My Dear Sadistic Highness

Chapitre XXV FIN

RARs (courtes, car je sais que vous n'avez pas de temps à perdre !) :

Vera Bennnett : Je ne dis rien…Ah, le chapitre allait vite car ce n'est que de l'action, je pense ! En tout cas, je suis réellement ravie que tu aies apprécié la musique et la vidéo. J'adore ce groupe : je trouve que Jared Leto a une force de dingue dans ses cris, dans ses paroles… Un truc insoupçonnable qui te remue le ventre ! Je t'écris cette RAR en écoutant Hurricane, d'ailleurs. Alalala… ! Que ferait-on sans la musique, je te le demande ! Merci encore pour la review et très bonne lecture à toi !

Dion : Je ne dirais que merci pour la review ! Suspens oblige :D

Sevy : Merci à toi !

Pepette : Cliffhanger, helloooooo :D Merci pour ta review )

Alice D : Tu comprendras tout ici, normalement ! Merci pour la review !

Cind3rella : C'est pas fini, encore. Reste aujourd'hui ! J'espère que ça te plaira ! Merci pour la review !

LittleRock14 (Petite Crème Canari) : Ah, je suis une auteure terrible, hein ! Que ne fais-je souffrir mes lecteurs, hahahaha ! J'espère que tu sauras me pardonner. Merci pour la review !

Samsam : La ligne C n'est pas mal dans son genre non plus, à ce que j'ai pu expérimenter ! Perso, j'ai de la chance, je suis dans le RER A ! Merci pour la review ! La suite, tout de suite :D

Listen to each drop of rain – Listen, listenWhispering secrets in vain – Listen, listenFrantically searching for someone to hearTheir story before they hit ground…

Please don't let go,Can't we stay for a while?It's just too hard to say goodbye…Listen to the rain

Listen, listen Listen, listen Listen, listen to the rain,Weeping.

Listen – Listen. Listen – Listen.Listen – Listen. Listen.

I stand alone in the storm – Listen, listenSuddenly sweet words take hold – Listen, listenHurry they say for you haven't much time.Open your eyes to the love around you.You may feel you're alone,But I'm here still with you.You can do what you dream,Just remember to listen to the rain…

Listen.

Listen To The Rain – Amy Lee

Chapitre XXV

Lésions, par légions.

Une chaleur sourde se répandait à travers son être, comme injectée à certains endroits pour y disparaître tout en langueur, délaissant ses membres pour y céder un engourdissement désagréable.

Ses paupières s'entrouvrirent, battant avec faiblesse pour lui permettre d'écarquiller les yeux. Les alentours étaient éclairés sans l'être trop. Une porte ouverte vers la gauche laissait pénétrer des rayons de lumière dans la pièce. Il plissa les yeux face à cette lueur déplaisante et détourna son regard fatigué et flou. Non-loin, sur une sorte de fauteuil, une silhouette féminine était vaguement allongée, un peu recroquevillée sur elle-même. La chevelure raide de la jeune-fille, bien qu'il ne sache en discerner la couleur, prouvait qu'il ne s'agissait pas de celle à laquelle il avait songé au premier abord.

Des petits bruits de déglutition résonnaient à proximité, le dérangeant dans sa sommaire observation. Il tourna donc la tête et porta ses yeux, encore à mi-clos, sur la source de cette mastication pénible.

Potter.

Le brun mâchonnait nonchalamment, ses yeux d'émeraude posés sur lui tandis que ses joues se mouvaient avec flegme. Les yeux acier dévalèrent de sa bouche jusqu'à ses mains : il tenait une assiette plate dans laquelle se dandinait un flan à l'apparence molle.

- T'es pas mort, Potter ?, marmonna Drago d'une voix éraillée.

- Bonjour à toi aussi, Malefoy, répondit Harry avec une pointe de sourire ironique.

Drago se redressa dans son lit et porta ses mains à son visage : sous ses doigts, des centaines d'estafilades séchées s'improvisaient à la place de son habituelle peau lisse.

- Et elle ? Et lui ?, murmura soudainement le blond.

Il y eut un long silence et au moment où Drago allait l'engager plus vivement à répondre, des hurlements commencèrent à résonner dans la bâtisse. La jeune-fille non loin eut un sursaut et se redressa à toute vitesse : ses cheveux d'une rousseur caractéristique voletèrent derrière elle et le Serpentard put reconnaître Ginny Weasley. Dans le couloir qui bordait la porte, des pas furieux résonnèrent et une conversation tout sauf calme :

- Il n'a rien à faire ici !

- Retourne te coucher, bon sang ! Tu n'es pas encore guéri !

- Je ne retournerais certainement pas dormir tant qu'un mangemort sera présent dans ce foutu pigeonnier !, clama une voix avec humeur.

- Ce n'est pas un mangemort ! Il nous a aidés !

- C'est lui qui a détruit le diadème et le serpent !

Drago avait depuis bien longtemps compris qu'ils faisaient allusion à lui. De qui d'autre aurait-on désiré se passer de la présence, après tout ? Et il avait eu la confirmation que la discussion était à son sujet lorsqu'ils avaient parlé des horcruxes. Il n'y avait donc pas le moindre doute possible.

- Je refuse de croire à ces balivernes !

- Hermione l'a vu de ses propres yeux, argua une voix masculine familière.

- Ouais, et tu apprendras que lorsque Granger dit quelque chose, on l'écoute et on la croit, ajouta un autre homme avec sarcasme.

Blaise.Elle était vivante. C'était une certitude. L'immense plomb pesant sur ses membres disparut en une envolée presque comique.

- Il l'a sûrement ensorcelée pour qu'elle en soit persuadée !, persiffla une autre voix encore.

- T'es ridicule, Foster, brava une nouvelle fois l'Afro-Britannique.

S'il y en a un qui a ensorcelé l'autre, c'est plutôt elle.

