My Dear Sadistic Highness

Chapitre XXI

Désolée pour ceux qui ont eu des RAR ce matin : je suis en pure et parfaite gueule de bois (de taré) et bref, je ne suis pas en état, ni d'être aimable, ni de comprendre ce qu'on me dit (super mélange de personne irritable). Bref, voilà.

Oh, et Blaise semble avoir fait l'unanimité : je pense que c'est parce qu'il a enfin rabattu son caquet à l'autre imbécile. Je pense aussi que si cela a été aussi plaisant à l'écriture, c'est que je pouvais enfin le confronter avec une belle flopée d'injures, et enfin, si vous avez autant aimé lire ce passage, je pense que c'est parce que vous auriez bien aimé lui dire ses quatre vérités aussi...!Et puis, c'est jouissif de le voir perdre la maitrise de la conversation, tout ça parce que Sir Blaise dissèque son comportement sur les quatre dernières années comme s'il énumérait ses cours de la journée.

Vive Blaise! Hourra! BREF.

RAR (Les revieweurs anonymes, vous ne manquez jamais à l'appel et franchement, merci pour ça !) ((heureusement que vous m'avez fait vos reviews hier après-midi, vous aussi, d'ailleurs)) :

Dion : God Damn, quelle RAPIDITÉ. Je ne crois pas avoir déjà vu quelqu'un lire aussi vite l'un de mes chapitres ! Tu devais avoir faim :p La suite, tout de suite, anyway… J'espère que les 24h n'ont pas été trop longues ! Hahahahaha !

LittleRock14 : Lya2L, t'as vu ? Elle aussi, elle aime ton « Luksana » : quand je te disais que ça allait être adopté, je ne mentais pas ! Continue de « m'ennuyer », j'aime beaucoup quand tu « m'ennuies » :pBref, pour la review : hahaha ! Oui, j'étais prévenue :p Merci beaucoup, petite crème canari ! Je te laisse avec la suite x)

Pepette : Comme d'habitude, une magnifique review (:p) Si tu as aimé la chanson du précédent chapitre, j'espère que tu apprécieras celles-là ! Dis m'en des nouvelles, car il est rare que j'aie des lecteurs qui écoutent réellement les musiques que je propose ! (je suis une grande incomprise… hahahaha). Ton « Mon dieu, je suis accro » m'a transcendée, merci ! La suite, de suite :p

Btina : Tu parles à mon âme, Darling.

Malawiwi : Ah, Madelight aime les scènes quand elles sont freaking CALIENTE. Drago jaloux ? Une sommité. Merci pour la review ! T'ai-je déjà dit que ton pseudo me tue à chaque fois que je le vois ? Non ? C'est chose faite ! La suite, TOUT DE SUITE :p

Avertissement : ce chapitre peut être dur pour certaines personnes. Personnes sensibles, s'abstenir (je ne plaisante vraiment pas).Deux chansons excellentes pour suivre les moments intenses du chapitre d'aujourd'hui : à écouter en même temps si possibilité il y a.Et pour paraphraser Kingsley Shacklebolt : "You may not like him, Readers, but you can't deny: Manson's got style."

And now it's « you know who »I got the « you know what »I stick it « you know where »You know why, you don't care.And now it's « you know who »I got the « you know what »I stick it « you know where »You know why, you don't care.

This Is The New (S)hit - Marilyn Manson

Something ugly this way comes, through my fingers sliding inside.All these blessings, all these burns, I'm godless underneath your cover.Search for pleasure, search for pain : in this world now I am undying...I unfurl my flag my nation helpless.

[...]As I begin to lose my grip on these realities your sending.Taste your mind and taste your sex.I'm naked underneath your cover : covers lie and we will bend and borrow with the coming sign...The tide will take the sea will rise, and time will rape.

Black, black heart... why would you offer more ?Why would you make it easier on me to satisfy ?I'm on fire... I'm rotting to the core.I'm eating all your kings and queens, all your sex and your diamonds.

[all your sex and your diamonds...[all your sex and your diamonds...

Black Black Heart - David Usher

Il n'y a pire eau que l'eau qui dort.

Chapitre XXI

La terre était entre la pâle maladie de la lune et le grisâtre des nuits les plus sinistres. Le sol, irrégulier, semblait flotter, remuer : peut-être n'était-ce qu'un effet du brouillard qui halait ses contours... Tout autour, des dalles de pierre glacées, à peine enfoncées dans la bourbe asséchée, révélaient que les profondeurs n'étaient pas faites que de poudre de roche. Au-dessus de leurs parois sans lisseur, des reliefs macabres s'imprimaient jusque dans la chair grise et dure des pavés. Les couronnes de ce qui autrefois avait été plantes, s'emmêlaient dans des arabesques démoniaques et stériles.

La place n'aurait pas pu être décrite comme hermétique, bien qu'on y perçoive la mort plus qu'à tout autre endroit. Cette dernière était si présente qu'elle s'en avivait presque, dansant au dessus de l'étendue inerte en s'enhardissant du souffle médiocre et sifflant de l'obscurité.

Sans clarté aucune, sans lumière dont la bravoure s'abreuve : juste une simple angoisse viscérale et primaire. On mourrait ici, sans un mot, à travers ses larmes silencieuses. L'atmosphère morbide ne guérissait pas sous les maigres rayons de la lune : l'astre s'affaiblissait juste dans ses tentatives, et l'on pouvait deviner, rien qu'à en regarder les alentours, que toute lueur viendrait s'y éteindre sans un bruit. L'armure de brume faisait fondre tout espoir d'en réchapper, traquant et coinçant à la fois toute vie venant s'y aventurer.

Inquiétante. Effrayante. Horrifique. A des hauteurs entre le déraisonnable et le dérangeant, la Nécropole Fruste se dressait comme une chimère. C'était une bâtisse à en faire pleurer les enfants et frémir les plus téméraires. L'architecture hachée et tranchante se rendait menaçante rien qu'à en contempler les remparts maladroitement taillés en dents de scie. C'était un monstre gigantesque et bâtard, semblant prêt à se réveiller à tout instant pour avaler de stupides aventuriers. Sur les larges panneaux de bois pourri qui s'improvisaient en portes infernales, ballottaient de lourds loquets de cuivre fatigué aux figures suppliciées. C'était comme si l'on y avait figé les visages agonisants de pauvres âmes égarées, les damnant à souffrir des maux les plus vifs. Comme si des ombres les avaient condamnées à observer en silence, rendues mutiques par une malédiction, les prochains malheureux qui pénétreraient dans l'antre, sans pouvoir les avertir des tourments qui les attendaient.

C'était un sombre enfer où séjournaient en toute vraisemblance Douleur et Chaos : la flamme fuligineuse aliénée par le sang et le vent dément et destructeur, deux époux plein d'effroi. Près des cavités où reposaient des monceaux de cire sale, des runes d'une alchimie terrible s'étaient comme gravées toutes seules dans la pierre. On pouvait y trouver le symbole de la pâte aurifique, débouchant soudain sur les contours en lames de la pierre philosophale. Non loin de ces dernières, des résidus de tracés diaboliquement bien exécutés dévoilaient des trépieds composés de l'œuvre de la résine, de la calcine et du souffre ; des cercles emplis de calamine, de sel noir, de vitriol et d'arsenic. C'était un véritable pandémonium néantique pour jeux obscurs de magie noire et d'alchimie nébuleuse. Lieu de goétie ultime.

Une silhouette s'avançait lentement sur le chemin d'obsidienne. Elle s'arrêta à proximité des grands seuils lugubres et tendit le bras en direction du haut des panneaux de bois.

- Nimbes.

- Oh, l'entreur, oh, l'entreur, gazouilla une voix aiguë et insupportable. As-tu des mots à me dire ? Des sagesses à m'apprendre ? Des formules à prononcer ?

- Je veux entrer.

- Oh, l'insolent, oh, l'insolent, psalmodia à nouveau l'infâme crécelle. Sans politesse ? Sans manières ? Sans mot de passe ?

- Nimbes, répéta l'inconnu de sa voix rauque, épuisé par les enfantillages du loquet.

- Le mot de passe a changé, mort-sur-pattes ! Si tu ne le connais pas, tu peux te ronger les sangs ! Tu n'es plus dans ses petits papiers, il va t'évincer ! T'éviscérer ! T'égorger ! Te faire lapider !

