My Dear Sadistic Highness

Chapitre XXIII

Ok, là c'est le moment où j'explique le bordel depuis deux jours. Y'a plein de RARS qui n'ont pas été faites et je vous supplie de me pardonner : en fait, je suis en école de commerce et en ce moment, je suis en "apprentissage" chez un grand opérateur télécom... Et hier, c'était quoi ? La sortie d'un téléphone très attendu (peut-être le savez-vous ?). Bref, on m'a missionnée en urgence pour aller vendre la bestiole sur les Champs-Élysées, puisque la boutique avait besoin de main d'œuvre (yay me!) donc bah... J'ai commencé très très tôt et j'ai fini très très tard. Alors j'ai quand même pu répondre à certaines reviews hier, et poster le chap, mais c'était pendant ma pause... Bref, et vous ne m'en voudrez pas, mais ce matin j'ai dormi et je n'étais pas là de l'après-midi !Enfin, je préfère poster le chapitre en priorité et aviser ensuite pour les RARS, c'est la raison pour laquelle ce chapitre ne comporte pas de réponses aux revieweurs anonymes. Désolée pour ça!

Très bonne lecture à tous!

I've been believing in something so distant, as if I was human.And I've been denying this feeling of hopelessness, in me, in me.

All the promises I made, just to let you down.You believed in me, but I'm broken.I have nothing left, and all I feel is this cruel wanting...

We've been falling for all this timeAnd now I'm lost in paradise

As much as I'd like the past not to exist, it still does.And as much as I'd like to feel like I belong here,I'm just as scared as you.I have nothing left, and all I feel is this cruel wanting

We've been falling for all this timeAnd now I'm lost in paradise

Run away, run awayOne day we won't feel this pain anymoreTake it all awayShadows of youCause they won't let me go

Until I have nothing left, and all I feel is this cruel wanting

We've been falling for all this timeAnd now I'm lost in paradise

Alone, and lost in paradise

Lost In Paradise - Evanescence

Chapitre XXIII

« - Ce que je vais vous dire doit rester entre nous… Sinon, je mourrais. Ma famille aussi. Et Granger également. »

Dumbledore sortit la tête de la Pensine. Ses joues maigres laissaient deviner qu'il n'en avait plus que pour une ou deux semaines, tout au plus. Rogue le dévisagea avec froideur, comme d'habitude.

- C'était comme vous l'aviez dit. Bon sang mais combien de vies projetez-vous, ainsi ? La mienne, celle de Potter, d'Hermione Granger… Et aussi de Drago Malefoy !

- Ne trouvez-vous pas la jeunesse fabuleuse, Severus ?, éluda le vieil homme d'une voix faible.

Rogue songea quelques secondes à la sienne et eut un glapissement de dépit.

- Non.

- Le jeune Malefoy a scellé son destin à la seconde où il a regardé miss Granger avec de nouveaux yeux.

Le professeur de Potions esquissa une expression désabusée. Le vieux fou repartait une fois de plus dans ses hautes sphères.

- Quels yeux ?

- Les yeux d'un homme. C'est tout comme vous et la jeune Lily Evans.

A la mention de ce nom si chéri, Rogue sentit son cœur s'accélérer.

- Depuis quand saviez-vous, pour eux ?, dévia Severus.

- Entre la quatrième et la cinquième année. Le chenapan avait des distractions frivoles mais revenait pourtant constamment vers notre miss Granger. J'ai pu surprendre ses regards à de nombreuses reprises, et surtout le voir la contrarier à chaque fois que l'occasion lui était donnée.

- Ça ne veut rien dire, balaya Rogue, assez agacé de ne s'en être jamais rendu compte par lui-même avant cette année.

Dumbledore esquissa un sourire sage.

- Ne soyez pas bourru, Severus.

- Que fait-on ?

- Je vous laisse décider. Souhaitez-vous que nous installions tout de même Ivrian Foster dans les appartements des préfets-en-chef ?

- Cela n'a jamais vraiment été une alternative envisagée, n'est-ce pas ?, cingla Severus.

Albus lâcha un rire rêveur.

- Effectivement, pas, renchérit-il.

Hermione

Je suis réellement navrée d'apprendre le départ du jeune Monsieur Malefoy.Ici, les choses se précipitent également. Pré-au-Lard est en train d'être évacué petit à petit. Personne ne se pose de question, tout le monde obéit, c'est la raison pour laquelle votre épervière a eu tant de mal à me retrouver.Je ne peux pas en dire davantage, et croyez-moi, j'en suis vraiment désolée. Sachez juste que je suis de tout cœur avec vous.

Elena.

Hermione soupira, laissant une nouvelle fois ses yeux balayer le contenu de la lettre. L'écriture fine et penchée de Madame Griffith la perdit dans ses songes. Où était-elle ? Que faisait-elle ? Avait-elle finalement repris contact avec Charles Bickers ? Pourquoi Pré-au-Lard était-il évacué ?Les membres de l'Ordre avait fini par investir le château et on voyait de plus en plus de sorciers parcourir les couloirs dans des pas pressés : naviguant entre le bureau de Dumbledore, les cachots de Rogue et la bibliothèque de Poudlard. La résistance grondait, tout comme l'Angleterre. La bataille n'aurait pas lieu en Ecosse, c'était bien impossible… Les mangemorts étaient tous à Turku, après tout et ils y avaient fui pour une bonne raison. Pourtant, l'on ne pouvait laisser les problèmes en Finlande… Ce serait à l'Ordre de se déplacer. Et à eux aussi… Car bientôt, ils reviendraient, plus fort que jamais, et alors le coup porté à la Grande-Bretagne serait d'autant plus vif.

Le diadème, le serpent…Et…

La jeune Gryffondor laissa échapper un nouveau souffle lourd. Elle était éreintée de ne faire que penser à tout ça, mais cela la quittait jamais, comme le reste. Comme ses yeux. Allongée sur son lit, Hermione contemplait le plafond en tournant sa baguette entre ses doigts. Ses prunelles dérivèrent finalement vers le violoncelle, comme il y a quelques secondes à peine.

Elle aurait aimé savoir en jouer, ne serait-ce que pour s'éviter ce silence terrible dès qu'elle rejoignait sa chambre. Peut-être était-ce la raison pour laquelle il possédait l'instrument ? Pour s'éviter des soirées de solitude, et même d'aphasie parfois. Cela ne lui ressemblait pas, mais pouvait-elle véritablement prétendre le connaitre ?Hermione soupira et bascula sur le ventre. Ginny avait raison, il valait mieux qu'elle rejoigne les dortoirs des Gryffondors… Mais cette simple idée la déchirait de l'intérieur.

Parfois, elle se levait et se rendait dans sa chambre vide, pourtant toujours emplie de son odeur. Et elle s'avançait, lentement, sans rien dire ou faire de plus que laisser ses narines se délecter de la fragrance. Elle se taisait, à moitié rendue muette par la douleur intolérable qui lui décimait les membres en frémissements malades. Parfois même, elle pleurait.

Tout contre le silence. Tout.

Son regard tomba machinalement sur le poste de radio offert par Liam. Elle pointa sa baguette vers l'appareil et fit le mouvement habituel. Aussitôt, les enceintes se mirent à cracher des informations monocordes, l'incitant à changer de fréquence. Elle se balada longuement sur les ondes avant de s'arrêter sur une station en reconnaissant la chanson qui passait.Aussitôt, elle repensa à l'anecdote que lui avait contée Ivrian la veille à propos des français. Il y avait parfois de curieuses coïncidences : on n'entendait parler d'une chose pendant des années, et soudainement, tout le monde semblait avoir les yeux dessus, tout le monde semblait ne faire que parler de ça.

- Allez, venez, Milord! Vous asseoir à ma table, il fait si froid, dehors : ici c'est confortable ! Laissez-vous faire, Milord, Et prenez bien vos aises ! Vos peines sur mon cœur, Et vos pieds sur une chaise !

Elle en avait oublié jusqu'à l'existence même de la France, quand bien même elle y avait passé la plupart de ses vacances… Et soudainement, voilà qu'Ivrian lui en parlait et qu'elle tombait sur une chanson française le lendemain. Et pas n'importe quelle chanson française…Sa mère adorait Édith Piaf.

- Je vous connais, Milord, Vous n'm'avez jamais vue, Je ne suis qu'une fille du port, Qu'une ombre de la rue...

Elle se souvenait de ces sonorités si caractéristiques, sans pour autant reconnaitre entièrement la chanson, et encore moins les paroles. Elle comprenait un peu le français, mais le manque de pratique avait affaibli sa maîtrise de la langue, ce qui la laissait entendre quelques parcelles de phrases, mais sans plus.

- Pourtant j'vous ai frôlé, Quand vous passiez hier, Vous n'étiez pas peu fier ! Dame! Le ciel vous comblait… !

Soudain, cela la frappa : elle reconnaissait ce ton triste. Et elle ré-entendait les rimes. Il y avait deux airs dans cette chanson, et tout lui revint bientôt.

- Votre foulard de soie, Flottant sur vos épaules, Vous aviez le beau rôle, On aurait dit le roi... !

Elle revoyait sa mère la jouer maladroitement au piano, les dimanches après-midi pluvieux.

- Vous marchiez en vainqueur, Au bras d`une demoiselle…Mon Dieu!... Qu'elle était belle... ! J'en ai froid dans le cœur...

Elle sentait à nouveau l'odeur parcheminée des piles de partitions entassées sur le piano poussiéreux et désaccordé. C'était sans doute à cause de cela qu'elle aimait tant le parfum libéré par l'ouverture d'un vieux livre.

- Dire qu'il suffit parfois, Qu'il y ait un navire, Pour que tout se déchire, Quand le navire s'en va...

