My Dear Sadistic Highness

Chapitre XII

Bonjour les Patacitrouilles !

Visiblement, j'ai déçu pas mal d'entre vous en ne choisissant pas un clone de Drago comme Gardien… Mais soyons réalistes cinq secondes, voulez-vous ? (LOL, ton maternaliste, bonjour : évidemment, je plaisante) – Je rappelle que la création d'un gardien demande des pensées positives et persistantes à son égard au cours de la journée ; c'est une personne ou une chose qui nous parait à même de nous protéger et donc, quelque part, il est logique de commencer la Solumancie en s'essayant avec des personnes que l'on apprécie/admire etc. Hermione, complètement novice, aurait été bien incapable d'être efficace avec des choix comme Drago, Lucius ou même Voldemort : bien sûr qu'elle y a songé, c'est Hermione après tout, et elle n'a pas le cerveau dans les chaussettes. Mais pour être sûre d'arriver à un résultat, il vaut toujours mieux commencer par faire ce qui est évident.

Je pense que le choix de Liam était optimal malgré ce que beaucoup d'entre vous ont pu dire : Hermione reste toujours dans une volonté de réaction vis-à-vis de Drago, et c'est loin d'être de la stupidité. Elle demeure subtile dans ses contre-attaques et même si elle prétend parfois à la naïveté, ses décisions ne sont pas candides pour un sou : elle sait pertinemment qu'il commence à péter un boulon et elle en profite.

Ninette : eh bien dis donc, une review tout à fait charmante ! Je suis ravie de t'avoir « époustouflée », comme tu dis ! Évidemment, je suis tout aussi contente d'apprendre que mon Drago te plait, et qu'Hermione commence à gagner ton cœur. Mon rythme de parution a l'air d'avoir pas mal de succès : je ne peux donc que m'en réjouir, en espérant que ça ne dissuadera pourtant personne de laisser des reviews quotidiennement !

Ellie : cliffhanger, bonjour ! je te remercie pour cette adorable review et je ne te fais pas attendre plus longtemps ! La suite, tout de suite !

Guest : bonjour, bonjour, jeune et sexy inconnue ! JE RIGOLE : je sais qui tu es, Khdija ! Bon j'avoue, la blague n'est pas terrible mais bon sang je suis rentrée complètement pétée hier et quand j'ai vu la review et le mp dans ma boite mail, j'étais genre « whaaaat… ? » devant mon écran. Je ne comprenais pas pourquoi j'avais le commentaire en double, tu sais ! En tout cas, je te remercie d'avoir pris le temps de laisser une review ! Effectivement, le livre Hindar sort totalement de mon imagination, ainsi que les techniques oniromanciennes qui en découlent, je suis donc très heureuse qu'il te plaise ! Merci aussi pour Luna, comme je l'ai déjà dit, ce caractère est un délice à l'écriture. Quant aux hypothèses que tu as émises, elles resteront sans réponse, hahaha ! Suspens avant tout !

Lati : merci pour la review ! Et pour le coup des gardiens, et bien, pour résumer ce que j'ai dit dans ma note de haut de chapitre et te répondre en même temps, moi je pense que tout ça c'est un mal pour un bien ! =D

Vera Bennett : merci pour cette très belle review, Vera ! Un peu désolée d'apprendre que tu n'aimes pas trop Liam, mais peut-être cela s'arrangera-t-il avec les autres chapitres ? Quant aux suppositions, je vais te dire la même chose que j'ai dit à Khdija, et que je dis d'ailleurs à tous les revieweurs : SUSPENS avant tout !

LittleRock14 : Haha ! Ok, mon rythme de publication est définitivement génial, apparemment. Eh ! J'ai le droit de fanfaronner ! Par contre, je suis un peu surprise, tu n'avais pas l'air d'être sûre que le collier était un cadeau de Drago auparavant ? Qu'est-ce qui te faisait douter ?

Malawiwi : merci, merci, merci, c'est trop d'honneur ! Ah oui, effectivement, je mets du temps avant que qui que ce soit ne passe à la casserole ! Après tout, il faut instaurer un minimum de cohérence tout de même x) ! En tout cas, ta review m'a fait très plaisir, alors merci encore =) !

Callipsae : Là, je suis de plus en plus surprise ! Vous êtes donc plusieurs à être à présent « sûres » que le collier est bien un cadeau de Drago : mais pourquoi en douter ? Je suis un peu curieuse. En tout cas, ta review est assez juste sur l'intrigue, et tu m'en vois ravie ! =D Merci !

Btina : que d'enthousiasme ! je suis conquise ! Merci beaucoup pour cette review et je ne me fais pas plus attendre : la suite dans quelques lignes !

Bref, merci à tous les revieweurs et tout de suite, la suite ! Très bonne lecture à tous !

One last thing before I shuffle off the planet :I will be the one to make you crawl.So I came down to wish you an unhappy birthday.Someone call the ambulance, there's gonna be an accident.

I'm coming up on infra-red,There is no running that can hide youCause I can see in the darkI'm coming up on infra-red,Forget your running, I will find you.

One more thing before we start the final face off :I will be the one to watch you fall.So I came down to crash and burn your beggars banquet.Someone call the ambulance, there's gonna be an accident

Infra-Red – Placebo

Chapitre XII

Exorcisme.

Un petit mot plein de terreur pour les moldus, une vaste fumisterie pour Hermione Granger. Le but était effectivement de faire sortir la moindre magie du pendentif, si ce dernier en possédait une quelconque trace. Le rituel était plutôt demandeur : il fallait une planche de Harmpher, retracer des triangles de Reuleaux (1) entrecoupés avec de la cire cendrée, et poser au centre l'objet envouté. Ensuite s'ensuivait la lecture ordinale des runes placées dans chacune des courbes orbi-formes [*]. Un vrai casse-tête. Autant dire qu'elle était plutôt chanceuse qu'il ne s'agisse que d'un petit pendentif et non pas d'un pachyderme ensorcelé. En même temps, quel mangemort lui aurait envoyé un pachyderme ensorcelé comme cadeau de Noël… Hermione Granger se donna un coup de baguette sur la tête. Il n'était pas l'heure de songer à de pareilles sottises.

Selon l'ouvrage qu'elle tenait entre les mains, il fallait être au moins deux pour réaliser ce sort. Elle n'avait pas encore réfléchi à qui embrigader dans un tel rituel mais elle savait qu'il fallait qu'elle y songe précautionneusement. D'abord, la personne à qui elle demanderait ferait évidemment partie de son cercle d'amis. Le choix se porterait donc sur : Ginny, Luna, Harry ou Ronald…

Ronald. Elle gloussa nerveusement. Le voir exécuter un rituel d'exorcisme ? N'importe quoi. Mais ce n'était pas le moment de se distraire. Le fait est qu'elle n'avait encore parlé de ce présent anonyme à aucun d'entre eux. Elle savait qu'il fallait s'attendre à de longues remontrances : Pourquoi ne nous en as-tu pas parlé avant ? Cela aurait pu être très dangereux ! Pense à ce que dirait MacGonagall/Dumbledore/Maugrey ! Ce fichu collier peut provenir de n'importe qui ! Tu aurais pu mourir… Et compagnie. Et malgré le fait qu'à leur place, elle ne se serait pas privée de faire de tels reproches, les imaginer le faire l'exaspérait par avance.

Quoi qu'il advienne, elle devait leur en parler : ils devaient être au courant de ce qui se passait car après tout, cela pouvait les concerner tout autant qu'elle. C'est pourquoi elle se redressa, apporta le lourd ouvrage au bureau de Madame Pince, l'emprunta et quitta la bibliothèque. Elle devait, avant toute chose, aller en salle commune Gryffondor pour leur faire part de toutes ses explications.

Drago Malefoy pencha la tête en arrière et laissa le jet d'eau balayer son visage. D'une main lente, il vint décoiffer ses cheveux détrempés et souffla lourdement. L'eau dévalait ses membres, venant se perdre dans le canal d'évacuation en forme de rosace. Les yeux fermés, il essaya de se concentrer pour effacer les images qui venaient spontanément s'interposer à toute autre forme de réflexion : le corps d'Hermione Granger sous le sien, ses poignets entre ses doigts. Le corps d'Hermione Granger, collé contre le sien, pressé par ses propres bras. Son regard fou, angoissé, et même parfois fasciné. Ses lèvres rouges, gonflées par les baisers qu'il y apposait sans lui laisser le moindre répit. Sa voix parfois bégayante, parfois forte, ses mots tantôt timides, tantôt furieux. Les frissons qui la parcouraient toute entière.

