My Dear Sadistic Highness

Chapitre XXII

JE PASSE EN COUP DE VENT, JE FAIS MES RARS TOUT A L'HEURE, SALUT!

RAR

Dion : LOL, tu me fais trop rire ! Deux reviews en plus… T'es une ouf ! Bref, comme d'hab, je me tais et je ne réponds à aucune supposition O:-DMerci beaucoup pour tes reviews ! Ton souci me va droit au cœur !

Sevy : Décidément, je suis gâtée aujourd'hui ! xD T'en faire oublier ton mari ? Tes enfants ? Mon dieu, quel monstre suis-je ?! Je déconne… Bref, en tout cas je suis vraiment heureuse d'avoir suscité autant de choses chez toi ! Oui, la chanson d'Apocalyptica est vraiment magnifique, donc je comprends ton émotion ! Comme d'habitude, je ne réponds pas aux suppositions sur la fin de l'histoire, mais de toute façon vous serez tous bien vite fixés… Ne te désespère pas trop ! Je t'embrasse !

Pepette : Hahahahaha ! Je ne veux tuer personne ! Préparez les brancards ! Omg, je crois que t'es l'une des seules à avoir écouté la musique et je suis trop SAUCEE que tu l'aies fait. Et je ne t'en veux pas pour Broken, elle rythme souvent mon écriture aussi, donc…Pour le reste, et comme pour les autres revieweurs, je me taistaistaiiiis ! La suite, tout de suite ;)

Samsam : PTDR. Je ne sais même pas quoi te répondre, à part merci xD !

Ox : quelle belle review O.O Je publie quotidiennement, donc effectivement, on risque de se revoir très vite (et c'est tant mieux). Vraiment heureuse que tu aie repris la fanfiction, et encore merci pour tous ces compliments… Je suis un peu sur le cul.

Ninette : mais oui mais je ne pouvais rien dire sans spoiler ! Donc effectivement, tu étais dans le juste ! :D Le fin mot de l'histoire, comme on l'appelle ! Comme d'hab, je continue de me faire pour les suppositions… *sifflote*« Luksana » a encore frappé :p

Cind3rella : Hahahahahaha ! Mais il veut récupérer son fils, c'normaaaal ! Je me tais toujours, et encore, et davantage, et sans arrêt ! lalalalalala ! Suspens oblige ! Merci pour la review :)

LittleRock14 : très bien, tu es officiellement baptisée Petite Crème Canari (c'est un immense honneur, il faut le savoir)… Bref, merci beaucoup pour la review !

Without the mask where will you hide?Can't find yourself, lost in your lie.I know the truth, now…I know who you are.And I don't love you anymore.It never was and never will be.You don't know how you've betrayed me.And somehow you've got everybody fooled.

It never was and never will be,You're not real and you can't save me.Somehow now you're everybody's fool.

Everybody's Fool – Evanescence

Ah, Serpent, tu as un don pour affamer mon corps.Tu laisses les empreintes maladives de tes crochets partout sur mes membres.Puis, lentement, tu rampes et tu t'échappes dans les sinuosités de mes draps.Tu me laisses accuser le loup, le faucon et l'ours.Tu me laisses accuser le coup.Tu me laisses perdre mes procès d'intentions.Tu t'enfuis et tu me regardes de tes yeux rieurs.Et plus tard, tu reviens semer le trouble dans le sépulcre qui me sert de crâne. Jusqu'à tout laisser dans un désordre parfait.Et tu rampes, au loin, tu rampes.

Chapitre XXII

Tout cela, c'était très subjectif. La solitude, la souffrance : tout le monde pensait en connaitre les affres, et tuait les définitions absolues des mots dans leur exagération concrète. «J'ai eu mal, j'ai souffert». «Je suis douleur, je suis solitude». «Je».Ils s'improvisaient tous verve lexicale, impossible à combler de par son exactitude la plus entière. Des lamentations en vases communicants. Plus rien pour lutter, rien à faire ou à dire pour argumenter. On te laissait là, les bras ballants, la peine au cœur et les larmes aux yeux. L'égoïsme.

Hermione méditait sur cela, les yeux perdus dans le vague. Au milieu de sa choppe de verre tournoyaient les ronds danseurs du lait dans son thé, en fractales magnifiques. On aurait dit ses yeux.Sa paume vint nerveusement plonger ses doigts effilés dans sa chevelure : quand parviendrait-elle à faire taire cette ignoble litanie dans sa tête ? Sa poitrine lui hurlait de grands Jamais à chaque coup de burin que lui faisait son cœur lorsque ses yeux apercevaient du gris ou du blond.

Il était impossible d'omettre son absence tant elle emplissait toute la bâtisse. Tout le monde en parlait, avait ses murmures à vilipender. C'était innommable. Et cela faisait à peine trois jours. Ginny la regardait les yeux désolés à présent. Et les deux garçons cherchaient à comprendre, bien que Ron conserve un calme étrange. Lui qui possédait si peu de tact, habituellement, se faisait si silencieux que l'ambiance ne s'en refroidissait que davantage. Elle n'aurait sans doute pas supporté qu'il commence à hurler à la libération de tous ses maux, à présent que son pire ennemi avait quitté les parages, mais il ne perdit pas ses mots dans de telles remarques. Non, Ron se concentrait curieusement sur la chasse aux Horcruxes, déterminé à déceler toute cachette potentiellement ouverte à ses yeux. Harry, lui-aussi se taisait. Il avait compris que quelque chose n'allait pas, et il avait également compris que cela avait un rapport avec Malefoy… Mais n'en sachant pas plus, il avait choisi de rester le plus mutique possible, tournant sa langue plusieurs fois dans sa bouche avant de parler, de peur d'en dire trop ou de même de laisser un vide dérangeant dans sa phrase. Alors leurs repas demeuraient silencieux, un peu graves.

Le soir, Hermione fit sa ronde comme un robot, exactement comme la veille. Quand elle revint près du tableau, Ginny l'attendait. Sans rien dire, elle l'attrapa dans ses bras fins et la serra contre elle avec puissance. Hermione se laissa faire, sans même songer à laisser échapper de nouveaux sanglots. Elle n'avait plus rien à pleurer : ce n'était qu'une vile personne et elle se refusait catégoriquement à pleurer son absence. Le fait même de la remarquer la détruisait suffisamment comme ça.Les deux Gryffondors pénétrèrent dans les appartements des préfets-en-chefs, désormais bien solitaires.

- Je vais dormir avec toi, ce soir. Si tu veux, on pourra parler. Tu pourras m'expliquer.

Ginny voulait savoir le fin mot de l'histoire. C'était tout naturel mais Hermione ne put s'empêcher de ressentir de l'amertume à cette idée : la bile envahissait sa gorge à chaque fois qu'elle reprenait l'histoire du début dans son esprit. En articuler les mots serait probablement au-dessus de ses forces, notamment puisqu'elle devrait repartir d'une trame plus ancienne et révéler à sa meilleure amie qu'elle avait fini par se donner à lui. Purement et simplement.

Alors, au lieu de songer à tout ça, elle s'enferma dans la salle de bain et prit une douche rapide. Lorsqu'elle ressortit, Ginny l'attendait, assise sur son lit, les yeux hagards. Hermione vint s'asseoir à ses côtés et la Weasley posa aussitôt sa main sur son épaule. Son ainée la regarda faire sans dire mot.Ce contact la réchauffait quelque peu, mais lui faisait également prendre conscience du manque physique que le Serpentard avait laissé derrière lui. Il était le seul à l'avoir touchée, ces derniers mois, et quand bien même elle aurait préféré se mordre la langue jusqu'au sang plutôt que de l'avouer, ses mains lui manquaient.

Son odeur. Ses lèvres.Ses yeux.

- Allonge-toi à côté de moi, si tu veux, lui conseilla Ginny en se laissant basculer sur le matelas.

Hermione s'exécuta.

- Tu veux en parler ?

La Gryffondor hocha la tête en signe d'approbation. Oui, elle avait envie d'en parler, mais elle n'avait rien à dire. Il n'y avait rien à dire.

