My Dear Sadistic Highness

Chapitre XIII

Bonjour les Chocogrenouilles!

Lati : Quel enthousiasme débordant : tu me vois comblée. Merci beaucoup pour cette review, je ne te fais pas attendre plus longtemps, voilà la suite !

LittleRock14 : Merci beaucoup pour la review : rassure-toi, si y'a une spécialiste pour la complication des choses, c'est bien moi. Alors je serais bien la dernière à t'en tenir rigueur ! Enfin bon, en tout cas, merci encore et toujours pour ton soutien ! Bises !

Ellie : Hey ! Merci beaucoup pour ta review : je suis contente que ma fanfiction continue à te plaire, de chapitres en chapitres ! J'espère que cela sera le cas jusqu'à la fin ! En tout cas, merci pour ces beaux compliments et pas d'inquiétude ! Moi j'aime quand les gens se répètent dans les reviews, encore plus quand elles sont aussi adorables que les tiennes !

Merci à tous les revieweurs. J'observe que nous en sommes à 199 reviews, et j'en suis très fière. Mon rêve absolu dans le monde de la fanfiction ? Dépasser les 1000 reviews comme les plus grands auteurs de ce site, évidemment en mettant le fandom Twilight de côté parce que sinon ce serait trop facile ! (plaisanterie gentilleeeee). Le rêve me semble encore très loin d'être un jour atteint mais qui sait, dans quelques années peut-être ?

En tout cas, merci pour votre soutien à tous. Allez, je vous emmerde pas davantage : la SUITE.

Très bonne lecture.

Don't get offended if I seem absent minded. Just keep telling me facts, and keep making me smile.Don't get offended if I seem absent minded. I get tongue-tied…

Baby, you've got to be more discerning, I've never known what's good for me.Baby, you've got to be more demanding, I will be yours.

[…]You told me you wanted to eat up my sadness: well jump on, enjoy, you can gorge away.You told me you wanted to eat up my sadness: jump rightBaby, you've got to be more discerning, I've never known what's good for me.Baby, you've got to be more demanding: jump left

[…]What are you holding out for?What's always in the way?Why so damn absent-minded? Why so scared of romance?This modern love breaks me!This modern love wastes me!Do you wanna' come over and kill some time? Tell me facts, tell me facts, tell me facts…Throw your arms around me…

Throw your arms around me…

This Modern Love – Bloc Party

Chapitre XIII

Alors c'était à ça que cela ressemblait ? Cette espèce de saleté de boule dans la gorge, ces fichues torsions de boyaux… Cette douleur dans la poitrine. Drago porta ses mains à son visage et se frotta les yeux du bout des doigts.

Quelle situation de merde.

Rien n'allait plus. Si on énumérait ses divers problèmes, on ne pouvait qu'agréer avec lui : il n'était pas à cent pour-cent sûr mais il était probable qu'il apprécie un peu trop Granger. Son opinion de lui, dont NORMALEMENT il aurait dû se foutre mais qui l'importait de manière complètement démesurée en vérité, penchait entre les qualificatifs « pourriture sadique » et « mangemort avéré ». Le cadeau qu'il lui avait fait ne lui évoquait que menace et danger. Et enfin, c'était le troisième cours de métamorphose qu'il séchait et cela allait lui couter une belle flopée de retenues.

Drago jeta un regard blasé sur son plafond.

Quelle situation de merde.

Et le pire, c'est qu'il avait conscience d'en être à quatre-vingt dix pour-cent responsable. L'avoir malmenée, harcelée, brusquée… L'avoir approchée, caressée, violentée parfois. Et c'était cliché et immature, et stupide, et ridicule, et tous les autres adjectifs possibles et imaginables, mais si cela avait mal fini pour une personne, c'était pour lui. Elle le rendait barge.

Ses yeux rieurs, fervents assassins de toute trace de cruauté, le hantaient. Et tout ce qu'il avait été, puissant, impérieux, dominant, tout ce qu'il avait eu : son entregent irrécusable, ses stratagèmes vicieux et ses réflexions sournoises… Tout s'était envolé comme la neige de cet hiver avait fondu. C'en était presque triste.

Le pire restait à venir : cette situation embarrassante était inextricable. Il n'avait pas la moindre idée de comment la gérer, comment maîtriser les sensations étrangères qui l'asservissaient présentement. La seule solution qu'il entrevoyait n'en était pas vraiment une : que tout cela soit réciproque.

Peine perdue.

Et c'est ainsi que Drago Malefoy devint un pathétique chouineur.

- Voilà les ouvrages. Vous vous assurerez d'abord de les ranger par domaines, puis par ordre alphabétique. Si la moindre erreur apparait, vous écumerez d'une nouvelle section à trier. Suis-je bien claire ?

Madame Pince n'attendit pas la moindre réponse et disparut de l'allée dans des claquements de talons. William et Pansy échangèrent un regard d'aversion et s'approchèrent de la table pour commencer le dur labeur qui les attendait.

- Cette fois-ci, essaie de ne pas tout faire capoter. Je te rappelle que nous avons encore quatre retenues comme ça à subir, lança Liam, agacé.

- Nul besoin de toi pour m'en souvenir, claqua Pansy d'une voix ironique.

- Arrête de surestimer tes neurones, ils ne te le rendront pas.

Pansy lui donna un violent coup de coude avant de contourner la table et d'attraper une pile de grimoires.

- C'est un trait propre à tous les Serpentards d'être violents quand ils sont à court de réponse ?, la provoqua encore Liam.

- Arrête de poser les questions et commence à trier. Plus vite on aura fini et plus vite je serais débarrassée de toi !

- Tu vois, je t'avais dit que t'étais limitée : tu crois qu'elle va nous laisser partir en avance, pauvre pomme ? Elle nous donnera autre chose à faire…

La Serpentarde manqua de le frapper à nouveau.

- Tu te crois super intelligent, là ? Et qu'est-ce que ton super cerveau déduit quand je te dis que si on ne finit pas la tâche à temps, elle nous collera une retenue de plus ?!

Cette fois-ci, c'est le Serdaigle qui ne sut quoi répondre.

- Ah, tiens, Super-cerveau est à court de réponse aussi. Tu veux une mouche à gober ?, cingla-t-elle avant d'esquisser un sourire victorieux.

- Sale conne.

- Pauvre con.

Hermione pressa le pas. Elle allait finir par être en retard chez Madame Griffith, tout ça à cause de ses imbécilités. Le rêve terrible qu'elle avait fait la nuit passée l'avait complètement retournée. Elle avait d'abord cru, et assez logiquement d'ailleurs, que le rêve n'était pas anodin et que le Serpentard avait encore usé de l'ambomancie sur elle… Force est de constater qu'elle était toute seule dans la chambre, elle avait dû se résoudre à l'évidence… Son esprit avait imaginé ça tout seul, sans la moindre aide extérieure. Ce constat complètement désarçonnant l'avait empêché de retrouver le sommeil par la suite et elle avait pratiquement fait une nuit blanche. Évidemment, quand le soleil avait commencé à se lever, elle était épuisée et ses yeux s'étaient refermés tous seuls. Il était à présent dix heures et demie et elle avait déjà cinq minutes de retard, impensable lorsqu'on s'appelait Hermione Granger.