Drago secoua la tête violemment, envoyant valser des centaines de gouttelettes sur l'habitacle de la douche. Il fallait qu'il cesse de penser à ça. Cela ne faisait que lui engendrer une frustration à en faire endêver les plus calmes.

Pourtant… Si son esprit voulait à tout prix se débarrasser de ces insolentes images, son bas-ventre n'en disait pas la même chose. Le Serpentard ouvrit les yeux et observa d'un air critique son entrejambe. Foutues hormones masculines.

Force est de reconnaitre qu'il y avait bel et bien un problème, il s'efforça quelques instants de songer à sa source. Il y avait bien une raison potentielle, mais jamais il n'aurait songé que cette dernière serait envahissante au point d'entraver sa vie quotidienne… Si ?

Non. Il était impossible que cela l'affecte jusqu'à cette extrémité. Cette petite vérité, tout de même déjà bien ancienne était la suivante : lui, Drago Malefoy, voulait Hermione Granger. Et il ne la voulait pas à moitié, il la voulait complètement. Il savait que cela faisait des années qu'il souhaitait « l'avoir », certes. Mais là, c'était différent. Il voulait la posséder, la garder pour lui seul, se l'approprier, lui en faire voir de toutes les couleurs. Et cela allait à présent bien au-delà de ces stupides histoires de sang, de pari et/ou de haine.

Comment interpréter cela ? Il n'était pas assez niais pour se prétendre amoureux, ça c'était une certitude. Non… il était juste extatique à l'idée de susciter plus que de la haine chez elle. L'idée nouvelle qu'elle puisse le voir sous différents angles ne s'avérait pas si mauvaise lorsque l'on y songeait plus longuement. Bien sûr, il avait déjà remarqué qu'il parvenait à provoquer chez elle des sentiments bien contradictoires. Si de manière générale –et tout comme lui- le sentiment subsidiaire était la haine, il avait pu observer qu'à certains moments, elle le voulait aussi.

Rien que d'y penser, il frissonna. Et quelle était cette lueur qu'il avait parfois entraperçue dans ses yeux ? De l'inquiétude à son égard ? De la surprise, aussi, de l'appréhension. Autre chose que de la simple peur, que de la simple haine… Une impression autre que leur aversion originelle.

D'autres sensations, d'autres émotions. Un panel entier qu'il ne pouvait s'empêcher de vouloir découvrir.

Ses mains vinrent se crisper sur l'émail mouillé devant lui : malheureusement, il y avait de nombreuses barrières à tout ça. La première ? Il était en passe de devenir mangemort, et elle de devenir l'une des sous-fifres du vieux fou. Il y avait comme une petite contradiction dans tout ça. Secondement ? Les cercles amicaux et familiaux, si jamais ils devaient être mis au courant –et ce serait fortuitement, car jamais il n'irait l'ébruiter de lui-même -, seraient en crise systémique. Autant elle que lui en prendrait pour son grade. Tout ça pour une pauvre partie de baise. Bref, le départ n'était pas des plus prometteurs.

Et enfin, l'ultime et non moins vertigineuse barrière : elle ne se laisserait jamais faire. Contrairement à lui, qui se laissait le plus souvent porter par le courant malgré ce qu'on pouvait penser, elle luttait à corps perdu dès qu'une idée lui semblait même superficiellement immorale.

Il faudrait plus que quelques baisers pour la convaincre d'aller jusqu'au bout : il en avait fait la frustrante expérience plusieurs fois déjà. Et comment aurait-il pu s'y prendre pour la persuader du bien fondé de ses intentions charnelles ?

Un sourire vint poindre sur son visage. La bonne plaisanterie. Pourquoi se posait-il des questions pareilles, nom d'une chouette. Il était Drago Malefoy : il parvenait à ses fins. Et personne n'avait besoin de savoir !

Un détail le perturbait, pourtant. Pourquoi ne portait-elle plus le pendentif qu'il lui avait offert ?

Elle ne l'avait plus : elle l'avait retiré. Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Son geste avait-il une signification, ou l'avait-elle simplement retiré puis oublié de le remettre ? L'avait-elle perdu ? N'en voulait-elle plus ?

Drago se laissa tomber en arrière contre le carrelage froid, las de penser à des futilités pareilles. Il aurait dû, encore une fois, s'en foutre éperdument. Et comme pour toutes ces nouvelles petites choses qui venaient lui gâcher le quotidien, ce n'était pas le cas. Il ne s'en fichait pas ou plutôt il ne parvenait pas, voire plus, à s'en ficher. Le fait qu'elle ne le porte plus le vexait presque. Bien sûr, elle devait avoir ses raisons, mais ne les connaissant pas, il ne pouvait qu'en imaginer un bouquet ridicule. Il la voyait, là devant lui, en train d'énumérer ces dernières :

« En fait, il ne me plait plus. Je le trouve stupide, et ridicule. Et puis de toute manière Liam m'a offert un bracelet bien plus joli ! »« La dernière fois, je l'ai fait tomber dans le lac sans faire exprès et le calamar l'a emporté au fond avec l'un de ses tentacules. »« Mon chat l'a mangé. »« Ginny le trouvait beau, du coup je lui ai donné ! »« Je l'ai revendu pour m'acheter la collection des encyclopédies runiques de l'an X »

Drago secoua la tête de droite à gauche une nouvelle fois, se trouvant particulièrement pathétique pour l'une des premières fois de son existence. Cela faisait tout drôle. En tout cas, il ne pouvait rien lui demander. Pourquoi ? Mais parce que c'était bien trop suspect, pardi. Déjà qu'il n'avait pas vraiment été prudent à bien y regarder : y jeter des coups d'œil constamment, y faire allusion ou encore lui arracher la dernière fois. S'il posait une énième question, c'en était fini du mystère.

Oh et comment justifierait-il son acte complètement insensé ? Oh, rien de bien important, il passait par là, l'avait vu dans la vitrine et comme il avait toujours été le plus grand fan de Granger, il le lui avait acheté pour la modique somme d'environ deux-cent gallions : aucun problème. Elle ne verrait absolument aucune anguille sous roche là-dessous et tout finirait bien, comme chacune des aventures qui rythmaient sa superbe vie.

Non, il ne fallait jamais qu'elle apprenne qu'il était l'auteur de ce présent.

Pourtant, il avait une mauvaise intuition à ce propos : comme si, d'une certaine manière, il se passait des choses qui remettaient tout en question au sujet du pendentif. C'est curieusement déterminé qu'il sortit de la douche, s'enveloppa d'un peignoir et se décida brusquement à aller rendre visite à la Gryffondor.

Lorsqu'il ouvrit la porte de sa chambre et que ses yeux ne rencontrèrent que le vide, il ne put empêcher son regard de balayer la pièce. Certes, il était un peu intrusif, mais elle en avait fait autant de son côté après tout ! Et puis, depuis quand avait-il des sursauts de conscience ?

Putain.

Il pénétra donc dans sa chambre, remarquant presque immédiatement que toute la pièce était emplie de son odeur si caractéristique. Un peu à la manière d'un détraqué, il se surprit à respirer à longues goulées, avant de se donner un coup de fouet mental et de se reprendre. Sur sa petite table se trouvait son exemplaire de l'Histoire de Poudlard ainsi qu'une carafe d'eau à moitié vide. C'est surtout le petit tiroir qui se trouvait en dessous qui l'intéressait.

D'accord, peut-être bien qu'il poussait le vice de l'intrusion un peu trop loin, mais après tout… Il se consola de plus belle en se répétant qu'elle aussi avait fouillé dans ses affaires. Ses doigts vinrent alors trouver l'anse du tiroir et tirèrent légèrement. Et là, abracadabra, le coffret brun se trouvait juste ici. Cela l'incita à ouvrir davantage le tiroir. Sa paume vint s'enquérir du coffret et il l'ouvrit, comme pour vérifier que le pendentif se trouvait bien là, même s'il en avait d'ores et déjà la certitude.