Puis, un groupe entier de personne déboula dans leur chambre, allumant une lumière aveuglante sans crier gare. Harry et Drago protestèrent et le blond se cacha partiellement les yeux à l'aide de ses paumes. A travers ses doigts, il reconnut les personnes présentes sans difficulté.D'un côté se tenaient Pansy, Oksana et Blaise et Ronald Weasley, et de l'autre côté, Zacharias Smith et Ivrian Foster. Briana Foster retenait son frère par le bras, un air profondément agacé sur le visage, et Liam était derrière le groupe, apparemment réellement amusé par la tournure des évènements.

- Toi !, désigna le Suédois en le pointant ostentatoirement du doigt.

Son visage était livide : on voyait qu'il n'était pas en pleine possession de ses moyens. Rapidement, Drago s'aperçut qu'un de ses bras était en écharpe. Vu la taille et la forme du plâtre, il n'avait plus de main gauche. Le long de sa gorge, une brûlure s'étendait et lui mangeait l'arrière de la nuque. Il semblait manquer et de sommeil et d'énergie. Lorsqu'il tangua sur ses jambes, forçant sa sœur à le retenir avec plus de fermeté, il confirma à toute l'assistance son état d'égarement.

- Quoi, « moi » ?, s'enquit Drago, l'intonation soufflée d'incurie.

Ivrian essaya d'avancer d'un pas, certainement traversé par une bouffée de colère, mais Ginny s'interposa.

- Écoute ta sœur et retourne te coucher. Tu n'es pas dans ton état normal…, somma la rousse avec autorité.

- C'est vous qui n'êtes pas dans votre état normal, rétorqua Ivrian, le ton acrimonieux. Comment pouvez-vous risquer notre sécurité à tous en laissant entrer ce fourbe ici ?! Et pire encore, vous le soignez !

- Laisse-nous nous en charger, Ivrian, lâcha calmement Briana en le tirant vers l'arrière.

Elle l'entraina dans le couloir alors qu'il jurait de plus belle. Tous avaient leurs yeux posés sur le Serpentard, certains sans même le regarder réellement : ils tendaient l'oreille pour vérifier que Briana parvenait à éloigner Ivrian. La dernière phrase qu'on lui comprit fut « vous ne savez pas ce que vous faites ! » avant qu'une porte lointaine ne claque.

- Ça commence bien, marmonna Ron en se rapprochant du lit d'Harry pour s'avachir dans un fauteuil rouge à moitié éventré.

- N'empêche qu'il n'a pas tort, finit par dire Zacharias. Je me demande quand même ce qu'il fabrique au Colombier.

Pansy lui jeta un regard d'avertissement. Une grande plaie grenat lui traversait la gorge : un maléfice vitriolé, sans nul doute.

- Smith, tu ferais mieux de décamper, souffla Liam en entourant de son bras droit les épaules de sa belle, l'incitant à garder son calme.

Le Poufsouffle s'exécuta, non sans les fusiller une dernière fois des yeux. Lorsque la porte se referma derrière lui, les gens commencèrent à reprendre une attitude moins guindée. Ginny se rapprocha du lit d'Harry, certainement pour ôter l'assiette vide qu'il tenait encore entre ses paumes. Oksana et Pansy vinrent s'asseoir sur le bord du lit de Drago. Pansy boitait très largement : visiblement, les mangemorts avaient également emporté une partie de sa jambe droite avec eux. Oksana, elle, avait le bras gauche en écharpe et un beau coquard dissimulé derrière ses fins cheveux blonds. Liam et Blaise restèrent quelque peu en arrière, s'asseyant sur des chaises droites. Le Serdaigle avait de drôles de marques autour du cou : on aurait dit des lettres, des mots... Drago plissa ses yeux et finit par comprendre qu'il s'agissait d'un maléfice d'étranglement (1), visiblement avorté. Et vu le nombre de phrases lui scellant la nuque, il avait eu de la chance d'en réchapper. Les marques ne s'estomperaient qu'au terme de plusieurs années. Blaise était le seul qui semblait sans trop de dommages, et cette certitude se détrompa d'elle-même lorsqu'il plongea ses yeux dans les siens. Drago et Blaise échangèrent un long regard avant qu'esquisser chacun un demi-sourire sarcastique : dans les deux joues brunes de l'Afro-britannique, deux balafres s'entrouvraient, laissant vue à sa mâchoire. Il n'y avait que Macnair pour parvenir à ce genre de résultats macabres.

Le blond souffla un bon coup avant de se laisser réclamer l'information cruciale.

- Le balafré n'a pas su me répondre, lança Drago. Est-ce qu'il est mort ?

- Voldemort ?, s'enquit Ginny en se retournant vers lui.

Il acquiesça en retenant une grimace. Peut-être ne se ferait-il jamais au fait de prononcer ce nom là.

- Oui, il est mort. Et on peut te remercier pour ça, finit-elle par répondre.

Drago détourna le regard et laissa ses orbes d'anthracite balayer la pièce.

- Où est Granger ?

Sans même regarder les autres personnes présentes, il sut aussitôt qu'elles s'étaient toutes échangées un regard.

- Chez ses parents, répondit finalement Ron.

- Elle va bien, ajouta Oksana comme par réflexe.

Tant mieux.

Drago se redressa encore davantage dans ses oreillers et finit par passer ses jambes hors de la couverture. Quelques secondes plus tard, il était debout. Lorsqu'il jeta un coup d'œil à sa tenue, il manqua de défaillir : quelle était cette espèce de chemise de nuit INFORME ?Des rires narquois retentirent et il reporta son regard vers Blaise et Liam qui semblaient se moquer ouvertement de lui. Visiblement, la guerre en avait fait deux camarades... Drago attrapa sa baguette, posée sur sa table de nuit, et fit un geste circulaire vers son abdomen. Aussitôt, ses membres se nimbèrent de noir et il fut vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise blanche.

Ses jambes flageolèrent brièvement, lui montrant qu'il n'avait pas encore recouvré toutes ses forces. Sans rien laisser paraître, il fit apparaitre une cravate dénouée autour de son cou et se dirigea vers le miroir à bascule non-loin de Ron. Lorsque ses yeux heurtèrent son reflet, il esquissa une grimace. Le sort de scarification de Bellatrix avait eu les dommages escomptés : une immense balafre verticale découpait son visage de son front jusqu'au bord de sa mâchoire, omettant son œil comme par chance. La peau pâle de sa figure était striée de minuscules coupures rouges qui dévastaient prodigieusement ses traits dans une valse aventureuse. Et le massacre se prolongeait le long de sa gorge et probablement sur chacune des autres parties de son corps. Il porta ses mains devant son visage, constatant leur état tout aussi zébré d'entailles refermées, certaines plus conséquentes que d'autres.