Elle ne tenait pas particulièrement à se pencher sur la nature du vrai problème cela dit, même si elle n'y avait pas vraiment échappé durant la longue insomnie qu'elle avait subie. Ce n'était pas la première fois qu'elle rêvait de Drago Malefoy sans son aide, mais cela n'avait jamais été des rêves de cet ordre. D'abord, elle avait rêvé à des insultes vénéneuses, quand ils avaient douze ou treize ans, à des petits complots minables quand elle en avait quatorze ou quinze et un peu plus tard, elle avait fait des rêves concernant Voldemort, Harry et les mangemorts dans lesquels il jouait parfois un rôle secondaire.

Mais ça, ça elle ne s'y était pas préparée. Et elle aurait tout simplement pu prétendre à un mauvais tour de son inconscient, mais elle savait pertinemment que cela n'était pas le cas. En réalité, il commençait sérieusement à l'obséder et si cela était déjà gênant par nature, l'ajout de ce rêve n'avait rien fait pour arranger les choses.

Rien que d'y repenser, le rouge lui monta aux joues. Qu'était-elle supposée faire quand même son esprit lui faisait des coups-bas de cette sorte ? N'y avait-il donc aucune échappatoire à ses yeux gris ? Ou qu'elle aille, il la hantait. Sans blague, si cela continuait, il finirait sérieusement par la rendre barge.

Et puis il n'y avait pas que ça. Sa discussion de la veille avait certainement joué pour la composition de ce rêve. Avant qu'ils n'aient leur conversation dérangeante, il avait encore fait jouer ses mains sur elle. Ses oreilles chauffèrent à ce souvenir. Ce n'était pas bien, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander s'il recommencerait après les mots sinistres qu'ils s'étaient échangés par la suite.

Elle n'irait pas jusqu'à dire qu'elle se sentait coupable de l'avoir mis en colère, cela aurait été mentir. Le fait de parvenir à susciter des choses chez lui était une force qu'elle avait fait sienne par la force du temps et qu'elle considérait comme salvatrice. Non, en fait, elle ne se sentait pas coupable, c'était juste qu'elle ne comprenait pas sa réaction.

Après tout, il avait vraiment mal pris ses propos, là où originellement, il s'en serait probablement amusé. C'était étrange de voir à quel point il ne la menaçait à présent plus de la même manière. Il ne la brusquait plus au sujet de ses amis, de son sang, de sa famille. Non, il préférait la taquiner sur le plan physique, l'approcher encore et encore, de manières toujours plus différentes et plus malines à chaque fois. Le problème fondamental de la situation était qu'elle y avait pris gout. Comment était-ce possible ? Elle n'en savait fichtrement rien et cela avait tout l'air d'être une malheureuse malédiction… Franchement, c'était tout de même assez ironique de constater qu'elle cherchait à présent son attention, là où pendant des années elle l'avait fui comme la peste. Mais rien n'était plus dérangeant que ses réactions physiques, se disait-elle à nouveau. C'était comme s'il savait parfaitement comment s'y prendre pour faire monter la température de son corps à des degrés vertigineux.

Sérieusement, il connaissait toutes les manipulations possibles pour la faire rougir, pour la faire frémir. C'était un don, presque un génie de savoir s'y prendre avec autant de talent. C'est aussi cela qui lui faisait parfois penser qu'elle avait peut-être reçu un maléfice de sa part. Certes, elle voulait bien admettre que l'homme savait s'y prendre avec les femmes –et une telle allégation ne lui faisait pas du tout plaisir-, mais qu'il parvienne aussi aisément à la dompter elle, relevait du mystère le plus absolu.

Et comment mettre un terme à cette espèce de tension ? Elle n'en avait pas la moindre idée pour ne jamais avoir vécu de choses semblables par le passé. C'était un domaine dans lequel elle était entièrement novice, et pourtant, Merlin seul savait s'il existait peu de domaines où elle ignorait encore des choses. Non, il l'avait pris à revers sur ce plan et cela avait tout l'air d'une abominable machination destinée à la mettre à mal. Oui, c'était forcément ça. Mais alors pourquoi au grand pourquoi cela dérapait souvent en une discussion plus sérieuse, plus platonique ? Ses regards prouvaient parfois qu'il ne voulait pas seulement la baiser dans un recoin de Poudlard. Comme s'il attendait de sa part quelque chose dont elle ne connaissait elle-même pas l'existence. Une chose présente, un sentiment ou une sensation fugace perdue là, quelque part au fond d'elle.

Et ce talent, souvent, à l'émouvoir, comme la veille d'ailleurs. En quelques mots il s'était énervé et sans vraiment savoir comment ils en arrivaient là, elle s'était retrouvée à culpabiliser de sa méfiance. C'était tout de même incroyable de se mettre l'enclume de la culpabilité sur le crâne alors que le garçon avait passé son enfance à essayer de lui gâcher la sienne. Mais les faits étaient là. C'était comme s'il avait changé. Une sorte de métamorphose latente qui patientait sourdement chez Drago Malefoy et qui finirait par s'éclairer au grand jour quand l'heure serait venue. Quelle heure ? Que l'on ne vienne pas lui demander, elle ne savait déjà pas celle qu'il était à présent.

Dix heures quarante-cinq. Bravo Hermione, quinze minutes de retard, c'est du beau !, se félicita-t-elle intérieurement.

Lorsqu'elle arriva enfin chez Madame Griffith, plus essoufflée que jamais, elle poussa la porte et se confondit en excuses. La sorcière d'âge mur, elle, avait les sourcils bien froncés et s'attelait à piquer le bas d'une robe.

- Je suis vraiment désolée, Elena ! J'ai pris du retard et…

- Ça ira, ne vous inquiétez donc pas tant, ma chère, la calma Madame Griffith. C'est votre dernier jour, je comptais vous laisser l'après-midi de toute manière.

Hermione reprit tant bien que mal sa respiration, la fixant des yeux tout en retirant son écharpe. Elena ne lui avait pas jeté le moindre regard, était-elle fâchée ?

- Tout va bien ?

- Oui… Enfin… Je ne sais pas… Je suis en proie à un dilemme.

- Ah vous aussi…, souffla Hermione, involontairement.

Cette fois-ci, Elena posa ses yeux de faucon sur elle.

- Comment ça, « moi aussi » ?

Hermione regarda en l'air et retira son manteau en déglutissant difficilement.

- Rien de bien important. Je… Je ne sais pas. On verra, finit-elle par murmurer, davantage pour elle-même. Quel est votre dilemme ?

- J'hésite à reprendre contact avec mon ex-mari.

La jeune Gryffondor se mordilla la lèvre inférieure.

- Pourquoi cette idée soudaine ?

Mais Madame Griffith ne pouvait décemment pas répondre à cette question. Comment lui dire que c'était à cause du jeune-homme qui était passé la voir la semaine passée qu'elle songeait à tout cela. Elle avait ressassé son histoire avec Charlie pendant des heures, seule dans la boutique, et était arrivée à la conclusion que seul le recul gagné par l'âge et le temps aurait pu avoir été en mesure de le faire davantage réfléchir à ses actes. La pensée qu'il soit devenu un homme meilleur lui avait traversé l'esprit de nombreuses fois pendant cette longue réflexion et la curiosité avait commencé à poindre à mesure des jours qui passaient. Elle avait juste envie de voir si oui ou non, l'homme avait changé, et si oui, si c'était pour le meilleur.

- L'âge, certainement. On ressasse quand on est une vieille bourrique.

Hermione esquissa un sourire amusé.

- Je ne vous ai jamais demandé pourquoi vous vous étiez séparés ?

