My Dear Sadistic Highness

Chapitre XV

Bonjour à tous, mes petites crèmes canari !

MESSAGE A CEUX QUI SONT EXASPÉRÉS PAR LE LIAM/PANSY:

Ah, j'ai essuyé de nouvelles déceptions, à mon plus grand désespoir, et à ma peine la plus vive (envie de verser une larme ?)J'aimerais signaler, aimablement, à la clientèle exigeante qui me fait face (JE RIGOLE.), qu'il est important d'instaurer de la cohérence dans un récit. On m'a souvent reproché de faire l'inverse en fait, mais là, bizarrement c'est le contraire : je suis donc un peu dubitative...

Je pense toutefois que malgré votre déception (que je comprends quand même, hein, après tout vous êtes là pour lire un dramione) vous comprendrez ma logique : lorsque des auteurs introduisent des personnages inventés, les faire simplement disparaitre quand on "n'a plus besoin d'eux" n'a pas le moindre sens à mes yeux.Lorsqu'on créé une personne (un nom, un passé, un caractère), elle n'existe pas uniquement pour satisfaire les besoins de l'intrigue (donc entre autres, et même si j'adore ça moi-même, rendre Drago ivre de jalousie).C'est pour cette raison que les personnages inventés, et même les secondaires d'ailleurs, de ce récit ne disparaitront pas miraculeusement. Je ne dis pas que je vais m'appesantir sur leurs vies à tous... Mais sachant qu'un personnage peut être vu, et c'est ce que je souhaite, au-delà de son rôle primaire, il leur arrivera tout de même des aventures qui seront contées ici.

Je préfère même vous avertir que le chapitre 16 (donc celui de ce samedi), sera en POV hors-protagonistes. Alors mes braves, vous allez être bien malheureux si vous ne supportez ni Liam, ni Pansy, et bien d'autres que je tairais par pur souci de suspens :/

Malgré tout ce paragraphe, un peu tristounet je vous l'avoue, parce que j'aime pas décevoir mes lecteurs (ça coule de source), j'espère tout de même que ce chapitre vous plaira davantage. En tout cas, vous vouliez du Drago et du Hermione, mes enfants, vous allez être grassement servis.

RARs:

Merci à tous les revieweurs, anonymes ou non ! Vous emplissez mon cœur de joie !

Pepette : Hahaha, sûrement, mais on aime les voir perdre les pédales, ces deux-là !

Callipsae : rassure-toi, Drago ne perd rien de son imagination vicieuse… tu vas le voir par la suite )

Btina : ah, Pansy et Liam, une histoire pleine de joutes ! j'espère que ce chapitre te plaira, car il répond un peu à ta review !

Cind3rella : ton idée de résumé est vraiment très intéressante ! je suis d'ailleurs ravie que tu aies pris le temps de m'en communiquer une (et tu es bien la seule, LOL) – ce qui m'inquiète toutefois, c'est le nombre déjà bien élevé de dramiones avec des paris… Ne penses-tu pas que cela peut être un frein ? En tout cas, je songe très sérieusement à m'inspirer de ton idée donc merci encore !Et enfin, Liam/Pansy ! Bon sang, je me désespérais (comme tu as pu le lire plus haut) des avis sur ce couple mais je suis heureuse de me rendre compte qu'il est tout de même bien apprécié ! Merci pour ça, la suite tout de suite !

Hey,Been trying to meet you…

Hey,Must be a devil between us

…Or whores in my head…Whores at my door…Whores in my bedBut, hey, where have you been?If you go, I will surely die !

We're chained. We're chained.We're chained.Hey, hey, hey… Chained.We're chained.Chained.

[…]

"Uh!", said the man to the lady"Uh!", said the lady to the man she adored…And the whores, like a choir, goo "Uh!" all night…

Hey – Pixies

Chapitre XV

Hermione descendit les grands escaliers avec un mal de tête innommable : elle avait dû dormir en tout et pour tout trois heures cette nuit et la fatigue s'improvisait bourreau de son crâne. D'un pas complètement atonique, elle pénétra dans la grande-salle, se rapprocha de la table des Gryffondors, attrapa une pomme et repartit dans l'autre sens, les yeux à demi-clos.

Drago suivit toute sa route, des cernes conséquents sous ses yeux d'hématite. Blaise se retourna discrètement, jetant un regard à ce que le blond dévisageait avec la haine la plus sourde.Voilà qu'il la détestait de nouveau : ce gars n'était décidément pas sain d'esprit.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé, encore ?, marmonna-t-il, résigné.

- Le castor m'a fait bander comme un cheval toute la nuit, voilà ce qu'il s'est passé, lâcha Drago sans se soucier des formes, vu la nuit blanche qu'il venait d'endurer.

Blaise en lâcha son pain aux raisins. Des Serpentards de première année le contemplèrent avec des yeux de merlan-frits à l'entente de ses propos.

- Mon vieux, t'as perdu la raison…, souffla Zabini, estomaqué par sa révélation.

Et puis quelle était cette nouvelle manie de l'appeler le castor ? Il avait perdu ce surnom des années auparavant. Mais c'est vrai que maintenant qu'il s'en faisait réflexion, le blond ne l'appelait plus « sang-de-bourbe ». C'était sans doute la raison pour laquelle il avait récupéré cette appellation ridicule. Il ne pouvait tout de même pas utiliser le nom « Granger » à la table des Serpentards. Hermione, n'en parlons pas.Drago reporta son regard éreinté sur lui, puisque la Gryffondor venait de quitter la salle. D'un geste presque désespéré, il vint agripper le col de Blaise de ses deux mains, attirant à nouveau le regard des première-année sur lui.

- Tu rigoles mais c'est vrai, mec !, s'affranchit-il avant de le lâcher brusquement sur son banc.

- Je peux savoir ce qu'elle a fait pour… Te transformer en trépied ?

- Je sais pas, j'ai peut-être rêvé. Franchement, je sais plus si c'est mon cerveau qui part dans son délire ou si c'est elle qui…

- Crache le morceau.

- Bon, je sais que tu vas pas me croire, mais je crois que… Qu'elle se… Tu vois… ?

Effectivement, cela paraissait peu probable. Blaise n'imaginait pas qu'elle sache comment procéder : c'était tout de même une sacro sainte-nitouche. Drago soupira lourdement et dénoua un peu sa cravate avant d'avaler son verre de jus de citrouille pour faire passer toute cette tension. Ses cheveux n'avaient jamais été aussi en bataille.

- Il aurait suffi qu'elle se pointe dans ma chambre et on aurait réglé ça à ma manière, maugréa-t-il d'une voix sombre.

- Pourquoi t'es pas allé la voir, toi ? Normalement, c'est pas ça qui t'arrête, observa l'afro-britannique sur un ton presque amusé.

- Non mais tu me vois aller quémander, sérieux ? Déconne pas, Blaise.

- Et du coup, t'as pas dormi ? T'es vraiment grave, tu le sais ça ? T'aurais dû aller en salle-commune te trouver une fille, finit par dire Blaise, persuadé qu'il y aurait trouvé des enthousiastes.

Le blond lui lança un regard morne : s'il y avait bien un truc qu'il ne pouvait pas lui dire, c'est que la monogamie le guettait. Il ne manquait plus que ça, sérieusement. Pourtant, il avait besoin de se confier, et puis de toute façon, la fatigue accumulée ne l'incitait pas à raisonner logiquement.

- Mec, j'avais pas envie de baiser une fille. J'avais envie de baiser le castor.

Les première-année finirent par quitter la table, complètement traumatisés par le fou dangereux et apparemment zoophile qui se tenait à leurs côtés.

- Tu vas vraiment mal, Malefoy…, murmura Blaise en hochant la tête de gauche à droite, désespéré.

- Tu l'as dit, Zabini, renchérit Drago d'une voix éteinte.

Ils quittèrent la table : ils avaient cours de divination dans une dizaine de minutes. Blaise aligna sa marche à celle de Drago, visiblement encore soumis à une humeur exécrable.

Hermione se pressa dans le couloir : son cours d'arithmancie était à l'autre bout du château, ce qui posait réellement problème puisqu'elle revenait de la bibliothèque. D'un bref regard, elle avisa la porte menant au couloir extérieur. Elle passa fugacement en revue les deux itinéraires possibles et finit par pousser le lourd panneau de bois. Lestement, elle redressa la lanière de son sac sur son épaule et s'engagea avec célérité dans le passage du cloitre. Des éclats de voix la firent ralentir. Elle s'arrêta réellement lorsqu'elle s'aperçut qui était mêlé à la vraisemblable dispute qui éclatait.

