My Dear Sadistic Highness

Chapitre XVI

J'avertis le lectorat qu'il s'agira du seul chapitre comportant des points de vue extérieurs aux deux protagonistes (Hermione et Drago, évidemment).

Merci à tous les revieweurs et désolée si mes RARS sont maladroites ou courtes... Il est 2h43 et mes yeux se ferment tous seuls...!

Malawiwi : Effectivement, je me suis tapée des barres en l'écrivant ! Eh oui, il n'y a pas que Drago qui est sadique ! Ne t'inquiète pas trop : les rabibochages, ça va toujours à tout va. Et pour Drago : ne t'inquiète pas trop pour ça non plus, son machiavélisme n'est jamais bien loin.

LittleRock14 : Hahaha, plus vite que mon ombre, ouais :p… Je suis vraiment conquise par ta longue review et je te remercie d'ailleurs d'avoir pris le temps de me dire tout ce qui t'avait plu ! Et évidemment de ton soutien, sans faille ! La suite, tout de suite !

Cind3rella : à ce point ?! eh ben dis-donc, je suis vachement contente d'être parvenue à ce résultat ! Et non, ton idée de résumé ne passe pas inaperçu : j'y songe beaucoup et tes nouvelles idées me plaisent aussi ! Merci pour ça ! Et merci pour tout, en fait. Bises )

Pepette : héhéhé, et bien tout cela est parfait :p j'espère que ce chapitre te plaira… Parce que Super-cerveau et Mono-neurone sont présents !

I'm in a serious shit, I feel totally lost. If I'm asking for help it's only because…Being with you has opened my eyes: could I ever believe such a perfect surprise?I keep asking myself, wondering how. I keep closing my eyes, but I can't block you out.I want to fly to a place where it's just you and me. Nobody else, so we can be free.

And I'm all mixed up, feeling cornered and rushed.They say it's my fault but I want her so muchI want to fly her away where the sun and the rain come in over my face, wash away all the shame.When they stop and stare - don't worry me, cause I'm feeling for her, what she's feeling for me.I can try to pretend, I can try to forget, but it's driving me mad, going out of my head…

[...]

Mother, looking at me, tell me what do you see?Yes, I've lost my mind.Daddy, looking at me, will I ever be free?Have I crossed the line?

All the things she saidAll the things she saidRunning through my headRunning through my headRunning through my headThis is not enoughThis is not enough

All The Things She Said – t.A.T.u

Chapitre XVI

On était samedi.

Pansy s'étira longuement, n'ayant pas la moindre envie de se lever. L'attendait un devoir d'Histoire de la magie des plus rébarbatifs, et pire encore, Oksana se peignait nonchalamment devant sa coiffeuse. Les yeux de la Serpentarde se perdirent dans sa chevelure d'un châtain clair proche de la perfection, fine comme celles des vélanes. Merlin que cette fille était belle. Même de dos, on avait la certitude qu'elle nous éblouirait. C'était détestable.

Entre les deux pans du rideau, la brune regarda son acolyte Serpentarde finir sa coiffure, puis se lever et quitter le dortoir dans un chantonnement aérien. Une fois que la porte eut claqué, suffisamment fort pour réveiller tout Poudlard, Pansy se laissa retomber dans ses oreillers. Cette fille était une saleté.Pendant quelques secondes, elle s'oublia dans des idées apaisantes : le parc du manoir de Drago, sa gloriette, et ses paons albinos flânant au milieu des sorbiers parfaitement taillés ; l'odeur des grands pots de plaquebière dans le cloitre de Poudlard ; les cris des mésanges huppées, perchées dans les striures des arcades de pierre… Le rire de William Blake.

Pansy rouvrit les yeux, se redressant brusquement. Pitié, pas lui. Pas encore. Pourquoi ne faisait-elle que songer à lui ? Mystère ! Mais il la hantait, bon sang. Encore plus depuis qu'elle l'avait surpris dans les bras de Granger. Ah, cette maudite Gryffondor aux cheveux de paille et aux dents de castor… Et comment avait-elle pu attraper Blake dans ses filets, un mystère. Oksana, encore, cela se comprenait. Les garçons n'avaient pas de cerveau et suivaient tout joli cul qui se tortille dans leur direction. Mais Granger ! Pouah !

Ses pensées vipérines finirent par se tarir, laissant place à un curieux malaise. Elle savait qu'il s'agissait de jalousie : certes, Oksana était très belle et son intelligence froide lui faisait de l'ombre, mais Granger c'était autre chose. Il était plus compliqué de la détester car c'était au moins une fille intègre qui ne cherchait jamais vraiment à se venger quand les autres s'attaquaient à elle. Enfin... Il y avait aussi le fait qu'elle faisait souvent peine à voir, en vérité. Pour très bien connaître Drago, elle savait que la Gryffondor en prenait suffisamment pour son grade et qu'il était parfaitement inutile d'en rajouter. Il était normal de sa part de chercher la compagnie d'un gars gentil. Et Blake était un gars gentil. Il était très souvent insupportable à sa manière, mais le fait qu'il sache voir plus loin que le bout de son nez lui plaisait. Ils avaient des rapports cordiaux, presque amicaux parfois… Et si elle ne l'aurait jamais admis à haute voix, il était parfois bon de se lier d'amitié avec d'autres personnes que des Serpentards. Les faux semblants, les tromperies, les rumeurs : tout cela était génial pendant les cinq premières années de scolarité, mais cela finissait par devenir une routine épuisante à présent. Ils n'avaient plus le même âge. La septième année avait le gout de la mélancolie et du passage à l'âge adulte… D'autant plus lorsque l'on songeait au contexte politique actuel.

Pansy frissonna. Elle était réellement heureuse d'être une fille : on leur demandait bien moins de prendre parti. Certes, elles demeuraient dans l'ombre de leurs maris, mais à moins d'être militantes, elles n'étaient jamais mêlées à la guerre. Et si Pansy avait bien une certitude, c'était celle-là : elle ne voulait pas approcher, ni de près ni de loin, le champ de bataille. Ce n'était pas pour elle. D'ailleurs cela prenait beaucoup trop d'ampleur. Il avait été marrant de se moquer des sangs-de-bourbes, parfois des sangs-mêlés ou même du vieux cracmol qui leur servait de concierge, mais cela ne justifiait pas des morts. Son immaturité de gamine l'avait délaissée sur ce plan-là. Tuer des gens pour leur prétendue différence ? Non, mais et puis quoi encore ? Elle n'avait pas la moindre envie de mourir, ni de tuer qui que ce soit. Elle vivrait dans une grande bâtisse, avec quelques elfes de maison, aurait deux ou trois enfants, et ne sortirait que pour les mondanités ou pour des séances de courses dans les grands magasins.