- Silence ! Hache Verte, finit par se souvenir la silhouette encapuchonnée.

- Voilà qui est mieux, tête sotte, tête d'idiotie, vil crâne vide !

- Laisse-moi entrer, ordonna encore la voix, désormais plus rude qu'exaspérée.

- Ça vient, ça vient, serpent pressé ! Impavide impatient, coureur de grande perte, rapide à mourir !

L'inconnu soupira tandis que les deux grandes portes s'entrouvraient devant lui, bercées maladroitement par les criaillements incessants du loquet bavard. Sans attendre que le portail ne s'écarte entièrement pour lui laisser passage, la silhouette pénétra sur le petit sentier de pierre intérieur : les échos limpides de ses pas vinrent aussitôt emplir la noirceur froide du corridor. Il ne fallait pas être claustrophobe ici. Aucune lumière, aucun interstice. Juste le bruit de vos pas et de votre souffle pour seul repère. Ah, et puis ces voix et ces rires, plus loin.

La personne, toute en cape, descendit prudemment les escaliers, le pied malhabile. Lorsqu'elle arriva en bas, la lumière faiblarde des lustres en bougies molles parvint à éclairer le bas de son visage. Des mèches d'un ancien blond luxuriant retombaient sur ses épaules en signe d'évidente fatigue.

- Lucius, annonça une voix glacée. Tu t'es fait attendre.

- Je vous salue, maître, murmura l'homme en se penchant respectueusement. Le loquet tardait à me faire entrer.

Sur son trône de pierres sombres, Voldemort esquissa un rictus sournois.

- Ses exigences sont peut-être trop hautes pour un faible dans ton genre.

Il y eut quelques ricanements, convenus, polis. Tous craignaient d'être à sa place et auraient ri à la moindre plaisanterie, si peu risible soit-elle.

- Quelles sont les nouvelles ?, s'enquit alors Voldemort, sa main se déposant délicatement sur le crâne plat du reptile, reposant sur l'accoudoir.

- Les Mines Blêmes sont posées à l'ouest de la Cathédrale de Turku.

- Tu as su être discret ?

- Oui… Les vampires n'en savent rien…

- Qu'iraient-ils faire près d'une église, de toute façon ?, intervint soudainement Bellatrix en se penchant vers Voldemort dans un murmure complice.

- Ils vivent dans les cimetières, Bellatrix…, siffla Voldemort sans même la regarder.

La sorcière aux cheveux d'ébène esquissa une grimace frustrée face à sa réaction désintéressée.

- S'ils l'apprenaient, nous n'aurions plus leur soutien sur les terres scandinaves. Les Mines Blêmes ont fait leur perte, il y a un ou deux siècles…

- Et comme ils n'ont pas la même notion du temps, finit Lucius d'un air entendu.

Voldemort acquiesça en sourdine, comme las.

- Avec eux, nous ne pouvons pas perdre. Leur vitesse ne peut que nous conduire à la victoire. Et ils ont faim. Les législations Finlandaises pour les anthropomorphes sont tellement répressives…

- Je n'ai jamais compris pourquoi ils restaient à Turku…, demanda soudainement Avery en roulant nerveusement un grain de raisin entre ses doigts boudinés.

- La circonscription de Turku n'est pas encore aussi stricte que celle d'Helsinki… Et il s'agit de leurs terres après tout, renchérit Yaxley en s'avançant à la droite du trône du Seigneur Noir.

- De plus, Kebra des Maisons Finlandaises de Nyx (1) nous doit sa sortie d'Azkaban, rappela Bellatrix avec délectation. Il nous mange dans la main depuis que les geôles ont été ouvertes.

Le Seigneur Noir opina avec un sourire cruel.

- Maître, ne pensez-vous pas qu'ils verront les Mines au moment du combat ?, murmura Yaxley en jaugeant Lucius avec cruauté.

Le ténébreux seigneur porta son regard sur lui, songeur, avant d'hausser un sourcil en direction de Lucius, l'engageant à se défendre lui-même.

- Que veux-tu dire, Yaxley ? Les Mines ont été posées aux endroits indiqués par les fuites de l'Ordre du Phénix : là où les Portoloins sont les plus susceptibles de conduire leurs combattants… Les vampires, eux, sont postés à l'Est du champ-de-bataille. Ils seront en train de se battre contre les Archers et les résistants déjà présents à Turku. Dans la pagaille, je ne pense pas qu'ils verront les armes utilisées à des mètres de là…, argumenta Lucius.

- Mais le sang…

- Ils auront déjà fort à faire avec celui sur place…, coupa sèchement Voldemort. De plus, il n'y a qu'une dizaine de Mines : ce ne sont que quelques précautions pour affaiblir leurs rangs comme il se doit. Cette bataille doit être la dernière.

Yaxley approuva avec zèle, un peu paniqué à l'idée d'avoir froissé celui qui tenait sa vie au creux de sa main.

- Pardonnez mon insolence, Maître.

- Je sais que tu ne fais que te préoccuper de notre victoire, Yaxley, concéda Voldemort. Et je sais aussi que tu ne posais pas ta question par lâcheté, mais par réelle inquiétude. Qualité trop rare dans nos rangs…

Son regard reptilien balaya l'assemblée et les personnes présentes eurent aussitôt le réflexe de baisser les yeux, et certains même la tête.

- Bien. Et ensuite, Lucius ? N'as-tu rien aucune autre nouvelle à me rapporter ?

- En toute vérité, j'avais une requête à vous soumettre, mon Maître.

Voldemort arbora une mine réjouie, lui conférant un air encore plus cruel qu'à l'ordinaire.

- Une requête ?, répéta-t-il durement.

- Je voulais vous demander si nous pouvions ramener mon fils parmi nous. Il est temps qu'il vous prête officiellement allégeance et…

- Et j'ai une condition à cela, l'interrompit Voldemort.

Lucius sentit ses jambes commencer à flageoler. Cela n'annonçait rien de bon.

- Ton garçon est encore à Poudlard, n'est-ce pas ?

- Oui, Maître.

- Je veux qu'il aille dans la Salle-sur-demande et qu'il récupère quelque chose pour moi. Un objet qui m'est cher. S'il y parvient, il rentrera dans nos rangs. S'il échoue, il mourra. Et toi aussi. Je laisserais sa vie à ta femme, par pure courtoisie, mais je m'assurerais que vos dernières souffrances, à toi et à ton fils, soient au-delà de ton imagination la plus fertile en matière de torture.

Le patriarche Malefoy prit son temps pour déglutir et retrouver une respiration à peu près stable.

- Très bien. Si vous pouviez instruire vos consignes sur un parchemin que je lui transmettrais au plus vite, cette mission sera rapidement conclue.

Voldemort leva la main droite, la baguette aérienne, et d'un mouvement leste, il créa un parchemin clair sur lequel s'inscrivit d'une encre sombre des lignes acérées.

- Voilà, annonça le Seigneur en laissant le parchemin se rendre près de Lucius, qui l'attrapa. Fais-vite et tu seras récompensé.

Lucius agréa et après une dernière et bien basse révérence, il tourna les talons vers les escaliers qu'il avait empruntés un peu plus tôt.

Le soleil n'était pas encore levé : il faisait toujours nuit dehors. Les yeux d'Hermione étaient perdus dans les nuages bleutés peuplant le ciel noir d'encre. Autour d'elle, les bras de Drago Malefoy suivaient une faible trajectoire, se soulevant et s'abaissant de manière infime, calqués sur le rythme de sa respiration. Ses doigts venaient caresser ses avant-bras, sous sa poitrine.

Je suis amoureuse de lui.

Cette certitude, démentielle, ne semblait pas vouloir s'inscrire dans son esprit. Elle se sentait obligée de se le répéter inlassablement, ce qu'elle faisait déjà depuis une vingtaine de minutes. C'était incompréhensible, mais pour la première fois de sa vie, Hermione ne cherchait pas à démêler les mystères d'un tel état de fait. La sensation était pure, libre, grande. C'était suffisant. Nul besoin d'analyser, d'y réfléchir… C'était comme une évidence simple : un oui comme l'inverse d'un non, la lumière du soleil et l'obscurité de la nuit ; l'eau qui éteignait le feu quand le vent se battait pour l'attiser. C'était naturel, sans la moindre complexité factice. Ça allait comme ça venait, tout comme le souffle chaud de Drago dans sa nuque.

