My Dear Sadistic Highness

Chapitre XIV

Bonjour, les Fizwizbiz !

Challenge d'aujourd'hui : votre mission, si vous l'acceptez, est de m'aider à faire un nouveau résumé. Le mien est nul, on en conviendra bien volontiers, et j'aurais bien besoin d'aide pour en créer un nouveau et surtout, plus fidèle à l'intrigue ! Pour l'instant, j'ai installé une citation transitoire, mais qu'à cela ne tienne ! A vos claviers et faites-moi part de vos idées !

Deuxième chose : je suis déjà persuadée que très peu de personnes écoutent les musiques mises en début de chapitre (notamment parce que ça peut être galère), et pourtant, je ne peux que vous conseiller de le faire. Si vous ne connaissez pas celle de ce chapitre-ci, je vous y encourage encore plus. Le chanteur de Trading Yesterday était le co-fondateur du groupe Evanescence, avec Amy Lee... Il a quitté le groupe pour fonder le sien, au style certes complètement différent, mais excellent tout de même ! Et on comprend d'ailleurs pourquoi les premiers albums d'Evanescence avait une telle force de frappe. Bref, laissez-vous tenter si vous en avez l'opportunité.

Lati : Oui, l'amûûûûûûûûûûûûûûûûûr ! )

Syoco : c'est là qu'on voit, en tant qu'auteur, à quel point les attentes de nos lecteurs peuvent être différentes ! Certains étaient ravis qu'il y ait davantage d'introspection dans le chapitre XIII, et d'autres, comme toi, préfèrent lorsqu'il y a de l'action. L'avantage, c'est que moi j'aime les deux et que par conséquent, je ne m'ennuie jamais dans l'écriture ! En tout cas, je te remercie pour la review !

Et s'il y a bien une chose qui a d'ailleurs fait l'unanimité, c'est la réflexion de Drago, effectivement un peu psychopathe sur les bords. Mais on l'aime comme ça, après tout !

LittleRock14 : tout d'abord merci (encore et toujours) pour ta review ! Effectivement, Madame Griffith sort tout droit de mon imagination, et c'est un personnage que j'affectionne beaucoup aussi. J'adore Luna aussi, et elle ne va pas disparaitre, au contraire ! Bref, tout ça pour te redire merci )

Cind3rella : Haha ! Tout pour mes lecteurs ! Mais non, Hermione n'est pas bête : elle est juste complètement décontenancée, c'est normal :p Quand à Drago, il a toujours été un peu timbré, cela ne fait que confirmer cet état de fait indéniable ! Merci pour la review, et bises :D

Pepette : et bien dis-donc, quelle belle assertion ! Je suis conquise, comblée, ravie ! Je te remercie d'avoir pris le temps de reviewer ! La suite, tout de suite )

And I've lost who I am,And I can't understand why my heart is so broken rejecting your love,Without love gone wrong, Life, Less words, Carry on.But I know, all I know is that the end's beginning

Who I am from the start, take me home to my heart.Let me go, and I will run, I will not be silenced.All this time spent in vain, Wasted years, Wasted gain.All is lost, Hope remains, And this war's not over.

There's a light, There's the sun… Taking all the shattered ones to the place we belong.And his love will conquer all…Yes his love will conquer all.

Yesterday I died, tomorrow's bleeding,Fall into your sunlight.

Shattered – Trading Yesterday

Chapitre XIV

Hermione enjamba l'un des murets du cloitre et s'y assit en tailleur. Elle n'avait toujours pas le cœur à remonter dans ses appartements bien que la nuit se soit installée depuis deux bonnes heures. Elle s'était tout de même rapprochée de Poudlard, peu rassurée à l'idée de rester près du lac et de la forêt interdite.

- Hermione !

Ginny.

Elle dirigea son regard vers la provenance de la voix de la rousse et c'est avec surprise qu'elle s'aperçut que cette dernière n'était pas seule. Un Harry véritablement cramoisi lui tenait la main. Allez savoir ce qu'elle avait interrompu…

- Ça va ?, demanda-t-il d'une voix un peu éraillée.

Hermione esquissa un sourire un peu plat.

Devait-elle leur révéler ce qu'elle venait d'apprendre ? Cela lui parut au-dessus de ses forces : si elle, qui avait vécu avec le Serpentard pendant les six derniers mois, ne parvenait à comprendre ce qui se passait dans sa tête, alors ce ne serait pas eux qui seraient en mesure de le faire. Harry serait probablement outré, Ron, elle ne préférait même pas y penser… Quant à Ginny, si c'était probablement la seule à pouvoir écouter l'histoire, Hermione ne désirait pas lui avouer des choses qu'elle cacherait aux autres. C'est pour cela qu'elle choisit de garder le silence.

- Ça peut aller. J'allais rentrer au château…, mentit-elle sans trop de remords.

Elle leur laisserait le cloitre : ce n'était pas non plus comme si elle souhaitait entamer la discussion alors qu'ils avaient sans doute bien mieux à faire.

- Ah… Ben nous on va rester un peu. On regarde les étoiles, finit par dire Ginny avec un sourire insolent.

Hermione lui rendit son sourire, sincèrement cette fois, et quitta les lieux.

- C'est plutôt les étoiles qui profitent du spectacle !, lança-t-elle avant de bifurquer à l'intérieur du château.

Il y avait de l'amour dans l'air.

Liam retint de justesse l'ouvrage en haut de la pile vertigineuse qu'il tenait dans ses bras. C'était le quatrième aller-retour qu'il faisait des salles d'études jusqu'à la grande table de tri. Il commençait à comprendre pourquoi la vieille pie était aussi aigrie : les élèves ne prenaient même pas la peine de ranger leurs emprunts convenablement et elle devait s'atteler à cette tâche tous les soirs. Bon, la différence, c'était qu'eux étaient obligés de le faire sans baguettes. S'il était de sang-mêlé, il devait tout de même admettre que la magie résolvait bien des problèmes… C'est ainsi qu'il se mit à sourire : ce devait être le calvaire absolu pour Parkinson.En tout cas, il comprenait mieux pourquoi Madame Pince ne chômait pas sur les distributions de retenues : cela lui permettait de finir son travail dans les temps. Et effectivement, à chaque fois qu'il se rendait à la bibliothèque, il voyait toujours des malheureux en train de s'atteler au rangement des rayonnages…

Le Serdaigle poussa la porte de son pied et la retint aussitôt en y collant son dos pour se glisser à l'intérieur de la bibliothèque. Les hautes fenêtres laissaient passer la lumière blanchâtre de la lune et les quelques lampes à acétylène éclairaient faiblement le reste des rayonnages. Il régnait dans la vaste salle un silence absolu, seulement interrompu par la marche malhabile de Liam jusqu'à la dernière rangée.

- Parkinson, j'espère que t'as fini la dernière série, parce qu'en voilà une autre !, maugréa le brun en manquant de vaciller une nouvelle fois sous le poids des livres.

Il n'obtint aucune réponse et grommela des jurons en s'approchant enfin de la table où ils rangeaient les ouvrages. Mettant leur aversion de côté pour une seule retenue, ils avaient décidé de collaborer pour finir la tâche le rapidement possible, à savoir que Liam se charge de ramener les livres –il était plus fort que Pansy-, et qu'elle se charge de les trier et de les remettre sur les étagères le plus rapidement possible.

Liam finit par débouler dans l'allée et se figea face à ce qu'il vit : Pansy Parkinson, la tête posée sur ses bras, eux-mêmes posés sur une pile de livres, dormait à poing fermés. Pendant quelques secondes, une pulsion destructrice envahit tout son être mais il se résolut à ne pas la libérer, craignant que Madame Pince ne soit à proximité et qu'elle en profite pour les coller à nouveau. Le plus doucement possible, il reposa les livres à terre et s'approcha de la Serpentarde. Un sourire sadique traversa son visage lorsqu'il arriva juste derrière elle. D'un mouvement ample, il se pencha sur elle et vint doucement approcher ses lèvres de son oreille.

Une odeur de vanille vint aussitôt lui saisir les narines et le détourna de sa tâche l'espace d'une seconde.

- Mono-neurone !, chuchota-t-il moitié.

Elle marmonna quelque chose avant de cacher son visage entre ses bras. Alors, il ne put plus résister davantage à la tentation et avança ses mains près des hanches de la jeune fille, faisant émerger les index de chacune. Et d'un coup, il planta ses doigts dans ses côtes, la faisant bondir dans un cri aigu.Il explosa littéralement de rire face à sa réaction.