Ses aspirations auraient semblé triviales et futiles à n'importe qui d'autre, mais en toute vérité, Pansy Parkinson n'avait envie que d'un bonheur plutôt simple. Son mari serait ferme pour les autres et tendre avec elle, ses enfants ne feraient pas d'histoire, sa belle-famille l'apprécierait beaucoup… Peut-être saurait-elle-même se contenter d'un grand cottage et d'un seul elfe. Ou même d'un simple cottage.

Loin de l'Écosse.

Loin de la guerre.

Et quand elle songea à la grande silhouette qui l'accompagnerait sur les futures photographies mouvantes, ces dernières surplombant sa table de nuit et une cheminée quelconque… Pour la première fois, elle n'y transposa plus les traits de Drago Malefoy.

Pansy soupira.William Blake avait réellement un beau sourire.

Par-delà le chemin de terre parsemé de petites branches mortes, s'improvisaient les grandes serres. Dans leurs traditionnelles formes bombées, elles reflétaient en milliers de lueurs les mornes rayons du soleil venus se perdre sur leurs nombreuses vitres. Certaines, laissant une embrasure entre l'intérieur et l'extérieur, semblaient bercer le théâtre d'une évasion verte. Des branches de vigne et de lierre fuyaient vers le haut, bordant les larges gouttières de bois mort. Autour de la rigole, des tiges de chèvrefeuille fatigué s'accrochaient tant bien que mal, envahissant la bordure pleine d'un romarin tout juste planté. Entre les dalles de pierre, la mousse humide faisait son nid, se répandait pour venir brunir plus loin : elle prenait le pas sur le gris froid du sol, le tachetant d'éclats verts.

La jeune fille remonta l'allée boueuse, un peu écœurée de voir s'accrocher à ses bottines une épaisse galette de boue collante ralentissant presque sa marche. Les herbes hautes sur le bas-côté semblaient ployer sous la rosée abondante et cette dernière laissait briller le vert dans le maussade soleil matinal. Enfin arrivée en haut, elle longea l'extérieur du cloitre, passa devant l'une des arcades et finit par arriver près de la porte principale. C'est par là qu'elle pénétra dans le château. Ses cheveux étaient rendus humides par le brouillard de la matinée et son premier réflexe fut d'y passer les doigts pour les démêler nerveusement. D'un œil rapide, elle chercha n'importe quelle surface miroitante pouvant lui faire office de miroir : les toilettes étaient trop loin. Heureusement, le couloir abritait d'immenses vitraux d'un gris perle.

Le reflet terne que lui renvoyait la surface glacée n'avait pas sa splendeur habituelle. Ses yeux d'une couleur froide traversèrent le vitrail pour aller balayer le paysage. Il faisait vraiment moche, aussi. Un tel temps ruinait son teint à tous les coups. Ses doigts fins passèrent une nouvelle fois dans ses cheveux, replaçant habilement une mèche derrière son oreille avec le talent que confère l'habitude. Après avoir laissé échapper un long soupir, empli de négligence, la jeune fille se détourna du spectacle triste qu'offrait la lande et reprit sa marche dans les couloirs.

C'était à se demander s'il y avait encore des choses qui allaient, dans sa vie. Elle avait de plus en plus de mal à se faire respecter, comme si les années de règne qu'elle avait eu le délice de vivre se transformaient en réel cauchemar. Ce n'était pas tant à cause de la haine des autres, de plus en plus vivace, soit dit en passant... Elle avait toujours eu conscience que la plupart des gens la détestait. En vérité, tout le monde l'avait toujours détesté : au début, cela l'avait presque tuée. Puis, elle s'y était accommodée... Et enfin, elle avait aimé cela, petit à petit. S'ils la détestaient, c'était parce qu'ils faisaient partie d'une grande foule. On ne différenciait pas leurs pauvres visages ingrats, et la frustration dévastait leurs traits comme la pire des infamies. Cela ne la dérangeait que peu. Tout ça l'ennuyait à mourir, en toute franchise.

Son crâne était une salle blanche : désinfectée, vide. Et ses idées tournaient dedans, tout comme elle. Parfois, elle faisait face à un pan du mur, parfois à un coin. Tout était immaculé, pur. Pourtant dans sa vision périphérique, elle croyait sans cesse voir une atrocité sombre. Ses yeux percevaient une petite bestiole, un insecte répugnant. Quelque chose qui se sert de toutes ses pattes pour courir ; une sorte de vermine qui file à tout de vitesse pour se cacher dans un recoin. Des antennes frétillantes, des pattes frémissantes : un insecte qui vous tombe sur le haut du crâne et s'enfouit dans vos cheveux malgré vos hurlements de terreur. Une petite pestilence pleine de putréfaction. Une vie crasseuse et abandonnée, délaissée, mangeotant la poussière et les autres choses qui dominent le premier calque du sol. Des membres véloces, désarticulés, désorganisés, mais aussi rapides que l'araignée la plus fourbe.

Oksana sentit son dos se raidir à cette pensée.

Mais elle avait beau se tourner, et se retourner encore et encore : il n'y avait rien. Et elle pouvait être sûre d'une chose : l'insecte ignoble était là et courrait plus vite que ses yeux ne parcouraient les murs. Saleté.Peut-être était-elle dérangée ? Tout semblait abonder dans ce sens. Il aurait fallu un miracle pour que sa santé mentale soit au beau fixe. Quiconque aurait prétendu à un tel aveu aurait fait preuve d'une insolence envers le destin, ou encore d'une cécité à cacher aux plus aveugles. Elle se haïssait, haïssait les autres. Sa soif de destruction dépassait tous les bons sentiments qu'elle avait fait l'effort de collecter dans sa vie. Parfois, elle aurait juste voulu crever.

Cela avait commencé avec sa mère : petite déjà, resplendissante comme un soleil glacé, miroitante. Sa mère la regardait avec des yeux remplis de répulsion, de dégout, de haine. Là où son père l'encensait, sa mère crachait son venin. Ses sourires, rares, étaient empreints de cynisme et de moquerie, parfois même de colère. Naïvement, et peut-être avec la plus grande justesse finalement, Oksana s'était toujours dit que sa mère la détestait parce qu'elle était plus belle qu'elle. Prendre conscience d'une telle vérité, à un âge si petit, avait de quoi étouffer dans l'œuf des qualités qui se feraient de plus en plus modestes avec le temps.

Oui, sa mère la haïssait. Mais au moins, son père lui, l'aimait. Peut-être même un peu trop. Peut-être l'aimait-il trop, trop souvent, et parfois d'une mauvaise façon.

