My Dear Sadistic Highness

Chapitre XVII

RARs, il est 4h41 du matin, tout est normal...

Cind3rella : je suis contente que le chapitre t'aie plu ! merci beaucoup pour ta review, et aussi pour ton adorable phrase de fin… J'ai rougi :)PS : ah et merci pour la review sur RSF, aussi ! J'écrirais la fin une fois la fin de la publication de MDSH, donc pas d'inquiétude !

Dion : Woh ! je suis flattée ! Et quant à ta dernière remarque, je ne dirais rien par souci de suspens :p (ah, il n'y a pas que Drago qui est sadique hahaha, l'auteure aussi !) - Merci beaucoup pour ta review en tout cas !

Merci à tous les revieweurs !

Très bonne lecture à tous. Ah, et moins de seize ans, veuillez quitter la page, je ne veux pas d'ennuis avec les forces de l'ordre ! - Shit's getting real.

Le choix de cette chanson n'est pas anodin : pour moi, c'est tout simplement Drago. A écouter d'urgence, tout comme les autres chansons de ce groupe (qui déchire).

I want domination,I want your submission.I see you're not resisting, to this temptation.I've got one confession : a love deprivation.I've got a jet black heart : it's all fucked up, and it's falling apart !

Go!

Whoa, I'll never give in !Whoa, I'll never give up !Whoa, I'll never give in !And I just wanna be, wanna be loved !

I've got another confession, I fell to temptationAnd there is no question, there was some connection.I've got to follow my heart, no matter how far...I've gotta roll the dice,Never look back and never think twice !

Take the past, and burn it up, and let it goCarry on; I'm stronger than you'll ever knowThat's the deal; you get no respectYou're gonna get yoursYou better watch your fucking neck !

Whoa, I'll never give in !Whoa, I'll never give up !Whoa, I'll never give in !And I just wanna be, wanna be loved !

...To be Loved - Papa Roach

Chapitre XVII

C'était une palette de poudre de craie : à quelques endroits, lourde de sa propre eau, fonçant sous sa masse. Il y avait du blanc, du blanc sale, du gris pâle, du gris plus prononcé tendant vers le bleu malade... Le ciel n'était pas gai en cette première semaine d'avril. Cela faisait même taire les oiseaux. Les alentours du château étaient embrumés, indifférant les élèves plus âgés et effrayant les plus petits. Du cloitre, on ne pouvait même plus apercevoir Pré-au-Lard, ni même la forêt interdite. En fait, on ne voyait même plus la cabane d'Hagrid, pour tout dire. Les abords du lac étaient interdits, car peu discernables, et l'on craignait trop que des élèves s'y noient par maladresse. Mais personne ne tenait particulièrement à s'en approcher cela dit, vu les clapotis peu rassurants qui résonnaient lorsque l'on avançait vers les rives.

Drago Malefoy était une exception à ce schéma : la brume était une cachette idéale et Merlin seul savait qu'il accueillait tranquillité avec un plaisir bien particulier. Cela faisait deux semaines qu'il n'avait pas adressé la parole à Granger et il persévérait dans son effort. Mais cette manœuvre n'avait pas pour but de le sevrer de sa pathétique affection envers elle : il avait choisi de ne plus se voiler la face et s'était résolu au fait qu'il était impossible de s'y soustraire. Non, ses balades extérieures n'avaient qu'une simple visée : qu'il soit seul afin tout simplement de ne pas être dérangé, et ensuite –et surtout-, de parfaire son plan machiavélique.

En effet, Drago Malefoy avait beau se voir un peu enniaisé avec toutes ces stupidités amoureuses, il n'en restait pas moins le Serpentard avisé qu'il avait toujours été. Si Hermione Granger prenait de nouvelles libertés-libertés qu'il ne pouvait plus lui retirer par violence, considérant égoïstement qu'il avait trop à souffrir lui-même de la peine qu'il lui infligeait-, il ne pouvait pas la laisser faire ce qu'elle voulait. Dans sa tête, le constat était simple : c'était à lui de diriger, de dominer, même s'il était pour l'instant sous l'emprise d'une faiblesse passagère. C'est la raison pour laquelle il avait conçu son stratagème, un peu suicidaire cela dit, il fallait l'avouer. Et ce stratagème était le suivant : éviter brusquement et complètement la petite Granger.

Mine de rien, Drago savait s'y prendre avec les « nanas ». Il savait que l'indifférence était la plus fatale des armes à leur encontre : et plus on les ignorait, plus elles mordaient à l'hameçon. Aucune fille n'échappait à cette vérité cuisante. Évidemment, il fallait que la fille en question soit un tant soit peu attirée par le garçon, à l'origine… Mais il considérait avec orgueil qu'il n'avait pas à se faire de souci sur ce point là. Si Granger le détestait encore beaucoup, probablement… Elle ne pouvait pourtant pas s'empêcher de le vouloir… Au moins un peu. Et il misait là-dessus.

Elle était curieuse, elle ne saurait pas faire abstraction de son absence et aurait la brûlante envie de lui demander la raison de ses agissements tout en se l'interdisant formellement. Et plus les jours passeraient, plus cela la rendrait folle : cette perspective était suffisamment plaisante pour qu'il s'en satisfasse pleinement. Malgré tout, il devait admettre que l'ignorer et surtout, faire tout pour l'éviter -notamment pour qu'elle prenne totalement conscience de son absence-, était très difficile pour lui-aussi. Si elle notait son absence, il était également frustré par la sienne. C'était une stratégie à double-tranchant. Mais le jeu en valait la chandelle et dès qu'il se languissait un peu trop de la vision de son sourire et de son appétissante chute de reins, il songeait aux futurs résultats de ses machinations perverses et respirait mieux.

Le seul mais infime point fâcheux, c'était que Blaise se retrouvait souvent seul en cours et que ses absences faisaient parfois perdre des points à Serpentard : points qu'il retirait aux autres maisons en se montrant sadique avec les premières années. Bref : si Hermione cherchait certainement à se retrouver en sa présence –du moins, c'était son attente-, tous les autres élèves le fuyaient comme la peste, sachant parfaitement qu'ils avaient beaucoup à perdre dans une entrevue en sa compagnie. Pour s'assurer qu'aucun professeur ne vienne l'emmerder avec des remarques d'absence plus poussées, il s'assurait que Rogue lui signe des mots d'excuse, profitant ainsi allègrement du favoritisme du professeur de potion envers sa maison et encore plus envers son élève préféré. Ce dernier s'était tout de même méfié et l'avait interrogé au sujet de ses activités : visiblement, il semblait croire qu'il s'était vu demander des missions par le Lord. Missions dont il n'avait pas entendu parler, malgré son haut-poste dans la hiérarchie des mangemorts… Et pour cause, elles n'existaient pas. Sans doute était-il jaloux. Pourtant, il lui avait semblé apercevoir une lueur d'inquiétude dans ses yeux. Peu intéressé par les états d'âme de son professeur, Drago ne s'appesantissait pas sur cette idée.

Sa présente obsession était bel et bien Hermione Granger. Un sourire traversa ses lèvres tandis qu'il repartait vers le château. Bientôt, il récolterait les fruits de son travail. Et il espérait beaucoup de cette manipulation vicieuse, car une chose ne lui avait pas échappé : il l'avait habituée à son contact. Et elle ne pouvait en trouver nulle-part ailleurs, cela, il s'en assurait. Il avait missionné Blaise et s'assurait lui-même de guetter d'un très mauvais œil le moindre membre de la gente masculine qui se permettait regard ou commentaire sur les jolies fesses de la petite Gryffondor. C'était d'ailleurs en continuant de surveiller Blake, plus que de raison, qu'il avait remarqué le jeu entre lui et Pansy. Au début, il croyait avoir mal vu, mais non : les deux se tournaient sacrement autour, se regardaient régulièrement et bon sang, il aurait juré les voir quitter la grande-salle au même moment à certains diners… Il ne perdait pas de temps, ce maudit Serdaigle. Mais au moins, il avait lâché son ancienne proie, et c'était tout ce qu'il voulait. Drago avait ainsi pu prendre conscience qu'effectivement, Hermione ne lui avait certainement pas menti lorsqu'elle lui avait assuré enlacer Blake en toute amitié. Qu'elle se soit d'ailleurs donnée la peine de se justifier était un très bon signe…

Enfin bref, tout ce qu'il désirait, c'était qu'elle vienne ramper à ses pieds, si possible sous le regard du balafré et de la belette, et qu'elle le supplie de la prendre là, tout de suite, sans attendre. Et comme il était très magnanime, peut-être aurait-il la grande générosité de s'exécuter…

Drago lâcha un soupir rêveur en s'asseyant contre un muret du cloitre, s'adossant plus confortablement contre l'arcade. Les yeux fermés, il était au paradis. Ah, Hermione Granger, se mordillant les lèvres, se tordant le cou pour scruter le moindre recoin de la grande-salle, le cherchant sans pouvoir le trouver. Insatisfaite. Frustrée. Puis réalisant qu'elle le cherchait, se fustigeant une dizaine de secondes avant d'entendre les pas d'une personne passer l'embrasure de la grande-salle et jeter ses yeux avides dessus sans pouvoir s'en empêcher. Fébrile, puis déçue. Non, ce n'était pas lui.Drago ricana, à moitié rendu stupide par ses idées mielleuses.

