en interrompant l'activité de chacun des élèves présents.

Une tête rousse émergea au dessus du canapé : il avait l'air endormi. Parfait.

- Viens avec moi avant que je ne te brûle par les extrémités.

Il se redressa brusquement et la suivit dans le couloir sous les yeux ronds des autres Gryffondors. Elle l'entraina un peu plus loin pour être hors d'écoute de certains curieux. Seule Ginny était avec eux.

- Alors comme ça, nous nous sommes disputés sans aucun fondement ?

Son visage rougissait de plus en plus.

- Je n'ai pas dit ça…, marmonna-t-il, penaud.

Sa petite sœur lui fit les gros yeux.

- Je n'ai pas exactement dit ça… C'est juste que je n'ai pas compris pourquoi tu t'étais acharnée sur moi… J'essayais juste de savoir si tu allais bien…

- Mais je n'allais pas bien !, hurla-t-elle alors. Vous m'avez laissé tomber depuis des mois : as-tu au moins écouté ce que je t'ai dit cette fois-là ?!

- … Mais… Je ne comprends pas… Tu ne t'es jamais plainte, avant…

- Oh, excuse-moi, Ron ! Mais je n'allais pas t'ôter ton monopole !

- Qu'est-ce que tu veux dire ?!

- Que tu n'es qu'un pauvre râleur, capricieux et velléitaire !

- Oh je t'en prie, n'utilise pas tes insultes runiques avec moi, se désespéra-t-il.

Son expression se bloqua dans une mine stupéfiée.

- Ma parole, tu es vraiment un crétin !, s'écria-t-elle, les yeux écarquillés.

- Si tu arrêtais de me parler comme à un demeuré, peut-être que j'aurais davantage fait attention à toi !

Elle se figea à nouveau, cette fois-ci de colère pure.

- Serais-tu… Par hasard… En train de dire que tout ça est de ma faute… ?

- Je dis que je ne suis pas le seul coupable, c'est différent… Je reconnais qu'on n'a pas été beaucoup ensemble ces derniers temps, mais tu n'as jamais rien fait pour qu'on se retrouve. On t'a invité à Noël et tu n'es même pas venue…

- Oh pitié, m'inviter alors que les dindes venaient aussi !, s'agaça-t-elle en chassant son argument d'un geste dédaigneux.

- Je suis d'accord avec elle, intervint soudainement Ginny. C'est de votre faute si les vacances de Noël ont été ruinées ! On n'invite pas des étrangers à la table Weasley pendant les fêtes, Ron-Ron !, l'incendia-t-elle en imitant Lavande avec un talent stupéfiant.

- Oh Ginny, la ferme… Tu n'es absolument pas concernée par cette discussion, la fit taire son frère.

- Bien-sûr que si, imbécile heureux ! Je suis amoureuse d'Harry !

Cette phrase suspendit brusquement la conversation. Encore davantage lorsque une quatrième voix se fit entendre.

- Comment ça… T'es amoureuse de moi… ?

Harry s'avança vers eux, complètement perdu. Ginny blêmit jusqu'à devenir presque transparente.

- Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt… ?, s'enquit-il, en fronçant les sourcils.

- Franchement, mon pauvre Potter, tu es vraiment aveugle si tu ne t'en rends compte que maintenant, cingla Hermione.

Le brun lui jeta un coup d'œil avant d'esquisser un sourire béat. Hermione lui donna un violent coup de livre de potion sur le crâne.

- Et toi, alors ! Qu'as-tu à dire pour ta défense… ?

- Quelle défense… ?, bredouilla-t-il en présentant ses bras devant lui pour l'empêcher de le frapper à nouveau.

- Ron et toi m'avez complètement laissée tomber : c'est quoi ton excuse, à toi ?

Les deux garçons s'échangèrent un regard.

- On croyait que tu voulais rester seule pour te concentrer sur tes études. A chaque fois, on avait l'impression qu'on te dérangeait : tu étais constamment de mauvaise humeur, fatiguée… Tu nous engueulais tout le temps dès qu'on te posait une question… Jusqu'au moment où tu n'es même plus venue nous voir en salle-commune.

Leur version des faits était si différente de la sienne qu'elle n'arriva même pas à contre-argumenter.

- Franchement, on a essayé de se rapprocher par tous les moyens mais tu t'éloignais, inexorablement.

- Bon sang, arrête…, l'interrompit-elle. Toi aussi, tu vas dire que c'est moi la responsable ?