Elle connaissait cette phrase : sa mère la chantonnait constamment. Cette certitude l'emplit d'une bouffée d'adrénaline et Hermione se redressa, se mettant à tourner dans sa chambre. Les yeux fermés, elle tournait sur elle-même à s'en donner les vertiges.

- L`amour, ça fait pleurer, Comme quoi l'existence, Ça vous donne toutes les chances, Pour les reprendre après...

Tout tourbillonnait dans son crâne, mais plus rien n'avait la moindre importance.

- La-la-la-la-la-la ! La-la-la-la-la-la ! La-la-la-la-la-la !

Ah, qu'il était bon de cesser de réfléchir. Elle s'effondra en arrière sur son lit, les bras en croix, l'équilibre perdu. Son matelas accueillit son dos avec mollesse. Essoufflée, Hermione écoutait les battements assourdissants de son cœur, emplissant son nombril en fanfare.

Lorsque ses lèvres se départirent de son sourire, elle vint poser ses paumes sur ses yeux dans un geste nerveux. Sa gorge était serrée, ses jambes glacées. Le souffle court, elle essaya d'ôter la migraine qui tendait à s'installer dans le creux droit de sa tête rien qu'en imaginant un balayeur sifflotant venir l'en débarrasser. C'était peine perdue, son corps était malade.Elle avait tous les symptômes du manque. Et tout à coup, les refrains emplis de gaité de la chanson lui parurent bien lointains.

- Pour cette dernière séance, nous avons pour but de repasser en revue tous les sortilèges dont nous avons entamé les enseignements depuis les tous premiers ateliers. Il est préférable de déjà maîtriser tous les sorts dont nous avons débuté les tutorats avant de passer à de nouvelles offensives. Peut-être organiserons-nous une quatrième séance pour les plus volontaires d'entre vous. Nous sommes en tout cas très fiers d'accueillir presque l'intégralité des effectifs de vos deux années et aimerions vous féliciter de l'engagement dont vous faites preuve par le biais de votre présence et de vos entrainements en transverse.

Les élèves conservèrent un silence respectueux et certains arborèrent des sourires de fierté.

- Formez des paires et commencez les entrainements en fonction des sorts que vous désirez perfectionner. Les professeurs et intervenants passeront dans les rangs pour vous venir en aide si besoin est.

Hermione et Oksana se jetèrent un regard et se rejoignirent. Depuis qu'elles avaient parlé du départ de Drago, elles n'avaient presque plus de gêne à se trouver l'une avec l'autre. Les discussions animées que leur groupe entretenait les avaient rapprochées, peut-être pas suffisamment pour faire d'elles des amies, mais au point de les laisser trouver un sens commun de camaraderie. Hermione savait qu'Oksana vivait des jours difficiles auprès des Serpentards, notamment depuis qu'il avait été répandu qu'elle et Luna se voyaient. Ses anciennes « amies » pestaient, les garçons autrefois repoussés ricanaient et insultaient. Ce n'était pas beau à voir.

Pourtant, la Gryffondor avait pu assister avec un œil curieux au rapprochement de la blonde et de Pansy Parkinson. Comme quoi, Oksana faisait des efforts sur tous les plans.Tout comme Hermione et Oksana, Pansy et la blonde se parlaient effectivement avec cordialité. Evidemment, demeurait beaucoup de gêne, de tension parfois, et une simple réticence à laisser les rapports autrefois conflictuels s'arranger trop facilement. C'était… Une ambiance particulière.

Liam, lui-aussi, semblait se rapprocher de Pansy Parkinson… Enfin, en tout cas, Hermione pensait à cela tout à fait naïvement, avant qu'elle ne finisse par apprendre que le Serdaigle et la brune de Serpentard étaient plus que de simples camarades… Ce fait lui avait éclaté à la figure quand elle les avait surpris s'embrasser dans le cloitre. Et une toute autre conversation, celle que Liam et Drago avaient eu devant elle, s'éclaira soudainement. Cette-fois là, ils parlaient de Pansy, et non pas d'Oksana. C'était vraiment à croire que les gens s'étaient mis d'accord pour former les couples les plus improbables.Leur groupe se soudait petit à petit, probablement guidé par l'ambiance nerveuse qui nimbait le château : la guerre arrivait, tout le monde le sentait. De nombreux élèves avaient déjà quitté la bâtisse pour rejoindre leurs familles.

Les yeux marronnés d'Hermione vinrent balayer le reste de la pièce tandis qu'Oksana laissait émerger sa baguette ivoire de sa manche. Susan Bones discutaillait sommairement avec Dean Thomas, tous deux écoutés par Mandy Brocklehurst de Serdaigle. Non-loin, Harry commençait déjà à pratiquer le Ferula en attendant Dean.

Dans le groupe A, Neville Londubat regardait autour de lui avec circonspection, certainement à la recherche d'un binôme. Il fut bientôt tout trouvé en la personne d'Hannah Abbot. Dans le groupe B, Ginny et Ron semblaient plongés dans une discussion animée et lui jetaient des coups d'œil réguliers. Elle ne savait pas de quoi ils parlaient, mais cela avait l'air de la concerner : elle se mit en tête de leur poser la question au déjeuner. Luna et Pansy se parlaient cordialement, apparemment décidées à faire équipe.Quelle ambiance curieuse.

- Hermione, est-ce que tu pourrais m'aider pour le Bouclier ? J'y arrive un tout petit peu, mais j'aimerais réussir à absorber un sort, pas seulement à le dévier.

La Gryffondor plongea ses yeux miel dans ceux d'Oksana avant d'approuver avec un semi-sourire.

- En fait, le secret avec le Charme du Bouclier, c'est de le visualiser clairement. Quand tu réussis à bien l'imaginer, il est plus facile de le matérialiser.

La Serpentarde opina du chef, concentrée.

- Commençons par un Rictus Sempra (1)… Essaie de visualiser le dôme en prononçant la formule.

Hermione attendit qu'Oksana soit prête et pointa sa baguette vers elle.

- Rictus Sempra !

- Protego !

Le sort ne dévia même pas et percuta Oksana de plein fouet : elle éclata alors d'un rire perçant et trébucha à terre, hilare. Rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Hermione était pétrifiée : c'était la première fois qu'elle entendait le rire d'Oksana. Et il était assez hystérique, à cet instant, certainement à cause du Sortilège. La Gryffondor finit par se reprendre lorsqu'elle remarqua que plusieurs élèves s'étaient arrêtés dans leurs tâches ou discussions pour les observer avec curiosité.

- Finite Incantatem, lança Hermione.

Elle aida Oksana à se redresser, cette dernière essuyant les larmes de rire aux coins de ses yeux.

- Je n'ai même pas réussi à le dévier, cette-fois, nota Oksana avec un sourire incontrôlable encore affiché sur le visage.

Hermione lui en adressa un autre en retour.

- Ce n'est pas grave, réessayons.

- Peut-être devrais-tu utiliser un autre maléfice que celui des Chatouillis… Je crois qu'on a attiré toute l'attention, murmura la blonde avec une espèce de gêne dans la voix.

La Gryffondor agréa avec un petit rire et elles se remirent en position. Hermione était sur le point de lui lancer un Maléfice du Saucisson lorsque les deux immenses portes de la grande-salle s'ouvrirent à la volée.

- LA GUERRE EST DÉCLARÉE ! PRE-AU-LARD A BRULÉ !, s'époumona Elphias Doge.

L'assemblée se figea à la seconde, tétanisée par les propos du vieux sorcier, membre de l'Ordre du Phénix. Le silence sembla durer des heures, jusqu'à ce qu'il ouvre à nouveau la bouche.

- Dumbledore n'est plus, annonça-t-il d'une voix grave.

Une lourde pierre sembla tomber dans l'estomac d'Hermione et elle se tourna machinalement vers Harry. L'expression de se dernier oscillait entre l'horreur et la gravité. Leurs regards se croisèrent pour ne plus se lâcher…Et la panique dévasta soudainement la pièce : des élèves se mirent à crier, d'autres à courir vers leurs amis les plus proches. Les professeurs et intervenants se rassemblèrent pour approcher Elphias et tenter de calmer l'assistance. Lorsqu'ils réussirent à ramener un semblant de silence dans la salle, la terreur n'avait pas quitté les yeux et pouvait se lire sur chacun des visages. MacGonagall était aussi pâle que la mort et les yeux de Rogue restaient fixés sur le sol, écarquillés.

- Pas de panique !, s'écria Remus Lupin. Nous allons nous charger de l'évacuation du château et tous ceux qui désireront rentrer chez eux le pourront dans quelques instants ! Restez dans la grande-salle, nous allons faire appeler les plus jeunes étudiants.

Lui aussi avait la mine défaite : la nouvelle de la mort de Dumbledore les avait complètement retournés.Harry, Ginny et Ron s'étaient avancés vers Hermione bientôt rejoints par Luna, Neville, Dean et Seamus.

L'AD.

Rapidement, Oksana les approcha à son tour, aussi blanche qu'un linge. Non loin, Hannah Abbot et Susan Bones traversaient la foule pour les atteindre, suivies de Terry Boot, William, Darius Sharma, Miranda Wheeler et même Blaise Zabini. Hermione tiqua : que venait-il faire dans leurs rangs ? N'était-il pas du côté de Voldemort ? Et après tout, pourquoi même était-il présent à ces séances d'apprentissage ? Avait-il changé d'avis à propos de la guerre ? Hermione se rendit soudainement compte qu'elle ne pouvait pas prétendre à la certitude qu'il avait été, à un seul moment, du côté de Voldemort. Rien ne l'indiquait. Et c'était sans doute le seul à ne jamais l'avoir appelée « sang-de-bourbe ». Elle l'avait mis dans le paquet avec les autres, simplement à la vue de ses fréquentations… Mais finalement, ils avaient vraisemblablement Oksana de leur côté, alors…

C'était comme si tous les septième-année, et à fortiori les membres de l'AD, s'étaient donné le mot. Semblait s'opérer un tri pour savoir qui allait participer aux futurs combats qui s'annonçaient.Le groupe grossissait, rattrapé par Pansy, Michael Corner, Parvati et Padma Patil, Colin Crivey, Anthony Goldstein et Ernie MacMillan. Hermione devait admettre qu'elle était tout autant étonnée de l'engagement de Pansy. Ses parents étaient pourtant de l'autre côté du champ-de-bataille… Enfin, théoriquement. Peut-être que le fait d'être avec Liam avait changé la donne ? Sans prévenir, une bouffée d'aigreur envahit Hermione. Pansy, Oksana, Blaise. Tous Serpentards, mais pas le bon. Pas le sien.