- Regarde où tu vas, bordel !

- Drago, viens, essayait vainement de l'entrainer Zabini.

Mais le blond se délesta de son emprise sans y prêter la moindre attention, conservant son regard sur le troisième année de Serdaigle, arborant un visage complètement ahuri face au débordement de colère du Serpentard. Ils s'étaient juste heurtés sans faire exprès. Malheureusement pour le Serdaigle, ce n'était vraiment pas le moment : Drago n'avait après tout pas dormi et était d'une humeur massacrante.

- C'est parce que tu viens d'une maison de tapettes ou parce que ton cerveau n'est pas bien irrigué, que tu me regardes encore dans les yeux ?

Hermione sentit sa bouche s'entrouvrir involontairement, proprement scandalisée par le spectacle se déroulant juste sous son regard. Le Malefoy odieux était de retour.

- Putain mais réponds, sale sang-de-bourbe !, s'exclama-t-il finalement avant de le pousser violemment.

Blaise leva les yeux au ciel avant de les détourner, le laissant déblatérer ses conneries. C'est quand son regard se posa sur Hermione qu'il se figea.

- Malefoy, marmonna-t-il de sa voix la plus basse.

- Baisse les yeux !

- Malefoy !, l'appela-t-il franchement cette fois.

- QUOI ?, hurla-t-il en se retournant vers Blaise.

Face au profil de son ami, il demeura silencieux quelques secondes : que regardait-il… ?Il allait le lui demander tout en retraçant de ses prunelles d'acier la trajectoire que suivaient les yeux de son ami. Elle était là, à le regarder en hochant la tête négativement, apparemment écœurée par ce qu'elle avait entendu. Leurs iris se confrontèrent quelques secondes mais elle se détourna, reprenant son chemin, ne pouvant même pas assumer son rôle de préfète en chef en cet instant.

Drago Malefoy était un être minable.

Le Serdaigle en avait profité pour s'enfuir et Drago soupira lourdement avant de porter sa main à sa mâchoire dans un geste nerveux.

- Merde.

Peut-être s'était-elle montrée naïve de croire qu'il avait pu changer. Une métamorphose s'opérait aux racines : même s'il avait arrêté de l'insulter elle, et à ce qu'elle avait cru voir également, ses amis les plus proches, il semblait vraisemblablement continuer à croire à ses imbécilités au sujet du sang. Et c'était rédhibitoire franchement. Et malgré le fait qu'elle veuille croire que Drago Malefoy pouvait devenir un homme meilleur, il semblait plus que flagrant qu'il avait besoin d'entendre le discours qu'elle avait toujours voulu lui tenir.Elle l'attendait donc là, assise sur le fauteuil en face de la cheminée crépitante. Comme elle savait qu'il l'avait vue assister plus tôt à ses insultes, elle espérait qu'il ait compris à quel point ses propos l'avaient déçue et même blessée.Avec un peu de chance, il arriverait, prompt à l'écouter. Ce qui était sûr, c'était qu'elle ne le verrait jamais penaud, articuler des excuses maladroites. Ce n'était tout simplement pas son genre et jamais au grand jamais elle n'aurait escompté le voir s'y soumettre.

Le tableau grinça. Elle inspira longuement mais conserva sa posture, les yeux toujours rivés sur les flammes. Elle entendit très nettement la peinture se refermer, claquant sur ses gonds. Il avança quelques pas, puis plus rien. Il devait probablement chercher quoi lui dire, hésitant entre une salutation ironique ou une vanne bien sentie : Drago Malefoy se montrait parfois très prévisible.

- T'attends qu'il s'éteigne ?, finit-il par lancer, faisant très certainement référence au feu qui dansait devant les yeux d'Hermione.

Jackpot. Évidemment, c'était bien le genre de phrases qu'elle attendait. Elle ne lui répondit pas, délibérément, sachant pertinemment que ce serait la chose qui le mettrait le plus mal à l'aise. Sans scrupules, elle prolongea donc son mutisme, sans même esquisser le moindre mouvement.Le silence persévéra, pesant. Combien de temps mettrait-il avant de réagir à sa provocation criante ? Une minute ? Deux tout au plus : il ne supportait pas qu'on lui tienne tête plus longtemps. En vérité, il paniquait rapidement dès qu'il n'avait plus la maîtrise sur une situation ou sur un simple dialogue. Elle s'étonna une fois de plus de le connaître si bien.

- T'as perdu la parole, Granger ?

Hermione sut que c'était le moment idéal pour lui répondre, et si possible en saisissant la perche qu'il lui tendait afin d'attirer au maximum son attention.

- Tiens, tu ne m'appelles pas sang-de-bourbe ?, asséna-t-elle sèchement, persistant à n'exposer que son dos à sa vue.

Il soupira : ce fut la confirmation qu'elle attendait. Effectivement, il savait à quoi elle faisait référence et escomptait qu'elle le fasse avant même d'entrer dans la salle commune. L'idée qu'il y ait songé au préalable lui plut : peut-être avait-il pris au moins une minute pour songer aux conséquences portées par ses propos scandaleux.

- Ce n'était pas à toi que je parlais, dit-il soudain, la voix lasse.

- Je ne vois pas ce que cela change. L'insulte reste la même et désigne sensiblement la même tranche de personnes, cingla-t-elle, le ton toujours froid.

Drago soupira de plus belle, supportant certainement de moins en moins bien qu'elle ne le regarde pas. C'est probablement pour cette raison qu'il s'approcha, contourna les fauteuils et vint se poster devant elle.

- Je ne te parlais pas à toi, répéta-t-il.

- C'est ton seul argument ?, demanda-t-elle, du mépris plein les yeux.

- Tu me prends la tête.

Il amorça un mouvement afin de gagner sa chambre. Elle ne le retint pas. Il s'arrêta dans sa marche et soupira pour une énième fois. Hermione s'interdit toute trace visible de jubilation : elle commençait réellement à avoir la main avec lui.

- Que veux-tu que je te dise, exactement... ?

Alors, elle se décida à se lever et à lui faire face. Sentant son mouvement, il l'imita et plongea son regard dans le sien.

- Il n'y a rien à dire, Malefoy, mais puisque tu demandes... J'aimerais que tu lui présentes des excuses.

Hermione savait très bien qu'il n'en ferait jamais rien, mais elle s'était sentie obligée de le lui demander, ne serait-ce que par principe. Le Serpentard reporta son regard sur le heaume qui surplombait la cheminée, un sourire ironique traversant ses lèvres.

- J'espère que tu plaisantes, Granger.

- A vrai dire, non, je ne plaisantais pas. Mais je sais que tu n'en n'auras probablement pas le courage.

Ses yeux gris vinrent l'incendier promptement : les deux hématites semblaient brûler du même feu qu'abritait l'âtre à quelques centimètres d'eux.

- Ne joue pas à ça avec moi, Granger.

Elle sut que c'était le moment : ses jambes s'actionnèrent toutes seules et elle se rapprocha de lui. Pour qu'il écoute tout ce qu'elle avait à dire, il fallait absolument qu'elle ajoute une dimension physique à leur conversation : c'était le seul moyen efficace pour qu'il écoute le moindre de ses mots et qu'il s'en souvienne par la suite.

- Écoute-moi, Drago, commença-t-elle, installant d'emblée une intimité afin d'accrocher immédiatement son attention.Je sais que tu n'as pas eu une enfance particulièrement facile dans le sens où on ne t'a jamais vraiment laissé le choix d'écouter ou non les dogmes que l'on t'enseignait. J'imagine que tous tes principes sont unilatéraux et qu'on ne t'a jamais proposé d'autres alternatives lorsque l'on te parlait de l'importance du sang dans le domaine de la magie... Mais malgré ça, je crois que tu seras en mesure de comprendre ce que je vais te dire : la seule différence entre les sorciers et les moldus, ce n'est pas le sang, c'est la peur.Ce sont comme deux clans, terrifiés par leurs différences respectives. Cette peur, elle est engendrée et entretenue par la façon différente de gérer les tâches quotidiennes, comme écrire, se déplacer, s'amuser, manger...Mais lorsque l'on en vient aux choses fondamentales de la vie, les sorciers et les moldus sont exactement les mêmes. Lorsque quelque chose les menace, ils craignent pour leurs vies. Lorsqu'on les attaque verbalement, ils se sentent frustrés ou se vexent et cherchent à se défendre. Lorsqu'ils entendent une plaisanterie, ils rient. Ils ont les mêmes besoins humains tels que dormir, manger, vivre en communauté ou encore faire l'amour.