Et il l'était, plus brillant que jamais, reposant doucement sur le velours marron du fond de l'écrin. Mais pourquoi diable l'avait-elle retiré, pour commencer ? C'est au moment où il allait cesser sa curiosité mal placée qu'il crut lire Chiffes & Harper's au fond du tiroir. Cela n'avait pas de sens, pourquoi aurait-elle écrit ce nom dans le tiroir de sa table de nuit : elle ne pouvait en plus pas le connaitre puisqu'elle ne savait pas qui lui avait offert le cadeau et à fortiori où il avait été acheté. De plus, il savait de source sûre qu'elle ne s'était jamais rendue dans l'Édimbourg sorcier. Le cœur du Serpentard se mit à battre un peu plus vite. A mieux y regarder, il se rendit compte qu'il s'agissait d'un bout de parchemin qu'il s'empressa de prendre et de lire.

[…] Je vous recontacte au sujet de Chiffes & Harper's à Édimbourg. J'ai pu demander à Magda qui était le destinateur de votre pendentif. Malheureusement, cette dernière refuse de me communiquer le nom du client, sous réserve de la confidentialité de ses acheteurs. Vous comprendrez qu'une telle marque de prudence entre commerçants n'est pas anodine : votre acheteur appartient probablement à une famille peu recommandable ou à un clan dangereux. […]

Drago eut un tic nerveux. Par les valeureux guerriers du Valhöll, elle enquêtait au sujet du pendentif ! Comment était-ce possible ?

Il essaya de se raisonner : c'était logique. Elle ne connaissait pas le destinateur du cadeau et ne devait probablement pas être habituée à ce genre de présent, d'une haute qualité. Quand elle avait dû enfin comprendre que ce cancrelat de Blake n'était pas l'admirateur de ses rêves, elle avait dû se mettre à rechercher activement qui était l'auteur du cadeau. Les filles étaient ainsi faites, il était impossible de les satisfaire sans qu'elles ne cherchent par la suite à savoir l'intégralité des procédés employés à cette fin. Et elle demandait à la vieille pie de Pré-Au-Lard de se renseigner pour elle.

Ah, si elle prolongeait cette correspondance, il était perdu ! En aucun cas il ne fallait qu'elle apprenne quoi que ce soit au sujet du pendentif, sinon, c'en était fini de lui.

C'est ainsi qu'il se retrouva, à trois heures de l'après midi, à voler vers Pré-Au-Lard sur son balai pour s'assurer que jamais Hermione Granger ne découvre qu'il lui arrivait d'être un homme généreux.

- Je ne comprends pas pourquoi tu n'es pas venue nous en parler avant, finit par dire Harry, l'air soucieux.

- C'est vrai, ça aurait pu être vraiment dangereux pour toi, Hermione, renchérit Ginny avant d'échanger un regard entendu avec son nouveau cher et tendre.

Ronald lui choisit de garder le silence. Il avait un peu l'air renfrogné, mais rien de bien méchant.

- Je sais, je sais. Mais je viens vous en parler maintenant et il faut que l'on règle ce problème au plus vite.

- Je suis d'accord, agréa la rousse. Je veux bien t'aider pour le rituel.

- Ce n'est pas dangereux au moins ?, s'enquit soudainement Ron.

- Non, ne t'inquiète pas. J'ai veillé à choisir un sort qui nous permettra de garder nos têtes sur nos corps…, plaisanta Hermione dans le but de détendre l'atmosphère.

Ce fut un échec grandiloquent pendant une dizaine de secondes gênées, jusqu'à ce que Ronald ajoute :

- Tu ne m'en voudras pas de m'inquiéter, Hermione… Mais la dernière fois que tu as fait une recherche pareille, tu t'es retrouvée à l'infirmerie avec du pelage et une queue, lui rappela-il.

Il y eut à nouveau un blanc jusqu'à ce que Ron étouffe un rire, suivi par tous les autres. Cela finit par déraper en un fou rire général, probablement complètement insensé vu de l'extérieur, mais réellement libérateur.

Le petit groupe discuta pendant encore une vingtaine de minutes avant que Hermione et Ginny ne se décident à partir pour faire les achats nécessaires à leur rituel.

La question était comment allaient-elles se procurer une planche de Harmpher ? Tout d'abord, il fallait descendre au plus vite à Pré-Au-Lard. Il faudrait aussi acheter de la cire cendrée car ni l'une ni l'autre n'en possédait. Et comment savoir quelle taille de planche acheter ? Comment savoir si les runes seraient les bonnes ? Un vrai casse-tête. Heureusement, Hermione avait miniaturisé l'ouvrage et le portait au fond de son sac. Si jamais elles étaient prises d'un doute, il leur suffirait de jeter à nouveau un coup d'œil au chapitre concerné.

Qui plus-est se posait aussi le problème de l'argent. Hermione n'allait tout de même pas faire payer Ginny, d'autant plus que la famille Weasley n'avait aucun Gallion à dépenser dans une telle entreprise. De ce fait, Hermione espérait réellement que cela ne la ruinerait pas…

C'est le pas pressé qu'elles traversèrent le cloitre de Poudlard, ce dernier menant au pont… Lui-même conduisant à la longue pente descendant jusqu'à Pré-au-Lard. Elles n'avaient plus qu'à prier pour que les magasins qui les intéressaient soient ouverts. Si ce n'était pas le cas, autant dire adieu à l'expérience. Leurs pieds dérapaient un peu sur les graviers du sentier menant au village. Quelques-fois, elles manquèrent même de se rompre le cou. Cela finit à nouveau en crises de rire lorsque Ginny faillit faire un vol-plané.

La météo n'était pas géniale, le ciel ne proposant en effet qu'un pauvre crachin désespérant. Pourtant la journée était plaisante aux yeux d'Hermione et à aucun moment elle ne songea qu'il manquait du soleil…

Lorsqu'elles pénétrèrent dans Pré-au-Lard, elles se dirigèrent directement vers l'Apothicaire. La boutique était coincée entre deux bâtiments sinistres et il semblait qu'elle n'aurait pas tenu sans eux tant elle était asymétrique. Hermione se demanda pourquoi elle n'y avait jamais prêté attention auparavant. Elle était pourtant obligée de passer devant lorsqu'elle se rendait chez Madame Griffith. La boutique était surplombée d'une pancarte battante en bois mort où était gravé son nom : Atharvaveda (2). En dessous de ce dernier s'improvisait le slogan du magasin, comme pour toutes les autres pancartes du village : Uti, non abuti (3).

Lorsqu'elles entrèrent, une lourde odeur de camphre vint saisir leurs narines. Hermione n'était jamais venue chercher quoi que ce soit ici et c'est les yeux écarquillés qu'elle découvrit l'intérieur de la minuscule boutique. Ce qu'il fallait préciser avant tout, c'est que l'endroit était des plus exigus. D'abord, il n'y avait qu'un petit passage pour se rendre jusqu'à la caisse et il fallait prier Merlin pour ne rien renverser en passant. Ensuite, les étagères croulaient sous les flacons, les bocaux, les pots, les herbes, les objets magiques et même quelques livres répandus ça et là. Des plumes émergeaient de certains tiroirs, l'un des présentoirs croulait sous les coquillages, étiquetés Tridacne, Strombe, Rostellaire, Térébelle, Cérithe…

Sur le comptoir était écrit en majuscules énormes « ZYGÈNE DE LA FILIPENDULE » (4), et sur ce dernier était posé une espèce d'aquarium rondouillet dans lequel se prélassait un mollusque effrayant. La créature était une sorte de croisement entre une étoile de mer géante et une araignée affreuse. La bestiole avait cinq grands bras, flasques et n'avait pas l'air commode. En dessous était barré : Ophiure Épineuse, et en dessous encore était amoureusement écrit Bibi. Hermione en déduisit rapidement que l'horreur flottant dans l'eau était le ou la prénommée Bibi.

Sous les piles de parchemins usés se tenait un coffret de verre empli d'insectes bizarres dont l'étiquette indiquait « notonectes séchés ». Sous ce dernier roulait une éprouvette remplie de poudre blanche intitulée « Poudre de Nimbo-stratus ». Et en dessous de tout ça, il y avait une boite de chocolat grande ouverte dont la date de péremption devait dater d'avant la naissance de Ginny vu la poussière accumulée entre les confiseries.