Théodore Nott les regarda et sembla hésiter longuement avant de se détourner d'eux. Pansy poussa un soupir plaintif à cette vue et Blaise déporta son regard dans le vague. Les amis seraient sous peu des ennemis. Hermione s'approcha du Serpentard à la peau mate.

- Tu ne t'en vas pas ?, s'enquit-elle discrètement.

- Non. Et je ne me l'explique pas vraiment moi-même, mais quand tu vois Drago Malefoy se repentir après neuf ans d'obscurité, je t'assure que ça t'incite à l'introspection.

Hermione lui jeta un regard dépité. Se repentir ? Elle savait qu'il faisait allusion au passé. Après tout, il savait pertinemment ce qui s'était passé entre elle et Drago. Mais le verbe qu'il avait employé était vraiment hors-de-propos.

- Se repentir ?, murmura-t-elle avec scepticisme. Il est parti, Zabini. Il est parti et il ne reviendra pas. Il a fait son choix.

Blaise soupira lourdement. Ses yeux se perdirent dans le vague quelques secondes, jusqu'à ce qu'il rouvre la bouche pour lâcher l'insoupçonnable.

- Il reviendra, Granger.

Après tout… Cela ne pouvait pas faire de mal.Le cœur d'Hermione loupa un battement à l'entente de ses propos.

- Cela fait des années que tu l'obsèdes. On en a tous été les témoins… Peut-être que certains d'entre nous ont compris à la traine…

Il sourit. Il faisait allusion à Drago lui-même.

- … Mais les faits sont là.

Hermione baissa le visage, incertaine.

- L'obsession ne veut rien dire.

Et elle était bien placée pour le savoir, après toutes ces années. Peut-être avait-il changé, peut-être s'était-il éloigné pour la protéger… ? Elle voulait y croire de toutes ses forces, mais quoi qu'il en était, il avait fini par repartir. Elle aurait voulu qu'il reste, qu'il la choisisse, elle. Elle savait qu'elle était quelque peu égoïste de songer de cette manière, mais bon sang, n'avait-elle pas pour une fois le droit de se montrer égoïste ?Et comme à chaque fois qu'elle pensait à tout ça, elle se remit aussitôt à culpabiliser. Pouvait-elle le blâmer d'être reparti ? Ne l'avait-il pas fait pour sa famille, après tout ? Elle le comprenait tout autant qu'elle lui en voulait.

- Il n'a pas été capable de se détourner de sa route obscure, finit-elle par lâcher.

Blaise lui jeta un regard amer.

- Il a changé.

- Il est parti, répéta Hermione. Il est parti, m'a rejetée, m'a craché au visage, scanda-t-elle à mi-voix en le fusillant du regard.

Peut-être ne voulait-elle que l'entendre la contredire : les paroles de Blaise avaient du poids pour elle. Bien plus qu'il n'aurait pu le soupçonner. Et elles la hantaient.

Est-ce qu'il m'aime… ?Dois-je espérer ?

Le Serpentard haussa les épaules. Ils avaient déjà eu cette discussion.

- Il est comme il est, conclut Blaise. Mais ce qui compte c'est qu'il a ouvert les yeux à un moment.

- Pour les refermer par la suite, répliqua-t-elle, la voix aigre.

Le Serpentard roula des yeux et s'écarta d'elle : ils étaient insupportables tous les deux. Elle était persuadée d'avoir raison et n'en démordrait pas, un défaut qu'il connaissait très bien chez Drago aussi.

- On verra, dit-il finalement.

Les plus jeunes élèves s'amassaient à présent dans la grande-salle. Leurs petites mines étaient teintées d'une frayeur légitime. Il était clair qu'ils ne savaient pas ce qu'il était en train de se produire. Les plus âgés d'entre eux arboraient pourtant des expressions sérieuses et certains tentèrent même de rejoindre les élèves plus âgés pour se faire enrôler dans l'alliance. Les professeurs se montrèrent pourtant très vigilants et les redirigèrent avec autorité près du mur opposé.

Harry s'approcha d'Hermione et se pencha vers son oreille.

- Rogue a disparu. Comme par hasard.

La brune laissa son regard sillonner la salle pour confirmer ses dires : effectivement, le professeur de Potions était introuvable.Harry secoua la tête de droite à gauche, apparemment dégouté, avant de rejoindre Ginny. Hermione reporta son regard vers elle : son expression était toujours désemparée. Puis, elle dévia sur Ron. Il s'était un peu éloigné du groupe et regardait les grandes vitres donnant sur le ciel noirci par une fumée sombre. Pré-au-Lard avait été évacué un peu plus tôt dans la semaine, mais imaginer sa destruction faisait froid dans le dos. Les mangemorts venaient détruire pour les amener à répondre…Flitwick leva le bras et six immenses cheminées sortirent du sol.

- Formez des rangs et dirigez vous vers les feux. Pas besoin de poudre ni de destination : entrez juste dans les flammes deux par deux.

Hermione se rapprocha du Weasley tout en gardant les yeux fixés sur les petits se regroupant pour constituer des files. Ron lui jeta un regard, le déporta sur les cheminées, puis finit par se retourner vers elle, les yeux teintés d'une lueur un peu désabusée.

- Je pense que je ne vais pas m'en sortir vivant, tu sais, dit-il soudainement.

Dans sa voix résidait beaucoup de certitude mais pas la moindre peur perceptible. Hermione posa sa main sur son épaule.

- Ne dis pas ça. Effectivement, nous allons tous risquer nos vies, mais nous allons gagner, je te le promets.

Il le faut.

- La victoire n'est pas ce que je remets en doute. Je pense juste que je ne vais pas survivre au combat. Et très franchement, je crois que je l'aurais bien mérité.

Hermione écarquilla les yeux, abasourdie par ce qu'il venait de dire. Elle vint se poster en face de lui et lui donna une petite gifle.

- Quelles sont ces nouvelles âneries ?!

- On t'a laissée seule, Hermione. Je le réalise maintenant. Tu étais la seule à te préoccuper de la guerre, à essayer de continuer tes efforts pour t'entrainer, pour devenir plus forte : pour mener un combat efficace.

Hermione choisit de l'interrompre avant qu'il n'aille plus loin dans ses absurdités.

- Je ne me suis pas entrainée de l'année, le coupa-t-elle donc.

Il voulut l'interrompre, certainement pour la contredire, mais elle ne lui en laissa pas le temps.

- Je ne sais pas ce que tu imagines, mais je t'assure que nous n'avons pas le même débat. Je vous en ai voulu pendant un moment car vous me laissiez tomber sur le plan amical, mais je pense qu'il était important que vous profitiez aussi de votre vie... Tout cela, c'est un mal pour un bien.

Elle comprit très rapidement qu'il ne voyait pas de quel « bien » elle parlait.

- Harry a trouvé Ginny, comme ça. Enfin. Et puis…

Et puis moi, j'ai trouvé Drago.Puis je l'ai perdu.

Comment aurait-elle pu lui dire, à quelques jours, voire quelques heures à peine du début d'une bataille inéluctable, qu'elle était tombée amoureuse de leur ennemi de toujours ? Peut-être n'avait-il pas besoin de le savoir ? Ou peut-être que si ? Elle ne savait pas bien qui gagnait entre son honnêteté et son désir d'épargner une nouvelle « peine » à l'un de ses meilleurs amis.

- Et toi et Malefoy, souffla-t-il les yeux dans le vague.

Hermione en fut estomaquée.

- Qu'est-ce… Comment est-ce que tu… ?

- Je vous ai vus, toi et lui, un peu avant la première séance d'entrainement. Au début, j'ai vraiment cru qu'il te faisait chanter ou quelque chose du genre…

Et qui pouvait l'en blâmer… ? Cela aurait bien été son style.

- … Et puis, avant d'en parler à Harry… Je sais, une fois n'est pas coutume, s'interrompit-il avec un demi-sourire. Avant d'en parler à Harry, reprit-il, j'ai décidé d'en parler à Ginny.

La brune sentit son sang se glacer dans ses veines. Il allait certainement lui dire ce qu'il pensait de tout ça, et pas en utilisant les plus beaux mots de leur langue. Pourquoi Ginny ne lui en avait-elle pas parlé ?

- Ne fais pas cette tête, j'ai fait jurer à Ginny de ne rien te dire… Je comptais t'en parler moi-même, je pensais qu'on aurait davantage de temps… Enfin bon.

Hermione resta mutique, complètement choquée.

- Ginny m'a fait comprendre que la fouine était encore plus stupide que je ne le pensais. Des années passées à te courir après pour t'insulter, juste pour que tu le regardes. C'est bien son genre de crétinerie.

Ron finit par sourire plus franchement devant son expression hébétée.

- C'est bien la première fois que je t'apprends quelque chose. Je ne t'ai jamais vu avec une tête aussi stupide, asserta-t-il en rigolant un peu.

Elle rit nerveusement.

- Mais… Et tu le prends bien ?