Était venu le temps des épouvantards. Le soir, la nuit. Les pas dans le couloir : la porte de sa chambre qui s'ouvrait en grinçant. Une silhouette familière qui s'introduisait dans sa sphère privée pour venir la briser.Des contacts prohibés : la respiration haletante, le cœur qui battait en sourdine, la honte. L'humiliation. La peur que les gens sachent, qu'ils devinent. C'était inscrit sur son visage. La beauté n'amenait que l'abus, et elle n'en était que l'esclave. Et c'était de sa faute, bon sang : elle était si belle, c'était proche de l'interdit, et voilà pourquoi sa mère la détestait. Et elle avait raison, car en grandissant, Oksana comprit bien malgré elle qu'effectivement, elle avait volé le mari de sa mère.

La honte.La culpabilité.Mais l'amour, toujours. Elle ne pouvait pas le détester : il était le seul à l'aimer. Il l'aimait mal, certes, mais il l'aimait quand même. Il lui était littéralement impossible de refuser cet amour. Impossible.

Puis le départ en internat : Poudlard. L'oppression mais paradoxalement le souffle à nouveau. Tous ces regards étrangers qui la perçaient jusqu'à lui tordre les viscères. Et puis lui, blond aux reflets d'argent : nacre, platine, gris perle. Froid, arrogant. Et il l'avait voulue et elle s'était donnée si vite. Si vite. C'était sa plus grande erreur.

Si seulement elle l'avait fait attendre, si seulement elle avait su jouer les froides, les hautaines… Mais non, trop naïve. Toutes les procédures de traîtrise, toutes les machinations, les langues tordues, les manipulations… elle n'en avait fait acquisition que bien plus tard. C'était des techniques qu'il transmettait comme un venin : il chutait inlassablement et entrainait les autres avec lui… Ou plutôt, ceux qu'il fascinait. Elle savait qu'elle n'était pas la seule : et si cela était parfois rassurant, c'était d'autant plus détestable. Encore une fois, elle n'avait aucun monopole. Elle n'était la favorite de personne : l'amie d'aucun, l'amour d'un puits sombre. Rien. Personne ne la préférait, personne ne la choisissait. Seule.

Elle avait son sceau entre les cuisses. Et peut-être n'était-ce pas plus mal, finalement… Car il l'avait arrachée, déchirée, prise avec violence, et parfois presque calmement, mais sans tendresse… C'était ça le vrai amour, pas celui de son père. C'était l'amour qui brise, qui t'entache, qui te brûle par les extrémités jusqu'au fond des boyaux : l'amour, c'était la haine. Le brasier.Et elle était dépourvue de sa moindre cendre à présent. Car il n'y avait plus rien sous son oreiller, à part les traces longilignes du sang qui s'écoulait parfois de ses bras, et qu'elle s'empressait d'enlever au matin. Plus d'espoir.

Il ne la regardait plus, la faisait taire sans scrupule. L'avait humiliée, s'était servi d'elle.Elle n'était plus rien.

- Ça va ?

Oksana leva les yeux machinalement. Ils tombèrent dans des prunelles hagardes, douces.

- Désolé, je suis con. C'est évident que ça ne va pas.

Elle ne se souvenait pas de son prénom : elle savait juste une chose, Drago le haïssait. Ses cheveux roux ne lui évoquaient que son nom de famille : Weasley.

- Je dis jamais les choses qui faut, excuse, bougonna-t-il de plus belle dans le silence matinal.

Il était recouvert de boue, de la tête au pied. Le pauvre balai qu'il tenait dans sa main droite prouvait qu'il revenait d'un entrainement de Quidditch. A cette heure-ci ? Était-il parti s'entrainer seul ? Rares étaient les élèves à se lever tôt le week-end.

- Écoute, j'suis désolé si je te dérange, hein…, marmonna-t-il encore en baissant le regard, les oreilles cramoisies.

Oksana sentit les larmes redoubler sur ses joues et elle laissa échapper un sanglot nerveux. Aussitôt, les yeux du roux remontèrent se plonger dans les siens. Et comme précédemment, son regard l'apaisa presque aussitôt.

- Tu veux que je te conduise à l'infirmerie ? Que je te ramène chez les vipères ? Les Serpentards, j'veux dire, se corrigea-t-il fébrilement.

Un sourire s'installa machinalement sur les lèvres d'Oksana, sentant ses larmes s'interrompre quelques secondes au profit de la naissance brève d'un rire dans sa poitrine. Rire qui ne vit jamais le jour, mais qu'elle avait senti. Spontané.

- Ouah. T'es quand même plus jolie quand tu souris, fit-il remarquer sans le moindre tact.

La jeune fille sentit son sourire s'agrandir au milieu de ses larmes. C'était incontrôlable.

- Enfin, non pas que tu sois moche quand tu pleures, mais c'est juste… C'est pas trop mon truc de voir les filles qui pleurent. Même si de manière générale, à chaque fois que je suis seul, j'ai une chance sur deux de tomber dessus, marmonna-t-il, l'air sombre.

Peut-être n'avait-elle jamais rencontré de personne aussi franche. Et aussi maladroite. C'était presque catastrophique. Mais du genre de la bonne catastrophe, celle qui fait rire : celle qui te montre que parfois, l'imbécilité est la plus belle des qualités.

- Tu veux boire quelque chose ? Un verre d'eau ? J'suis vraiment aussi doué qu'un Scroutt-à-pétard pour faire apparaître des verres, mais je pense que je peux amener un gobelet en bois. Ou peut-être que tu veux un mouchoir ? Ça, je dois en avoir…

Ses mains sales commencèrent à tâtonner frénétiquement ses poches, à la recherche d'un bout de tissu vierge, probablement dans un aussi bel état que ses chaussures.

- Tu sais qui je suis ?, demanda soudainement Oksana.

Elle avait besoin de lui poser la question : qu'il lui offre aussi spontanément son aide n'était pas normal. Personne ne l'aimait, ou plutôt, diable, elle insupportait tout le monde. Sa générosité était étrange, peut-être même intéressée… ou plus certainement stupide. Et si elle aimait souvent tirer parti de la stupidité des gens, la présente gentillesse de l'idiot devant elle lui en ôtait toute envie.

- Ben ouais, dit-il en cessant ses recherches, les yeux écarquillés comme si elle venait de sortir une énormité. Oksana, une Serpentarde… Désolé, mais ton nom de famille est imprononçable. Souvent, t'es avec l'autre crapule blonde là… Pis c'est dur de te rater, franchement…

Oksana sourit de plus belle. Elle comprenait un peu mieux : il la trouvait belle. En même temps, l'inverse eut été curieux.