- Oh, le schéma classique, ma belle. Qu'y a-t-il de plus passionné, de plus tumultueux et de plus cliché d'une histoire entre un ou une Serpentarde et un ou une Gryffondor, je vous le demande.

Les yeux ronds, la jeune sorcière se souffla intérieurement de ne pas rougir à cette question.

- Je ne pense pas que ce soit vrai…, finit-elle par murmurer. On aurait tort de penser de manière aussi manichéenne. Je veux dire… Les gens peuvent changer. Une maison de Poudlard ne conditionne pas une personne. La personne se conditionne toute seule et avec l'aide des autres… Ce serait un peu trop réducteur de tout mettre sur le dos du Choixpeau magique, ne pensez-vous pas ?

Ah, la jeune fille avait de beaux jours de sagesse optimiste à venir…

- Vous n'avez pas tort mais il n'empêche que lorsque l'on parle en termes statistiques, on s'aperçoit que les mariages entre deux maisons si opposées conduisent régulièrement au naufrage.

Bon, je n'évoquerais pas la période de nirvana qui précède la catastrophe, ce n'est pas à moi d'encourager les choses, finit Elena en son for-intérieur.

- J'observe que vous n'avez pas répondu à la question, fit remarquer Hermione, plus concentrée sur le fil conducteur de la réflexion de Madame Griffith que sur les postulats sinistres qui en découlaient.

- Le portefaix m'a trompée, que pensez-vous !

Malheureusement, il n'y avait pas grand-chose à dire quant à l'infidélité. Hermione en avait fait les frais il n'y avait pas si longtemps et elle n'eut pas tout de suite le cœur à analyser l'affaire.

- Avec une de son propre canevas, évidemment. Une Serpentarde, une noblaillonne pathétique, et mariée de surcroit.

- Comment l'avez-vous découvert ?

- Il a eu l'honnêteté de me l'avouer, je dois le lui accorder. S'il y a une qualité qu'il a acquis avec le temps, c'est bien celle-là.

Hermione se pinça le bras.

- Et du courage aussi, non ? Pourtant les Serpentards ne sont pas vraiment connus pour ça, observa-t-elle justement, essayant de mettre à mal les aprioris apparemment ancrés dans l'esprit d'Elena.

- Effectivement, je vous l'accorde, consentit Madame Griffith d'une voix claire. Mais ils sont par contre bien connus pour la ruse et parfois même pour la traitrise. Là dedans, Charlie est resté un génie du genre. Il y a quelque chose pourtant qu'il m'a épargnée… C'est de s'embrigader du mauvais côté de la guerre. Il faut dire que nous n'étions pas en Angleterre quand tout cela est arrivé. Nous étions en Nouvelle-Zélande, chez mes parents. Les siens, eux, avaient péri bien avant que nous finissions Poudlard et il vivait sur la fortune familiale comme un prince orphelin.

- On pourrait presque écrire un roman avec votre histoire…, dit Hermione.

- Ah, ma petite, je n'ai pas envie de vous contredire… Mais l'épilogue est amer et solitaire, conclut Elena d'une voix sombre.

- L'histoire n'est peut-être pas finie.

Elena plongea ses yeux dans le regard chocolat de sa cadette.

- Vous me faites penser à moi, plus jeune, vous savez. Idéaliste, optimiste… Toujours alerte au moindre point positif.

- Détrompez-vous, si j'avoue avoir été comme ça, tout cela s'est pas mal tari.

Madame Griffith voulut bien la croire. Avec l'autre oiseau qui devait lui voler dans les plumes, la jeunette connaissait certainement des jours difficiles.

- Et finalement ? Qu'est-ce qui vous a amené à penser que reprendre contact avec lui ne serait pas une mauvaise idée ?

- Cela, ma petite, je ne peux vous le confier.

Hermione sourit devant autant de mystère.

- C'est votre droit le plus entier. Bon… Je vous ai suffisamment fait perdre votre temps, je vais trier les arrivages, indiqua-t-elle finalement en se rendant dans la réserve.

Elena l'observa s'éloigner et esquissa elle aussi un sourire. Elle se demandait bien quel avenir attendait la jeune fille.

Pour la énième fois de la demi-heure, Ginny leva les yeux et posa son regard sur Drago Malefoy. Ce dernier, l'air de très mauvaise humeur, était plongé dans l'écriture d'un parchemin. Depuis quelques temps, elle ne pouvait s'empêcher de l'observer, surtout lorsque Hermione était dans les parages. En fait, c'était depuis le bal du nouvel-an…

Elle percevait chez lui un changement indéfinissable : lorsqu'il passait à côté d'elle, d'Harry ou de Ron, il ne perdait plus son temps dans des propos désobligeants et les ignorait simplement. Par contre, dès qu'Hermione était là, il laissait son regard courir sur elle, puis sur eux. Une telle réaction était vraiment étrange. Peut-être que le fait de partager un appartement avec elle l'avait en quelque sorte calmé, et Merlin seul savait si la Gryffondor était bien capable de l'avoir refroidi d'une quelconque manière… Mais son intuition la poussait à penser qu'il ne s'agissait pas que de ça.

Il semblait différent, mais d'une autre perspective. Et constater que Drago Malefoy ne s'amusait plus à insulter ses proches était un fait qu'elle ne parvenait à occulter. Le plus bizarre, c'était qu'elle l'avait vu continuer ses stupidités avec d'autres élèves… Alors pourquoi ne s'acharnait-il plus sur ses proies favorites ? Vraiment, ce n'était pas normal.

Non pas qu'elle regrettait ses regards glacials et ses phrases impérieuses, loin d'elle cette pensée. C'était plutôt qu'elle se demandait avec ferveur ce qui avait pu causer chez lui un tel revirement de comportement.

Sentant probablement son regard sur lui, il leva les yeux et croisa son regard. Aussitôt, elle fit mine de regarder la plume qu'il avait dans les mains, l'air plongée dans ses pensées : comme si son observation n'avait été que le résultat d'un regard perdu dans le vague. Nonchalamment, il replongea dans son travail sans faire la moindre remarque. D'accord, là c'était vraiment bizarre.

- Ginny…, l'interpella en murmure une voix à ses côtés. Ginny, tu le dévisages.

La rousse reporta son regard sur Luna.

- Tu ne trouves pas qu'il est étrange, ces derniers temps ?

La blonde porta alors ses yeux vers le Serpentard et l'observa l'espace d'un instant.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?, s'enquit la Serdaigle.

- Je ne sais pas, je le trouve différent… Tu crois qu'il pourrait mijoter quelque chose ?

Luna arbora une mine songeuse pendant quelques instants avant de froncer le nez.

- Je pense que c'est plutôt quelque chose qui le mijote, lui, finit-elle par répondre, les yeux un peu ronds.

Ginny avait l'habitude de ses phrases curieuses, mais celle-ci l'amusa plus que de raison.

- Comment ça ?

- Eh bien… Il te semble différent car il ne se montre plus aussi impoli qu'avant, non ?, expliqua la Serdaigle.

- Entre autres, oui, confirma Ginny.

- S'il cesse ses comportements immatures, c'est peut-être parce qu'il a d'autres choses en tête…

- Oui, mais justement. Tu ne crois pas qu'il prépare un sale coup ?

Luna esquissa un sourire un peu amusé.

- Je pense que s'il préparait un mauvais coup, il ne pourrait pas s'empêcher de nous le faire savoir. Tu sais… Avec ses petits sourires en coin, ses insinuations à double-sens…

Elle n'avait pas tort.