Ah, donc elle savait ce que c'était ? Une belle surprise.Hermione fit une pause, observant l'impact de ses propos sur le visage du Serpentard : ce dernier demeurait imperturbable, ce qui l'incita à continuer.

- Cette différence a causé bien des problèmes à tout le monde : aux sorciers comme aux moldus. Il est normal d'avoir en quelque sorte peur de la différence car c'est simplement la peur de ne pas comprendre l'autre, de ne pas saisir pourquoi autrui agit comme il agit, sans suivre les codes que notre propre conduite nous dicte. C'est une peur qui peut s'avérer parfois saine, au premier abord, mais qui ne doit pas être indélébile. On doit laisser à l'autre l'opportunité de nous montrer que l'entente est possible, voire initier cette étape de notre propre chef. C'est la seule façon d'arriver à une entente, et au delà d'une entente, d'un possible intérêt commun.

Il ne réagissait toujours pas, ce qui commençait maintenant à l'inquiéter. Elle persévéra pourtant, ayant presque toujours rêvé de tenir ce discours au Serpentard et tenant là une occasion en or de s'exécuter. Malgré cela, ses propos commencèrent à s'étioler, perdant de la cohérence, sans pour autant perdre de pertinence. Le problème, c'était qu'elle savait bien que Malefoy accordait une très grande importance à la rhétorique et à la forme, avant de prêter attention au fond...

- J'aimerais maintenant que l'on se penche davantage sur l'aspect du sang qui est aujourd'hui le catalyseur même de la haine entre les dits sang-purs et les dits sang-de-bourbes.Drago, la magie ne circule pas dans le sang : il est erroné de penser que seules les familles composée de sorciers peuvent voir leurs enfants naître comme tels. Je ne suis pas en train de dire que le facteur familial est négligeable : on a plus de chances de naître sorcier de parents sorciers que de parents moldus, je te l'accorde volontiers. Sauf que c'est de cela dont il est question, et seulement de cela : la chance.Mes parents sont des moldus et je suis pourtant une sorcière. Tu admettras, j'en suis sûre, que je ne suis pas une magicienne de piètre niveau. C'est en cela que l'ascendance n'est pas forcément liée à la magie. Il faut considérer la magie comme une caractéristique et non pas comme une race. Certains savent jouer de la clarinette, certains savent se servir de la magie.

Cette fois, il fronça les sourcils.

- Tu te rends compte que tu racontes n'importe quoi, Granger ?

- Laisse-moi finir. La magie est un talent, c'est un critère : c'est comme tes cheveux, tu vois. Vous êtes blonds dans votre famille, n'est-ce pas ? N'est-il donc pas logique que tu sois blond ? Pourtant, tu admettras fort volontiers qu'il est possible de naitre blond dans une famille de bruns, même si cela est plus rare... C'est d'ailleurs le cas de ta mère, si je ne m'abuse ?

Drago esquissa une mine amusée. Son discours était abracadabrant.

- Ce que j'essaie désespérément de te dire, c'est que malgré tout ce que tu peux penser, nous ne sommes pas si différents et que tu aurais tort de persister à le croire. C'est être dans l'erreur que de se croire supérieur à tout le monde juste parce que l'on sait déplacer une lampe avec un bout de bois.

- Arrête-toi, Granger. Je vais finir par croire que tu n'as vraiment pas d'estime pour ton propre talent, comme tu le dis si bien. La magie est un art noble : elle permet de manipuler les éléments, de contrôler les mouvements et même de maîtriser l'intégrité des choses et des objets. Avant d'utiliser des baguettes, on savait très bien utiliser les mains : l'art s'est perfectionné, voilà tout. Tu laisses presque sous-entendre que c'est grâce aux baguettes que l'on peut procéder à la magie, alors que tu sais que c'est on-ne-peut-plus faux.

- Effectivement, la magie est un art. Mais il en existe d'autres !

- Comme ?

- La musique, l'art pictural, le sport...

- Merlin, mais tu t'écoutes parler ? Les sorciers aussi peuvent faire de la musique, de la peinture ou encore du Quidditch...

- Oui, mais chacun a sa spécialité, a son domaine de prédilection !

- C'est complètement stupide : si on parle de toi, par exemple, que tu aies été une sorcière ou non n'aurait rien changé au fait que tu sois une miss je-sais-tout.

- C'est ce que je te dis !, éluda-t-elle sans relever sa provocation. Ça ne change rien, j'aurais été douée dans autre chose si cela n'avait pas été la magie.

Elle comprenait tout de travers.

Il comprend tout de travers.

- Les moldus ne sont pas complètement étrangers à la magie : s'ils peuvent la voir, c'est bien qu'ils y sont sensibles. Ils peuvent ressentir les fantômes, souffrir des affres des créatures magiques au même titre que les sorciers. La seule chose qui change, c'est la teneur de leur perception. Nous sommes très perceptifs, ils le sont moins. Mais toi, par exemple, tu es perceptif à la magie, au violoncelle et à fortiori à la musique, et au sport. Bon, si je te mettais dans une salle et que je te demandais de faire de la mécanique quantique, tu y serais probablement très imperméable !

- De la... quoi ?

Elle leva les yeux au ciel.

- Des mathématiques, très poussées, se déroba-t-elle, ne souhaitant pas perdre de temps. Et bien là où tu échouerais certainement à résoudre une équation au dixième degré, un moldu spécialisé de cette branche s'en chargerait en quelques minutes.

Bon, peut-être exagérait-elle un peu mais comment savoir ? Elle ne connaissait pas assez bien les mathématiques pour pouvoir commencer à donner des détails sur de la physique théorique ou même appliquée.

- Par contre, si tu n'étais pas né avec tes pouvoirs, peut-être que tu aurais été excellent en... J'en sais rien, moi... En pilotage de voitures de course.

Vu sa mine dubitative, elle lui parlait chinois.

- Ce que je veux dire, c'est que nous sommes guidés par les dons que l'on nous donne au départ..., résuma-t-elle.

- La différence, c'est que si je n'étais pas né sorcier dans ma famille, mon père m'aurait certainement renié.

- Ne commence pas à jouer les incompris : sais-tu combien d'enfants sorciers terrifient leurs parents moldus lorsqu'ils font de la magie involontairement ? Cela peut conduire à l'asile !

Il leva les yeux au ciel.

- C'est pour ça qu'étant connaisseurs de l'existence des deux mondes, c'est à nous de nous montrer tolérants, tu comprends ? Nous pouvons envisager les deux façons de vivre, ce qui n'est pas forcément leur cas.

- Parle pour toi. Il n'est pas arrivé, le jour où je me séparerais de ma baguette pour aller m'exiler chez les moldus.

Hermione leva les yeux au ciel à son tour, croisant les bras. Cette conversation ne menait pas à grand chose.

- Est-ce que tu comprends au moins mon point de vue, Malefoy ?

- Malefoy, Drago, Malefoy, Drago... Choisis, putain.

Cette dernière phrase était sortie tout à fait involontairement de la bouche du Serpentard, passablement accablé qu'elle reprenne son nom de famille à la fin de cette discussion barbante.

- Réponds, s'il-te-plait, éluda-t-elle, un peu rouge.

- Ouais, ouais... Je visualise ce que tu veux dire. Mais je ne suis pas d'accord du tout, lança-t-il en plongeant ses mains dans ses poches.

- Est-ce que tu pourras arrêter d'utiliser cette insulte, maintenant ?

- Quelle insulte... ? Ah.

Elle eut une envie soudaine de le frapper. Il était si peu intéressé qu'il en avait oublié le sujet originel de cette discussion.

- Écoute, j'en sais trop rien, Granger. T'es bien gentille mais c'est dans mon langage. Même si de toute façon toute ta leçon de morale n'était pas bien utile : j'utilise ce terme plus pour sa sonorité méprisante que pour le fond.

- Je te demande pardon ?, se scandalisa-t-elle.

- Je ne suis pas aveugle, j'avais bien remarqué que t'étais pas la plus mauvaise en sortilège, Granger. Donc même si effectivement je ne suis pas en accord avec tout ce que tu viens de débiter, je sais quand même faire la part des choses vis à vis de mon éducation.