C'était un capharnaüm exceptionnel, indescriptible. On aurait pu passer des heures à détailler chacun des recoins de la boutique…

Au dessus de l'une des vitrines, un portant disposait de divers coutelas et épées, dont l'une avait la lame particulièrement ondulée. Ginny la regarda un peu trop longtemps et une voix, comme venue d'une quelconque cave, annonça :

- La flambe est à neuf gallions pièce, nous n'avons plus de pervenche, et l'adorable ophiure n'est pas à vendre !

Une minuscule silhouette apparut derrière la caisse enregistreuse, cette dernière datant probablement de l'an quarante. C'était un tout petit monsieur, tout ridé, avec d'énormes lunettes ovales qui lui mangeaient le visage. Son énorme nez rond et son grand sourire le rendait très sympathique et somme toute, d'apparence assez inoffensive. Malgré tout, dans ce décor abracadabrant, il avait l'air un peu fou. Surtout lorsqu'il caressa amoureusement l'aquarium évoqué précédemment.

- Jonas Pirenelli pour vous servir, mes jolies colombes !

Les deux jeunes filles s'échangèrent un regard un peu abasourdi avant de reprendre leurs esprits. C'est Hermione qui retrouva ses sens la première :

- Bonjour, Mr Pirenelli, salua-t-elle poliment. Je voudrais savoir si vous vendiez de la cire cendrée et également si vous aviez des planches de Harmpher… ?

Le petit vieil homme la regarda par-dessus ses lunettes en écarquillant ses yeux ronds.

- Oh, oh ! On prépare un rituel d'exorcisme, à ce que je vois ! Avec le Sigillum Dei Aemeth (5) ou les Triangles de Reuleaux ?

- Les Triangles de Re-

- Je vais vous chercher ça immédiatement, ne bougez pas, j'arrive !

Pour une personne d'un âge avancé, il restait très dynamique. Les deux Gryffondors attendirent patiemment pendant deux ou trois minutes, puis le vieillard revint et posa une pile de planches sur le comptoir. Il n'avait pas l'air d'en avoir fini car il repartit dans son arrière-boutique en faisant sonner les dizaines de carillons suspendus au plafond. Quand il revint à nouveau, il posa un petit coffret jaune pissenlit au dessus de toutes les planches de bois.

- Alors !, débuta-t-il énergiquement. Voilà votre cire cendrée, vous en avez assez pour vingt rituels, au moins ! Cela fera une mornille et vingt noises.

Hermione compta ses pièces quelques instants avant de les tendre au dessus du comptoir au petit monsieur. Il ne prit pas la peine de recompter et les jeta en travers de son tiroir caisse sans y prêter davantage d'attention.

- Maintenant, passons aux choses sérieuses ! Les planches de Harmpher ! Alors, hêtre, orme, ébène ?

Les deux sorcières se regardèrent, un peu perdues.

- Ça change quelque chose au rituel ?, s'enquit Ginny, un peu déboussolée.

- Bien, comme vous pouvez le constater, les planches n'ont pas toutes les mêmes tailles, ni les mêmes inscriptions.

Il prit la plus haute de la pile et souffla dessus pour la débarrasser de sa poussière et de sa sciure. Cela créa un nuage assez gênant qui le fit éternuer à plusieurs reprises.

- Je n'irais pas jusqu'à dire que le choix est aussi important que pour l'achat d'une baguette, ce serait voler la réplique à Ollivander…, expliqua-t-il. Cependant, il vous faut choisir votre planche en fonction de l'objet que vous souhaitez exorciser...

- C'est un bijou, finit par dire Hermione. Un petit pendentif.

Le vieillard posa les yeux sur elle et resta silencieux pendant quelques instants, apparemment plongé dans ses pensées.

- Pour un bijou…, marmonna-t-il, en pleine réflexion. En métal ?

- Un alliage, oui.

- Un alliage…, répéta-t-il encore. Je pense que le teck sera parfait, dans ce cas là.

Il se hissa sur un petit tabouret et tira une planche au beau milieu de la pile. Évidemment ce qui devait arriver, arriva, et patatras, tout s'écroula !

- Nom d'une chouette, vous allez bien ?, s'affola un peu Hermione alors que Ginny explosait de rire le plus silencieusement possible.

Il y eut un marmonnement incompréhensible et le petit monsieur émergea du tas de planches, les lunettes de travers.

- Tout va bien ! Cela arrive plus régulièrement que vous ne l'imaginez, mes tourterelles !

Ginny, rouge tomate, essaya tant bien que mal de cacher son visage avec ses cheveux mais les tressautements de ses épaules la trahissaient quoi qu'il advienne.

- Bon. La voilà, finit par dire le vendeur en s'époussetant le veston d'une main et posant la planche de l'autre sur le comptoir. Vous savez comment la planche marche ?

- Il faut retracer les triang-

- … les triangles de Reuleaux à la cire, et lire les inscriptions. Bravo, vous avez tout juste, vingt sur vingt, trente points pour vous !, énuméra-t-il avec célérité avant d'éternuer une fois de plus.

Ginny repartit dans une crise de fou rire incontrôlable, ce qui aurait presque embarrassé Hermione si elle n'avait pas été elle-même sur le point d'éclater d'un rire impoli.

- C'est quinze mornilles mais puisque vous êtes d'humeur légère, je vous la cède pour dix !

Hermione posa donc les dix mornilles sur le comptoir en remerciant chaudement l'Apothicaire et les deux sorcières finirent par s'extirper de la boutique et exploser de rire de concert.

Il sauta du balai un mètre avant l'arrêt de ce dernier, et se pressa jusqu'à l'entrée du magasin. Un carillon résonna lorsqu'il poussa la porte de la boutique et il pénétra à l'intérieur sans plus de cérémonies. En face de lui, Madame Griffith leva les yeux derrière ses lunettes : elle faisait probablement les comptes.

Lorsqu'elle s'aperçut de l'identité de la personne lui faisant face, elle en lâcha presque sa plume. Sa bouche eut un tic de nervosité et elle retira ses lunettes posément pour se rendre contenance.

- Bonjour, que puis-je faire pour vous, Mr Malefoy ?

Drago balaya la boutique des yeux pour s'assurer qu'aucune personne n'était présente, et surtout pas Granger, avant de s'approcher du comptoir, les yeux pleins d'une ire incontestable.

- Je sais que vous êtes en correspondance avec Magdalena Harper.

Les yeux de Madame Griffith s'arrondirent sous le coup de la surprise. Médusée par cette révélation, elle ne parvint pas à formuler une réponse.

- J'aimerais que cela cesse, intervint-il de nouveau. J'ai eu vent des clabaudages et des indiscrétions…

- C'est vous, affirma subitement la sorcière mature. Je m'en doutais déjà…

Le Serpentard imaginait le pire.

- C'est moi, quoi ?

- Vous lui avez offert ce collier envouté et maintenant vous venez me menacer…

- Envouté ?

- Ne l'est-il pas ?!, le défia-t-elle d'une voix claire.

Drago plissa les yeux, circonspect. Mais de quoi parlait-elle, bon sang ?

- Encore l'un de vos pernicieux mauvais coups, ne put s'empêcher de murmurer Madame Griffith. Les Serpentards sont tous les mêmes. Ils feignent le meilleur et ne remercient que par le dégout.

Quelles étaient ces nouvelles sornettes ? Il décida de ne pas s'attarder sur son talent d'investigatrice sans la moindre envergure et se pencha vers elle, le regard toujours plus inquiétant.

- Mêlez-vous de vos chiffes, la vieille. Mais si elle apprend que c'est moi qui lui ai offert le pendentif, c'est vous qui en paierez les conséquences.

- Pourquoi lui faites-vous du mal ?!, persiffla-t-elle, prête à prendre la défense de la jeune sorcière.

- Je ne lui fais aucun mal, vieille folle !, finit par protester Drago d'une voix intraitable, sans faire grand cas de sa mauvaise foi.

Ses yeux se faisaient de plus en plus ombrageux à mesure que Madame Griffith lui tenaient ses propos.