- Non mais ça va pas bien dans ta tête, Blake !, s'époumona-t-elle, le cœur en peine chamade.

Il voulut lui faire signe de baisser d'un ton mais sa crise de rire l'empêcha d'articuler le moindre mot ou de faire un simple geste.

- J'ai failli mourir d'une crise cardiaque, sombre crétin !, finit-elle par siffler, vindicative.

S'imposa alors un grand silence tandis que Liam essayait tant bien que mal de calmer son fou rire, sous les yeux furieux de la Serpentarde.

- Désolé, Parkinson, finit-il par souffler. C'était vraiment trop tentant.

Ils se remirent à trier, Liam parfois secoué par de nouveaux éclats de rire nerveux dès qu'il repensait à la tête qu'elle avait faite.

- Ce n'est vraiment pas drôle !, persiffla une nouvelle fois la Serpentarde tandis qu'il repartait encore dans un rire après être revenu des salles d'études.

- Tu n'avais qu'à pas t'endormir, Mono-neurone.

Elle ne répondit pas, frustrée. C'est vrai, ce n'était pas particulièrement correct de s'endormir mais elle était tellement fatiguée... Elle n'avait pas beaucoup de répit chez les Serpentards, depuis quelques temps. Et très honnêtement, il y en avait marre de ces tâches à n'en plus finir : ils n'étaient pas des esclaves ! Ah et on lui interdisait l'usage de la magie, bien sûr… N'importe-quoi ! Elle était une sorcière, nom d'une chouette, pas une vulgaire moldue. Et voilà qu'on la privait de sa baguette. Non mais franchement.

- Je n'ai pas fait exprès de m'assoupir, si tu veux tout savoir. J'en ai juste ma claque et très honnêtement, j'ai envie d'aller me coucher.

Le Serdaigle lui jeta un regard assez neutre pour une fois.

- Moi aussi… Mais je ne sais pas où elle est, et elle ne revient pas…

- Vous avez fini ?, s'enquit soudainement une voix sévère.

Des claquements de talons résonnèrent jusqu'à eux.

- Non…, avouèrent les deux élèves, moitié tête baissée.

- Et je peux savoir pourquoi ? Normalement cela devrait être le cas.

- Évidemment, si nous avions des bag…

Liam lui pressa le bras pour la faire taire : il en fallait peu pour énerver Madame Pince et il savait que Pansy était tout aussi sanguine. Elle crut tout d'abord qu'il allait la dénoncer : c'était un peu à cause d'elle qu'ils n'avaient pas terminé de ranger les livres.

- Nous serons bientôt en période d'examens : ce n'est pas facile de résister à la fatigue, après nos révisions, Madame.

Elle posa ses yeux sur lui, défiante.

- Insinueriez-vous que je vous empêche de travailler ?

- Pas du tout, protesta-t-il ardemment avec politesse. Non, ce que je veux dire, c'est que nous sommes réellement navrés de ne pas parvenir à satisfaire vos attentes, Madame.

Madame Pince plissa son visage dans une moue orgueilleuse.

- Bien. Ce n'est pas si grave, vous pouvez disposer. Je vous rappelle qu'il vous reste trois retenues, cela vous donnera l'opportunité de réessayer, claqua-t-elle sèchement avant de disparaitre dans l'allée.

Les deux jeunes sorciers s'échangèrent un regard presque désespéré avant de se reprendre et de commencer à ranger leurs propres affaires. Ils quittèrent la bibliothèque en fermant calmement la porte, s'en éloignant à pas pressés par la suite.

- C'était cool, Blake.

Il posa son regard sur Pansy, cette dernière visiblement déterminée à regarder devant elle sans lui accorder la moindre attention visuelle. Elle sentit de l'incertitude dans son silence.

- …De ne pas me dénoncer, je veux dire.

- Ça ne m'aurait pas particulièrement aidé.

Pansy leva les yeux au ciel : bon sang, elle venait de faire appel à toute la cordialité de son être pour lui dire ces quelques mots et il se foutait encore d'elle. Ce mec était irrécupérable.

- Quoiqu'il en soit…, marmonna-t-elle, exaspérée.

Un silence s'installa, seulement rompu par le bruit de leurs pas sur les dalles creuses du corridor.

- …Et puis je sais que tu ne dors pas bien, finit par lâcher Liam en détournant le regard.

Ce fut au tour de la Serpentarde de poser les yeux sur lui : comment pouvait-il diable savoir cela ?

- Comment tu le sais ?, s'enquit-elle presque instinctivement.

- Tu es dans le même dortoir qu'Oksana, non ? J'imagine bien qu'elle ne te rend pas la vie facile en privé, vu ce qu'elle t'a fait subir en public.

Et il en avait déduit ça tout seul ? Par Merlin, le Choixpeau Magique ne mentait pas, les Serdaigles étaient foutrement vifs d'esprit.

- Ça pour le dire, c'est sûr : tu t'es choisi la plus sadique des Serpentardes.

Liam arrêta sa marche aussitôt. Elle fit quelques pas devant mais se stoppa à son tour lorsqu'elle vit qu'il n'était plus à son niveau.

- Comment ça, je me suis choisi… ?

Pansy esquissa un sourire ironique.

- Arrête, Blake, tous les Serpentards savent que tu te tapes Oksana. On n'est pas des billes, tu sais.

Mais Blake ne répondit pas, incitant la brune à perdre son rictus au profit d'une mine plus sceptique.Combien de temps cette fichue histoire allait-elle le poursuivre ? Il en avait plus qu'assez d'avoir à se justifier : il avait fait une connerie, bon, d'accord, mais c'était fini. Il y avait laissé de nombreuses plumes et avait appris de ses erreurs. Qu'est-ce qu'on lui demandait de plus, à présent ? Il n'avait rien à prouver à qui que ce soit.

- Ce n'est arrivé qu'une seule fois, corrigea-t-il sur un ton sec. Je ne veux plus jamais approcher cette garce, de près ou de loin. Je n'ai couché avec elle que parce que j'avais bu.

Pansy sentit ses oreilles chauffer : ça c'était une nouvelle en or pour les potins qu'elle aimait raconter à droite et à gauche. Pourtant, penser à en faire un téléphone arabe ne lui parut pas être une si bonne idée, à cet instant. C'était incroyable, tout de même : c'était le premier mec qui semblait voir Oksana telle qu'elle était. Une garce hautaine qui piétinait les autres.Même Drago n'avait pas fait preuve d'autant de perspicacité par le passé… Ou en tout cas préférait justement les garces hautaines à elle.

- On dirait que tes yeux vont tomber, Mono-neurone.

Il arbora soudain un sourire moqueur face à la mine toujours éberluée de la Serpentarde.

- Ce n'est pas parce que je traite Oksana de garce que tu dois tomber amoureuse de moi, tu sais, lança-t-il sur un ton narquois en reprenant sa marche, la dépassant tout en lui adressant un sourire désarçonnant.

Elle fronça les sourcils tout en ouvrant la bouche, rendue furieuse par l'entente de ses propos.

- On voit que chez toi, la frontière entre le rêve et la connerie est très mince, Super-cerveau, cingla-t-elle en reprenant également sa marche.

- Peut-être, mais comme tu viens toi-même de le dire, chez moi il existe au moins une frontière.

- T'es vraiment un mec lourd, tu le sais ça ?

- Tu dis ça parce que mes vannes sont trop subtiles pour ton unique neurone ?

- Oui, oui, Blake… Tes vannes sont subtiles, tu es le fils de Cornelius Fudge, tu transpires de l'Amortentia… !

La dispute aurait pu continuer encore longtemps s'ils n'étaient pas arrivés aux escaliers. Leurs chemins se séparèrent sans qu'ils ne s'adressent le moindre regard, elle descendant aux cachots et lui montant dans les étages.

- Pauvre con !, cria-t-elle en bas des marches.

- Sale conne !, répondit-il sur le même ton en haut des siennes.

C'est le sourire aux lèvres qu'ils rentrèrent dans leurs salles communes respectives…

Hermione gravit l'énième escalier et soupira. Elle y était. C'est le pas lent qu'elle s'avança vers le tableau familier et qu'elle prononça le mot de passe d'une voix morne. Ce dernier s'écarta et elle pénétra dans la salle commune des préfets-en-chef, laissant son regard balayer la pièce à la recherche de la moindre silhouette. Il n'y était pas et c'était tant mieux.