- … tu ne parles pas ?

Le Serpentard ouvrit les yeux et chercha autour de lui : il n'était apparemment pas seul dans le cloitre. Ses yeux tombèrent sur une chevelure blonde qu'il aurait reconnu entre mille : Oksana. Elle était un peu plus loin et d'après ce qu'il pouvait estimer, elle ne pouvait pas le voir. Il décala un peu sa tête, élargissant par ce biais sa vue sur la jeune-fille. Qui pouvait bien l'accompagner ?Drago faillit s'étouffer lorsqu'il reconnut Luna Lovegood. Qu'est-ce que ces deux là faisaient ensemble ? Elles discutaient ? Il tendit l'oreille, un peu malgré lui.

- Oksana ?, s'enquit doucement la plus jeune des deux blondes.

La Serdaigle semblait à la fois rêveuse et quelque peu désemparée. Ce n'était pas très difficile de comprendre pourquoi : elle se tenait face à la personne qu'elle devait probablement haïr de toutes ses forces. Pourtant il ne sentait aucune agressivité dans son regard, ni même la moindre trace de crainte. Non, elle semblait… patiente et calme, un peu curieuse, mais égale à elle-même dans l'ensemble.

- Tu veux qu'on marche ?

Oksana ne répondait toujours pas mais il crut voir sa tête s'hocher. Elle acquiesçait. Le Serpentard avait l'impression d'avoir reçu un sacré coup de massue sur le crâne : qu'est-ce que c'était que ce bordel, bon sang ?Ce constat s'aggrava lorsque Luna commença à avancer et qu'Oksana attrapa sa manche : qu'allait-elle faire ? Lui jeter un sort ? La frapper ? Luna se retourna doucement, les yeux baissés sur la main de la Serpentarde. Elle esquissa un sourire rêveur et attrapa sa paume dans la sienne. Le cœur de Drago eut une embardée soudaine : il n'avait rien à faire là. Pourtant, il ne put défaire ses yeux de ce spectacle ahurissant. Lorsque leurs doigts s'entrelacèrent, il crut honnêtement qu'il était en train d'halluciner.Luna s'approcha d'Oksana avec douceur et avança ses lèvres contre sa joue. La bise fut brève, mais éloquente.

- Viens, je t'emmène à mon endroit préféré…, murmura Luna, la voix presque chantante.

Encore une fois, il entrevit la tête d'Oksana approuver et elles s'éloignèrent, main dans la main.Drago en était soufflé. Il pensait que ses idées de romance étaient interdites et qu'il était bien le seul à faire les frais de ce genre de sentiments, lourde erreur. Oksana et Luna. Luna et Oksana.

Le monde était décidément plein de mystères.

Deux longues semaines s'étaient écoulées depuis sa dernière dispute avec Drago. Ils ne s'étaient pas reparlés depuis : à vrai dire, elle avait bien compris qu'il l'évitait. De prime abord, c'était de son propre chef qu'elle avait pris la décision d'esquiver sa présence… Puis, après quelques jours de réussite sans appel, elle avait remis en question son plan. Était-ce bien logique de continuer ces enfantillages ? Et enfin, Hermione avait laissé tomber ses manœuvres de discrétion ridicule, bien déterminée à ne plus se soucier de toute cette histoire. A quoi bon l'éviter, franchement ? Elle n'était pas ce genre de personne.

Quelques jours plus tard, Hermione fut tout de même forcée de constater que même sans son bon-vouloir, il lui était bien impossible de croiser Drago Malefoy. Après une brève investigation, l'explication parut limpide : il devait y mettre du sien, ou plutôt, lui aussi l'évitait.Ce constat ne manqua pas de la déstabiliser. C'était bien la première fois que Drago Malefoy cherchait à l'esquiver. Pourquoi s'y évertuait-il ? C'était une question honorable qui resta toutefois sans réponse.

Elle essayait tant bien que mal de poursuivre sa vie, comme elle l'avait toujours fait. Les cours, les repas, les amis, les devoirs, les rondes. Les jours passaient, lentement mais sûrement... Et bientôt elle consentit à admettre que son absence se rendait de plus en plus désagréable. Pourquoi ? Ce n'était pas si dur à deviner : s'il y avait bien quelque chose qu'Hermione exécrait, c'était se sentir coupable, d'autant plus quand la situation ne l'exigeait pas.

Elle n'avait rien fait de mal ! Comme à peu près à chaque fois que le Serpentard n'en faisait qu'à sa tête, d'ailleurs. Si elle se montrait rationnelle et logique, c'était bel et bien Drago qui s'était montré immature (une fois n'était pas coutume...). Elle l'avait juste remis à sa place, cela s'arrêtait là. Pourquoi cela devait-il prendre une telle ampleur ? Pourquoi devait-il accorder autant d'importance à… Et à quoi en plus ? Au fait qu'elle ait enlacé Liam ? Au fait qu'ils se soient disputés violemment par la suite ? Hermione ne savait plus très bien. Mais en tout cas, il demeurait visiblement en colère contre elle, ou il ne désirait tout simplement plus faire acte de présence dans les parties communes de leurs appartements, ou même dans leurs cours en commun (ridicule !).Et plus cela durait, plus elle se disait qu'il fallait y remédier au plus vite. Laisser s'enkyster une telle situation n'était vraiment pas une riche idée, d'autant plus lorsqu'on avait à faire avec Drago Malefoy.

Au-delà de cette sensation de malaise s'était installé un autre ressenti, plus perturbant encore. Il lui manquait. Cette sensation, se métamorphosant bientôt en vérité criante, et enfin en certitude mortifiante, rendait son éloignement encore plus douloureux. Lorsqu'elle sentait sa silhouette non-loin de son regard, elle était aussitôt saisie d'une frénésie sans nom et balayait les alentours des yeux en quête de sa chevelure blonde. Et parfois, lorsqu'elle parvenait à tomber sur lui, elle se pétrifiait. Littéralement. Elle le dévisageait, perdant toute autre conscience des choses. Et la seule chose qu'elle attendait, c'était qu'il lui retourne son regard : qu'il la voie, bon sang. Mais rien. Ses yeux restaient loin d'elle et il ne la surprit jamais en plein examen visuel : il ne lui donnait jamais l'impression d'avoir remarqué son regard. Rien. Rien de rien.Puis, nonchalamment, elle se faisait entrainer dans un autre cours, ou dans une conversation tierce… Ou alors c'était lui qui s'en allait, accompagné ou seul, comme si de rien n'était.

Lorsqu'ils étaient dans leurs appartements, et qu'elle savait pertinemment qu'il était dans sa chambre, elle pouvait passer des heures dans leur salle commune, à attendre qu'il sorte ou même qu'il lui offre un passage furtif. Mais niet. Aucun regard, aucune salutation, pas le moindre contact.Peut-être aurait-elle dû aller lui parler, mais cela était impensable. Après tous ces mois de harcèlement, chercher sa présence, quand bien même il aurait changé, demeurait inconcevable. Elle savait qu'elle aurait dû profiter de sa nouvelle tranquillité, voir davantage ses amis et même se concentrer davantage sur la guerre qui se rapprochait… Mais voilà, elle était déchirée entre l'envie pressante de lui parler, et l'impossibilité évidente d'engager la moindre conversation. Et ce dilemme ne la laissait pas vivre, alourdissant ses journées, redoublant ses soupirs et écourtant ses nuits.

Et la crainte, finalement… La crainte que tout recommence : qu'il redevienne la personne sombre qu'il n'avait peut-être jamais cessé d'être. Peut-être n'avait-il fait que prétendre ? Peut-être le collier n'était-il qu'un leurre de longue date, preuve supplémentaire d'une de ses perpétuelles machinations pour lui causer du tort ? Et sans doute se précipitait-elle dans le piège, à ne penser qu'à ça, à ne faire que douter… Sans pouvoir se concentrer réellement sur d'autres choses : ne penser qu'à lui, tout le temps.

