My Dear Sadistic Highness

Chapitre I

And this is how it feels when I ignore the words you spoke to me.And this is where I lose myself, when I keep running away from you.And this is who I am when, when I don't know myself anymore.And this is what I choose when it's all left up to me.

[…]

And this is how it looks when I am standing on the edge.And this is how I break apart when I finally hit the ground.And this is how it hurts when I pretend I don't feel any painAnd this is how I disappear when I throw myself away

[...]

Breathe your life into me,I can feel you…I'm falling, falling faster!Breathe your life into me,I still need you…I'm falling, falling!Breathe into me…Breathe into me…

Breathe Into Me – Red

Il a duré quatorze mois, ce truc tordu que nous avions. Il y a eu beaucoup de ruptures pour entrecouper cette période. Des ruptures toutes initiées par toi. T'es-tu rendu compte de ce que tu faisais ? Je ne suis pas sûre. En vérité, je suis certaine que non. J'ai toujours su que quelque chose « clochait » sans jamais n'avoir pu mettre le doigt dessus. Je pense que j'ai compris trop tard qu'en plus d'aimer éperdument une personne cruelle, je plaçais toute ma force et tout mon espérance en elle. L'espoir rendait les choses plus faciles, même si cela compliquait tout le reste aussi… ma capacité à endurer la souffrance devenait assez élevée, même si tu as tout fait pour l'éprouver. Tout cela, est-ce que ça valait le coup ?

Tu m'as tant fait courir.

Je pense que ce n'était pas entièrement vain, mais je sais que je n'aurais jamais su te conduire à la félicité qui t'habite aujourd'hui et dont je ne suis pas l'instigatrice. Après t'avoir quitté, j'ai souffert c'est vrai… Mais l'air a semblé réinvestir mon corps du même coup.

Je ne suis plus malheureuse. Je ne suis plus seule. Je t'aime encore beaucoup, mais cela n'a plus rien à voir avec ce que je ressentais auparavant.

Je ne pense pas que tu sois malade, je pense plutôt que tu es fou. Que tu as été fou. On t'a sûrement rendu comme ça. Grandir au sein de ta famille n'a pas dû être facile. Quand tu te laisses aller, on voit à quel point tu es fragile, à l'intérieur. Tu n'es encore qu'un enfant, je ne sais pas… Parfois je me dis que je n'ai pas assez fait d'efforts. Même si je sais que ce ne sont pas mes efforts qui s'avéraient être le problème mais plutôt la personne qui les faisait : moi. Je ne suffisais pas. Je ne te suffisais pas.

En tout cas, ce n'était pas incurable. Cela, je le savais déjà. Je préfère te savoir bien dans ta tête et entre de bonnes mains, qu'auprès de cette autre fille aussi heurtée que toi. Cette blonde que tu avais fait taire, pour moi, ce jour là.

P.P

Chapitre I

Hermione mâchonnait son toast sans grand appétit alors que ses deux anciens amis roucoulaient devant leurs petits-déjeuners. Il était curieux de se rendre compte à quel point les garçons pouvaient changer pour le seul regard d'une gourdasse. Jamais au grand jamais elle n'aurait cru qu'Harry sombrerait dans une telle niaiserie. Ron, oui, c'était évident. Mais pour Harry, c'était réellement décevant.Ils n'étaient pas insupportables avec elle, lui proposant souvent des sorties en groupe… Mais comment leur expliquer qu'elle n'avait pas la moindre envie d'être la cinquième roue du carrosse ? Elle avait juste envie de les voir eux, de leur parler sérieusement comme ils avaient pu le faire auparavant.

Pour le reste, ils la délaissaient, ne lui demandant que rarement comment elle allait, ou comment se passait sa cohabitation avec Malefoy. Pire, cela faisait des semaines qu'ils n'avaient pas parlé de choses concrètes et sérieuses : de la guerre –même si elle était à l'état de stase temporaire-, ou encore de Voldemort lui-même.Ils avaient l'air de vouloir profiter d'une jeunesse qu'ils n'avaient jamais pu savourer auparavant. Comme s'ils y avaient enfin droit et qu'en même temps, ce bonheur s'en irait vite et qu'il fallait donc en profiter le plus intensément possible.

Que fallait-il faire pour les réveiller de leur torpeur ? Certes, il n'y avait pas de danger immédiat mais elle n'aurait jamais cru qu'ils se reposeraient autant sur leurs lauriers. Cela faisait des semaines qu'Harry n'avait plus rien ressenti au niveau de sa cicatrice et il accueillait cette pause avec satisfaction, comme s'il s'agissait une récompense durement méritée. Curieusement, Hermione avait plus de mal à lui en vouloir à lui qu'à Ron. Ce dernier l'avait complètement jetée aux oubliettes : elle savait qu'il ne l'avait jamais vraiment considérée comme une fille à part entière mais cela avait empiré. Il ne lui adressait la parole que pour des choses futiles comme lui demander de l'aide pour un devoir, ou encore lui retrouver un livre à la bibliothèque. Elle ne servait tout bonnement qu'à exécuter les nécessités scolaires de Ronald Weasley.

Au début, elle n'avait évidemment pas cédé et lui avait rétorqué que s'il avait besoin de quelque chose, il n'avait qu'à travailler pour l'obtenir lui-même. Pourtant, à ce stade, elle ne lui refusait plus rien… Elle avait bien trop peur qu'ils finissent par définitivement oublier son existence et pour empêcher cela à tout prix, elle préférait se rendre utile. Qu'ils sachent qu'ils pouvaient lui parler librement, et lui poser des questions quand ils le désiraient, constituaient les derniers restes résiduels de leur relation.

La jeune fille revint sur terre lorsqu'elle se mordit la langue. Elle ferma les yeux pour s'empêcher de jurer, réprimant une larme de douleur aiguë. Qu'y avait-il de plus désagréable que de se faire mal de cette manière ? Lorsqu'elle rouvrit ses paupières quelques instants plus tard, elle se sentit observée.Lavande lui lançait un regard d'avertissement auquel la jeune sorcière répondit avec une mine des plus blasées. De toute façon, ce n'était pas son problème, elle faisait ce qu'elle voulait. Si elle voulait jouer la trainée infidèle avec l'autre cafard répugnant, libre à elle. Elle attraperait bien assez tôt des infections génitales qui feraient ressembler ses délicieuses fesses à la peau fripée et malade d'un inconscient ayant mangé de la chair de malagrif tacheté (1). Avec un peu de chance, elle ne pourrait même plus s'asseoir.

Hermione se surprit à laisser un sourire traverser son visage. Elle n'avait pas l'habitude de se montrer si corrosive, pas même en son for-intérieur, mais cette fille ne méritait aucune pitié.Préférant tout de même penser à autre chose qu'au spectacle d'une peau boursouflée –malgré le fait qu'il s'agisse de celle de Lavande Brown-, elle détourna son regard de la table des Gryffondors vers celle des professeurs. Le professeur MacGonagall échangeait une conversation polie avec le professeur Rogue, ce dernier jetant de terribles regards à certains Gryffondors de première-année. Sans doute s'étaient-ils plaints du favoritisme de Rogue envers sa propre maison. Ils étaient trop ambitieux s'ils pensaient changer la manière d'enseigner de cet homme : cela leur retomberait sur le coin du nez au cours suivant…

Mais après tout, les élèves étaient là pour apprendre. Et elle aussi avait fini par assimiler que le mieux à faire en cours de potion était se taire et ne jamais répondre aux provocations du professeur le plus caustique de Poudlard. Et Merlin seul savait à quel point elle avait du mal à s'en empêcher. Mais pourquoi penser aux potions ? A croire qu'après avoir pensé à son amitié défaillante avec Harry et Ron et à la relation entre Lavande Brown et Drago Malefoy, elle avait envie de s'achever mentalement en songeant aux cours du professeur Rogue.

Ce matin elle avait Entretien aux créatures magiques avec les Serpentards, merveilleux. Finissant rapidement son jus fade, elle glissa son sac sur son épaule et s'éloigna de la table des Gryffondors d'un pas atonique sans la moindre salutation pour ses acolytes –qui de toute manière ne remarqueraient son départ que lorsqu'ils quitteraient la table à leur tour-.