- Je ne dis pas que tu es responsable, je dis juste que chacun a sans doute mal-interprété le comportement de l'autre.

Il se rattrapait bien au moins, le bougre.

- Peut-être que tu n'étais pas bien à l'époque et qu'on n'a pas su le comprendre…, ajouta-t-il, comme étudiant de près les expressions d'Hermione.

- J'ai eu de graves problèmes, effectivement, confirma-t-elle.

- Mais elle n'est pas la seule à estimer que vous vous êtes conduits comme deux crétins, précisa Ginny. Il y a moi, Luna, Hagrid et Neville, aussi…, énuméra-t-elle en fixant un point imaginaire comme pour faire le bilan de la situation.

Les deux garçons se regardèrent, dépités.

- C'est vrai qu'on a peut-être exagéré…

- Exagéré ? Franchement, en vous regardant, on aurait pu croire à deux pauvres esclaves de leurs… Enfin bref. On aurait dit que vous dormiez en compagnie de Joncheruines !

Il y eut un long silence avant que les trois autres éclatent de rire.

- Vous voyez, démontra Ginny, vous nous avez tellement laissées tomber que je parle comme Luna, maintenant, à force de ne trainer qu'avec elle !

- Bon…, agréa soudainement Harry. Vous avez raison, on a vraiment abusé… Mais maintenant qu'on a compris, vous n'allez tout de même pas en vouloir éternellement ?

Les deux jeunes filles s'échangèrent une œillade sévère.

- Franchement, vous mériteriez que l'on vous laisse mijoter encore quelques semaines.

- Et j'ai une petite précision à propos des amours de vos vies, reprit Ginny, acide. Je sais de source sûre que Lavande t'a trompé, et que je sais même avec qui… !

Hermione sentit son cœur accélérer.

- Théodore Nott, de Serpentard…

Son cœur sembla s'alourdir à nouveau : quoi ? Cette trainée l'avait même trompé plusieurs fois ?! Quelle petite…

- Je le sais déjà, l'interrompit Ron. C'est pour ça qu'on a rompu. En fait, j'étais plutôt content qu'elle soit allée voir ailleurs, ça m'a permis d'avoir une excuse pour la faire partir pour de bon. Même si, franchement… Un Serpentard… Il y a un manque flagrant de solidarité entre Gryffondors…

Et son cœur repartit pour une danse infernale : elle se sentait presque visée par les propos de Ron… Bien sûr, elle n'avait pas couché avec Malefoy mais… Tout ce qu'ils partageaient la rendit subitement malade. Ils cachaient aux autres des secrets terribles et se sentir aussi liée à lui lui fit remonter la bile jusqu'à sa gorge.

- Je ne suis plus avec Cho non plus, leur intima Harry.

Ginny parut subitement captivée par son discours. Enfin, encore davantage qu'habituellement.

- Elle aussi est allée voir ailleurs. Un Serpentard aussi, j'imagine… Vous savez, cela ne m'étonnerait même pas que ce soit Drago Malefoy : on le voit avec tellement de filles différentes, ces temps-ci. Ça me donne envie de vomir.

Un coup de massue sembla s'abattre sur le crâne d'Hermione. Elle savait qu'il y avait certainement beaucoup de vrai dans ce qu'il venait de dire et c'est ce qui lui glaça le sang. Drago Malefoy et Cho Chang. Drago Malefoy et Lavande Brown. Drago Malefoy et Oksana Nikolaïevna. Tout cela était très exotique.

Drago Malefoy et Hermione Granger.

Un frisson lui parcourut l'échine. Elle allait finir par se rendre malade, se disait-elle. Il valait mieux qu'elle cesse prestement de penser à de telles horreurs.

- C'est impossible, il sort avec Oksana, objecta Ronald, l'air rêveur.

- Et tu parles de solidarité envers les Gryffondors, Ron-Ron, cingla Ginny en le fusillant du regard.

Il esquissa une grimace presque drôle.

- … Et puis non, il ne sort plus avec Oksana. Elle sort avec un Serdaigle… Je ne sais plus son nom…

Hermione se sentait de plus en plus mal : converser avec ses amis lui faisait du bien, après tout ce temps, mais elle sentait invariablement son estomac se tordre douloureusement.

- Comment s'appelle-t-il déjà… Il était avec elle au bal…

- William Blake…, répondit spontanément Hermione, pâle comme un linge.