Pour ne pas laisser passer cette chance, elle se rendit directement dans sa chambre et se mit en tenue pour dormir. Une fois dans son lit, ses affligeantes pensées –qui en vérité ne l'avaient pas quittée une seule seconde- vinrent l'assaillir de plus belle. Que devait-elle faire ? Comment devait-elle réagir ?

Elle n'avait pas envie qu'il sache qu'elle-même savait. Elle sentait que cela aurait pu affecter leur relation dans le mauvais sens et très honnêtement, elle n'avait pas envie de le voir reculer et reprendre le sentier des insultes et du sadisme moral.

La Gryffondor s'était donc résignée à ne pas lui révéler qu'elle le savait l'auteur du cadeau. Plus vicieusement encore, dans sa tête s'était glissée l'envie de se remettre à porter le pendentif, juste pour voir comment il réagirait. Après tout, la planche de Harmpher avait confirmé à plusieurs reprises que l'objet ne portait aucune trace de magie, ce qui l'avait vraiment rassurée. Elle pouvait donc porter le bijou sans avoir à craindre de quelque effet néfaste sur sa personne.

Sa main vint tâtonner la table de nuit et elle glissa sa main sur la tranche du bois, saisissant entre ses doigts l'anse du tiroir pour l'entrouvrir. Ses doigts trouvèrent le coffret presque immédiatement, et elle l'en sortit. D'un geste simple et lent, elle souleva le petit couvercle arrondi et contempla l'intérieur de l'écrin : il reposait là, nonchalamment, au milieu de sa chaine scintillante en petit tas. Elle l'attrapa, posa le coffre sur sa couverture et vint passer la chaine autour de son cou, l'y scellant par l'attache derrière sa nuque. Hermione souleva ses cheveux, les faisant passer au dessus de la chainette : cette dernière imposa alors sur sa peau un contact froid qui la fit frissonner. Le pendentif vint tomber à la naissance de sa poitrine et elle le détailla des yeux, toujours aussi fascinée par ce bout de métal, même après tout ce temps.

Il était vraiment magnifique.

Elle était rentrée. Il l'avait entendu passer le tableau, parcourir la salle commune et fermer la porte de sa chambre. Elle devait probablement dormir paisiblement à présent, là où il en était bien incapable lui-même. Ah la fourbe injustice… ! La raison de ses maux reposait tranquillement à quelques mètres de lui et dans sa tête tourbillonnait des tas d'idées, plus ou moins cohérentes et pertinentes.

Il passa ses bras sous sa tête, soupirant pour la énième fois.

La nuit serait longue.

- Tu ne trouves pas Hermione étrange ces derniers temps ?, s'enquit Harry en resserrant son étreinte sur la rousse.

Ginny haussa les sourcils : si Harry commençait à remarquer qu'il y avait quelque chose de curieux, c'était bien qu'elle n'avait pas rêvé.Ils étaient encore au cloitre, assis sur un muret. Il était adossé contre la colonne et Ginny avait son dos contre son torse, presque allongée entre ses bras.

- C'est-à-dire ?

- Je sais pas, elle et Malefoy…

- J'en étais sûre !, l'interrompit-elle, excitée. On est d'accord, il y a un truc qui ne tourne pas rond ?, s'exclama-t-elle en se retournant pour que leurs yeux se rencontrent.

- Ben… C'est pas que ses insultes me manquent mais… j'ai pas l'impression que ce soit bon signe qu'il s'en prive… Je veux dire, s'il déverse toute sa haine sur Hermione quand ils sont dans leurs appartements, c'est pas génial, génial.

La Weasley hocha la tête avant de rediriger son regard vers à la fontaine du cloitre.

- Moi, je pense plutôt qu'il a quelque chose en tête. Genre un plan, des machinations vicieuses… Tu vois… ?

- Tu penses à Voldemort ?

Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas prononcé ce nom. C'est peut-être à ce moment là qu'il comprit à quel point il avait abusé, ces derniers mois.

- Je ne sais pas. Je ne pense pas que ce soit ça, c'est plutôt qu'il a l'air… calmé, murmura Ginny, pensive.

- Personnellement, j'aurais plutôt tendance à le trouver plus maussade qu'avant.

- C'est vrai, concéda-t-elle.

- Et Hermione est différente quand il est présent. Je ne sais pas, elle lui jette des regards inquiets… Comme si elle le surveillait ou un truc du genre, nota Harry, la voix songeuse.

Lui aussi avait remarqué les fréquents regards que lançait la brune au Serpentard.

- Tu sais s'il s'est passé quelque chose entre eux ?, s'enquit Harry. Je sais qu'elle te confie presque tout.

Ginny aurait aimé s'en vanter aussi mais la vérité, c'était qu'elle découvrait tous les jours de nouvelles facettes d'Hermione.

- Non, elle ne m'a rien dit… Mais c'est vrai que la fois où on a tous parlé dans le couloir…

Elle rougit à ce souvenir.

- … Elle avait fait référence au fait qu'il s'était passé des évènements fâcheux entre eux, au début de l'année. Et quand on lui a demandé de quoi il s'agissait, elle a éludé le sujet en arguant que c'était terminé, de toute façon.

Il approuva, se remémorant ses paroles à son tour.

- Il a dû se passer quelque chose, conclut Harry.

Au fond de lui, quelque chose lui faisait penser qu'il n'avait pas envie de découvrir de quoi il s'agissait. Il se doutait aussi que le fait qu'ils vivent à présent ensemble devait y être pour beaucoup : il imaginait une sorte de quotidien explosif entre les deux êtres complètement opposés, et se doutait que ce dernier devait receler de sombres secrets. Si leurs rapports avaient changé, et par-là que leurs comportements n'étaient plus les mêmes non plus… c'était qu'il s'était produit quelque chose d'encore plus « imprévu » que son imagination ne l'escomptait.

- Mais Hermione viendra certainement nous en parler quand elle sera prête, assura-t-il, certain de ce qu'il avançait.

- Je ne sais pas, Harry… Si elle cache des choses à propos de Drago Malefoy, je ne vois pas pourquoi elle nous les révèlerait plus tard : ça n'a pas de sens. En plus, si elle est réellement inquiète pour lui, quelle qu'en soit la raison, je doute qu'elle vienne nous le confier.Tu imagines ? Elle sait qu'elle devra prendre des pincettes pour nous raconter de quoi il est question… Je veux dire, c'est quand même votre ennemi juré depuis votre première rentrée à Poudlard.

Ginny n'avait pas tort, mais en même temps, Hermione s'était toujours montrée pleine de bonté. Il n'était donc pas inimaginable qu'elle se mette à compatir pour Drago Malefoy, quelle qu'en soit la raison comme avait dit Ginny. Même s'il n'aimait pas particulièrement cette idée, il la comprenait : elle était ainsi faite et c'était aussi cela qui faisait qu'il tenait tant à elle. C'était une amie extraordinaire. Ron bougonnerait probablement les premiers temps aussi, mais il était sûr que le roux avait tout à fait cerné Hermione également. Même s'il essayait de bouder, il ne pourrait pas s'y contraindre trop longtemps.

- Je pense que c'est de notre faute, Gin'. Je veux dire, à Ron et à moi. On a fait n'importe quoi, je le réalise pleinement maintenant… Elle a certainement beaucoup de mal à retrouver confiance en nous et je la comprends. C'est sans doute pour ça, effectivement, qu'elle ne parle plus de Malefoy s'il s'agit de son point de vue d'un sujet délicat. Même si nous nous sommes tous réconciliés et retrouvés, il y a encore un peu de tension parfois et Hermione est la dernière personne à vouloir l'alimenter…Mais ça s'arrangera. C'est pour ça que je pense qu'elle finira par tout nous dire, tôt ou tard.

La rousse se retourna un peu pour plonger ses yeux bruns dans les yeux verts d'Harry. Doucement, elle vint poser sa bouche sur la sienne et l'embrassa tendrement. Leur baiser en dit plus que les mots désordonnés qui se bousculaient à ses lèvres : elle était sincèrement heureuse qu'Harry ait retrouvé la raison.

Nous étions le premier lundi de mars et Hermione s'habillait dans sa chambre. Elle n'avait pas vu le Serpentard depuis le vendredi soir dernier et cela l'obsédait. Elle nouait sa cravate, l'air un peu fébrile, prenant soin de ne pas emmêler le pendentif au morceau d'étoffe.