- Le collier n'est pas ensorcelé !

La sorcière d'âge mûr le fixa alors sans comprendre. Que voulait-il dire au juste ?

- Pourquoi les mangemorts n'auraient-ils pas ensorcelé le collier, si leur but était de l'envoyer à une née-moldue ? Ça n'a pas de sens.

Évidemment, si on prenait le problème sous cet angle.

- Ce ne sont pas les mangemorts qui l'ont envoyé, c'est moi. Fin de la discussion.

- Mais vous, vous êtes un…

- Non, la coupa-t-il froidement.

- Mais alors pourquoi…

- Ça suffit !, interrompit finalement Drago, le ton glacial. Cela ne vous regarde pas, mêlez vous de vos affaires !

Les yeux de Madame Griffith le fixaient avec la plus grande des incompréhensions, jusqu'à ce qu'enfin, ils finissent par s'éclairer d'une lumière de certitude.

- Vous l'aimez.

Drago fut cloué au sol par ses mots. Il ne put que la regarder, l'air horrifié par ce qu'elle venait de dire. Son visage stupéfait aurait presque été comique si les circonstances n'avaient pas été aussi sérieuses… et improbables.

Se passa un temps incommensurable durant lequel le Serpentard tenta vainement de mobiliser sa force de parole pour lui rétorquer une phrase bien sentie. Madame Griffith soupira après une bonne minute et contourna son comptoir pour s'approcher de lui. Presque maternelle, elle posa ses mains sur ses épaules.

- Ce n'est pas grave.

Et dans cette phrase pleine d'orgue, on pouvait presque sentir peser le poids du passé, comme si ses mots s'adressaient à une autre personne, à un fantôme disparu. Il s'agissait pourtant des mots qu'il avait besoin d'entendre, avait pensé la sorcière, c'était les mots qui lui avaient manqué, durant toutes ces années…

- Vous en avez le droit.

Le Serpentard lui faisait toujours face, ébahi. Comme elle s'y attendait, son visage finit par se durcir et il se dégagea sèchement de son étreinte.

- Ne lui dites pas que c'est moi, finit-il par dire froidement avant de disparaitre de la boutique.

Les mains encore suspendues à l'endroit où il s'était trouvé, quelques secondes auparavant, la sorcière souffla et laissa ses doigts se crisper sur le vide. Doucement, ses bras vinrent rejoindre ses flancs et elle s'autorisa à penser que ses mots avaient eu un effet sur lui.

- Mais quel phénomène, j'hallucine !, s'exclama Ginny, toujours un peu rouge.

- Franchement, tu n'étais pas d'une grande aide, j'ai cru que j'allais m'étouffer…, rétorqua Hermione, échevelée.

- En tout cas, il était vraiment sympathique…

Hermione acquiesça et jeta un coup d'œil à la boutique à une vingtaine de mètres de là. Apparut soudainement une silhouette familière, un balai en main. La jeune Gryffondor sentit ses entrailles se tordre un peu : Drago Malefoy.

Il ne les avait pas encore vues et paraissait perturbé par quelque chose. Sa main allait et venait dans sa chevelure flavescente, faisant partir ses mèches n'importe comment : il essayait probablement de se calmer par ce geste. Quand il leva enfin les yeux et qu'il les aperçut, elle crut voir passer sur son visage une lueur de stupéfaction. Cette dernière, si elle ne l'avait pas imaginée, n'avait investi ses traits que furtivement. Lorsqu'il arriva à leur hauteur, son regard était aussi froid et sombre qu'à l'accoutumée. Hermione crut toutefois déceler dans ses yeux une sorte de lueur de panique persistante. Sa supposition se confirma lorsqu'il ouvrit la bouche pour cracher durement :

- Qu'est-ce que tu fous là, Granger ?

Il n'y avait qu'une seule et unique raison pour qu'il soit aussi vipérin : il était nerveux. Pourquoi ? C'était un grand mystère. Peut-être venait-il de tuer quelqu'un ? Cela n'aurait pas été si étonnant, quand on y songeait plus longuement. Il avait en tout cas le visage de quelqu'un qui venait de commettre l'irréparable.

- Je ne vois vraiment pas en quoi cela te concerne, Malefoy, cingla-t-elle en s'armant d'un sourire solide.

Elle ne se laisserait pas intimider alors qu'il était en position flagrante de faiblesse : surtout devant Ginny qui, elle le savait, s'empresserait certainement d'aller raconter cette incartade à Harry.

Il esquissa une sorte de grimace et les contourna sans ajouter le moindre mot.

- Eh bien ça alors ! Je n'irais pas jusqu'à dire que ta phrase était nulle, mais de là à obtenir une telle réaction pour une pareille platitude.

- Je te remercie, Ginny, fit remarquer Hermione, l'œil morne.

- Non, mais avoue ! Ce que je veux dire, c'est qu'il n'a fait aucune vanne, qu'il ne nous a même pas insultées ! Hermione, imagine-toi qu'en six ans, c'est la première fois qu'il me croise et qu'il m'ignore. D'habitude, j'ai au moins droit à un regard haineux ou méprisant.

Les yeux de Ginny s'éclairèrent.

- Il ne regardait que toi, murmura-t-elle.

- Je ne veux pas te décevoir, Ginny, mais de nous deux, c'est effectivement moi qui possède le monopole de la victimisation chez Drago Malefoy.

La rousse haussa les épaules, l'air de rien.

- Il ne t'a rien dit de vexant à toi non plus…, fit-elle remarquer.

Ah, oui… Effectivement, c'était curieux…

En regardant sa silhouette noire s'éloigner rapidement, son balai à la main, Hermione ne put s'empêcher de se demander d'où il venait. Là était sûrement la clé de son humeur massacrante.

- Alors…, lança énergiquement Ginny en tant qu'introduction.

La rousse s'assit en tailleur sur le sol et sortit la planche de son enveloppe de papier kraft. Hermione, quant à elle, sortit le petit pot jaune de son sac et ouvrit le tiroir de sa table de nuit afin d'en prendre le coffret. Ses doigts vinrent s'enquérir de ce dernier et elle referma le tiroir, sans plus de cérémonies. Une fois les outils en mains, elle s'assit en tailleur à son tour, en face de Ginny. Elles avaient choisi de le faire dans la chambre d'Hermione pour éviter les regards indiscrets qu'on aurait pu leur lancer dans la salle commune Gryffondor, ou même dans les dortoirs féminins. Pour éviter que Malefoy ne fasse intrusion à un mauvais moment, Hermione avait fermé la porte de sa chambre à clé, puis l'avait bloquée avec un maléfice de claustre et pour finir, avait jeté un sort d'insonorisation.

Lentement, elle dévissa le couvercle canari et le posa sur le tapis, puis, précautionneusement, elle fit glisser ses doigts dans la substance grise à l'aspect crémeux. Un peu tremblante, elle approcha ses phalanges de la planche et retraça calmement les triangles de Reuleaux. Une fois qu'elle eut exécuté sa tâche, elle passa le pot à Ginny qui commença à répéter ses gestes. En attendant, Hermione observa la planche avec davantage d'attention. Elle était effectivement en bois de teck, les triangles de Reuleaux qu'elle repassait étaient faits de fins rubans de métal, coulés dans une incurvation préalable du bois. Ces branches métalliques semblaient rouillées à certains endroits, mais ce constat s'effaça sous la cire cendrée apposée au-dessus. Sur la tranche de la planche, des entrelacs étaient gravés et du métal avait été incrusté là aussi, certainement pour mieux conduire la magie.

Ginny se frotta les mains pour faire disparaitre les derniers résidus de crème et leva les yeux vers Hermione après avoir contemplé le résultat de ses gestes.

- Je ne connais pas les runes, tu vas devoir m'aider…

Hermione acquiesça silencieusement et prit un parchemin et une plume dans son sac. Lentement, elle traduisit alors littéralement les syllabes phoniques des runes en alphabet romain.

- Nom d'une chouette, c'est du sacré charabia…, s'exclama Ginny en lisant par-dessus sa main.

- Littéralement, on pourrait traduire cela par :

Nous sommes là pour vous faire sortir. Si vous ne sortez pas, nous allons brûler. Si vous ne sortez pas, nous allons brûler. Nous sommes là pour vous faire sortir.