- … T'es souvent entourée des pires imbéciles dont cette école est dotée.

Ah… C'était à ça qu'il songeait.

- Sans vouloir t'offenser, rajouta-t-il comme s'il venait de se rendre compte de l'impolitesse dont il venait de faire preuve.

- Alors, pourquoi es-tu aussi gentil avec moi ?

Elle avait besoin de savoir.

- Ben… Parce que t'es une fille, répondit-il en haussant les épaules, en signe flagrant d'évidence. Et que tu pleures, aussi. Je vais pas te laisser pleurer, juste parce qu'on ne fait pas partie de la même maison. J'suis pas un Serpenta… Enfin, je suis pas un malotrus, j'veux dire. Et puis te voir balancer du jus de citrouille à la tronche de Parkinson, c'était juste formidable !

Spontanéité, sincérité : c'était une grande première.

- Ron, qu'est-ce que tu fous, ça fait trois plombes qu'on t'atte-

La voix féminine s'interrompit et des pas se rapprochèrent derrière Oksana. L'idée qu'on les interrompe ne lui fit pas du bien : pire, qu'on la surprenne en train de sangloter face à celui qu'elle pouvait désormais dénommer Ronald Weasley, la fit frémir.Deux personnes la contournèrent : deux filles. Une qu'elle devina être sa sœur, et une autre qu'elle reconnut sans peine pour s'être moquée d'elle pendant de longues années : Loufoca Lovegood.Cette dernière lui adressa un sourire naïf.

- Salut, Oksana, chantonna-t-elle presque, comme si quelque part, elle était heureuse de la croiser…

Peut-être souriait-elle car son visage était dévasté par les larmes… ? Mais quelque chose lui dit que ce n'était tout simplement pas son genre. Sur quelle bande de fous était-elle tombée ? La rousse était la seule à la regarder de travers, même si ses prunelles s'étaient machinalement adoucies après avoir vu ses yeux bouffis. Elle frappa son frère.

- Non seulement tu es en retard, mais en plus tu la fais pleurer ?, le réprimanda-t-elle, peu intéressée par le fait qu'elle prenait la défense d'une Serpentarde, mais vraisemblablement davantage concentrée sur le plaisir qu'elle avait à morigéner son frère. Plaisir qu'elle devait probablement tenir de sa mère.

- Eh !, protesta-t-il mollement. C'est pas à cause de moi qu'elle pleure ! Enfin je crois pas…, argumenta-t-il, incertain.

Ils la regardèrent tous, l'air de l'interroger silencieusement. Fallait-il qu'elle leur explique que ce n'était pas de leur fait, ou quelque chose du genre ?

- On a demandé à Dobby de nous ramener le petit-déjeuner dans le cloître, tu viens avec nous ?, s'enquit soudainement Luna.

Qui était Dobby, c'était un grand mystère… Ce nom lui disait pourtant quelque chose... Mais ce n'était pas la question. A l'entente de la proposition, Oksana avait senti une enclume investir son estomac. L'appréhension, l'envie de plaire. Merlin, depuis quand n'avait-elle pas ressenti cette stupide sensation ? Cette détestable sensation.La seule, peut-être, qui la faisait se sentir vivante. Elle acquiesça silencieusement.

Poudlard n'eut jamais vu de groupe si curieusement assorti.

Pour la énième fois de la matinée, Liam piqua du nez dans son bol de porridge. Quand son front heurta la surface tiède et mollassonne, il se releva d'un mouvement brusque, forçant sur sa nuque dans un rappel douloureux. Son meilleur ami, Darius, laissa échapper un ricanement moqueur.

- T'as l'air d'une truffe, commenta-t-il.

- Ne nous fâchons pas, les apaisa Miranda Wheeler à leur droite, elle-même laissant ses yeux pétiller de malice.

- Vous autres avez peut-être l'habitude de vous lever avant onze heures le samedi, mais ce n'est pas mon cas, cingla Liam avant d'engloutir trois bonnes gorgées de café, vidant par là sa tasse qu'il vint remplir de nouveau.

Miranda s'était désintéressée d'eux, au grand dam de Darius qui lui jetait toujours ses regards frénétiques. William le regarda faire d'un œil torve, désespéré à l'idée que le maudit indien lui servant de meilleur ami ne se bouge le cul et l'invite à sortir.

- Libre à toi de retourner te coucher, Blake, lui intima Darius sans même le regarder.

- Réfléchis Darius, réfléchis. Je sais que c'est dur ce que je te demande, mais essaye, marmonna sombrement Liam en touillant son porridge de plus belle.

Darius se retourna vers lui, l'expression sceptique… Puis ses yeux finirent par s'éclairer.

- Ah, la retenue avec Parkin-moche !, brava-t-il brusquement, dressant une petite cuillère en l'air comme dans un éclair de génie.

- Moins fort, crétin fini, le fit taire Blake, soudainement réveillé.

Il laissa ses yeux balayer les alentours, inquiet à l'idée que quiconque l'ait entendu, enfin, surtout Elle. Si elle avait su que son meilleur ami l'appelait comme ça, cela n'arrangerait rien à leur présente situation.

- Elle t'a tapé dans l'œil, avoue-le.

- La ferme, je n'suis pas d'humeur, figure-toi…, bailla Liam, aussitôt rendormi.

- WILLIAM CHESTER EARL MAGNUS FRANCIS BLAKE, hurla Darius, achevant de s'attirer des regards noirs à la table des Serdaigles.

Liam se jeta par-dessus la table pour le faire rasseoir, au comble de l'embarras. Darius, complètement hilare, enfouit sa tête dans son bras pour se calmer : en vain. William lui jeta un regard sombre, exaspéré par son comportement qui, il le savait d'ores et déjà, le ferait mourir de rire à son tour dans quelques heures lorsqu'il y re-songerait.Miranda s'était à nouveau tournée vers eux, apparemment très amusée par ce qu'il venait de faire : Darius lui adressa un clin d'œil charmeur qui ne manqua pas de faire rouler les yeux de Liam.

Oui, c'était vrai, elle lui avait tapé dans l'œil. Il n'en était pas particulièrement fier, mais après tout : Pansy Parkinson n'était pas laide… S'il se montrait complètement pragmatique et objectif, ses cheveux bruns aux reflets ébènes s'enroulaient dans quelques ondulations charmantes ; ses yeux onyx n'étaient pas transcendants en eux-mêmes mais elle savait y mettre sa malice, son exaspération, et plus souvent encore sa moquerie, afin de les faire briller. Son visage n'était pas des plus conventionnels : sa mâchoire dure, accentuée par sa pâleur, était largement adoucie par ses lèvres pleines et son nez fin. Si l'on pouvait lui faire un réel compliment, elle s'était vraiment embellie avec les années. Il se souvenait vaguement d'elle, quelques années auparavant… Et ce n'était pas flatteur. Aujourd'hui, elle était une jolie jeune-femme, sans être un canon de beauté classique, ce qui lui convenait parfaitement.