Elle s'engagea dans le couloir extérieur en soupirant, sentant ses maux de ventre revenir. Ses cheveux s'emmêlaient joyeusement sous l'écharpe qu'elle enroulait autour de son cou, et certaines mèches s'étaient coincées sous la lanière de sa besace. Elle entreprit de passer ses doigts dans sa chevelure pour arranger le problème mais ceux-ci restèrent péniblement coincés entre les nœuds. Des rires l'arrêtèrent dans sa marche. Sans même s'être encore retournée, elle savait déjà de qui il s'agissait… Lentement, elle fit un demi-tour sur elle-même et aperçut les Serpentards. Leur adressant un regard vide, elle dégagea la main de ses cheveux, se détourna d'eux, et reprit sa marche sans plus d'énergie.

- Oh, Granger, piailla une voix. Non seulement t'as perdu tes amis mais en plus tu vas perdre tous tes cheveux si tu les laisses moisir comme une vieille serpillère.

Hermione Granger ne se retourna pas, ni ne tiqua : sa tentative de provocation était ridicule.

- Qu'est ce qui t'arrive, Sang-de-bourbe ? T'as peur de nous regarder ? C'est nous qui devrions être effrayés de voir ta tête, continua la même voix.

Elle ne répondit pas, ignorant complètement les insultes pathétiques lancées à son encontre.

- Réponds, pauvre bécasse !

Hermione s'arrêta, restant silencieuse. Elle se retourna dans un mouvement lent et adressa à Pansy Parkinson un regard empli de lassitude.

- Pansy Parkinson, en raison de ton insolence, je retire cinq points à Serpentard, annonça-t-elle solennellement, s'interdisant de sourire alors qu'elle faisait preuve d'autorité.

Et elle tourna les talons, sous les airs scandalisés de la petite bande qui ne pouvait rien dire, faute de la présence de Malefoy…Hermione arriva à proximité de la cabane d'Hagrid, fatiguée moralement et physiquement. Elle ne dormait plus assez pour tenir convenablement. Heureusement, elle travaillait tant que son avance scolaire continuelle lui permettait d'avoir beaucoup plus de temps libre que la plupart des gens. Le seul hic était qu'elle n'avait pas vraiment besoin de davantage de temps libre, pour la bonne et simple raison qu'elle n'avait personne avec qui le partager. Alors, à part les instants où elle s'écroulait dans un sommeil peu réparateur, Hermione redoublait d'efforts, s'investissait dans tous les domaines, s'abrutissait presque de connaissances et se noyait dans n'importe quel livre lui tombant sous la main.

Hagrid semblait trier des pommes-de-pin devant sa porte, attendant très certainement que les élèves arrivent. Elle s'approcha de lui.

- Bonjour Hagrid, le salua-t-elle poliment avec un petit sourire.

Il sortit de ses pensées et lâcha la pomme-de-pin qu'il examinait, se concentrant sur le visage nouvellement émacié d'Hermione.

- Hermione…, murmura-t-il avec un accent désespéré. Tu n'es pas avec eux ?

- Non, de toute évidence, marmonna-t-elle.

- Ça ne peut plus durer ! Tu m'as dit de ne pas m'en mêler mais enfin si ça continue, je m'en vais leur dire de quel bois je me chauffe !

- Ça ne fera qu'aggraver les choses, Hagrid, dit-elle sur le ton qu'inspirait son découragement.

- Tu me dis ça à chaque fois et pourtant en te voyant, j'ai l'impression que cela ne peut pas être pire !

Il se leva et entra rapidement à l'intérieur pour en ressortir aussitôt avec une photographie mouvante. Il la lui tendit et elle se vit, un peu plus jeune et excessivement souriante, entourée de ses deux amis de toujours : tous trois surplombés par Hagrid qui souriait avec tendresse et naïveté.

- Là-dessus, il y a Hermione Granger. C'est une fille vive, drôle et aimante : très curieuse et généreuse. Et là, ce qu'il y a face à moi, continua-t-il en la désignant de sa grande barbe fournie. Ce n'est ni plus ni moins qu'une inconnue cadavérique et mal en point.

- Pour une fois, vous n'avez pas tort, lança une voix narquoise.

Ils tournèrent tous deux leurs regards vers le château. La bande des Serpentards les avaient rejoints et à leur tête se tenait Drago Malefoy. Le blond ne semblait pas se soucier de la gravité de la chose, il avait même l'air d'en être très réjoui. Oui, elle était devenue un spectre et le cela était on-ne-peut-plus exultant.

- Alors, Granger ? On enlève des points aux Serpentards ?

L'estomac d'Hermione se tordit dans une sensation désagréable : de l'appréhension. Dès qu'il était dans les parages, elle était soudainement prise de nausées. Elle hocha la tête avec une sorte de désolation, agréant à ce qu'il venait de lui demander. Ce n'était vraiment pas son jour.

- Oui, je n'ai pourtant pas répondu, expliqua-t-elle tout en sachant parfaitement bien qu'il n'en avait strictement rien à faire. Mais elle s'est acharnée avec zèle, j'ai donc fait ce que tout préfet aurait fait face à une telle provocation.

- Quoi… Tu n'as pas apprécié qu'elle te dise la vérité ? Je trouve cela bien déplorable…, asséna-t-il en haussant les sourcils.

Hermione le fusilla du regard. C'était le seul qui arrivait encore à la vexer profondément. Elle était déjà tellement au fond du gouffre que les autres ne pouvaient que la rater en lui jetant des pierres… Mais lui savait très bien viser, là où cela ferait le plus mal.

- Malefoy, tu ferais mieux de te taire, marmonna Hagrid d'une voix sévère.

- Ou quoi ? Vous voulez que mon père discute de vos bestioles avec le conseil ? La dernière fois, votre poulet s'en est tiré mais je ne suis pas sûr qu'ils aient tous cette chance, cingla le blond en lui adressant un sourire narquois.

Hagrid baissa le regard alors qu'Hermione lui intimait doucement de rentrer et de ne pas s'en mêler.

- Tu es vraiment lâche, Malefoy…

- Si tu le dis, Sang-de-bourbe, accorda-t-il en regardant les alentours, désintéressé.

Hermione leva les yeux au ciel devant tant de manières, ce qui n'échappa pas à l'œil du Serpentard.

- En tout cas, les lâches qui ont du pouvoir arrivent à bien plus que les prétendus courageux qui n'ont que leurs convictions. Parce que tu peux dire ce que tu veux, la vie ce n'est pas un bouquin, et ce sont les plus forts qui gagnent, pas ceux qui ont bon cœur.

Il avait articulé ces derniers mots avec un tel mépris ! Elle lui lança un regard froid, mais il avait raison. C'était dur de l'admettre, de renoncer à l'espoir et à l'optimisme, mais oui, il avait raison. Sa vie actuelle se déroulait à vrai dire exactement comme il venait de le décrire.Et cette manière qu'il avait eu de prononcer « bouquins », comme en la provoquant explicitement sur le fait que sa vie ne se résumait qu'à eux.

- Tu n'as pas de pouvoir, Malefoy, tu n'as que de l'argent, cingla-t-elle. Et cette manière de «gagner» devrait te faire honte. Mais je n'ai pas grand-chose à espérer de toi, de toute manière. Bien, je m'en vais.

- Et le cours ?, siffla Pansy, narquoise.

- Je ne me sens pas très bien, je suis encore assez grande pour m'occuper de moi toute-seule, merci Parkinson.

- De rien, Granger, je te retire dix points pour insolence et dix de plus puisque tu sèches les cours, lança Drago avec nonchalance.

- Tu ne peux pas retirer de points à un préfet, Malefoy…, s'exaspéra-t-elle. (2)

Le Serpentard lui adressa un sourire navré, comme si elle venait de débiter la plus grosse des imbécilités. Lentement, il tourna la tête et interpella des seconde-année de Gryffondor se rendant apparemment à leur cours de Botanique en contournant le château.

- On ne court pas. Vingt points de moins pour Gryffondor.