Hermione soupira de plus belle, la tête entre les bras. Drago Malefoy faisait son malheur le plus entier. Qu'il soit présent ou absent, cruel ou impassible, moqueur ou en colère… Cela ne changeait rien au fait qu'il lui gâchait consciencieusement la vie. Et voilà qu'elle culpabilisait à nouveau : et s'il la laissait enfin en paix ? S'il s'était rendu compte que tous ses jeux étaient parfaitement inutiles, et même trop stupides pour y délaisser davantage d'efforts ?Peut-être se tourmentait-elle toute seule, sans raison, et lui mettait tout sur le dos car c'était bien plus simple de procéder ainsi. A vrai dire, le blâmer pour tout ce qui se passait de mauvais dans sa vie était une habitude prise en parallèle de son zèle à la lui faire prendre.

Un soupir de plus.

Il fallait agir, bon sang. AGIR. Elle avait des raisons de vouloir lui parler. Bon, ces dernières ne lui venaient pas immédiatement à l'esprit, mais il devait évidemment y en avoir. Le pari ! Le pari par exemple : voilà ! Qu'en était-il ? Jouaient-ils toujours ? Tiendrait-il sa part du marché ? Elle était de plus en plus proche de gagner et la fin de l'année arrivait à grand-pas.

Hermione quitta son lit et se rendit dans sa salle-de-bain. C'était coutumier à présent : elle ne saurait dire quand toute cette coquetterie avait commencé (si l'on pouvait appeler un bref regard dans la glace de la coquetterie), mais en tout cas, elle passait toujours dans la salle-d'eau avant de quitter sa chambre. Nerveusement, elle fit passer ses doigts dans ses cheveux et se jeta un coup d'œil critique avant de prendre une longue inspiration. Lorsqu'elle pénétra dans la salle-commune, il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour s'apercevoir qu'il n'y était pas. Elle esquissa donc quelques pas timides vers la porte de sa chambre, tendant l'oreille pour y déceler la moindre preuve auditive de sa présence dans la pièce adjacente. Et au moment où elle approchait finalement du panneau de bois, ce dernier s'ouvrit brusquement sur un grand rire. Une grande silhouette la heurta avec brusquerie.

- Eh mais qu'est-ce… Granger ?

Blaise Zabini recula d'un pas. Hermione se frotta le bout du nez endolori et recula à son tour en grimaçant, les joues rendues rubicondes par l'embarras.

- Désolée, murmura-t-elle. J'allais frapper et…

- Y'a pas de mal, je suppose. Drago, y'a Granger à ta porte.

- J'ai entendu.

Sa voix résonna longuement dans le crâne d'Hermione. Après tant de temps sans l'avoir entendue, elle paraissait comme venir d'une lointaine époque. Son cœur battait à tout rompre.La porte s'ouvrit davantage, laissant Drago apparaitre aux côtés de Blaise. Pour la première fois depuis deux semaines, leurs yeux se rencontrèrent. Du moins jusqu'à ce qu'il finisse par détourner le regard, en toute indifférence.

- Je te rejoins plus tard, mec…, signala-t-il à Blaise.

L'autre acquiesça et dépassa Hermione, se retournant derrière elle pour adresser un clin d'œil à Drago. Ce dernier laissa un minuscule sourire apparaître au coin de ses lèvres, mais il disparut bien vite lorsque le tableau se referma.

- Tu as besoin de quelque chose ?, s'enquit finalement Drago, la voix vide de toute émotion.

Évidemment, Hermione en avait perdu tous ses sens. Pourquoi était-elle là ? Elle n'en avait plus la moindre idée. Il aurait peut-être fallu qu'elle invente n'importe quelle excuse, même une très mauvaise, mais il lui était littéralement impossible d'ouvrir la bouche. Lorsqu'il reporta son regard vers elle, elle sentit son échine se raidir sournoisement.

- Tu as perdu ta langue, Granger… ?

Hermione déglutit avec grande difficulté. Lorsqu'il fit mine de faire un pas vers elle, elle baissa les yeux aussitôt. Bon sang de bonsoir, c'était à croire qu'il appelait la soumission chez elle. Toutefois, lorsqu'elle entendit un claquement tout proche, elle releva les yeux. La porte de sa chambre s'était refermée.

Il venait de lui claquer la porte au nez.

Elle sentit aussitôt son sang se glacer dans ses veines : son geste la désemparait bien plus qu'il était normal. Le fait qu'il l'ignore avec autant d'aisance faisait cuire son cerveau à court-bouillon. Mais que se passait-il, nom d'une chouette ? Pourquoi se comportait-il ainsi avec elle ?!

En toute honnêteté, il était possible qu'elle se mette à pleurer. Jamais elle ne s'était sentie aussi ridicule. Pleurer parce que Drago Malefoy vous claque la porte au nez ? Parce qu'il refusait la discussion ? Non mais qu'était-elle devenue au juste ? Une chiffe molle ? Auparavant, de tels instants d'indifférence auraient été accueillis comme des bénédictions, des miracles même ! Et là, la seule chose dont elle avait envie, c'était de chouiner comme une gamine de cinq ans qui venait de faire tomber la boule de sa glace. Il fallait qu'elle se reprenne, et pour ça, il n'y avait pas trente-six mille solutions. D'une main tremblante, elle approcha son poing serré du panneau de bois et frappa doucement.Elle entendit un « quoi encore ? », marmonné à travers la porte et prit ça comme une invitation. Elle ouvrit donc la porte.

- Je ne crois pas t'avoir dit d'entrer, rappela Drago sans la regarder.

Il était allongé sur son lit, les mains derrière la tête, les yeux fermés. Il avait croisé ses jambes dans une posture insupportable de nonchalance. Hermione se rapprocha, se morigénant mentalement pour ne pas perdre la face et essayant surtout d'arrêter de se tortiller les mains.Lorsqu'elle s'arrêta, à un ou deux pas de son lit, il ouvrit les yeux et la jaugea.

- Qu'est-ce que tu veux, Granger ?, s'exaspéra-t-il.

- Pourquoi tu ne me parles plus ?, l'invectiva-t-elle de but en blanc.

Il demeura silencieux, sans pour autant laisser son visage esquisser la moindre expression.

- Depuis quand as-tu envie que je te parle ?, asséna-t-il au bout d'un long silence.

- Depuis quand as-tu besoin de mon accord ?, répliqua-t-elle machinalement.

Drago reporta son regard vers la fenêtre, étirant ses lèvres dans un sourire cynique.

- Tu me fatigues, Granger. Sors d'ici.

- Pas avant que tu ne m'aies répondu.

Ses yeux revinrent se plonger dans les siens, évaluant probablement la mesure de volonté y résidant.

- Je n'ai pas envie de te parler, ça me parait pourtant clair, signala-t-il en refermant ses yeux, bien décidé à ne plus lui répondre.

- Et j'aimerais comprendre pourquoi.

- Lâche-moi, l'avertit-il une fois de plus.

Cette fois-ci, Hermione se rapprocha du lit : elle contourna le cadre de bois et vint se poster juste devant lui, le surplombant.

- Dois-je comprendre que c'est un changement définitif ?

Drago rouvrit les yeux, plus sombres qu'auparavant. Ce n'était pas bon signe.

- Comprends ce que tu veux, tant que tu ne le fais pas ici.

- Donc tu déclares forfait et j'ai gagné le pari… ?

Il se redressa brusquement, plantant son regard dans le sien.

- C'est pour ça que tu viens me faire chier ?

Elle eut soudainement très envie de s'en aller.

- … Oui.

Il arbora une mine encore plus sinistre.

- Enfin… En partie, corrigea-t-elle.

Faire preuve d'honnêteté marchait mieux, avec lui.

- Je suis aussi venue m'assurer que… tu vas bien.

Les lèvres de Drago frémirent dans un sourire ironique.

- Bah voyons. Et bien rassure-toi, je suis au meilleur de ma forme : maintenant barre-toi.

Elle ne comprit pas très bien pourquoi, mais il se leva. Sa tête et demi de plus la fit reculer d'un pas : comment avait-elle pu oublier qu'il était si grand ?Leur regard dura longtemps, tout comme leur silence. Pourquoi sa présence lui était-elle aussi déplaisante ? Qu'il le dise ! C'était incompréhensible. Lorsque ses yeux gris quittèrent les siens pour la jauger de haut en bas, elle sentit très nettement qu'il ne s'en rendait pas compte. Pire encore, son regard se figea sur sa poitrine : il regardait le pendentif.

Hermione n'avait pas eu le cœur à s'en défaire, et sans doute avait-elle eu raison. Ses doigts s'approchèrent de la main de Drago et elle caressa son poignet doucement. Il ne s'éloigna pas.