A chaque fois qu'elle posait les yeux dessus ou encore qu'elle sentait son contact contre la peau de sa gorge, elle ne pouvait s'empêcher de frissonner à moitié. Il n'avait pas encore vu qu'elle l'avait remis, puisqu'ils ne s'étaient même pas croisés et elle se demandait avec ferveur comment il réagirait lorsque ses yeux se poseraient dessus. A chaque fois qu'elle y songeait, imaginant toute sorte de réactions, son cœur s'accélérait. Elle ne se comprenait plus trop à vrai dire.

La vraie raison de sa fébrilité était sûrement qu'elle avait Potions en deuxième heure et qu'à cette occasion, ils seraient obligés de se retrouver. Une fois sa préparation finie, elle prit sa besace de cours. A côté de cette dernière reposait le poste de radio que Liam lui avait offert. C'est avec étonnement qu'elle se rendit compte que son amertume à son égard avait perdu une bonne dose de son intensité. La vue de l'appareil ne suscita qu'une petite incertitude chez elle : devait-elle le lui rendre ?

Tout en se posant la question, elle repassa à la salle de bain pour vérifier que sa tête était montrable, une nouvelle manie qu'elle trouvait assez déstabilisante. D'un coup de brosse, elle démêla davantage ses cheveux, geste qu'elle avait déjà opéré un peu plus tôt dans la matinée.

Il fallait qu'elle ait une discussion avec le Serdaigle au sujet du poste : cette idée ne l'affligea pas. Elle y était presque indifférente et moitié heureuse d'avoir un prétexte pour aller lui adresser à nouveau la parole. S'il y avait bien un défaut qu'elle ne voulait pas se trainer, c'était bien la rancune. Il n'était pas stupide et avait dû comprendre son erreur, d'autant plus que si lui n'en savait rien, elle se savait un peu responsable de toute cette histoire. C'était après tout elle qui l'avait mêlé à toutes les aventures que leur avait fait subir le Serpentard.

Et voilà.

Elle replongea dans ses pensées emplies d'yeux gris, et se jaugea une dernière fois dans la glace, son regard critique fixé sur sa chevelure décidément indomptable. Hermione quitta sa chambre, tendant l'oreille pour savoir s'il était encore là ou s'il était déjà descendu. Le silence montrait certainement qu'il avait d'ores et déjà quitté les lieux.

Le tableau se referma derrière elle et elle dévala les escaliers jusqu'à la grande-salle pour aller petit-déjeuner. Harry et Ron étaient déjà attablés lorsqu'elle arriva : Ginny devait probablement commencer plus tard. Elle les salua chaleureusement et leur demanda comment se passait leur rédaction du devoir de métamorphose qu'ils avaient à rendre pour le jeudi suivant. Ils éludèrent la question en esquissant des sourires complices un peu désespérants. Ils n'avaient probablement pas encore commencé à travailler leur parchemin. C'est donc avec un certain plaisir qu'elle retrouva l'habitude de les avertir qu'il leur restait peu de temps et qu'ils avaient tout intérêt à se dépêcher de s'y mettre.

Il était vraiment étrange de constater que si les habitudes entre eux revenaient, d'autres changeaient complètement dans l'envers du décor. Après avoir avalé ses œufs brouillés et son thé, elle les suivit en cours d'histoire de la magie.

Rien ne valait le récit d'une guerre sanglante entre géants de bon matin, surtout lorsque cette dernière était contée par la voix soporifique du professeur Cuthbert Binns. Comme à l'accoutumée, Hermione grattait ses notes avec la plus grande assiduité, ce qui lui valut plusieurs regards mornes. Ce que les autres étudiants ignoraient, c'est que si elle écrivait avec passion, elle n'écoutait pas le fond du discours monocorde du professeur, non, elle avait bien d'autres idées en tête.Le cours passa très vite à ses yeux, constat qu'elle ne partagea pas avec les autres Gryffondors et Poufsouffles, complètement endormis par la troisième guerre Urléenne.

Harry, Ron et elle commencèrent donc à descendre les escaliers pour se rendre en potions. Si les deux premiers avaient le moral au plus bas face à la torture qui les attendait, Hermione se sentait elle particulièrement agitée. Lorsqu'elle entrevit les premiers uniformes Serpentards, son cœur se mit à battre à tout rompre. A mesure qu'elle progressait dans le couloir se dessinaient les silhouettes nonchalantes et fières des verts et argents. C'est lorsque ses yeux se heurtèrent à une chevelure flavescente bien caractéristique qu'elle sentit ses jambes flageoler un peu.

Il était en pleine discussion avec Blaise Zabini, et Parkinson non loin d'eux semblait perdue dans ses pensées. Un peu plus loin, Oksana chuchotait avec ses amies, balayant les alentours de ses yeux arctiques.

Ouh, la belle épreuve à affronter.

La porte s'ouvrit comme d'habitude avec fracas, convergeant tous les regards sur le professeur dans son embrasure.

- Dépêchez-vous, articula lentement le professeur Rogue, les yeux aussi stricts qu'à l'accoutumée.

Malefoy se décolla du mur en y mettant apparemment maigre motivation et ramassa son sac en bandoulière, le passant sur son épaule d'un geste tout aussi indolent. C'est lorsqu'il se redressa que leurs yeux se rencontrèrent.

Le temps s'arrêta. Ils se fixèrent, totalement inconscients du vacarme que faisaient les autres élèves en rentrant dans la salle de classe. Malefoy détourna tout aussi subitement les yeux, impassible, et entra dans le cachot à son tour. Hermione sentit ses jambes affaiblies retrouver leur équilibre originel et elle avança également vers la porte. En passant, elle croisa le regard presque interloqué d'Harry qui se changea aussitôt en une moue d'incompréhension et d'interrogation. La tête d'Hermione articula une oscillation de dénégation et elle entra dans la salle de classe, mutique.

Comme à son habitude, elle s'installa au premier rang : place que l'on lui cédait fort volontiers. La salle était, à peu près comme toujours, scindée entre les Gryffondors et les Serpentards. Personne n'y faisait plus attention, sauf Hermione qui laissa ses yeux parcourir les tables des verts et argents. Drago était au bout du deuxième rang, davantage appuyé contre le pilier de pierre que sur le dossier de sa chaise. Il remarqua son regard avant de détourner le sien à nouveau, toujours aussi imperturbable.La Gryffondor rougit et s'en retourna vers le tableau sur lequel Rogue inscrivait le titre de la leçon du jour.

« Potion de l'Augurey » (1)

- Qui saurait me dire ce qu'est la potion de l'Augurey ?

Comme à son habitude, Hermione dressa son bras presque aussitôt. Les regards, -tous maussades, qu'ils viennent des rouges-et-or ou des verts-et-argent-, se rivèrent sur elle.

Combien de temps allait cette fois mettre Rogue pour l'ignorer superbement ?Une seconde… Quatre… ? Quinze ?

- Personne, évidemment.

Et comme à son habitude, Hermione brava son autorité. Ce n'était pas tant par provocation c'était tout simplement parce qu'elle ne pouvait s'empêcher de répondre à une question dont elle connaissait pertinemment la réponse. Et le fait même de suggérer qu'elle ignorait ce dont il s'agissait, ce que semblait s'appliquer à faire Rogue à chacun de ses cours, n'était tout simplement pas supportable. Elle savait qu'elle ferait certainement perdre des points à Gryffondor mais qu'y pouvait-elle franchement ?

- La potion de l'Augurey, ou dite « potion larmoyante », est une potion ayant les mêmes effets que le sortilège du Lacrimatus (2). Elle suscite une tristesse considérable et condamne celui qui l'ingère à pleurer durant plusieurs heures, jusqu'à parfois plusieurs jours. C'est une potion également tristement célèbre pour avoir mené au suicide plusieurs centaines de sorciers en Angleterre. Évidemment, il est supposé qu'elle peut très bien être utilisée sur les moldus à leur insu. Sa fabrication artisanale hors des cercles médicaux, ainsi que son usage ont été interdits par la réforme du Code des Potions et Breuvages Magiques de 1964.

Rogue ne l'interrompit pas encore, la laissant aggraver son cas tout en écoutant attentivement ce qu'elle avait à dire.

- Elle est appelée « potion de l'Augurey » en référence au phénix irlandais du même nom dont le cri fut jadis considéré comme un présage de mort. C'est une lamentation presque impossible à supporter pour celui qui l'entend et qui provoque aussitôt les larmes.

Il y eut un silence après le montant considérable d'informations qu'elle venait de débiter sans reprendre son souffle.

- Dix points de moins pour Gryffondor, miss Granger. Veuillez cesser, et de m'interrompre, et d'étaler votre savoir sans que je ne vous aie donné l'autorisation de le faire au préalable.