- Est-ce que t'es en train de me dire que toutes ces fois où tu m'as regardée avec dégout, où tu m'as traitée d'horreur, d'immondice, de déchet et j'en passe et des meilleures, tu...

- Je sais que c'est l'insulte qui t'emmerde le plus...

Qui te fait le plus de mal.

- Et très honnêtement, comme ça a toujours été mon but premier, de t'emmerder.

Et de te faire du mal. Tu me regardes, quand je te fais du mal. C'est donc assez dur d'arrêter.

- Fin de la discussion. Tu m'as refilé une migraine. Je vais me coucher.

Il la laissa là, pantoise.

Cet homme était incompréhensible et très franchement, assez insupportable.

Année 1985, Manoir Malefoy.

- Viens ici, Drago.

La minuscule silhouette surmontée d'une tête blonde s'approcha à pas rapides. Son visage était mangé par un énorme sourire qui faisait pétiller ses yeux mercure.

- Me voilà, père !

Un verre vint s'éclater sur le sol : le petit blond porta son regard sur la source du bruit. Sa mère commença à ramasser les débris en reniflant le plus discrètement possible, le visage dissimulé derrière ses cheveux. Elle pleurait.

- Dobby !, appela-t-elle. Dobby ! Viens nettoyer !

L'elfe de maison apparut dans un pop sonore et fit disparaitre les bris de verres d'un claquement de doigts. Il leva les grands yeux vers Narcissa, s'apercevant alors de son visage crispé. Il reporta son regard sur le reste de la pièce, cherchant des prunelles ce qui provoquait chez sa maîtresse une telle émotion : près de la cheminée, Lucius Malefoy était installé dans un fauteuil, un verre de liqueur à la main. A ses pieds, un petit garçon, même plus petit que l'elfe lui-même, se tenait droit comme un piquet les mains dans le dos. Il tenait impérieusement cette posture fière comme pour imiter les adultes. Comme pour imiter son père. Un sourire tendait à disparaitre doucement de son visage pâle tandis qu'il regardait sa mère verser des larmes silencieuses.

- Sors d'ici, pesta Lucius en le striant des yeux.

L'elfe s'exécuta et transplana dans la cuisine. Quelques secondes plus tard, il entendit une porte claquer violemment et les escaliers craquer, indiquant qu'une personne montait dans à l'étage au pas de course…

- Tiens-toi droit, ordonna le père, vicieusement conscient que son petit garçon l'était d'ores et déjà. Je vais t'expliquer quelque chose…

Il allait lui expliquer le monde, comme il le faisait régulièrement. Le petit Drago sentit une certaine appréhension envahir sa minuscule poitrine : une sorte d'impatience et de peur puérile. La dernière fois, il lui avait expliqué ce qu'étaient des détraqueurs et il n'en avait pas dormi pendant plusieurs nuits… Sa mère avait crié après son père après qu'il soit venu la réveiller un soir pour lui confier ses peurs, et puis elle n'avait plus rien dit après. Elle était ressortie du bureau de son père, toute décoiffée, c'était bizarre. Jamais sa mère n'était décoiffée.

- Drago, tu sais ce qu'est la magie, pas vrai ?

- Bien-sûr, père !

Les yeux du père foncèrent et il fronça les sourcils dans une moue un peu dégoutée. Drago savait qu'il ne devait pas répondre verbalement aux questions rhétoriques et il baissa aussitôt les yeux en signe de soumission.

- Eh bien, il existe dans notre monde, des personnes qui ne peuvent pas s'en servir.

Surpris, Drago leva les yeux vers lui. Le père plongea ses deux hématites brûlantes dans les petits océans de son fils.

- Il existe des incapables, qui ne peuvent user de la magie comme nous le pouvons, paraphrasa-t-il pour mettre le plus de mots possibles sur cette nouvelle vérité qu'il enseignait à son fils. Notre famille, comme certaines autres, est souveraine sur ces ratés. Tu comprends cela, n'est-ce pas ?

Le petit Drago ne comprenait pas, mais il hocha tout de même vigoureusement la tête.

- Puisqu'ils ne peuvent pas utiliser la magie, ils nous sont inférieurs, répéta-t-il encore.

Le père entrevit passer une incertitude dans ses yeux : ne voulant pas laisser persister le moindre doute concernant ce sujet, il l'autorisa à parler d'un signe de tête.

- Pourquoi n'ont-ils pas de pouvoirs comme nous ?

- Parce que nous avons été choisis. Nous sommes là pour les diriger.

Drago acquiesça, un peu maladroitement. Il ne comprenait toujours pas comment avait été décidé ce partage entre les personnes. Qu'est-ce qui faisait que lui possédait des pouvoirs, et non pas un autre ?

- Nous leurs sommes supérieurs, voilà pourquoi nous pouvons utiliser la magie, et pas eux. Comprends-tu ce que je dis, Drago ?

C'était une logique étrange mais imparable : ils ne pouvaient pas user de pouvoirs magiques, donc ils nous étaient inférieurs et réciproquement, nous leur étions supérieurs car nous pouvions user de pouvoirs magiques ce qui n'était pas leur cas. Il n'y avait pas à chercher à comprendre, c'était une règle à suivre, somme toute assez simple.

- Ces gens, sans pouvoirs, on les appelle des moldus.

Le nom donna envie de rire à Drago qui n'en laissa pourtant rien paraitre. Quel drôle d'appellation, franchement ! S'ils étaient aussi bizarres que leur nom, il n'était pas étonnant qu'ils ne sachent rien faire de leurs dix doigts.

- Maintenant, je vais t'expliquer pourquoi toi, tu n'es pas un pathétique moldu.Notre famille est choisie… Élue

Lucius prenait son temps pour choisir et écumer les synonymes : c'était la manière la plus sûre pour qu'il assimile bien.

- … Notre famille est princière, Drago… Noble. Pure.

Mais peut-être avait-il lâché cet adjectif trop tôt pour le petit garçon. Ce dernier n'était pas encore en mesure de comprendre la réelle signification de ce mot.

- Notre famille est donc supérieure aux moldus, continua-t-il. Comme je suis ton père et que je suis un sorcier, tout comme ta mère, et bien cela fait de toi un sorcier aussi.

Lucius laissa un temps à son fils pour qu'il comprenne bien le sens de sa phrase.

- …Donc, de la même manière, comme toute notre famille, toute notre lignée, n'a été composée que de sorciers… C'est comme si la magie coulait aussi dans tes veines. Tu comprends, Drago ?

Le petit acquiesça.

- La magie circule dans le sang, elle l'épure.

Drago haussa les sourcils : il ne savait pas ce que voulait dire « lépure ».

- La magie nettoie le sang, si tu préfères, expliqua son père à qui sa moue d'incompréhension n'avait pas échappé.Et comme nous possédons un arbre généalogique uniquement composé de sorciers, notre sang est pur. La magie épure le sang, et toute notre famille est magique, donc notre sang est pur. Si tu n'as pas de magie dans ton sang, ton sang n'est pas pur.

Verve incontestable.

- Mais que ce serait-il passé si tu ne t'étais pas marié avec maman… Avec mère, se corrigea-t-il promptement. Que ce serait-il passé si tu t'étais marié avec une moldue ? Ou si mère s'était mariée avec un moldu… ?

Lucius crispa ses doigts autour de son verre.

- C'est interdit !, cria-t-il presque, faisant sursauter son petit.Quand tu plonges les mains dans la boue, cela est répugnant, n'est-ce pas ? Cela est salissant… ! Et bien c'est la même chose ! Si tu t'entiches d'un ou d'une moldue, tu te salis.

Le petit Drago n'osa pas lui dire que c'était sacrément amusant de plonger les mains dans la boue. La dernière fois qu'il avait tâché son pantalon, il avait eu droit à une bonne gifle et une après-midi dans la cave. Il détestait cet endroit, encore plus maintenant qu'il savait que les détraqueurs adoraient l'obscurité…

- C'est interdit, répéta Lucius. C'est sale. C'est déshonorant !

Drago hocha une nouvelle fois la tête. Il ne fallait pas fréquenter de moldus, alors. Jamais. Il ne voulait décevoir son père sous aucun prétexte.