- Il est parti, souligna-t-elle l'évidence sans pouvoir ajouter le moindre théâtre à cette sentence finale.

Ginny se mordit la lèvre inférieure.

- Où ?

- Je n'en sais rien, avoua la brune.

- Pourquoi ?

- Je n'en sais rien, répéta-t-elle mollement. Sans doute parce qu'il avait mieux à faire ailleurs, ajouta-t-elle la mine plus sombre.

Hermione détourna le regard plus loin, le laissant reposer sur le violoncelle qu'elle avait amené dans sa chambre. Drago l'avait laissé derrière lui, sans qu'elle en sache la raison. Prise d'une pulsion idiote, elle l'avait pris dans sa chambre : pour Hermione, le violoncelle esseulé n'était qu'une victime, tout comme elle, de l'abandon de Drago.Ginny n'avait pas fait de commentaire dessus mais elle savait parfaitement que la rousse avait dû détailler la disposition de sa chambre pendant qu'elle prenait sa douche. Vu la taille de l'instrument de musique, elle ne pouvait pas l'avoir raté.

- Tu penses que c'est en rapport avec Voldemort ?, s'enquit doucement Ginny.

- Je n'en sais rien, répéta Hermione de plus belle.

La rousse s'installa de sorte à la regarder avec plus d'aisance.

- Hermione, sois franche avec moi... Es-tu amoureuse de lui ?

La brune leva les yeux vers elle et sans même chercher à feindre, elle laissa ses lèvres se mouvoir avec limpidité.

- Oui.

Ginny se retint vraisemblablement de soupirer.

- Il t'a dit qu'il partait, avant qu'il ne quitte l'école ?

Hermione acquiesça, reportant une nouvelle fois son regard sur le violoncelle. Ginny suivit son regard avant de le laisser revenir sur sa meilleure amie.

- C'est parce qu'il est parti, malgré ton envie qu'il reste, que tu es aussi mal ?

La Gryffondor laissa échapper un souffle las.

- Je suis mal car il m'a pris pour une demeurée. Comme il l'avait toujours fait.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?, rebondit aussitôt Ginny, contente de parvenir enfin à la faire parler.

- Avant de partir, il s'est montré odieux envers moi. Je n'arrive pas à m'empêcher de penser que tout son comportement abominable des derniers instants était purement intentionnel : comme s'il voulait m'éloigner par-dessus tout... Mais cela n'a pas de sens.

- Je ne te suis pas, avoua Ginny, déconfite.

Hermione baissa les yeux vers ses mains entortillées. C'était une espérance qui la torturait davantage qu'elle ne l'aidait à avancer.

- On aurait dit qu'il voulait me protéger de quelque chose, mais ça ne colle pas. Il aurait pu se contenter de partir sans rien me dire.

Mais ce n'était pas exactement vrai. Ce qu'il aurait dû faire, c'était surtout se contenter de rester.Pour ne pas lui donner le moindre nouvel espoir, ni même en tuer d'autres, Ginny se tut. Lui faire de sombres adieux, c'était tout de même faire des adieux. Cela voulait forcément dire quelque chose. S'il était parti sans rien dire, cela aurait en quelque sorte prouvé qu'il n'en avait strictement rien à faire. Mais non, il avait pris le temps de la rejeter, visiblement. Qu'il ait été sincère ou non dans son rejet était un souci de fond, or Hermione semblait se concentrer présentement sur la forme qu'il y avait mis. Et peut-être était effectivement là, la clé de l'énigme.

- Que t'a-t-il dit ?

- Des infamies, coupa Hermione sans attendre.

- Par exemple ?

Mais pour qu'elle comprenne, il aurait fallu qu'elle sache tout. Qu'elle sache qu'elle avait couché avec lui. La dernière chose dont elle avait besoin en cet instant, c'était qu'elle s'énerve ou qu'elle la juge. Hermione se doutait que Ginny pencherait plutôt pour la première solution, mais quoi qu'il en était, ni l'une ni l'autre n'était préférable pour l'instant. Pourtant, si elle désirait lui en parler, il lui faudrait se montrer claire. De plus, sans être animée par la profonde envie de s'épancher, Hermione avait tout de même envie de se confier, ne serait-ce que pour soulager sa conscience. Alors, de but en banc, elle lâcha :

- J'ai couché avec lui.

Ginny laissa ses yeux s'arrondir, au même titre que sa bouche.

- A plusieurs reprises.

Toute trace de sang quitta ses traits, lui conférant l'air d'un spectre. Enfin, du moins jusqu'à ce que tout le sang revienne se loger dans son visage, semblant se stocker plus particulièrement sur ses tempes, le haut de ses pommettes et à ses oreilles.

- Juste après que nous ayons parlé, la dernière fois, précisa Hermione pour la forme, comme si le fait de lui faire savoir qu'elle ne lui avait pas menti lors de leur dernière discussion avait la moindre importance à cette seconde.

- Hermione, essaya d'articuler Ginny, la bouche visiblement trop sèche pour qu'elle continue sa phrase.

- Je sais, je sais, s'offusqua toute seule la brune. Je n'en ai fait qu'à ma tête : je n'aurais jamais dû faire ça.

Blablabla.

- Que veux-tu ? J'ai réalisé que c'était ce que je voulais. Et je le voulais depuis longtemps. Il m'a aidé à le vouloir, c'est vrai, mais ça venait avant tout de moi. J'avais envie de lui : je me suis jetée sur lui, la première fois.

Ginny sembla perdre toute couleur à nouveau. Elle baissa lestement le visage, reprenant son souffle en essayant tant bien que mal d'ordonner ses pensées.

- Bon..., finit par dire la rousse. Ce serait mentir que de te dire que je m'y attendais... Laisse-moi me faire à l'idée, veux-tu ?

Il n'y avait aucune sonorité sèche dans sa voix, simplement une réelle demande. Et Hermione comprenait. Ce n'était déjà pas évident pour elle, alors pour Ginny qui l'apprenait de but en blanc...

- ... Il... Vous sortiez ensemble ?

- Non, claqua-t-elle avec fermeté. Je suis la seule ayant fait part de mes sentiments : c'est d'ailleurs là que tout est parti par terre..., signala Hermione d'un air distrait.

Ginny troqua sa mine abasourdie pour une expression plus sombre.

- Que veux-tu dire ?

- Je n'en sais rien moi-même, consentit à avouer Hermione. La seule chose que je sais, c'est qu'il est parti en connaissance de cause : je n'ai donc pas réussi à le retenir.

La Weasley secoua la tête en signe de dénégation.

- Ne fais pas ça.

Hermione plongea son regard dans le sien, sincèrement circonspecte.

- Quoi donc ?

- Te rendre coupable. Tu n'es pas comme ça. Je n'ai même pas besoin de te dire que tu as fait de ton mieux, je sais que tu en as parfaitement conscience toi-même. Malefoy a de sérieux antécédents... On le sait tous. On sait aussi tous à quel point il peut être dérangé parfois. La seule façon dont il a changé ces derniers mois prouve bien que tu as une influence non-négligeable sur lui.

- Ça n'a pas suffit..., murmura Hermione en perdant à nouveau ses yeux sur l'instrument de musique en bois verni, un peu plus loin

- Arrête de regarder ce foutu truc, la morigéna sévèrement Ginny d'une voix cassante.

- C'est un violoncelle, corrigea Hermione.

- Sans blague ?, ironisa la rousse.

La brune soupira lourdement.

- Il faut que je me reprenne : il n'est pas l'heure de penser à tout ça.

Ginny lui lança un regard dubitatif.

- Il faut que je me concentre sur les vraies priorités.

- Je ne vais pas te contredire, confirma Ginny. Et, sans vouloir enfoncer le clou, son départ marque bien une étape importante dans leur organisation. Ils commencent à rassembler les fidèles éparpillés en Grande-Bretagne.

Hermione se redressa, attrapant machinalement son pendentif au creux de sa paume. Après avoir reposé contre sa poitrine, il était d'une chaleur agréable et il lui sembla presque sentir de l'apaisement envahir le bout de ses doigts.