Hermione se retint de soupirer et se tût, vaincue comme toujours. Et comme d'habitude, les rires habituels des Serpentards vinrent résonner, tout comme les plaintes étouffées des Gryffondors face à cette outrageuse, et qui plus est régulière, injustice.

- Comme vous l'aurez certainement entendu dans le babillage incontrôlé de miss Granger, cette potion est interdite, nous allons donc nous pencher sur sa préparation théorique et sur les éléments qui la composent. Pour lundi prochain, vous aurez une analyse à faire sur l'importance de l'utilisation de plantes vivaces pour la préparation du breuvage.

La Gryffondor commença à noter le cours tout en surlignant sur son parchemin les points qui seraient intéressants à la dissertation de son prochain devoir.

Encore une heure faste.

Ah, de quoi s'était-il entiché, bordel ? D'une miss-je-sais-tout complètement insupportable. S'il y avait une créature aux lamentations déplaisantes, c'était plutôt elle.Malgré cela, il ne pouvait pas détacher son regard de son profil appliqué : elle écrivait avec ferveur sur son parchemin, la plume célère et agile. La joue nonchalamment appuyée sur sa paume, il se perdit dans cette contemplation jusqu'à ce que Blaise lui donne un sacré coup de coude.

- Mec… T'es en train de mater Granger, l'informa pertinemment son ami, reprenant la rédaction de ses notes sans s'en soucier davantage.

Drago lui jeta un regard : comment se faisait-il qu'aucune surprise n'animait sa voix, à celui-là ? Il aurait dû être scandalisé. Le blond décida donc de le provoquer.

- Et alors… ?

Blaise haussa les épaules.

- Je pensais juste que quelqu'un devait te le faire remarquer.

Pourquoi, parce que selon lui, il ne s'en rendait pas compte ? Il savait très bien qu'il regardait Granger… Et d'ailleurs il faisait ce qu'il voulait.

- Continue de gratter, tu veux…, souffla Drago en reportant son regard sur Granger qui se mordillait nerveusement la lèvre inférieure.

- Si c'est pour que tu me demandes mes parchemins à la fin de l'heure, tu peux toujours courir, chuchota l'afro-britannique sans pour autant cesser d'écrire.

Drago posa à nouveau son regard sur lui : comme s'il avait besoin de son aide en potion.

- Je te rappelle que je suis le premier de la classe.

- Et je te rappelle que tu l'es parce que je prends les cours.

Le blond soupira. Il n'y avait que lui pour lui tenir tête ainsi. Ah, non. Il y avait elle aussi. Les deux étaient insupportables, pour sûr.

- Depuis quand tu mates Granger délibérément ?, finit par s'enquérir Blaise, le regard figé sur le professeur pour que ce dernier ne le soupçonne pas de bavarder, bien qu'il ne lui en ferait certainement jamais la remarque.

- Elle me bouffe le crâne, lâcha Drago avant de soupirer une nouvelle fois.

Cette fois, Blaise arrêta d'écrire et reporta son regard sur lui, interloqué.

- Hein ?

Mais cette fois-ci, il avait parlé bien trop fort. Toute la classe se retourna vers eux deux, dont Granger. Le professeur s'interrompit.

- Je vous prierais de conserver le silence, monsieur Zabini. C'est mon premier et dernier avertissement.

Blaise acquiesça machinalement et tout le monde revint à ses activités, les Gryffondors en bougonnant à nouveau à propos d'injustice ou d'on-ne-savait-trop-quoi.

- Qu'est-ce que tu racontes, encore ?, souffla-t-il bien plus silencieusement à Drago.

- Je sais même pas quoi te répondre, répondit l'autre, las. Elle me casse les couilles.

- Et donc tu la regardes ? T'espères quoi, qu'elle ait une combustion instantanée ou un truc du genre ?

- Ch'ais pas.

Ok, Drago Malefoy allait décidément très mal.Venait-il de réaliser qu'il entretenait une aversion presque obsessionnelle envers Granger ? Après toutes ces années, Blaise s'était dit que c'était peine perdue et tenait la cause comme désespérée... Pourtant cela paraissait vraisemblablement ne pas être le cas.Blaise observa encore un peu son ami et secoua la tête. De toute façon, il était dégénéré et il ne valait mieux pas chercher à le comprendre davantage. Malgré tout, sa curiosité le poussa à poser une nouvelle question.

- Vous vous êtes disputés ? Encore… ? Non parce que de ce que tu m'as raconté la dernière fois…

Drago haussa les épaules. Il ne lui avait pas dit à propos du pendentif et se doutait que s'il le faisait, son ami pèterait probablement les plombs sous le coup du choc.Il lui racontait juste les tortures auxquelles il soumettait la Gryffondor, sans omettre de détails si l'on mettait le bijou à part. Blaise savait tout : l'ambomancie, les affrontements physiques, l'insupportable Serdaigle qui ruinait ses plans machiavéliques de génie… Peut-être avait-il oublié de lui préciser que ces derniers temps, Granger prenait une toute autre dimension dans sa vie.D'habitude, Blaise écoutait attentivement et se marrait, mais il ne rebondissait jamais sur les actes qu'il commettait, comme si quelque part il ne souhaitait pas s'y mêler pour tout l'or du monde. Sa présente curiosité était donc nouvelle.

Mais Drago oublia ses pensées très vite lorsqu'il s'aperçut que Granger avait passé sa main contre sa nuque et que son mouvement avait fait scintiller quelque chose sur son cou. Il plissa les yeux, abandonnant sa posture paresseuse pour la détailler franchement. C'était une chaine, c'est tout ce qu'il pouvait dire. Une chaine.Son cœur battait à tout rompre. Il ne pouvait pas s'en assurer concrètement mais son esprit était empli de la certitude qu'il s'agissait de son pendentif. Paradoxalement, il trouvait cela complètement absurde et hautement improbable.

Blaise lui jeta un regard dubitatif avant de poser ses propres yeux sur Granger pour voir ce qu'il fixait avec tant de concentration. Il ne vit que l'étudiante écrire, comme elle le faisait déjà depuis une bonne demi-heure. Secouant la tête, définitivement exaspéré par le comportement de son meilleur ami, il s'en retourna à ses griffonnages plus ou moins studieux pour ne plus en relever la tête.

Les élèves se levèrent et commencèrent à ranger leurs affaires : Hermione roula soigneusement ses parchemins recouverts d'une écriture italique, fine et serrée, et mit sa plume au milieu des rouleaux pour ne pas l'abîmer. Lorsqu'elle redressa la tête, elle vit qu'Harry lui signifiait du menton qu'il l'attendrait en haut des escaliers. Ron ne traina pas non plus, bien trop pressé de quitter les cachots glacés et d'aller engloutir son déjeuner. Elle se pressa donc de glisser la lanière de sa besace sur son épaule et de sortir à son tour.

Lorsqu'elle passa l'embrasure de la porte, Malefoy et Zabini lui faisaient face, adossés contre le pan du mur. Elle détourna aussitôt le regard, sentant une chaleur à présent familière monter à ses joues. Ils la regardèrent passer jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans les escaliers. Elle ne comprit pas le pourquoi d'une telle attitude. Attendaient-ils le professeur ou quelque chose du genre ? Encore frissonnante, elle rejoint Harry et Ron qui avaient en toute vraisemblance retrouvé Ginny et ils se rendirent à la grande-salle pour déjeuner.

En bas, Drago et Blaise se mirent à leur tour à monter les marches.

- Alors, pourquoi tu voulais attendre qu'elle sorte ?

- Oh, tu sais, intimidation basique, argua-t-il en y croyant lui-même encore un peu.

Mais la certitude qui emplissait surtout son crâne, c'était qu'elle portait son pendentif.

Hermione remontait de la grande-salle après avoir diné en compagnie de ses amis. D'un pas léger et d'humeur somme toute assez joviale, elle traversa le couloir pour s'approcher du tableau menant à ses appartements.Drago devait probablement être encore en train de manger : lui et son cercle quittaient rarement la table les premiers. Malheureusement, elle ne basait cette hypothèse que sur les habitudes qu'elle lui connaissait, n'ayant pas eu le courage de vérifier de ses propres yeux sa présence à la table des verts et argents.