- Non… pas spécialement. Je ne te cache pas que j'espérais… enfin bon… Je ne pensais pas que Malefoy serait mon rival un jour, finit-il par dire avec un air entendu.

Hermione prit une teinte incarnate.

- J'imagine que si la situation actuelle n'avait pas été aussi critique, je me serais sans doute énervé. Je pense aussi que j'aurais essayé de me battre un peu plus contre votre relation… Mais étant donné les évènements…

Son départ.

Merlin, Ronald Weasley avait muri en diable. C'était presque effrayant.

- Merci…, souffla-t-elle simplement devant une telle marque d'acceptation.

- Ouais…, marmonna-t-il en reportant les yeux sur la vaste étendue de ciel, à présent noire.

Elle posa ses mains sur ses épaules et le tourna vers lui, l'incitant tacitement à plonger ses yeux dans les siens.

- Vraiment. Merci.

Ils se regardèrent comme ça longuement, jusqu'à ce que le dernier appel de MacGonagall les sorte de leur torpeur. D'un regard, Hermione et Ron purent constater que la plupart des membres de l'Ordre s'étaient rapatriés dans la grande-salle. Le départ prochain serait généralisé.Ils se dirigèrent à nouveau vers leur groupe : Ginny pleurait presque de rage

- Je suis libre de faire ce choix, bon sang ! Je ne pourrais pas vivre avec l'idée de ne pas être venue !, s'écriait-elle. Luna ! Soutiens-moi !

Luna fit un signe d'approbation. Ron protesta mollement avant de se taire, partagé entre son peu d'enthousiasme à l'idée de réfréner les envies légitimes de sa sœur, et le souci de sa protection. Molly Weasley régla le problème rapidement en la poussant dans les Trimas Gris. Luna, elle, n'ayant pas son père pour lui rappeler un tel comportement, resta main dans la main avec Oksana, les yeux figés sur les pierres froides des cheminées. Lorsque Remus Lupin vint lui dire de passer dans l'un des conduits, elle leva les yeux vers lui et fit un signe de dénégation.

- Vous avez besoin d'aide, certifia-t-elle.

Et il ne parvint pas à la contredire.Une fois que les dernières personnes ne pouvant ou ne souhaitant pas combattre eurent quitté les lieux, plus de la moitié des gens peuplant la salle n'était plus là. Tous se regardèrent, un peu désespérés.

- Ne perdez pas courage : la plupart de nos effectifs sont déjà sur place ! Ils ont besoin de notre renfort, alors allons-y !, les remotiva MacGonagall. Les Portoloins sont sur la table des professeurs, indiqua-t-elle du menton. Minimum huit par départ !

Ils se rapprochèrent des objets quelconques posés ça et là sur la table de bois verni.

- Où allons-nous ?, demanda Anthony Goldstein.

- A Turku, en Finlande…, siffla Alastor Maugrey. Mais peu importe ! On ne part pas en voyage touristique !

Il y eut quelques sourires, tous nerveux. MacGonagall lui jeta un regard peu amène avant de reprendre la parole.

- Nous nous rendons au siège des Archers Sombres et de l'alliance. Là-bas vous seront communiquées davantage d'informations à propos des prochains combats.Départ dans cinq, quatre, trois, deux…

Hermione resserra sa prise sur le coussin parme en velours et se sentit brutalement tirée vers l'avant. Merlin qu'elle détestait les Portoloins.

Le banc circulaire de la Gloriette n'était pas moins dur que par le passé. Le marbre pâle avait quelque peu terni avec le temps, mais cela donnait à l'architecture ivoire une authenticité incomparable. Au toit rond, sous la voute, des fleurs de tilleul s'entortillaient.

Drago recula sur la bascule blanche et s'appuya en arrière sur ses paumes. Ses orbes métalliques parcouraient l'étendue du jardin avec lassitude. Depuis quelques jours, il avait remarqué que sa mère ne le regardait plus, ou si elle le faisait, qu'elle s'attelait toujours à ce que leurs regards ne se croisent pas. Bien vite, Drago avait compris que sa mère craignait de lui retrouver les yeux de son père. Elle avait peur de ce qu'elle pourrait trouver dans les hématites profondes qui ornaient les traits de son fils… Son fils, si grand à présent, la dépassant allègrement de deux têtes : un homme.

Comprenant trop bien sa crainte, Drago n'avait rien dit, préférant se taire plutôt qu'engendrer une peine inutile à Narcissa par des propos un peu trop égoïstes. Son père, lui, ne disait plus mot et restait concentré sur le verre qu'il tenait dans ses mains depuis bientôt des jours. Clov, leur elfe de maison, se précipitait maladroitement toutes les heures pour le resservir, manquant de trébucher en penchant la lourde aiguière au-dessus de son verre.Les repas s'opéraient comme ça, à présent. En silence.

Le blond soupira, laissant basculer sa tête vers l'arrière pour apercevoir une tranche de ciel gris. Depuis qu'il était parti de Poudlard, sa vie semblait n'être faite qu'en noir et blanc.

Un CRAC sonore retentit dans le parc et Drago baissa la tête avec célérité. C'était Rogue. Ce dernier s'avançait vers lui, le pas déterminé, faisant voleter sa cape autour de lui comme les ailes sombres d'une chauve-souris. Quand il fut assez proche, le Serpentard remarqua à quel point sa mine était décomposée, et enfin, lorsqu'il parvint à sa hauteur, le professeur de Potions plongea ses yeux noirs dans les siens.

- La guerre est déclarée.

Drago sentit son sang se glacer dans ses veines : c'était plus tôt que prévu. Il ne se sentait pas prêt. Et il était seul : tellement seul.

- Dumbledore est mort.

Cette nouvelle l'étonna et l'affecta plus qu'elle ne l'aurait dû. Comme la plupart des élèves de Poudlard, il avait toujours cru à cette illusion naïve que renvoyait le fichu vieillard leur servant de directeur : celle de l'invincibilité et de l'immortalité.

- Je dois vous dire quelque chose, grinça Rogue en attrapant son bras.

En quelques instants à peine, ils étaient à un autre endroit : Drago n'avait même pas pu protester contre le transplanage. Ils étaient dans un salon en pleine pénombre et bien vite, le blond comprit que Rogue l'avait amené chez lui.

- Je peux savoir ce qu'on fout ici ?, siffla Drago, peu satisfait de s'être fait entrainer sans avoir eu son mot à dire.

- Taisez-vous et écoutez-moi, somma Rogue. Ce que je vais vous dire ne doit jamais vous échapper, tout comme le secret que vous m'avez confié la dernière fois.

Drago, intrigué par la voix fébrile et surtout grave de son ancien professeur, prit le parti d'obéir et resta mutique.

- Je ne suis pas du côté du Seigneur Noir.

Le Serpentard haussa un sourcil : que voulait-il dire par là ?

- Je suis un agent-double, partisan de l'Ordre du Phénix.

C'était comme si Drago avait reçu un gigantesque coup de massue sur le crâne.

- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?, brava-t-il, les sourcils froncés.

- Je ne suis pas du côté de Voldemort, répéta encore sèchement Rogue.

Le blond secoua la tête de droite à gauche, en signe clair d'incompréhension.

- Je ne comprends pas, depuis tout ce temps vous…

- Je faisais semblant. Pour le compte de Dumbledore, l'interrompit Severus.

Drago esquissa un sourire cynique et déporta son regard sur le candélabre qui les éclairait à peine.

- Non mais je rêve…

- Taisez-vous, exigea une nouvelle fois Rogue. Nous n'avons pas le temps de nous perdre dans des trivialités. Comme je viens de vous le dire, la guerre est déclarée : Pré-au-Lard a été incendié par un Feudeymon.Le Seigneur Noir lui-même a commandité la destruction du village. C'était son ultime moyen pour tuer Dumbledore, et une provocation habile pour faire venir les membres de l'Ordre du Phénix jusqu'à Turku, ce qui a parfaitement fonctionné.

- Qu'ai-je à faire avec tout cela ?, brava Drago.

- Par souci de précaution, reprit sèchement Rogue, le Lord ne confie plus que des missions individuelles, cela permet de réduire les fuites au maximum puisque les personnes au courant de ses plans ne se comptent que sur les doigts de la main, les décourageant fortement de trahir les mangemorts. Je dois vous demander tout ce que vous savez au sujet de vos missions et de celles adressées à votre père…

Le blond le dévisageait froidement, les traits durs, les yeux polaires.

- Pourquoi vous aiderais-je ?

Rogue esquissa un rictus glacial.

- Ne soyez pas ridicule, Drago.

- Je vous ai certes promis mon silence contre le votre, mais je ne souhaite pas prendre part à votre joute contre le Seigneur. Pas après tout ce que j'ai abandonné pour protéger ma famille.

- Préférez-vous croire naïvement à ses promesses de vous garder en vie, vous et vos parents ? Ou choisissez-vous d'être un homme et de faire le choix de me croire lorsque je vous dis qu'il ne rechignera pas à vous éliminer tous, et votre sang-de-bourbe avec vous… ?

Drago s'avança d'un pas, un sourire réfrigérant sur les lèvres.

- Attention à ce que vous dites.

- Il a tué la mienne, souffla Rogue en plissant les yeux, nullement impressionné.

Une nouvelle fois, le blond resta perplexe.

- De quoi parlez-vous ?

- Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus, siffla l'homme au teint cireux en jetant machinalement un coup d'œil vers le mur.

Le Serpentard suivit sa trajectoire visuelle, laissant son regard se perdre sur le faux-palier en amarante posé contre le mur. Ce dernier débordait de pots en tout genre, d'objets curieux, de drageoirs remplis de graines sombres. Et au milieu de tout cela, devant un aquamanile, était disposé un cadre. C'était un cadre tout à fait banal, entourant une photo mouvante curieuse : une fille qui lisait. Son visage n'était pas visible, dissimulé derrière un rideau de longs cheveux, et le teint sépia de l'image rendait toute description de couleur impossible.