- Il me manque, Ginny.

La Weasley arbora une mine dépitée teintée de compassion.

- Ce n'est pas tant son absence à Poudlard, murmura soudain Hermione. J'ai simplement l'impression que je ne vais jamais le revoir.

Qu'il est perdu pour de bon. A tout jamais.

- Et peut-être que ce serait mieux comme ça, souffla Ginny.

Hermione se tourna vers elle pour l'engager à finir d'exprimer sa pensée.

- Maintenant qu'il est parti, il ne peut plus revenir en arrière, Hermione. Pour lui, pour sa famille… Et pour toi, s'il choisissait toutefois de revenir pour vous deux. Tu comprends, n'est-ce pas ?

Certes, elle avait déjà songé à tout ça.

- Et si je ne te souhaite pas de le revoir, c'est parce que la prochaine fois que vous vous verrez, vous serez des ennemis.

Et tu penses que je ne saurais pas me défendre.

Hermione se rapprocha de sa fenêtre et regarda le ciel noir d'encre s'étendre devant ses yeux. La lune baignait la forêt d'une clarté blanche presque surnaturelle.

- C'est vrai, concéda Hermione.

Ginny baissa la tête, pensive. Oui, ils seraient des ennemis, et personne ne voulait avoir Drago Malefoy en ennemi sur le champ-de-bataille. Ce n'était plus le petit garçon sournois et lâche qu'ils avaient connu : c'était un homme froid, capable de magie noire, et certainement trop perturbé mentalement pour distinguer le bien du mal. C'était la vision qu'elle avait de lui et qu'elle préférait taire à Hermione pour des raisons évidentes.

- Bon. Ça suffit, plaqua-t-elle fermement. J'arrête de m'apitoyer. J'aurais dû savoir que rien ne se déroulerait comme je le voulais. C'est Drago Malefoy, bon sang… !

La rousse ne fit pas de commentaire. Certes, Hermione s'était peut-être montrée un peu trop naïve, mais après tout, c'était dans son caractère de venir en aide aux autres. Et encore que, elle ne trouvait pas que la brune ait trop donné dans la candeur : elle avait fait de son mieux, avait essayé de ramener à la raison un être qui lui était devenu cher. Qui était-elle pour la juger ? Sans doute aurait-elle essayé de faire la même chose à sa place.

- Demain, il y a la seconde séance de sortilèges défensifs et de maléfices offensifs, annonça simplement Ginny.

Hermione lui jeta un regard songeur. C'était ce genre d'activités qu'il lui fallait : tout pour cesser d'y penser… Même si de toute évidence, ses satanés yeux reviendraient invariablement la hanter dans ses moments de solitude.

Il tira l'objet scintillant d'une pochette de velours brun. La pierre de la tiare brillait plus que de raison, laissant deviner que son éclat n'était pas naturel. Lentement, Drago la tendit vers le Seigneur Noir et attendit qu'il la prenne.

- Bravo, Drago, le complimenta Voldemort de sa voix sifflante et aiguë.

Ses longs doigts arachnéens vinrent saisir le diadème et il le posa sur ses genoux, l'observant sous toutes ses coutures.

- Sais-tu de quoi il s'agit, fils Malefoy ?

Drago jeta un coup d'œil à son père : ce dernier, la figure baissée, ne lui adressa aucun soutien visuel. Le jeune blond reporta donc ses yeux vers son Seigneur et Maître et hocha la tête en signe de dénégation.

- Non, mon Seigneur.

- L'as-tu examiné ?

- Non, mon Seigneur, répéta-t-il d'une voix monocorde.

- Cet objet est une relique de l'un des fondateurs de Poudlard…

Le Serpentard ne mit pas longtemps à faire le lien entre la tiare qu'il avait transporté et le Diadème perdu de Serdaigle dont de nombreux contes avaient bercé son enfance.

- C'est le Diadème de Rowena Serdaigle…, souffla Drago.

- C'est exact. Je ne peux que féliciter ton profond désintérêt pour l'objet, car si tu l'avais reconnu, et essayé de le poser sur ton crâne, tu serais probablement dans un tout autre état, à l'heure qu'il est.

Drago ne pipa mot. Même s'il avait reconnu la tiare, il ne l'aurait jamais enfilée : il aurait eu l'air malin, avec une couronne de princesse sur la tête.

- Je ne me serais pas permis une telle liberté. J'ai suivi vos ordres à la lettre, comme je tâcherais toujours de le faire.

Voldemort sembla se gargariser de cette réponse, sans pour autant la prendre avec naïveté. Les Malefoy étaient loyaux lorsqu'ils avaient à y gagner. Peut-être le fils différait-il du père, mais rien n'était moins sûr et le Seigneur noir ne désirait pas prendre de risque immédiat en lui confiant trop tôt des tâches plus risquées.

- Bien, puisque cette tâche a été menée à bien avec rapidité, tu as le droit à une récompense. Y-a-t-il quelque chose que tu désires, particulièrement, fils Malefoy ?

Oh, il y avait bien une chose, oui… Mais prononcer ici son nom serait soit suicidaire, soit très mal interprété. Il n'avait pas la moindre envie d'attirer l'attention sur elle, à cet instant.

- Je veux m'assurer que ni mon père, ni ma mère, ni moi, nous ne serons tués de votre main ou par votre fait, demanda simplement Drago d'une voix claire. Nous nous battrons de votre côté, et nous serons avec vous jusqu'à la bataille décisive, et même encore après… Mais je refuse que ce soit par la contrainte. Vous êtes suffisamment puissant, suffisamment en votre bon droit, pour que nous vous suivions de notre plein gré, sans laisse à nos cous, cousit Drago sans en penser une seule parole.

A mesure qu'il tenait ses propos, il sentait Lucius se liquéfier non-loin. Heureusement, il n'y avait pas d'autre assistance et il avait que cela jouait en sa faveur. Voldemort était plus tolérant lorsqu'il était seul qu'en public. L'exemple, tout ça.Le Seigneur Noir esquissa un rictus hideux, le faisant plus que jamais ressembler à un reptile.

- Eh bien, voilà une requête très sérieuse pour un jeune-homme de ton âge…, commenta-t-il de sa voix glacée. D'autres auraient demandé des femmes ou de l'argent.

Au lieu de lui asséner froidement qu'il pouvait s'en trouver tout seul, merci bien, Drago déporta temporairement son regard insolent. Jusqu'à le poser sur la seule autre personne présente.

- Je ne suis pas comme mon père, cingla-t-il d'une voix sèche.

Ce dernier leva le visage pour le fusiller du regard mais ne tint pas longtemps : pour la première fois de sa vie, Drago vit son père baisser les yeux. Qu'il le fasse devant lui signifiait encore plus de choses. Après tout, il était en train de lui sauver la vie en sacrifiant délibérément la sienne à une cause dont il n'avait plus grand-chose à faire. Mais ça, le vieux Malefoy en ignorait tout. Pour l'instant. Mais il n'était pas l'heure de songer à tout ça, et Drago se concentra de plus belle sur la subtile barrière psychique qui bordait ses pensées. Dangereux de laisser-aller ses pensées, bien trop dangereux.Voldemort sembla grandement apprécier cet échange. Le fils n'avait effectivement rien à voir avec le père.

- Comme tu as eu le courage de faire une pareille demande, je te l'accorde. Trop peu de ceux qui m'entourent savent faire preuve de témérité, or c'est parfois la clé du succès.

C'était bien la première fois qu'on disait de lui qu'il était courageux. Ironiquement, c'était probablement la personne l'étant le moins qui le complimentait sur sa bravoure.Drago s'inclina respectueusement.

- Merci, Maître.

- Vous pouvez disposer, lâcha-t-il d'une voix toujours aussi sifflante.

Et les deux hommes s'exécutèrent sans un seul regard en arrière.Une fois qu'ils eurent quitté la Nécropole, Lucius se tourna vers son fils et l'attrapa par les épaules. Il avait encore grandi : il faisait sa taille à présent. Pour la première fois, Lucius se sentit faible face à son unique progéniture : Drago était devenu un homme et il n'y avait donc plus lieu de le traiter en petit garçon.