- Tu as bien compris, Drago… ? Il y a les sorciers, et il y a les moldus. Pour t'en rappeler, tu n'as qu'à te dire que c'est comme le blanc et le noir, la lumière et l'obscurité, le bien et le mal. Nous sommes le blanc, Drago. Nous sommes la lumière. Nous sommes le bien.Les moldus, eux, sont le noir. Ils sont l'obscurité

Lucius marqua une nouvelle pause. Il savait à quel point son fils détestait quand il éteignait la lumière de sa chambre et qu'il en fermait la porte. Il avait toujours veillé à cultiver cette peur, qu'il tendait à présent à lui reprocher.Le petit Drago sentait son sang se glacer peu à peu et son minuscule cœur battait bien vite. Les moldus avaient l'air d'être d'horribles personnes. Ou non, plutôt d'affreuses créatures. Peut-être même ressemblaient-ils à ces détraqueurs ? Peut-être étaient-ils repoussants et vils… ? Ils l'étaient sûrement, pour que son père en parle avec des mots semblables.Le père finit son verre et le posa sur la table basse avec fermeté, laissant résonner un bruit mat qui fit sursauter son fils.

- Souviens-en-toi, Drago. Les moldus sont le noir. Ils sont l'obscurité. Ils sont le mal.

Drago se réveilla en sursaut et sueur.Il mit du temps à reprendre son souffle, sentant son cœur battre à une vitesse insolente dans sa cage thoracique. Il fallait être rationnel et logique : il n'avait rêvé de ça que parce qu'il avait eu cette discussion avec Granger.

Et qu'en était-il sincèrement ? Quand il pensait à son enfance, il ne voyait que sévérité et valeurs strictes. L'honneur, la fierté, la réussite. On lui avait appris à se battre pour cela tout en y confrontant des ennemis abstraits. Le sang, l'absence de magie… les autres. Drago se redressa et ses jambes se plièrent en tailleur pour lui donner un meilleur appui.Quel avait été le but de son père en lui disant tout ça ? Quel était son but, à lui, à présent ? On lui en avait fourni un sans qu'il n'ait à y réfléchir par lui-même : faire honneur à sa famille, à ses parents. Respecter les traditions, les transmettre à son tour. Mais ces traditions, faisaient-elles encore sens ? Les prenait-il au sérieux ? Les avait-il déjà pris au sérieux ?

Oui, il y avait cru car il n'existait apparemment pas de raisons pour que lui aient été dictés des concepts trompeurs. Mais quand il y songeait, ces principes étaient faciles, ils étaient manichéens. Certaines choses ne collaient pas à ces prétendues vérités, rendant l'ensemble du tissage incohérent… car la vie n'était ni toute noire ni toute blanche. Il paraissait évident à présent que la peinture était flouée, qu'il manquait des pièces au puzzle ou alors que ce dernier ne pouvait tout simplement pas être entier. Il y avait des failles dans le raisonnement, dans la façon de penser. C'était comme un escalier de Penrose.

Les moldus étaient humains, à ce qu'il avait pu voir. La planète n'était qu'un amas de terres émergées, peuplées par toutes sortes de différentes personnes et créatures. Il n'était pas la meilleure d'entre elles, ni même la pire… Mais tout cela n'avait aucun sens : n'y avait-il donc aucun ordre ? Qui dominait ? Y avait-il au moins un dominant ? Cela s'opérait-il par l'ascendance à chaque fois ? Qui avait fait le choix arbitraire de placer telle ou telle personne au pouvoir ? Pourquoi y avait-il un seul pouvoir, pour commencer ? Cela se décidait-il au talent ? Au mérite ? Si non, alors comment ? Il devait y avoir une explication pour que des traits si implacables aient été sciemment tracés. Les règles avaient perduré. On ne pouvait mettre le couteau sous la gorge durant des siècles, n'est-ce pas ? Quelque part, il y avait eu consentement, abnégation, soumission.

Drago se leva, perdu. Jamais il n'avait songé à tout ça sous cet angle et le nombre vertigineux de questions qui demeuraient sans réponses lui conféra des sueurs froides. Devait-il tourner le dos à son éducation ? Le pouvait-il ? En avait-il envie ? Que signifiait réellement la réussite, le succès ? Que visait-il ? Quel était son but ?

Il quitta sa chambre sans trop savoir où il allait. Il se figea sur le pas de sa porte lorsqu'il s'aperçut de la présence d'Hermione. Elle était assise dans le fauteuil, un livre lâchement disposé entre les mains. Endormie.Paralysé, il ne put se résoudre à décrocher son regard d'elle. Ce dernier vint se calquer sur sa poitrine, suivant sa respiration lente et apaisante. Ce n'est que quelques minutes plus tard que ses jambes acceptèrent de s'actionner : malheureusement, elles suivirent leur propre trajectoire sans prêter la moindre attention aux ordres martelés par sa boîte crânienne.Il arriva à son niveau et sa silhouette projeta une ombre sur elle, baignant son visage précédemment éclairé par les flammes mouvantes dans une pénombre froide. Lentement, il s'accroupit face à elle et sa main s'approcha de son épaule. Ses doigts s'y posèrent doucement.

- Granger… ?, murmura-t-il d'une voix rendue rauque par le sommeil. Réveille-toi, Granger… !

Son souffle s'alourdit brusquement et elle prit une longue inspiration. Ses paupières tremblèrent à plusieurs reprises avant que ne s'entrouvrent ses cils. Lorsqu'elle s'aperçut de sa proximité, elle écarquilla soudainement les yeux et ouvrit la bouche dans une expression de franche incrédulité.

- Malefoy ?

- Belle perspicacité. Tu t'es endormie sur le fauteuil.

Il se redressa, n'ayant pas la moindre explication pour justifier ce qu'il venait de faire. Ses yeux s'accrochèrent à la cheminée et il la regarda avec insistance.

- Oh. Je suppose que ça devait arriver…, marmotta-t-elle en se réinstallant sur le fauteuil avec davantage de bienséance.

- Comment c'est, le monde des moldus ?, la coupa-t-il presque, spontanément.

Hermione resta proprement abasourdie face à une telle question. Que voulait-il dire par « comment c'est ? » ? Etait-il réellement curieux ou l'invectivait-il d'une quelconque manière pour se moquer d'elle par la suite ? Elle ne voulut pas continuer à se poser la question et choisit l'optimisme : peut-être souhaitait-il qu'elle lui en parle tout simplement. Pour savoir. Elle savait que si elle lui demandait le pourquoi d'une telle question, il renoncerait au désir d'obtenir une réponse et s'en irait. L'opportunité était trop belle.

- Eh bien… C'est à peu de choses près pareil que le monde des sorciers… Sauf que les moldus remplacent la magie par l'industrie, la technologie…

Drago posa ses yeux d'acier sur elle, intrigué sans le montrer sur son visage imperturbable. Encore une fois, Hermione anticipa son incompréhension : il était bien trop fier pour lui demander la signification des mots qu'elle venait d'énumérer.

- Assieds-toi si tu veux, je vais t'expliquer comment ça marche…, l'invita-t-elle avec un sourire sincère.

Il n'aimait pas trop que l'on lui propose de faire des choses : s'il voulait faire quelque chose, il s'exécutait de lui-même. Pourtant, ses membres se murent tous seuls et il s'assit dans le canapé à côté du fauteuil. Il avait l'impression d'être resté le petit garçon de son rêve. Et peut-être était-ce le cas, à cet instant... Un petit garçon terrifié par les prétendues vérités de son père et tétanisé par l'obscurité.Hermione se mordilla la lèvre inférieure, songeuse. Par quoi pouvait-elle diable commencer ? Le sommeil engourdissait encore le moindre de ses membres et son esprit restait bien embrumé, ne lui permettant pas de trier ses idées en un fil cohérent.

- Hmmm… Les moldus naissent en famille pour la plupart, comme dans le monde sorcier, commença-t-elle maladroitement. Comme nous, ils sont envoyés à l'école, mais ils n'y apprennent pas les mêmes choses. Par exemple, là où on a cours de potions…

Elle savait que cet exemple lui parlerait davantage que les autres.

- … Eux ont la physique-chimie… C'est un peu le même principe : on mélange des ingrédients, des substances, en vue d'obtenir quelque chose ou de vérifier une hypothèse… Mais j'y reviendrais plus tard.Ils ont aussi des cours de sport : il existe beaucoup de sports dans le monde des moldus… Comme au Quidditch, il y a souvent des balles… Enfin bon…Là où nous avons histoire de la magie et astronomie, eux ont l'histoire de leurs pays, et géographie du monde. Ils apprennent aussi la langue anglaise ainsi que les langues étrangères…

Hermione sentait le rouge monter à ses joues tandis qu'il la fixait, impassible.