- Mais on ne courrait pas !, protesta vigoureusement une petite blonde.

- Dans ce cas… Trente points de moins pour Gryffondor, car vous arriverez en retard !, renchérit Malefoy en lui adressant un sourire angélique.

La gamine sembla avoir du mal à comprendre sa réaction, probablement déstabilisée par son autorité tyrannique. Était-ce une plaisanterie entre élèves plus âgés ? Se moquait-il d'eux avec gentillesse ou avait-il réellement décidé de leur retirer des points sans raison ?Au bout d'une longue minute silencieuse, elle reprit sa marche avec son groupe. Tous les petits avaient l'air complètement désorientés et hésitaient visiblement entre augmenter ou réduire leur rythme de marche. Ils jetèrent des coups d'œil à Hermione, dans l'espoir qu'elle intervienne mais cette dernière n'en fit rien : elle leur adressa juste un regard leur signifiant que ce n'était pas grave et qu'ils pouvaient filer.

Ce qu'il venait de faire était en dessous de tout et elle ne s'abaisserait pas à lui rendre la pareille. Elle plongea son regard dans celui du Serpentard et le méprisa royalement de ses yeux chocolats. Il ne lui répondit que par un mince sourire victorieux tandis qu'elle songeait très sérieusement à en toucher un mot à MacGonagall. C'était la seule chose qu'elle pouvait faire, contre lui. Elle se fustigea mentalement : elle le traitait de lâche mais ne réagissait pas non plus. On aurait pu appeler ça de l'indifférence mais elle se sentait juste acculée. Qu'aurait-elle pu faire ? Seule, face à lui ?Sans s'attarder davantage, elle les dépassa et reprit le couloir extérieur pour pénétrer à nouveau dans l'enceinte du château. Alors qu'elle entrait dans un des grands corridors du rez-de-chaussée, elle perçut des pas derrière elle. C'était courant et elle ne se retourna donc pas, du moins jusqu'au moment où la personne s'aligna à sa marche.

- Tu t'enfuis, Granger ?

- Non.

Sa tête tournait, elle avait juste envie d'aller dans sa chambre et de dormir. Pourquoi la suivait-il, au juste ? Que cherchait-il à prouver ? Il avait déjà réussi son petit tour de lutin de Cornouailles et très franchement, il n'y avait pas grand-chose à ajouter à cette fourberie minable. Le tableau finit par coulisser sur ses gonds et laissa apparaitre l'entrée de leur salle commune.Elle ne lui demanda pas pourquoi il la suivait même si les mots se bousculaient violemment à ses lèvres. Après tout, il n'était pas inhabituel qu'il sèche les cours.

- Tu attends que le sablier de Gryffondor soit vide pour te suicider ? Parce qu'à ce rythme, dans une semaine tu seras en bas de la tour d'astronomie…

Elle ouvrit la porte de sa chambre et déposa son sac sur un fauteuil. Il la suivait toujours, savourant probablement sadiquement cet instant lapidaire.

- Probablement, oui, agréa-elle, harassée, pour qu'il la laisse en paix.

Entre lui et Rogue, c'était sûr que les Gryffondors avaient du souci à se faire en ce qui concernait la coupe des quatre maisons. Hermione retira sa robe de sorcier, laissant apparaitre son uniforme distendu et laid. Le blond prit son temps pour la jauger, de haut en bas. La plupart des filles de Poudlard avaient raccourcies leurs jupes et rétrécies leurs chemises avec un sortilège, mais la jeune sorcière n'en voyait pas l'utilité. Elle ne ressemblait donc à rien, pour le plus grand bonheur du Serpentard qui arborait à présent un sourire écœuré.

- Merlin, ce que tu es mal fichue, Granger… Tu es vraiment laide.

Elle ne répondit pas, préférant s'allonger sur son lit sans pli. Tout ce qu'elle pouvait faire, à présent, c'était essayer d'être étanche à toutes les horreurs qu'il prononçait et qu'elle finissait toujours par absorber, comme un venin sournois. Une fois qu'il aurait dit tout ce qu'il souhaitait dire, il s'en irait et elle pourrait enfin relâcher la pression. Comme toujours.C'était comme si, d'un commun-accord tacite, ils avaient ce rythme de vie depuis des années.

- Personne ne voudra jamais de toi, la preuve, même les Gryffondors t'abandonnent… Tes amis aussi… Tu ne sers à rien.

Hermione essaya un maximum de se concentrer sur la suite de runes qu'elle devrait réciter, le surlendemain. Malheureusement, la voix du Serpentard représentait un intrus sonore qu'elle ne pouvait tout simplement pas occulter.Il s'approcha du bord de son lit. Elle ne dit rien, elle ne le croyait pas capable de la heurter physiquement même si curieusement, elle pressentait que cela pourrait arriver tôt ou tard. Lorsqu'il pointa sa baguette vers elle, cela dit, elle eut une sorte de hoquet d'appréhension. Que comptait-il faire encore ? Il aurait bien été capable de lui jeter un maléfice cuisant ou quelque chose de ce genre. Elle saisit sa propre baguette, serrant ses doigts autour dans une étreinte mitigée.

Finalement, le Serpentard plongea sa baguette dans la chevelure complètement emmêlée et ébouriffée de la jeune fille. Il tira un peu, comme si le bout de bois n'était qu'une grande dent de peigne, mais son instrument resta bloqué entre les nœuds. Il ricana.

- Tu devrais te raser la tête, mocheté.

Son cœur loupa un battement. Il y avait tant de méchanceté dans ce petit mot. Elle plissa les yeux, dégoutée, avant de les fermer et de se tourner sur le côté, lui exposant son dos pour toute réponse.Il la regarda faire silencieusement avant de quitter les lieux avec toute la prestance qui l'accompagnait, comme à l'accoutumée. La porte claqua avec une force folle et elle sursauta brusquement. Il avait l'habitude de toujours opérer de cette manière mais elle ne parvenait tout simplement pas à s'y faire. Il quittait un endroit aussi silencieux qu'un fantôme puis claquait toujours la porte derrière lui, comme pour asseoir une certaine autorité.

Sale enfoiré.

Et évidemment, elle s'était mise à sangloter aussitôt qu'il avait tourné les talons. Une envie morbide l'envahissait à chaque fois que ses monologues cruels s'achevaient. Appuyé contre le mur, à l'extérieur de la chambre, le Serpentard écoutait ses larmes avec délectation. Il n'y avait que lui pour arriver à un tel résultat. Souriant largement, il sortit une cigarette sorcière et l'emboucha, l'allumant avec lenteur.

- Pleure, petite Sang-de-bourbe… Pleure…, murmura-t-il pour lui-même en inspirant la fumée.

Il expira avec une sorte de bien-être malsain. C'était si bon de la voir souffrir et de l'entendre exprimer tangiblement sa douleur intérieure. Il adorait ces sons si mélodieux qui s'évacuaient de sa bouche… C'était comme si elle lui communiquait toute son énergie. Oui, en fait cela ressemblait vraiment à ça. Il vampirisait toute trace de joie en elle, à la manière d'un détraqueur qui embrasserait sa victime tous les jours. Mais elle, elle ne cédait pas complètement. Cela faisait bien un mois qu'elle craquait ainsi, tous les soirs, presque. Lui, dans son lit, les bras croisés sous sa nuque, il écoutait ses sanglots. Ces bruits l'apaisaient comme une berceuse. Il finissait toujours par s'endormir, l'imaginant dans ses bras musclés hérissés d'épines, l'étreignant pour mieux l'achever. Il aurait voulu qu'elle lui appartienne corps et âme, qu'il puisse jour après jour la tuer peu à peu. Qu'elle sente son poison se distiller dans son corps, qu'elle le supplie d'arrêter et qu'elle pleure, qu'elle gémisse de douleur. Qu'elle le haïsse d'être son dernier recours alors qu'il était également le coupable de cette souffrance immonde. Il adorait tellement l'idée qu'elle puisse le haïr. Il aurait fait n'importe quoi pour ça.