Et c'était tout.

Je l'aime vraiment.

C'était incroyable : elle était repartie dans son cercle infernal. Elle se demandait à nouveau pourquoi, et tout son être lui criait qu'elle n'avait pas besoin de réponse. Le cycle ne semblait pas vouloir s'arrêter.

Il n'y avait aucune question à se poser : c'était comme ça, et puis voilà. Il n'était pas la même personne, et elle était tombée amoureuse de son caractère taquin, possessif, et même froidement intelligent. De ses yeux, certes pas vraiment tendres, mais en tout cas plus doux et toujours si transperçants. En la regardant autrement, il avait réussi à se faire voir autrement. Les perspectives s'étaient agrandies, l'horizon, élargi, et les esprits s'étaient ouverts. Tout simplement.

- Tu ne dors pas.

Sa voix manqua de la faire sursauter : certes elle ne dormait pas, mais elle somnolait un peu les yeux ouverts. Elle ne s'était pas le moins du monde attendue à ce qu'il ne soit pas endormi.

- Toi non plus, fit-elle remarquer.

Drago la retourna doucement vers lui et plongea ses yeux dans les siens. Leur échange visuel dura longtemps, jusqu'à ce qu'il capture ses lèvres, ayant décelé dans son regard une pensée grandissante l'éloignant un peu trop de lui en cet instant. S'il avait deviné qu'elle admettait l'aimer, il aurait certainement préféré la laisser méditer. Ou peut-être pas finalement ? Peut-être n'aurait-il pas réagi différemment… ?

Leurs bouches s'épousaient à nouveau, avides l'une de l'autre. Drago ne put alors plus se retenir et s'éloigna de quelques centimètres.

- Je suis désolé.

Elle fondit son regard dans le sien. Son cœur battait à cent à l'heure.

- Pour quoi ?, s'enquit-elle.

- Pour avant.

Hermione sentit son sang se glacer dans ses veines. Lui faisait-il réellement ses excuses ?

- Répète-le, Drago Malefoy, ordonna-t-elle d'une voix ferme.

Il esquissa un semi-sourire en coin avant de le laisser disparaitre.

- Je suis désolé.

- Tu es désolé de quoi ?, insista-t-elle à nouveau.

- De t'avoir malmenée durant toutes ces années.

Le sang pulsait ses tempes brûlantes dans une adrénaline presque douloureuse. Peut-être rêvait-elle ?

- Est-ce que tu t'en veux vraiment ?, persévéra-t-elle encore.

- Oui.

La réponse était claire, nette, limpide. Oui, il s'en voulait vraiment. Mais ses excuses laissaient une trace amère derrière elles… Quelle était cette sensation ?

- A quel point, Drago ?

Elle ne savait pas combien de confirmations de sa part suffiraient à la contenter. Peut-être l'était-elle déjà, au fond… ? Peut-être l'avait-elle d'ores et déjà pardonné sans s'en rendre compte. Hermione arbora une mine presque désabusée : désabusée par sa propre faiblesse, même terrassée par elle et pourtant si grisée de ressentir toute cette bourrasque de sentiments.

- Je veux me racheter.

Hermione sentit son cœur rater un ou deux battements. Se racheter.

- Tu penses que tu peux racheter six ans et demi de torture ?, demanda-t-elle simplement, sentant l'étreinte des doigts de Drago se resserrer sur elle.

Elle était obligée de faire ça, au moins pour sa propre santé mentale. Il ne pouvait pas gagner aussi facilement. Il méritait cette petite dose de cruauté, pour toutes celles qu'il lui avait infligé des années durant. Et même s'il ne s'agissait plus du même Drago, plus de la même personne, elle voulait conforter son changement par l'épreuve, afin qu'il ne re-bascule jamais dans une telle noirceur. Jamais.Drago ne répondit pas, détournant les yeux.

- Tu peux, Drago, finit-elle par murmurer en rapprochant ses lèvres de son oreille.

Les yeux du Serpentard s'écarquillèrent à la suite de ses mots.

- Déclare forfait. Viens avec moi.

Elle se redressa, l'entrainant contre elle pour l'étreindre. Son souffle devint maladroit et sa voix pressée, presque suppliante :

- Je saurais que tu ne mens pas… Si tu fais ça.

Drago la dévisageait, complètement mutique. Elle faisait allusion au pari qui les liaient tous les deux. Elle voulait qu'il renonce à son idée de suivre Voldemort et même qu'il rejoigne l'Ordre du Phénix avec elle. La peur l'envahit.

- Je ne peux pas faire ça, dit-il simplement en oscillant sa tête de droite à gauche, en signe de dénégation.

La mâchoire d'Hermione se contracta sous le coup de la déception et elle baissa les yeux. Alors voilà : il s'excusait, mais ce n'était que du vent. Du vent.Cela faisait longtemps qu'elle attendait ses excuses, mais qu'elle les redoutait du même coup. Peut-être était-ce même pourquoi elle ne lui en faisait plus réflexion. Avec les excuses viendrait la discussion. La Discussion.Et si elle s'était exhortée pendant de longues heures à ne pas s'en inquiéter, c'était bien impossible. Et à présent, tout ce qu'elle avait craint d'entendre semblait se préparer dans la bouche de Drago.

- Rien ne t'attend là-bas, Drago, murmura-t-elle, les mains un peu tremblantes.

- Je ne peux pas te suivre, finit-il par dire un peu froidement.

Il attrapa son menton et leurs yeux se confrontèrent à nouveau. Son regard était à nouveau gris mais ce n'était pas leur acier froid habituel. C'était une sorte de colère sourde, de culpabilité tangible contre elle et contre lui-même. Il colla ses lèvres sur les siennes mais elle s'éloigna.

- Arrête. Tu comprendras aussi que je ne peux plus faire ça si les choses restent en l'état.

Voilà pourquoi elle ne l'avait plus pressé. Être dans ses bras ne pouvait se concilier avec l'idée qu'elle finirait par en sortir.

- Alors quoi ?, s'irrita-t-il. C'est tout ?

Pourquoi est-ce toi qui prends l'initiative de finir les choses, alors même que je viens de m'excuser ?

Hermione ne sut pas quoi répondre. Effectivement, cela paraissait être « tout ». Ils avaient confirmé par leurs comportements des derniers jours qu'il existait entre eux autre chose que de la simple haine : ils éprouvaient vraisemblablement des sentiments forts l'un pour l'autre : en tout cas, c'était son cas. Elle reconnaissait l'aimer. Le nier ne servait plus à rien, à présent. Mais à la place de la détestation qu'ils avaient autrefois entretenue venait s'improviser une toute autre sorte de ressentiment : de l'amertume. Ils savaient depuis le début que l'idée d'une relation amoureuse entre eux était vouée à l'échec, mais cette nouvelle confirmation en rendait maintenant tangible leur certitude.

- Pourquoi ne serait-ce pas à toi de me suivre ?, s'enquit-il tout en sachant parfaitement que sa réplique n'aboutirait à rien.

Il fallait qu'il essaye. Elle fronça les sourcils, scandalisée à l'entente de sa proposition.

- Écoute-toi parler, Merlin, siffla-t-elle en s'éloignant davantage de lui.

Il rattrapa son poignet et l'attira sur le matelas avant de se poster au-dessus d'elle.

- Pourquoi est-ce toujours toi qui m'abandonne ?, asséna-t-il, ses yeux d'hématite aussi glacés que l'azote liquide.

Hermione lui jeta un regard désolé, incapable de prononcer la moindre parole. Drago détourna brièvement les yeux, réellement agacé par la tournure des évènements. Quand ses yeux se posèrent à nouveau sur elle, ils étaient devenus cruels. Comme avant. Elle porta alors ses mains tremblantes à son visage, sentant sous ses doigts la crispation de sa mâchoire.

- C'est toi qui m'abandonne, Drago. Je t'ai donné ce que j'avais de plus cher et tu me repousses parce que tu as peur de quitter ta noirceur familière.

Ses mots lui glacèrent le sang, tout autant que son regard peiné.

- J'aurais aimé que tu comprennes jusqu'au bout. Qu'il faut se battre pour la liberté et non pas pour l'oppression. Qu'il est possible de changer. Je ne sais pas si cela est vraiment possible pour toi.