- Oui, c'est ça ! Merlin, ça aurait pu me travailler toute la soirée, si…

Ginny s'interrompit progressivement devant l'air complètement perdu d'Hermione.

- Depuis quand sortent-ils ensemble… ?

- Je ne sais pas… On est lundi… Depuis la semaine dernière, je ne sais plus exactement quel jour…

- Il ne me l'a pas dit…, murmura-t-elle.

La jeune Weasley se sentait de plus en plus mal-à-l'aise.

- Ce n'est peut-être qu'une rumeur, Hermione… Je ne savais pas que vous vous connaissiez…

- Vous êtes amis ?, s'enquit Harry, essayant apparemment d'aider Ginny à se sortir de la situation dans laquelle elle s'était fourrée.

- Je pense…, confirma Hermione, la voix éraillée.

- Mais de qui on parle, bon sang ?, demanda abruptement Ron.

- Blake, tu sais, l'attrapeur des Serdaigles…, le fit taire Harry avec un regard entendu.

Ron fronça les sourcils, comme plongé dans une profonde réflexion. Ses yeux plissés finirent par s'éclairer et il arbora un sourire fier.

- Ah, ouais ! Ouais, ouais, ouais ! Pas un mauvais bougre, celui-là… !

Jusqu'à ce qu'il se rembrunisse brusquement.

- … Donc il sort avec Oksana, ah, bien-joué… Bien-joué…

Ginny lui donna un violent coup de coude.

- Tu vas te taire, oui ?

- Hermione, tu nous as dit que Malefoy t'avait causé des problèmes en début d'année, mais de quoi s'agissait-il exactement… ?

Tentative désespérée de détourner la conversation. Hermione reporta son regard sur lui, resta absente quelques secondes avant de retrouver une petite contenance. Son visage arbora aussitôt un petit sourire : un faux sourire.

- Oui, qu'est-ce qu'il a fait encore, ce cloporte répugnant ?, s'agaça aussitôt Ronald.

Hermione aurait bien aimé en parler, ne serait-ce que pour cesser de penser à ce qui venait d'être dit… Mais elle se rappelait bien qu'il lui était formellement interdit de faire allusion au pari, de quelque manière que ce soit.

« Ah, et avant que tu ne soupires trop vite de soulagement, je t'informe que le pari interdit toute forme d'aide extérieure. Cela parait évident, mais ne pas préciser les clauses d'un contrat peut être dommageable. Par aide extérieure, j'entends évidemment tes amis, enfin, ce qu'il en reste : les professeurs, tes parents… mais que pourraient-ils bien faire, finalement… ? Bref, personne ne doit être au courant. Tu as compris ? »

Elle ne pouvait donc pas vraiment leur faire part de sa situation. C'était gênant car ils voulaient savoir pourquoi elle s'était autant renfermée… La seule solution était de prétendre que la mauvaise période était à présent révolue.

- Oh, il a passé son temps à m'humilier publiquement avec des insultes vraiment cruelles. Il a fait des sales coups à la maison Gryffondor… Mais c'est terminé, maintenant. J'ai réglé le problème.

- Tu veux dire qu'il ne t'emmerde plus ?

- Voilà. J'imagine qu'il s'est lassé. De plus, comme je traine avec… William… maintenant, et qu'ils ne s'apprécient vraiment pas, j'imagine qu'il me fait office de bouclier…

- William… Le William d'Oksana ?

Ginny et Harry se tournèrent vers lui, l'air horrifiés.

- Tu m'étonnes que Malefoy ne l'apprécie pas ! Le gars lui a fauché sa petite-amie ! Hahaha ! Bien joué, le Serdaigle !

La jeune Weasley le frappa violemment à nouveau.

- Quoi encore ?, s'agaça-t-il en massant son bras.

- Tais-toi, lui ordonnèrent son meilleur ami et sa sœur en concert.

Hermione frotta son front de sa main tremblante : il fallait qu'elle s'en aille.

- J'ai des choses à terminer… Je… Je suis contente qu'on ait eu cette discussion. On se retrouve au diner.

Et sous les regards consternés de deux de ses amis, et sous les yeux hagards du dernier, elle détala.

Oksana Nikolaïevna. Ce prénom se prononçait comme une infamie : une malédiction.

Hermione claqua la porte de sa chambre et s'affala sur son lit, complètement démoralisée. Ce ne pouvait-être qu'une rumeur, il l'avait embrassé samedi. Il n'avait pas pu commencer à sortir avec Oksana la semaine passée ?