- Une fois qu'ils ont fini leur scolarité secondaire, ponctuée comme la nôtre d'examens et de diplômes… Et bien ils peuvent soit entrer dans le monde du travail, soit entamer de nouvelles études pour se spécialiser dans ce qu'ils veulent faire plus tard… Par exemple, des études de médecine… Ou ils peuvent faire une école de police, comme nos aurors… Ou entrer dans l'armée… Ou faire des études de droit pour devenir avocat, ou juge… Ou… devenir fonctionnaire comme dans les ministères. Enfin bref. Il y a énormément de choix de métiers car tout ce que la magie n'offre pas aux moldus est remplacé par une main d'œuvre humaine ou mécanisée.

- Mécanisée ?, s'enquit-il, désespérément placide.

- Oui, les moldus utilisent l'énergie du soleil, de l'eau, du vent, des ressources naturelles, pour créer des choses, simplifia-t-elle au maximum. Et ils utilisent le bois, le métal, le plastique… Pour bâtir, pour construire, pour concevoir des objets, des bâtiments fonctionnels à leurs activités. En fait, là où nous utilisons des ressources aussi, notre énergie principale est la magie. Etant dans l'incapacité de l'utiliser, ils ont trouvé leurs propres moyens de se moderniser et d'évoluer, et cela passe par d'autres sources que les nôtres. Mais en tout cas, nos deux mondes observent la même évolution. Nous ne sommes pas en retard les uns sur les autres, si j'ose dire.

Elle préféra ne pas entamer tout de suite de discussion à propos de la politique entre les pays du monde… Il fallait d'abord qu'il comprenne les similitudes les plus évidentes entre les deux mondes, avant qu'elle y ajoute de plus tristes dimensions.

- Donc en gros, ils ont des maisons, des appartements ou des grands manoirs, comme toi, plaisanta-t-elle. Tout se fait en fonction de la richesse de chacun, comme chez nous... Mais en tout cas, les moldus savent s'éclairer, savent se nourrir, aiment se divertir en allant à des concerts, à des rencontres sportives, ou au cinéma… Oh, le cinéma c'est… C'est comme les photos mouvantes, tu sais ? Sauf que… En fait on… On capture les paroles aussi et ce sont des acteurs… Enfin… Je ne sais pas comment expliquer mais…

- Granger, je sais ce qu'est le cinéma, je te remercie, finit-il par l'arrêter, un sourire amusé traversant ses lèvres.

- Désolée, je ne sais pas trop où est la limite, s'excusa-t-elle, rouge de honte. Tu n'as jamais vu le monde moldu ?

- Non. Je ne suis passé que dans les villes sorcières lors des voyages que j'ai faits, avoua-t-il, les yeux perdus dans le feu de la cheminée.

- Tu… tu veux savoir autre chose ou… ?

Il ne lui répondit pas, reportant son regard imperturbable sur elle. Hermione se mordilla l'intérieur des joues, embarrassée. Soudain, une idée lui traversa subitement l'esprit. Elle se leva brusquement et déguerpit dans sa chambre. Il la suivit des yeux, tout de même sacrément intrigué par son manège et elle revint avec un poste de radio.Drago esquissa un sourire en coin.

- Ouh, pas très professionnel, Granger. Les radios mobiles sorcières sont interdites à Poudlard.

- Comme si tu étais bien placé pour me parler de règlement intérieur, asséna-t-elle avec ironie.

- Tu mériterais que je te retire des points, argua-t-il, un rictus maléfique sur les lèvres.

- Tais-toi et écoute : je vais nous mettre sur une station moldue.

Drago était sur le point de l'invectiver quand elle pointa sa baguette vers le poste et fit tourner brièvement son poignet. L'appareil émit soudainement un grésillement mécontent jusqu'à ce qu'il accepte finalement de se mettre en route.

- […] pour une nuit de tubes sans publicité. Je sais qu'il fait déjà bien noir dehors et certains d'entre vous sont probablement ivres, mais peu importe. Je vous aime tous, insomniaques, conducteurs de poids-lourds, d'autobus de nuit ou simples voyageurs en auto… Et je vais vous faire rêver avec le morceau suivant… Ouh, une sélection très rock d'Annie Matthews d'East Kilbride. Une chanson de nos chers Pixies d'outre-Atlantique. Pour vous, Annie… ! Hey !

Hermione reporta son regard sur Drago qui s'était redressé sur le canapé, se penchant vers l'appareil. Il regardait le poste de radio avec intérêt à présent, écoutant les paroles du speaker en laissant un petit sourire envahir ses traits.

~ Hey ! Been trying to meet you… Hey, Must be a devil between us…

- Alors ?, s'enquit-elle fièrement.

~ …Or whores in my head…Whores at my door… Whore in my bed!

- Pas mal, finit-il par dire avec nonchalance.

~ But, hey, where have you been? If you go, I will surely die!

Hermione se redressa et s'approcha de Drago en commençant à dodeliner des épaules. Un sourire étincelant brillait sur son visage, poussant le Serpentard à l'imiter sans pouvoir s'en retenir. D'un simple geste, elle lui tendit la main pour l'inviter à danser. Il secoua la tête de gauche à droite, désespéré, mais elle agrippa son poignet et le releva sans se soucier de son accord.Une fois qu'il fut enfin debout, elle relâcha son étreinte, ferma les yeux et porta les mains en l'air doucement. Drago la parcourait de ses yeux acier, bien incapable de détourner le regard tandis qu'elle oscillait son buste dans un rythme lascif. Elle tournait lentement sur elle même, lui exposant à présent sans vraiment y penser son dos et surtout sa chute de reins qui attira immédiatement le regard du Serpentard.

~ We're chained. We're chained. We're chained, hey hey. Hey, hey, hey…Chained. We're chained, hey ! Chained, hey… ! Chained. We're chained, hey hey...! Hey, hey, hey… Chained…

Sans qu'il ne puisse s'en empêcher plus longtemps, il agrippa ses hanches et vint coller son propre torse contre son dos. Hermione sentit son souffle se figer dans sa poitrine. Elle ne pouvait pas refuser son contact. Ce constat effrayant l'enchaina à sa paralysie, laissant les frissons prendre possession du moindre de ses membres. Cette chimie entre eux s'opérait une nouvelle fois.Les doigts de Drago se resserrèrent sur ses reins : si elle avait su ce à quoi il pensait à cet instant, elle n'aurait probablement pas réagi de la même manière, ni ne se serait laissée attraper ainsi. Pourtant, elle restait dans son emprise, consentante. Cette idée accéléra si cela était encore possible les battements de son cœur.

- Tu vois, les moldus aiment danser aussi, dit-elle en se retournant pour lui faire face.

Il laissa ses mains sur ses hanches, plongeant ses yeux dans les siens.

- T'as vraiment perdu la tête, Granger, commenta-t-il sans pouvoir ralentir les assauts de son organe moteur.

- Tais-toi, Malefoy, dit-elle simplement avec un sourire aux lèvres. Ta question m'a vraiment fait plaisir.

Elle conduisit timidement ses mains derrière sa nuque et d'un geste simple, l'étreignit. Drago sentit le moindre de ses membres se tétaniser à ce contact.L'enlacement dura une quinzaine de secondes, seulement rythmées par la musique et les battements de leurs cœurs résonnant jusque dans leurs tempes, jusqu'à ce que les mains d'Hermione relâchent leur prise sur sa nuque. Ses doigts vinrent glisser sur ses joues, et leurs regards se confrontèrent à nouveau. L'intensité de ce dernier les sépara fugacement du reste du monde.

~ "Uh!" said the man to the lady… Hmmmmm… "Uh!" said the lady to the man she adored…

Alors, avec la plus grande des douceurs, elle se mit sur la moindre des pieds et approcha ses lèvres des siennes. Elles se frôlèrent, laissant échapper leurs souffles chauds respectifs dans le maigre espace les séparant. Et, lentement, Hermione scella leur contact chastement avant de s'éloigner, les joues rouges.Jamais Drago n'avait eu si peu de maîtrise sur lui-même. Ses yeux s'étaient fermés automatiquement au contact et il ne parvenait pas à les rouvrir, complètement paralysé par la sensation violente ayant dévasté le reste de son corps. Peut-être s'était-il changé en statue : son engourdissement entier semblait le confirmer.Il sentit alors ses lèvres effleurer sa joue pour y déposer un baiser presque enfantin.

- Je suis fière de toi, Drago, murmura-t-elle avec une grande douceur.