- Que voulez-vous ?, lâcha Drago avec lassitude.

Lucius laissa ses mains tremblantes retomber le long de ses flancs. Dans le regard de son fils tournoyait une froideur qu'il n'avait cru pouvoir trouver qu'en contemplant son propre reflet dans un miroir. Et contrairement à tout ce qu'il avait cru auparavant, cela ne le remplit pas de fierté, mais plutôt de frayeur.

- As-tu perdu la tête ? Il aurait pu nous tuer.

Drago esquissa une grimace dédaigneuse. « Nous ».

- Ce n'est pas le cas, n'est-ce pas ? En fait, il vient juste d'annoncer le contraire, c'est à dire que nous ne risquons plus rien, au cas où vous auriez mal compris.

Un peu de reconnaissance et de fierté n'auraient pas été de trop. Il venait après tout de lui sauver la vie. Mais Drago ne trouva pas ce qu'il cherchait dans les iris tranchants de son père : et pour la première fois, il décida de s'y résigner. L'homme n'était qu'un faiblard, il s'en rendait tellement compte à présent qu'il en avait des frissons désagréables.

- Cesse tes arrogances d'adolescent, Drago, asséna Lucius sur un ton sec. Tu t'adresses encore à ton père, je te rappelle.

- C'est pourtant bien vous qui m'avez appris à ne respecter que lui, répliqua le fils d'une voix glaciale.

Mais quelles étaient ces impertinences inédites ? Encore quelques mois auparavant, Drago ne l'aurait jamais défié, n'aurait jamais bravé son autorité…

- Puis-je savoir d'où te vient cette nouvelle audace effrontée ?

- Vous n'avez qu'à deviner, Père. Vous me connaissez par cœur, non ?

Drago le jaugea encore quelques secondes de son regard mercure avant de tourner les talons, laissant Lucius en plan, avec seule son hébétude pour lui tenir compagnie.

- Rejoignez ceux de votre groupe le plus rapidement possible pour que nous puissions commencer au plus vite, ordonna MacGonagall d'une voix autoritaire.

Hermione s'exécuta avec énergie. La nuit lui avait fait du bien, ainsi que le réconfort de Ginny. Au matin, elle s'était rendue à la volière et avait expliqué la situation dans les grandes lignes à Elena, sans utiliser le prénom du Serpentard de peur que la lettre soit interceptée. Elle espérait que la boutiquière saurait comprendre ses insinuations codées sans trop de troubles. Hermione savait que Madame Griffith la comprendrait mieux que quiconque : elle était après tout passée par une histoire à peu près similaire. La trahison de la part d'un être cher. Elle ne pouvait pas prétendre ne pas avoir été prévenue par la tailleuse, après tout. Tout au long du travail qu'elle avait accompli pour elle, la femme mature l'avait avertie, mise en garde. Mais on croyait toujours échapper aux schémas classiques, persuadés dans notre for-intérieur d'être trop exceptionnel pour se voir appliqués des maux aussi prévisibles.

- Les quatre ateliers de la journée seront les suivants :Le professeur Flitwick et Remus Lupin vous enseigneront les maléfices offensifs contre les créatures magiques. La dernière fois, vous avez eu l'occasion de pratiquer le Patronus : il sera revu aujourd'hui et également à la séance prochaine, suite aux nombreuses requêtes d'élèves intéressés. Votre ancien professeur de Soins aux créatures magiques, Rubeus Hagrid, se joindra à vous pour des explications plus détaillées.Le second atelier sera dirigé par le professeur Rogue et par l'intervenant Ivrian Foster afin de vous enseigner les maléfices cuisants : l'Incarcerem, la stupéfixion, l'entrave et les sorts de fractures osseuses.En troisième, le professeur Chourave et Briana Foster encadreront l'atelier de magie des éléments, c'est-à-dire les sorts de feu, d'eau, de terre et d'air, servant à perturber l'environnement, le plus souvent pour déstabiliser les adversaires.Enfin, en tant que chargé d'un atelier transitoire, je me chargerai de revoir avec vous les sorts de la semaine passée, et de persévérer dans l'apprentissage du sortilège du Bouclier. Les entraînements m'ont paru très laborieux lorsque je passais dans l'herpétarium.

A peu près tous les élèves étaient revenus. Un ou deux étaient simplement malades et il manquait évidemment Drago, mais c'était une autre histoire.

- Groupe A, Atelier 1 ! Groupe B, Atelier 2 ! Groupe C, Atelier 3… !

Hermione actionna aussitôt ses jambes pour se rapprocher du professeur Chourave. Elle était un peu familière à la magie des éléments, même si c'était beaucoup par la théorie. Mine de rien, elle connaissait quelques sortilèges de feu comme le Lacarnum Inflamare ou l'Incendio d'eau comme l'Aguamenti ou encore les sorts de lumière aveuglante, comme le Lumus Solem. Ces quelques notions lui permirent de se concentrer sur d'autres sortilèges moins connus, notamment de contrôle des plantes.

- Rumex ! (1), lança-t-elle une nouvelle fois avec vigueur sur le pantin de bois lui faisant face.

Aussitôt, des ronces vinrent s'entortiller autour des lattes et les égratignèrent. Même s'il n'était pas mortel, ce sort devait être sacrément douloureux.

- Bien joué, Hermione, la félicita Briana en passant furtivement à côté d'elle.

Hermione lui adressa un sourire avant de se replonger dans sa tâche. Bientôt, il fut l'heure de passer au second atelier. Déjà bien entrainée au sortilège du Bouclier et aux sorts de la séance passée, Hermione se cantonna surtout à aider le professeur MacGonagall. Seamus entreprit de les aider à son tour, lorsqu'il parvint enfin à maîtriser son sortilège de défense sans le faire exploser.

L'ambiance énergique et motivée redonnait du courage à Hermione : tous ces élèves, si déterminés à apprendre, remplissaient la salle d'une atmosphère à la fois sérieuse et ludique, la faisant momentanément oublier l'absence de Malefoy.Sur l'Atelier 1, elle aida encore une fois Remus et le professeur Flitwick à prendre en main les autres élèves. Son groupe fut ainsi le premier des quatre à voir son effectif entier maîtriser l'Arania Exumai, le maléfice repoussant les Acromentules. Inutile de préciser qu'Hagrid avait quitté la salle dans un reniflement triste face au zèle des élèves à éliminer ses arachnides géants préférés.

Et enfin, lorsqu'elle passa au dernier Atelier, celui de Rogue et d'Ivrian, Hermione put à nouveau souffler. Les élèves maitrisaient bien les sortilèges d'entrave pour les avoir déjà étudiés pour la plupart. Avec de telles bases, ils eurent de grandes facilités à exécuter le sortilège de stupéfixion qui ressemblait en vérité beaucoup à l'Impedimenta dans la forme de diffusion magique. Lorsqu'ils passèrent à l'Incarcerem, Hermione replongea dans des souvenirs déplaisants. C'était l'un des sorts préférés de Drago, elle le savait. Combien de fois l'avait-il saucissonnée au détour d'un couloir en cinquième et sixième année durant leurs rondes. Et généralement, elle devait attendre longtemps avant que quelqu'un ne daigne la libérer. Parfois, il s'amusait même à s'asseoir non loin d'elle et à la regarder se tortiller jusqu'à entendre des pas se rapprocher dans le couloir et s'en aller comme si de rien n'était.

Taré.

Hermione soupira et, déconcentrée, reçut le sort de plein fouet. Complètement encerclée par les liens magiques, elle trébucha sur le sol dans une chute maladroite.Darius Sharma se rapprocha d'elle avant de la surplomber en éclatant de rire.

- Eh ben mon vieux, jamais je n'aurais pensé que j'arriverais à saucissonner Hermione Granger.

Hermione consentit à esquisser un sourire tandis qu'il la libérait. Une main lui fut tendue pour l'aider à se relever et elle l'attrapa sans regarder : lorsqu'elle fut enfin debout, elle réalisa qu'il s'agissait de celle d'Ivrian.