Comment osait-elle lui dire une chose pareille ? Avait-elle la moindre idée de tout ce qui le torturait ces derniers temps ? Il ne savait plus où il en était et se sentait faiblir de tous les côtés. Il avait déjà tellement changé, il ne se reconnaissait plus lui-même… ! Que voulait-elle faire de lui, au juste ?!

- J'ai déjà changé, bordel de merde !, l'invectiva-t-il soudain, sans pouvoir s'en retenir davantage. Ça ne te suffit pas ?!

La seule chose qui a changé, c'est que l'on couche ensemble et que je t'aime.

- Non, ça ne me suffit pas, confirma-t-elle. Car je ne pense pas que l'on puisse réellement dire que le changement est concret, si tu penses pouvoir te battre aux côtés des personnes qui veulent danser sur mon cadavre.

Il saisit brutalement ses mains, les séparant de son visage du même coup, et vint les plaquer sur le lit.

- Tu dis que je ne suis pas capable de changer ?! Ma famille est là-bas ! Tu crois que j'y vais par plaisir ?! Tu ne comprends jamais rien !

Drago rapprocha son visage du sien : il avait besoin de l'embrasser, maintenant. Il fallait qu'elle reste sienne, il n'y avait pas d'autre alternative. Elle libéra ses mains, non sans peine, et vint heurter ses paumes à ses épaules, le faisant basculer en arrière pour le dominer à son tour.

- Ils ont fait leur choix, Drago ! Ils ont fait leur foutu choix ! C'est aujourd'hui à toi de faire le tien ! De prouver que tu n'es pas qu'un pantin ! As-tu réellement envie de suivre cette voie ?! As-tu seulement une fois été véritablement heureux de l'avoir suivie ?!Tu as le droit de vouloir autre chose, de décider de ton propre chef ! Je ne fais que t'offrir une alternative à ce monde plein d'obscurité. Tu peux choisir ! Tellement de gens n'ont pas ce choix… Et toi, tu lui tournes le dos, tu me tournes le dos ! Tu choisis la facilité, comme toujours…Tu ne peux pas espérer que je continue à rester avec toi, ce n'est pas comme ça que ça marche !

Il écouta chacun de ses mots, les laissant emplir sa tête pour venir y tourbillonner dans un bouillon dément. Tout le monde lui parlait de choix comme s'il ne s'agissait là que d'une futile épreuve. Comme s'il n'avait qu'à trancher entre du pain blanc et du pain de seigle… Mais la vérité était tout autre : on lui demandait de choisir entre l'aveuglement et la surdité ; on lui demandait de choisir entre ses jambes ou ses bras ; on lui demandait de choisir entre mourir par noyade ou dans un incendie vivace.

C'est quand il sentit une goutte tomber sur sa joue que son cœur recommença à battre. Elle pleurait. Ses doigts s'enfonçaient dans ses épaules mais il ne parvenait pas à sentir la douleur, ses nerfs catalysant cette dernière déjà bien trop intensément dans sa poitrine.

- Tu vois bien que toutes tes horreurs n'ont mené qu'à te faire détester… Alors que ta douceur, elle, m'a tout de suite fascinée. Ton violoncelle, ta fragilité parfois… Ta tendresse hors de propos que je ne comprenais pas encore. Tu le vois bien. C'est une alternative possible !

Drago la contemplait, comme s'il voyait à travers elle.

- Je n'ai pas envie de te voir partir, tu ne comprends pas !, s'écria-t-elle avant de lui donner un coup sur le torse.

Hermione vint enfouir sa tête sous son menton, ses épaules tressautant dans un rythme irrégulier.

- Tu m'as déjà fait trop de mal, ne m'abandonne pas, je t'en supplie…, murmura-t-elle en ratant des syllabes dans ses hoquets nerveux.

Drago sentait une entrave brûlante bloquer sa gorge, l'empêchant littéralement de prononcer le moindre mot. Il conserva donc le silence et laissa Hermione le presser contre elle.Elle avait beau être au plus fort de sa vulnérabilité, il refusa de revenir sur sa décision.

Viendrait un jour où il partirait, point.

- Mais… Alors il y en aurait un au sein même de Poudlard ?, s'enquit Ginny avec une expression abasourdie.

- Voilà Hermione, signala Ron.

La jeune Gryffondor avait les traits complètement tirés. Sous ses yeux, de lourds cernes creusaient son regard habituellement si vif. Elle posa son regard sur eux et s'approcha d'une marche atonique.

- Bonjour, les salua-t-elle sans énergie.

Les deux garçons se jetèrent un coup d'œil tandis que Ginny portait machinalement son regard sur la table des Serpentards : Drago Malefoy semblait aussi taciturne qu'à l'accoutumée, mais quelque chose dans ses yeux prouvait qu'il n'écoutait rien de ce que Grégory Goyle lui glissait à l'oreille.

- Ça va, Hermione ?, demanda Ron d'une voix inquiète.

- Oui, oui, éluda-t-elle en accompagnant sa voix fatiguée d'un geste négligent. J'ai juste mal dormi.

- Peut-être devrait-on attendre avant de lui en parler ?, lança alors le roux en se tournant vers Harry.

- Me parler de quoi ?, rebondit Hermione en s'asseyant mollement.

Ron et Harry échangèrent un nouveau regard. Ce dernier n'échappa pas à Hermione qui les observa tour à tour.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je suis allé voir Dumbledore à propos de… la guerre, tout ça. Il m'a convoqué, éclaircit Harry à voix basse.

Hermione se sentit soudainement plus alerte. Sa lassitude disparut au profit d'une concentration visible.

- Explique-moi.

Harry baissa les yeux en hochant positivement la tête : il semblait essayer de mettre de l'ordre dans son esprit pour reprendre son explication du début. Puis, enfin, il ouvrit la bouche.A mesure qu'il avançait dans son discours, Hermione sentait son cœur accélérer.

- Cela s'appelle des Horcruxes. Et par rapport aux rêves... Dumbledore m'a dit qu'il y avait de bonnes chances pour qu'il y en ait un, à l'intérieur de l'école.

- Et ça peut ressembler à n'importe quoi ?, répéta Hermione, perdue dans ses réflexions.

- Oui, enfin, en partant du principe que Voldemort ne va pas planquer une partie de son âme dans la brosse à dent d'un première année, murmura Harry avec éloquence.

Ron esquissa un sourire rigolard avant de le faire disparaitre, se rendant bien compte que l'amusement était tout sauf de rigueur en regard du sujet abordé.

- Dumbledore dit qu'il y en a déjà quatre de détruits, sur les sept. La Coupe d'Helga Poufsouffle, le Médaillon de Salazar Serpentard, la Bague des Gaunt, et le Carnet de Tom Jédusor.

- Croyez-vous qu'il s'agisse d'un hasard si deux des Horcruxes sont des reliques des fondateurs de Poudlard ?, s'enquit Ginny avec fébrilité.

- Non, ce n'est pas une coïncidence, c'est certain, confirma Hermione en se mordillant la lèvre. C'était justement ce à quoi j'étais en train de songer… Cela voudrait dire que les autres reliques sont également potentiellement des horcruxes. La seule chose qui me perturbe, c'est comment a-t-il fait pour mettre la main dessus… ?

Harry lui fit alors part des souvenirs qu'il venait d'explorer avec Dumbledore et tous les gens que Tom Jédusor semblait avoir bernés.

- Les deux autres reliques qui pourraient donc éventuellement nous intéresser seraient l'Épée de Godric Gryffondor et le prétendu Diadème de Rowena Serdaigle. La seule chose… C'est que Dumbledore a confirmé que l'Épée n'était pas un horcruxe, ce qui nous laisse avec une relique introuvable et deux autres objets inconnus, acheva Harry dans un souffle.

- Il y a de grandes chances pour que la relique de Rowena Serdaigle soit l'horcruxe se trouvant à Poudlard… non ?, s'enquit Ron avec son expression ahurie habituelle, signifiait qu'il craignait dire une sottise.

Il la perdit au profit d'un air plus sérieux lorsque Hermione approuva ses paroles.

- Je suis d'accord avec Ron. Et est-il possible de stocker une partie de son âme dans un être vivant… ?, demanda soudainement Hermione.

- Dumbledore semblait penser que oui…, confirma sombrement Harry.