Elle se retourna sur le dos. Non, c'était impossible. C'était forcément une manœuvre de Drago Malefoy. Il était tout à fait capable de lancer de telles rumeurs… Mais pourquoi s'impliquer ? Si Oksana était son ancienne petite-amie, qu'elle parte avec un autre n'était qu'un déshonneur, n'est-ce pas ? Ou peut-être était-ce une déformation de la rumeur qu'il avait lancé à l'origine ? Peut-être même avait-il demandé à Oksana de sortir avec Liam.

Peut-être qu'il voulait juste briser ses espérances et ensuite, récupérer sa blondasse…

Elle déglutit avec difficulté : s'il s'agissait réellement de ça, ils étaient complètement dégénérés. Il y eut un bruit de porte et quelqu'un frappa à la sienne.

- Hermione ? C'est Ginny ! Ouvre ! Je sais que tu es là, et je suis vraiment, vraiment désolée !

Elle ne répondit d'abord pas avant de se résigner à se lever et à déverrouiller la porte.

- Comment es-tu entrée… ?

- … Malefoy m'a laissée entrer, grimaça-t-elle. Bref, on s'en fiche ! Ce n'est pas le problème ! Vraiment, je suis désolée de ce qui vient d'arriver… Je ne savais même pas que vous vous connaissiez… !

Hermione lui lança un regard vitreux…

- Tu es amoureuse de lui… ?

… avant de plonger sa tête dans son oreiller.

- Hehaiha…, marmonna-t-elle, sa voix étouffée par l'épaisseur du coussin.

- Hein ?

- Je sais pas, répéta-t-elle en soulevant un peu son visage de l'oreiller, juste avant de l'y laisser retomber.

Les traits de Ginny s'affaissèrent encore davantage : c'est affligée qu'elle vint caresser le dessus de la tête de son amie.

- Si tu es son amie, tu devrais aller lui demander par toi-même. Si ça se trouve, ce n'est qu'un énorme malentendu. Ce ne serait pas la première fois qu'une telle chose arrivait…

Hermione se retourna sur le dos, complètement accablée.

- C'est vrai, concéda-t-elle. Je lui demanderais, tu as raison…

Ginny se pencha vers elle et lui baisa le front avant de se relever.

- Je suis désolée mais j'ai cours d'Entretien aux créatures magiques…

- A cette heure-ci ?, s'étonna Hermione, toujours aussi blasée.

- Nous rentrons dans le semestre des animaux nocturnes… Je n'en sais pas plus… Je suis déjà en retard alors, j'y vais… Nous en reparlerons au diner.

Hermione acquiesça, sans la moindre énergie et laissa la jeune Weasley partir. Le bruit du tableau qui se referma derrière elle replongea la jeune sorcière dans une léthargie désolante.

Il était l'heure de diner : elle avait décidé de parler à Liam avant de laisser cette rumeur dévaster davantage son moral. C'est pourquoi elle s'avança à la table des Serdaigles et qu'elle chercha son ami des yeux. Il était non loin, en train de plaisanter avec un camarade. Elle l'interpella doucement et il sourit lorsqu'il la remarqua.

- Hey !, salua-t-il en quittant le banc pour s'avancer vers elle. Qu'est-ce qui t'arrive, ça n'a pas l'air d'aller… ?

- …Hmmm… Je voulais juste te demander de confirmer la véracité de quelque chose…

Il eut l'air à la fois surpris et sérieux.

- Dis-moi.

- Est-ce que tu sors avec Oksana Nikolaïevna… ?

Liam cligna des yeux à plusieurs reprises.

- Cette rumeur va me pourrir la vie… Je le sens… Ecoute, non, je ne sors pas avec elle, tout le monde me pose cette question !

Hermione respira mieux.

- Qui t'en a parlé ?

- Des Gryffondors, dit-elle simplement, très peu désireuse préciser de qui il s'agissait.

- Si ça va jusqu'aux Gryffondors, c'est que c'est vraiment la fin, constata-t-il sombrement. On en entendait parler que chez les Serdaigles et les Serpentards, la semaine dernière…

- Mais pourquoi y-a-t-il cette rumeur, pour commencer…, s'enquit Hermione, agacée de s'être fait avoir comme le reste de l'école.