Au-delà du physique, Pansy Parkinson, était une fille à la fois plaisante et insupportable. Il lui arrivait très franchement de se montrer exaspérante, mais…Voilà. Voilà la façon dont il se détachait toujours de l'objectivité, justement. Pansy Parkinson, était délicieusement exaspérante. Il adorait l'énerver, y prenait un malin plaisir, et aimait encore davantage lorsqu'elle lui répondait, ce dont elle ne se privait que rarement.Et en ce moment, c'était le cas et c'était on ne peut plus ennuyeux. Il fallait qu'il trouve le moyen de se réconcilier avec elle durant leur retenue pour la bonne et simple raison qu'il s'agissait de la dernière. Il n'y avait pas de temps à perdre, c'était une opportunité à saisir à tout prix. Il savait pertinemment que ce serait bien plus compliqué de l'approcher une fois qu'ils n'auraient plus de « réelle » excuse pour se voir. Ou plutôt, plus d'excuse toute trouvée. Et Liam se voyait mal essayer de lui faire la cour...

« Hey Parkinson, tu savais que Pansy vient du français « Pensée »… C'est une fleur. Comme toi. »

Il voyait son clone lui tendre une pensée bleue, un air niais sur le visage… Oh pitié, mais pourquoi sa mère l'avait-elle forcé à regarder tous ces épisodes de Knots Landing (1) lorsqu'il n'était qu'un gamin ? On voyait les séquelles irréversibles ferrer son crâne comme le ciment frais durcit sitôt coulé.

- Alors, tu vas enfin te comporter en homme et lui demander de sortir avec toi ?

Miranda Wheeler arbora une expression perplexe et légèrement amusée. Liam, quant à lui, préféra garder le silence de peur de lui rétorquer une vanne bien sentie… C'était franchement l'hôpital qui se foutait de la charité.

- Mange ton bacon et laisse-moi en paix, finit-il par répondre sans le regarder, les yeux fixés sur la grande pendule de l'autre côté de la salle.

S'il ne se dépêchait pas, il finirait par être en retard, et c'était la dernière de ses intentions. Il plongea donc avidement sa cuillère dans son porridge et l'attaqua plus franchement : la bouche encore à moitié pleine, il attrapa sa cravate, pas encore enfilée, et quitta la table des Serdaigles en s'attelant à la nouer.Lorsqu'il arriva devant la porte de la bibliothèque, cette dernière était déjà entrouverte. Dans l'embrasure, il pouvait sans peine apercevoir Pansy, assise devant le bureau de Madame Pince, l'air revêche. Il entra rapidement et s'installa après les avoir saluées poliment.

- Bien, lança Madame Pince, vraisemblablement déterminée à asseoir son autorité à travers ce simple mot. Il s'agit de votre dernière retenue, j'espère que vous aurez bien compris la leçon. Vous avez les cinq bibliothèques du fond à ranger, ainsi que les tables à débarrasser. Plus vous prendrez du temps, plus je vous rajouterais des tâches, est-ce bien clair ? Pas question de traînasser aujourd'hui.

Les deux élèves se levèrent, se rendant docilement et silencieusement vers leur lieu de torture tout désigné. Liam jeta un coup d'œil à Pansy, cherchant à déceler chez elle la moindre envie d'entamer une discussion : cela n'avait pas l'air d'être le cas. Elle regardait à l'opposé, visiblement fermement décidée à n'ouvrir la bouche qu'en cas d'extrême nécessité.

- … Alors, euh… T'as bien dormi ?, s'enquit Liam, sans vraiment réfléchir au fond même de sa question.

Il voulait juste briser la glace, mais se faisant, il l'avait juste rendue plus épaisse encore. Il se sentit vraiment seul lorsqu'il comprit qu'elle ne lui répondrait pas. Loin d'avoir envie d'abandonner, le Serdaigle choisit de persévérer.

- L'orage a duré toute la nuit, mais avec un sortilège de surdité, ça passait tout seul.

Silence.

- En même temps, vous dans les cachots, vous ne devez pas entendre grand-chose. Alors que nous dans les ailes, franchement, c'est le déluge.

Liam lui jeta un regard : elle était apparemment concentrée sur la couverture d'un bouquin racorni, enfin bref, rien de très convaincant.

- Je peux savoir pourquoi tu m'ignores, Parkinson ?

Non, visiblement, elle n'avait pas envie qu'il sache car elle demeura aussi mutique que durant les minutes précédentes. Liam choisit donc de prendre le taureau par les cornes et s'approcha d'elle, posant par-là sa main sur son épaule pour l'interpeller en ajoutant une touche physique à son pauvre monologue : un élément qui, il l'espérait, serait plus compliqué pour elle à ignorer.Il sentit très nettement ses épaules se raidir à son contact.

- Parkinson… ?, insista-t-il.

- Qu'est-ce qu'il y a, à la fin ?, asséna-t-elle d'une voix sèche, bien qu'un peu maladroite.

S'il y avait bien quelque chose qui exaspérait Liam, c'était typiquement ce genre de réponse : ces gens à qui vous parliez pendant dix minutes, attendant patiemment une réponse. Et malgré votre flagrante insistance, l'interlocuteur ne prêtait pas la moindre attention à vos propos… Et quand enfin vous persistiez avec un peu plus de vigueur, la personne se retournait, comme exaspérée par votre comportement. Non mais on croyait rêver ! Si leur souhait était seulement d'être tranquilles, pourquoi ne pas répondre de but en blanc, bon sang de bonsoir ?!

- Il y a que j'essaie de te parler depuis trois siècles et que tu m'ignores complètement. Au lieu de me laisser parler dans le vide, tu n'as qu'à dire que tu n'es pas d'humeur, cingla-t-il avec froideur.

Non mais sérieusement, il tuait son orgueil pour faire des efforts et elle les piétinait volontairement. Qu'elle reste dans son indifférence de princesse vipérine, après tout ! Puisqu'elle avait l'air d'aimer tant ça…

- Comme s'il existait quelqu'un susceptible d'être d'humeur à te parler, Blake, siffla-t-elle, vindicative.

Elle n'avait visiblement pas aimé son ton. Mais il n'aimait pas beaucoup le sien non plus, et malgré ses résolutions de parvenir à une réconciliation, il ne put s'empêcher de continuer cette dispute futile.