- Mais peut-être que c'est quelque chose que l'autre zinzin lui a demandé de faire… ?

Encore une fois, Luna porta son regard sur le Serpentard avant de laisser son sourire s'agrandir.

- Non… Je ne pense pas… Et tu n'as pas l'air d'y croire toi non-plus, indiqua la blonde.

Ginny frotta ses lèvres, pensive. Effectivement. Même si elle ne connaissait pas Malefoy au point de pouvoir se vanter de le cerner, elle ne parvenait pas à associer son nouveau changement avec un plan diabolique de Voldemort, non, c'était autre chose.

Il leva à nouveau les yeux et cette fois-ci les surprit en flagrant délit d'observation. D'un geste lent, et sans les quitter les yeux, il referma donc son ouvrage et s'attela à les fixer à son tour en haussant les sourcils de manière provocante, l'air de dire « qu'est-ce que vous voulez, les bécasses ? »

Luna lui adressa un sourire franc et Ginny détourna le regard, irritée de d'avoir été surprise en pleine examen visuel.

Drago fronça cette fois les sourcils dans une mine dédaigneuse et se détourna de la blonde en secouant la tête de droite à gauche, l'air agacé.

Plus loin, dans le rayonnage du fond, deux étudiants essayaient de trier des livres tant bien que mal. Pansy vint poser un nouvel ouvrage sur la pile des indésirables.

- Comment veut-elle qu'on trie alphabétiquement des bouquins racornis écrits en symboles ?, se désespéra-t-elle.

- Cela s'appelle des runes, Parkinson.

- Cela s'appelle des runes, Parkinson, le singea-t-elle en grimaçant. Merci pour ton aide, Super-cerveau mais savoir comment ça s'appelle ne va pas m'aider à savoir où les ranger.

Liam leva les yeux au ciel. Cette fille était exaspérante.

- Je m'en chargerais, Mono-neurone.

Pansy lui jeta un regard incendiaire et reposa un grimoire avec plus de brusquerie que nécessaire sur la pile des ouvrages dédiés à la botanique.

- On ne t'a jamais dit d'être poli avec les filles, Super-cerveau ?

- On m'a conseillé de n'être poli qu'avec les bonnes, Mono-neurone.

- Comme si tu étais assez intelligent pour juger.

- Ne me charrie pas, il y doit bien avoir une raison pour que tu m'appelles Super-cerveau, la provoqua-t-il en esquissant un sourire moqueur.

- Effectivement, et cela s'appelle le sarcasme.

Les deux étudiants échangèrent un regard noir puis finirent par détourner les yeux pour laisser place au silence.

- … Et pour ta gouverne, si tu choisis les personnes avec qui tu es poli, tu ne vaux pas mieux que les Serpentards que tu critiques tout le temps, marmonna Pansy.

Liam leva les yeux, ne trouvant rien à répondre à cette sentence assez juste.

- Ce n'était qu'une vanne, Mono-neurone, finit-il par dire.

Elle releva la tête et laissa leurs yeux se croiser à nouveau. Il crut qu'elle allait lui répondre mais elle n'en fit rien et retourna à sa tâche. Quelque part, il resta sur sa faim.

Hermione accrocha la dernière cape en flanelle de laine sur le cintre en bois et vint la déposer avec précaution sur le portant. Normalement, elle avait fini toutes les séries bordeaux et caramel et il était donc l'heure de passer aux houppelandes. Elle se dirigea subséquemment vers la réserve, énumérant dans sa tête les dernières tâches qu'il lui restait à faire. Arrivée devant le coffre de bois verni dans lequel avaient été expédiées les étoffes, elle entendit un petit bruit. D'abord persuadée d'avoir imaginé ce dernier, elle entreprit de soulever le lourd couvercle arrondi pour s'atteler à sa tâche mais le bruit se fit entendre à nouveau. C'était un son faible mais insistant. Hermione leva la tête et tendit l'oreille pour savoir d'où provenait cette sorte de « toc, toc, toc » persistant : elle se redressa finalement, regardant aux alentours. Bientôt, elle s'aperçut que cela venait de la petite fenêtre close au-dessus de sa tête. Une chouette épervière frappait doucement son bec contre la surface vitrée, tout en tenant une missive.

Lentement, Hermione décacheta le minuscule verrou de la fenêtre et tendit le poignet vers l'extérieur. La chouette jeta un coup d'œil furtif à ce dernier et approcha ses serres pour venir s'y poser. Précautionneusement, Hermione ramena l'oiseau à l'intérieur et entrouvrit la bouche pour prévenir calmement Elena qu'elle avait du courrier. Sa bouche se referma pourtant bien vite lorsqu'elle s'aperçut du destinateur de la lettre.

Magdalena Harper, Chiffes & Harper's, 36 virgule 7, allée de l'Atropine, Édimbourg.

C'était la réponse, elle le savait. Elle ferma les yeux, se concentrant sur son cœur pour en calmer les battements célères. Lentement, elle posa l'oiseau sur la table et ses doigts vinrent s'enquérir de la missive.

- Elena, interpella-t-elle, la voix un peu faiblarde. Elena, vous avez reçu la réponse de Madame Harper….

Il n'y eut pas de réponse, elle réitéra.

- Elena… ?

Merlin qu'elle était stupide : Madame Griffith était partie leur chercher un déjeuner afin qu'elles puissent se restaurer ensemble. Tant pis, elle attendrait qu'elle revienne. Elle reposa la lettre sur la table, le cœur encore battant et reprit la chouette afin de la libérer au-dehors. Aussitôt que ce fut fait, ses yeux se posèrent à nouveau sur la missive, posée candidement sur le plateau de bois débordant d'étoffes et de boites de perles. Lire le courrier d'autrui, elle ne se le permettrait pas. Pourtant le nom était là, à portée de main… Et puis c'était en quelque sorte elle qui entretenait une correspondance avec Magdalena Harper, non ? Par le biais de Madame Griffith, certes, mais ce n'était qu'un détail, pas vrai ?

Hermione se rapprocha lentement de la table : oui mais justement, Elena lui avait fait la fleur de se renseigner pour elle, la moindre des choses était de l'attendre avant de se précipiter sur la réponse. C'était après tout grâce à elle qu'elle découvrirait le nom de celui ou de celle qui s'était montré si étrangement généreux. Mais pourquoi attendre ? Le résultat serait le même, elle le saurait tôt ou tard.

Les doigts tremblants, le souffle erratique, elle approcha ses doigts de la lettre et vint s'en enquérir une seconde fois. Le rectangle parcheminé n'était pas épais et l'adresse était calligraphiée avec soin. Mais seulement examiner l'enveloppe ne se révéla pas le moins du monde rassasiant. Les réponses à de nombreuses questions se trouvaient à l'intérieur, c'est la certitude qui tourbillonnait dans sa tête. Alors, sans plus de scrupules, et presque inconsciente véritablement de ses gestes, elle décacheta le sceau de couleur orange et sortit le papier.

Bien le bonjour, Elena,

Je sais que ma réticence à vous communiquer le nom vous aura déjà mené sur une voie de suspicion. Je vous avertirais cependant que le bijou précité, et vendu par mes soins, n'avait pas l'air de se destiner à un usage malhonnête. Le jeune homme est passé devant la boutique à plusieurs reprises mais ce n'est que lorsque le présentoir des bijoux à été placé en vitrine qu'il s'est décidé à entrer. Même si mes hypothèses, je le concède, n'ont que peu de valeur, il m'a semblé qu'il souhaitait en faire cadeau.