Il finit sa cigarette. En fait, Hermione était comme elle. Il l'amenait à sa bouche et la consumait avec passion et sadisme… Puis il l'expulsait de ses lèvres et l'écrasait avec soin sur le sol : comme un vulgaire insecte. Hermione Granger n'était qu'une pauvre cigarette entre les mains de Drago Malefoy.

Alors qu'il était plongé dans ses réflexions, elle sortit de sa chambre en essuyant ses larmes, pensant certainement qu'il était déjà parti. Elle renifla l'odeur de tabac en fronçant le nez d'une manière dégoutée et finit par tourner la tête vers lui, sursautant moitié de le voir là. Il lui lança un regard si cruellement moqueur qu'elle en fut déstabilisée et baissa les yeux. Il y avait un mégot écrasé par terre. Hermione Granger plongea à nouveau son regard dans les orbes métalliques du Serpentard.

- Tu sais, Malefoy… Fumer tue…

Les élèves de Poudlard s'accordaient à dire que la plus belle vue de la vallée était celle que l'on pouvait admirer en haut de la tour d'astronomie. Hermione Granger adorait particulièrement le spectacle et s'y rendait dès que ses rondes de préfète étaient terminées. Une dizaine de minutes au calme, loin de tout, en silence, voilà qui l'aidait à tenir.

Le soleil se couchait avec langueur sur le pâle miroir gris qu'était le lac, ce dernier serpentant à travers montagnes et vallées lointaines. Les nuages pesaient lourdement sur l'horizon tout entier, rappelant que les terres croulaient sous des pluies et des gelées terribles. La brillance du soleil ne parvenait pas à traverser leurs grises formes, parfois abruptes, parfois gonflées. Elle se reflétait alors en d'intenses lueurs aux teintes rouges, bleutées, et jaunes grisâtres sur les différentes couches du ciel. Un orage arriverait bientôt.D'ailleurs, la neige recouvrait tout : certains endroits peu profonds du lac étaient complètement gelés. Le manteau blanc venait parer la plupart des pentes menant à la forêt interdite.

Cette dernière se découpait, non loin, comme la mâchoire tranchante d'un monstre carnassier. Les bois, mêlant pins, hêtres, saules et tilleuls, semblaient danser une valse verte, brune et noire. Les arbres n'étaient pas tous touchés par la saison et le ballet des couleurs semblait presque surnaturel.C'était vraiment apaisant. Contempler tout cela et se sentir minuscule. S'oublier. Hermione ferma les yeux, s'accoudant à la rambarde plutôt basse de la tour d'astronomie. L'air était glacé, pur… Enivrant. Il neigerait probablement cette nuit.

Elle resta là jusqu'à ce que ses oreilles et ses joues la brûlent. Ses jambes nues flageolaient un peu car elle n'avait pas pris de cape, ni de robe… Elle avait juste son blazer et des chaussettes hautes lui protégeant partiellement les jambes jusqu'au-dessus des genoux.Enfin, elle se décida à quitter l'endroit et se redressa, le dos un peu endolori d'être restée penchée en avant dans le froid pendant un si long moment. Un dernier regard sur la vue accéléra les battements de son cœur et regonfla son moral.

Ce dernier vola en éclat lorsqu'elle se retourna pour prendre les escaliers. Drago Malefoy, nonchalamment appuyé contre l'embrasure de la porte, la détaillait des yeux.Ils restèrent silencieux durant une bonne minute. Hermione était pétrifiée. Depuis quand était-il là ? Pourquoi la regardait-il ainsi ? Ses yeux la perforaient de toutes parts. Ses pommettes, roses, lui indiquaient qu'il ne venait pas tout juste d'arriver. Il avait souffert du froid, lui aussi. Mais peut-être revenait-il de l'extérieur lui-même ? Il l'interrompit dans ses réflexions…

- C'était donc là que tu disparaissais, Granger, murmura-t-il en la quittant des yeux pour fixer le panorama derrière elle.

Elle ne répondit pas, déchirée par un si grand panel d'alternatives : s'enfuir ? L'insulter copieusement ? Craquer et se mettre à sangloter nerveusement ? Ou encore, le pousser de la tour. C'est vrai. Tout aurait pu se terminer ainsi… Mais elle resta là, immobile, plus tétanisée qu'une statue de marbre, l'image de son cadavre désarticulé en tête. Il avait reporté son regard sur elle, la glaçant de ses yeux d'un pétrole aux reflets gris.

- La rate de bibliothèque est en fait une grande romantique, siffla-t-il, perfide. Dommage que personne ne veuille partager une telle vue avec toi. Je crois qu'ils préféreraient tous sauter que rester en ta compagnie…

- Tais-toi, Malefoy, balbutia-t-elle en se dirigeant vers l'escalier.

Il lui barra le chemin mais elle l'ignora et dévala rapidement les escaliers, manquant à plusieurs reprises de se briser le cou. Entendant des pas se rapprocher derrière elle, elle accéléra le mouvement. Ce qui devait arriver, arriva : son pied dérapa sur la tranche de la marche et elle glissa brusquement en arrière. La chute fut brutale, douloureuse, et sa course célère s'acheva dans un grand choc. Elle s'était heurtée violemment au mur en bas des escaliers. Un rire sonore résonna désagréablement dans son crâne. Complètement sonnée, elle ne put pas envisager de se relever immédiatement, malgré l'évidente urgence qu'imposait la situation.

- Ma pauvre sang-de-bourbe, te voila assommée.

Ses yeux voyaient trouble et son cœur tambourinait à toute vitesse dans sa poitrine. Sa respiration, hachée, semblait prouver qu'elle était sous le coup d'une décharge d'adrénaline assez conséquente. Elle s'agrippa aux pierres, s'égratignant presque les paumes sur leur aspérité, et se redressa finalement avec beaucoup de mal. Sa tête tournait à lui donner envie de vomir, elle devait très certainement avoir une commotion. La jeune sorcière plongea sa main dans sa poche, connaissant un sort contre les traumatismes.Sa baguette n'y était pas.Son regard fondit aussitôt vers le bas, cherchant désespérément une forme brune longiligne sur le sol. Mais rien. Elle se pencha davantage, plissant ses prunelles dans le but de préciser sa vue, mais rien n'y faisait. Au contraire, une douleur aiguë envahit même ses sinus alors qu'elle se courbait vers l'avant. Un ricanement particulièrement sardonique retentit alors qu'elle laissait échapper une plainte rauque... Elle se tourna vers Drago Malefoy qui faisait tourner sa baguette entre ses doigts.

- Espèce d'idiote…

Sans grand espoir, elle tendit sa main vers lui, priant pour qu'il la lui rende… mais c'était juste insensé.

- Quoi, tu crois que je vais te la rendre ?, se moqua-t-il, les yeux écarquillés.

La jeune sorcière ne répondit pas, se contentant de lui lancer un regard suppliant. Elle était vraiment en très mauvaise posture. Se tenir debout alors qu'elle était choquée n'allait pas l'aider, et elle se demandait combien de temps elle pouvait gagner avant de sombrer dans les limbes de l'inconscience. Elle s'appuya alors contre le mur, cherchant juste à apaiser son crâne vraisemblablement martelé par un burin invisible.

- Je… Pardon. Je m'excuse. Je n'aurais pas dû parler comme cela, abdiqua-t-elle sans en penser un seul mot.

Il haussa un sourcil, narquois. Évidemment, il n'allait pas la croire. Mais elle n'avait pas besoin qu'il la croie… Elle avait juste besoin qu'il accepte son ton suppliant –qu'il devait savourer comme la plus belle des victoires- et qu'il lui rende sa baguette. Tout ce qu'elle demandait, c'était qu'il ne la laisse pas crever là… Était-ce vraiment si dur de s'exécuter pour lui ?

- Tu m'en diras tant…

- Malefoy, s'il te plait, grinça-t-elle.

- Non.