- Cela finira par disparaitre, le rassura Pansy en se rapprochant de lui, toujours boiteuse.

Drago hocha négativement la tête.

- Pas aussi facilement que tu ne le crois. C'est de la magie noire.

Il ne semblait pas très affecté par cette vérité.

- Ça me donne du charme, de toute façon, éluda-t-il en finissant de nouer sa cravate sans trop la serrer.

Puis, lentement, il se tourna vers Harry et haussa les sourcils en esquissant un sourire cynique.

- Tu restes le balafré quand même, signala-t-il.

Potter laissa un rictus percer ses lèvres et il hocha la tête en signe d'approbation.

- Si tu veux, Malefoy.

Le blond ferra ses yeux verts avec davantage d'intensité.

- Où est Rogue ?

L'air d'Harry se referma quelque peu.

- Il est mort. En me sauvant de Yaxley quand j'étais à terre sans pouvoir bouger… Après que Voldemort soit mort.

Drago laissa ses yeux métalliques s'éloigner quelques secondes avant de revenir les planter dans ceux d'Harry.

- Passe au manoir, à l'occasion. Il m'a confié quelque chose pour toi.

Sans attendre de réponse, il se détourna d'Harry et s'approcha de Blaise. D'un geste simple, il posa sa main sur son épaule et plongea ses yeux dans les siens. Puis, il le dépassa et ouvrit la porte, la refermant derrière lui comme si de rien n'était.

- Où va-t-il ?, s'enquit Ginny avec étonnement.

- Il rentre chez lui, murmura simplement Blaise.

Elle retira la bouilloire du gaz, éteignant ce dernier d'un geste lent. Bientôt, l'eau chaude vint remplir sa tasse couleur crème et l'odeur du thé à la rose et à la violette envahit la pièce. Ses doigts un peu tremblants vinrent s'accrocher dans l'anse du récipient et elle porta son bord à ses lèvres pour souffler dessus. La cuisine était à pleine éclairée : il faisait si gris que la pièce aux nombreuses fenêtres demeurait dans la pénombre.Par-delà la grande baie vitrée, le jardin broussailleux battait sous le vent et la pluie. Hermione se rapprocha de la vitre avec calme : au fond de la closerie de verdure, une petite porte sombre donnait sur le sentier du bois. Tout était comme avant. En apparence, tout du moins.

- Hermione ?, s'enquit sa mère du salon.

La jeune sorcière éloigna la tasse de sa bouche et sortit de la cuisine pour rejoindre sa mère. Eliott et Allison Granger étaient installés à la table du salon et semblaient penchés sur une carte de vœux.

- Tu veux dire quelque chose à ta cousine Harmonie ? Elle fête ses treize ans.

Harmonie était sa cousine vivant en France : elle était tout bonnement insupportable, ou en tout cas, c'était le souvenir qu'en gardait Hermione. Malgré tout, lorsqu'elle songeait à la guerre qui venait de se terminer, ses sentiments un peu mesquins lui parurent hors de propos.

- Dîtes lui que je l'embrasse fort et que j'espère qu'elle réussit bien à l'école.

- Hermione…, se désespéra son père. On ne va pas lui parler de sa scolarité sur une carte d'anniversaire…

Sa mère lui adressa un sourire complice et nota tout de même la phrase telle quelle.

- Cela ne fait pas de mal, Eliott, dit-elle simplement en prenant son temps pour calligraphier ses lettres.

Apparemment, Allison n'avait toujours pas pardonné à sa belle-sœur d'avoir choisi un prénom si semblable à celui d'Hermione pour une enfant aussi agaçante que l'était sa fille.

- Combien de temps comptes-tu rester à la maison ?, demanda soudainement son père en se tournant vers elle.

Hermione soupira. Elle ne savait pas exactement. Il y aurait les enterrements… Puis la reconstruction de Pré-au-Lard. La reprise des cours ? Elle n'y croyait pas trop. Ils auraient déjà de la chance si Poudlard rouvrait ses portes en septembre prochain.Le lendemain aurait lieu l'enterrement de Dumbledore, dans le cimetière de Godric's Hollow. Ils avaient fini par apprendre que c'était le village dans lequel avait résidé sa famille. Son frère, dont presque personne ne connaissait l'existence, Abelforth, était arrivé en plein milieu de la bataille de Turku, la mine défaite et le cœur en colère.

Plus tard dans la matinée, ce serait au tour de Rogue. Il avait désiré, tout comme Dumbledore, être enterré au cimetière de Godric's Hollow, et sa tombe serait à la gauche de celle de Lily Potter, la mère d'Harry. Ce souhait testamentaire demeurait un mystère entier pour tout le monde. Puis, l'après-midi ils retourneraient à Poudlard, plus précisément au cimetière de Pré-au-Lard, pour les enterrements de Sirius Black, d'Alastor Maugrey, de Nymphadora Tonks et de Remus Lupin, de Dedalus Diggle, et de bien d'autres membres de l'Ordre.

Les plus jeunes défunts, comme Alicia Spinnet ou Théodore Nott, avaient été pris en charge par leurs familles et plusieurs autres funérailles avaient d'ores et déjà été accomplies. Hermione but une gorgée fumante, comme pour faire passer toute la douleur dans sa poitrine en concentrant son esprit sur le liquide chaud qui la brûlait de sa langue jusqu'à son ventre.Une main vint se poser sur son épaule, lui faisant réaliser que son père s'était levé.

- Viens t'asseoir dans le canapé, 'Mione. Tu as sans doute besoin de parler…

Elle hocha la tête en signe de dénégation.

- Pas vraiment, assura-t-elle doucement. Je pense très honnêtement qu'il n'y a pas grand-chose à dire. Nous savions tous qu'il s'agissait d'une guerre sans merci, nous savions donc également qu'il y aurait des victimes.