C'est pour toutes ces raisons que je vous demanderais de ne pas tirer de conclusions trop hâtives, même si selon vos explications antécédentes, la nature de votre requête demeurait un peu inquiétante.

L'acheteur est donc le fils unique de l'illustre fami…

- Malefoy, murmura-t-elle.

Son sang se glaça littéralement dans ses veines alors qu'un frisson froid parcourait sournoisement son échine. Le carillon de la porte d'entrée retentit soudain, mais Hermione n'était pas en état de l'avoir entendu. Son regard, vide, épouvanté, restait inexorablement figé sur le pan du mur face à elle, comme si elle était en proie à une crise de tétanie irrésistible ou à un sort d'entrave.

- Hermione ?, appela Elena, encore loin.

Mais elle ne put articuler le moindre son, sa bouche était scellée dans la plus sourde des pétrifications.

- Hermione ?, répéta Madame Griffith avant de pénétrer dans la réserve. Ah vous êtes là ! J'ai cru que vous étiez partie… Je nous ai pris deux portions de dinde…

Mais la sorcière d'âge mûr s'interrompit devant le mutisme et l'inertie inquiétants de sa cadette. Elle allait lui demander ce qui n'allait pas lorsqu'elle remarqua qu'elle tenait une enveloppe et un fin parchemin entre les doigts. Lorsque ses yeux se posèrent sur le sceau orange familier, à présent descellé, Elena sentit son cœur s'accélérer brusquement. Elle s'approcha rapidement et passa derrière Hermione pour lire par-dessus son épaule figée. Il fut assez dur de suivre les lignes tant elle tremblait… Mais Madame Griffith parvint finalement à lire le nom tant redouté et étouffa une expression de stupéfaction.

- Par la baguette de Morgane !, s'exclama-t-elle.

Évidemment, la surprise ne venait pas de la découverte du nom : après tout, elle en avait déjà connaissance depuis la visite du jeune homme. Non, elle était juste complètement paniquée à l'idée qu'Hermione le découvre ainsi, aussi brutalement. Effectivement, il n'y avait pas de bonne manière pour le lui annoncer mais il y en existait certainement de moins mauvaises.

Madame Griffith l'attrapa donc par les épaules et l'incita à s'asseoir sur un tabouret avant de reprendre la lettre maladroitement.

- Hermione ? Vous allez bien… ?

Cette dernière finit par porter son regard sur Elena, complètement perdue.

- Je le savais. Je ne le savais pas, mais je le savais, commença-t-elle à murmurer.

- Reprenez-vous, Hermione !

- Vous ne vous rendez pas compte… Il m'a encore menti…

Cela s'annonçait très mal. Elena avait bien du mal à respirer et Hermione ne semblait pas vouloir reprendre ses esprits.

- Hermione, écoutez-moi. Écoutez-moi, ordonna-t-elle autoritairement en s'agenouillant près d'elle, lui donnant une petite tape sur la joue pour la sortir de sa torpeur.

La jeune sorcière sembla se réveiller un peu.

- Ce n'est qu'un cadeau, Hermione !, essaya de la rassurer Elena. Si vous avez lu au-dessus, elle signifie clairement qu'il a acheté le bijou en toute spontanéité.

Tout tournait dans la tête de la Gryffondor à présent. Certes, le bijou n'était en toute vraisemblance ni envouté, ni possédé, ni ensorcelé de quelque façon que ce soit… Mais Drago Malefoy, lui offrir un pendentif ? Quelle était cette plaisanterie ? Le bijou avait été acheté l'été dernier… Depuis quand avait-il prévu de le lui offrir, au juste ? Non, ce n'était même plus une plaisanterie, c'était une folie.

Une folie complètement incompréhensible.

Pourquoi ?

Pourquoi à Noël ? Pourquoi après toutes ces années ? Pourquoi lui acheter un présent aussi onéreux, la torturer pendant quatre longs mois, le lui offrir… Puis n'avoir de cesse que de dénigrer le bijou par la suite.

« Tiens, il doit être pour toi. » - « Certainement pas. Je n'ai pas de cadeaux. C'est à toi. »

« Elle te plait vraiment, hein, cette babiole ? »

« Tu vois… Je pense que la personne qui m'a offert ça connait bien mes gouts : l'ouvrage est fin et détaillé, il possède une fantaisie certaine, malgré sa symétrie scrupuleuse... […] Je ne sais pas, je le trouve parfait… Pardon. Tu dois t'en ficher totalement… C'est juste que ces choses me fascinent… »

« Comme d'habitude, tu aimes endormir les gens avec tes pauvres passions sans intérêt…»

« Alors, les cadeaux ? » - « Oh, des livres, des friandises… Puis une robe et… ça… Je ne sais pas qui me l'a offert mais je trouve ça vraiment magnifique… »

Son regard.

« Donnez-moi le collier.

[…] Pourquoi ne le porterais-tu pas, Granger ? Les chiens portent bien des laisses […] Mais tu en as déjà une, c'est vrai… […] Où est-elle, d'ailleurs ? Tu l'as perdue ? Ou peut-être l'as-tu vendue… ? »

Son regard.

« Alors, c'est comme ça… ?

Quoi… ? […] Qu'est-ce que… ?! Rends-le-moi, Malefoy !

Je ne te rendrais rien du tout, Granger.

Tu n'as pas le droit ! »

Babiole. Pacotille.

« Tu te crois plus maligne que moi, Granger ? […]Tu te permets de t'introduire dans ma chambre, pendant mon absence… ? […] Réponds !

Tu n'étais pas censé être là…

Tu voulais récupérer ta pacotille, j'imagine… »

« Tu as compris… ?

Non.

En tout cas, n'approche plus d'autres hommes. Parce que je te ferais encore du mal.

Tu ne m'as pas fait de mal... »

« Elle te plait vraiment, hein, cette babiole ? »

« Babiole ».

Ab Imo Pectore.

Tout tournait, tournait, encore et encore dans sa tête, faisant valser ses certitudes au rythme encore erratique des battements de son cœur.

- Hermione, vous allez bien ?, la rappela à l'ordre Elena une nouvelle fois.

La Gryffondor secoua la tête de gauche à droite, hagarde. Madame Griffith se redressa et disparut de la pièce, revenant quelques secondes plus tard avec un flacon rouge. Elle le déboucha dans un pop sonore et le glissa sous les narines de la jeune fille. Aussitôt, cette dernière reprit ses sens.

- Je ne comprends pas, finit-elle par dire, la voix tremblante. Vraiment, je ne comprends pas.

Elena soupira, ce n'était pas à elle de lui annoncer que l'autre cloche était amoureux d'elle et d'ailleurs, elle aurait aimé en être sûre et certaine elle-même.

- Pourquoi ne pas le lui demander, tout simplement… ?, s'enquit-elle avec douceur.

Hermione plongea son regard chocolat dans le sien.

- Parce que vous croyez qu'il va me répondre ? J'ai déjà essayé de lui demander, nous nous sommes juste disputés…

- Vous le soupçonniez déjà ?

C'est là qu'Hermione réalisa ce qui s'était réellement passé, la veille. Elle l'avait accusé de lui avoir fait passer le cadeau à des fins mauvaises, et l'avait en fait blâmé à mi-mots d'être l'intermédiaire des mangemorts. La raison pour laquelle il s'était énervé face à cette accusation, somme toute d'une logique assez légitime, c'était parce qu'il était bel et bien le destinateur du cadeau mais que ce dernier ne desservait aucun plan diabolique de Voldemort.