Le blond commençait à s'approcher d'elle lorsque des bruits de pas retentirent à l'autre extrémité du couloir. Hermione retenait encore son souffle quand un jeune homme fit son apparition. C'était un Serdaigle, trainant constamment avec Darius Sharma, Terry Boot, Mandy Brocklehurst et Miranda Wheeler... Hermione le connaissait de vue depuis de longues années. Il était de septième année, tout comme elle, et avait sa petite réputation auprès de la gente féminine : William Blake.En outre, il était l'attrapeur de l'équipe des Serdaigles et s'entendait très bien avec Seamus Finnegan et Victor Frobisher. Il lui avait demandé si elle n'avait pas un rouleau de parchemin à lui dépanner, un jour, en cours de Défense contre les forces du mal et elle avait rarement autant rougi qu'à cet instant.

- Qu'est-ce que tu fiches là ?, lui lança Malefoy en s'écartant un peu d'Hermione.

Le garçon leva les yeux vers eux, semblant enfin prendre conscience de leur présence.

- J'étais en colle avec Rogue. Je me rends actuellement dans mon dortoir, lâcha-t-il avec un air de quelqu'un qui n'a ni la force ni l'envie de discuter.

Visiblement, ils se connaissaient.Hermione était plongée dans sa contemplation, complètement absorbée. Elle mit son abrutissement sur le compte de la commotion mais son cœur battait irrégulièrement. Blake était brun aux yeux bleus-océan, il était plutôt svelte et assez bien bâti. Un physique plutôt au dessus de la moyenne sans trop exagérer… Mais c'était surtout ce charme mystérieux se dégageant de lui qui le rendait attirant.Drago, quant à lui, le regardait à présent d'un air mi-sceptique, mi-moqueur… comme s'il venait de comprendre quelque chose de très intéressant…

- C'est pour le cours de Potions de la dernière fois ?, s'enquit-il soudain, narquois.

- Ouais, confirma le Serdaigle en se décoiffant complètement, probablement sans faire exprès.

Hermione ne savait pas de quoi ils parlaient exactement mais elle se souvenait d'avoir entendu parler d'un cours avec Rogue qui avait mal tourné pour les septième-année de Serdaigle. Toute la classe avait été punie pour X raison injuste, encore –ce genre d'incident se produisait au moins une fois par mois-.

- Salut, Hermione, la salua William avec un sourire amical.

La jeune sorcière sentit une chaleur lui monter aux joues en quelques secondes.

- Salut…, répondit-elle maladroitement.

Il se souvenait d'elle ! Comment était-ce possible qu'il se souvienne d'elle ? Personne ne se souvenait d'elle… pas même ses plus proches amis.Hermione arbora un sourire timide. Il l'avait remarquée… C'était probablement l'élément qui allait sauver sa journée, voire sa semaine. Alors tout le monde n'était pas imperméable à sa présence ? Les gens la voyaient ! Miracle.

- Bien, je vais me coucher, finit-il par dire en baillant. Bonsoir à vous deux et bonne chance pour le match de samedi, Malefoy.

- C'est toi qui va en avoir besoin, lança le blond sans l'ombre d'un sourire.

Le brun afficha un rictus sournois et disparut dans un murmure de « Si tu le dis… ». Hermione contempla son départ avec un air désolé. Sa présence avait été une bouffée d'air mais à présent, l'oppression allait reprendre. Lorsqu'elle reporta son regard sur le Serpentard, elle se rendit compte qu'il la dévisageait avec une sorte de dégout non dissimulé.

- Eh bien quoi, Granger ? Il te plait ?, railla-t-il.

Un rougissement intempestif siégea aussitôt sur ses joues. De quoi se mêlait-il, au juste ? Le blond garda son sourire mais ses yeux se firent plus sombres.

- Il n'est pas pour toi, sang-de-bourbe. De toute façon personne n'est pour toi, et tu n'es pour personne.

Il la plaqua brutalement contre le mur, coinçant son avant bras contre la gorge de la jeune fille qui peinait grandement à respirer.

- Tu n'es rien. Et tu es laide, vraiment laide. Personne n'aime les gens laids, encore moins lorsqu'ils sont stupides…

Je ne suis pas stupide ! Je suis plus intelligente que toi, pauvre déchet raciste !

Elle ferma les yeux, rouge de ne pouvoir reprendre son souffle, ne pouvant espérer articuler une seule syllabe avec une telle pression. Elle le sentit se rapprocher de ses cheveux et de son oreille. Son souffle vint réchauffer la joue encore fraiche de l'extérieur. Que fichait-il, bon sang ?Et doucement, il inspira son odeur… Du moins c'est ce qui lui sembla.

- Et si je cassais ta baguette, Granger ?

Elle rouvrit les yeux et il relâcha un peu la pression afin qu'elle puisse respirer un minimum. Il avait probablement envie d'entendre ce qu'elle pouvait répondre à sa proposition. Elle n'osa toutefois pas en songeant à l'idée que si elle se montrait insolente, il reprendrait sa strangulation avec davantage d'ardeur.Le regard du Serpentard se fit plus dur. Donne-moi des raisons… Donne-moi des raisons de me montrer cruel, sang-de-bourbe…, pensait-il. Elle le regardait avec une telle détresse que sa mâchoire se contracta bientôt avec colère.

- Arrête de me regarder comme ça !, s'écria-t-il en s'écartant d'elle, lui lançant sa baguette dessus alors qu'elle s'affalait sur le sol.

Le bout de bois vint lui fouetter la joue et retomba à terre en laissant échapper quelques étincelles mécontentes. Il tourna les talons en la laissant là, allongée sur le sol froid et dur, s'assoupissant dans une sorte de fatigue terrible. Celle que l'approche de la mort accompagne. Elle s'endormit doucement, oubliant la douleur qui cognait son crâne et la chaleur qui enserrait encore sa gorge…

[…]

Hermione se réveillait, les vacances de Noël commençaient. Ce n'était pourtant pas une bonne nouvelle : elle avait décliné l'invitation de Ronald de passer le réveillon au terrier et ce dernier s'y rendait avec Harry, et les deux autres cruches évidemment. Elle sentait que ce pas en était peut-être un de trop. C'était la première fois qu'ils passaient les vacances de Noël séparés depuis quelques années.Ils s'éloignaient d'elle invariablement et cela faisait mal après autant de complicité partagée. Pourtant, cela ne semblait pas leur manquer particulièrement, à eux. Peut-être n'avaient-ils pas conscience de sa solitude, de la façon dont elle vivait la situation. Mais s'ils ne s'en rendaient pas compte, c'était sans doute parce qu'ils ne s'en préoccupaient pas suffisamment. Ils ne s'en souciaient pas suffisamment. C'était eux qui laissaient dépérir leur relation, celle qui avait été une amitié pure et sincère durant des années…

Elle avait beau essayer de déculpabiliser, cela ne fonctionnait que durant quelques secondes. Certes, c'était de leur faute, en grande partie… Pourtant elle ne pouvait s'empêcher de penser que s'ils s'éloignaient, c'est parce que ce qu'elle avait à leur offrir n'était pas suffisant à leurs yeux. Sur un point de vue amical, elle s'était pourtant toujours évertuée à faire preuve de tendresse, de souci et de soutien envers ses deux amis. Elle avait bien évidemment toujours noté la relation privilégiée qu'ils partageaient tous les deux en tant que meilleurs amis, mais elle pensait qu'ils ressentaient une chose similaire envers elle. Différente, certes, mais de la même intensité. Ils avaient toujours voulu la protéger, en quelque sorte, ce qu'elle appréciait beaucoup et elle leur renvoyait l'ascenseur le plus souvent qu'elle le pouvait. Elle les aidait constamment, les laissait s'ouvrir à elle avec ferveur et sérieux. Elle compatissait, consolait, rationalisait, relativisait… Elle faisait apparaître la perspective loin devant, et leur permettait d'avancer.

Mais ils n'avaient plus besoin d'une épaule aujourd'hui, railla-t-elle sinistrement en son for-intérieur. Ils avaient juste besoin d'un vagin à remplir. Cette idée lui était intolérable. L'idée que Ron s'éloigne d'elle lui infligeait une sorte de mal au cœur dérangeant et constamment présent. Il s'effaçait petit à petit, cela dit… Elle s'habituait.Tout cela était vraiment mauvais.