Il était assommant de se dire qu'elle en avait réchappé, et pas certains autres. Ces dernières nuits, elle pensait sans cesse à Harry : il avait perdu son parrain dans la bataille, ainsi qu'un autre père spirituel, Remus Lupin. Quelques jours avant, c'était la perte de Dumbledore qu'il avait essuyé, et puis… Il y en avait tellement d'autres : Severus Rogue dont on apprenait à présent qu'il avait toujours été du côté de l'Ordre, Maugrey qui s'était toujours évertué à tous les protéger.

Tellement de gens avaient disparu. C'était au-delà de la douleur. Et Harry devait en souffrir plus qu'il ne l'était imaginable. Heureusement, Ginny était avec lui : elle avait perdu toute trace d'aigreur lorsqu'ils s'étaient retrouvés et n'avait pas parlé une seule seconde de son absence de la bataille. Elle savait pertinemment que le Potter avait besoin de soutien, d'affection et surtout, de silence.

- Ce n'est pas parce que vous saviez qu'il y aurait des victimes, que la perte d'êtres chers est plus facile à surmonter, Hermione, murmura sa mère. Tu as le droit d'avoir de la peine.

- Je n'ai perdu personne, souffla-t-elle. Ni vous, ni mes amis…

Ni Lui.

Hermione se gifla mentalement.

- Ce que tu as affronté est très dur pour quelqu'un de ton âge. Je sais que de nombreuses personnes de ton entourage ont souffert et…

Allison regarda son époux.

- Tu as toujours été très sensible au malheur des autres, ma chérie… C'est pour cette raison que nous savons à quel point c'est difficile pour toi.

Hermione leur jeta un regard vide.

- Nous comprenons que tu veuilles rester forte à tout prix, pour tous tes proches qui sont directement touchés par des pertes familiales ou amicales… Mais, ne te dispense pas de marques de tristesse lorsque tu es seule. Nous t'avons déjà dit à quel point les larmes sont saines… Comme quand Maminette et Louis sont décédés.

Ses grands-parents, morts dans la nuit par une échappée de gaz mortel venue du garage. Un drame qui l'avait frappée du haut de ses huit ans et qui l'avait pour la toute première fois mise face à la mort. Et elle n'avait jamais lâché la moindre larme. Quand ses parents s'étaient inquiétés à ce sujet, elle avait simplement répondu qu'elle ne devait pas pleurer car cela aurait été les forcer à la consoler alors qu'eux-mêmes en avaient davantage besoin qu'elle.

Une enfant curieuse.

Eliott et Allison se regardaient, essayant tant bien que mal de trouver quelque chose à dire à leur fille. Ils n'avaient pas connu la guerre, n'en avaient rien vu et apprenaient pratiquement tout depuis ces quelques jours. Ils essayaient tant bien que mal de réaliser que beaucoup de gens étaient morts, notamment pour sauver les sorciers nés-moldus comme leur fille, mais c'était une vérité si lointaine qu'il était réellement dur d'en pondérer toutes les implications et conséquences. Bientôt, des certitudes viendraient les conforter dans leur appréhension de ces conflits, mais en attendant, en consoler leur unique enfant se rendait tâche ardue.

- Ne vous inquiétez pas pour moi, finit par dire Hermione en esquissant un sourire crispé. J'appréhende surtout les enterrements de demain… Le temps fera son œuvre par la suite.

Elle finit son thé d'une seule traître, cinglant sa trachée de la coulée brûlante. Puis, elle monta à l'étage et ouvrit ses volets, l'expression maussade. Son regard se posa sur une silhouette, debout dans la rue, mais lorsqu'elle cligna des yeux, elle put s'apercevoir qu'elle avait rêvé. Secouant sa tête de droite à gauche, elle referma la fenêtre pour ne pas laisser la pluie battante détremper l'intérieur de sa chambre, et se jeta sur son lit.

Dehors, quelqu'un transplana, laissant le bruit de craquement passer inaperçu dans l'orage qui battait à présent le béton.

Son arrivée fit sursauter l'elfe de maison, affairé à lancer un feu dans la cheminée. Drago lui jeta un bref coup d'œil avant de se désintéresser de lui. Il se défit de sa veste trempée et la balança sur le fauteuil près de l'âtre, histoire qu'elle sèche rapidement. Ses cheveux trempés collaient à ses tempes, gouttant sur ses joues hachées d'entailles pâles.

Ses yeux se posèrent sur la fiole de souvenirs posés sur le rebord de la cheminée : il n'avait put s'empêcher de regarder leur contenu. Peut-être avait-il fait preuve d'une curiosité trop mal placée, mais il restait persuadé que Rogue les lui avait confiés tout en sachant pertinemment qu'il les regarderait tôt ou tard. C'était ainsi qu'il avait compris que la « sang-de-bourbe » de Rogue, la photo mouvante sur le meuble de son salon, Lily Evans, et en fait Lily Potter, mère d'Harry, n'étaient qu'une seule et même personne.Potter lui avait envoyé une note par hibou : il arriverait dans la soirée pour venir chercher ce dont il lui avait parlé dans leur chambre de soin.

Drago se laissa tomber sur son canapé, les images de la maison d'Hermione plein la tête. Elle vivait dans un petit pavillon à deux étages, dont les murs étaient recouverts de vigne et de lierre. A l'arrière de la maison, des tonnes et des tonnes de glycines recouvraient la façade de la maison et dégageaient une odeur forte à cause de la pluie qui tombait. Leur jardin était aussi désordonné que la chevelure de Granger et cette idée le fit sourire. Et puis elle avait ouvert ses volets, la mine défaite, et elle l'avait vu. Dès que leurs regards s'étaient croisés, il avait fait en sorte de se jeter un sort de désillusion. Et heureusement, elle ne s'était pas attardée. Si elle avait su qu'il venait lui rendre visite chez ses parents moldus, il était sûr qu'il aurait eu de gros problèmes, notamment parce qu'il n'était pas censé savoir où elle habitait. Mais un Poudlard vide n'était pas très bien surveillé, et il n'avait fallu que quelques minutes avant qu'il ne trouve les éléments dont il avait besoin dans les registres d'administration gardés dans le bureau de Rusard.