Montrez-vous, spectacles de magie et disparaissez sans remords. Nous allons faire preuve d'indulgence. Nous sommes là pour vous aider.

Nous sommes là pour vous faire sortir. Nous sommes là pour vous faire sortir.

Les deux sorcières se regardèrent longtemps jusqu'à laisser apparaitre un sourire résolu sur leurs visages.

- Bon. Et il faut répéter ça combien de fois ? Parce que je te préviens, je risque d'avoir des problèmes de prononciation…

- Il faut le répéter une… deux… trois fois, compta Hermione, le livre ouvert sur les genoux.

D'une main précautionneuse, elle ouvrit l'écrin, saisit le bijou, et vint le poser sur la minuscule triskèle indiquant le centre de la planche.

- Bien, dit-elle une fois qu'elle eut vérifié que tout était en ordre.

Elle enleva le livre de ses genoux pour ne pas être gênée puis tendit la main gauche au dessus de la planche. Ginny vint l'attraper et de leurs deux mains droites, elles dirigèrent leurs baguettes vers le centre de la planche.

- On y va ?, s'enquit Ginny.

- Allons-y.

Elles ouvrirent timidement la bouche et après une courte hésitation, elles se lancèrent :

Vith erum hér til ath taka thig út. Ef thú ekki fara út, vith munum brenna. Ef thú ekki fara út, vith munum brenna. Vith erum hér til ath taka thig út.

Sýna sjálfur, sýna galdra og hverfa án thess ath ithrun. Vith munum vera vægari. Vith erum hér til ath hjálpa thér út.

Vith erum hér til ath taka thig út. Vith erum hér til ath taka thig út.

Ce n'était pas des plus faciles à réciter. Malgré cela, elles s'en sortirent plutôt honorablement. Le seul problème, c'est qu'il ne se passa rien du tout. En effet, aucune étincelle ne vint neutraliser le bijou : l'arc de cire cendré s'était surélevé l'espace d'une seconde, mais il ne s'était rien produit de probant.

- C'est normal ?, demanda la rousse.

- Je ne sais pas…, murmura Hermione, un peu déconfite. On recommence ?

Ginny agréa et elles reprirent leur incantation. Ce fut un nouvel échec. Hermione reporta alors son regard sur l'ouvrage, entrouvert sur le côté, et dévala les lignes des yeux.

- S'il ne se passe rien… C'est que l'objet n'a rien…

- Tu veux dire… Qu'il n'est pas ensorcelé ?

- C'est ça.

- Mais c'est impossible, on est d'accord ?

- Théoriquement.

Hermione se retrouvait là bien embêtée. Elle n'avait pas pensé à cette éventualité. Cela la ramenait alors brutalement au problème initial. Qui lui avait offert un tel cadeau, si ce dernier n'était même pas pour l'assassiner ou pour lui faire du mal ?

- Peut-être que ça n'a pas marché, finit par dire Ginny, un peu désabusée toutefois.

- Non, nous avons suivi les étapes à la lettre, expliqua Hermione d'une voix sûre. De plus, tout s'est déroulé comme prévu, la cire cendrée s'est surélevée… Mais elle n'a rien détecté, tout simplement.

Les deux sorcières figèrent alors leurs regards sur le pendentif. Les doigts de Ginny vinrent le saisir avec douceur et le suspendirent devant leurs visages.

- Tu es bien mystérieux, petit disque.

Et dans son for-intérieur, Hermione ne put qu'agréer.

oOoOoOoOoOo

Tout bavardage, bousculade ou cri est formellement proscrit dans l'enceinte de la bibliothèque de Poudlard. Si cette règle est transgressée, des points seront retirés aux maisons des élèves concernés et une ou plusieurs heures de retenues leurs seront distribuées.

Tout bavardage, bousculade ou cri est formellement proscrit dans l'enceinte de la bibliothèque de Poudlard. Si cette règle…

William releva le poignet et le massa quelques instants pour y faire disparaitre la crampe qui tendait à s'y loger. Son regard balaya la salle de retenue et vint se poser sur le rang transversal. Quelques tables plus loin, Pansy Parkinson s'attelait à la même punition sans se priver de soupirer toutes les cinq minutes.

Elle était coincée dans une salle de retenue avec le satané Serdaigle qui s'était tapé la fille qu'elle haïssait le plus au monde, tout allait bien. Comment un pauvre gars pareil avait fait pour choper Oksana, telle était la question… Enfin, cela ne l'intéressait pas : c'était surtout la fichue blonde qu'elle détestait, et lui par procuration. Sans compter qu'il était Serdaigle, sang-mêlé si ses souvenirs étaient bons, et qu'elle l'avait vu trainer avec des Gryffondors et plus récemment Granger.

- Si tu pouvais arrêter de souffler toutes les deux secondes, le temps passerait plus vite, fit remarquer le Serdaigle sur un ton ironique.

- Si tu pouvais te taire, cela serait encore plus efficace, asséna Pansy sans même prendre la peine de se retourner vers lui.

Liam soupira à son tour, exaspéré.

- Je te ferais remarquer que si tu t'étais toi-même tue la dernière fois, on ne serait pas en train de subir une telle torture.

- Si tu regardais devant toi avant de débouler dans une allée, on ne serait pas là non plus, siffla-t-elle avant de porter son regard furieux sur lui.

- Ce n'est pas de ma faute si tu occupais tout l'espace, Parkinson.

Elle ouvrit la bouche, outrée, mais aucun son n'en sortit. Liam ne put que sourire devant sa grimace scandalisée.

- Sale con.

- Pauvre conne.

Une porte claqua derrière eux.

- Ah, vous profitez de mon absence temporaire pour utiliser un tel jargon ? Vous serez heureux d'apprendre que vous venez de gagner trois nouvelles retenues. Elles s'ajouteront aux deux autres que vous avez déjà.

Madame Pince afficha un sourire victorieux et sortit à nouveau de la salle d'étude. Les deux étudiants soupirèrent de concert avant de se fusiller du regard.

- Bravo, Blake. Tu viens de nous faire gagner une seconde fois le pactole, siffla la jeune fille.

- Ah, la ferme, Parkinson…, marmonna-t-il, suffisamment dépité pour la laisser en rajouter.

Et ainsi, la torture continua…

[…] Le dragon oriental est l'un des deux grands types de dragons et s'oppose au dragon occidental dans le sens où il n'est pas forcément « mauvais ». Il représente les forces de la nature et dès lors doit être considéré avec précaution car, comme la nature, il peut être dangereux. Différentes formes aux noms variés, existent en Asie, néanmoins de morphologie assez semblable. Le dragon chinois est le plus représentatif de tous, créature de la civilisation chinoise qui régna sur une grande partie de l'Asie. À travers les cultures orientales se retrouve la symbolique du dragon en tant que représentant de l'empereur ou du représentant du pouvoir. […] (6)

Hermione était plongée dans sa lecture. Il fallait qu'elle s'évade de toutes ses pensées pessimistes. Il était vrai que le rituel n'avait pas été probant, mais cela démontrait simplement que le pendentif n'était pas ensorcelé, ce qui s'avérait finalement être une bonne nouvelle. Le seul souci, c'était qu'elle revenait au point de départ : qui diable avait bien pu lui offrir ce présent ?

Un autre problème la tourmentait, peut-être même davantage que les autres, et ce dernier était allongé sur le canapé en face du feu de cheminée. C'était bien la première fois qu'ils étaient dans la même pièce sans se jeter à la gorge de l'autre. Depuis quelques temps, elle devait avouer que leur relation prenait une tournure vraiment étrange. Quand elle le voyait, elle n'avait plus la même sensation d'angoisse. Certes, elle conservait encore une sensation bizarre mais à présent, il s'agissait davantage d'appréhension que d'autre chose. Plus curieux encore, elle se surprenait de plus en plus souvent à l'observer, et non plus pour le surveiller mais bien pour tout simplement le regarder.