- Parce qu'elle m'a invité pour le bal… Donc ça a fait des vagues… Et des curieux. Et puis… Je ne sais pas, elle me… Enfin dès qu'on a des cours en commun, elle a tendance à se coller à moi et à me draguer. Crois-moi, ce n'est pas très agréable.

Elle s'abstint de se montrer sarcastique : après tout il s'agissait de Liam. Mais elle ne put tout de même pas s'empêcher de penser qu'il devait en être plus que flatté. Une belle fille pareille.

- Mais Hermione, je suis étonné que tu me poses la question… Je veux dire, on était ensemble samedi, après tout.

- … J'ai dû mal à faire confiance aux gens et… A avoir confiance en moi-même. Alors quand j'ai su que c'était elle ma concurrente, je t'avoue que ça m'a fait peur…

- Concurrente ?, sourit-il moqueusement.

Elle rougit…

- Je vais manger, on se voit plus tard…, murmura-t-elle en rejoignant sa table, cramoisie.

Hermione s'installa avec ses amis retrouvés, on ne peut plus heureuse d'avoir enfin retrouvé un réel équilibre de vie… Enfin, en surface. Mais rien ne l'abattrait plus ce soir ! C'était décidé ! Cette journée était bien trop satisfaisante pour qu'elle ne laisse son humeur se gâter par de désagréables idées.

- Ça s'est arrangé ?, s'enquit aussitôt Ginny.

- Oui. Et fais-moi plaisir, répands à un maximum de personnes que cette rumeur est complètement fausse. Ça m'arrangerait qu'elle soit enterrée en fin de semaine.

Hermione releva les yeux, se sentant désagréablement épiée. Oksana la glaçait de son regard arctique. Ses amies semblaient partager toute sa haine envers la Gryffondor. Mais tout ce que put faire Hermione, à cet instant, c'est leur adresser un magnifique signe de main et un sourire radieux.

Crétines sans cervelles.

Le diner passa très vite : Hermione avait retrouvé son cercle d'amis et rien ne pouvait plus la ravir. Elle sentait ses joues se réhabituer aux sourires et surtout sa tête s'alléger d'instants en instants. Même Liam n'avait pu lui apporter un tel réconfort : mais maintenant qu'elle avait retrouvé et l'un, et l'autre… Elle était comblée.

C'est donc le ventre plein et le sourire aux lèvres qu'elle quitta la grande-salle, saluant ses amis se rendant dans leur salle-commune pour se rendre elle-même dans ses propres appartements. Elle gravit plusieurs escaliers, toujours souriante, riant nerveusement à quelques détours de couloir. Jusqu'à ce qu'elle sente une force étrangère la plaquer contre l'arcade torsadée de la porte. Elle fut saisie d'angoisse pendant un instant avant de retrouver sa bonne humeur lorsqu'elle s'aperçut de l'identité de la personne.

- Salut, Granger.

- Malefoy, salua-t-elle sans se départir de son sourire.

- C'est de me voir qui te rend si heureuse… ?

- Oui, Malefoy. C'est surtout te voir furieux qui me ravit…

Il la colla plus durement à la colonne de pierre.

- Qui a dit que j'étais furieux ?

- Ton plan a complètement échoué. En fait, tu as amélioré toute ma vie… Et je t'en suis vraiment reconnaissante…

- De quoi tu parles, pauvre gourde ?

- De ton lancement de rumeur à propos de Liam et d'Oksana…

Ses yeux se froncèrent, comme s'il ne comprenait pas où elle voulait en venir.

- Je ne sais pas de quoi tu parles.

- Arrête de mentir, je sais déjà tout. Liam n'est pas avec Oksana, même si apparemment, elle commence à en avoir réellement envie. Tu lui diras que la jalousie ne lui va pas au teint.

Malefoy s'éloigna quelque peu d'elle, un sourire triomphant sur le visage.

- En fait, c'est toi qui ne sais pas de quoi tu parles, Grangie, se délecta-t-il. Blake s'est tapé Oksana le soir du bal.

- Tu mens, et tu sais pourquoi tes paroles ne sont que du flan, pour moi ? Parce que si c'était vrai, tu t'en serais vanté bien plus tôt… !

- Tu es vraiment stupide, pas vrai ? Quand crois-tu que je sois revenu, Granger ?

Le sourire d'Hermione se figea.