Elle articula le mot de passe et le tableau la laissa passer : comme à chaque fois qu'elle pénétrait dans la salle commune ces derniers temps, elle laissa ses yeux parcourir la pièce pour vérifier sa présence. Bien, il ne semblait pas être là. Le tableau se referma derrière elle et elle rejoint sa chambre : c'était probablement les moments qu'elle redoutait le plus. Être seule avec lui était dangereux, elle ne se maîtrisait pas suffisamment pour ça.Au moment où elle allait atteindre sa porte, une voix l'arrêta net.

- Bonsoir à toi aussi, Granger.

Ses épaules se crispèrent et il lui sembla que la voix lui avait fait office de douche froide. Elle se retourna et le trouva allongé sur le canapé, un bouquin à la main. Il quitta sa lecture des yeux pour venir la transpercer de son regard glacé.

- Bonsoir, répondit-elle simplement, la gorge entravée.

Malefoy pencha la tête sur le côté, et laissa sa langue lécher lentement la commissure de ses lèvres. Ce geste la pétrifia encore davantage, la faisant rougir aussitôt : ses yeux ne parvinrent pas à se décrocher de sa bouche, jusqu'à ce qu'un sourire la fende assez soudainement.Il se redressa et envoya valser son ouvrage dans le canapé, se rapprochant en glissant ses mains dans ses poches. Il y avait bien une raison pour qu'elle reste plantée là, non ? Cette idée lui plut beaucoup.

- Tu as passé ta journée à me regarder, asserta-t-il d'une voix neutre alors que ses yeux mercure pétillaient d'une lueur victorieuse.

Il savait bien que ce n'était pas entièrement vrai pour l'avoir lui-même fixée à chaque occasion possible et imaginable, mais la mine embarrassée qu'elle arbora fut délectable.

- N'importe-quoi, contesta-t-elle sans plus d'arguments.

- Tu n'as pas envie de t'excuser pour la dernière fois ?, lança-t-il sans transition.

Il n'avait qu'une envie : relancer le sujet pour savoir pourquoi elle portait le collier à nouveau. Elle fit évidemment la sourde oreille.

- M'excuser pour quoi, exactement ?

Sa main sortit alors lestement de sa poche, venant s'apposer sur la plinthe de bois qui encadrait sa porte fermée. Il se pencha vers elle, s'y appuyant, tandis qu'elle reculait d'un pas, heurtant du même coup son dos au panneau d'orme.

- Il m'avait semblé que dans ton jargon, le mot mangemort était une insulte… Donc c'est un peu comme si tu m'avais insulté, non ?, la provoqua-t-il.

- Je ne t'ai pas traité de mangemort, le contredit-elle fermement.

- Non, c'est vrai. Tu m'as juste accusé de participer activement à leurs plans… Ce n'est absolument pas la même chose, railla-t-il encore.

- Non, ça ne l'est pas, Malefoy, confirma-t-elle, plus courageuse. Être obligé de leur obéir ou faire partie de leur cercle, ce n'est définitivement pas la même chose.

Mais que racontait-elle au juste ? Il voulait juste se servir de cette discussion comme prétexte et voilà qu'elle partait dans son délire.

- Toujours est-il que…

Il feint une mine surprise, peut-être un brin exagérée, uniquement pour l'irriter.

- Ne serait-ce pas leur soi-disant collier que je vois pendre à ton cou… ?

Hermione sentait son cœur battre à tout rompre : s'il savait… Merlin, s'il savait !

- J'ai confirmé que ce n'était pas l'œuvre des mangemorts avec une planche de Harmpher.

- Qu'est-ce que c'est que ce truc, encore ?, s'enquit-il sans vraiment s'y intéresser, étant donné qu'elle s'éloignait un peu du sujet.

- Un artefact magique qui permet de déterminer s'il y a de la magie ou non dans un objet.

Il se rapprocha d'elle davantage, essayant tant bien que mal de réfréner toute envie de la plaquer définitivement contre sa porte et de la ravager de coups de reins.

- Blablabla, Granger. Et donc maintenant qu'il est redevenu tout beau, tout brillant et tout gentil, tu le remets, c'est ça ? Et je peux aller me faire foutre pour les excuses ?

- Pourquoi diable te faudrait-il mes excuses, j'aimerais le savoir, persévéra-t-elle, ses yeux alternant involontairement entre ses yeux et sa bouche.

De quoi parlaient-ils déjà ? Il ne savait plus très bien.

Ah si.

- Parce que tu as fini par te rendre compte que le collier n'avait rien et que par conséquent, m'associer à un projet diabolique des mangemorts n'était pas nécessaire.

- Très bien, si tu y tiens, Malefoy, consentit-elle. Je m'excuse.

Ses lèvres se murent délicieusement dans ces mots si exquis, l'incitant à plonger plus profondément encore ses yeux dans les siens.

- On ne s'excuse pas soi-même, corrigea-t-il, se rapprochant encore davantage.

Les jambes d'Hermione se mirent à faiblir quelque peu.

- Pourquoi tu te rapproches comme ça ?, demanda-t-elle subitement, cramoisie.

- Pour que tu me voies mieux, Granger… Toi qui aimes tant me regarder, argua-t-il avec un sourire narquois.

Elle amorça un lent mouvement sur le côté mais il ne lui laissa pas cette chance et lui barra le chemin de son autre bras. C'était l'un de ces moments : l'un de ceux où il sentait qu'elle n'était pas contre son emprise, l'un de ceux où il pouvait asseoir sa domination avec sa bénédiction sourde. Et Merlin seul savait s'il n'attendait que ça.Mais cela lui suffisait-il qu'elle se laisse simplement faire ? Il avait envie qu'elle joue avec lui aussi. Elle en avait envie, il le voyait dans ses yeux, mais le savait-elle, elle-même ?

Il pencha la tête vers elle, prêt à vérifier cela dans l'instant mais quelqu'un frappa brusquement au tableau, les interrompant. Drago fronça les sourcils et tourna le visage vers l'arrière du tableau. Qui avait l'idée de frapper contre un tableau, franchement ? Il y avait un loquet sur le côté...Lorsqu'il reporta son regard sur Hermione, il vit que ses yeux étaient fixés sur le tableau aussi et qu'elle arborait une mine un peu soulagée qui ne lui plut pas du tout. Pourtant, était-ce une lueur de déception au fond de ses prunelles ? Il ne le saurait probablement jamais.Leurs regards se croisèrent à nouveau et elle posa la main sur son bras avec douceur, l'électrisant tout entier.

- Je vais voir.

Il la laissa passer, et elle se dirigea vers le tableau qu'elle ouvrit. Derrière se trouvait Ron. Éberluée par sa visite, elle arbora une mine complètement ahurie. Drago, derrière elle, leva les yeux au ciel en insultant intérieurement le Weasley pour les avoir interrompus.

Foutue belette !

Malgré tout, il tendit l'oreille.

- Hmmm… Re-bonsoir, Hermione…, marmotta-t-il, visiblement embarrassé par quelque chose.

- Re-bonsoir, répondit-elle, toujours désarçonnée. C'était bien la première fois qu'il se rendait à ses appartements.

- Tu sais, ce matin, tu as parlé du devoir de métamorphose et…

Ah, tout s'éclairait. Elle se retint de lever les yeux au ciel à son tour, inconsciente que le Serpentard venait de le faire lui-même pour une toute autre raison.

- Harry et moi, on se demandait si tu pouvais…

Hermione s'éloigna du tableau sans le laisser finir sa phrase, parcourut la salle commune et attrapa sa besace abandonnée sur la table plus tôt dans la soirée. D'un coup de baguette, elle jeta un sort d'attraction qui lui amena un parchemin roulé droit dans la paume et vint le lui donner. C'était bien la première fois qu'elle lui passait directement un devoir au lieu de le réprimander et de l'aider tout simplement dans sa tâche. Son air déconfit ne manqua pas de faire apparaitre un rictus sur le visage d'Hermione.

- Tiens. Inutile de vous dire de ne pas recopier exactement mes phrases : faites un plan différent et reprenez les idées.

Le Weasley, les oreilles cramoisies, acquiesça d'un signe de tête en déglutissant avec difficulté.

- Merci, Hermione. Tu nous sauves la vie : on a un entrainement de Quidditch demain soir…

- Oui, oui, éluda-t-elle avec un rire presque désabusé devant tant de manières. Ne t'inquiète pas. Travaillez bien.

Il hocha une nouvelle fois la tête et elle referma le tableau après lui avoir souhaité bonne nuit. Elle se retourna vers le Serpentard et affronta son regard sans pouvoir se départir de son sourire.Ils se regardèrent ainsi pendant plusieurs dizaines de secondes, silencieux, tout à fait conscients de la tension qui régnait dans la salle.