Hermione se frottait frénétiquement le front, perdue dans ses pensées.

- Ne pourrait-on donc pas imaginer que c'est le cas ? L'avant-dernier pourrait être le serpent qu'il se traine toujours, non ?

- Nagini ?, demanda Harry, étonnamment surpris qu'elle fasse allusion à cela. Dumbledore m'avait demandé de ne pas vous en parler pour que vous me disiez d'abord ce que vous pensiez de tout ça, mais effectivement, c'est une hypothèse très probable qu'il nous faudra vérifier… Par contre, pour le dernier…

- Cherchons déjà à détruire ceux-là, clama Ron. Heureusement que Dumbledore peut nous aider.

- Dumbledore ne peut plus nous aider, contredit subitement Harry d'une voix grave.

Ses trois compagnons portèrent leur regard sur lui, incrédules.

- Comment ça ?

Harry plongea ses yeux dans ceux de Ginny avant de les regarder tous à tour de rôle.

- Il n'en a plus pour très longtemps.

Une lourde pierre sembla tomber dans chacun de leurs estomacs respectifs.

- Comment… ?

- De quoi tu parles ?

- Détruire les horcruxes n'est pas une tâche facile, et bien souvent, elle en demande beaucoup du sorcier qui s'y évertue. D'après Rogue, les poumons de Dumbledore sont à la limite de la calcination et le long de sa main droite se propage une gangrène incurable jusqu'à son thorax.

- Peut-on vraiment faire confiance à cette chauve-souris ?, marmotta Ron.

- Je ne vois pas quel intérêt il aurait à nous cacher que Dumbledore est mourant : même si c'est un traître, il a tout à gagner dans la faiblesse de Dumbledore.

- C'est lui qui le soigne ?, s'enquit Ginny.

Harry acquiesça silencieusement : son expression toute entière semblait révéler à quel point cette idée lui était déplaisante à lui-aussi.

- Dumbledore lui fait confiance, asserta soudainement Hermione. Nous devons lui faire confiance aussi.

Ils se résignèrent tous à hocher la tête à ses propos. La nouvelle de la mort prochaine de Dumbledore les avait profondément ébranlés et ils se murent dans le silence pendant de longues minutes.

- Bon, il faut que nous commencions les recherches…, lança Hermione. Ginny, pourrais-tu demander à Luna si elle sait quelque chose à propos du Diadème ? Je demanderais à Liam de mon côté. Harry et Ron, renseignez-vous auprès des autres Serdaigles, en essayant de ne pas susciter la curiosité… On fait le point demain matin sur ce qu'on a appris.

Après une approbation générale, ils se séparèrent. Harry et Ron s'approchèrent machinalement de Cho-Chang et de Terry Boot tandis qu'Hermione allait parler à Liam. Ginny, de son côté, se glissa vers la table des Serpentards pour demander à Oksana où se trouvait Luna.

Certains vert-et-argent la regardèrent comme une bête curieuse et d'autres ne se génèrent pas pour la fusiller des yeux. Lorsqu'elle fut au niveau d'Oksana, cette dernière non-loin de Drago, et en fait plongée dans un ouvrage de divination, elle posa sa main sur son épaule. Oksana se tourna doucement vers elle est esquissa une mine hébétée en reconnaissant Ginny. D'un œil perçant, elle balaya la table pour voir si des personnes les regardaient : effectivement c'était le cas. Oksana prit sur elle pour se rappeler qu'elle n'en avait strictement rien à faire et arbora un semi-sourire pour engager Ginny à prendre la parole.

- Salut, Oksana !, chuchota Ginny près de son oreille. Tu sais où est passée Luna ?

- Elle commence à dix heures et demie, aujourd'hui. Je lui dirais que tu la cherchais si je la croise avant toi.

- Je te remercie…, murmura la rousse avant de s'éclipser avec un sourire reconnaissant.

Au retour, elle croisa le regard de Drago Malefoy : ce dernier la suivit des yeux, entre la froideur et la circonspection. Quand elle se rendit compte que ses yeux la traversaient plus qu'ils ne la regardaient, elle détourna son propre regard et retourna s'asseoir à la table des Gryffondors. C'est le moment que choisirent les chouettes et les hiboux pour envahir les meurtrières en haut du plafond. Le courrier arrivait.Le trio d'or n'y prêta pas attention, chacun étant concentré sur sa discussion. Hermione s'était avancée vers Liam et ce dernier s'était levé pour venir à sa rencontre. Leur dernière discussion avec jeté un froid non négligeable entre eux et le Serdaigle souhaitait lui montrer que ce n'était plus que du passé à ses yeux.

- Hermione, la salua-t-il avec douceur.

Il lui adressa un petit sourire auquel elle répondit.

- Je suis désolée pour la dernière fois, finit-elle par lâcher. Je sais que c'est curieux, lui et moi…

- Pas tant que ça, murmura Liam avec un semblant de sourire ironique.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Disons que je le sais intéressé depuis un petit bout de temps, maintenant… Et on dit souvent que les Serpentards parviennent à leurs fins.

- Intéressé…? répéta Hermione avec une franche incrédulité.

Liam croisa les bras sur son torse en détournant le regard vers la table des Serpentards : Pansy lui fit un sourire auquel il répondit. Ses yeux finirent par se poser sur Drago Malefoy en personne : ce dernier, lui, ne souriait pas du tout. Il le couvait d'un regard froid, comme à chaque fois qu'il le voyait discuter avec Hermione. Liam secoua la tête, exaspéré par son comportement ridicule et il eut la surprise de voir Drago esquisser un demi-sourire narquois à son tour. Le Serpentard fut interrompu dans leur échange visuel par une chouette venant lui apporter une missive. Liam reporta ses yeux sur Hermione.

- Ce gars est vraiment fou à lier, j'espère que tu sais dans quoi tu t'engages, signala-t-il.

Il semblait croire qu'il était plus au courant qu'elle. Ah, la bonne blague : il n'en savait pas la moitié.

- Je ne sais pas dans quoi je m'engage, avoua-t-elle finalement. Mais je sais à qui j'ai à faire, c'est sûr.

Liam laissa son sourire moqueur s'agrandir.

- Tu voulais me parler de quelque chose en particulier ?

- Oui… Je me demandais si tu pouvais me parler du Diadème de Rowena Serdaigle… ?

Le brun sembla songeur tout à coup.

- Eh bien, c'est une tiare qui porte un saphir assez lourd : je sais que je ne vais rien t'apprendre sur sa description approximative étant donné que je l'ai lue dans l'Histoire de Poudlard. Dessus est gravé « tout homme s'enrichit, quand abonde l'esprit »… Il aurait été perdu, il y a bien mille ans et personne ne l'a jamais revu. C'est plus une légende qu'une vraie relique, comme le sont par exemple le Choixpeau ou l'Épée de Godric Gryffondor.

- Merci, dit Hermione.

Certes, il ne lui avait pas appris grand-chose, mais au moins, il savait de quoi elle lui parlait. C'était bon signe et elle était sûre qu'il pourrait l'aider dans ses recherches.

- Si tu pouvais te renseigner, de la manière la plus subtile et discrète possible, tu m'aiderais vraiment…

- Je le ferais, lui assura-t-il en hochant la tête.

- Merci, répéta-t-elle une nouvelle fois.

- De rien.

- A plus tard, quitta-t-elle le Serdaigle avant de venir se rassoir à la table des Gryffondors.

Machinalement, elle posa les yeux sur la table des Serpentards pour voir si Drago avait surpris son échange avec Liam. C'était le genre de chose qu'il n'appréciait pas et elle voulait savoir s'il les avait vus. Lorsque son regard tomba sur Drago, elle fronça les sourcils : ce dernier lisait une lettre, penché sur le banc. Ses yeux n'avaient jamais été aussi froids.Sa mâchoire, contractée dans le signe d'une colère latente, laissait deviner que les lignes qu'il parcourait n'étaient pas pour le réjouir. A la fin de son courrier, il dû sentir son regard sur lui car il leva les yeux vers elle.