- C'est elle ? C'est votre « sang-de-bourbe » ?, s'enquit Drago avec ironie.

Rogue lui lança un regard furieux.

- Lily, corrigea-t-il machinalement avec froideur.

- Lily… ?, répéta Drago en s'approchant légèrement du meuble.

- Evans, acheva Rogue d'un ton, étrangement hargneux, comme s'il n'avait pu s'en empêcher.

Drago se retourna vers lui.

- Vous l'aimiez ?, s'enquit-il sans trop y croire.

Il ne parvenait pas à imaginer Severus Rogue amoureux. C'était inenvisageable. C'est lorsqu'il se rendit compte que ce n'était pas si évident pour lui non plus, qu'il tut ses pensées narquoises. Après tout, Drago n'était pas sentimental pour un sou, et Granger était pourtant parvenue à lui retourner le cerveau avec la plus grande des habiletés.

- Peu importe, éluda Severus avec rudesse. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il m'avait promis qu'il ne la toucherait pas. Et qu'il m'a menti.

Quelque chose dans la froideur de sa voix se rapprochait de la rage du désespoir, faisant perdre à Drago toute trace de cynisme.

- Quand il la tuera, parce ce qu'il le fera tôt ou tard, débuta Rogue, il la passera entièrement en revue. Un sortilège de la Mort couplé à un maléfice d'Omniscience létale : c'est sa technique favorite. Car ce qu'il aime, ce n'est pas tuer l'individu, c'est décimer sa vie entière… Ne rien laisser derrière lui. Et lorsqu'il rentrera dans sa tête, il saura tout. Comment pensez-vous qu'il réagira, alors ?

Drago détourna les yeux.

- Pensez vous qu'il vous la donnera, bien gentiment ? Et quand bien même il vous ferait la fleur de vous l'offrir, dans quel état sera-t-elle ? Pensez-vous qu'elle se donnera à vous sans scrupules, ni remords ? La victoire du Seigneur Noir enraye le moindre de vos plans, Drago. Dans le meilleur des cas, vous perdrez l'amour de votre vie, et dans le pire, vous et votre famille perdrez votre tête. Vous avez vraiment intérêt à ce qu'il perde cette guerre, et surtout à aider l'Ordre à gagner…

Drago le regarda longtemps, silencieux, mesurant la valeur de ses arguments. Puis, il reporta son regard sur le faux-palier surchargé et à fortiori sur la photo mouvante posée sur l'une des étagères avant d'ouvrir la bouche pour prendre la parole.

- Je n'ai été chargé que d'une mission, jusqu'à présent. M'introduire dans la salle-sur-demande de Poudlard en lui demandant de me disposer un endroit où je pourrais dissimuler quelque chose que personne ne pourrait retrouver ; suivre un chemin bien précis au milieu du bric-à-brac et retrouver une tiare sur un mannequin.

Rogue sentit son sang se glacer dans ses veines.

- J'ai compris plus tard qu'il s'agissait du Diadème de Rowena Serdaigle.

- Salazar…, jura Rogue en soufflant lourdement.

Il se détourna du jeune Malefoy et s'approcha de sa console sur laquelle étaient disposées de nombreuses carafes remplies de liquides ambrés ou sombres. D'un coup de baguette, il remplit un verre et le porta à ses lèvres pour en vider le contenu.

- Le vieux fou avait encore raison, crissa Rogue à mi-voix. Savez-vous où il garde le Diadème ?

- A la Nécropole Fruste, je pense, asserta le blond en passant sa main sur sa nuque avec incertitude.

Severus planta son regard dans le sien.

- Savez-vous ce qu'est un horcruxe, Drago ?, murmura-t-il avec lenteur.

Les traits du Serpentard se décomposèrent. Tout s'éclairait. Voilà pourquoi Voldemort lui avait dit qu'il avait bien fait de ne pas enfiler le Diadème sur la tête. L'homme Serpent en avait fait un refuge pour une partie de son âme.

- Putain…, laissa échapper Drago.

- Il y en a sept, annonça Rogue avec gravité.

- Sept ?! Et vous voulez qu'on le tue ? C'est impossible !, persiffla le Serpentard d'une voix glaciale.

- Quatre ont d'ores et déjà été détruits par Dumbledore. Il reste le Diadème de Rowena Serdaigle et deux autres dont nous ignorons l'apparence.

Drago passa ses doigts dans ses cheveux avec nervosité. Il n'aimait pas du tout la tournure des évènements.

- On soupçonne que Nagini en soit un aussi, cela dit, articula Rogue avec gravité. Et…

Les yeux acier du blond vinrent plonger dans ceux de son ancien professeur de Potions.

- Et… ?

- Et Potter pourrait en être un lui-même. D'après Dumbledore.

La nouvelle le cloua sur place : Potter ? Un horcruxe ? Il ignorait qu'un être humain pouvait être porteur d'une partie de l'âme d'un tiers.

- Pourquoi aurait-il choisi Potter ?

- Il ne l'a pas choisi. C'est compliqué…

La bouche de Drago resta close, l'incitant à continuer son explication.

- … La… mère de Potter a placé une protection de magie ancestrale sur son fils. En mourant pour le protéger du Seigneur Noir, le sacrifice de sa vie a rendu impossible tout assassinat de Potter de la main de ce dernier. Il lui était donc impossible de le toucher, ce qu'il ignorait lorsqu'il a lancé le sortilège de la Mort.Lorsque le sort a rebondi sur le jeune Potter et l'a touché de plein fouet, il lui aurait cédé une partie de son âme sans le vouloir, s'affaiblissant donc au-delà de l'imaginable.

- Ce qui veut dire que Potter doit mourir ?, souffla Drago.

- Oui, claqua fermement Severus. Et il le sait déjà et s'y est résigné.

Bon sang. Jamais il n'aurait imaginé ça. Certes, Potter était son pire ennemi, mais de là à imaginer qu'il doive impérativement mourir pour détruire Voldemort… ? Un tel sacrifice…

- Nous n'avons pas le temps de discuter de tout ça, clama soudainement Rogue. Nous avons déjà beaucoup de chance de ne pas avoir été encore appelés ! Dîtes m'en plus : que savez-vous des missions de votre père ?

Drago, toujours perturbé par tout ce qu'il venait d'apprendre, prit du temps pour reprendre ses esprits. Il songea brièvement à ce que lui demandait Rogue et soupira.

- Je n'en sais rien : je ne parle plus à mon père.

Les sourcils de Rogue se froncèrent.

- Etes-vous sûr de ne vous souvenir de rien ? Un détail ? Une phrase un peu étrange ?

Le blond hocha la tête en signe de dénégation, avant que ses yeux ne s'éclairent furtivement.

- Si, une petite chose. Il a fait une allusion curieuse à la Cathédrale de Turku.

- Continuez, l'encouragea Rogue avec sévérité.

- Il s'est plaint des cartes de transplanage imposées. Pour lui, ne pouvoir riposter que par le sud et le nord est un défaut stratégique.

- Pourquoi diable se cantonnerait-il au nord et au sud ?, s'enflamma Rogue.

- Je n'en sais rien.

- Les Vampires sont à l'Est, nota Severus. Mais le Seigneur Noir est persuadé qu'ils sont de son côté…

- Ce n'est pas le cas ?

- Kebra des Maisons Finlandaises de Nyx (1) est un ami de Sirius Black.

Le Serpentard haussa un sourcil : de quoi diable parlait-il ?

- Vous devez savoir que Sirius Black a été enfermé à Azkaban à la place de Queudver…

- Oui.

- Kebra est un vampire qui a fui la Finlande à cause des législations répressives et barbares contre les vampires. Il est venu en Grande-Bretagne, où les mœurs étaient plus laxistes, même si elles demeuraient bien plus sévères à l'époque qu'elles ne le sont aujourd'hui. Après une agression de sang-pur, il a été jugé et envoyé à Azkaban pour un siècle : suffisamment pour l'y tuer, en vérité. Les techniques des détraqueurs ne marchent pas sur les vampires, mais ils peuvent mourir de faim au bout de quelques décennies.Quand Sirius Black a été enfermé à Azkaban, ils ont fait connaissance en tant que voisins de cellule, si j'ose dire. Black s'est toujours pris de passion pour les hybrides, quoi qu'il en soit… et il s'est toujours assuré de passer son bras à travers les barreaux pour l'aider à survivre.Lorsque Black s'est échappé de la prison pour se venger de Queudver, lui et Kebra étaient devenus très proches… C'est la raison pour laquelle lorsque le Seigneur Noir a ouvert les geôles, deux ans plus tard, Kebra a prétendu lui être redevable et lui a proposé ses forces de tribu. En vérité pourtant, Kebra était également un agent-double et transmettait toutes les informations qu'il possédait à Black, et donc à l'Ordre du Phénix.

Drago acquiesça en silence.

- Que voulez-vous dire par « législation barbare » ?, finit par demander Drago.

- La condamnation à mort par Mines Blêmes.

Le regard du Serpentard s'éclaira subitement.

- C'est ça ! Les Mines Blêmes ! A l'ouest, il a dit qu'il y avait des Mines Blêmes.

Les yeux de Rogue s'écarquillèrent et son visage, déjà cireux, pâlit de stupeur.

- Je ne sais pas ce que c'est, c'est sans doute pour ça que je n'ai pas retenu…, signala Drago, plongé dans ses souvenirs pour vérifier que ne s'y cachaient pas d'autres éléments omis.

- Ce sont des pièges de fer, dotés de mâchoires de vampire.

Drago sombra dans le dégout le plus complet.

- Hein… ?