- Bonne poire, comme toujours, asséna brusquement Drago avec une moue amusée.

- Ah la ferme, le fit taire Hermione en soupirant à moitié.

Il était impossible de reprendre ce qui avait été interrompu, ils le savaient. L'un et l'autre, chacun persuadé qu'ils étaient respectivement passés à autre chose, retournèrent donc à leurs activités. Drago se ré-allongea sur le canapé, récupérant son livre en s'interdisant de soupirer lourdement. Hermione, elle, attrapa sa besace et s'enferma dans sa chambre, le cœur battant.

Maudit Weasley, pensèrent-ils de concert.

Liam et Pansy arrivèrent devant la porte de la bibliothèque au même moment : ils s'y retrouvaient pour leur avant-avant dernière retenue. La Serpentarde se donna un coup de fouet mental lorsqu'elle s'aperçut que sa main allait se lever pour le saluer. Devenait-elle dingue ?Le geste n'avait pas échappé au Serdaigle qui détourna le regard instinctivement, lui faisant croire que ce n'était pas le cas et par conséquent qu'elle n'avait pas à être embarrassée.

- Prête pour la torture ?, lança-t-il nonchalamment à voix basse alors qu'elle poussait la porte pour pénétrer dans l'antre du démon.

- Tu parles.

S'agissait-il là d'un dialogue presque cordial ? Les deux sorciers se le demandèrent avec la plus grande incertitude.

- Vous voilà enfin !, les accueillit sèchement Madame Pince. Vous savez ce que vous avez à faire. Dépêchez-vous !

Ils se concertèrent machinalement du regard et empruntèrent l'allée pour se rendre au fond de la bibliothèque. Comme ils l'avaient escompté, de grandes piles de livres les attendaient déjà.

- On fait comme la dernière fois ?, s'enquit Pansy en retroussant ses manches.

- Tu veux dire, je range et tu roupilles ?, se moqua-t-il.

Elle secoua la tête, exaspérée par son comportement.

- Pas besoin de rendre la chose plus difficile qu'elle ne l'est déjà, Super-cerveau.

Il ne put s'empêcher de sourire à cette remarque avant de se mettre lui-même au travail.Une heure plus tard, ils avaient bien avancé : il ne restait plus que deux piles dans les salles d'études et plus un seul livre oublié sur les tables de la bibliothèque. Ils avaient été très efficaces pour une fois. Quinze minutes plus tard, leur tâche était terminée et ils récupérèrent leurs affaires, se rendant au bureau de Madame Pince pour l'en informer.

- Eh bien, vous voyez, quand vous vous y attelez vraiment !, cingla-t-elle froidement. Vous pouvez partir. A demain.

Ils acquiescèrent poliment et sortirent prestement. Une fois en dehors de l'enceinte de la bibliothèque, ils soupirèrent lourdement et ralentirent leurs pas.

- On lui a bien cloué le bec, cette fois, à la vieille chouette, remarqua Pansy d'une voix sournoise.

- Tu l'as dit, approuva le Serdaigle, les yeux fixés droit devant lui.

Leur mutisme s'installa alors qu'ils continuaient à marcher. Cela devenait vraiment bizarre. Pris d'une pulsion incontrôlable et assez stupide, Liam choisit d'interrompre le silence.

- Comme on a fini plus tôt, ça te dit de passer par dehors ?

Complètement désarçonnée par une telle proposition, Pansy s'arrêta au beau milieu du couloir. Liam se maudit aussitôt. Non mais c'est que trier des bouquins lui retournait le cerveau, bon sang. Quelle était cette idée saugrenue ?Avant qu'il ne puisse se contredire toutefois, elle le coupa.

- D'accord.

Ils se regardèrent, immobiles tous les deux et il y eut un flottement assez long.

- … Ok…, murmura Liam, incertain. Allons-y, alors.

Les deux sorciers reprirent leur marche, plus lente que précédemment.

- Alors… Comment ça se passe avec les Serpentards…, marmonna-t-il sur un ton maladroit. Ça s'arrange ?

- Ben… Vite fait…, répondit-elle d'une voix inintelligible. Oksana et ses petites vipères n'arrêtent pas de lancer des rumeurs…

- Du genre ?

Il était assez content qu'ils aient trouvé un sujet de conversation commun, c'était toujours mieux que de marcher en plein malaise.

- Rien de bien grave, assura-t-elle soudain. Elle a juste la haine que je traine à nouveau avec Drago…

Le prénom refroidit grandement le Serdaigle qui n'en laissa rien paraitre et serra simplement la mâchoire. C'est vrai qu'ils étaient amis. Drôle d'ironie.

- … Du coup, elles répandent leur venin… Enfin bon, je commence à y être habituée. Ce qui me saoule, c'est que Millicent m'a complètement lâchée. Du coup… Je ne traine plus qu'avec Blaise et Théodore, et je crois que ça commence à les emmerder.

Malhabile dans ses explications, elle commençait à rougir imperceptiblement à mesure que les mots sortaient de sa bouche.

- Tu comprends… Ce sont des gars et moi… Ben…

- T'es une fille, finit simplement Liam en comprenant ce qu'elle voulait dire par là.

Pansy lui lança un regard un peu ahuri avant de reprendre contenance.

- Belle perspicacité, Blake, se moqua-t-elle, la voix dénuée de toute méchanceté.

- On ne m'appelle pas Super-cerveau pour rien, renchérit-il avec un sourire.

Elle le lui rendit et ils finirent par atteindre le passage du cloitre. Ils commencèrent à en faire le tour, marchant plutôt lentement.

- Et toi ? Je sais que vous avez mis une branlée aux Poufsouffles la semaine dernière.

- Oui, enfin je n'étais pas de la partie… Souviens-toi, j'étais avec toi.

La brune pouffa.

- Ah oui, oups… J'avais oublié ce minuscule détail. Et ca te fait quoi de savoir que ton équipe s'en sort très bien sans tes talents ?, le provoqua-t-elle.

- Juste trois mots : match contre Poufsouffle.

Pansy pouffa de nouveau : les Poufsouffles finissaient généralement en dernier pour la coupe de Quidditch.

- Contre Serpentard, ça sera une autre histoire, par contre, dit-il avec un sourire éloquent.

Elle laissa un sourire en coin investir ses lèvres et haussa les sourcils dans une moue orgueilleuse.

- Pas la peine de faire cette tronche, Mono-neurone. On vous battra quand même.

- Ouais, c'est ce qu'ils disent tous avant de se prendre la raclée de leur vie…, rétorqua-t-elle.

C'était un moment vraiment étrange, mais plaisant. Ils riaient, se moquaient plus ou moins l'un de l'autre en usant chacun de leur verve corrosive. Ce n'est qu'après un certain temps qu'ils se rendirent compte que cela faisait bien quarante minutes qu'ils faisaient et refaisaient le tour du cloitre.

- … On devrait rentrer, non ?, s'enquit Liam.

- Oui, probablement, agréa la brune en regardant l'horloge surplombant la tour.

Ils revinrent au même couloir et se séparèrent aux escaliers. Il fut dur de se retourner pour respectivement gravir et descendre les marches. Malgré tout, et taisant ce constat plutôt embarrassant, ils se dirent à demain et se quittèrent, la tête un peu tournante.

Hermione se retourna entre ses draps pour la centième fois de la nuit, repassant dans sa tête son moment avec Drago encore et encore. A s'en donner des vertiges. Elle serra le pendentif dans sa paume, essayant de faire disparaitre l'énorme boule dans son ventre. Que se passait-il ? Plus d'animosité… Du jeu… Du désir. Et la plus grosse surprise, elle pensait à lui avec tendresse. C'était un scoop.

Mais elle ne pouvait pas se laisser aller à de telles idées : son esprit le lui interdisait formellement. Elle anticipait si fort la déception que se risquer à rêver à une possible bonté du Serpentard paraissait proche du suicide mental. Mais pourquoi pensait-elle à ça ? Pourquoi l'obsédait-il à ce point ?