Il était comme une sorte d'animal dangereux : il fallait être doux, calme, et prendre son mal en patience pour l'approcher.Avec lenteur, elle laissa la pulpe de ses doigts courir sur son bras, jusqu'à rencontrer la bordure de sa manche, retroussée sur son coude. Ses muscles se crispaient à mesure que son contact s'enhardissait : il frissonnait. Bientôt, elle arriva à son épaule et il relâcha davantage son bras, le laissant pendre à son flanc. Hermione se rapprocha doucement et vint porter ses bras dans son dos, le pressant contre elle.

Son odeur.

Son odeur lui avait réellement manqué, elle le réalisait pleinement à présent. Comme cela était-il possible ? Elle n'en savait rien. C'était juste le cas. Ses yeux se fermèrent tandis qu'elle laissait sa tête reposer contre ses pectoraux. C'est quand son oreille se sépara des battements de son propre cœur qu'elle put percevoir le tintamarre que faisait celui de Drago. C'était assourdissant : célère comme jamais.Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle se retrouvait là, dans sa chambre, à se battre contre son envie de l'éloigner, au point de l'enlacer… Elle n'en savait rien. La seule chose qui était sûre, c'était qu'elle en avait envie. Une minute s'écoula.

- Tu ne me serres pas ?, demanda-t-elle, le ton neutre.

Si cela était encore possible, les battements de son cœur semblèrent redoubler. Il avait beau jouer les impassibles, son corps parlait pour lui. C'était la première fois qu'elle percevait si tangiblement le contrôle qu'elle exerçait sur sa personne.

- Tu ferais mieux de t'en aller, Granger…, murmura-t-il pour toute réponse.

- Pourquoi ça ?

- Je pourrais devenir violent, l'avertit-il simplement, comme s'il parlait de la météo.

- Je ne pense pas…, contesta-t-elle sur le même ton.

S'il essayait tant bien que mal, elle le voyait, de lui opposer de la résistance, elle avait l'intime conviction qu'elle parviendrait à en venir à bout. C'était une sensation étrange, et elle ne savait pas d'où lui provenait ce pouvoir : elle le savait juste en sa possession. Cela se confirma lorsqu'il passa son bras droit dans son dos, la collant contre lui.Drago se pencha davantage vers elle, dans une sorte de posture curieuse. Elle ne comprit pas tout de suite où il venait en venir, du moins jusqu'à ce qu'elle ne sente son bras gauche sous ses fesses. Il la remonta brusquement contre lui et la contraint surtout à enrouler ses cuisses autour de sa taille.

- Tu joues un jeu dangereux, signala-t-il.

Et elle ne pouvait qu'agréer, son nez à présent collé dans son cou. Elle ne pouvait pas se soustraire à l'idée qu'il était en train d'obtenir exactement ce qu'il voulait. Impression détestable. Elle ne parvint toutefois pas à se résoudre à l'arrêter.

Lorsqu'il se tourna vers le lit, elle sut qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible : cette idée terrifiante ne fit pourtant qu'aller et venir dans son esprit, sans s'y inscrire véritablement. Sans y mettre la moindre douceur, il la relâcha sur le matelas et grimpa à quatre pattes au-dessus d'elle, plaquant instinctivement ses lèvres contre les siennes. Elle répondit aussitôt, comme s'il s'agissait précisément de ce pourquoi elle était venue. Comme si c'était ce qu'elle avait eu en tête depuis le début... Et peut-être était-ce le cas ? Elle n'en savait rien : tout se mélangeait dans sa boite crânienne. Les mouvements de sa bouche contre la sienne, sa langue qui venait l'inciter à entrouvrir les lèvres, ses mains se glissant subrepticement sur ses hanches… Tout ne faisait qu'alimenter le constat suivant : la moindre parcelle de son corps s'était languie de son contact.

Lorsqu'il coupa court à leur baiser, il lui sembla clairement qu'elle manquait d'air. Elle essaya de rattraper ses lèvres, mais en vain. Hermione tenta alors de se redresser, mais il lui vola son équilibre en plaquant ses poignets sur le matelas.

- Je t'ai manqué ?, s'enquit-il soudain.

Elle rouvrit les yeux, les laissant rencontrer ceux de Drago. Malice. Sourire moqueur. Son cœur eut une violente embardée. Elle aurait voulu répondre mais ne se souvenait plus comment procéder pour former un mot. Elle vit qu'il avait compris qu'il n'aurait pas de réponse : son sourire s'élargit et il se pencha à nouveau vers elle, enfouissant cette fois sa bouche dans son cou.

- Je suis sûr que oui. J'ai senti tes regards. Tu me cherchais, murmura-t-il dans des souffles pressés, parsemant sa gorge de baisers et de douces morsures.

Il faisait le fier mais elle sentait sans grande difficulté qu'il peinait à se contrôler. Ses épaules tremblaient, ses doigts délaissaient à présent ses poignets et venaient se planter dans ses cuisses, remontant du même coup sa jupe sur ses hanches.

- Tu le faisais exprès… ? De m'ignorer ?, demanda-t-elle finalement, le souffle court elle-aussi.

C'était évident, à présent. Évidemment qu'il l'avait fait exprès.

- Réponds-moi d'abord, exigea-t-il.

- Je croyais que tu étais sûr de toi, contra-t-elle.

- Réponds, ordonna-t-il de plus belle.

Elle garda le silence quelques instants, déglutissant sous son regard désormais transperçant. Devait-elle dire la vérité ou mentir ?

- Oui, éluda-t-elle rapidement. Et toi, tu faisais exprès ?

Ses lèvres s'investirent aussitôt d'un sourire narquois, triomphant.

- Tu méritais une bonne leçon, dit-il simplement avant de plonger à nouveau dans son cou.

Une bonne leçon ? Elle manqua de l'invectiver mais il la fit taire dans la seconde. Cette fois-ci, sa langue passait entre ses dents et il commençait à tracer des arabesques sur sa peau, la laissant brûlante et glacée à la fois.

- Tu ne savais pas que tes plans fonctionneraient, assura-t-elle en essayant de contrôler sa voix, décidée à ne pas fausser sa prétendue contenance.

- Tu m'as vite prouvé que c'était le cas, esquiva-t-il sans pour autant admettre qu'elle avait raison.

Elle agrippa ses épaules et le fit basculer sous elle : elle sut aussitôt qu'il l'avait laissé faire car elle n'y serait jamais parvenue avec autant d'aisance sans son accord. C'était curieux, il détestait viscéralement être dominé habituellement, mais là, il n'avait pas protesté. Au contraire, il semblait très satisfait qu'elle prenne cette initiative.

- Et moi ? Je t'ai manqué ?, demanda-t-elle, ses mains toujours fixées sur ses épaules de sorte à le maintenir contre le matelas.

Il ricana et ses bras vinrent entourer ses reins, la précipitant contre lui. Ses mains commencèrent alors une course célère le long de ses courbes, atterrissant sur son postérieur dans une emprise ferme. Lorsqu'elle sentit la bosse dure contre sa cuisse, son cœur loupa un battement. C'était la première fois qu'elle sentait aussi concrètement, aussi sensiblement, l'attirance physique qu'il éprouvait à son égard.Drago ne lui répondait toutefois pas, et elle supposa que c'était parce qu'il se retenait de toutes ses forces de jouer les sadiques. Elle en avait la conviction. Tout comme elle avait la certitude qu'il ne pourrait pas tenir longtemps : dans quelques instants, il serait obligé de lui balancer des infamies. Et pour la première fois, elle se décida à s'y résigner véritablement.

- Oui, tu m'as manqué, Granger. Surtout pendant les cours de Potions, quand tu te penches vers la table pour remplir le chaudron…

Elle s'attendait à pire. Sa voix provocatrice l'amusa même un peu.

- Ah, je fais ça ? Tu dois me regarder avec beaucoup d'insistance pour te rendre compte de ce genre de détails, Malefoy.

Elle le vit tiquer et se retint de montrer le moindre signe du triomphe éclatant en elle. Il relâcha l'étreinte d'une de ses paumes pour la balader sur sa cuisse, apparemment décidé à reprendre les rênes, bien à sa manière.

- Maintenant que tu le sais, j'espère que tu te pencheras encore davantage.

Et voilà. C'était du Malefoy tout craché.

- Peut-être que j'arrêterais de me mettre devant toi, surtout.

- Granger qui ne se mettrait pas au premier rang ? Je demande à voir.

Elle lui donna une petite gifle et il ricana de plus belle. Jamais au grand jamais elle n'aurait pu commettre ce geste sans craindre de terribles représailles, et ce, juste quelques mois auparavant. En même temps, il ne lui serait jamais venu à l'esprit d'aller dans la chambre de Malefoy, quelques mois auparavant. Ni même d'être dans ce genre de position avec lui, et de lui laisser volontairement poser les mains sur elle. La situation n'avait aucun sens.

- J'ai entendu dire qu'on voyait super bien le tableau, du dessous de mon pupitre, argua-t-il avec machiavélisme.