Elle lutta aussitôt pour ne pas baisser les siens : son regard était dévastateur à cet instant. Il aurait pu geler une mare de lave. Elle finit par céder et détourna ses prunelles éprouvées. Ils avaient Métamorphose ensemble dans quelques minutes : peut-être aurait-elle l'occasion de lui parler rapidement avant de rentrer dans la salle. Le fait qu'ils soient tous les deux préfets-en-chef aidait pour trouver des prétextes de discussions.Cependant, elle n'avait pas prévu qu'il ne se présenterait pas en cours de Métamorphose. Elle ne le vit pas non plus dans les couloirs, fouilla des yeux sa table au déjeuner, en vain. Drago n'était pas là.

Quand elle rentra le soir dans leurs appartements, déterminée à savoir ce qu'il avait fait de sa journée, elle trouva la porte de sa chambre fermée à clé. Il ne répondit pas à ses appels et elle se résolut donc à partir faire sa ronde sans lui avoir parlé. Lorsqu'elle fut de retour, la tête encombrée de suppositions soucieuses, elle réessaya de frapper à sa porte. Il ne répondit toujours pas. Elle essaya à nouveau d'actionner la poignée, et cette fois-ci, le panneau de bois ne résista pas et s'entrouvrit.

Sa chambre était plongée dans l'obscurité. Hermione essaya d'apercevoir sa silhouette dans la pénombre de la pièce, mais se résolvant à sa cécité vraisemblable, elle décida de lancer un Lumos. Lorsqu'elle esquissa un mouvement de recul pour aller chercher sa baguette, laissée dans la cape dont elle venait de se délester, la porte de la chambre claqua avant qu'elle ne puisse en sortir.

Drago était là, adossé contre le mur, la paume négligemment posée sur la porte. C'était lui qui venait de la fermer avec autant de brusquerie.

- Drago…, murmura-t-elle, la main sur le cœur. Tu m'as fait peur.

Il ne répondit pas. Dans la noirceur ambiante, ses yeux brillaient comme deux perles de nacre, la pétrifiant sur place. D'un pas atonique, il s'avança vers elle jusqu'à se poster à quelques centimètres à peine pour la surplomber.

- Drago ?, s'enquit-elle. Qu'est-ce que tu as ?

Encore une fois, il garda le silence. D'un geste leste, il leva la main droite et la posa fermement sur son épaule : elle sursauta à cause de la rapidité de son mouvement. Tout aussi prestement, il la poussa ainsi jusqu'au lit et la poussa sur le matelas sans vergogne. Hermione ne comprenait pas ce qui se produisait : elle savait qu'elle aurait dû résister, lui demander à quoi il jouait, mais elle n'y parvint pas. Il s'était jeté au-dessus d'elle, attrapant ses poignets comme il aimait tant le faire, et les plaquant contre les draps avec une force sûre. Sa bouche vint alors épouser la sienne avec une ferveur tendre qu'elle ne lui avait connue que dans les moments les plus critiques. Les moments où elle le repoussait avec franchise et indifférence : les moments où elle savait qu'il se sentait en danger.

Que cela se reproduise maintenant n'annonçait rien de bon… Cela avait-il un rapport avec le courrier qu'il avait reçu ? Hermione essayait de concentrer ses idées là-dessus mais sa langue caressant langoureusement la sienne l'en empêchait clairement.Il cessa de tenir ses poignets collés au drap pour venir entourer sa nuque avec, l'engageant à le serrer contre elle, ce qu'elle fit. Ses mains, à présent libérées, vinrent courir sur ses hanches, jusqu'à sa poitrine qu'il étreint avec lenteur. Manquant d'air, elle poussa une plainte qui l'incita à libérer temporairement ses lèvres. Drago s'éloigna un peu de sa bouche pour venir déposer la sienne dans son cou. Il était haletant, tout comme elle.

- Tu m'appartiens…, souffla-t-il soudain.

Hermione sentit son cœur, battant déjà à bâtons rompus dans sa poitrine, abandonner tout semblant de lenteur. Ses mains glissaient à présent de ses flancs jusqu'à ses cuisses, passant sous sa croupe avec possessivité.

- Dis-le.

Son ordre résonna longtemps dans le crâne d'Hermione, complètement déboussolée.

- Dis-le !, ordonna-t-il avec encore plus d'autorité.

Elle le serra avec davantage de véhémence, glissant ses lèvres sur sa joue pour y déposer des baisers jusqu'à son oreille.

- Je t'appartiens, murmura-t-elle simplement.

Hermione sentit très nettement ses épaules masculines frémir : c'était le genre d'effet qu'elle lui faisait, rien qu'avec ses mots.

- Encore, exigea-t-il.

Elle ne savait pas quelle était cette nouvelle lubie, mais il semblait dans un tel état qu'elle ne préféra pas le brusquer davantage en lui posant une armée de questions. La Gryffondor mit de côté sa curiosité et choisit de le rassurer.

- Je suis à toi, dit-elle alors. Seulement à toi.

La jeune sorcière avait du mal à savoir si oui ou non, elle disait la vérité. Toute son indépendance, sa confiance en elle, sa robustesse et son courage l'en détrompaient… Mais alors pourquoi ne ressentait-elle pas le moindre remord à lui mentir ? Était-elle vraiment en train d'exagérer ? Ses propos lui semblaient affreusement justes alors que sa raison la poussait à croire qu'elle s'engageait sur un mauvais chemin.

- Pourquoi ça ?, s'enquit-il avec inflexibilité.

Et tout vint naturellement.

- Parce que je t'aime.

C'était simple.

Et voilà. Elle l'avait dit. C'était foutu. Elle l'avait dit en premier : si c'était ce qu'il voulait entendre depuis le début, si elle ne faisait que rentrer dans son jeu, ou même qu'elle venait de tomber dans son piège, il était à présent trop tard pour s'en tirer. La vérité était sortie, comme les nuages ne retiennent jamais longtemps la pluie dans le ciel d'Écosse. Tout finit par se révéler, par tomber…

Il s'était tétanisé, tous membres confondus, comme dressant l'oreille pour être sûr de ne pas avoir mal compris. Alors qu'elle croyait sincèrement qu'il allait s'en aller, ou bien même lui demander de répéter, il plaqua à nouveau sa bouche contre la sienne. Elle sentit aussitôt qu'il était ivre de colère : sa langue battait sans s'arrêter, claquant violemment contre la sienne, l'abattant, la soumettant à n'en plus finir. Les lèvres douloureuses, elle émit plusieurs plaintes mais il n'en tint pas compte, continuant à les mordiller de plus belle. Pourquoi était-il furieux ? Elle n'en savait rien. Tout ce qu'elle pouvait dire, c'est qu'elle ressentait son ire comme s'il s'agissait de la sienne. Il avait à nouveau agrippé ses poignets et les maintenait à présent d'une seule main au dessus de sa tête.

Son autre paume vint ramper sur sa poitrine, arrachant plus que déboutonnant les boutons de son chemisier protocolaire. Il tira avec brusquerie sur les derniers remparts en points de couture, les faisant réellement sauter. Maladroit de sa seule main, il se résolut à lâcher ses poignets pour venir lui retirer son sous-vêtement afin d'accéder à sa poitrine. Lorsqu'il eut défait l'attache et qu'elle essaya d'entourer à nouveau sa nuque avec ses bras, il récupéra ses poignets avec intransigeance et les bloqua à nouveau au-dessus de son crâne.

- Reste comme ça.

Hermione sentait une enclume tout contre son ventre : pourquoi diable refusait-il subitement ses marques de tendresse ? C'était comme ça qu'il la voulait ? Les poignets fixes comme si elle était attachée ?

- Pourquoi tu fais ça ?, demanda-t-elle finalement.

Mais il ne prit pas la peine de répondre, refermant sa bouche sur l'un de ses seins. Elle gémit aussitôt, laissant sa tête basculer en arrière et ses reins se cambrer. Il titillait son extrémité de sa langue, et mordillait un peu trop fort, la laissant émettre des plaintes mêlées de plaisir et de douleur.Quand il se fut suffisamment rassasié de sa poitrine, déjà bien malmenée, il fit violemment glisser sa jupe sur ses cuisses, en même temps que son dernier sous-vêtement, seul rempart à sa nudité. Ridicule pourtant, ses longues chaussettes habillaient encore ses mollets et elle s'en délesta à l'aide de ses orteils. A peine eut-elle fini cette tâche qu'il se redressa.

- Écarte les cuisses.

Hermione sentit le sang grimper honteusement jusque dans ses joues. Bon sang mais qu'est-ce qui lui prenait ?