- Je suis revenu vendredi soir… J'ai appris la bonne nouvelle hier soir. Tire-en des conclusions plus logiques. Mais oui, tu as raison, c'est moi qui ai demandé à Oksana de le faire. Et elle est toujours là pour me faire plaisir…Réfléchis, Granger. Qui dirait non à une beauté pareille ? Et que crois-tu ? Qu'il t'apprécie pour ce que tu es, que cela lui suffit ? C'est un gars. Peut-être que tu lui plais, c'est vrai, après tout, tous les gouts sont dans la nature… Mais en tout cas, que tu lui plaises ou non, il n'a pas refusé de tirer un coup avec la femme la plus bonne de tout Poudlard. Et ça, ma chère sang-de-bourbe, ce n'est que la stricte vérité.

La bouche d'Hermione se tordit à nouveau dans un rictus crispé.

- Continue d'essayer de m'empoisonner, Malefoy. Je ne te crois pas. Je ne vois même pas pourquoi tu viens te fatiguer : comment veux-tu que je crois à tes paroles plutôt qu'à celles de Liam ? Tu n'es qu'un abominable menteur, manipulateur… Et très franchement, je pense bien que tu es désespéré au point d'inventer des salades pareilles, juste pour essayer de faire davantage de mal. C'est peine perdue.

- Vous deux !, interpella une voix sévère. Séparez-vous immédiatement, voyons ! C'est une école, pas une maison close !

Madame Pince.

- Tant que je vous tiens, monsieur Malefoy : n'oubliez pas de rapporter l'ouvrage, mercredi. Miss Granger dit en avoir grand besoin… Ce que je ne comprends pas, c'est si vous êtes tous les deux si proches, pourquoi ne vous le partagez-vous pas ?

Elle n'attendit même pas de réponse et continua à faire claquer ses talons jusqu'à disparaitre au détour d'un couloir. Les yeux de Malefoy se teintèrent de tons orageux… Pourtant, il esquissa un grand sourire avant de se mettre à ricaner…

Hermione ne parvenait plus à respirer depuis quelques instants.

- Granger, Granger, Granger… Alors comme ça on fait des recherches… Tu en as marre de me voir te contrôler à ma guise… ?

- La ferme, siffla-t-elle.

Elle était bien trop perturbée pour penser correctement. Tout ce qu'il venait de dire sur William la pétrifiait. Cela ne pouvait pas être vrai. Et pire, il venait à présent de découvrir qu'elle menait sa propre enquête à propos de sa magie douteuse. Rien n'allait plus.

- Lâche-moi, maintenant.

- Volontiers. Je ne vois pas comment t'énerver davantage, de toute façon. Et puis je n'ai pas de temps à perdre : je manque à Oksana depuis des jours maintenant… Tu te rends compte : plus d'une semaine sans connaitre de véritable homme au lit…

Il approcha significativement sa bouche de son oreille.

- Je vais arranger ça…

Elle le repoussa vivement.

- Essaye de ne pas trop penser à moi quand tu la baiseras.

Ces mots étaient-ils vraiment sortis de sa bouche… ? Malefoy semblait stupéfait. Elle eut la fierté de l'avoir fait taire pendant plus de trois secondes avant que son visage n'arbore la plus ardente des haines. D'un geste brusque, il sortit sa baguette et la planta dans la joue de la jeune sorcière.

- Qu'est-ce que tu sous-entends, saleté ? Que tu me fais envie, d'une quelconque manière ? Que tu peux rivaliser avec elle… ?

Il enfonça davantage le bout de bois dans sa peau.

- Tu n'es rien, Granger. Tu es un tout lamentable et méprisable… Et si tu prétends encore une seule fois que tu m'intéresses, je crèverais tes pauvres parents.

Sa main posée près de son visage affirmait un désir de domination et de possession qui la brûlait jusqu'au fond du ventre. Ses yeux d'un métal froid semblaient renvoyer toute sa confiance en lui et sa certitude de convaincre. La jeune fille resta muette, perdue dans le vague et cadenassant sa bouche comme le reste de sa réflexion.

Il quitta les lieux, froidement.

(1) Ab absurdo : « Par l'absurde. » Genre de raisonnement rhétorique ou mathématique consistant à prouver la fausseté d'une hypothèse en montrant qu'elle conduit nécessairement à des conséquences contradictoires ou absurdes. (Wikipédia ©)

Les reviews, c'est le bien,Alors, lecteur, ne sois pas radin.Arrête-toi quelques instants,Pour faire critique ou compliment,Une ligne suffira, même,Bien que j'en préfère des dizaines !

Yo, bitch please !

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