Il avait besoin de lui rendre visite puisqu'elle ne venait pas le voir. Et il ne comprenait pas pourquoi : elle avait vraisemblablement compris qu'il était de leur côté, puisque c'était elle qui en avait convaincu les autres… Alors quoi ? Pourquoi ne lui avait-elle pas envoyé un hibou ? Même un tout petit mot lui signifiant que bon sang, elle était fière de ses agissements ?S'il l'avait fait pour quelqu'un, par Merlin, c'était bien pour elle.

Quand il songeait à ses actes, il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il avait eu une chance insolente : par combien de fois aurait-il pu y laisser la vie ? Ou même sacrifier celles de ses parents ?Lucius était encore dans une des chambres d'amis, rendu silencieux par le maléfice de mutisme qu'il lui avait lancé. Narcissa pensait à le nourrir régulièrement, lui donnant la becquée sous les ordres catégoriques de Drago. Il avait refusé qu'elle le détache. Il fallait qu'il se sente humilié : c'était l'important. Narcissa avait protesté au-début, mais avait fini par se résoudre au fait que son fils ne changerait pas d'avis. Et il avait cru furtivement percevoir du contentement dans son regard. Elle passait beaucoup de temps dans sa chambre, et lui parlait : il le savait. Et pour la première fois, Lucius ne pouvait ni l'interrompre, ni la faire taire. Il dépendait d'elle. Peut-être saurait-il retrouver de la tendresse pour elle, puisqu'elle semblait toujours en déborder pour lui.

Quelqu'un frappa à la porte, l'interrompant dans ses pensées. La nuit au-dehors laissait présager de l'identité du visiteur, et surtout du fait qu'il s'était abimé des heures durant dans ses pensées.

- Entre, Potter, lança Drago d'une voix forte sans quitter le canapé.

Il entra, seul. Curieusement, Drago n'aurait pas pensé qu'il prendrait le risque de venir sans compagnie. Certes, il était dit qu'il les avait aidés… Mais cela n'enlevait rien aux longues années d'inimitié et de rivalité qui les liaient. Drago s'était donc légitimement attendu à la présence de Ron, de Ginny… Ou même de William ? Il aurait souhaité qu'il vienne en compagnie d'Hermione mais c'était sans doute trop en demander.

- Tu cherches quelqu'un ?, s'enquit Potter avec un sourire évocateur.

Ah, Potter avait dû surprendre son regard inquisiteur et un peu trop baladeur. Et évidemment, cet idiot ne devait songer qu'à Granger. Enfin… Après tout… C'était légitime.

- T'occupe Potter, lâcha le Serpentard. Ton petit cadeau est sur le rebord de la cheminée. Comme je te l'ai dit la dernière fois, c'est de la part de Rogue.

Le brun s'avança vers l'âtre ronflant et saisit la fiole au contenu argenté entre ses doigts.

- Ce sont… Des souvenirs ?

- Oui, agréa simplement Drago, les yeux rivés sur les flammes.

Harry reporta son regard sur le flacon et l'observa longuement.

- Tu as une Pensine, Malefoy ?, finit-il par demander.

Drago lui jeta un coup d'œil.

- Tu n'en as pas ?, répliqua-t-il, l'intonation un peu plus froide que nécessaire.

- Non. Il y en aurait bien une dans le bureau de Dumbledore, mais cela me paraît compliqué…

Le Serpentard choisit assez rapidement de ne pas lui faire part de son escapade dans Poudlard et se leva pour aller ouvrir une énorme armoire en marronnier. Harry laissa son regard glisser à l'intérieur, repérant un moutardier en étain, et quelques bougeoirs scintillants. Drago finit par en tirer une large vasque de bronze et vint la poser sur la console en demi-lune, non-loin des étagères.

- Viens-là.

Harry s'exécuta et ses yeux tombèrent dans le liquide nuit de l'objet magique.

- Elle n'est pas comme celle de Dumbledore…, nota-t-il.

- Elle est vide, Potter, lâcha négligemment Drago. On ne laisse pas traîner nos souvenirs, par ici.

Le Serpentard esquissa un rictus moqueur et s'éloigna de lui, se dirigeant vers la cave à liqueurs près de la fenêtre. Harry le regarda faire avant de se décider à déboucher la fiole de souvenirs et de les laisser se déverser. Les filaments argentés vinrent à la rencontre de la surface sombre et s'y introduisirent avec langueur : bientôt, tout se troubla et les volutes grises se mêlèrent avec appétit au reste de la substance noire. Les yeux verts d'Harry restèrent longtemps concentrés sur ce spectacle tandis que Drago portait un verre de liqueur à ses lèvres.

- Qu'est-ce que tu attends, Potter ?

Il savait ce qu'il allait découvrir et cela l'impatientait. Pourquoi ? Il n'en savait rien. Peut-être estimait-il qu'en voyant l'histoire de Rogue, Potter aurait davantage de facilité à accepter sa potentielle histoire avec Granger. Même s'il aurait dû se moquer de son approbation, quelque chose en lui réclamait son opinion et, si possible, il fallait qu'elle soit bonne. En fait, Harry Potter avait une grande place dans sa vie, quoi qu'on puisse en dire. Il lui avait donné cette importance, certes en tant qu'ennemi, mais après tout… Et puis, peut-être saurait-il raisonner Hermione ? Quelles idées stupides.

Drago avalait une nouvelle gorgée quand Harry plongea la tête dans la bassine de bronze. Son observation ne dura que quelques instants à peine : du moins, c'est ce qu'il lui sembla, bien qu'il ait eu le temps de descendre un nouveau verre et la moitié d'un autre. Lorsque le Gryffondor laissa son visage émerger, sa mine était décomposée.Puis, lentement, ses traits se détendirent et il ferma les yeux, comme apaisé. Enfin, il rouvrit ses prunelles vertes et les posa sur Drago.

- Ça explique…

Il fit une pause.