- Fais ce que je te dis, somma-t-il.

Alors, décidant pour la énième fois de ne pas s'alarmer de son comportement, elle s'exécuta. Peut-être n'aurait-elle pas dû ? Cela n'avait rien à voir avec leurs précédentes étreintes. Mais tant pis, après tout : elle lui faisait confiance.Drago porta ses doigts à sa boucle de ceinture et la défit : il la fit rouler le long de ses hanches, s'en débarrassant avec rapidité. Elle crut qu'il allait la balancer hors du lit mais il préféra attraper ses poignets et les entoura de la bande de cuir. Cette fois-ci, Hermione sentit pleinement la panique l'envahir.

- Qu'est-ce que tu FAIS ?!, s'écria-t-elle en essayant de se débattre.

Il serra le nœud autour de ses avant-bras, bloquant toute tentative de fuite.

- Je te montre qui tu aimes, asséna-t-il froidement en serrant encore plus, à lui scier les os.

- Tu me fais mal !, protesta-t-elle vivement, les larmes lui venant machinalement aux yeux sous le coup de la douleur aiguë se propageant jusque dans ses épaules.

- J'espère bien.

Alors voilà comment cela allait se terminer ? S'était-elle trompée de bout en bout sur lui ? Visiblement, c'était le cas. C'était son ancien lui, plus cruel que jamais, prêt à la dévaster morceau par morceau, parcelle par parcelle. Elle sentit les larmes couler sur ses joues et préféra fermer les yeux pour attendre que cela passe. Le supplier ne ferait que l'exciter davantage alors elle garda le silence.

Curieusement, ce fut ce qui l'arrêta. Elle sentit la force de l'étreinte de cuir disparaitre sur ses poignets et des bras se glisser sous sa nuque. Son nez rentra en contact avec une fine étoffe, et surtout son odeur. Il la serrait contre elle.

Je ne peux pas.

Il ne pouvait pas continuer sa ridicule et cruelle mise-en-scène. Peut-être aurait-il pu continuer si elle s'était défendue ? Il n'y croyait pas vraiment. Le fait qu'elle s'abandonne si facilement le rendait malade. Cela n'avait plus rien à voir avec ses résignations d'autrefois. Elle se mit alors à pleurer à chaudes larmes contre lui, sans pour autant sombrer dans un excès sonore : c'était pire que tout. Son corps tremblait entre ses bras et plus il serrait, plus elle sanglotait. Sans attendre davantage, il attrapa sa baguette, laissée non loin sur sa table de nuit, et la pointa vers la tempe d'Hermione rendue aveugle par ses larmes.

- Virga Somnifera (2)

Ses membres se décrispèrent aussitôt, se ramollissant et s'alourdissant sans attendre. Elle s'était assoupie. Drago desserra son bras pour la laisser reposer sur le matelas et se redressa, la striant de ses yeux d'acier. Elle était là, nue, les joues trempées. Quelques mèches collaient à ses pommettes rendues rosées par l'effort de la lutte. Ses lèvres entrouvertes laissaient échapper un souffle à présent régulier, sans pour autant départir son visage d'une expression douloureuse.

Drago porta sa paume à son front et lâcha un soupir lourd.

Il ne pouvait plus lui faire du mal. Malgré toutes les résolutions qu'il avait essayé de prendre au cours de la journée, l'éloigner par le dégout et la haine le détruisait proprement. Et alors, il avait cédé devant sa peine.Elle l'aimait. Elle le lui avait dit. Comment diable aurait-il pu lui causer une énième souffrance quand il savait que cette dernière était la pire ?

Elle l'avait haï toute sa vie, avait essayé de le fuir… Puis elle était restée, avait pris le taureau par les cornes et avait souhaité le faire basculer de son côté. Et à aucun moment, il ne lui avait facilité la tâche dans ce combat incessant qu'elle menait pour lui. Elle s'était escrimée contre ses préjugés, contre sa violence et ses insultes. Contre ses attouchements déplacés. Et enfin, enfin, elle l'avait regardé autrement. Elle lui avait dit qu'elle était fière. Et à présent, elle l'aimait.

Et il avait essayé de la violer.

Peut-être était-il définitivement irrécupérable, lorsqu'il y songeait. Peut-être que tout le bien du monde ne parviendrait pas à le guérir de toute cette pourriture qui le rongeait du bout des doigts jusque dans l'âme. Si Hermione Granger échouait, personne ne saurait réussir. Il en avait la certitude.

"Je veux me racheter."

Alors, tout à coup, tout lui parut limpide et il sut ce qu'il devait faire.

Il dressa sa main gauche vers elle tout en se penchant au-dessus de ses membres rendus inertes par le sortilège de sommeil. Ses doigts glissèrent sur ses traits et vinrent doucement y essuyer ses larmes. Lentement, ils tracèrent les lignes de sa figure pâle et dansèrent jusque sur sa gorge dans de calmes arabesques. Et entre son index et son pouce, il attrapa le pendentif. Sa main droite pointa sa baguette vers le cercle de métal.

- Ce que ma volonté fait, la magie parfait, murmura-t-il.

Le visage d'Hermione demeura aussi immobile que s'il avait été taillé dans un marbre rosé.

- Ce que la magie parfait, aucune main ne défait.

Un filament d'obsidienne se détacha de l'extrémité de sa baguette et vint pénétrer dans le métal.

- Ce qu'aucune main ne défait, demeure à tout jamais.

La lueur sombre, flottant comme une plume, s'imprégnait dans la surface froide et alambiquée du bijou. Aérienne, elle s'introduisait à l'intérieur des filigranes en cercles compliqués jusqu'à les épouser et devenir invisible.

- Résidera ici la source de mes bienfaits,Et que des autres, ma paume reçoive leurs méfaits.Ma volonté devient magie,La magie, ma volonté,Et que toute sa douleur me soit aussitôt infligée.

Toute clarté disparut et il la ramena dans sa chambre, l'habillant sommairement avant de la coucher dans son lit. Il resta à la regarder quelques instants seulement, sans se rendre compte que défilaient les heures, puis s'en alla comme il était venu, retournant dans sa chambre pour cuisiner son futur venin. Ce dernier devrait bouillonner longtemps avant d'être fin prêt. Et il aurait besoin de toute sa cruauté substantielle pour se montrer intraitable…

Hermione se réveilla en sursaut, la main sur la poitrine. Son cœur, battant jusqu'au plus profond de ses tempes, révélait à son esprit embrumé que son état n'avait rien de normal. Elle avait été en stase : quelqu'un l'avait endormie. La Gryffondor chercha dans sa mémoire ses derniers souvenirs en date.

Drago.

Elle bondit hors du lit et se précipita dans la salle commune : la porte de la chambre de Drago était ouverte. Ses yeux se posèrent aussitôt sur lui et son cœur affolé rata plusieurs battements. Le moindre membre pétrifié à la vue de sa silhouette masculine, semblant s'affairer à ranger quelque chose près de son lit, Hermione eut du mal à retrouver son souffle. Que devait-elle faire ? Lui parler ? Que s'était-il passé, la veille, pour qu'il se mette dans un tel état ?Son esprit cessa de se torturer au moment où elle aperçut la malle à demi-remplie posée sur son lit.

Il s'en allait.

Machinalement, elle actionna ses jambes et se retrouva dans sa chambre, non loin de lui. Il ne tourna même pas le visage vers elle, alors qu'elle avait la certitude qu'il avait remarqué sa présence depuis même qu'elle était sortie de sa chambre.

- Qu'est-ce que tu fais ?, s'enquit-elle, la voix éraillée par la certitude.

Elle savait pertinemment ce qu'il faisait.

- Je dois partir, lâcha-t-il simplement.

Il devait partir.

- Comment ça, tu dois partir ?

Il laissa son regard rencontrer le sien quelques secondes : quelques secondes où elle sentit le vide de ses yeux l'aspirer toute entière. Puis la recracher, sans lui rendre ni poumons pour respirer, ni cœur à faire battre.Drago reporta son regard sur sa malle à moitié remplie.

- Je dois partir, répéta-t-il comme s'il en donnait la raison du même coup.

Hermione s'approcha de lui et posa la main sur son épaule : il attendit quelques secondes avant de se délester sèchement de son emprise. Elle recula, la main toujours tendue dans le vide, un peu tremblante suite à ce rejet si rude. Ce qu'elle avait redouté depuis qu'elle avait commencé à lui faire confiance, était en train de se produire geste après geste.