La jeune sorcière se débarrassa de la grosse couverture qui lui tenait chaud et enfila ses chaussons. Drago Malefoy devait être rentré au manoir familial pour les congés, elle n'avait donc rien à craindre durant ces vacances.

Il va probablement faire ses trucs de mangemort.

Cette idée lui retourna l'estomac. Elle alla se doucher et s'habilla rapidement d'une tunique grise en coton : cadeau de Molly Weasley. Le vêtement était plutôt moulant et donnait l'impression de faire robe d'été, ce qui était vraiment contradictoire avec la météo actuelle. Elle frotta ses bras en regardant la neige papillonner dans le ciel à travers la fenêtre et enfila un gilet doux et chaud. Après avoir passé un certain temps à mettre de l'ordre dans sa chambre et à en faire le ménage, la Gryffondor décida d'aller étudier dans la salle commune, près de la cheminée.

Lorsqu'elle ouvrit sa porte, le feu brûlait ardemment et quelqu'un était déjà assis à la place à laquelle elle projetait de s'installer. S'arrêtant au beau milieu de son geste, elle hésita à abandonner son idée : il ne l'avait pas remarquée. Au moment où elle esquissa le mouvement pour refermer sa porte, il leva les yeux et l'aperçut. Un arc-en-ciel d'émotions traversa alors son regard. De la surprise, de l'impassibilité, de la moquerie, puis de l'exaspération.

- Granger ? Tu n'es pas avec Weasmoche et Potter ?

La jeune sorcière ne répondit pas et finit par ouvrir sa porte pour sortir de sa chambre : adieu la tranquillité tant espérée.

- C'est plus grave que je ne le pensais, railla-t-il.

Malefoy replongea dans son livre : il n'était pas d'humeur à la torturer davantage, d'ailleurs il n'avait pas vraiment prévu sa présence… Elle s'approcha du foyer et saisit le tisonnier, triturant les braises pour les faire grésiller. Le blond lui jeta un coup d'œil rapide et s'aperçut de sa tenue. Il la détailla de haut en bas alors qu'elle était dos à lui avant de reprendre sa lecture, un imperceptible sourire s'étant glissé sur ses lèvres.

- Pour qui t'es-tu habillée comme ça, Granger ? Pour Blake ?, la provoqua-t-il sans quitter sa lecture des yeux.

Elle se retourna vers lui avec lenteur, surprise à l'idée qu'il ait remarqué ce qu'elle portait. C'est vrai qu'il était une personne assez portée sur l'apparence et qu'il passait beaucoup de temps à la dénigrer sur ses habitudes vestimentaires… Mais de là à lui poser une question pareille.

- Cela ne te regarde pas. Mais après tout, si tu veux le savoir, pour personne. J'aime bien cette robe, voilà tout, finit-elle simplement par dire, pensant clore le dialogue.

- Oui, mieux vaut ne pas avoir d'attentes, finit-il par ajouter en lui jetant un regard entendu.

Hermione le jaugea pendant quelques secondes, amusée.

- N'est-ce pas ?

Il écarquilla les yeux.

- Pardon ?

Mais Drago avait très bien compris : elle se fichait de lui. Elle avait sous-entendu qu'il ne valait mieux pas, pour lui, qu'il ait des attentes envers elle… Suggérant donc également par là, probablement, qu'il n'obtiendrait rien de sa part.

Sale petite…

Il la dévisagea avec hostilité : son visage restait aussi pâle qu'à l'accoutumée, une simple lueur de malice brillait étrangement dans ses prunelles. Surpris, il se laissa attraper par le silence et elle s'enfuit par le tableau avant qu'il n'ait pu répliquer.

Elle aurait pu passer des vacances en Espagne avec ses parents, mais elle avait décidé de rester après avoir appris qu'un certain Serdaigle restait également durant les fêtes... Ce n'était évidemment pas la seule raison : si elle sortait de Poudlard, elle ne pouvait pas se permettre de ne rester qu'avec des moldus. C'était encore la guerre, malgré tout… Malgré le fait que certains ne l'oubliassent trop souvent. Mettre en danger ses parents n'était pas l'activité lui faisant le plus envie…Et puis ce n'était pas une si mauvaise idée de rester à Poudlard. Enfin, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que Malefoy restait aussi.

Ils étaient vraiment peu à avoir imité leur choix, une petite dizaine tout au plus. Hermione s'était rendue dans la grande-salle pour voir à quoi elle ressemblait après les décorations : tout était superbe. De grands sapins se dressaient fièrement, constellés de flocons translucides et brillants. Au lieu des quatre grandes tables disposées habituellement se dressait une autre, plus petite, certainement dimensionnée pour l'occasion. William Blake semblait y prendre son petit-déjeuner. Elle s'assit non loin de lui et se servit en viennoiseries.

Oui, Hermione la sérieuse avait craqué. Hermione la sage, Hermione la prude, Hermione la coincée… Cette Hermione là était tombée amoureuse. Cela était arrivé petit à petit : des sourires dans des couloirs, maintenant qu'elle avait eu la preuve concrète de son existence à ses yeux. Puis des petites discussions entre les cours en commun… Et des discussions pendant l'étude surveillée… Et le soir après diner… Et… !

Et finalement le vif encouragement de la jeune sorcière pour les Serdaigles durant un match de Quidditch contre les Serpentards. Elle qui pourtant n'accrochait pas tellement avec ce sport.Le Serdaigle la vit et lui sourit, l'engageant à se mettre en face de lui d'un signe de tête, ce qu'elle finit par faire avec un air gêné.

- Salut !

- Bonjour, bredouilla-t-elle.

Il lui sourit de nouveau et entreprit de leur servir un peu de jus de citrouille. Elle articula un timide merci, accompagné d'un sourire un peu crispé. Pour reprendre un peu de contenance, elle porta le gobelet qu'il venait de remplir à ses lèvres.

- Alors, pourquoi restes-tu durant les fêtes ?

Elle eut du mal à avaler sa gorgée de jus.

Pour toi, en partie.

- Eh bien… Je… Mes amis… Et ma famille… Enfin bon…, expliqua-t-elle avec une maladresse proche de la parodie.

- Je vois, dit-il en riant un peu.

- Et toi ?, éluda-t-elle.

- Mes parents allaient chez une tante que je n'apprécie pas trop… Donc bon, je leur ai dit que je passais mon tour. Et puis j'avais envie de rester ici pour travailler et pour m'entrainer au Quidditch… Depuis la défaite contre Serpentard, c'est assez difficile de redresser la barre…

Hermione acquiesça en mâchant une brioche aux pépites de chocolat.

- Je compte travailler, moi aussi, précisa-t-elle. Pourrais-je venir jeter un coup d'œil à ton entrainement au Quidditch ? Cela fait longtemps que je n'y suis pas allée et…

- Tu veux vendre des infos à l'ennemi ?, se moqua-t-il en faisant certainement allusion à Harry.

Elle rit un peu.

- Non… En fait, je ne comprends pas grand-cho…

- Alors, Granger ? On drague ?

Le Serpentard s'affala sur le banc à côté de Liam, et ce dernier lui lança un regard étonné et quelque peu méfiant. Malefoy lui adressa quant à lui un sourire goguenard.

- Ravi de te voir, Blake…!, railla le blond avec un de ses habituels sourires détestables.

- Que… Qu'est-ce que tu racontes, Malefoy ?!, balbutia-t-elle, rouge comme une pivoine.

- Quoi, je t'ai interrompue ?, s'enquit-il en feignant un air désolé.

La Gryffondor le fusilla tant bien que mal du regard, ne pouvant pourtant éviter que son visage respire le malaise.

- Qu'est-ce que tu sous-entends, au jus-, commença-t-elle, la voix peu sûre.

- Tu as une pépite de chocolat…, coupa le Serdaigle sans accorder plus d'importance au blond et à la gêne de la jeune fille.

Hermione se détourna du blond pour plonger son regard dans celui de Liam. Le Serpentard fronça imperceptiblement les sourcils. Les yeux un peu écarquillés, elle s'empara aussitôt d'une serviette, s'essuyant vigoureusement la bouche. Liam pouffa de rire.

- Tu as tout étalé, fit le brun en feignant un air grave.