- Rogue m'a demandé de le regarder, juste avant de mourir. Il a dit que j'avais les yeux de ma mère..., murmura-t-il, davantage pour lui-même que pour le Serpentard.

Harry baissa furtivement les yeux avant de les rabattre sur Drago.

- Tu les as vus ? Ces souvenirs... ?

- Non, mentit posément Drago avec le talent de l'habitude.

- Menteur.

Drago eut un rictus, à vrai dire à peu près le même que celui d'Harry. Décidément, ses talents d'imposteur commençaient à se faner. Ou alors, Granger et Potter étaient deux fins démêleurs de duperie.

- Tu le savais ?, s'enquit le brun.

- Non.

Il y eut un long silence, durant lequel Harry collectait les souvenirs à l'aide de sa baguette pour les remettre dans le flacon. Puis il glissa le récipient dans sa poche de veste et s'approcha de Drago.

- Tu veux un verre ?, s'enquit le blond.

Il devait en avoir bien besoin, après ce à quoi il venait d'assister.

- Tu l'aimes ?

Les membres de Drago se paralysèrent subitement. Sa perte de contenance ne dura qu'une demi-seconde, mais elle n'échappa pas à l'œil perçant du Gryffondor.

- Liqueur ? Pur-Feu ? Eau de…

- Réponds, Malefoy.

- Non. Peut-être. Oui, sûrement…, éluda le Serpentard avec une maladresse glaciale.

Harry haussa les sourcils.

- Et alors ? Que peux-tu nous dire du ridicule ?, demanda le Gryffondor.

- Comment ça ?, cingla Drago en plissant ses yeux.

- Eh bien… Tue-t-il ou non ?

Drago resta coït.

- Puisque tu es en vie, je dirais que non.

- Surveille tes paroles, Potter.

- Elles sont bien mâchées, certifia-t-il.

Le Serpentard lui lança un regard froid avant de s'éloigner de lui, rejoignant l'âtre de la cheminée.

- Pourquoi devrais-je me sentir ridicule ?, siffla-t-il de sa voix givrée. Pourquoi prétendrais-tu que je le suis ? C'est grâce à moi que vous avez gagné cette guerre.

- Entre autres, corrigea Harry.

C'était surtout grâce à Severus Rogue. Et aux autres. En fait... On n'aurait su dire qui était le plus méritant, pour la bonne et simple raison que l'idée que l'un des rôles ait été plus important ne tenait pas la route. Trop de gens avaient péri pour mener le combat à terme.

- Entre autres, concéda Drago avant de prendre une petite gorgée de son verre.

- Je ne faisais pas référence à tes derniers agissements, mais plutôt à ceux des années précédentes.

Drago eut un rictus qu'Harry ne put voir, puisque le blond faisait face au feu.

- Problèmes avec l'autorité paternelle, lâcha narquoisement le Serpentard.

- Où est-il, d'ailleurs ? Il est recherché.

Cette-fois, le blond se tourna vers lui.

- Je m'en suis chargé.

Les yeux d'Harry s'écarquillèrent face à cette nouvelle, et Drago comprit aussitôt ce qu'il avait saisi à travers ses propos.

- Je ne l'ai pas tué, précisa-t-il avec négligence. Mais il est sous ma surveillance et je vais m'assurer qu'il n'oublie jamais que son fils compte épouser une… Une…

- Une née-moldue ?, asserta Harry d'un ton sec.

- C'est ça, confirma Drago, peu familiarisé avec cette dénomination gentillette.

- Tu veux l'épouser ?, railla soudainement Potter.

Drago ne rougit pas. Oui, c'était sans doute l'idée.

- Je n'ai pas fait tout ça pour rien, Potter, signifia Drago avec un semblant de moquerie dans la voix. Je veux qu'elle m'appartienne.

- Je crois que la formule de bienséance, c'est « qu'elle soit à mes côtés ».

- Pas de faux-semblants…, contesta-t-il.

- Bien à toi de me faire pareille leçon.

Ils échangèrent un nouveau rictus.

- Tu vas trimer, signala Harry.

- Pourquoi ça ? Le plus gros du travail est déjà fait, je crois…, esquiva Drago en finissant son verre d'une traite.

- Oh, toi, tu n'as jamais gouté à l'indifférence d'Hermione Granger…

C'était vrai. Jamais il ne lui avait été indifférent. C'était là l'une de ses plus grandes sources de satisfaction, à vrai dire.

- Si je résume, j'ai trahi le Seigneur des Ténèbres, détruit les horcruxes, ce qu'elle et Weasley n'auraient jamais pu faire, et je l'ai sauvée des griffes de mon aliénée de tante… Au péril de ma vie, et au détriment de mon apparence physique, ce qui m'octroie la sympathie des estropiés, démontra-t-il en faisant un geste circulaire pour désigner son corps dévasté par les plaies. Je crois que si l'on compte les points, j'ai une bonne avance, Potter.

- Trop bête que cela ne marche pas par points, alors, railla Harry.

Drago passa sa langue à la commissure de ses lèvres, y laissant par la suite s'y installer un sourire presque pervers.

- J'ai d'autres arguments, que je tairais ici par respect pour Granger. Quoique, au diable les apparences… Si je fourre ma langue dans sa bouche, son cerveau en oubliera le mot « Non ».

Harry leva les yeux au ciel, essayant tant bien que mal de faire fi des images répugnantes ayant envahi son esprit.

- Tu vas te prendre un poing dans la figure, exactement comme en troisième année.

Drago ne prit pas la peine de répondre et haussa simplement les sourcils, visiblement très perplexe quant à cette possibilité. Le brun finit par soupirer et ôta les mains de ses poches.

- Bon. Je m'en vais. J'imagine que l'on se verra demain.

Le blond acquiesça en silence et regarda avec circonspection la main qu'Harry lui tendait. Au terme de quelques instants, il finit par venir la lui serrer brièvement. C'était si étrange que bientôt, Harry s'éloigna de lui pour rejoindre la porte. Sans doute ne seraient-ils jamais amis, mais en tout cas, Potter était un bougre moins détestable qu'il l'avait cru.