Hermione roula des yeux mais il profita de ce moment d'inattention pour plonger sa main dans ses cheveux et coller leurs deux paires de lèvres. Sa langue investit rapidement sa bouche, imposant avec fermeté une parfaite maîtrise sur le baiser. Il semblait récupérer sa force de domination dès qu'il en avait l'occasion. Son autre main profita allègrement du fait qu'elle ait la bouche occupée pour passer sous son ventre et s'introduire entre ses cuisses. Elle se raidit aussitôt et esquissa un mouvement de recul à cause de la surprise, mais il la maintint contre lui, caressant la bordure de sa culotte sans toucher à son entre-jambe.

Elle commença alors à se détendre, petit à petit, et il finit par glisser ses doigts le long de son entrecuisse, dans outrepasser la barrière du vêtement.Hermione haletait contre sa bouche, peinant à respirer sous le coup de sa caresse. Son majeur effleurait son intimité par-dessus le tissu, lui faisant prendre pleinement conscience de sa moiteur.

Il consentit finalement à laisser leurs lèvres se séparer, notamment parce qu'il savait qu'elle aurait besoin de haleter dans les prochaines minutes. Elle colla son front au sien, les yeux fermés, complètement possédée par ce qu'il lui infligeait. Lui, les yeux grands-ouverts, profitait avec délice de la mine souffreteuse qu'elle arborait. Bientôt, ses hanches se mirent à rouler contre sa main et il se fit violence pour ne pas commenter à quel point son entrecuisse semblait serrée et brûlante. Il ne fallait pas être un génie pour deviner que ce n'était pas ce qu'elle avait envie d'entendre. Et puis très franchement, à quoi bon interrompre d'aussi charmants gémissements ?

Bientôt, il parvint à apprivoiser le moindre de ses mouvements. Lorsqu'il esquissait une caresse circulaire, elle gémissait plus rapidement ; lorsque le contact de son majeur se faisait plus ferme, plus inquisiteur, elle se cambrait contre lui et lâchait des soupirs plus lourds… Contrôler son plaisir l'excitait au-delà de l'imaginable : en cet instant, et plus que jamais, elle était à lui. Et seulement à lui.

Bon sang, depuis combien de temps la voulait-il sienne, ainsi ? Il n'en avait pas la moindre idée. Des siècles, certainement. Lorsqu'elle agrippa violemment sa chemise, serrant dans ses petits poings l'étoffe fine, il sut qu'elle n'en avait plus pour très longtemps. Cette idée le força à prendre de plus longues inspirations… Et d'autant plus quand sa jouissance commença de plus en plus à se faire entendre : il intensifia le mouvement, jouant plus rapidement et plus fermement encore avec le petit bouton qu'il pouvait nettement sentir en-dessous du tissu. Ses halètements se firent de plus en plus pressés, se transformant en gémissements aigus délectables à l'oreille. Il voyait qu'elle peinait à se maintenir sur ses avant-bras, mais il ne comptait pas l'aider dans cette tâche. Son autre main vint écarter sa culotte et tandis qu'il stimulait de plus belle son bouton tumescent de la pulpe de l'un de ses doigts, il en introduit un autre dans son intimité. Cela acheva de la faire gémir et elle s'effondra sur lui, tremblotante. Il ôta doucement ses mains, vint passer ses bras dans le creux de son dos, et la serra contre son torse, très satisfait de lui.

- Et oui, Granger. Je suis bon à ce point.

Il n'avait pas pu s'empêcher de se vanter, mais cela ne la dérangea pas outre-mesure, notamment parce qu'elle n'était pas réellement capable de l'écouter. Elle sut juste qu'il s'était encore montré insupportable et pouffa à moitié de rire, visiblement en pleine crise nerveuse.

Si à chaque fois que je l'ignore, on fait ce genre de trucs… Je vais l'ignorer plus souvent.

Il patienta quelques minutes avant de se redresser, l'entrainant avec lui du-même coup. Il la reposa sur le lit et entra dans sa salle-de-bain. Tout cela s'avérait très charmant, mais il savait pertinemment qu'elle était encore loin d'être assez à l'aise avec lui pour lui prodiguer le même genre de traitement. Pour autant, il ne pouvait pas rester comme ça. Il se délesta donc de ses vêtements et entra dans la douche. L'eau froide atterrit brutalement sur ses épaules et il l'accueillit à la fois avec satisfaction et colère spontanée. Il n'eut à songer qu'une seule minute à ce que ce serait de rentrer dans l'antre de velours brûlant dont il n'avait pu qu'entrevoir l'étroitesse délirante, avant de venir aussitôt haletant.

Bordel. Il me la faut. Il me la faut, putain.

Il resta longtemps sous la douche, essayant tant bien que mal de se défaire de son excitation sans borne. L'eau froide aidait, au moins. Quand il ressortit, elle était endormie sur son lit. Bon sang, le spectacle était jouissif : elle était sur son lit, allongée sur le ventre, la tête tournée vers lui. Ses paupières fermées tremblaient fébrilement à certains moments ; ses pommettes étaient encore rosies, ses lèvres un peu gonflées, pincées dans une expression mignonne… Sa jupe, un peu trop remontée sur ses cuisses, les laissait à nu de la plus excitante des manières.

Drago essaya de se contenir le maximum : il venait de passer une bonne demi-heure dans la douche pour se défaire de son érection, ce n'était pas pour en gagner une nouvelle au terme d'aussi grands efforts.Donc, au lieu de laisser ses yeux sillonner la petite silhouette sur son lit, il les détourna et songea à l'aspect plus pragmatique de la situation. Son plan avait fonctionné à la perfection. Même, c'était au-delà de ses espérances… Il jeta un coup d'œil à sa propre main et ne put s'empêcher d'esquisser un sourire grivois. Pris d'une envie graveleuse, son index s'amusa à mimer à nouveau les mouvements précédemment exécutés contre la bille de nerfs de la Gryffondor. Le sourire de Drago s'agrandit. Peut-être était-il irrécupérable, après tout ?

Son cerveau s'emmêla bien vite dans ses pensées amphigouriques. Son plan avait plus que marché, mais pourquoi ? Pourquoi était-elle venue au juste ? Il était à peu près sûr qu'elle n'était pas venu réclamer ce qu'il venait de lui donner. Un nouveau sourire diabolique traversa son visage : ou peut-être que si ?Mais plus sérieusement… Même s'il n'aimait pas se prendre la tête : qu'est-ce que tout cela signifiait ? Ils venaient quand même d'aller au-delà du baiser, et même bien au-delà des simples contacts habituels. Il la voulait encore plus qu'auparavant et s'étonnait même d'avoir pu penser, ne serait-ce qu'un instant la veille, qu'il était au pire de sa situation. C'était un puits sans fond.

Il enfila prestement un pantalon, séchant ses cheveux de l'autre main, avant de venir s'asseoir sur le lit. Il ne put empêcher ses yeux de recommencer encore leur observation minutieuse : cela faisait trop longtemps qu'il ne l'avait pas vue et son cerveau avait besoin de se repaître de la vision qu'elle lui offrait. Et quelle vision ! Il ne se laissa pas beaucoup de temps avant de laisser une main possessive venir caresser sa cuisse. Sa paume passa nonchalamment sur son postérieur, s'y attardant un peu par pure perversité, avant de remonter le long de son dos pour se perdre dans ses cheveux en bataille. C'est le moment qu'elle choisit pour ouvrir les yeux.

Sa courte sieste lui avait remis, bien malgré elle, les idées en place. Lorsqu'elle croisa le regard du Serpentard, et à fortiori lorsque ses yeux vinrent se poser sur son sourire narquois, elle rougit furieusement et se redressa.En deux temps, trois mouvements, elle avait quitté le lit et réajustait sa tenue, les yeux fixés sur le sol. Ce qu'il avait craint était petit à petit en train de se produire : elle fuyait.

- Qu'est-ce que tu fais ?, s'enquit-il sans pertinence, sachant parfaitement ce qu'elle était en train de faire.

- Je m'en vais, répondit-elle furtivement, sans prendre la peine d'expliquer la raison de son départ.

C'était éloquent. Elle avait honte. Il s'y attendait, mais ne sut pas pour autant gérer ce que cela engendra chez lui : plaisir et colère. La mettre dans l'embarras avait toujours été exaltant, mais il n'y avait plus que ça maintenant… Le fait qu'elle aie l'impolitesse de s'en aller après avoir eu, entre guillemets, ce qu'elle voulait, lui sembla vraiment hors de propos.

- Pourquoi ça ?, s'enquit-il, la voix plus agressive qu'il ne l'aurait voulu.

Elle ne lui répondit pas, bien incapable en vérité de lui donner une raison lorsqu'elle-même peinait à s'en offrir une.