Il attrapa une autre serviette et se pencha par-dessus la table, essuyant la bouche d'Hermione comme si elle avait été un enfant. Rouge comme une tomate mûre, la jeune sorcière n'esquissa pas un mouvement.

Oh. Seigneur. Merlin.

- Voilà, finit-il par dire en se rasseyant.

Hermione se toucha les lèvres machinalement, perturbée d'avoir senti un autre contact que le sien les effleurer.

- Merci, William, finit-elle par dire poliment.

- Argh, lâcha ce dernier en bouchant impulsivement ses oreilles. Ne m'appelle pas William ! Liam, c'est très bien.

La brune lâcha un rire et agréa. Liam, cela sonnait bien. Cela sonnait naturel, et proche… Elle avait vraiment l'impression qu'il essayait toujours de la mettre la plus à l'aise possible et c'était quelque chose qui lui manquait depuis un long laps de temps. A vrai dire, une personne à cette même table s'évertuait à ce qu'elle ressente tout l'inverse donc les manœuvres du Serdaigle étaient plus que les bienvenues.Le blond, d'ailleurs, la dévisageait avec un sourire sournois, mélangeant lentement son café en haussant subtilement les sourcils dès qu'elle lui jetait un coup d'œil affolé. Elle avait raison de paniquer car il était imprévisible…

- Bien, je vais me préparer et chercher mon balai, tu m'accompagnes ?, finit par demander le Serdaigle en se levant de table.

- Oui !

Ils quittèrent la table sous le regard sagace du Serpentard.

- A plus, Malefoy…!, salua William.

- Hm Hm…

Les deux sorciers s'éloignèrent et alors qu'ils passaient la porte de la grande salle, Hermione éclata de rire. Le serpent porta sa tasse à sa bouche, songeur.

Le vent soufflait dans le parc de Poudlard. Le lac était vraiment de plus en plus gelé. Encore quelques jours et les élèves viendraient s'amuser dessus et probablement se casser un membre. Les batailles de boule-de-neige étaient déjà tolérées durant cette période de l'année, du moment qu'elle ne venait pas perturber le travail de Rusard ou d'un autre membre d'autorité. William chevauchait son balai tandis qu'Hermione, assise dans la neige sur une couverture imperméable, contemplait le moindre de ses gestes. Il lui parlait de balai et de Quidditch et elle absorbait ses paroles alors qu'elle avait été si imperméable à celles d'Harry et de Ronald… Merlin, que je suis futile…, se disait-elle.

- Donc bon, tu vois, comme je te le disais, les Nimbus font toute la différence… Et c'est d'ailleurs ce que confirme Alkie Alderton (3) dans « Balais, nos fiers destriers » (4), finit par dire le Serdaigle après une longue démonstration.

La jeune sorcière agréa, comme elle l'avait fait tout au long de la dernière demi-heure. C'était peut-être un petit problème qu'il n'ait fait que parler de Quidditch : elle n'y connaissait strictement rien, était obligée de le croire sur parole et il était très curieux de la prendre à revers sur un sujet. Elle avait auparavant essayé de se cultiver davantage sur la stratégie des divers jeux de balais mais le sujet ne l'avait jamais passionnée…

- Es-tu déjà montée sur un balai ?

- Euh… Durant les cours d'initiation au vol, en première année…, marmotta-t-elle, se souvenant de l'expérience peu reluisante.

- Je vois… Et tu n'avais pas aimé ça ?

- Eh bien… D'abord j'ai passé plus de trois quarts d'heure, à chaque cours, avant de réussir à appeler mon balai… Et une fois montée dessus, je n'ai jamais réussi à dépasser les cinq mètres. C'est pourtant en volant aussi bas que je me suis rendue compte que j'étais sujette à un vertige affreux… alors bon…

Il rit de bon cœur avant de la regarder avec compassion. On ne pouvait pas être bon en tout ! Ce n'était d'ailleurs pas plus mal qu'il soit bien meilleur qu'elle sur un sujet. Bien sûr, cela avait été le cas avec Harry et Ron, mais curieusement… Elle n'avait jamais considéré cela comme un domaine « légitime ». A présent, elle reconsidérait cette réflexion…

- Tu as l'air de vraiment aimer ça, toi…, constata-t-elle avec un joli sourire.

- J'avoue que c'est vraiment ce que je préfère… J'imagine que c'est une affaire de sensations ! C'est dommage que tu aies le vertige, j'allais te proposer de monter derrière ou devant moi… Et on aurait pu aller faire un tour ?

Il fallait peser le pour et le contre… Hermione en mourait d'envie mais elle était très réticente… Il s'agissait d'un balai, tout de même.

- Je ne suis pas sûre…

- Ne t'inquiète pas, si tu as peur, je nous pose tout de suite et tu pourras descendre…, la rassura-t-il.

- … Bon, très bien… D'accord.

Elle se leva et chevaucha le balai à son tour, craignant qu'il ne puisse supporter leurs deux poids, mais le Serdaigle ne semblait pas inquiet et il s'élança en tapant du pied. Elle s'accrocha aussitôt à son torse en refrénant un cri.

- Oh Merlin !, s'écria-t-elle toutefois.

Il éclata de rire mais alla doucement pour ne pas trop la brusquer. Après tout, il s'agissait de lui montrer ce qui le passionnait tant, pas de l'en écœurer à vie ! Hermione, quant à elle, s'empêchait furieusement de lui demander de se poser, soucieuse de passer pour ce qu'elle était finalement : une peureuse. Il y avait ça, et puis aussi, elle désirait montrer qu'elle avait un réel intérêt et du véritable respect pour sa passion… Il était si compréhensif au sujet de son propre intérêt pour la culture et la lecture qu'elle ne pouvait envoyer cela balader et prétendre que le Quidditch était, comme elle l'avait toujours pensé, un sport suicidaire, dangereux et parfois même un peu stupide.

Au bout de quelques minutes, elle commença à avoir le tournis et finit par céder, lui demandant de la reposer au sol. Il ne valait mieux pas attendre d'être saisie de nausées pour le lui réclamer…

- Désolée… Je crois que je ne suis vraiment pas faite pour ça, bredouilla-t-elle, pivoine.

- Ne t'inquiète pas, je comprends bien. Ma petite sœur aussi est comme toi…

Hermione ne sut pas si elle devait le prendre bien ou non mais il arborait un sourire si adorable qu'elle ne s'en soucia rapidement plus. Il s'élança dans les airs, aussi célère qu'une bourrasque, pour commencer vraiment à s'entrainer : et elle le regarda voler durant une trentaine de minutes… Il exécutait diverses cabrioles dans les airs, lui expliquant à chaque fois en vitesse ce qu'il faisait et comment ses techniques et tactiques pouvaient s'appliquer dans une situation au courant d'un match. Être attrapeur était vraiment quelque chose de difficile. Curieusement, elle se fit réflexion qu'elle en connaissait trois ! Harry, Liam… et l'autre déjection d'hippogriffe.Rita Skeeter l'aurait traitée de femme d'attrapeurs si elle avait été encore en mesure d'écrire des torchons sur elle et ses amis.

Finalement, Liam se posa au sol et décida de rentrer dans sa salle commune en attendant le déjeuner. Il lui proposa de se retrouver le soir et elle accepta avec plaisir, se rendant le cœur léger dans sa propre salle commune… enfin, celle des préfets…Cette dernière était heureusement déserte et Hermione s'installa à la table de travail afin de finir les devoirs pour le mois suivant… Elle savait que c'était navrant mais elle n'avait rien d'autre à faire. Finalement, travailler se révéla difficile car le brun monopolisait son esprit. Il était si charmant…

Hermione se gifla mentalement. Il fallait qu'elle se calme et qu'elle arrête de se comporter comme la dernière des mijaurées. Elle n'était pas n'importe quelle groupie et se comporter comme telle, même si elle ne le montrait pas forcément au grand jour, n'était pas un trait de caractère très flatteur. Une vision d'horreur lui traversa l'esprit lorsqu'elle s'imagina glousser de concert avec Lavande et Cho dans un couloir, au passage d'Harry, Ron et Liam discutant gaiement.