- Cela ressemble à un piège à ours, sauf qu'à la place des dents de métal ont été fixés des canines de vampire en Amplificatum (2). Cela a été créé par l'Union Fondamentaliste Magique Finlandaise pour, je cite, « faire ressentir aux vampires une mort aussi douloureuse que celles qu'ils infligent aux mortels ». Les pièges drainent entièrement le sang de la victime, humain ou vampire, et le condamnent donc à une souffrance innommable jusqu'à la mort.

Le Serpentard secoua la tête de droite à gauche, désabusé.

- Le Seigneur Noir a dû les placer à l'opposé des vampires pour ne pas perdre leur alliance : ils haïssent ce procédé. Ce qui veut dire qu'il compte saigner les membres de l'Ordre du Phénix : l'utiliser sur les mortels qui n'ont pas la moindre chance d'en réchapper. Ils ne sont pas assez forts pour s'en soustraire…, grinça Rogue avec célérité.

- Il faut les prévenir, argua fermement Drago.

Rien qu'imaginer Granger piégée dans ce genre d'outillage inhumain lui donnait des sueurs froides.Rogue agréa, pâle comme la mort, jusqu'au moment où il esquissa une grimace.

- … Il nous appelle…, lâcha-t-il dans un souffle en retroussant sa manche sur son bras douloureux. Il veut que nous y soyons immédiatement. J'envoie un Patronus…

Severus dressa sa baguette et prononça la formule. Une biche esquissa un pas dans une brume pâle et émergea du bout de bois.

- Dis-leur. Dis-leur pour les Mines Blêmes, somma Rogue, pourtant presque avec douceur. Va, vite.

La biche le regarda quelques secondes avant de disparaitre en gambadant avec vélocité. Rogue vint à nouveau plonger ses yeux dans les orbes anthracites de Drago et ses lèvres se murent presque toutes seules.

- Allons-y.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin à destination, Hermione crut sincèrement qu'elle allait dégobiller sur ses souliers. Un rythme assourdissant résonnait autour d'eux et des cris retentissaient plus loin : la Gryffondor finit par comprendre que la bâtisse dans laquelle elle se trouvait était sous le joug d'une musique diablement forte.

- Landlords and power whores ! On my people they took turns, Dispute the suits I ignite, And then watch'em burn ! BURN BURN, YES YOU GONNA BURN! BURN BURN, YES YOU GONNA BURN! (3)

- FRED ! GEORGE ! JE VOUS AI DIT DE BAISSER, ALORS BAISSEZ !, s'époumona Molly.

La musique diminua subitement, jusqu'à disparaitre enfin, et Fred passa la tête dans l'embrasure d'une porte.

- Désolé, m'man, mais on s'est dit qu'il fallait remotiver le peuple !

- Avec ces cris affreux ?!, le gronda-t-elle.

Il haussa les épaules, un sourire provocant sur les lèvres, et disparut. MacGonagall évinça le petit sourire nerveux qui tendait à se glisser sur sa bouche et s'avança vers toute la troupe, arrivée dans un très vaste hall.

- Bien, nous voilà au Colombier, il s'agit du repaire de l'alliance contre Voldemort. Il y aura suffisamment de quartiers pour tout le monde, tant que vous vous mettez par paires dans les chambres. Mais pour l'instant, il ne s'agit pas de notre priorité. Je vous prie, s'il vous plait, de reprendre les entrainements arrêtés un peu plus tôt.

Une vague de protestation émergea des élèves. Vraisemblablement, ils avaient bien compris qu'une réunion d'urgence allait s'opérer et ils voulaient que cette dernière soit publique. Par précaution, cependant, les adultes préféraient conserver les stratégies pour eux jusqu'à la dernière minute, de peur que parmi toutes ces nouvelles recrues ne se trouve un agent-double missionné par Voldemort. Il était si facile de manipuler un adulte, alors un jeune élève...

Hermione se rapprocha d'Harry et de Ron. Elle posa sa main sur l'épaule du Potter, essayant par-là de lui transmettre sa compassion. Sa mine ne se recomposa pas pour autant et il resta livide, l'expression défaite par le désespoir. Visiblement, la mort de Dumbledore l'avait vraiment affecté, mais Hermione savait qu'il n'y avait pas que ça… Au bout de quelques instants, il finit par tourner son visage vers elle et plongea ses yeux couleur émeraude dans les siens.

- J'ai eu un flash pendant le Portoloin. Je ne suis pas sûr de ce que j'ai vu… Mais…

Hermione attrapa Ron par le bras et les traina tous les deux à l'écart.

- Dis-nous, Harry. Ca peut avoir son importance… Nous sommes après tout à un moment crucial…, murmura Hermione.

- Voldemort savait que Dumbledore détruisait les Horcruxes. C'est pour ça qu'il a envoyé un Feudeymon sur Pré-au-Lard.

- Un Feudeymon ?!, s'écria presque Ron.

- Dumbledore savait qu'il ferait ça. Et il savait aussi qu'il était le seul à pouvoir empêcher les flammes de se propager jusqu'à l'école. Alors il a annihilé le sort, mais évidemment, cela lui a couté la vie… Un contre-sortilège d'une magie si noire demande une force vitale qu'il n'avait plus… Il savait qu'il allait mourir : il l'avait accepté.

La brune sentit son cœur battre plus vite. Quelle était cette sensation ?

- Il m'a dit ce qu'il comptait faire : une Prison de Mauve. Un sortilège qui enferme le feu dans une plante qui l'absorbe et s'en nourrit… Mais le problème, c'est que Voldemort savait aussi que Dumbledore nous confierait la tâche de trouver et de détruire les autres horcruxes. Dumbledore m'avait prévenu que ce serait le cas. Et dans le flash que j'ai eu au moment du Portoloin, il en parlait.

Hermione et Ron échangèrent un regard affolé.

- Et qu'est-ce qu'il disait ?, murmura le roux.

- Il parlait à Nagini, en fourchelangue, je comprenais par bribes, mais en gros, ce que t'a dit Oksana a été confirmé…, lâcha Harry en regardant Hermione. Malefoy était bel et bien chargé de ramener le Diadème et il a réussi. Et il disait que pour faire bonne mesure, comme il sera concentré sur ma propre mort, Malefoy devrait s'occuper de vous…

La Gryffondor sentit son sang se glacer dans ses veines. Drago allait être chargé de les traquer et probablement de les mettre hors d'état de nuire, autrement dit, les tuer. Ron lui jeta un coup d'œil inquiet avant de replonger dans ses pensées.

- Ce n'est pas très étonnant, finit-il par dire d'une voix amère.

Hermione n'était pas en mesure de répondre. Sa bouche était aussi sèche que du parchemin et ses mains, plus moites encore que le creux de son dos, commencèrent à trembler. Nous n'en étions plus au stade où ils étaient de simples ennemis sur le champ-de-bataille... Non, ils étaient dès à présent engagés dans un macabre jeu de traque. C'était tuer avant d'être tué.Harry allait ajouter quelque chose lorsqu'un bruit aigu résonna non-loin. Une biche argentée venait de faire son entrée dans le hall et se dirigeait avec célérité auprès de Remus et de Sirius. Harry semblait hébété face à cette apparition. Lorsque l'animal de brume eut fini de diffuser son message, inaudible pour les trois Gryffondors à cause de leur distance, il s'évapora dans un souffle pâle.

Remus et Sirius semblaient pétrifiés par la nouvelle et aussitôt, l'ainé des fils Black se transforma en chien et quitta les lieux. Le trio d'or s'approcha de Lupin pour s'enquérir des nouvelles mais ce dernier leur adressa un geste pressé et quitta le hall au pas de course pour grimper dans les étages.

- … C'était le Patronus de qui ?, s'enquit Ron, incertain.

Harry haussa les épaules, toujours incrédule.Autour d'eux, les élèves avaient cédé aux consignes de MacGonagall et avaient repris leurs entrainements avec ardeur. Hermione laissa son regard se perdre à travers les nombreux éclats de magie, essayant désespérément de se défaire des frissons désagréables qui la parcouraient toute entière.

Peine perdue.

- L'heure est venue.

La voix, aigue, glacée, résonna longuement contre les hauts plafonds gothiques de la Nécropole.

- Nos troupes sont prêtes à combattre et à remporter la victoire.

Le Seigneur Noir marchait parmi ses fidèles, plantant froidement ses yeux reptiliens dans les prunelles apeurées de certains mangemorts.

- Reste à définir certains rôles. Severus, viens ici.

Rogue s'exécuta sans hésitation, impassible.

- Je veux que tu t'occupes de tes camarades de promotion : Remus Lupin et Sirius Black. Ce sont deux éléments dont je veux me défaire. Ce seront tes proies principales. Evidemment, cela ne vous exempte pas de leur lancer des maléfices, vous aussi, lança-t-il au reste de l'assistance. Mais je sais que tu es le seul qui peut les tuer. Tu les connais. Et ton rôle d'agent-double te permettra sans doute de les faire disparaitre avec rapidité.

Severus acquiesça, toujours impavide.

- Et je souhaite que tu ne portes pas de masque : je veux qu'ils voient clairement de quel côté tu es vraiment. Cela sèmera la zizanie parmi leurs rangs.

Cet homme était vicieux et sadique. Détestable. Méprisable.

- Fils Malefoy, lança ensuite Voldemort.

Drago sortit de ses pensées et plongea ses yeux métalliques dans ceux de Voldemort. Ses pupilles verticales étaient d'une laideur écœurante mais Drago se retint habilement d'esquisser la moindre grimace.

- Je veux que tout comme Severus, tu te charges de deux de tes anciens « camarades ».

Le front du Serpentard se plissa. Cela n'annonçait rien de bon.

- Je suis sûr que tu seras ravi de le faire, étant donné les retours que ton père m'a fait de ces deux méprisables individus… Tue Ronald Weasley et Hermione Granger.