- Et ça va être comme ça à chaque fois ? On ne se parle plus pendant deux semaines et tu viens dans ma chambre pour prendre du bon temps ?

Ses propos sonnèrent ridicules à ses oreilles. Il avait l'impression de parler comme les filles avec qui il couchait habituellement. Franchement, toute cette situation commençait à réellement le faire chier.

- Et qu'est-ce que tu as en tête, Malefoy ? Je t'en prie, éclaire-moi…, finit par souffler Hermione, agacée par son discours, et également par elle-même, il fallait l'avouer.

Il n'aima pas bien son ton et tint à le lui faire savoir : d'un geste sec, il se redressa et attrapa son poignet. Sa serviette tomba par terre dans un bruit mat, laissant ses cheveux dégoutter dans sa nuque et sur ses épaules.

- Sois un peu honnête avec toi-même, Granger. Il se passe un truc là.

C'était très abstrait comme phrase, mais tous deux comprenaient parfaitement l'idée impliquée.Mais il était comique, lui ! Il ne savait pas qu'elle était au courant pour le pendentif ! Qu'elle se doutait de plus en plus de la nature de ses sentiments à son égard… Et cela l'embrouillait. Elle ne savait pas où se situer dans tout cela. C'était trop bizarre, trop étrange. Elle aurait presque eu envie de dire malsain. Il était la personne qu'elle avait haïe le plus au monde, même devant Voldemort. Ce n'était pas quelque chose qu'elle pouvait occulter aussi facilement. Tous ses méfaits, ses médisances, ses insultes… C'était trop. Trop pour qu'elle puisse surmonter tout cela et s'accrocher à une idée nouvelle aussi farfelue que l'était la romance.

Pourtant, elle sentait bien qu'une grande part d'elle cédait. C'était cette part qui faisait qu'elle ne supportait plus son absence, son indifférence ; cette part qui l'avait fait venir dans la chambre du Serpentard, cette part qui l'avait serré dans ses bras… Cette part qui avait fait acte de suite lorsqu'ils étaient passé à la vitesse supérieure… Et ainsi, elle s'était retrouvée contre lui, à gémir sous le jeu de ses doigts.

C'était quelque chose qu'elle n'avait pas prévu, pas anticipé ni même envisagé… Et cela la tuait. Parce qu'il lui faisait le même coup à chaque fois : il la surprenait, la mettait devant le fait accompli et elle ne se faisait pas confiance en sa présence. Le problème résidait d'autant plus dans le fait qu'il utilisait cette manière de procéder à la fois pour lui faire du mal , mais aussi pour lui faire du bien, rendant encore plus confuse toute tentative d'éclaircir ses intentions. Encore une fois, il l'avait manipulée avec aisance, mais cela n'avait plus la même portée à présent. Cela menait à des jeux tout autres. Des jeux auxquels elle ne pouvait plus s'empêcher de prendre part. Des jeux où il ne mettait pas les mêmes émotions… Des jeux qui évinçaient la colère, la haine, pour ne laisser que l'intensité de la tension latente, les sous-entendus et les contacts licencieux. Où il donnait de sa personne et se rendait quelque peu sien. Et cela la terrifiait. Littéralement.

Voilà pourquoi elle cherchait à s'en aller : elle savait que plus elle s'attardait, plus il lui serait difficile de partir. Mais de toute façon, la question ne se posait plus car il la retenait fermement.Perdue comme jamais, Hermione ne savait plus où donner de la tête.

- Regarde-moi, ordonna-t-il sèchement.

Elle s'exécuta, relevant les yeux vers les siens. Son regard s'adoucit aussitôt. C'était ça ! Ça, là ! Ce fichu truc, ce pouvoir qu'elle s'était trouvée sur lui et qui la grisait, qui lui plaisait, qui faisait augmenter le rythme des battements de son maudit cœur ! C'était détestable.

Ne fais pas comme si de rien n'était : tout a changé. On n'en parle pas mais c'est là, ça nous suit, ça fait nos heures. On ne peut plus se voiler la face.

Il aurait voulu lui dire, mais c'était impossible.

- Qu'est-ce que tu veux, Malefoy ?, finit-elle par lui demander.

C'était une question qu'elle lui avait déjà posée à maintes occasions, mais jamais dans de telles circonstances. En effet, la dernière fois qu'elle lui avait demandé ça, c'était avant qu'ils lancent le pari. Il ne savait alors pas encore bien ce qu'il voulait : maintenant, il savait un peu mieux, mais cela restait flou. Flou car il n'y avait pas la moindre issue. Il ne pouvait pas prétendre la vouloir complètement. Il la voulait, l'aimait, ne faisait plus l'impasse là-dessus, mais pour combien de temps ? C'était ce sur quoi il misait. Il fallait que ça disparaisse à un moment ou à un autre. Il n'avait pas le choix. Ils n'avaient pas le choix. Car il ne saurait pas la laisser partir s'il ressentait ce genre de faiblesse à son égard : l'idée simple de ne pas avoir de maîtrise sur sa sécurité, sur son destin, lui retournait l'estomac… Mais d'un autre côté, il n'était pas prêt à faire des sacrifices demandeurs pour elle. Il n'était pas prêt au compromis. Pour lui, c'était à elle de se plier à ses exigences, comme tout le monde l'avait toujours fait.

Mais elle ne le ferait pas… Il le savait déjà. Car s'il sentait chez elle-aussi une minuscule symétrie dans l'attirance, elle ne suffirait pas à l'éloigner de sa vie. Car ils avaient une vie, tous les deux : une vie qui ne saurait jamais se régler sur une quelconque romance. L'idée même était ridicule.

Ils étaient en guerre, après tout. Et leur rapprochement de ces derniers temps n'était dû qu'à leur constante proximité. Même s'il savait que ses sentiments existaient déjà depuis des années, il n'en aurait jamais pris conscience s'il n'avait pas été à son contact comme il l'avait été ces derniers mois. C'était foutrement vicieux. Et comme il le pensait régulièrement, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, quand bien même il ne se gênait pas pour la blâmer dans ses plus égoïstes pensées.

- Malefoy ?

Elle l'avait rappelé à l'ordre, car son silence avait duré trop longtemps. Mais il ne savait toujours pas quoi lui répondre.

- Je n'en sais rien, avoua-t-il finalement en relâchant son poignet d'un air las. Tu as raison, il vaut mieux que tu t'en ailles.

A quoi bon vouloir la mettre dans son lit à tout prix ? Ça ne pouvait pas continuer. Ça ne pourrait jamais durer. Donner du sens à leur potentielle histoire, uniquement parce qu'ils étaient ensemble à l'instant présent, était ridicule. Dans quelques mois, ou même plus tôt, ils se retrouveraient face à face sur le champ-de-bataille et devraient se montrer sans merci.

Cette idée lui donna la nausée.

Lorsqu'il reporta ses yeux sur elle, il put voir qu'elle était déçue. Elle voulait une réponse, et il aurait voulu en avoir une aussi… Mais il fallait être réaliste. S'il la touchait davantage, c'était foutu. Même si d'un autre côté… Dilemme cornélien.Et le pari ? C'était elle qui en avait reparlé la première… Remettre ça sur le tapis, pourquoi pas ? S'il recommençait ses horreurs et qu'elle quittait les appartements, elle lui appartiendrait. Pour toujours. C'était les clauses mêmes. Il n'aurait pas à faire le moindre compromis ou sacrifice : elle serait obligée de se donner à lui. Peut-être devrait-il reconsidérer cette option, délaissée depuis deux bons mois à présent ? Recommencer à lui faire du mal. Violemment, durement, froidement.

Cette idée cingla son crâne avec brusquerie : il secoua la tête, presque terrifié par ses propres instincts terribles. Il était prêt à tout, c'était dégueulasse. L'ombre en lui tendait à reprendre le dessus, il le sentait. Et la barrière construite pour contenir la bête était fine et fragile. Il ne suffirait que d'une pichenette pour qu'elle sorte et traque à nouveau.

Elle semblait avoir senti qu'il s'assombrissait car elle reculait à présent. La mâchoire de Drago se crispa : jamais il n'aurait cru détester sa peur un jour, mais c'était le cas. Non, il était bien incapable de lui faire pleinement du mal comme autrefois, pas maintenant qu'il y avait ce truc, cette chose informe entre eux. Pourtant, cette chose informe ne se concrétiserait jamais.C'était un fait.

Ses mains tremblaient de nervosité et les yeux d'Hermione se posèrent dessus. Alors, elle ferma les yeux, prit une grande inspiration et les rouvrit. Elle semblait déterminée. Il ne savait pas à quoi, mais elle l'était, c'était indéniable.Lentement, elle sembla se mobiliser et se rapprocha de lui à nouveau. Le fait qu'elle prenne le temps de faire cela lui ôta une saleté d'épine du cœur : épine qu'il n'avait même pas senti s'installer.