Eurk.

Au moment où ce mot prenait vie dans son esprit, le tableau claqua sur ses gonds, provoquant un cri indigné de son habitant. Drago ne s'en formalisa pas, peu intéressé par l'originalité des jérémiades que criaillait la peinture. Hermione commença aussitôt à ranger ses affaires, se décidant à aller dans sa chambre plutôt que de rester avec le Serpentard. Il suffisait qu'il rentre dans une pièce pour rendre l'atmosphère glaciale. Peut-être était-ce à cause de son comportement affreux ou encore du fait qu'il s'agisse effectivement d'un reptile au sang et au cœur froids. Ou encore, peut-être était-ce ses yeux qui créaient autant de tension ?Il la dévisageait, d'ailleurs, l'air à la fois hostile et exaspéré.

Tu crois que je suis particulièrement contente de te trouver là, moi aussi ? Abruti sans cervelle.

- Alors ? C'était bien l'entrainement ? Il te l'a mis où son balai pour que tu aies l'air si heureuse ?

En effet, quelques secondes auparavant, elle respirait la joie. Mais à présent, tout semblait s'écrouler. Elle rougit intempestivement face au sous-entendu formulé et s'essaya à marmotter une défense bancale. Ce fut un échec.

- Ou peut-être qu'il a enfin sorti celui qui siégeait dans ton postérieur de nonne, Granger, enchaina le Serpentard, la voix de plus en plus railleuse.

Elle serra les dents et les poings, se retenant le plus possible de lui répondre. Ces jeux l'épuisaient vite et elle n'avait pas l'intention d'y jouer aujourd'hui.

- Laisse-moi tranquille, Malefoy. Pourquoi faut-il toujours que tu viennes m'insulter ?

Il s'approcha d'elle, qui recula. Ses yeux la transpercèrent littéralement.

- Ton existence me répugne.

Malefoy avait assené cela sans la moindre retenue et dans la plus grande froideur. Elle baissa les yeux, incapable de faire autrement, le contourna et se dirigea vers sa chambre. Il valait mieux l'ignorer maintenant car une telle phrase promettait une suite qu'elle n'avait pas du tout envie d'entendre.

- Pas si vite, Granger.

Sa phrase préférée. Combien de fois l'avait-elle entendu murmurer ces mots… Des dizaines… Des centaines de fois, peut-être. Pourtant, à chaque fois, il y avait ce sursaut dans ses entrailles : cette sensation que tout allait mal et que rien n'allait s'arranger par la suite. Pire, que tout allait empirer dans la seconde. Cette phrase, c'était le commencement des emmerdes.Ses yeux bruns rencontrèrent ceux du Serpentard avec une appréhension digne d'une session d'oral d'examen.

- Je n'en ai pas fini avec toi.

Sans blague.

- Tu n'en auras jamais « fini » avec moi, Malefoy… A part si tu me tues…, finit-elle par dire, lasse.

- C'est un défi ?, s'enquit-il, amusé par son audace.

- C'est une constatation…, contesta-t-elle froidement.

Le blond esquissa un sourire narquois avant de s'approcher d'elle à nouveau. Et encore une fois, elle recula. Elle était bientôt arrivée dans sa chambre, et dans sa tête, elle se mit à faire l'inventaire des formules magiques qui pourraient l'empêcher de la suivre si toutefois il essayait.

- J'ai vu MacGonagall. On doit organiser le bal du réveillon qui aura lieu au le retour des élèves. Et aussi… On devra l'inaugurer, ajouta-t-il en prenant un air nauséeux.

La jeune sorcière faillit s'étouffer.

C'est une plaisanterie. Merlin, dîtes-moi que c'est une fichue plaisanterie.

Inaugurer un bal avec Malefoy. Danser avec Malefoy. Approcher Malefoy, toucher Malefoy. Son estomac se crispa avec davantage d'ardeur, lui donnant une furieuse envie de dégobiller sur ses propres chaussures. Ce n'était pas envisageable. MacGonagall avait dû tomber sur la tête. Hermione avait beau la respecter en tant que professeur et en tant que femme, cette dernière ne pouvait lui imposer pareille idée.

- Écoute, Malefoy, je vais la persuader que c'est impossible. Elle m'écoutera…, commença-t-elle, à moitié convaincue par le pauvre discours qu'elle lui servait.

Drago la poussa contre le mur et s'approcha d'elle pour l'y coller. Le cœur d'Hermione loupa plusieurs battements et sa respiration s'accéléra significativement. Depuis la dernière fois où il lui avait fait du mal physiquement, elle avait bien du mal à rester en sa présence, autres personnes dans la salle, ou non. Mais là, ils étaient seuls… Et pire, tout semblait démontrer qu'il avait encore envie de lui en faire voir de toutes les couleurs.

- Mais qui pourrait vouloir de toi consciemment, Granger ? Tu vas être obligée d'y aller seule

- J'inviterai quelqu'un, ne t'inquiète pas pour moi.

Il éclata d'un rire glacial.

- Tu plaisantes, j'espère ? La Sang-de-bourbe recherche l'amour… Titre d'enfer !

- Tais-toi, Malefoy, siffla-t-elle en se dégageant. Je préfère encore y aller seule qu'y aller avec toi !

Le Serpentard la plaqua plus brutalement encore contre la surface froide et dure. Son regard la stria, forant ses yeux comme à la recherche du moindre courage résiduel dans l'unique but de l'anéantir.

- Comme si ton jugement ou ton approbation avaient de l'importance, pauvre idiote. On ira et c'est tout.

- Tu me fais mal, se plaignit-elle sèchement en essayant vainement de le repousser.

- C'est voulu, l'informa-t-il froidement.

Il lui faisait vraiment peur, en cet instant. Elle le sentait capable du pire et cela la pétrifiait. Elle ne se sentait pas capable d'esquisser le moindre mouvement, et la fuite en nécessitait beaucoup… A vrai dire, elle n'avait même plus assez de force pour articuler un mot.

- Tu voulais inviter l'autre imbécile, peut-être ?, railla-t-il soudain.

- Liam n'est pas un imbécile !, s'énerva-t-elle brusquement, retrouvant aussitôt ses facultés de réflexion.

Cela sembla irriter le Serpentard encore davantage, ou du moins, le pousser à la brusquer plus.

- Qui a dit que je parlais de lui ? Je parlais de Weasmoche, éluda le blond pour la mettre davantage en colère. Et puis tu l'appelles Liam, maintenant ? Dis-donc, ça devient chaud bouillant… Bientôt, tu lui feras peut-être la bise !

N'y tenant plus, elle le gifla. Une marque rouge apparaissait lentement sur la joue d'albâtre de son bourreau. Furieuse et absolument paniquée à l'idée de ce qu'elle venait de faire, elle n'eut plus que les mots pour l'empêcher de répondre à ses coups. Incohérente, elle parvint tout de même à ouvrir la bouche :

- Laisse-moi tranquille, Malefoy ! Une bonne fois pour toutes !, s'écria-t-elle en le repoussant alors qu'il portait sa main jusqu'à son visage endolori, encore choqué de son geste.

La porte de la chambre de la Gryffondor claqua comme jamais auparavant et elle jeta un sort sur la poignée afin qu'il ne puisse pas l'ouvrir. Elle recula alors lentement, les yeux fixés sur la serrure, jusqu'à buter contre son lit sur lequel elle s'effondra plus qu'elle ne s'assit.

Pour la deuxième fois de sa vie, elle venait de frapper Drago Malefoy et elle eut la sensation horrible que le cauchemar ne débutait que maintenant.

(1) Malagrif tâcheté : une créature terrestre ressemblant à un homard. Il ne faut en aucun cas manger le Malagrif tacheté car sa chair est impropre à la consommation humaine et provoque une forte fièvre et un urticaire verdâtre.(Wiki Harry Potter ©)

(2) Merci à GrumpyApple!

(3) Alkie Alderton : ingénieur en balai - (Rowling ©)

(4) « Balais, nos fiers destriers » - (Madelight ©)

Les reviews sont le pain de l'auteur.

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