Drago lutta mentalement de toutes ses forces pour conserver son expression immuable. Ses poings se crispèrent à peine et il parvint à arborer un sourire sournois.

- Avec plaisir.

Voldemort lui sourit cruellement en retour, fier de son nouvel élément.

- A la différence des autres mangemorts et à l'instar de Severus, je ne veux pas que tu portes de masque, siffla soudainement le Seigneur Noir.

Drago haussa un sourcil, dubitatif.

- Les membres de l'Ordre, tu le verras par toi-même, sont ridiculement hypocrites. Et j'entends bien tirer partie de leur pitié minable : comme tu es jeune et que tu faisais partie de Poudlard, ils t'éviteront. Les seules attaques qui te seront adressées seront de l'ordre de l'entrave ou de la stupéfixion. Je sais que tu sauras les dévier sans problèmes, et ils n'insisteront pas. Cela te permettra donc de mener à bien ta tâche, sans difficulté.

Le jeune Malefoy esquissa un nouveau sourire narquois avant d'approuver silencieusement le plan de Voldemort. Il constatait toutefois que Rogue avait raison : Voldemort n'avait pas de scrupules à lui faire prendre des risques.

- Comme cette mission est capitale, tu seras aidé par Lucius, désigna ensuite le Seigneur Noir en jetant un coup d'œil au patriarche Malefoy, de l'autre côté de la pièce.

Merde.

Lucius mettrait du zèle à les traquer : il devrait se charger de l'en empêcher. Pour cela, il devait absolument rester à ses côtés, car contrairement à lui, Lucius aurait un masque comme tous les autres mangemorts. Il serait donc bien mal-aisé de le retrouver dans le chaos de la bataille s'il le perdait de vue. Et il ne pouvait pas se permettre de le perdre de vue. Heureusement, son plan d'origine s'articulait assez facilement autour de cet imprévu.Bellatrix s'avança aux côtés de son maître.

- Confier cette mission à ces deux-là… Est-ce vraiment une bonne idée, maître ?, demanda-t-elle avec une mièvrerie sadique. Ce sont deux incapables.

- Remettrais-tu ma parole en doute, Bellatrix ?, persiffla Voldemort.

Aussitôt, la sorcière se décomposa et elle balbutia des excuses pathétiques. Le regard qu'elle lança à Drago une fois que Voldemort se fut désintéressé d'elle ne lui disait rien qui vaille. Sa tante l'avait pris en grippe depuis qu'il était revenu de Poudlard : elle ne voyait pas d'un très bon œil la nouvelle affection de Voldemort à son égard et craignait de perdre sa place de préférée. Sur ses lèvres pincées, il parvint à lire un « je t'ai à l'œil » limpide et froid. Drago adressa à son ancienne tutrice un sourire désarmant de cynisme qui la fit presque verdir de rage. Peut-être avait-il tort de la provoquer : elle était très à même de lui mettre des bâtons dans les roues… Cela dit, il n'avait pu s'en empêcher.

Voldemort finit de distribuer leurs missions à ses loyaux mangemorts et leur ordonna de se disperser : il les préviendrait bientôt de la bataille prochaine.

Drago quitta la pièce, non sans jeter un coup d'œil à la figure pâle adossée le long du mur du fond : d'un seul regard, il sut qui était l'homme. Sa peau d'un ivoire surnaturel, ses yeux aussi perçants que ceux d'un faucon, et la capuche dissimulant son front, certainement portée par habitude pour s'éviter les rayons du soleil, en révélaient suffisamment. C'était Kebra. Ce dernier lui jeta un regard et haussa les sourcils, lui souriant jusqu'à exposer des dents parfaitement blanches, et deux canines légèrement proéminentes sans être anormales pour un humain. Drago resta froid et le dépassa sans rien dire. Une main se posa sur son épaule au moment où il quittait la pièce : sans avoir besoin de se retourner, Drago devina qu'il s'agissait de son père.

Ce dernier vint se poster devant lui, et quand Rogue les dépassa, le professeur de Potions jeta un regard à Drago pour lui signifier qu'ils avaient à parler un peu plus tard.

- Quoi ?, lâcha négligemment Drago en reportant ses yeux sur Lucius.

- Nous devons nous organiser.

Oh, pour ça, ils allaient s'organiser… La stratégie de Drago bouillonnait déjà dans son crâne dans un fumet glacial, et ce depuis des jours déjà.

- Rentrons au manoir, dit simplement le blond.

Ce qu'ils firent.

Hermione arpentait la salle de long en large d'un pas atonique. Dans quelques heures seulement, elle se retrouverait face à Drago. Cette idée l'effrayait, mais pas autant que la sensation d'excitation, proprement horrifique, qui grignotait son ventre à l'idée de le revoir.Ron s'avança vers elle pour s'aligner à sa marche et elle lui jeta un coup d'œil nerveux.

- Ca va ?, murmura-t-il.

- Pas vraiment, non, contra-t-elle avec un sourire désabusé.

Le roux ne sembla pas savoir quoi répondre : comment aurait-il pu la rassurer alors qu'il détestait le Serpentard ? Il ne pouvait décemment pas lui entretenir l'espoir d'une possible « bonté » de Drago Malefoy : pour lui, il était clair que ce serait soit lui, soit eux. Et tant qu'à faire, il préférait que ce soit eux.

Le problème, c'était qu'il n'était pas tout seul. Hermione avait toujours été une personne sensée et elle s'était toujours montrée très raisonnable, malheureusement, il avait bien compris qu'elle nourrissait des sentiments envers le Serpentard, or cela pouvait leur amener bien des ennuis. C'était ce que son père disait toujours « il n'y a pas plus dangereux qu'une fille amoureuse, Ron, je peux te l'assurer ». Et des tas de scénarios tournaient dans sa tête : et si elle s'interposait entre eux, ou une stupidité de ce genre ? Et si Malefoy essayait de profiter de sa faiblesse pour les massacrer tous les deux ? Ces idées le rendaient malade. Il voulait s'assurer qu'elle saurait accomplir ce qu'elle avait à faire si elle se retrouvait seule face à lui : risquer de la perdre lui retournait l'estomac.

- Hermione… Qu-

- Je n'hésiterais pas, lâcha-t-elle. Si je dois me défendre, je le ferais…, certifia-t-elle en plantant ses yeux dans les siens.

Evidemment, elle avait deviné ce à quoi il pensait.

- Peut-être devrais-tu rester ici ?, finit-il par dire.

Hermione eut un rire sombre.

- Il faut que j'y aille, Ron. Mes sentiments ne rentrent pas en ligne de compte. C'est un champ-de-bataille, non plus les couloirs de Poudlard. Et puis…

Et puis, elle avait envie de le voir. Elle voulait que leurs yeux se rencontrent, elle voulait voir sa trahison de ses propres yeux : sa lâcheté. Elle voulait vérifier s'il était bel et bien irrattrapable, et si oui, elle devrait se répugner de lui par tous les moyens, et elle était sûre qu'il s'agissait là de son dernier recours. Si tout ce qu'il lui avait infligé jusqu'à présent ne suffisait pas à éteindre la tendresse qu'elle éprouvait pour lui, le voir œuvrer concrètement pour Voldemort devrait lui faire reprendre ses esprits. Et si cela échouait, alors, elle essaierait de le tuer jusqu'à mourir elle-même.Dernière salve.Âme perdue, esprit égaré.

- Il faut que j'y aille, répéta-t-elle avec détermination.

Drago sortit de la cuisine, les yeux plus froids que jamais et un sourire sardonique sur les lèvres. Clov passa le pas de la porte pour le regarder partir : il tremblait comme une feuille.

Le pas rapide, Drago se rendit vers la bibliothèque où l'attendait son père. En passant devant le boudoir de sa mère, il put voir qu'elle s'était endormie près de la fenêtre. Dehors, la pluie tombait à tambours battants. Revenant sur ses pas, il vint l'attraper avec douceur. Calmement, il se dirigea vers la méridienne pourpre près de la cheminée ronflante et l'y déposa lentement. D'un coup de baguette, il fit apparaître un plaid brun et l'en recouvrit.Sans plus trainer, il quitta la pièce et la referma derrière lui. Narcissa ouvrit les yeux et lâcha un soupir.

- Mon bébé n'est pas complètement perdu, murmura-t-elle, presque inaudible.

Drago ouvrit la porte de la bibliothèque, y pénétra, et la referma juste après. Son père était dos à lui, face à la cheminée. Ses mains s'entortillaient nerveusement dans son dos et il se balançait frénétiquement de ses talons jusqu'au bout de ses pieds, lui donnant l'air d'une poupée de cire déséquilibrée.

- Père, lança Drago.

Il vit les épaules de Lucius se crisper avec une grande satisfaction. Ce dernier se retourna vers lui, des cernes conséquents sous les yeux. Machinalement, il vint attraper son verre posé sur le rebord de la cheminée et le porta à ses lèvres. Drago en profita pour l'observer plus en détail, remarquant sans grande peine à quel point l'homme nanti et tant de prestance d'autrefois n'existait plus dans ses traits. C'était un homme fatigué, non, éreinté par sa vie de mangemort. Bientôt, il craquerait. Mais ce n'était pas assez rapide, et Drago avait bien l'intention de rempironner son état jusqu'à ce qu'il cède, avant la bataille décisive.

- Vous avez l'air nerveux, auriez-vous peur ?

Comme prévu, son père le fusilla du regard. D'un geste violent, il balança son verre dans l'âtre flamboyant.

- Peur… ? Peur ?! Comment oses-tu…

- Nul besoin vous énerver, Père, le coupa nonchalamment Drago.

S'il commençait déjà à se mettre en colère, Drago avait gagné d'avance.