Elle prenait sur elle : elle avait senti qu'il n'aimait pas qu'elle s'éloigne et en avait tenu compte. A chaque fois, elle faisait ce genre de choses... Et à chaque fois, il se sentait tomber encore plus amoureux d'elle. Foutue niaiserie.Il sentait qu'elle avait envie de parler, mais elle semblait ne pas savoir par où commencer.

- Tu as raison.

Ça, c'était inattendu. Il ne pensa pas tout de suite à dissimuler sa surprise, mais bien vite, son masque impassible reprit le dessus.

- Il se passe un truc..., confirma-t-elle ses propos antérieurs.

Drago sentit son dos se raidir : elle était sur le point de le rejeter, c'était plus que clair.

- Mais je ne peux pas faire abstraction comme ça de plus de six ans d'insultes, Drago.

Et voilà.Elle eut la délicatesse de taire toute allusion à la violence qu'il lui avait fait subir à de nombreuses reprises : malgré tout, le fait qu'elle passe cela sous silence ne faisait que faire emphase sur l'horreur de ses gestes passés.

- Je suis vraiment contente de voir que tu es devenu plus mature… Je t'en prie, ne prends pas cela pour de la condescendance. Je sais que tu auras du mal à envisager mes propos d'une autre perspective, mais je t'assure que je suis sincère. Je suis fière-

- De quoi ?, la coupa-t-il brusquement, détestant se sentir apaisé par des paroles qui le détruisaient à la seconde suivante. Tu es fière de quoi, exactement ? Je suis quoi, pour toi Granger ? Un projet ? Une œuvre de charité ?

Elle allait répondre, mais en vérité il n'avait aucune envie d'entendre la suite de ce qu'elle avait à dire. Jamais personne ne l'avait rejeté et ses paroles résonnaient en échos dans son crâne, se répandant dans ses membres comme un poison glacé. Jamais il n'avait souffert ainsi, et la colère l'envahissait par vagues de plus en plus violentes.

- Je n'ai pas besoin de ta foutue pitié, Granger ! Tu crois que c'est compliqué pour toi de faire abstraction de ce que je t'ai fait ? Mais tu n'es pas la seule à vivre avec, je te rappelle ! Oh oui, Sainte Granger m'a fait grandir, m'a fait murir… Mais la notice d'utilisation de la maturité n'indiquait pas que j'allais souffrir de tout ce qui me paraissait naturel autrefois ! Et ça, ça c'est le dernier de tes putains de soucis !

- Calme-toi…, essaya-t-elle de le tempérer, se rapprochant de lui du même biais.

- N'avance pas plus, Granger, l'avertit-il froidement.

Hermione secoua la tête de droite à gauche, désemparée. Il s'était complètement braqué.

- Tu me demandes si je crois que c'est facile pour toi de faire abstraction de six ans d'insultes ? Laisse-moi te demander comment je suis supposé faire abstraction de plus de dix années de certitudes ?!

- Drago, essaya-t-elle une nouvelle fois.

- La ferme !, hurla-t-il de plus belle.

C'était comme s'il était devenu impossible de le maîtriser.

- Tu ne t'es jamais excusé, souffla-t-elle. Jamais.

Il manqua soudainement d'air. Sa colère s'évapora temporairement, délaissant son corps pour le laisser réfrigéré.

- Tu as changé de comportement envers moi, c'est vrai, concéda-t-elle. Mais tu ne m'as jamais dit que tu regrettais tout ce que tu m'avais fait. Tu ne m'as jamais demandé pardon pour tous les torts que tu m'as causés : pour le harcèlement, pour le bal, pour Liam…

Drago sentit ses oreilles chauffer, ses joues brûler. Il identifia bientôt la sensation qui l'étreignait, celle qu'il haïssait le plus au monde : la honte. L'entendre énumérer ses machinations le mortifiait pour il-ne-savait-quelle-raison. Il demeurait encore fier de certaines de ses manipulations, notamment tout ce qui concernait Blake… Mais pourtant, il se sentait réellement pris en faute, humilié.

- Comment suis-je censée réagir ? Que veux-tu que je te donne quand tu ne donnes rien en retour, Drago ? Tes remords, peut-être que tu les tais, mais je ne suis pas dans ta tête, je ne peux pas les deviner. Et je ne veux pas les deviner. Même si je sens parfois que tu es mal à l'aise vis-à-vis de ce que tu as pu me faire vivre, tu ne m'en as jamais donné de preuve orale. Et je ne crois pas que tu aies déjà envisagé de le faire. C'est pourtant le minimum.

Drago porta sa paume à son front et se détourna d'elle, rendu complètement malade par son discours.

- Ne fuis pas, dit-elle calmement.

- Je ne fuis pas, murmura-t-il.

Dos à elle, les yeux perdus dans le vague, Drago réfrénait son envie de pleurer comme un gosse, ou de détruire l'intégralité de sa chambre comme il le faisait parfois. Cette conversation était de loin la plus douloureuse qu'il avait expérimentée. Tous ses mots se heurtaient contre son orgueil, le dégonflant comme un ballon de baudruche à coup d'épingles saillantes. C'était insupportable de vérité.

- C'est ça, ce que tu veux ? Des excuses ?

Elle ne répondit pas et il sentit sa main se poser dans son dos nu, rendu légèrement humide par les mèches trempées de sa nuque. Son échine se crispa immédiatement sous le contact. Sa paume était froide et tremblante d'adrénaline, laissant deviner qu'elle non plus n'était pas au mieux de sa forme.

- Ce que je voulais, c'était ne pas avoir à te les demander.

La mâchoire de Drago se serra de plus belle : alors c'était trop tard, c'est ce qu'elle voulait dire ? C'était cela, la morale de toute cette histoire ?

- J'en conclus donc que c'est trop tard, fit-il écho de ses pensées.

Elle ne répondit pas mais sa main s'ôta de son dos, semblant confirmer ses propos. Cette absence nouvelle lui sembla être un manque plein d'agonie.

- Non, ce n'est pas trop tard. Tu m'as délibérément coupée la parole tout à l'heure, alors que j'essayais de te dire que j'avais foi en toi, que j'étais sincère quand je disais à quel point ton changement de comportement me faisait plaisir. Tu m'as fait taire alors que je te disais ce qui était bon, me forçant donc à te faire part de ce qui est mauvais.

Le cœur de Drago reprit un rythme plus fougueux.

- J'apprécie vraiment le fait que l'on puisse avoir ne serait-ce que cette conversation. Chose qui aurait été bien impossible, il y a de ça quelques temps. Je me rends bien compte de tes efforts, Drago.

Il se garda bien de lui dire que ces derniers n'étaient pas aussi volontaires qu'elle semblait le croire.

- Mais ce truc… justement… qu'il y a entre nous… Je ne peux pas le laisser vivre sans certaines conditions. Je sais, je suis contradictoire… Après tout… nous venons tout juste de… Enfin…

C'est le moment qu'il choisit pour se retourner et lui faire face à nouveau. Il en était capable, à présent.

- C'est juste que c'est important pour moi de savoir si oui ou non tu te moques encore de moi… Si ce n'est que de la manipulation, je ne peux pas y participer… Même si avec tout ce que je te dis… tu dois penser que je suis vraiment une fille facile, je… Je ne sais pas, je ne me contrôle pas, avec toi. Et peut-être même que cet aveu est dangereux… mais je choisis d'être honnête envers toi et j'ose espérer que cela t'encouragera à faire de même.

Elle ne le regardait plus, les yeux baissés. Qu'elle se livre ainsi le pétrifiait. Certes, elle était embarrassée de le faire, mais tout lui venait facilement, aisément : elle disait tout. Il le sentait. Et il était bien incapable de l'imiter.

- Comme je sais que tu es mal à l'aise parfois par rapport à… Au passé… Comme je l'ai dit tout à l'heure. Et bien, le fait que tu taises de potentielles excuses, certainement par orgueil, me laisse à penser que tu n'essaies pas de me manipuler… Car s'il avait s'agit de manipulation, je pense que tu n'aurais pas eu de scrupules à faire semblant de t'excuser. Et nous n'aurions pas cette discussion. Alors, même si tu ne t'es pas excusé de toi-même, ce n'est pas trop tard… Car c'est tout de même bon signe que je sois obligée de t'en faire la remarque… Et c'est même bon signe que tu m'aies écouté sans me regarder… Je ne sais pas… Je vois les choses comme ça.