- Je lui ai fait comprendre que je pensais possible qu'il aie fait passer le bijou de la part des mangemorts, dans le but de me causer du mal.

Oh par Merlin.

Le garçon avait dû rentrer dans une colère noire.

- Ne vous troublez pas à ce point, cette allégation était tout à fait plausible…, la rassura Madame Griffith, elle-même persuadée que cela aurait pu être le cas.

Mais le jeune Malefoy ne saurait voir les choses sous cet angle, elle en avait la certitude.

- Qu'allez-vous faire ?, finit par s'enquérir Elena.

Hermione secoua la tête de droite à gauche, réellement absente.

- Je n'en ai pas la moindre idée, Elena. Je ne sais vraiment pas.

- Allez-vous lui en parler ?

- … Je ne sais pas.

- Rentrez chez vous, Hermione. Allez-vous reposer. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, envoyez moi un hibou.

La jeune sorcière acquiesça, le regard un peu vide, et finit par se redresser. De gestes lents, elle enfila son manteau et noua son écharpe autour de son cou. Après une dernière salutation polie, elle quitta la boutique, tourmentée comme jamais.

Elle n'avait pas particulièrement envie de rejoindre ses appartements après la découverte qu'elle venait de faire, c'est la raison pour laquelle elle préféra aller marcher dans le parc de Poudlard. Le but premier de sa balade était de digérer toutes les informations qui venaient de se heurter à ses convictions. Dans sa tête, des tours de pierre s'effondraient comme des châteaux de cartes, et la moindre de ses certitudes s'était vu ébranlée. Si elle voulait éclaircir tout le tumulte présent dans son esprit, il fallait d'abord tâcher d'en faire le bilan, et ce, le plus objectivement possible…

Drago Malefoy lui avait offert un bijou. Il ne lui avait pas offert n'importe quelle quincaillerie : il s'agissait d'un pendentif précieux d'une valeur pécuniaire conséquente. Il avait acheté le bijou au cours de l'été dernier dans un magasin d'Édimbourg et l'avait gardé jusqu'en décembre, où il avait profité du jour de Noël pour lui en faire don.

Le but du pendentif avait donc été d'être discret, de passer inaperçu au milieu des autres cadeaux afin qu'elle se pose le moins de questions possibles et qu'elle ne parvienne pas à deviner qui en était l'auteur. C'est vrai, cela aurait pu être n'importe qui pour Hermione, tant qu'elle n'en connaissait pas le prix.

Jusque là, elle avait pu remarquer plusieurs choses perturbantes, si l'on omettait qu'il s'agissait d'une histoire de fou pour commencer. Tout d'abord, il avait gardé pendant cinq mois le pendentif pour lui. Qu'en avait-il fait alors ? Avait-il pensé immédiatement, au moment de l'achat, qu'il le lui offrirait à Noël ? Ou avait-il agi sur l'impulsion du moment en voyant les paquets sous le sapin ?

Ensuite, quel avait été son but en lui offrant un tel cadeau ? Ce n'était même pas qu'elle n'était pas son amie, ou encore sa camarade, c'est qu'il l'avait toujours détestée voire haïe. Toutes les années passées avaient été nourries d'une franche aversion mutuelle et un dégout flagrant de sa part. Alors quoi ? Que s'était-il passé dans sa tête pour que se produise un tel revirement de situation ?

Après, il y avait l'inscription Ab Imo Pectore qu'elle ne savait à présent plus bien interpréter. Qu'avait-il voulu dire par « du fond du cœur » ? Jusqu'à il y a quelques temps, elle était presque sûre que le sien, s'il existait toutefois, était sculpté dans la glace la plus tranchante. Quand à la franchise, à l'amitié, ou encore à l'amour que pouvait signifier la locution latine, leur relation en avait toujours été éloignée et lui-même s'était assuré de ne jamais franchir ces barrières avec elle, même si les choses semblaient vouloir évoluer dans une nouvelle direction à présent…

Enfin, que signifiait ce cadeau, perdu au beau milieu de plusieurs mois de torture morale et de harcèlement perpétuel ? Il se contredisait lui-même.

Mais elle n'avait pas encore fini, en fait : pourquoi avait-il passé son temps à dénigrer son propre présent ? Encore un paradoxe. Voulait-il l'empêcher à tout prix de deviner le lien qui le reliait au bijou ? Ou prenait-il en fait un malin plaisir à la tourmenter sur un prétexte amené par ses propres soins ?

Et puis, cette fois dernière où pour la punir il le lui avait retiré, comme si elle ne méritait plus de le porter après une sorte de trahison. Car c'était ainsi qu'il devrait interpréter le rapprochement qu'elle avait eu avec Liam : une traitrise de la pire espèce. Donc, il considérait tout de même le bijou comme un cadeau, comme un bien qu'elle aurait dû être fière de posséder, puisqu'il considérait son arrachage comme une punition, non ?

Et elle pensa aussi à la signification du collier, notamment après s'être souvenue de son allusion à la laisse des chiens : avait-il été sérieux, cette fois là ? Lorsqu'il avait vu qu'elle ne le portait plus, il s'était énervé inexplicablement et tout s'éclairait à présent. Il voulait qu'elle le porte, même s'il s'évertuait à lui faire songer l'inverse par des gestes ou des propos subliminaux.

Lui avait-il offert un collier pour… quelque part, la rapprocher de lui ? Un objet qu'elle porterait quotidiennement au cou, qui la scellerait d'une certaine manière à une sorte d'appartenance. C'est vrai, un collier, c'était un présent bien lourd de sens pour une fille, comme pouvait l'être une bague d'ailleurs. Mais un collier… La chaine l'entourait, passait sur sa gorge dans un contact vraiment intime. D'une certaine manière, peut-être voyait-il cela comme une victoire ? Une sorte de dépôt de marque sur elle... Après tout, n'était-ce pas l'enjeu même du pari, qu'elle finisse par lui appartenir s'il gagnait ?

Ses boyaux se tordaient nerveusement à toutes ces pensées. Elle prenait réellement conscience d'une réalité terrifiante : Drago Malefoy était d'une possessivité presque fiévreuse et elle en faisait apparemment l'objet. Mais pourquoi cette lourde envie de la posséder ? D'où venait-elle ? Il ne l'aimait pas ; ils n'avaient jamais fait l'amour, et loin d'elle l'idée de le désirer ; il ne voulait pas se marier avec elle ou ce genre d'âneries, comme il les aurait appelées.

Mais c'était vrai, toutes ces fois où il s'était montré jaloux de Liam, la fois où il avait gardé la main sur sa cuisse dans une sorte d'étreinte possessive pour l'empêcher de passer la journée avec le Serdaigle, ou encore pendant le bal, lorsqu'il l'avait attiré contre lui alors qu'elle était en pleine discussion avec Liam. Elle prenait peu à peu conscience, en rassemblant les pièces du puzzle, qu'il la voulait pour lui tout seul et cette vérité la pétrifia proprement.

Le fait est que malgré toutes ses réflexions, tous ces éclairages, une pierre angulaire manquait à ses raisonnements. Certes, il était possessif, certes, il la voulait physiquement… Certes il était jaloux. Mais la question était « pourquoi ? ». Naturellement, s'il avait s'agit d'une autre personne, la réponse presque immédiate qui lui serait venue à l'esprit aurait été « il m'aime ». Mais bon sang de bonsoir, on parlait d'elle et de Drago Malefoy ! Il était formellement impossible qu'il se laisse aller à des sentiments de cette sorte et d'autant plus avec elle.