- Je ne sais pas, tu semblais gagner en intelligence ces derniers temps… Mais je vois que pour toi c'est comme un accessoire : quand ce n'est plus à la mode, tu la laisses au placard.

Pansy plissa les yeux, scandalisée par sa réplique.

- Parce que se montrer cordial avec toi est signe d'intelligence, et ne pas te répondre, c'est de la bêtise ? Passons l'insolence et concentrons nous sur le ridicule de ce que tu viens de dire, je te prie.

- Si au moins tu avais une raison pour m'ignorer comme tu le fais ! Il n'y a pas si longtemps, on parlait, je te rappelle.

- J'ai toutes les raisons du monde de ne plus t'adresser la parole. Et en plus, c'est la dernière retenue, ce n'est pas comme si on allait faire ami-ami jusqu'à la fin de l'année scolaire, hein !

Liam détourna le regard, complètement désespéré par son comportement immature.

- Et quelles sont toutes ces raisons innombrables, à part le fait que ce soit effectivement notre dernière heure de colle… ?

La Serpentarde sembla soudainement manquer de mots, et d'air. Liam haussa un sourcil, bien conscient qu'elle allait avoir un sacré mal à se justifier. Il choisit de la laisser ramer un petit moment, en simple consolation de la façon dont elle lui parlait ces derniers jours. Une bonne minute plus tard, à se regarder dans le blanc des yeux, Liam reprit la parole sous l'air mécontent d'une Pansy frustrée.

- Ne serait-ce pas depuis que tu m'as vu dans la serre, avec Hermione ?

- De quoi tu parles ?, éluda-t-elle. Ça ne me regarde pas, tu te tapes Granger si tu veux.

Liam leva les yeux au ciel, exaspéré.

- Je ne « me tape » pas Granger, répondit-il seulement.

- Bien sûr, prends-moi pour une bille.

- Je te prends déjà pour une bille, mais ça n'a rien à voir avec Hermione, je te rassure.

Pansy poussa une plainte rageuse et s'éloigna de lui pour aller empiler quelques livres plus loin. Refusant de se laisser démonter, Liam la suivit.

- Est-ce que tu pourrais cesser d'élever des accusations sur ma vie sexuelle, s'il-te-plait ? Je ne crois pas que l'on se connaisse suffisamment pour que tu puisses te permettre de me juger, et réciproquement, je pense que tu me connais assez pour pouvoir évincer les rumeurs infondées.

La Serpentarde secoua la tête, visiblement très agacée par son argumentaire.

- Voilà, voilà ! Tu as parfaitement raison, Super-Cerveau : on ne se connait pas, alors fous-moi la paix à présent !

- Ce n'est absolument pas ce que j'ai dit !

Cette fois-ci, Pansy se retourna clairement vers lui, plantant son regard dans le sien.

- Je me fous de ce que tu m'as dit, je me fous de ta vie sexuelle, je me fous de ce que tu fais de ta vie, tant que tu la fais ailleurs !

Ils se regardèrent un bref moment avant que Liam ne vienne attraper ses épaules et poser ses lèvres contre les siennes. Elle qui s'était aussitôt crispée sous ses doigts, finit par se détendre… Bientôt, il éloigna doucement son visage du sien et se redressa de sa tête de haut. Pansy était vraiment petite, quand il y regardait à deux fois… Et ça n'était pas du tout pour lui déplaire. Elle le regardait, les yeux hagards, complètement perdue par ce qu'il venait de faire.

- Moi je ne me fous pas de ce que tu me dis, je ne me fous pas de ce que tu fais de ta vie, et honnêtement, j'aurais bien envie de me foutre de ta vie sexuelle, mais le fait est que…

Il choisit de taire la fin de sa phrase : peut-être allait-il un peu loin, avec ses imbécilités. Pansy arbora une mine littéralement abasourdie.

- Merci Blake, murmura-t-elle. Tu es d'un romantisme chevaleresque.

- Et profites-en, c'est un trait rare chez les hommes, signala-t-il avec grand sérieux.

- Ça doit être pour ça que tu en ignores tout, Super-Cerveau.

- Ou tu ne sais tout simplement pas remarquer le génie, même lorsqu'il se présente devant tes yeux, Mono-Neurone.

- C'est curieux, parce que j'avais pensé que le génie saurait mieux embrasser que ça, asséna-t-elle en reprenant peu à peu contenance, grâce à leur nouvelle joute.

- Le génie voulait juste te faire taire, répliqua-t-il avant de se rapprocher à nouveau d'elle, penchant son visage vers le sien.

Et Pansy se résigna : effectivement, le génie savait très bien embrasser.

Ron et Ginny étaient partis rejoindre Harry en salle commune. Il ne restait plus que Luna et Oksana dans le cloitre. La première éventrait un croissant, en tirait sa mie, et venait la porter à sa bouche négligemment. D'après ce qu'Oksana pouvait attester, Luna ne mangeait les viennoiseries que d'une manière très particulière : elle avait déroulé les pains au raisin en une espèce de filament de pâte avant d'en découper des petits morceaux qu'elle venait mâchonner avec nonchalance… Quant aux pains au chocolat, la Serpentarde ne préférait même pas en parler.

Oui, Luna manquait de bienséance, mais Oksana s'en fichait bien à cet instant.

Sa cadette avait la manie de la regarder sans rien dire, de plonger ses yeux transparents dans les siens et de la fixer jusqu'à la rendre mal à l'aise. C'était un talent qu'elle ne connaissait à personne d'autre. Oksana avait passé la matinée à les écouter parler de Quidditch et de choses et d'autres, sans participer le moins du monde à leur conversation. A la place, elle les avait examinés tour à tour, évaluant sans pouvoir s'en empêcher leur force de séduction. Ronald Weasley était un spécimen particulier : ses tâches de rousseur, sa silhouette dégingandée, sa chevelure en bataille… Tout amenait à croire qu'il aurait tout fait pour ne pas être élégant. Sa sœur, Ginny, était quant à elle plutôt mignonne. Ses cheveux flamboyants s'étendaient autour de son visage avec beaucoup d'harmonie ; ses lèvres d'un rouge ferme rendaient ses traits volontaires sans les alourdir ; et ses yeux bruns, très expressifs venaient parfaire l'ensemble de sa figure. Ginny Weasley était une belle fille, sans mentir.