- Ne me touche pas, signala-t-il simplement.

L'incompréhension battait ses tempes et sa gorge ne ressemblait plus qu'à un trou de serrure. C'était maintenant.

Il s'en allait.

- Je ne comprends pas..., murmura-t-elle. Où vas-tu ?

La question se rendait caduque au moment même où elle franchissait ses lèvres : elle ne faisait que l'aider dans sa stratégie de fuite immonde. Tout suintait sa manipulation. Encore une fois, tout cela n'était qu'un jeu pour lui. Un jeu qui l'amusait certainement moins que les autres, mais un jeu tout de même.Drago ne lui répondrait pas. Pire, il profiterait de sa question naïve pour lui faire comprendre qu'elle n'avait aucun droit de la lui poser.

- Cela ne te concerne pas, Granger.

Échec.

Le nom de famille, prononcé sans la taquinerie caractéristique des beaux jours, la froideur dans la voix : tout ressemblait à des coups de massue dans le visage. Pourtant, elle savait bien que cela était impossible. Il devait feindre, c'était la seule explication. Mais pourquoi ? Avait-il été rappelé par Voldemort ? Par sa famille peut-être ? Était-ce le signe que Poudlard finirait par être attaqué ? Ou avaient-ils besoin de Drago pour mener les combats à leurs côtés ?

Son départ était forcément lié à la lettre qu'il avait reçue la veille. Mais pourquoi n'était-il pas parti immédiatement ? Pourquoi avait-il pris le temps de la caresser à nouveau… ? Pourquoi leur étreinte s'était transformée en violence dès lors qu'elle lui avait avoué ses sentiments… ? Pourquoi n'était-il pas parti en pleine nuit ?! Il avait bien pris la peine de l'endormir, alors pourquoi… ?! Pourquoi avait-il pris la peine d'attendre que la nuit passe pour commencer, lentement, à préparer ses affaires ?! Était-ce intentionnel ? Désirait-il qu'elle voie qu'il s'en allait ? Avait-il envie qu'elle le retienne ?

Hermione se rapprocha à nouveau et passa ses bras autour de lui pour l'en entourer, rapprochant par là sa poitrine de son dos. Elle le serra, plutôt fort, mais il n'esquissa pas le moindre mouvement.

- Lâche-moi, finit-il par dire au bout d'une vingtaine de secondes.

La Gryffondor ne s'exécuta pas, n'en ayant simplement pas la moindre envie. Une fois qu'elle l'aurait lâché, il disparaitrait. Elle le savait.

- Lâche-moi avant que je ne te frappe, l'avertit Drago d'une voix glaciale.

Echec et mat.

Hermione relâcha ses bras, les laissant retomber mollement le long de ses flancs.

- Qu'est-ce qui te prend ?, l'invectiva-t-elle. Parle-moi, Drago...!

Perte de temps.

Le Serpentard agita faiblement sa baguette et tout vint se ranger automatiquement dans sa malle. Hermione se demanda une fois de plus pourquoi il s'était autant compliqué la vie à ranger manuellement jusqu'alors. Elle était convaincue que tout cela était voulu. Il l'avait attendue. Il avait voulu la voir avant de partir. Mais pourquoi ? Seulement pour la voir, ou bien pour finir les choses aussi brusquement ?

- Ne me parle pas avec autant de familiarité.

Soufflée, Hermione resta mutique quelques secondes.

- Tu me laisses tomber ?, demanda-t-elle sèchement sans vraiment de pertinence.

Avait-elle de toute façon encore envie de l'avoir à ses côtés ? Après les marques de violence de la veille, rien n'était certain.

- Je ne t'ai rien promis.

C'était vrai. Elle s'était donnée, sans compter, sans rien attendre en retour… Simplement persuadée qu'elle n'aurait pas besoin de quémander. C'était ridicule lorsqu'elle prenait le temps d'y songer avec plus de sérieux. Elle avait cru que tout s'était opéré avec naturel, mais la vérité, c'était qu'elle n'avait cessé de s'offrir au néant. Et tout son être basculait dedans, à présent.

- Je pensais que…, commença-t-elle.

- Qu'est-ce que tu pensais, Granger ? Que je t'aimais, peut-être ? Que je partageais tes sentiments ?, cracha-t-il avec un rictus.

Elle baissa les yeux, se sentant fautive tout en sachant pertinemment qu'elle n'y était pour rien. Il l'avait trompée. Il l'avait toujours fait. Que fuyait-il ? Sa déclaration qui l'effrayait ? Ou encore, était-il appelé ailleurs ?Ce n'était qu'un pauvre lâche.

- Réfléchis-y, sombre idiote. Je ne t'ai rien dit : pas à un seul instant je ne t'ai laissée penser que nous étions plus que des partenaires de baise.

C'était faux. Hideusement faux. Mais il n'était plus l'heure de s'appesantir là-dessus : elle ne tombait pas des nues devant la mise à jour de ses prétendus mensonges. Elle avait toujours su qu'il était le pire des manipulateurs et n'avait pas envie de continuer à se faire du mal en lui répondant, or il était plus qu'évident qu'il cherchait à lui en infliger. C'était le pourquoi du comment de son présent discours.

- Tu es bien naïve si tu as pensé un seul instant que tous les deux…

Il esquissa une grimace significative avant de reprendre une expression froide. Et là, tout bascula : il prit une inspiration et esquissa un sourire macabre.

- Tu m'as rendu les choses bien trop faciles, pauvre conne.

Un coup de marteau ? Un.

- Le pari, c'était que je te baise, que je te traine dans la boue : encore un peu et t'aurais réclamé ta mère. Tu sais, ta mère ?

Rhiannon.

- Je n'ai plus de temps à perdre. Mais je te rassure : tu restais très bonne au lit. Pas très expérimentée, mais suffisamment candide pour me divertir.

Accuser le coup.

Hermione leva les yeux vers lui, morte à l'intérieure : en rajouter n'était pas nécessaire, pourquoi donc s'y évertuait-il ? Elle parvenait à lire dégout, plaisir et cruauté dans ses yeux, comme si ces émotions pestilentielles ne l'avaient jamais vraiment quitté. Et sans doute était-ce le cas ? Qu'en savait-elle, finalement ?Ses yeux étaient pires que des fosses à purin. Il était impossible d'y voir au-delà de ce qu'il voulait bien vous montrer, consciemment ou non. Or à cet instant précis, son regard était travaillé. On sentait la lutte jusqu'au fond de ses iris. Sa lèvre tiqua.

- Serrée comme il faut. J'aurais bien aimé essayer d'autres choses avec toi… Mais j'imagine qu'il n'est plus l'heure de songer à de telles futilités.

Oui, il parlait bien de sa virginité. Une futilité. Drago se pencha vers elle, laissant un sourire glacé travestir son beau visage. Son magnifique visage.Peut-être n'avait-elle jamais connu pareille beauté, en y réfléchissant. Il était plus splendide encore que l'avaient été ses visions les plus créatives du Prince Charmant, à ses huit ans. Mais c'était le fils, le père et le frère du démon, tous rassemblés devant ses pauvres prunelles chocolat. Tout se rendait détestable à travers la perfection de ses traits : le vice s'y installait à mesure que son rictus sardonique s'agrandissait.

- Mais si tu veux me sucer pour me faire tes adieux, Granger… Je t'en prie. J'essaierais d'aller suffisamment loin dans ta gorge pour te faire taire, une bonne fois pour toutes.

Il pencha son visage vers le sien, plantant sa langue à l'intérieur de sa propre joue. Elle reconnut tout de suite le signe infâme de l'humiliation à travers ce geste : il imitait le mouvement que sa hampe aurait dans sa bouche.Comme il semblait le réclamer, elle leva lentement la main vers sa pommette et l'y claqua de toutes ses forces. Elle jouait son jeu. Il avait tendu son visage pour cette unique raison.

- Sors d'ici ou je te brise les os, lança-t-il en se redressant, la joue rouge.

Mais la porte avait déjà claqué avant que sa phrase ne se termine.C'était fini.

(1) Tribu de vampire de mon invention (Madelight ©)

(2) Sortilège de stase ensommeillée (Madelight ©)

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