- Ça va ?, s'enquit-il simplement.

- Oui, oui, j'ai juste pensé à autre chose… Ça m'a distrait.

- J'ai vu ça, confirma le Suédois. Tu ne t'es pas fait mal en tombant ?

La Gryffondor fit un signe de dénégation.

- Ça va.

- Bien.

Et il s'éloigna simplement. Les yeux d'Hermione balayèrent les alentours jusqu'à venir plonger dans ceux de Rogue. Ils échangèrent un long regard jusqu'à ce que quelqu'un vienne la sortir de ses pensées.

- Tu lui as tapé dans l'œil, murmura une voix claire à côté d'elle.

Hermione reporta son regard vers la source de la voix : Oksana. Leurs rapports étant toujours compliqués, la Gryffondor préféra se taire et la laisser en venir à ce qu'elle voulait dire.

- Ça fait trois fois je me fais saucissonner, et il ne s'est pas déplacé en personne pour venir me relever, argua la blonde en plongeant ses yeux dans les siens. Tu lui as tapé dans l'œil, répéta-t-elle.

La préfète-en-chef esquissa un semi-sourire et l'expression d'Oksana se détendit un peu.

- Je sais que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais… Saurais-tu par hasard est parti Drago ?

Les yeux d'Hermione s'assombrirent nettement. Pourquoi diable venait-elle lui parler de Malefoy ? Et pourquoi diable lui disait-elle qu'elle était de navrée de se mêler de ce qui ne la concernait pas ? En quoi cela ne la concernait pas ? Officiellement, cela la concernait bien plus qu'Hermione. C'était après tout l'une de ses nombreuses conquêtes et au-delà de ça, probablement une camarade.

- Je n'en sais rien, souffla finalement la Gryffondor. Pourquoi ne pas lui demander directement ?

- Je n'ai plus de rapports avec les septième-année de Serpentard. Encore moins avec lui. Mais ça ne m'empêche pas de m'inquiéter. Après tout, nous étions…

- Je sais, la coupa Hermione un peu brusquement. Mais il n'empêche que je n'ai aucune raison d'être au courant.

Oksana esquissa alors un sourire désabusé.

- Écoute, Hermione… Je suis au courant de la plupart de ses machinations pour te causer du mal, y ayant même pris part à un moment… Et je le connais suffisamment bien pour te dire que ce n'était pas que de la haine. Tu l'obsédais.

- Je ne vois pas le rapport, éluda la brune.

La blonde hocha doucement la tête de droite à gauche.

- Je deviné ce qui se passait entre vous, ces derniers temps. Il ne passait même plus en salle commune Serpentard, parlait à peine avec les filles à la table, passait son temps à te suivre du regard. Je ne suis pas naïve, tu sais. Et comme je viens de te le dire, je le connais. Tu n'es pas obligée de me confier quoi que ce soit, ni de confirmer ce que je suis en train de dire… La seule chose que je te dit, c'est que j'ai pu voir à quel point son départ t'a affectée, et…

Elle prit une longue inspiration.

- … Quoi qu'il ait pu te dire, avant de partir : n'y crois pas. J'ai de bonnes raisons de croire qu'il était obligé de quitter l'école.

Cette fois-ci, la curiosité d'Hermione était clairement piquée.

- Que veux-tu dire ?

Oksana dévia son regard un instant, comme pour vérifier que personne ne pouvait les entendre.

- Drago ne reçoit plus de nouvelles de son père depuis le départ de tu-sais-qui pour la Finlande. C'est normal, Lucius doit avoir fort à faire, là où il est et nul besoin de te préciser quels risques ils encourraient en entretenant une correspondance… Du coup, je sais qu'il ne reçoit que quelques cartes, toutes de la part de sa mère. Ses lettres sont constamment pastel et scellées de cire couleur argent. Celles de son père, par contre, sont sans la moindre fioriture et son sceau est en cire noire, pour passer inaperçues.

Hermione ne perdit pas son temps à lui demander comment elle savait tout ça : Oksana avait été amoureuse de Drago, cela semblait plus que clair à présent. Elle n'avait pas été qu'à ses pieds pour quelques coucheries de temps à autres. Elle avait espéré, l'avait regardé, détaillé des yeux : s'était approprié ses habitudes afin de s'en imprégner pour rentrer dans sa vie, pour faire partie de son existence. Même si tout cela était vraisemblablement derrière elle, elle en parlait encore avec l'émotion honteuse qu'un tel comportement engendre. Elle se sentait ridicule.

- … Il y a quelques jours, Drago a reçu une lettre de son père. Il ne fait jamais lire son courrier à qui que ce soit, sauf parfois à Blaise, mais j'ai toujours pris l'habitude de survoler très discrètement les lignes pour y retrouver des mots susceptibles de m'aiguiller sur la nature de la lettre.

Elle avait été jalouse : elle avait craint d'avoir une rivale et avait surveillé les lettres que Drago recevait. Et aujourd'hui, elle lui confiait cela, sans la moindre réticence. Pourquoi avait-elle regardé, cette fois-là ? Peut-être simplement par habitude. Hermione balaya cette pensée rapidement, trop pressée d'entendre la suite.

- Et… Bon… Je n'osais pas en parler à Luna… Mais je me dis que ça a son importance… Et…

Voilà qu'elle balbutiait, à présent.

- Luna m'a parlé rapidement de votre recherche du Diadème de Serdaigle…

Hermione esquissa une mine incrédule. Était-ce vraiment une bonne idée de lui laisser savoir ce genre de choses ? Elle n'était pas encore assez proche d'eux pour qu'ils puissent lui confier de telles requêtes en âme et conscience.

- Rassure-toi, je n'ai pas la moindre idée du pourquoi de votre recherche et très franchement, je ne veux pas m'y mêler… Mais par déférence envers Luna, je m'étais dit que je poserais éventuellement la question à quelques personnes, ou même que je ferais des recherches dans la petite bibliothèque de la salle-commune Serpentard…, précisa Oksana lorsqu'elle vit l'expression choquée sur le visage d'Hermione.

La Gryffondor se détendit un peu et fit un signe d'approbation pour l'inciter à reprendre son explication initiale, ce que la blonde fit.

- Tout cela pour dire que cinq parcelles de phrase m'ont interpellées dans la missive qu'il a reçue de son père : Mission, Diadème, Serdaigle, Poudlard et Trois fois.

La Salle-sur-demande.

Tout paraissait clair à présent. Limpide et tellement évident. Drago avait reçu une mission de la part de Voldemort : lui ramener l'une des parties de son âme afin d'éviter qu'elle soit détruite par Dumbledore. Et Drago avait obéi, s'était exécuté.

Hermione sentait son cœur exploser dans sa poitrine. Au moins, elle avait un semblant d'explication à présent… Et quand bien même elle désirait le blâmer pour son départ, elle ne le pouvait plus. Il l'avait fait pour sa famille, elle le savait. Elle en était sûre. Lui-même lui avait dit qu'il ne se sentait pas avoir le choix, ne serait-ce que pour protéger les siens.Même si cela ne justifiait pas la manière dont il l'avait quittée, cela éclaircissait au moins le pourquoi de son éloignement.Hermione se pencha vers Oksana, posant la main sur son épaule avec douceur.

- Tu es sûre de tout ce que tu viens de me dire…?, s'enquit-elle avec calme.

Oksana, visiblement perturbée par son contact, acquiesça. Elle avait retrouvé une petite froideur dans ses yeux… Mais cela n'arrêta pas Hermione.

- Je te remercie vraiment d'être venue m'en parler, murmura la Gryffondor. Tu viens de démêler quelque chose de complètement nébuleux.

Mais il y avait quelque chose de très effrayant dans tout ça : le Diadème était à présent hors de leur portée.

- De rien, souffla Oksana.

Vraisemblablement, toutes ces confidences lui avaient demandé beaucoup d'énergie. Elle finit par s'éloigner et au lieu de rejoindre les autres membres du Groupe C, elle s'avança vers Luna. Hermione, les yeux perdus dans le vague, essayait tant bien que mal de trier ses pensées : il fallait absolument qu'elle ait une discussion avec Harry, Ron et Ginny.