Et puis… Et puis il y avait Luna. Ah, Luna. Parée d'une espèce de tunique bleue pastel, un peu informe si l'on y regardait de plus près… Les cheveux blonds comme les blés, longs et emmêlés des racines jusqu'aux pointes. L'ensemble de sa chevelure, bien que la taille de ses mèches soit très dépareillée, balayait ses reins sans peine. Ses traits étaient très fins, sa peau proche du translucide. Sa bouche venait former une fleur pâle, couronnant presque son menton lorsqu'elle se perdait dans de trop larges sourires. Son nez, doux et petit, se fronçait légèrement lorsqu'elle regardait en l'air, ce qui arrivait finalement assez régulièrement. Et au dessus de tout cela, une paire d'yeux bleus, aussi clairs que l'eau la plus pure. Oksana se savait aussi posséder des yeux bleus très clairs, mais elle savait que leurs regards n'auraient jamais rien à voir. Là où elle se faisait froide, arctique, perçante… Luna renvoyait calme, rêve et apaisement. Toute sa personne suscitait fascination : elle aurait presque juré avoir vu passer de larges et cotonneux nuages dans le ciel de ses yeux. Luna volait, nageait parfois. Elle était ici, vous écoutait avec attention, mais quelque part, elle était intouchable. Inatteignable. Luna était perpétuellement ailleurs.

- Tu as de très beaux cheveux, nota Luna après une bonne dizaine de minutes de silence.

Oksana acquiesça plus qu'elle ne la remercia : elle le savait déjà après tout. Machinalement, ses yeux se reportèrent sur la chevelure de la Serdaigle. Cette dernière surprit son regard et sourit, presque tendrement.

- Je sais, ils sont sales.

Il n'y avait rien à répondre, car c'était une nouvelle fois la vérité. Oksana se demanda si Luna avait déjà menti dans sa vie… Et finit par trancher que cela était impossible. Même si tout un chacun avait déjà menti dans sa vie, c'était une peine que Luna n'avait vraisemblablement pas la moindre envie de s'infliger. La Serpentarde passa brièvement sa langue sur sa lèvre inférieure.

- Tu fais beaucoup ça, signala Luna. Es-tu nerveuse ?

- Pourquoi serais-je nerveuse ?

Comme d'habitude, elle avait répondu sur la défensive. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû lui parler ainsi, non seulement parce que vu son ton, il était à présent évident qu'elle était, effectivement, nerveuse, mais en plus, Luna s'improvisait en douceur et il lui sembla soudain que la brusquer se rapprochait du crime contre-nature. Ironique, lorsque l'on re-songeait à toutes les insultes dont la Serdaigle avait fait les frais, par sa faute.

- Parce que mes cheveux sont sales, peut-être que ça te gêne.

Là, c'était là. Tout juste, ici. Luna savait pertinemment que sa nervosité n'avait rien à voir avec la propreté de sa chevelure, pourtant elle avait préféré éluder sa propre question, ayant bien perçu qu'Oksana s'était sentie piégée. Luna semblait abhorrer de mettre les gens mal-à-l'aise… Mais paradoxalement, elle était diablement douée pour ça.Malgré cela, Oksana apprécia le fait qu'elle rapporte le sujet à ses cheveux : ce n'était pas sa faiblesse, mais bien celle de la Serdaigle qui venait d'être remise à l'ordre du jour. Se sentir en position de force la rasséréna et elle sentit cette puissance rassurante l'envahir à nouveau, remerciant mentalement Luna pour cette diversion malhabile mais efficace.

- Pourquoi ne les as-tu pas lavés, d'ailleurs ?, demanda la Serpentarde.

- Si je les lave trop, ils s'abiment encore plus. Les pointes sont très desséchées et je serais obligée de les couper bientôt, je pense…

Sans savoir réellement ce qui la prenait, Oksana dressa sa baguette et la pointa vers le visage de Luna. Cette dernière ne marqua aucun signe de frayeur, comme si quoi que la Serpentarde lui fasse, elle avait déjà expérimenté bien pire. Cette assurance, cette confiance, déstabilisa profondément Oksana. Après tout, elle l'avait souvent harcelée, martyrisée… Le fait qu'elle pointe sa baguette sur elle ne l'inquiétait pas ? Luna était vraiment une étrange personne.

- Capillare pretiose. (1)

Chacun de ses cheveux sembla s'enrouler sur lui-même, formant au-dessus de sa tête une espèce de heaume infâme. Puis, ils se déroulèrent tous avec prestance : le moindre fil d'or était propre, récuré, brillant… Miroitant presque. Ses cheveux fins retombaient dans une valse aérienne d'infinie légèreté. Et ses pointes, initialement aussi cassantes que des fétus de paille, semblaient à présent fraichement coupées.

- N'essaye pas de reproduire le sortilège toute seule… J'ai mis des années avant de le maîtriser. Et il faut des cours de professionnels de l'esthétique magique pour le réaliser dans les règles. Après tout, ce n'est pas un sort temporaire.

Luna attrapa l'une de ses mèches, complètement désarmée face à la nouvelle apparence de sa chevelure.

- Ils sont comme neufs, confirma Oksana, sans pouvoir s'empêcher de combler les blancs, à présent qu'elle avait commencé à parler.

La Serdaigle reporta rapidement les yeux vers Oksana, les yeux écarquillés à l'extrême, la faisant ressembler à un fantôme bizarre.

- Merci beaucoup, Oksana, souffla-t-elle, repartant aussitôt dans sa rêverie.

- Prends-en soin.

La Serpentarde laissa ses yeux balayer les cheveux de Luna, essayant presque de récupérer la chaleur s'y disséminant en reflets bruts. C'est à ce moment que le constat la frappa le plus durement : Luna était loin d'être laide. En fait, elle était possiblement aussi belle qu'elle. Peut-être même plus.Cette certitude, pourtant paraissant bancale dans la zone pragmatique de son esprit, s'enracina avec force dans chacun de ses membres, la faisant presque frémir du même coup.

Luna était belle, pourtant, elle gardait sa personnalité sans la travestir, même une seule seconde. Elle était franche, honnête… Et si Oksana l'avait toujours pensée seule, elle réalisait à présent qu'elle ne l'était pas du tout. Elle était appréciée, et à sa juste valeur, et de manière tout à fait cynique, c'était elle qui l'avait invitée à rejoindre ses amis. Des personnes qui auraient été les plus à même de la détester, l'avaient acceptée à leur « table », et c'était uniquement grâce à elle : à sa silhouette mince et dansante… La fille dont elle s'était probablement le plus cruellement moquée, celle dont elle avait répété inlassablement qu'elle était folle et seule… de par sa gentillesse lui exposait un miroir plein d'ignominie.Et aussitôt, les larmes revinrent, d'elles-mêmes. Déboussolée, Luna pencha la tête sur le côté, essayant probablement d'analyser son comportement pour comprendre ses nouveaux sanglots.

- Tu me fais penser à Darina, la Passeuse.

Oksana leva les yeux vers elle, la distinguant mal à travers ses larmes.