Hermione referma le dernier bouton de son manteau noir : il pleuvrait à nouveau, aujourd'hui. Rapidement, elle vint signaler à ses parents qu'ils devaient y aller et ils passèrent tous dans le hall.

- Alors… Comment vas-tu nous y emmener ?, s'enquit la mère avec une pointe d'anxiété dans la voix.

- Par transplanage, répondit Hermione.

- C'est… C'est le système de téléportation dont tu nous avais parlé la dernière fois ?

La jeune sorcière confirma avec un petit sourire. « Téléportation »…

- Et que devons-nous faire ?, demanda Eliott.

- Vous, rien. Vous devez juste vous tenir fortement à moi et vous détendre le plus possible. Fermez les yeux, ça m'aidera un petit peu.

Ils opinèrent du chef et vinrent attraper chacun l'un de ses bras. Hermione songea à sa destination avec intensité et ils disparurent tous les trois dans un CRAC sonore. Lorsqu'ils arrivèrent à la chapelle de Godric's Hollow, une foule de personnes était déjà présente. Personne ne sembla étonné de leur apparition, et tant mieux car Eliott et Allison mirent du temps avant de se remettre du voyage. D'un coup d'œil, Hermione repéra Harry et Ginny et s'approcha d'eux : non-loin, les parents Weasley reconnurent les Granger et les approchèrent pour les saluer.

- Salut, lança calmement Hermione pour annoncer sa présence.

Ron aussi était avec eux : son bras était lié à celui de Briana dans une étreinte simple. Hermione laissa ses yeux vagabonder dessus avec une certaine mollesse. Son regard finit par se poser sur Luna et son père, un peu plus loin. Elle put remarquer avec aisance qu'Oksana ne l'accompagnait pas, et même qu'elle n'était pas présente du tout. Peut-être était-elle chez ses parents ? Hermione essaya de ne pas trop s'inquiéter : si Luna avait son air rêveur de d'habitude, alors Oksana devait aller bien. Plus loin encore, William semblait introduire Pansy à ses parents. Cette dernière était livide et quoi de plus normal ? Être présentée dans de pareilles circonstances... Et puis le père de William ne semblait pas particulièrement amène : peut-être était-ce parce qu'il connaissait de nom les Parkinson ? Hermione dévia son regard de plus belle, lorsqu'il se porta soudainement sur Blaise et une tête blonde.

Drago.

C'était sa silhouette entre mille : le dos droit et pourtant nonchalant, le port de tête altier. Tout y était. Le regard de Blaise plongea dans le sien et elle vit ses lèvres se mouvoir avec légèreté. Une seconde plus tard, Drago se retournait vers elle.

Il était exactement comme elle l'avait laissé, à ceci près que ses cicatrices étaient à présents refermées. Son visage était dévasté par les striures et dans sa poitrine, son cœur se mit à battre plus fort. C'était à cause d'elle s'il avait aujourd'hui cette apparence. Elle n'était pas stupide : sans savoir comment il s'y était pris, elle savait qu'il avait fait en sorte de recevoir le maléfice de scarification à sa place. Ses yeux restaient les mêmes qu'auparavant : deux pierres d'hématite froide, aussi profondes qu'un chaos brûlant et glacé à la fois. Tandis qu'il la regardait, elle sentait chaque partie d'elle renaître. Et lorsque lui et Blaise commencèrent à s'approcher d'elle, d'Harry et des deux Weasley, son sang se glaça dans ses veines.

Rapidement, elle prit le pas de baisser les yeux, et quelques secondes plus tard, elle s'éloignait du groupe pour rejoindre ses parents. Un bras la retint en arrière avec fermeté. Son contact fit littéralement brûler sa peau et son ventre s'affola en feux d'artifice.

- Granger, la salua sa voix.

Sa voix...

- Ne sois pas impolie.

Froid, comme toujours. Elle ne voulait pas créer d'esclandre : ce n'était vraiment, ni le lieu, ni le moment. Alors elle se laissa faire et se tourna vers lui.

- On discutera plus tard, si tu veux bien. Je dois rejoindre mes parents.

Et à sa grande surprise, il la laissa faire, relâchant son bras.

Les cérémonies de la matinée furent réellement éprouvantes, tout autant que celles de l'après-midi. Après les dernières funérailles, tous avaient quitté le cimetière de Pré-au-Lard pour remonter vers Poudlard : le gris des nuages était si pesant qu'il faisait presque sombre dans le cloitre de l'école. Hermione, comme tant d'autres, se tenait face à la stèle de granit noir. Dessus, des dizaines de noms étaient gravés.Les gens commencèrent à quitter les lieux, les uns après les autres. La pluie se mettait à tomber. Bientôt, ses parents vinrent lui dire qu'ils repartaient avec les Weasley, car ces derniers les avaient invités à diner chez eux pour une nouvelle veillée. Personne ne voulait rester seul.

Bientôt, il ne restait plus que quelques personnes : Hermione, Harry, Ron, Ginny, Neville, Luna, et puis un peu plus loin Drago et Blaise.Théodore Nott était l'une des seules personnes du camp de Voldemort à être inscrite sur la stèle de l'Alliance. C'était aussi pour lui qu'ils restaient : ils avaient après tout toujours été ses amis.

Ils finirent par tous se rendre chez les Weasley. Il y avait beaucoup de monde : les adultes s'affairaient dans la cuisine, préparant la nourriture en discutant, comme pour se distraire d'autres idées plus sombres. Allison tranchait des mirabelles en deux et les dénoyautait avant de les placer sur la pâte à tarte (1). Curieusement, personne ne lui proposa de l'aide magique, notamment parce que personne n'en usait. Tout le monde s'attelait à la cuisine sans faire œuvre de magie.Harry, Ron, Hermione, Neville, Dean, Blaise, Drago, Briana et Ginny discutaient dans un coin, près de la cheminée : la jeune médicomage venait parfois mélanger le contenu du chaudron bouillonnant dans l'âtre. D'après le fumet se libérant dans l'air, ce devait être une soupe.