Il resta à la regarder silencieusement, dans un état proche de la tétanie. Elle ne pouvait pas avoir fini de parler : il manquait une conclusion à ses propos. Où voulait-elle en venir avec tout ça ? S'il s'excusait, alors quoi ? Que se passerait-il ? Il aurait aimé lui parler mais sa gorge semblait entravée. Il ne savait plus où donner de la tête : que proposait-elle ? Une relation amoureuse ? C'était impossible. Non, la connaissant, elle proposait…

- Nous pourrions peut-être être am…

- Je t'arrête tout de suite, Granger, l'interrompit-il froidement. Ne prononce pas ce mot.

Hermione pinça ses lèvres, piquée. Ses yeux balayaient toujours le sol et à présent, ses joues rosissaient.

- Je n'ai pas la moindre intention d'être ton ami. Je crois même que c'était plutôt clair tout à l'heure, signifia-t-il limpidement sur un ton sec, la faisant passer d'un rouge léger au cramoisi le plus complet.

- C'est la seule chose que je peux t'offrir, finit-elle par dire.

... Pour l'instant

- C'est la seule chose que tu veux m'offrir, corrigea-t-il avant de s'éloigner d'elle, allant chercher une chemise dans son armoire.

- On en revient toujours à la même question, Drago… Qu'est-ce que tu veux ?

Mais qu'il le dise, bon sang ! Qu'il confie le fond de sa pensée ! L'attente l'usait.

- Des choses que tu ne « peux pas m'offrir », murmura-t-il en nouant sa chemise, dos à elle.

- Sois plus clair, exigea-t-elle.

- Tu l'as suffisamment été pour deux.

C'était un rejet final, définitif. Il n'y avait plus lieu d'en parler : il n'était pas du tout du genre à se battre pour s'infliger davantage de peine. A présent qu'il savait qu'elle ne voulait pas de lui, il n'avait plus qu'à s'éloigner d'elle. Au diable le pari et toutes ces autres imbécilités : c'est lui qui s'en irait et il n'avait pas la moindre intention de continuer à s'affliger avec ces niaiseries.Sa poitrine lui faisait mal.

- De toute façon, cela n'aurait mené à rien : au moins l'un de nous deux s'est montré raisonnable. Et sachant que j'en suis bien incapable, je te suis reconnaissant de l'avoir été à ma place, marmonna-t-il avant de refermer son armoire.

Il se retourna vers elle et lui adressa un regard vide.

- Je crois que tout a été dit.

- Franchement, tu me tues.

Elle avait lâché ça sans le vouloir, il l'avait bien senti. Pourtant, c'est la phrase qui ralluma une petite étincelle d'espoir dans la noirceur de son crâne. Il attendit la suite, qui ne tarda d'ailleurs pas à venir, la froideur avec.

- Tu étais prêt à te battre pour m'infliger des ignominies, à toujours montrer davantage d'originalité dans tes horreurs, tes insultes… Mais dès qu'il s'agit de montrer un peu de bons sentiments, tu te comportes comme le dernier des idiots. Je te reconnais bien là.

- Je t'emmerde bien profondément, Granger.

- Oui, tu m'emmerdes, confirma-t-elle avant de tourner les talons, espérant silencieusement que son insolence ferait mouche.

Comme elle l'avait désiré, il lui attrapa le poignet pour la retenir.

- Et pourquoi serait-ce toujours à moi de fournir des efforts, hein ? Tu ne fais que de me reprocher des trucs, mais on ne t'entend pas trop parler de toi, curieusement. Tu veux être amie avec moi, c'est ça ? Je me demande bien si c'est vrai. Quand je m'approche de toi, tu te crispes, quand je te touche, tu frissonnes…

Et comme pour illustrer ses propos, il l'attrapa par les épaules et vint la plaquer contre sa porte, la claquant d'un même mouvement.

- Quand je t'embrasse, tu réponds, continua-t-il encore.

Elle baissa les yeux de plus belle, à son tour comme prise en faute. Il ne la laissa pas fuir aussi facilement et attrapa son menton, le redressant fermement.

- Tu sais que tu pourrais me repousser, à présent. Même tout de suite. Je ne te forcerais à rien, je ne suis plus comme ça. Tu le sais, répéta-t-il.

Il vint caresser son nez avec le sien, rapprochant leurs bouches au point de sentir son souffle court sur ses lèvres.

- Et pourtant, tu restes là. Tu me laisses te toucher, tu me laisses te caresser, murmura-t-il en glissant dans le creux de son oreille.

Drago la plaqua plus durement contre le panneau de bois, collant son torse à sa poitrine.

- … Et tu étais mouillée, tout à l'heure, lâcha-t-il finalement, sans pitié.

Elle détourna les yeux sur le côté, rubiconde. Le Serpentard laissa ses doigts se planter sans violence dans ses joues, l'incitant à le regarder de nouveau.

- Tu sais ce que ça signifie, n'est-ce pas ?

Hermione resta silencieuse : il serra davantage les doigts, de moins en moins réticent à utiliser la brusquerie pour la forcer à admettre la vérité.

- Réponds.

La Gryffondor secoua le menton, décidée à se débarrasser de l'étreinte douloureuse qu'imposaient ses doigts sur sa mâchoire. Il parvint aisément à la maintenir en place.

- Réponds, persévéra-t-il.

- Oui, marmonna-t-elle finalement. Je sais.

Drago relâcha ses doigts et s'éloigna d'elle.

- Alors, quoi ? C'est une pulsion amicale ?, se moqua-t-il presque, la voix cynique.

- Tu sais que… je n'y connais rien à tout ça…, bredouilla-t-elle en se tortillant les mains. Et toi tu… Je ne sais pas… Quand tu me touches, je ne parviens plus à te dire non…

Le Serpentard sentait son sang se transformer en lave incandescente. Cela recommençait. En quelques mots, elle avait réussi à lui faire perdre toute maîtrise de lui-même. Sa timidité, son ignorance au sujet des rapports physiques, sa candeur toute entière, tout l'excitait à lui en faire perdre la raison.

- Et tu aimes ça… ?

Merlin. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher ! Il voulait savoir, bon sang de bonsoir ! A l'entendre, c'était lui le responsable… Son silence sembla durer une éternité. Drago gardait ses yeux fixés sur ses lèvres, scrutateurs de la moindre formation de syllabe. Lorsque ces dernières commencèrent à se mouvoir, son cœur loupa un battement.

- Plutôt… oui…

Et là, ce fut comme si tout s'effaçait autour de lui pour ne laisser qu'elle. S'il avait pu, il l'aurait prise, là, comme ça, sans lui demander son avis, à même le sol.

- Alors… pourquoi tu…

- Ça ne veut rien dire, brava-t-elle subitement. C'est purement physiologique.

Il afficha un rictus cynique.

- Donc quand d'autres… hommes… te touchent, tu ressens la même chose ?

La question était difficile à poser : impliquer que d'autres que lui s'offrent la permission de la toucher lui donnait des envies de génocide. Elle sembla songeuse un instant, aggravant son cas. Alors comme ça, elle devait y réfléchir avant de répondre ? Drago se fit la promesse de lancer un sortilège de verrues à Blaise s'il avait mal assuré sa mission.

- Je ne sais pas. Je n'ai jamais… Enfin… Je ne connais que toi…

Drago détourna le regard, s'intimant par hurlements mentaux de rester calme.

- Et Blake, ajouta-t-il comme une évidence.

- Non… Je n'ai rien fait avec Liam.

Le Serpentard posa sa paume près de son menton dans un signe négligent, la mine la plus impassible qu'il lui était possible d'afficher. Le triomphe en son for-intérieur menaçait de lui faire perdre sa contenance.

- Il faut dire que tu t'en es toujours très bien assuré, précisa-t-elle plus froidement.

Il ne put retenir son sourire narquois plus longtemps.

- Ce n'est pas marrant, Drago.

Mais si, ça l'était. Il se garda bien de lui en faire réflexion et essaya tant bien que mal de reprendre son sérieux.

- Tout ça pour dire que… le fait que ce soit toi n'a certainement aucun lien… avec le fait que...

Mais bien sûr, Hermione, super crédible : je suis désespérante.

- C'est vrai : tu es peut-être juste super chaude, Granger.

Il avait ressenti le besoin de se venger, et avait employé sa manière traditionnelle : l'indélicatesse et l'embarras.

- Je te souhaite bien du courage en tout cas. Tu sais, pour te travailler toute seule.

Elle était cramoisie, et il adorait ça : comment parvenait-il toujours à faire revenir la conversation sur ses jeux ? C'était du pur génie machiavélique.

- Veux-tu que je te remontre comment faire ?, s'enquit-il avec une innocence glaciale tout en tendant sa main vers elle.

Cette fois-ci, Hermione tourna les talons et claqua la porte derrière elle. Sitôt la porte fermée, Drago esquissa un rictus narquois et étouffa un ricanement.

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