Ses épaules masculines, ses omoplates saillantes se dessinant sous ses chemises blanches immaculées, ses bras finement musclés… Et puis ses cheveux aux lueurs presque opalescentes qu'il avait laissé pousser et qui partaient dans n'importe quel sens depuis qu'il avait perdu l'affreuse habitude de les gominer. Son nez droit, finissant en pointe, ses pommettes hautes, aristocratiques. Ah et le pire et le meilleur pour la fin : le couple diabolique que formaient ses yeux et ses lèvres sur son visage. Les premiers aux teintes bleues et grises, profondes, presque abyssales parfois… Prenant de temps en temps les couleurs d'un orage furieux ou d'une averse tranquille… Sombres et clairs à la fois, glacés et brûlants… et…

Il s'éclaircit la gorge et elle sentit le sang grimper jusqu'à ses tempes. Voilà qu'elle avait recommencé, et cette fois elle avait été surprise en flagrant délit.

- Que me vaut l'honneur d'un tel reluquage, Granger ?

- Je ne te reluquais pas, se défendit-elle un peu pitoyablement.

- Si, tu me reluquais, argua-t-il, le visage impassible mais la voix moqueuse.

- Je ne te reluquais pas, j'étais juste perdue dans mes pensées, finit-elle par dire pour clore cette discussion embarrassante.

- Je n'en doute pas.

Elle reporta son regard sur son livre, mordant l'intérieur de ses joues nerveusement tout en haussant les sourcils : cette mimique gênée amusa le Serpentard qui quitta son siège pour s'approcher d'elle.

- Dis-moi, Granger… Qu'est-ce que tu lis ?

Ah misère. S'il commençait à s'intéresser à son cas, elle était dans de beaux draps, et le pire c'est qu'elle en était à moitié responsable.

- Un traité sur les dragons, répondit-elle sans trop savoir pourquoi.

Il se pencha par-dessus son épaule, la faisant frissonner. Ses mains, un peu tremblantes, lâchèrent involontairement le livre qui vint s'écraser sur la table dans un bruit mat. Rapidement, elle le rattrapa afin de récupérer un semblant de contenance, en vain. Lorsque les paumes du Serpentard vinrent se poser sur la table, l'encerclant complètement, et qu'elle commença à sentir son torse peser sur son dos, son cœur eut une violente embardée.

- Et alors… ? Qu'est-ce que ça dit… ?, la provoqua-t-il.

C'était typiquement ce à quoi elle pensait un peu plus tôt, ce genre de choses. Depuis quelques temps, sa présence la mettait mal à l'aise d'une toute autre manière. Ils avaient déjà partagé des moments physiques et sa proximité les ravivait dans sa mémoire, faisant monter du rouge à ses joues. Et le pire, c'est qu'elle ne parvenait pas à se dépêtrer d'une telle situation, non. En vérité, elle commençait doucement à comprendre que cela lui plaisait un petit peu, ce qui était, quand on y songeait, estomaquant.

- Ça… Ça dit… Le dragon… Le dragon chinois n'a ordinairement pas d'ailes, ce qui ne l'empêche pas de voler… grâce à la crête surplombant son crâne…

La table craqua un peu tandis qu'il se penchait davantage sur elle, ses doigts serrant la tranche du plateau de bois.

- Hmmm... et alors ?, murmura-t-il, l'incitant à continuer comme si de rien était.

- … Mais sa principale source de pourvoir… de pouvoir, pardon… réside dans une perle de cristal qu'il cache sous les replis de son mouton ou dans sa gorge.

- De son mouton… ?, s'enquit-il, un sourire narquois sur les lèvres.

- De son menton, se corrigea-t-elle, mortifiée.

Il décolla sa main droite du bois et vint tourner la page devant elle, afin qu'elle continue sa lecture. Sa main se reposa près de la sienne négligemment.

- … Cette perle… est souvent synonyme de bonheur, d'abondance, de sagesse ou de connaissance pour celui qui la possède.

Que faisait-elle, sans blague ? La lecture à Drago Malefoy ? Ah, la sombre plaisanterie.

- Tu ne lis plus… ?, murmura-t-il dans le creux de son oreille.

Elle frissonna de plus belle, fermant les yeux pour ne pas perdre le sens de la parole.

- J'ai… J'ai un peu mal à la gorge…, marmonna-t-elle, sans la moindre pertinence.

Sans se démonter une seule seconde, ses doigts vinrent alors caresser son cou jusqu'à la naissance de l'oreille sur laquelle il collait déjà presque ses lèvres. Son pouce effleura son menton et remonta jusqu'à se poser sur sa bouche. Elle essaya alors de calmer sa respiration tandis que son souffle se précipitait contre ses doigts, rendant encore plus flagrant à quel point elle était troublée.

Doucement, sa main dévala sa gorge et se glissa sous sa chemise pour venir s'arrêter à la naissance de sa poitrine erratique.

- Ton cœur bat bien vite…

Son nez lui chatouillait affreusement l'oreille et son souffle chaud lui brûlait la nuque. Lentement, il s'écarta et vint poser ses deux paumes sur ses épaules crispées.

- Qu'est-ce qui t'arrive, Granger… ? Tu as l'air très tendue…

Ah, le vil serpent. Ses doigts se murent lentement, s'enfonçant dans ses clavicules pour en extraire la moindre crispation. Lentement, ils vinrent presque entourer son cou, comme s'il avait l'intention de l'étrangler de la plus sordide des manières, mais il ne fit que la caresser de plus belle. Bientôt, ses avant-bras glissèrent au-dessus de sa poitrine et il l'enlaça.

Ce fut probablement le moment le plus curieux de toute sa vie. Il avait beau lui avoir tout fait auparavant, suçon, baisers tumultueux, caresses vicieuses sur la poitrine et compagnie… jamais elle n'aurait cru qu'il l'enlacerait ainsi un jour.

Encore une fois, ses lèvres se retrouvaient sur sa peau, près de sa tempe. Il avait tout le loisir de regarder son décolleté si là était son but. Elle comprit que c'était le cas lorsqu'il posa la question :

- Tu n'as plus ta babiole ?

Ses mots firent prendre une nouvelle embardée à son cœur. Non seulement il regardait ses seins, mais en plus il avait certainement tellement l'habitude de le faire qu'il remarquait l'absence de son collier. Cette idée incendia son ventre de la plus sournoise des manières.

- Je ne le porte plus…

- Une raison particulière… ?

Essayait-il de faire la conversation dans le but de rester dans cette position le plus longtemps possible ou était-il réellement curieux à ce sujet ? D'ailleurs, n'était-ce pas étrange qu'il le soit ? Tout commençait à tourbillonner furieusement dans le crâne de la Gryffondor. Certes, elle devenait probablement paranoïaque mais il avait eu ce ton nonchalant caractéristique dans la voix au moment de poser la question, et ce dernier suggérait souvent que la réponse lui importait. Alors quoi ? Curieux hasard ?

A peine quelques jours auparavant, elle soupçonnait encore qu'il s'agisse d'un cadeau des mangemorts, et aujourd'hui il lui posait cette question alors qu'elle ne l'avait plus au cou, s'en souciant presque. De plus, à Noël, elle avait découvert le cadeau sous ses yeux et il n'avait montré aucune surprise… Il avait eu d'ailleurs tout à fait l'occasion, en tant que colocataire, de glisser le paquet sous le sapin…

Mais allait-elle trop loin ? Il n'était pas encore mangemort, l'avant bras nu sous sa gorge le prouvait… Mais tout de même, elle savait bien qu'il était en passe de le devenir. Et si lui donner ce collier avait été une tâche requise pour son admission dans le cercle ?

Drago, lui, sentit que quelque chose n'allait pas dès qu'une trentaine de secondes s'était écoulée depuis qu'il avait posé la question. Il ne laissa pas son trouble apparaitre et conserva son étreinte sur elle.

- Ne me dis pas que tu t'es évanouie, Granger, plaisanta-t-il finalement au bout d'une longue minute de silence.

Sa suspicion était presque tangible tant la tension se faisait lourde dans l'air.

- Malefoy… Tu sais quelque chose au sujet de ce pendentif ?

La question vint percer le silence comme un scalpel viendrait inciser un cadavre. Drago serra les dents, son cœur s'accélérant fortement.

- Pourquoi en saurais-je quoi que ce soit ? N'est-ce pas un cadeau de Blake ?