- Peut-être auriez-vous besoin d'une douche froide, ou éventuellement d'un peu d'obscurité.

L'obscurité : la menace ultime de Lucius pendant l'enfance de Drago. Il recommandait la pénombre à chaque méfait, à chaque bravade ou insolence, à chaque caprice ou crise de nerf. « Cela te calmera », disait-il toujours.Lucius lui jeta un regard noir.

- CLOV !

L'elfe transplana aussitôt dans la pièce.

- Apporte-moi un autre verre…, ordonna-t-il d'une voix arctique. Tout de suite !

Clov jeta un infime coup d'œil à Drago, qui lui, dévisageait son père avec un cynisme presque palpable. Quelques secondes plus tard seulement, Lucius portait une nouvelle gorgée d'alcool à sa bouche.

- Mais parlons plutôt stratégie, reprit soudainement le jeune Malefoy avec un sourire sardonique. Je sais que le Seigneur Noir souhaite vous inclure à mon plan, mais je n'en ai moi-même aucune envie.

Les traits crispés de Lucius s'échangèrent contre une moue hébétée.

- Je te demande pardon… ?

- Bientôt sénile, le vieux Malefoy ?, ironisa Drago.

L'incrédulité de Lucius se fondit en une rage insoutenable : la colère lui mâchait les traits, les recrachant en une expression trahie et douloureuse.

- Cesse tout de suite cette attitude !, ordonna-t-il, presque en murmure.

- Je ne crois pas, non…, siffla simplement Drago, perfide. Elle est bien lointaine, l'époque où vous pouviez encore me donner des ordres.

Lucius recula presque sous le coup du choc. Mais Drago n'en avait pas fini.

- Elle est bien lointaine, votre période d'assurance et de gloire… Il est parti, le temps où vous m'effrayiez avec vos regards perçants et vos histoires démentes… Votre comportement minable ne se cache plus derrière du dédain et du cynisme : vous faites peine à voir. Tu fais peine à voir, Lucius.

Le père Malefoy pâlissait à vue d'œil et il sembla clair à Drago que sa victoire sur son mental, déjà bien brisé, était proche.

- Je n'ai plus envie d'être associé à ta faiblesse : regarde-toi trembler devant ton propre fils. Et tu crois pouvoir satisfaire les demandes de ton maître ? Tu n'es plus qu'une loque, asséna Drago dans un rythme machiavélique.

Il porta son verra à ses lèvres une nouvelle fois, avalant le contenu et se dirigeant lui-même vers le flacon d'eau-de-vie pour s'en resservir. Drago y jeta un coup d'œil et, faisant négligemment rouler sa baguette entre ses doigts, il lança un sortilège informulé qui fit éclater la carafe.

- CLOV ! CLOV !, s'époumona Lucius.

Clov réapparut et Lucius lui arracha cette fois la bouteille de Whisky Pur-Feu des mains. Il but au goulot, réduit pathétiquement à déglutir la moitié en laissant l'autre partir dans sa chemise froissée, la détrempant. Drago le regarda faire avec triomphe.

- C'est bon, Père ? Ta cervelle doit en avoir le gout, à présent.

Lucius céda et lui balança violemment la bouteille au visage. Drago l'évita sans peine et pouffa de rire. Son père avait dégainé sa baguette, mais il peinait à tenir sur ses jambes flageolantes.

Cela faisait effet.

- Pourquoi fais-tu ça ?!, cingla-t-il d'une voix glaciale.

- Ca m'amuse, lâcha Drago avec évidence.

- C'est là ta façon de t'amuser ?, persiffla Lucius.

- C'est la tienne aussi, signala simplement son fils.

Le père Malefoy écarquilla les yeux : ses doigts tremblaient.

- N'est-ce pas terrifiant d'être blessé par le monstre qu'on a soi-même dressé, Père… ?

Ca y était, il reculait. Drago avança d'un pas, comme par provocation.

- Les blagues dont on souffre sont toujours moins amusantes que celles que l'on impose…

Lucius recula une nouvelle fois, et comme précédemment, Drago avança d'un pas.

- N'approche pas.

- L'humiliation, la violence contre ta femme : ma mère, l'endoctrinement perpétuel. Tu ne m'as pas laissé grandir, sale enflure.

- N'approche pas !

- Tu veux que je te dise : tu as eu beau frapper, ordonner, régir, dominer, tu as raté mon éducation tout comme tu as raté ta vie.

Dans les yeux de Lucius dansait une lueur démente et dans ceux de Drago, le sadisme suintait. Ce serait sa dernière marque de violence : c'était donc le moment de la tarir.

- Tu sais ce que fait ton fils, depuis que tu t'es perdu dans le trou-du-cul du monde, à exécuter des ordres dont tu ne connais même pas la portée, puisque tu n'es qu'un pauvre pion ?

Evidemment, il ne répondit pas.

- Tu sais ce qu'il fait ?, répéta Drago. Il baise une sang-de-bourbe. Et il aime ça. Et il aime tellement ça qu'il va lui sauver la vie, qu'il a vendu l'autre malade mental et ses ambitions d'aliéné, et qu'il va retourner la voir et la baiser encore.

Lucius s'effondra au sol, lâchant sa baguette du même coup. Ses épaules tressautaient, marquant clairement que la potion faisait effet.L'Augurey allait le clouer au lit pour des semaines (4). De longues semaines d'introspection insupportables et dévastatrices. Et peut-être que l'homme apprendrait à grandir dans sa tête. Peut-être.Pour la première fois depuis ses quatre ans, Lucius Malefoy fondit en larmes.

Sans perdre de temps, Drago lui lança un cinglant Incarcerem et transplana avec lui dans une chambre vide du deuxième étage. Là, il l'attacha et après lui avoir adressé un sort de Mutisme, il claqua la porte avec un sourire victorieux.

Il fallut plusieurs heures à Drago pour se calmer : ce qu'il avait fait faisait encore trembler ses mains d'adrénaline. Jamais il n'aurait cru prendre de telles libertés face à son père… Mais le jeu en valait la chandelle, et très sincèrement, il avait toujours un peu rêvé de lui faire payer son autorité tyrannique sur lui et sa mère.Quelques coups furent frappés à sa porte, l'interrompant dans ses pensées. Il ouvrit la porte d'un coup de baguette, parfaitement conscient de qui se trouvait derrière. Rogue pénétra dans le hall d'entrée, trempé de la tête au pied.

- Où est Lucius ?

- Je m'en suis déjà occupé, lâcha Drago en restant assis dans un grand fauteuil Voltaire.

Severus ne répondit pas : il s'en était un peu douté.

- Clov empruntera son apparence encapuchonnée et sa voix pour qu'il n'y ait pas de manque d'effectif dans les rangs, mais sitôt arrivés sur place, il s'en ira.

Rogue agréa et jeta un sort à sa cape pour qu'elle sèche instantanément.

- Que l'on soit clairs : il faut que vous fassiez semblant jusqu'à ce qu'on arrive sur le terrain.

- Je ne vais pas faire semblant, l'avertit Drago. Il faut que je plante Weasley si je veux que Bellatrix me foute la paix. Pour cela, j'ai besoin de votre aide…

- Mais encore ?

- Une formule qui blesse gravement sans être mortelle si elle est traitée dans les heures qui suivent.

Elle ne me pardonnerait pas d'avoir buté Weasmoche.

- Le Demeto, répondit aussitôt Rogue.

C'était une technique parfaite pour cette stratégie.

- Le maléfice de démembrement intérieur ? (3), s'enquit Drago

Rogue agréa silencieusement.

- Et pour miss Granger ?

Drago esquissa un sourire satisfait.

- Je dois la traquer, alors je vais la traquer.

Severus fronça les sourcils.

- Que voulez-vous dire ?

- Il faut que personne ne se doute de rien : c'est le plus important. Or, comme vous l'avez entendu tout à l'heure, il ne veut pas que je porte de masque. La protéger le visage à l'air libre me parait plus inconscient que stratégique.

Le professeur de Potions opina du chef.

- Donc, je vais la poursuivre et une fois que je l'aurais capturée, je transplanerais. J'irais à la Nécropole Fruste. Si vous pouviez m'y rejoindre, cela m'arrangerait : j'aurais besoin d'aide pour chercher ces satanés horcruxes.

- Nous verrons si j'en ai l'occasion. J'ai quelque chose à vous remettre.

Drago plissa les yeux, dans l'expectative. Rogue sortit sa baguette et une fiole vide. Le Serpentard haussa les sourcils. D'un geste habile, Severus pointa l'extrémité du bout de bois à sa tempe et, le temps d'une grimace, extrait de longs filaments argentés qu'il glissa dans la fiole avant de la refermer d'un coup sec.

- Des souvenirs…?, s'enquit Drago d'une voix dubitative.

- Gardez-les au manoir et lorsque tout cela sera terminé, confiez-les à Potter.

Drago attrapa le flacon que Severus lui tendait et observa quelques instants les volutes formées par la matière filandreuse. D'un coup de baguette, il mit la fiole en suspension et elle vint se ranger dans un tiroir de l'écritoire près de la fenêtre.

- Je le ferais, assura-t-il. Mais pourquoi ne pas le faire vous-même ?

Rogue plongea ses yeux onyx dans les siens sans répondre, et Drago comprit.

Il ne prévoyait pas de survivre à cette guerre.

- Je le ferais, répéta-t-il dans un murmure.

(1) Tribu de vampires de mon invention (voir chapitre 21)

(2) Amplificatum : augmente la taille de l'objet ou de l'animal visé. (Rowling ©)

(3) Bombtrack - Rage Against the Machine (1993)

(4) Voir chapitre 14

(5) Sortilège de mon invention, atrophie les organes en hématomes visibles. Extrêmement douloureux mais sans risque si traité dans les vingt-quatre heures.

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