- C'était une fille de roi, éduquée à la dure, hautaine. Elle méprisait les domestiques et les laquais… Et un jour qu'elle malmenait une domestique plus rudement encore, cette dernière se transforma et laissa place à la sorcière qu'elle était. Pour la punir de ses caprices odieux et de ses crises de nerfs, elle la condamna à faire passer des voyageurs d'une rive à l'autre d'un vaste lac, tous les jours et toutes les nuits. Et pour la conduire à une plus grande tolérance encore, elle serait condamnée à les aimer, qu'ils soient aimables ou déplaisants… Ce qui lui causerait bien du mal lorsqu'elle devrait les quitter, et ferait donc grandir son cœur en l'éprouvant.

A chaque fois qu'elle les prenait dans sa barque, elle se disait « cette fois-ci, je vais les mépriser : si je m'attache à eux, je les pleurerais lorsqu'ils me quitteront ». Alors elle se faisait froide pour la première partie du voyage, mais à chaque fois, ses oreilles se perdaient dans ce que se racontaient les traverseurs, et bien malgré elle, elle finissait toujours par les aimer. Alors, lorsqu'elle arrivait près de la rive pour les déposer, elle versait ses larmes. On dit que dans ses larmes, c'était le sel qui asséchait son cœur qui s'en allait… Et que lorsque son cœur aurait vu toute amertume, tout ressentiment, envolés, alors elle se retrouverait.Un jour, un jeune homme est venu dans sa barque : c'était vraisemblablement un paysan qui se rendait de l'autre côté du lac pour se ravitailler en semences pour son champ. Aussitôt, Darina l'aima… Ils parlèrent et parlèrent, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'autre rive. Mais arrivée là-bas, Darina ne sentit pas les larmes lui venir, simplement un sourire heureux. Subjugué par sa bonté naturelle et son sourire, le paysan lui demanda de l'épouser et elle put enfin quitter sa barque et rejoindre l'homme dont elle venait de tomber amoureuse. Plus jamais elle ne versa de larmes, ou elles ne furent plus que de joie.

C'était une histoire stupide. Le genre de contes avec lesquels on endormait les enfants pour qu'ils nous fichent la paix… Malgré cela, Oksana n'avait pu s'empêcher d'écouter le récit avec attention, et ses sanglots s'étaient calmés. Peut-être Luna souhaitait-elle juste la distraire. Sans doute. Évidemment, elle avait bien perçu que Luna avait essayé de lui parler à travers le personnage de Darina. Un peu vexée, pourtant à raison, par la description peu flatteuse de la princesse au premier abord, la Serpentarde renifla.

- Tu penses que je suis hautaine ?

La question en elle-même était ridicule. Mais quelque part, Oksana avait besoin de vérifier qu'effectivement, Luna était incapable de mentir.

- Entre autres choses, oui. Mais on ne définit pas une personne, uniquement par un seul trait de caractère.

- Pourtant, c'est bien ce qu'il se passe, dans ton histoire.

- C'est un conte pour enfant. Je trouve juste qu'il a de l'écho. Mais si je devais attester d'une caractéristique prédominante te concernant, je pense que j'évoquerais plus justement ta tristesse.

- Ma tristesse ?

Luna approfondit son regard.

- Ta tristesse, répéta-t-elle, comme si elle confirmait une bonne réponse.

- De quoi est-ce que tu parles ?

La Serdaigle lui adressa un petit sourire avant de se laisser tomber doucement en arrière, s'allongeant sur les dalles de pierre froides.

- Je pense que tu es une personne très triste et très seule.

Sa franchise la cloua littéralement sur place. Le déni se propagea dans son corps comme une violente colère. Elle était sur le point de lui cracher des insultes à la figure, lorsqu'elle s'arrêta : Luna avait fermé les yeux.

- Je pense que tu es belle, que tu t'aimes et te hais pour cela.

La bouche soudée par d'aussi simples mots, Oksana se laissa le temps d'écouter davantage ses dires, plus pétrifiée que volontaire.

- Que tu exècres là où tu te trouves, les gens qui t'accompagnent, ceux qui te délaissent. Que tu détestes lorsque les gens sont naïfs ou coulants au point de se laisser manipuler, bien que tu aimes ce contrôle total sur les autres. Je pense que tu as juste envie d'être aimée, au-delà de l'image que tu donnes. Pourtant, tu ne te vois pas abandonner cette posture de tyrannie sur toi-même et sur les autres, car c'est probablement la seule chose qui t'est familière… Alors tu te laisses aller. Tu attends.

Luna se redressa.

- Je ne sais pas s'il t'est arrivé quelque chose… Mais la première chose que j'ai eu envie de te dire, lorsque je t'ai vue, c'était que ce n'était pas de ta faute. Ces dernières années sont peut-être sous la condition partielle de ta culpabilité, mais ton comportement a découlé d'une chose bien plus ancienne. Peut-être est-ce simplement ton éducation ou tes fréquentations d'enfance… Je sais juste que tu n'es pas à ton aise lorsque tu regardes les gens de haut, pour la bonne et simple raison que c'est sur la marche la plus haute des escaliers que la chute se fait dangereuse et facile… Voilà. Voilà ce que je pense de toi. Mais mes conclusions ne sont jamais définitives.

Elle se rapprocha d'elle, penchant son visage vers le sien jusqu'à sonder ses yeux au plus profond. Oksana sentait son cœur battre jusque dans ses tempes, en sourdine bruyante.Les fines mains de sa cadette attrapèrent son visage en coupe et elle colla leurs fronts.

- Tu as le droit de rester, Oksana. Si tu ne t'es jamais laissée le choix, je te le donne maintenant.

Tout son corps lui criait de s'éloigner, mais elle ne le pouvait pas. Sa petite voix, son corps frêle, ses cheveux rutilants, ses yeux qui happent et vous font vous perdre. C'était impossible d'y échapper.

- Qu'est-ce que tu fais ?, fut la seule chose qu'elle put articuler.

Luna s'éloigna, l'air aussi candide qu'à l'accoutumée.

- Rien. Peut-être n'aurais-je pas dû m'approcher comme ça. C'est juste que j'ai toujours eu envie de voir tes yeux de près.

Oksana déglutit avec difficulté. Pendant quelques secondes, elle avait cru anticiper un baiser. Ce qui était le plus traumatisant ? Elle n'avait pas un seul instant cherché à s'en dégager.

(1) Formule de mon invention, pour le soin des cheveux, obviously (Madelight ©)

(2) Conte de Darina la Passeuse : tout comme Rhiannon, La Princesse des Boueux, ce conte est de mon invention. Prière de demander si désir d'usage. (Madelight ©)

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