Devant ses yeux s'étendait la vaste lande. Le lac rampait doucement entre les montagnes jusqu'à l'horizon, se rendant aussi sinueux d'un fin fil de verre au loin. L'astre solaire négligeait paresseusement la pointe du firmament, mordorant le ciel en teintes apaisantes. A l'ouest, de lourds nuages reculaient vers des terres plus lointaines, tremblotant en lueurs étincelantes à certaines secondes : il pleuvait sur les terres en-dessous. Par-delà le parc de Poudlard, un troupeau de cervidés mangeotait la nouvelle herbe dans une clairière près du lac et derrière eux, les arbres projetaient leurs ombres immenses dans la clarté dorée du coucher de soleil. Toute la verdure avait retrouvé son éclat fier et projetait presque au ciel de pâles traces d'un émeraude riche. A l'orée de la forêt, non loin de la cabane d'Hagrid, les arbres dévoraient les herbes luxuriantes du bord du lac, sans pour autant perturber la surface immuable de l'eau sombre.

Hermione laissa son regard se perdre plus à l'est : le cloitre vide semblait déserté de la moindre trace d'animation. Pourtant, à mieux y regarder, elle s'aperçut que quelques élèves parcouraient les couloirs intérieurs, certainement en y bavardant avec insouciance. Au milieu, la fontaine avait repris ses timides projetées d'eau, éclaircissant tant bien que mal le lieu baigné dans ce début de nuit.

La jeune sorcière soupira : cela faisait longtemps qu'elle n'était pas revenue ici. La tour d'astronomie offrait toujours un spectacle ahurissant, et toujours changeant. Pas une seule fois, tout au long de ses sept dernières années à Poudlard, elle n'y avait vu le même paysage. Les contours de la nature semblaient tout aussi vivants qu'un gigantesque être en mouvement constant.

La dernière fois qu'elle s'était rendue à cette hauteur, elle s'était retournée et avait croisé le regard hématite de son ennemi de toujours, Drago Malefoy. A présent, alors qu'elle aurait aimé rencontrer ses yeux à nouveau, elle savait qu'elle ne les y trouverait pas.Son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine alors que de nouvelles peines venaient assaillir son esprit. Elle ne parvenait jamais à être en paix depuis son départ. Cela faisait une bonne semaine à présent. Et elle avait beau tenir de longues discussions avec Ginny, et se concerter avec les garçons au sujet des horcruxes et de la guerre qui s'approchait aussi vite qu'un ouragan furieux, aucune pensée ne l'occupait suffisamment pour ôter de son crâne l'absence flagrante du Serpentard.

Lorsqu'elle leur avait annoncé ce que lui avait confié Oksana, elle avait rencontré des regards à la fois sérieux et sévères. Aux garçons, elle n'avait toujours rien dit de sa relation avec Malefoy, bien sûr… Mais le soir même, Ginny s'était précipitée à sa rencontre dès qu'ils avaient fini leur diner et elles s'étaient rendues dans sa chambre pour en discuter. Même si Ginny ne désirait pas montrer le moindre signe d'optimisme, les nouvelles d'Oksana ne faisaient que rendre les perspectives moins sombres. Hermione ne lui avait toujours pas fait part de la violence dont il avait fait preuve la veille de son départ, ni de l'ignominie de ses paroles au matin. Et elle ne le pouvait pas. A chaque fois qu'elle pensait pouvoir tout lui raconter, sa bouche se fermait toute seule et ses mains tournaient moites. Alors elle se taisait, la gorge sèche, et embrayait sur un autre sujet. Ginny sentait bien que son amie lui dissimulait des choses, mais elle ne souhaitait pas la brusquer. Hermione en parlerait lorsqu'elle s'y déciderait toute seule.

La Gryffondor soupira une énième fois avant de se détourner définitivement du paysage écossais, emboitant le pas vers la porte. Lentement, elle descendit les escaliers en repensant aux baisers de Drago, se perdant dans son cou jusqu'à remonter à ses lèvres, les épousant avec une perfection démoniaque.Quand elle arriva en bas des marches, une silhouette parcourait le couloir. Elle bifurqua avant de la voir jusqu'à ce qu'une voix l'interpelle.

- Hermione !

La susnommée se retourna, tombant presque nez à nez avec Ivrian Foster.

- Comment ça va ?, s'enquit-il avec un certain enthousiasme.

Son accent la fit sourire, comme à chaque fois qu'ils engageaient une nouvelle discussion.

- Ça va, répondit-elle machinalement. Et toi ?

- On ne peut mieux !, brava-t-il, les yeux brillants.

Ses quelques dreadlocks vinrent chatouiller sa joue et Hermione posa ses yeux dessus par réflexe. Les doigts du Suédois vinrent chercher les mèches pour dégager son visage et il esquissa un demi-sourire.

- Même si… ça commence à bouger en Finlande. Des mouvements curieux ont été repérés près de la Cathédrale… Alors on surveille, on surveille…, murmura-t-il après avoir vérifié que les corridors alentours étaient bel et bien vides.

Hermione agréa simplement : elle n'était pas tout à fait au courant des mouvements de l'Ordre et des Mangemorts. Les membres finiraient par les inclure dans les discussions, au terme d'une ou deux semaines, mais l'heure n'était pas encore venue et il était plutôt souhaitable qu'ils profitent du temps imparti pour perfectionner leur art magique.

- Qu'est-ce que tu fais à Poudlard ?, s'enquit-elle poliment.

- Je suis venu rendre visite à Briana : elle et Pomfresh référencent les potions. J'en profite toujours pour m'éclipser avant que Rogue n'arrive… Je ne cerne pas trop cet homme, avoua-t-il en fronçant les sourcils.

La jeune Gryffondor sourit : personne ne semblait échapper à ce schéma. Il fallait dire que le professeur de Potions était très taciturne et rejetait toute forme de sympathie à son égard par un cynisme tranchant.

- Et si Dumbledore me trouve un toit, je pourrais peut-être m'installer temporairement à Poudlard !, sembla-t-il se souvenir tout à coup. J'avoue que ce serait bien plus pratique pour les séances d'entrainements avec les élèves… Et puis, quel édifice, hein !

Hermione lâcha un petit rire. Son enthousiasme était très contagieux.

- On marche un peu ?, proposa-t-il.

- Oui, pourquoi pas…, approuva-t-elle.

Si Drago savait, il me tuerait.

Elle tira donc une satisfaction toute particulière à faire quelque chose qu'il aurait empêché par tous moyens s'il avait été présent. Peut-être n'était-elle pas très mature, mais lui parler comme il l'avait fait, la traiter comme une moins que rien, l'avait confortée dans l'idée qu'elle n'avait rien à se reprocher à chercher des contacts masculins. Évidemment, elle ne pensait pas à mal : elle n'aurait jamais fait tourner en bourrique un garçon, ni même n'aurait envisagé une nouvelle romance. Pour autant, elle appréciait assez Ivrian pour s'octroyer une balade dans le château qu'ils adoraient tant tous les deux.La discussion repartit presque aussitôt sur l'Ordre.

- A Turku, les plans de la bataille prochaine commencent à se dessiner ; des plans d'évacuation par Trimas Gris (1) ont déjà été proposés et…

- Trimas Gris ?, l'interrompit Hermione avec curiosité.

- Des réseaux de cheminée par feux étendus… Cela facilite la fuite des civils vers des lieux plus éloignés, et surtout intraçables. Les destinations sont complètement aléatoires, donc personne ne peut prévoir où il arrivera.

- C'est très ingénieux, commenta Hermione.

- Moui, agréa mollement Ivrian. C'est une initiative prise d'après des plans historiques du cabinet magique Français.

Hermione esquissa un sourire moqueur.

- Tu n'aimes pas les Français ?

- J'ai eu une mauvaise aventure avec leur réseau ferroviaire. En 1995, le tunnel sous la Manche a failli rentrer en éboulement à cause d'un Dragon Flottant Lituanien. Le cabinet magique français a essayé par tous les moyens de charger les frais liés à la reconstruction de leur tunnel moldu sur le ministère Britannique. A cette époque, je venais d'arriver en Grande-Bretagne chez Gringotts, alors cette histoire ne m'a pas bien plu.