C'était une personne cynique et désabusée. Il ne croyait pas en l'amour, le lui avait répété, s'en était moqué pendant toute sa scolarité. Il crachait continuellement dessus. Et cette manière de jouer avec les gens, avec les couples, avec les filles : de coucher avec elles, de les manipuler, ne faisait que surligner davantage son comportement totalement irrespectueux envers les personnes s'employant à des relations amoureuses. Il aimait séduire, cela, elle n'en avait jamais douté car il s'était toujours évertué à le faire devant son nez ou encore simplement à s'y employer avec elle pour se ficher de sa poire… Mais de-là à ce qu'elle lui plaise, à ce qu'il éprouve pour elle des sentiments amoureux ? Non, non, non, non. C'était impensable.

Pourtant, Hermione commença à envisager la possibilité que ce soit le cas. Peut-être qu'il ressentait quelque chose pour elle, à sa manière certes, mais tout de même. Qu'aurait été le résultat d'un tel fait ? Encore une chose qu'elle ignorait.

Était-il immature au point de malmener la fille qui lui avait tapé dans l'œil : à y penser plus longuement, elle se dit qu'il en était tout à fait capable.

Et elle, que ressentait-elle pour lui ? Elle ne faisait que s'interroger sur le Serpentard, et abusait presque dans le jugement, mais à aucun moment elle ne se remettait en question. Faire la maligne n'allait pas l'aider à éclaircir les choses.

Toujours complètement déboussolée, elle s'approcha de la petite rive du lac et le longea jusqu'à l'entrée de la forêt interdite. Là, elle trouva un rocher d'une taille assez importante et s'assit dessus. Son regard se perdit dans le vague, à l'horizon, où le lac dansait en entrelacs entre les montagnes. Il y avait un petit vent frais qui la faisait parfois frissonner, mais qui ne suffit pas à l'inciter à rentrer.

Qu'éprouvait-elle pour Drago Malefoy ? C'était tout un tas de choses, entrecroisées, intenses, cachées. En premier, et cela lui coutait presque un bras de l'avouer, il la fascinait un peu. Mais c'était une sorte de fascination morbide, sordide, sinistre : une fascination que l'on pourrait éprouver pour un cimetière ou pour un bourreau prêt à trancher une tête sur un échafaud. C'était une fascination étrange, mauvaise, et elle n'en était pas fière pour un sou. Il l'impressionnait souvent : c'était une personne qui avait énormément d'entregent, qui savait parler aux autres. Son esprit était vif, rusé, et il parvenait généralement à accomplir ses funestes desseins. En cela, c'était quelqu'un d'assez saisissant, et de parfaitement insupportable.

Ensuite, elle ne parvenait pas encore bien à occulter l'angoisse qu'il s'était amusé à engendrer chez elle durant ces dernières années. Elle avait conscience qu'il s'agissait d'une bête peur d'enfant : Drago Malefoy ne l'aurait pas tuée à Poudlard, ne l'aurait pas torturée à l'en scalper ou à la découper en petits morceaux. Mais ses yeux cruels, son sourire perfide, sadique parfois, et ses mots pernicieux révélaient qu'il était une personne tout à fait à même de s'amuser en faisant du mal à autrui. C'était en cela qu'il lui faisait peur. Il était, comme elle l'avait déjà observé plus tôt, très intelligent, et savoir qu'il mettait à profit cet esprit pour causer la souffrance était un constat qui la terrifiait. Elle avait toujours distingué intelligence et sagesse, et de même savait qu'il existait dans le monde des intelligences sombres et terribles, mais lui avait une manière toute particulière de procéder lorsqu'il voulait parvenir à ses fins. Et cette manière là, vicieuse, était en fait l'entière substance de la répugnance de la Gryffondor à l'égard du Serpentard. Il était souvent malhonnête et s'avérait tout aussi traitre que manipulateur. Cela lui déplaisait amplement car c'était un domaine de l'esprit dans lequel elle était bien incapable de le vaincre. Elle pouvait le combattre, certes, et s'y était toujours évertuée, mais elle ne pouvait emporter la victoire car elle n'était pas sur son propre champ de bataille. D'où ses échecs retentissants des derniers mois.

Et là arrivait généralement sa soumission : ce dont il se délectait comme du met le plus fin. C'était sa jouissance finale, sa recherche dans les dialogues, sa quête même dans chacun de ses rapports avec les autres. Tout cela devait probablement s'expliquer par son passé familial tortueux : son père avait toujours eu une emprise impérieuse sur lui et s'être fait dresser de la sorte lui avait certainement prodigué beaucoup d'amertume. Amertume qu'il déversait à présent chez les autres en usant des mêmes méthodes que l'ombre paternelle lui avait fait subir toute son enfance.

Fascination, angoisse, soumission. Oui. Mais il y avait bien davantage à présent. Le mot qui lui venait spontanément à l'esprit était « électricité ». C'était ça. Une sorte de tension, de chimie alambiquée qui existait entre eux. Ils n'étaient plus des enfants, et les jeux licencieux et terribles qu'il lui imposait à l'origine pour la malmener, s'étaient transformés en jeux tout court. Leurs deux corps semblaient sur la même longueur d'onde et dès qu'ils entraient en contact, c'était à la manière de deux aimants : s'attirant et se repoussant par la suite. Objectivement, elle l'avait toujours trouvé très séduisant, physiquement parlant, mais fort heureusement, il avait toujours trouvé le moyen de lui faire occulter ce détail en l'insultant. Mais cela, c'était par le passé… Maintenant qu'il ne l'insultait plus que rarement et qu'il avait remplacé ses propos outrageants par des caresses vénéneuses, elle n'était plus très sûre de pouvoir oublier à quel point son physique était attractif. Et Merlin, c'était le cas. Rien que de s'en faire réflexion, elle sentait le sang battre à ses tempes et son ventre danser la gigue du diable.

Et enfin… Oui enfin, ce qui perçait de plus en plus au milieu des bourrasques qui balayaient l'intérieur de son crâne : la certitude qu'il était fragile. Elle avait commencé à le percevoir de plus en plus depuis quelques temps, même si quelque part, elle en avait toujours eu conscience. Oui, il était fragile. Il était fragile dans le sens où il était facile de le brusquer, moralement parlant. Mais peut-être n'était-il fragile qu'avec des personnes bien désignées ? Harry, Liam… Elle.

La différence qu'elle entretenait avec ces autres personnes, était qu'avec le temps, elle savait à présent comment en jouer. Évidemment, ce n'était pas quelque chose dont elle aurait pu naturellement se vanter mais se faire malmener comme cela avait été le cas l'avait poussée à trouver des mécanismes de défense (ou en tout cas de contre-attaque) plutôt efficaces. Et elle savait exactement comment s'y prendre pour l'énerver à présent. Si certains savaient allumer une petite flamme de colère, engendrant des menaces latentes de sa part, elle savait parfaitement comment attiser un feu délirant. Peut-être était-ce même un pouvoir qu'elle était seule à posséder. Évidemment, il aurait pu devenir dingue pour des insultes, une violence à son encontre ou encore des propos qui lui auraient paru déplaisants… Mais elle savait que prononcés par elle, les mots prendraient une toute autre dimension.