Habile diversion. Il était probable qu'il ait posé la question juste pour savoir si elle continuait de porter des sentiments au Serdaigle. D'ailleurs, cela faisait sens pour la sorcière puisqu'il le lui avait arraché pour la punir, une fois dernière. Pourquoi aurait-il fait ça si sa mission avait été de le lui faire porter… ? Il ne l'aurait pas fait s'il n'avait pas pensé que c'était un cadeau de Liam.

- Non. Je pense que ça vient des mangemorts.

Une nouvelle bombe était lâchée. Hermione savait que s'il savait quoi que ce soit, cette spontanéité le pousserait à se trahir.

- Pourquoi diable les mangemorts t'offriraient un cadeau, Granger ? Tu ne crois pas qu'ils ont bien mieux à faire ?

Pas très malin, Malefoy, tu vaux mieux que ça.

- Ce n'est pas vrai. Quand on y pense, c'est un stratagème plutôt intelligent que d'envoyer un objet envouté sous forme de cadeau. D'autant plus lorsqu'il s'agit d'un bijou offert à une fille…

Trop prudente pour ton propre bien, Granger.

Il lui fallait retourner la situation au plus vite.

- Et donc tu penses que c'est moi qui me suis chargé de te l'apporter, Granger ?

- Je n'ai pas dit ça, le contredit-elle.

- Mais tu le penses, coupa-t-il froidement.

Drago la relâcha et s'éloigna d'elle, visiblement agacé. Elle le suivit des yeux, toujours méfiante.

- Même si c'était le cas, tu ne pourrais pas me le reprocher.

Il se retourna vers elle, l'humeur à présent virulente.

- C'est vrai, je ne pourrais pas, concéda-t-il, la voix glaciale.

Le Serpentard sentait son cœur battre à mille à l'heure : cette vérité lui faisait mal. Non seulement elle considérait son cadeau comme un présent empoisonné des mangemorts mais en plus elle l'associait directement à cette idée malsaine. Ce qui était encore plus douloureux, c'était qu'elle le soupçonnait maintenant d'être complice de l'expédition de ce cadeau, tandis qu'elle ne l'en avait jamais soupçonné avant, c'est à dire lorsque le pendentif avait encore à ses yeux une image pure. Il était rageant de constater qu'il était continuellement perdant.

- Tu n'as qu'à le jeter, asséna-t-il soudain.

Cela n'avait pas de sens.

- Pourquoi ferais-je ça ?

- Si tu es si persuadée que cette babiole est maudite, tu n'as qu'à t'en débarrasser, persiffla-t-il, les yeux plissés dans un regard perfide.

- Pourquoi t'énerves-tu, Drago ?

Drago. Elle ne l'appelait jamais par son prénom. Jamais. Sa voix résonna longuement dans son crâne. Elle n'avait même pas l'air de s'en être rendue compte. Il ne releva pas, sans vraiment savoir pourquoi.

- Je m'énerve parce que tu m'accuses d'une chose complètement infondée.

- Ce n'est pas infondé. Tu sais que ce n'est pas infondé.

- C'est infondé, confirma-t-il. Même si les mangemorts m'avaient demandé de te faire parvenir quoi que ce soit, je ne l'aurais jamais fait ! Je ne suis pas si minable !

Mais elle, elle le voyait minable à ce point, alors à quoi bon continuer cette discussion ridicule ? Il quitta la pièce commune et claqua la porte de sa chambre avec violence, abandonnant la sorcière à ses réflexions hagardes.

Elle défit nerveusement le nœud de son peignoir et le plia négligemment. D'un mouvement évasif, elle le déposa sur l'accoudoir du fauteuil de sa chambre. Sa peau nue, encore chaude de la douche, se nivela sous le coup de la fraicheur de la pièce. Elle frissonna. Ses doigts vinrent chercher ses épaules et elle les frictionna pour en déloger les frémissements indésirables. En se retournant, elle vérifia que la porte de sa chambre était bien close avant de s'allonger sur son lit. Les draps avaient la texture du satin sur sa peau. Ses bras balayèrent le tissu pour savourer davantage cette sensation et sa tête bascula en arrière. Les yeux fermés, elle prit de longues inspirations.

Un contact étranger improvisa une caresse douce sur son genou jusqu'à se finir à sa hanche. Elle sursauta mais avant d'avoir pu émettre la moindre protestation vocale, une main s'abattit sur sa bouche. Ses yeux s'écarquillèrent et dans le noir, elle put reconnaitre les cheveux flavescents caractéristiques de l'inconnu. Ses muscles se détendirent sous le regard enflammé qui la consumait.

Une bouche remplaça bien vite la paume qui s'imposait sur ses lèvres. Aussitôt, une langue vint caresser la sienne et des mains vinrent se perdre dans ses cheveux encore humides. Les phalanges brusques agrippèrent sa nuque et la redressèrent pour accorder un baiser plus profond au porteur des lèvres pécheresses. Assise, les jambes dépareillées, ses mains parcoururent la chemise blanche à l'étoffe soyeuse et ses doigts vinrent accrocher ses pectoraux. Malhabiles, ils défirent un à un les boutons du vêtement dans une course endiablée jusqu'à l'écarter finalement, laissant le terrain vierge pour ses jeux d'ongles. Au creux de sa bouche se perdit une approbation masculine : pour l'encourager davantage à continuer son avancée, il attrapa ses reins et se laissa tomber en arrière. Sa poitrine atterrit presque violemment sur son torse, et les longs cheveux moites vinrent chatouiller son buste à présent dévêtu.

Leurs deux fronts fiévreux se collèrent et leurs lèvres se séparèrent, seulement l'espace d'un instant. Un petit nez concave vint caresser son voisin, tandis que de leurs bouches émergeaient des souffles rauques. Suave comme jamais, il continua la découverte du corps de sa partenaire en malmenant ses courbes de passages pressés. Une seconde seulement, leurs regards se croisèrent avant qu'elle ne referme à nouveau les yeux sous le coup d'un nouveau baiser. Ce dernier se rendit paroxystique quand ses petites dents vinrent mordiller ses lèvres masculines.

Ce sont des mains impérieuses qui s'emparèrent de ses seins pour les rendre siens. Elle étouffa un feulement dont profita allègrement son compagnon pour la punir de ses morsures tout juste évoquées : sa langue vint flatter la sienne d'une caresse pleine de langueur. Alors, emprise d'une pulsion folle, elle s'autorisa malicieusement un mouvement vers son entrejambe afin de lui montrer qu'il n'était pas le seul à pouvoir retourner la situation. Lorsqu'il sentit l'effleurement à cet endroit, elle sentit très nettement qu'il avait manqué d'avaler sa propre langue, et il poussa un gémissement lourd. D'un seul coup d'un seul, elle se retrouva plaquée contre le matelas et il lui fit gouter de sa propre médecine faisant glisser sa main tiède vers son nombril… Et alors qu'une chaleur bouillante menaçait d'exploser dans son bas-ventre à cause de ses doigts toujours plus aventureux, elle se réveilla.

Brusquement.

Essoufflée, le front moite, le dos en sueur. Sa propre main non loin de son entrecuisse.

[*] Le Rituel d'Exorcisme exposé ici m'appartient entièrement : pour usage, il faudra donc me demander au préalable l'autorisation, merci. Il en va de même pour le terme « Planche de Harmpher ».

(1) Un triangle de Reuleaux est une courbe de largeur constante, c'est-à-dire une courbe dont tous les diamètres ont même longueur. Elle tient son nom de l'ingénieur allemand Franz Reuleaux, qui fut au XIXe siècle un pionnier du génie mécanique. (Wikipédia ©)

(2) Atharvaveda : L'Atharva Veda ou Atharvaveda existe dans la culture védique originelle sous le nom de Atharvāngiras qui signifie « magie blanche et noire […] » (Wikipédia ©)

(3) Uti, non abuti : User, ne pas abuser.

(4) Zygène de la filipendule : une sorte de papillon.

(5) Sigillum Dei Aemeth : Le Sigillum Dei Aemeth (Sceau du Dieu Vérité) est un grand disque de cire vierge renfermant divers Noms divins et Angéliques. (Recherches internet si envie d'approfondir)

(6) Page sur le Dragon Oriental (Wikipédia ©)

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