Elle ne cessait plus de se poser des questions sur ses sentiments : l'avait-il malmenée parce qu'il ne supportait pas d'être intéressé ? L'avait-il harcelée avec ses insultes et ses machinations pour essayer inconsciemment de s'échapper du possible piège dans lequel il se sentait pris ? Drago Malefoy était probablement la personne la moins indiquée pour gérer ses émotions : bien sûr, il avait beaucoup de sang-froid et ses mesquineries laissaient transparaitre une maîtrise de lui-même à toute épreuve... Mais concernant les sentiments, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il devait patauger gaiement. Et puis... Il était si lâche, parfois. A raison, peut-être... Sans doute. Elle ne connaissait pas sa vie après tout, ni ne savait vraiment ce par quoi il était passé. Il avait toujours voulu donner l'impression d'être invincible et détaché, froid, et elle s'était laissée prendre par l'illusion. Peut-être parce qu'il ne l'avait tout simplement jamais intéressée, auparavant. Qui cherchait à s'intéresser à son bourreau, après tout ? Qui ?

Mais tout venait se démentir à présent. Elle voyait plus que clairement les tiges de cristal maintenant son orgueil, un peu trop faiblardes peut-être. Trop pour ce qu'il semblait endurer parfois en sa présence, en tout cas. Ses pertes de contrôle ne venaient que confirmer cette idée. Et cette fragilité, cette faiblesse comme il devait la définir, toute cette nouveauté la troublait fortement. En fait, cela lui plaisait un peu car elle avait l'impression de le connaitre mieux, de mettre enfin le jour sur sa personnalité et de découvrir le pourquoi du comment. Hermione avait la sensation de voir au-delà de tout ce qu'elle avait voulu regarder autrefois, ou plutôt de ce qu'il avait continuellement chercher à lui montrer. C'était lui qui s'était battu, bec et ongles, pour qu'elle ne saisisse jamais bien son humanité. Il la dissimulait pour ne laisser passer que des regards tangents, des sourires déviants et des mauvais coups. Mais il ne pouvait plus rien cacher à présent : elle savait. Et cette certitude lui clouait régulièrement les tempes.

Hermione Granger ne songeait plus qu'à Drago Malefoy.

Elle en vint soudain même à se demander si elle ne commençait pas à ressentir quelques sentiments affectueux à son égard. Cette pensée la terrifia aussitôt. Si c'était le cas, c'était une voie sans issue et sans échappatoire. Mais cela ne pouvait pas être le cas, après tout ce qu'il s'était passé avec lui. C'était impensable. Ou alors elle était foutrement masochiste. Il avait beau avoir changé et, sans le savoir, avancé des preuves irréfutables quant à son intérêt envers elle... Il restait Drago : et dans sa tête, elle entendait encore sa voix de deuxième-année lui cracher la pire des insultes dans le cloitre de Poudlard. Une infamie qui avait parfois fait fuir le sommeil de ses nuits, durant sa scolarité.

Pourtant, quand elle essaya de rassembler les souvenirs des horreurs qu'il lui avait fait endurer, elle ne parvint pas à les associer au Drago de ces derniers temps, au Drago dont elle savait à présent qu'il était l'auteur du cadeau et qui s'en cachait, au Drago qui ne la regardait plus avec cruauté ou sadisme mais bien avec possessivité et désir. Non, il s'agissait là de deux personnes différentes… Ou d'une seule personne schizophrène.Il était tout de même incroyable qu'elle voue des sentiments à celui qui l'avait torturée : elle était tout sauf soumise, normalement.

Il n'y a qu'avec lui que je suis une chiffe-molle, une pauvre victime. Une abrutie, en fait.

Oui, c'était ça. Dès qu'il était là, son cerveau semblait s'éteindre, et sa force d'indépendance ainsi que ses mécanismes de défense avec. Cela n'avait pas toujours été le cas, mais il fallait dire que sa solitude de début d'année avait achevé tout semblant de lutte chez elle. En vérité, elle avait passé six années à se battre efficacement, surtout en joutes verbales, et puis paf...

Paf. Je suis seule. Paf, je ne vaux plus rien. Paf, que je suis conne.Et maintenant quoi, alors ? Voilà que je le regarde, enamourée.

Il avait le don pour toujours tout chambouler, sans blague. Cette manière captative qu'il avait de la regarder l'incitait à penser qu'elle commençait à aimer ses gestes et ses propos. La belle situation !

Et pourquoi ne pas en redemander, aussi, pendant que tu y es Hermione ?!

Il ne fallait pas qu'elle oublie, nom d'un hibou, que c'était son tourmenteur de toujours : l'homme qui l'avait malmenée physiquement à plusieurs reprises, qui l'avait insultée tout au long de ses années scolaires, qui avait été détestable avec ses amis, qui lui avait fait subir des machinations révoltantes avec Liam, avec l'intrusion dans les rêves… C'était un sale type. Et elle devait en rester là. Si l'homme s'améliorait, devenait plus agréable, c'était tant mieux pour lui mais cela ne la concernait pas.

Enfin...

Au maximum, elle s'autoriserait à être heureuse pour lui et à lui parler cordialement, mais c'était tout. Non mais et puis quoi ! Elle n'allait tout de même pas le plaquer contre un mur, l'embrasser furieusement, lui ordonner de lui faire l'amour et l'obliger à sortir avec elle, sans blague…

Wow.

Bon sang, il fallait sacrément qu'elle se calme. Mais des souvenirs envahirent brusquement son esprit : lui qui se rapproche, qui l'encercle… Qui caresse sa gorge, ses épaules, sa poitrine… Ses lèvres contre son oreille, contre sa tempe…Contre sa peau. Ses yeux, transperçants, qui la veulent tout de suite, qui la veulent pour lui seul. Ses lèvres chaudes contre les siennes…

Elle étouffa une plainte de désespoir en sentant une chaleur incendiaire, désormais familière, investir ses membres et plus particulièrement son bas-ventre.Ce foutu Serpentard l'avait dressée, c'était incroyable. Et son dilemme était inextricable : dès qu'elle l'innocentait, elle le condamnait à la minute suivante... Et sitôt blâmé, il reprenait une image de victime à ses yeux, et elle se battait à nouveau pour le blanchir.

Fais chier.

Pire que tout, elle réalisa que toutes ses dernières pensées avaient non plus été adressées à Malefoy, mais bien à Drago. Mortifiée à cette idée, Hermione enfouit la tête dans son oreiller et pria Merlin de ne pas la laisser se réveiller.

Mais qu'est-ce qu'elle fabriquait, avec ses soupirs lourds, dans la chambre d'à côté ? C'était franchement à se demander si elle était seule.

Elle ne lui laissait pas de répit sans blague : il avait déjà pris deux douches froides dans la soirée. Une pour se calmer de leur « altercation » et une autre après qu'elle ait commencé à jouer des cordes vocales, chaude comme la braise. Et là voilà qui recommençait ses plaintes et automatiquement, évidemment, son esprit fut traversé des mêmes images qu'une heure auparavant.

Hermione Granger, dans son lit… Curieusement pas en pyjama mais en tenue d'écolière, la chemise un peu déboutonnée et la jupe remontée sur ses cuisses. Une petite main fourragée dans son haut tandis que l'autre empoignait les draps : elle serrait ses cuisses, les frottant l'une contre l'autre pour faire fuir le plaisir qui ravageait son bas ventre. Puis sa première main irait jusqu'à son visage, enfoncer lascivement son index dans sa bouche pour catalyser son insatiable soif et l'empêcher de continuer à gémir aussi fort. Et l'autre paume glisserait des draps jusqu'à ses cuisses, achevant de remonter sa jupe pour montrer une simple petite culotte blanche. Sa main dévalerait la peau nue de sa jambe et viendrait agripper désespérément son entrecuisse pour empêcher la chaleur de se répandre toujours davantage. Et elle gémirait des Drago lascifs car il était celui à qui elle songeait en se caressant. Oh oui, Merlin !

Putain de bordel, de putain de bordel, de putain de bordel…, psalmodia-t-il intérieurement, sentant une nouvelle fois son entrejambe répondre à l'appel des images qui étreignaient son crâne.

Elle était vraiment insupportable de lui faire subir un traitement pareil. Alléchante, appétissante.

Un appel à la baise, sérieux.

Il se redressa prestement et se rendit une nouvelle fois dans sa douche, désespéré d'avoir encore à se finir seul dans l'habitacle de verre.

(1) L'Augurey est également connu sous le nom de phénix irlandais. Il ressemble à un petit vautour sous-alimenté. (Wiki Harry Potter ©)

(2) Sortilège du Lacrimatus (latin : qui coule en larmes). Sortilège de mon invention, qui comme la potion évoquée dans ce chapitre (inventée également par mes soins), suscite des crises de larmes irrépressibles et une vague de tristesse plus ou moins gérable. Merci de ne prévenir si vous tenez à réutiliser ces éléments. (Madelight ©)

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