Pourtant, elle n'avait jamais véritablement utilisé cette fragilité à son avantage pour servir quelque plan de vindicte : elle était bien incapable d'aller jusqu'au bout. Elle n'était pas lui. Dès que des trames de stratégies vengeresses se formaient dans son crâne le soir au coucher, elle les abandonnait le lendemain au réveil, refusant obstinément de s'abaisser à ses jeux de cruauté cérébrale.

Sa fragilité. C'était déstabilisant. Tout cela se confirmait par la profondeur qu'il faiblissait parfois à dissimuler derrière son masque glacial. Des regards à quelques instants, son violoncelle, sa façon se tourner les phrases… Ses attitudes paraissaient presque transparentes, au jour d'aujourd'hui.

Jamais elle n'avait autant songé à lui, d'une manière aussi inoffensive. Toutes ses réflexions n'étaient que de purs constats. Mais au-delà de ça commençait à se former en elle une espèce de tendresse à son égard, qu'elle se surprit à espérer mutuelle. C'était stupide, mais elle était ainsi. Une fois que le terrain avait été retourné avec la bêche de la bonté, la terre s'avérait fertile et prodigue… Cela pouvait très mal finir, elle en avait conscience, et malgré tout, elle ne put s'empêcher de se laisser tenter.

Tout ça, c'était de la faute de cette foutue Granger de malheur.

Entre l'amour et l'orgueil, mon cœur balance.

Sa réflexion en était au point mort. Il avait finalement consenti, bien malgré lui, à l'idée terrible. Cela le rendait malade, nauséeux : il se dégoutait.

Jamais il n'aurait cru souffrir d'une telle faiblesse, et c'était bel et bien de cela qu'il était question. Si on prenait le temps de disséquer ce qui se passait dans sa tête, on pouvait découvrir qu'il avait associé le plaisir de la dominer et son attirance physique à son égard, à tout un tas d'autres trucs biens inutiles : son esprit taré s'était chargé du mélange et le résultat était à présent parachevé et propice à la haine de soi.

C'était pathétique. En lui, il y avait cette lourde intégrité occupée par la fierté, prenant l'ascendant sur les moindres de ses gestes et pensées. Aujourd'hui, ce trône de paille prenait feu, se consumait et partait en fumée sous ses yeux. A la place, un tout autre souverain venait s'enquérir du pouvoir, et ce dernier, étranger et lointain, réduisait son monde à une piètre flaque de boue. Il n'avait pas envie de ça, pas envie de s'atteler à des sentiments nouveaux, soi-disant plus « purs », à des clichés universels qu'endoctrinaient les contes pour enfants et bonnes femmes. Non, ce n'était pas lui.

Orgueil, honneur, survie. Le reste n'était que talent accessoire et Merlin seul savait s'il s'investissait déjà dans bien des domaines. Il n'avait plus rien à apprendre de l'apparence ou de la séduction, et encore moins de la manipulation et de la réussite. Il s'agissait là de dons innés dont il avait usé sans jamais avoir eu à s'y faire violence, contrairement à ceux qui s'appesantissaient d'une culpabilité pathétique dès qu'ils commettaient ce qu'ils appelaient des « impairs ». Principes moraux, valeurs, cela ne l'intéressait pas. L'amour, il estimait le connaitre suffisamment, notamment par le biais de sa mère. L'amitié, souvent surfaite, il en avait également fait le tour à plusieurs reprises. Le seul ami qui portait encore grâce à ses yeux était Blaise et il avait peur que toute cette soudaine métamorphose ne l'éloigne de son pote de toujours.

Ce n'était pas qu'il avait peur du jugement des autres, car il n'en avait strictement rien à faire. C'était plutôt son propre jugement qui l'inquiétait. Il n'avait jamais eu à faire face à la détestation de soi et pourtant, les espèces de tares sentimentales qui prenaient possession de lui promettaient des heures d'introspection proprement déplaisantes et inutiles.

Il s'était toujours fait confiance, croyait en lui, était sûr de ses gestes, de ses actes. En quelques semaines, tout s'était réduit à l'état de néant. C'était comme si des graines de doute s'étaient semées le long de sa route, et qu'aujourd'hui poussaient invariablement des ronces meurtrières, prêtes à lui barrer le chemin. Non, il n'avait pas envie de complications. Il n'en avait pas besoin de davantage. Et c'est tout ce que cette situation apporterait, en plus des migraines et des arrachages de cheveux.

Était-ce ineffable ? Il donnait l'impression que toute cette aventure n'était qu'un scoop, mais c'était bien pire que cela. Drago Malefoy ne venait pas de réaliser qu'il aimait Hermione Granger, non, non : Drago Malefoy venait de réaliser que cela faisait des plombes qu'il en était amoureux. Depuis combien d'années marchait-il avec ce boulet accroché au pied ? Ça, il n'en avait pas la moindre idée et rien que de penser à les compter lui refilait un mal de crâne exaspérant.

Peut-être devait-il juste ignorer tout ça, aller se fumer une cigarette en haut de la tour d'astronomie et éventuellement envisager de s'en jeter.

Drago ricana nerveusement.

Voilà qu'il devenait cynique à propos du suicide. La blague se rendait de plus en plus mauvaise.

Alors quoi ? Qu'allait-il faire ? Lui avouer ses sentiments au coucher du soleil ? Rejoindre le camp du vieux fou et de Potter, s'agenouiller en pleine bataille et lui faire sa demande… ? Et là, soit elle bondirait dans ses bras telle une mijaurée sans cervelle, soit elle lui jetterait un sortilège de la mort : dans les deux cas, il se faisait bien entuber.

Non. Il fallait qu'il ignore tout ça, qu'il n'y pense plus. Et la seule solution pour cela, c'était de couper les ponts. Cela signifiait annuler le pari, quitter les appartements des préfets, voire quitter Poudlard tout court, s'enfermer dans le manoir et ne plus jamais en sortir jusqu'à ce que le rhume de l'amour s'en aille, et toute la morve niaise avec.

Il ricana de plus belle, venant poser une main sur son front, fermant les yeux sous le coup de l'exaspération.

Fuir ? Rester ? Faire comme si de rien n'était ? Tout lui dire ? Lui faire l'amour dans son sommeil ?

Lui « faire l'amour »… ? Ah, quelle merde.

Non, il ne restait plus qu'une seule solution : il fallait qu'il la bute. Non, il fallait qu'il la baise d'abord. Il ne pouvait pas la buter sans savoir comment c'était de… avec elle…

Bref ! Et ensuite il la buterait. Bon, baiser n'était peut-être pas le bon mot. Si, c'était le bon mot, il n'y en avait pas d'autre. Il fallait qu'il la baise, puis qu'il la bute.

Bon, mais plusieurs fois… il fallait qu'il la baise plusieurs fois.Peut-être trois ou quatre.Ou cinq.Puis qu'il la bute.Ou six, ou sept.

Putain de bordel de merde.

Il ne pouvait pas faire ça. Il n'y avait aucune solution. C'était vraiment la journée la plus pourrie de toute son existence. Et le pire, c'était qu'il s'était fait cette même réflexion les six derniers jours d'avant également. Cela empirait, c'était pire que la maladie. Bientôt, toute cette saleté le rongerait et il ne resterait plus que son squelette, là, sur le lit.

Il ne put s'empêcher de rire nerveusement lorsqu'il imagina Granger entrer dans sa chambre et y trouver son cadavre en décomposition, avec les hurlements qui iraient avec.

Dans quoi s'était-il foutu ?

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