Ses yeux s'ouvrirent presque aussitôt après ces mots, comme pour vérifier dans ceux d'Hermione l'absence de la moindre trace de mensonge. L'émotion renfermée dans ses prunelles était tout à fait limpide, et pour la première fois Drago put toucher à la félicité qu'il ignorait chercher depuis des années. C'était à cela que ressemblait la reconnaissance d'un être aimé. C'était si visible : son visage était calme, sa bouche s'étirait dans un sourire simple et sincère et au fond de son regard brûlait la lueur d'un espoir sourd.Naturel, éclatant. Sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, il lui sembla pendant quelques secondes être véritablement heureux et en même temps, complètement déchiré de l'intérieur.Elle approcha une nouvelle fois ses lèvres de son visage pour venir déposer un nouveau baiser sur sa joue.

- Bonne nuit.

Il ne la vit même pas partir, ni n'entendit la porte de sa chambre se refermer, ses oreilles perdues dans le grésillement chantant de la radio qu'elle avait emmenée avec elle.

Les Gryffondors avaient cours de botanique avec les Serdaigles en début d'après-midi. Un peu plus réveillée que dans la matinée, Hermione s'installa en avance dans la serre, avant l'arrivée des autres élèves. Elle n'avait pas vraiment envie de parler aux autres, aujourd'hui, un peu trop harassée par la fatigue de la veille.Malheureusement, son projet fut contrecarré par le bruit de l'ouverture de la porte de la serre. Elle se retourna et croisa le regard de Liam.

- Oh, salut, lança-t-elle, un peu trop fatiguée pour réfléchir à ses gestes.

Il dût mal interpréter son ton maussade car il s'approcha d'elle, l'air contrit.

- Salut, Hermione… Écoute, je voulais encore te dire à quel point je suis désolé et combien je m'en veux pour ce que je t'ai fait…

La Gryffondor le laissa se libérer de sa culpabilité en écoutant ses propos, la mine neutre. Elle savait que si elle n'avait plus besoin de ses excuses, déjà persuadée depuis longtemps de ses remords, lui avait vraiment besoin de les lui adresser. Elle conserva donc le silence durant tout son discours, attentive.

- J'espère que tu pourras m'accorder ton pardon, un jour, finit-il par dire.

- Tu es pardonné, Liam, finit-elle par dire en esquissant un faible sourire. Ça fait déjà longtemps que j'ai tourné la page et je ne t'en tiens plus rigueur. On a tous le droit de faire des erreurs.

Même des horreurs, songea-t-elle, l'esprit soudainement embrumé par des yeux gris.

Il lui rendit son sourire, apparemment mille fois soulagé.

- Je me demandais, par contre, s'enquit soudainement Hermione. J'imagine que tu veux récupérer ton poste radio ?

Elle essaya de ne pas rougir de honte face à lui, au souvenir de l'usage qu'elle en avait fait la veille…Liam arbora une mine complètement ahurie.

- Hein ? Non ! C'était un cadeau. Je ne te l'ai pas fait pour que tu me le rendes. Cela me fait toujours plaisir que tu le gardes.

Hermione lui sourit à nouveau.

- Bon. Très bien alors, je le garde, répondit-elle simplement.

- Tu as l'air éreintée, ça va ?

- J'ai mal dormi, un cauchemar. Rien de grave, éluda-t-elle, la bouche soudainement sèche.

Il hocha la tête en signe de compréhension et tira la chaise à côté d'elle.

- Je peux m'asseoir ?

- Je t'en prie.

- Écoute… Hermione…, commença-t-il d'une voix un peu contrariée.

Elle sut presque aussitôt de quoi il allait lui parler et son cœur se mit à battre la chamade.

- Je m'inquiète beaucoup pour toi, au sujet de Malefoy.

Bingo. En plein dans le mille. Elle ne répondit pas tout de suite, le laissant continuer. Elle avait deviné depuis bien longtemps qu'il était celui avec qui s'était battu le Serpentard, un fait qui ne l'aidait pas à ordonner ses récentes pensées.

- Comme je sais que vous partagez vos appartements, et aussi qu'il prend un malin plaisir à te gâcher la vie… J'aimerais que tu saches que tu peux venir m'en parler, si tu as un problème. Comme je sais déjà à moitié ce qu'il se passe, ça t'évitera la peine de devoir tout expliquer à une autre personne, et je veux être là pour toi.

Elle se mordit l'intérieur des joues, nerveuse. Il n'avait, au contraire de ce qu'il voulait croire, pas la moindre idée de ce qu'il se passait en réalité avec Malefoy. Et ce, depuis le début de l'année pour la bonne et simple raison qu'elle lui avait toujours tout dissimulé. Malgré tout, sa gentillesse, son inquiétude et sa compassion lui réchauffèrent le cœur.

- Et s'il te plait, fais attention à toi. Il peut être vraiment dangereux, j'en suis sûr.

Oh, mais il ne savait vraiment pas à quel point. Elle acquiesça malgré tout, un peu embarrassée qu'il veuille à ce point la protéger à ce stade de l'année alors que tout commençait à changer entre elle et le Serpentard. Elle se demanda brièvement où ils en seraient aujourd'hui si elle s'était montrée honnête avec lui dès le départ. Ses dents vinrent chercher l'intérieur de ses joues encore une fois.

- Oui, ne t'inquiète pas. J'ai déjà réglé les choses avec lui… Ce n'est plus comme avant, donc ne t'inquiète pas, répéta-t-elle en y mettant le plus de conviction possible.

Il y eut un moment de flottement durant lequel ils se regardèrent silencieusement, puis Liam la prit dans ses bras et la serra contre lui.

- Je suis vraiment, vraiment content qu'on ait eu cette discussion… Hermione.

Hermione lui rendit son étreinte, assez soulagée elle-aussi que tout soit enfin dit. Commençait une sorte de nouvelle ère. Une ère différente. Peut-être plus paisible.

Le plus incroyable, avec le destin, c'est qu'il fait et défait les choses sans vraiment y prendre garde. Il interpelle, puis se désintéresse, fout le bazar, et enfin répare ses dégâts.Parfois, cette dernière étape peut prendre un sacré temps avant de montrer le bout de son nez, tandis que le chaos assoit généralement son règne en quelques secondes à peine…Parfois, ses calculs nous jouent des tours et c'est ce que l'on appelle un malentendu. Les malentendus ? Certainement la source de toutes les guerres sur la planète terre. Ils résultent le plus souvent d'une présence au plus mauvais moment et d'une interprétation –le plus souvent mauvaise et obtuse- d'une situation bien définie.

Mise en pratique : les Poufsouffles et les Serpentards de septième-année passaient derrière les serres pour se rendre à leur cours d'Entretien aux créatures magiques. Cela se passa très vite (songeons au chaos) : des Serpentardes gloussèrent en voyant par les vitres un couple solitaire s'enlacer amoureusement dans la serre, et la clameur passa promptement dans tout le groupe.C'est là que la crise systémique s'enclencha, notamment lorsque les yeux de Drago Malefoy, de Blaise Zabini et de Pansy Parkinson se posèrent sur Hermione et Liam, inconscients de ce qui se passait au dehors.

Les yeux mercure de Drago se teintèrent aussitôt d'un ton orageux empli de haine et de colère devant la scène. Il serra la mâchoire. Blaise sentit aussitôt la fureur monter chez son meilleur ami, impuissant. Pansy, elle, demeura impassible mais son regard se plissa imperceptiblement.Commençant à percevoir des cris de stupéfaction et des rires, les deux jeunes sorciers se séparèrent et leurs yeux se posèrent sur les vitraux pâles. Lorsqu'Hermione croisa le regard de Drago, elle sut aussitôt quelles conclusions il venait de tirer de ce qu'il venait de voir et dans ses yeux brûlait une haine qu'elle avait cru éteinte.

Liam, lui, posa les yeux sur Pansy qui détourna aussitôt le regard, hautaine. Il fronça les sourcils et eut le même raisonnement qu'Hermione un peu plus tôt. C'était le bordel.

Et en un seul tour de passe-passe, mesdames et messieurs… Voilà comment survenait un malentendu.

Liam et Pansy se retrouvèrent devant la bibliothèque, comme la veille.

- Salut, lança-t-il.

Elle ne répondit pas et entra en premier dans la salle. Il se retint de soupirer. D'un pas rapide, ils se rendirent au fond de l'allée, à leur table habituelle.

- Salut, Parkinson, répéta-t-il.