La Gryffondor pouffa.

- En tout cas, on dit que les étudiantes de Beauxbâtons sont les plus belles sorcières du monde, donc peut-être que cela parviendra à te réconcilier avec la nation française !, plaisanta-t-elle.

Ivrian arbora un sourire en coin.

- Des filles agréables à regarder, on en trouve dans tous les pays du monde…, souffla-t-il.

Hermione détourna le regard avec pudeur.

Là, c'est sûr, Drago l'assassinerait.

Du moins, elle se plaisait à le croire. Ivrian était sur le point de remettre une mèche derrière son oreille, et Hermione était sur le point de l'en empêcher avec plus de froideur que nécessaire, lorsqu'une voix cinglante retentit dans le corridor.

- Foster !

C'était Rogue. Zabini le suivait d'un pas atonique, le regard figé sur eux.

- Veuillez me suivre, nous devons parler, l'invectiva sèchement Severus.

Ses yeux passèrent prestement d'Hermione à Ivrian jusqu'à ce que le Suédois ne se décide à lui emboiter le pas.

- Miss Granger : vos rondes devraient déjà être terminées depuis plus d'un quart d'heure. Cinq points de moins pour Gryffondor.

Hermione ne s'en affligea pas. Elle en avait fait gagner plus d'une quarantaine à la dernière séance d'entrainement. Et puis, en toute vérité, le sablier de Gryffondor était loin de compter parmi ses priorités actuelles. Ivrian mima une grimace dans le dos de Rogue avant de se détourner d'elle pour bifurquer dans le couloir.Blaise Zabini s'avançait toujours vers elle, à l'opposé. Par pur souci de cordialité, Hermione se décida à le saluer.

- Bonjour, Zabini, lança-t-elle.

- Salut, Granger, répondit-il avec flegme.

Le voir ne plaisait pas du tout à Hermione. D'abord parce qu'il était inévitablement seul, et que par conséquent, l'absence à ses côtés d'une silhouette caractéristique ne se rendait que plus criante à sa vue… Ensuite, il s'agissait purement et simplement de son meilleur ami, et sans doute trempait-il lui-aussi dans des affaires louches.Et enfin, depuis quelques jours et à chaque fois que son regard se posait sur lui, elle se demandait s'il était au courant pour elle et Drago…

- On se baladait ?, murmura-t-il.

Elle acquiesça, sentant son cœur s'accélérer.Était-il en contact avec Malefoy ? Si oui, lui rapporterait-il qu'il l'avait vue en compagnie du Suédois ? Ces questions tambourinaient à ses tempes, se bousculant à ses lèvres sans parvenir à les franchir. Peut-être n'avait-il pas remarqué qu'elle était sur le point de repousser Ivrian. Hermione se mordit la langue, s'engageant à cesser de penser à satisfaire l'autorité de Drago avant ses sentiments personnels.

- Tu es une rapide.

Cette réplique la cloua littéralement sur place. Elle entrouvrit la bouche pour lui rétorquer quelque chose mais aucune réponse ne lui vint. Visiblement, oui, il était au courant pour eux deux. Et visiblement non, il n'avait pas vu qu'elle allait repousser Ivrian. Ces deux idées la rendirent malade.L'avait-il dit à d'autres personnes ? Étaient-ils plusieurs à s'amuser ainsi de son état pathétique depuis le départ de Drago ?Blaise esquissa un sourire en coin, amusé par son expression ébahie.

- Je plaisante, Granger. Ne tire pas une telle tronche, ça t'enlaidit.

Sa voix aux sonorités chaudes ne portait pas les accents froids qu'on retrouvait fréquemment chez les Serpentards de son année. Sa moquerie était donc moins déplaisante que débitée par un autre.

- Tu sais…? murmura-t-elle, presque inaudible.

- C'est mon meilleur ami, confirma-t-il avec une mine plus sérieuse.

- D'autres personnes…

- Non, la coupa Blaise avec fermeté.

Elle mourrait d'envie de lui poser des milliers de questions : où était Drago ? que faisait-il ? pourquoi était-il parti aussi soudainement ? n'était-ce qu'à cause du Diadème ou y avait-il autre chose ?

Comment va-t-il ?

- Il serait content de te voir dans un tel état, signala-t-il. Il serait par contre moins heureux de voir ce que je viens de voir…

- Je n'ai rien fait de mal. Et je n'ai pas de comptes à lui rendre, répliqua-t-elle avec humeur.

Blaise sourit à l'entente de sa réponse.

- Si ça te permet de dormir paisiblement, éluda-t-il.

Hermione fronça brutalement les sourcils et se rapprocha de lui, se fichant comme d'une guigne qu'il la dépasse de deux bonnes têtes. Drago avait toujours été le seul Serpentard à l'impressionner. En fait, il avait toujours été la seule personne à l'impressionner tout court.

- Si mon sommeil n'est plus ce qu'il était, c'est uniquement de sa faute, cingla-t-elle avec froideur. Tu n'étais pas là, tu ne sais pas de quoi tu parles. Je suis sûre que c'est très amusant d'assister à tout ça de loin, mais il n'empêche que cette place t'empêche grassement de venir me sermonner. Évite donc les paroles sournoises, Zabini.

- Ouh, la lionne sort ses crocs, s'amusa-t-il avec une légère pointe d'irritation tout de même.

La Gryffondor roula des yeux.

- Va faire perdre son temps à quelqu'un d'autre : je n'ai pas envie de parler de lui, conclut-elle en commençant à le contourner pour le dépasser.

- Menteuse.

Ce mot l'arrêta aussitôt.

- Tu crèves d'envie de me demander ce que je sais.

Blaise se retourna vers le dos de la jeune sorcière. Ce dernier se soulevait avec irrégularité, preuve qu'elle respirait mal. Ses épaules se voutaient de secondes en secondes.

- Il m'a jetée, cracha-t-elle, de toute façon persuadée qu'il savait déjà tout.

Au son de sa voix, il comprit qu'elle luttait à corps perdu contre les larmes.

- Il m'a fait croire…

Elle s'interrompit et ses épaules tressautèrent. Visiblement, son combat contre les sanglots avait vite été perdu.

- J'ai cru, se corrigea-t-elle. J'ai cru que…

- … Que vous pourriez être ensemble, finit Blaise.

Son silence confirma.

- Je ne sais pas ce qu'il t'a fait, concéda Zabini. Ni même comment il est parti. Alors c'est vrai que je devrais sans doute me taire.

Elle demeura mutique. Il prétendait ne rien savoir, mais sans doute mentait-il.

- Mais tout ça n'exclut pas forcément ce qu'il ressent pour toi.

La petite silhouette d'Hermione se redressa et elle se tourna vers lui, incrédule. Ses yeux rouges et ses joues humides effrayèrent un peu Blaise. Si Drago apprenait qu'il l'avait fait pleurer, il ne préférait pas imaginer ce qu'il lui infligerait. Quoique en y réfléchissant, le blond s'attèlerait d'abord à le féliciter de l'avoir mise dans un tel état rien qu'en parlant de lui.

- Hein ?

Peut-être devait-il se taire ? Drago ne lui avait pas dit de garder le silence, mais s'il avait lui-même tus ses sentiments, ce devait être pour une bonne raison.

- Laisse-tomber, Granger. J'extrapole sans doute, claqua-t-il en se détournant d'elle, s'éloignant cette fois-ci une bonne fois pour toute.

- Attends, le rappela-t-elle.

Mais il ne s'arrêta pas.

- Il va bien, lança-t-il à la cantonade avant de s'engager dans les escaliers menant vers les cachots.

Hermione resta plantée là, rendue complètement confuse.

Une dernière fois.

Drago dressa sa baguette et la pointa vers l'épouvantail dans son jardin. Il faisait nuit noire.

- Immodestus. (3)

- N'est-il pas idiot de pratiquer un sort de démobilisation sur un pantin désarticulé ?, plaqua une voix froide, derrière lui.