- Salut, dit-elle simplement sans le regarder, d'une voix neutre.

- Ah, tu sais parler.

Elle lui jeta un regard vide avant de se mettre à trier les livres.

- Dépêchons-nous de finir, articula-t-elle simplement.

Liam la suivit des yeux, sentant un peu sa gorge se serrer sous sa froideur.Effectivement, elle lui en voulait… Ce constat lui plut et lui déplut à la fois. Il se résigna à s'atteler à la tâche à son tour lorsqu'il entendit les talons de Madame Pince avancer vers eux dans l'allée.

Hermione poussa le tableau avec la plus grande des appréhensions. Elle savait que ce qui l'attendait n'était pas fait de réjouissances. Comme elle l'escomptait, il était dans la salle commune. Les mains dans les poches, il lui faisait dos, apparemment en pleine contemplation du feu de cheminée. Cette situation lui rappelait ironiquement qu'elle aussi l'avait attendu dans cette posture pour mettre les choses au clair, la veille. Elle savait qu'il devait l'avoir entendue entrer, et qu'il ne se retourne pas n'était pas particulièrement bon signe. Peut-être cherchait-il à reproduire exactement le schéma de la dernière soirée.

- Bonsoir…, finit-elle par dire, rompant le silence seulement entrecoupé par les crépitements des braises.

Il ne répondit pas, ni ne se retourna vers elle.Comment était-elle censée débuter la discussion ? Théoriquement, elle n'avait aucune raison de lui expliquer ce qui s'était produit. Qu'il ait tout compris de travers n'aurait pas dû l'émouvoir, surtout qu'il n'y a pas si longtemps, elle priait pour qu'arrivent ce genre d'opportunités de le mettre en colère. Mais tout avait changé maintenant. Tout. Une culpabilité sourde lui avait travaillé les méninges toute la journée, sans qu'elle ne sache comment s'en défaire. Leur relation était devenue si étrange.

Elle resta donc immobile et mutique, derrière lui, attendant une réaction quelconque. S'écoula une minute. Puis une deuxième. Jusqu'à ce qu'une dizaine de minutes passe sans qu'aucun d'entre eux ne dise le moindre mot. Drago essayait tant bien que mal de se concentrer sur les flammes, s'évertuant à modérer sa colère sans vraiment y parvenir. Elle était derrière lui, il le sentait, inerte et silencieuse. Pourquoi restait-elle là au juste ? Attendait-elle stupidement qu'il lui retourne sa salutation ?Il finit par perdre patience et se tourna vers elle lentement, faisant louper sans le savoir un battement de cœur à Hermione. Son visage était impassible mais son regard ne la trompa pas : il contenait une rage presque tangible, qu'il réussit, sans qu'elle ne sache comment, à dissimuler soudainement. Ses lèvres esquissèrent un sourire cynique. Ce n'était pas bon du tout.

- T'es pas en train de te faire prendre en salle Serdaigle ?

Elle écarquilla les yeux à l'entente de cette sentence scandaleuse.

- Pardon ?

- Ah, la surdité. Un mal dont j'aimerais subir les affres les nuits où tu joues avec toi-même.

Hermione sentit le sang monter à ses joues. Mais bon sang, de quoi parlait-il ?!

- Qu'est-ce que tu racontes, enfin ?, s'exclama-t-elle. Je ne… Je ne joue à rien du tout !

- Certainement, concéda-t-il avec ironie. Comme tu ne te laissais pas publiquement peloter par Blake, cet après-midi.

La bombe était lâchée.

- On ne se pelotait pas, on était juste en train de s'enlacer. Et en tant qu'amis !

- Je n'en doute pas une seule seconde, Granger.

Elle s'approcha de lui, à présent furieuse qu'il la traite comme les simples trainées qu'il se tapait tous les trois jours.

- Je peux savoir pourquoi tu me fais une crise de jalousie, Malefoy ?, siffla-t-elle, les yeux flamboyants.

Ah, il la cherchait ? Il allait la trouver. Il ne lui faisait plus peur.

- Jalousie ? Jalousie ?, répéta-t-il, son visage se crispant dans une moue écœurée.

S'il mimait le dégout, c'était certainement pour s'empêcher de trouver une certaine justesse dans ses propos.

- Ah, la surdité !, le parodia-t-elle brusquement. Je rêve, sérieusement ! Contrairement à toi, je ne suis pas du genre à mentir à tour de bras ! En vertu de ce fait indéniable, je ne vois même pas pourquoi j'ai à justifier mes actes auprès de sa majesté.

- Tu veux sérieusement me faire croire que vous vous enlaciez en toute amitié, après le temps que vous avez passé tous les deux à vouloir vous retrouver dans le même pieu…, cingla-t-il froidement.

- Ma question, c'est « et quand bien même ?». Pourquoi est-ce que cela te dérange autant ?!

Pour la première fois de sa vie, Drago ne trouva rien à répondre bien que des milliers de réponses ne se bousculent à ses lèvres. Elle le laissa dans l'embarras pendant une bonne minute avant de renchérir sur cette victoire incontestable.

- Comme tu as du mal à saisir, je vais le répéter une dernière fois : nous nous enlacions effectivement en toute amitié. Je ne vais pas garder rancune envers lui éternellement juste parce que tu as joué avec lui, et à fortiori avec nous, pour en tirer ta satisfaction minable. Nous nous sommes réconciliés, c'est tout. Et tu peux être rassuré, rien ne se passera plus entre lui et moi pour la bonne et simple raison, que comme je viens de le dire, tu t'en es déjà très bien assuré !

Drago ne put que serrer la mâchoire face à ce débit de vérités cruelles qu'elle lui lançait au visage. Pourtant, il ne put s'empêcher d'être en partie très fier de lui quand elle fit référence à l'échec cuisant de sa relation avec le Serdaigle. Pour ne pas aggraver son cas pourtant, il retint son sourire sardonique.

- En plus, mais je ne vois même pas pourquoi je perds mon temps à te l'expliquer, il a très bien compris tout ce que tu me faisais subir depuis septembre, exagéra-t-elle un peu sans le laisser paraitre. Et encore une fois, j'ai dû tout démentir pour ton pari ridicule. Je n'ai pas arrêté de lui cacher des choses par ta faute et ce n'est pas maintenant que je vais tout lui avouer alors que la situation s'améliore entre nous !

Mais que racontait-elle au juste ? Il sentit son cœur s'accélérer lorsqu'elle fit référence au fait que leur relation prenait un nouveau tournant. Un fait qu'ils taisaient tous les deux en sachant pertinemment qu'ils en faisaient conscience commune.

- Choisis de croire ce que tu veux, en tout cas, comme moi je choisis de croire que tu me fais une crise de jalousie pitoyable. Si tu veux tant que ça me garder pour toi, il suffit de m'avouer tout ce qui se cache dans ta misérable tête !

Ce fut la phrase de trop : il s'approcha d'elle à son tour, la toisant de sa tête de haut.

- Je ne te cache rien, Granger. Tu sais très bien quelles sont mes intentions à ton égard, murmura-t-il, la voix glaciale. J'ai juste envie de te baiser.

Il crispa les poings imperceptiblement, véritablement en colère contre elle, mais bel et bien aussi contre lui-même.Un coup de massue semblait s'être abattu sur le crâne de la Gryffondor. Ah ? Alors là était la vérité ? Il voulait juste « la baiser » ? Toutes ses hypothèses sur les prétendus nouveaux sentiments du Serpentard s'effondrèrent comme un château de cartes. Drago assista à la décomposition de son expression : elle était très visiblement écœurée par ce qu'il venait de lui dire. Aussitôt, il eut envie de revenir sur ses propos, mais son orgueil l'en empêcha. Il conserva donc un silence nerveux, les poings serrés à s'en ouvrir les paumes sous le coup de ses ongles.

- C'est bien dommage, finit-elle par dire. Car quitte à me faire baiser, je préfèrerais mille fois que ce soit par Voldemort en personne.

Sa réplique le souffla complètement. Hermione n'avait pas la moindre idée de ce qui lui était passé la par tête, mais au moins cela avait le mérite de le faire taire. Évidemment, elle n'en pensait pas un mot. Rien que l'idée d'être dans la même pièce que cet être lui donnait la nausée… Mais elle savait que ce nom aurait de l'effet sur Drago.Cela en eut effectivement assez pour le rendre mutique, suffisamment longtemps pour qu'elle ait le temps de le contourner et de rentrer dans sa chambre, claquant violemment la porte derrière elle.

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