Severus Rogue.

Drago rangea sa baguette et le fusilla du regard.

- Que faites-vous ici ?

- Je reviens de Poudlard. Le Seigneur Noir m'a demandé de passer voir où en étaient vos entrainements…

- Et bien vous voilà satisfait, argua insolemment Drago.

Rogue fronça furtivement les sourcils en signe de désapprobation.Le Maître s'intéressait beaucoup à ses agissements depuis leur dernière entrevue. Être ainsi mis en lumière ne plaisait pas du tout à Drago, mais il savait bien que c'était le prix à payer pour garder en vie sa famille et lui-même.

- Il souhaite bientôt vous marquer, lâcha-t-il.

Dumbledore avait demandé au professeur de Potions de veiller sur lui, mais ce sale gamin ne lui facilitait pas la tâche. Severus s'y attelait pourtant sans broncher, conforté par les quelques ressemblances entre le jeune Malefoy et son lui d'autrefois.

- Je suis au courant, souffla Drago, sans le moindre enthousiasme.

- Est-ce bien ce que vous voulez, Malefoy ?, l'invectiva Rogue avec froideur.

- Ce n'est pas important, éluda le jeune-homme.

Rogue aperçut ses poings se serrer de rage.

- Voulez-vous des nouvelles de Poudlard ?, embraya-t-il sur un ton sec.

Drago hésita avant de l'envoyer paître avec une froideur bien à lui : oui, peut-être souhaitait-il des nouvelles… Mais Rogue ne lui donnerait jamais les informations qui l'intéressaient. Au moins, il avait l'opportunité de demander comment se portait son meilleur-ami.

- Comment va Zabini ?, demanda Drago sans répondre « oui » ou « non » à la question préalable de Rogue.

- Bien. Je l'ai quitté, il y a de ça quelques heures… Il a reçu une retenue de la part du professeur Sinistra.

- Pourquoi ça ?, s'amusa Drago avec un sourire moqueur.

- Il s'est endormi en cours, nota Rogue en haussant un sourcil.

Blaise ne pouvait pas souffrir l'Astronomie. Quand Drago était présent avec lui en cours, ils pouvaient au moins discuter… Mais seul, le blond se doutait bien qu'il n'avait pas dû garder ses yeux ouverts plus d'une dizaine de minutes.Drago laissa échapper un ricanement.

- C'est bien son genre.

Le blond laissa ses yeux se perdre dans le vague, l'esprit reconduit à Poudlard par cette petite anecdote.

- Autre chose ?, le sortit Rogue de ses pensées.

- Non…, marmonna Drago. A part si Potter ou Weasley se sont aussi ramassés des punitions ?, murmura-t-il avec ironie.

- Non.

Severus hésita brièvement.

- Mais miss Granger a fait perdre cinq points à Gryffondor pour avoir pris du retard dans ses rondes du soir.

Ses yeux noirs scrutèrent toute trace de réaction chez le jeune Malefoy. Il resta diaboliquement impassible, et c'était tout à son honneur… Si ce n'était la main qu'il vint porter à sa nuque. Il connaissait suffisamment son élève pour savoir qu'il faisait ce geste uniquement lorsqu'il essayait de conserver une expression immuable dans des moments particulièrement durs. Et Severus était presque sûr qu'il essayait présentement de dissimuler un sourire narquois.

- La sang-de-bourbe ne doit pas avoir la vie facile depuis que je suis parti : faire les rondes toute seule…

Rogue hésita une nouvelle fois avant de lâcher la bombe. Dumbledore avait de ces idées.

- En fait, on songe à un remplacement définitif, puisque le deuxième préfet-en-chef a quitté l'école.

Cette fois-ci, Drago ne put dissimuler la contraction de sa mâchoire.

- Et qui donc me remplacerait ?

- Pas forcément un élève… Dumbledore songeait à Ivrian Foster : ce dernier cherche un gite plus près de Poudlard pour mener à bien les séances d'entrainement pour les élèves, or Pré-au-Lard...

Rogue s'interrompit dans un murmure. Drago se détourna de Rogue en essayant le plus possible de conserver son calme. Lui, dans ses appartements, dans sa chambre… avec elle.C'était un cauchemar. Le Serpentard étouffa une flopée de jurons inaudibles. Rien que l'imaginer près de Granger lui donnait de violentes envies de meurtre. Il prit son temps pour se calmer et pour retrouver contenance.

- C'est un peu… malvenu… C'est une élève, et lui un tuteur.

Rogue retint un rictus. Une fois de plus, Dumbledore avait raison.

- Cela n'avait pas l'air de déranger Foster, outre mesure…, nota le professeur de Potions avec une feinte nonchalance.

Drago se tourna vers lui : ses yeux brillaient d'une ire presque palpable.

- Evidemment que Foster jubile : il veut se la faire, cracha-t-il avec un sourire glacial.

Rogue haussa à nouveau un sourcil, cette fois-ci en raison du langage inapproprié de son ancien élève.

- Je vous demande pardon ?

- Rien, éluda rageusement Drago.

Après avoir retrouvé une respiration à peu près stable, le jeune Serpentard céda à sa pulsion de possessivité.

- N'y-a-t-il donc aucun moyen d'empêcher ça ?

On y était.

- Pourquoi diable l'empêcher ?, le poussa Rogue.

- Je n'ai pas envie que ce fils de Scroutt approche de près ou de loin la chambre où je dormais, esquiva habilement Drago.

Des caprices de ce genre, il en avait fait des tas. Avec un peu de chance, Rogue ne poserait pas plus de questions. Mais ce qu'ignorait Drago, c'est que Rogue avait bien des motivations pour exiger une vraie réponse à sa question.

- J'ai bien peur que cela ne soit pas suffisant, Drago, ironisa-t-il.

Le jeune Serpentard déporta son regard glacé sur les paons albinos qui avançaient avec langueur, quelques mètres plus loin. Ils flânaient, se dirigeant vers la Gloriette ivoire dressée au fond du jardin, près de la fontaine. Ses yeux dévalèrent les fines colonnes torsadées, sans réellement les voir.Lentement, il conduit sa paume à son front, soupirant lourdement du même coup. Il avait quitté Hermione avec tant de brutalité qu'il ne pourrait pas lui reprocher de chercher réconfort, bien qu'il se doutât que ce ne soit pas spécialement son genre… Mais elle, entre les bras d'un autre homme ? Une pensée lui demeurant bien intolérable. Imaginer qu'un autre la touche, qu'un autre la caresse, l'embrasse… Qu'un autre la fasse rire.Qu'un autre prénom que le sien passe tendrement ses lèvres… Que ses gémissements ne soient plus qu'à lui.

C'est au dessus de mes forces.

Une longue minute s'écoula. Rogue se décida à quitter les lieux mais Drago le retint.

- Attendez.

Le professeur de Potions s'arrêta, dos à lui.

- Quoi donc ?

- Ce que je vais vous dire doit rester entre nous…

(1) Rumex (:petite oseille, petit dard) : sort de déchirement mineur. (Madelight ©)

(2) Trimas Gris (Madelight ©)

(3) Sort de mon invention, dit Sort de Démobilisation. Comme son nom l'indique à peu près, c'est un sort qui démobilise. Son effet est en vérité d'inverser les sens, les perceptions, et surtout le contrôle des nerfs sur le corps. Il devient alors littéralement impossible pour la personne touchée de bouger, de parler, d'entendre ou d'avoir une perception de quelque sorte. C'est un sortilège d'entrave au-dessus de l'Impedimenta, se rapprochant de celui de la Stupéfixion tout en étant bien plus dangereux. En effet, le cœur de la victime cesse de battre au bout de quelques minutes, n'étant plus approvisionné en oxygène.Il va sans dire qu'il s'agit d'un sortilège de magie noire. (Madelight ©)

Continue Reading Next Chapter

About Us:

Inkitt is the world’s first reader-powered book publisher, offering an online community for talented authors and book lovers. Write captivating stories, read enchanting novels, and we’ll publish the books you love the most based on crowd wisdom.