Hermione sentait sur elle le regard brûlant de Drago et luttait contre elle-même pour ne pas le regarder en retour. Elle avait fait exprès de se mettre sur le canapé deux places près de la porte-fenêtre, avec Neville comme seul compagnon. Elle continuait donc de s'entretenir avec le Londubat sur l'état de sa grand-mère. Cette dernière était à Sainte-Mangouste, hospitalisée en urgence pour des soins contre des gélivures de catégorie six. Rockwood avait ce sort de glace destructeur et elle en avait fait les frais. Malgré tout, les médicomages étaient très optimistes : Augusta Londubat n'était pas une chiffe molle.

Bientôt, Neville s'excusa et laissa la place libre sur le canapé. Il ne fallut pas plus de quelques minutes pour que Drago vienne s'y installer, s'y avachissant avec son flegme habituel. Pendant une demi-seconde, il y eut un blanc dans la salle et quand bien même ils faisaient dos à l'assistance, les deux protagonistes surent que tout le monde les avait regardés.

- Granger.

- Malefoy.

L'intonation était froide, distante : pourtant, il était bel et bien là pour une raison ?

Pendant de longues minutes, elle s'astreignit à garder le silence. Il fallait que ce soit lui qui entame la conversation : elle n'avait pas envie de faire le moindre pas vers lui. C'était à lui de parler le premier, et si possible pour lui présenter des excuses. Mais il n'esquissa pas le moindre geste, pas le moindre mouvement de lèvres. Sa respiration était calme et il avait les yeux perdus derrière la baie vitrée, cette dernière donnant sur les vastes champs dans l'obscurité la plus complète.Bientôt, il fut littéralement impossible pour Hermione de continuer à se taire. Ses mots sortirent tous seuls, à son plus grand désarroi.

- Tu es parti.

Ses mots avaient presque été inaudibles. Elle parlait tout bas, comme mortifiée. Drago tourna lentement la tête vers elle et accrocha son regard, jusqu'à ce qu'elle ne baisse les yeux en détournant le visage. Cette fuite sembla lui déplaire fortement, mais il n'en fit pas le moindre commentaire.

- Il le fallait, finit-il par dire de sa voix froide.

Elle secoua alors aussitôt la tête avec vivacité.

- Pas comme ça.

Elle s'était persuadée que la marche à suivre était l'indifférence : elle s'attelait donc à se montrer la plus détachée possible, mais elle savait pertinemment que c'était un échec. Il savait lire en elle mieux que quiconque. Mais il ne méritait pas sa gentillesse, et encore moins son pardon ! Pas tant qu'il ne perdait pas ses accents glacés et ses sentences catégoriques. Il ne pouvait pas toujours gagner : surtout pas lorsqu'il avait tort…Toutefois, à chaque fois qu'elle y songeait, qu'elle repensait au fait qu'il avait trahi Voldemort et les siens… Son cœur battait plus vite. Pourquoi aurait-il fait cela si ce n'était pas au moins un peu pour elle ? C'était cela qui lui faisait ouvrir la bouche, qui la faisait céder. Comment aurait-elle pu ignorer de tels gestes ?

- Il le fallait, répéta-t-il.

Hermione eut un nouveau geste de dénégation avant de se lever et de quitter le salon par la baie vitrée. Elle sentait que de nombreux regards l'avaient suivie, mais c'était le dernier de ses soucis. Evidemment, Drago la suivit dehors, refermant la porte-fenêtre derrière lui.

- Tu n'étais pas obligé d'être violent, et pourtant tu l'as été. Rien ne justifie ça.

Elle frissonna lorsqu'elle sentit sa proximité : il était derrière elle, collant presque son torse à son dos. Comme d'habitude, son premier réflexe fut de s'affliger de sa si grande taille par rapport à la sienne.

- Je te faisais confiance. Et tu m'as humiliée.

Sa voix faiblissait : Hermione détestait ça. Elle détestait sa maladresse. Elle détestait être aussi frêle en sa présence, or c'était continuellement le cas. Elle qui pourtant était une personne si forte avec les autres : il la démontait, pièce par pièce, et lui démontrait quels étaient les morceaux chétifs : tous, sans exception. Elle aurait tout aussi bien pu être faite de plumes, face à ses détestables yeux en chalumeau d'azote : cela n'aurait rien changé.

- Lorsque je t'ai dit que je t'aimais, tu m'as craché à la figure, murmura-t-elle.

Ses mains tremblantes vinrent se poser sur la barrière de bois, détrempée, qui bordait le jardin. Elle serra la tranche de la planche, faisant-fi de sa rugosité malgré l'humidité, et de la potentielle présence d'échardes. Tout ce qui comptait, c'était qu'elle avait besoin d'un soutien.

- Tu as été si insultant. Abominable.

Elle prit une longue inspiration.

- Pourtant, je n'arrive jamais à te détester vraiment. Je n'y arrive plus. Je ne sais même pas si j'y suis déjà parvenue… Si c'est le cas, je ne me souviens plus comment faire.

Peut-être le remarquerait-il ? Qu'elle lui en voulait tant qu'elle n'était même pas en mesure de le regarder ? Elle avait si honte d'elle, sans même savoir pourquoi. Elle n'était pas fautive, elle le savait, pourtant tout lui revenait dans la figure. Sans doute s'était-elle sentie si humiliée, qu'un échange visuel lui semblait hors de propos.

- C'était le seul moyen.

Sa voix à l'intonation réfrigérante ne manqua pas de la faire frémir. Il se rapprocha encore davantage, glissant son bras contre sa poitrine pour la presser contre lui dans une étreinte autoritaire.

- Ce n'est pas vrai, contra-t-elle.

Mais elle était sûre que pour lui, si, cela l'était. Il aurait dû deviner qu'argumenter était de la folie ! Qu'il lui fallait s'excuser ! Mais il n'était pas de ces personnes là. Il refusait toujours de se séparer de son orgueil, même pour une seconde. Même devant elle. Surtout devant elle. Il refusait de se montrer faible. Elle le savait.

- Je ne voulais pas que tu me suives, ou que tu me retiennes.

Menteur. Il avait tant aimé ça. Elle l'avait lu dans ses yeux sadiques. Mais pourquoi ne pas jouer son jeu ?

- Pourquoi ça ?

- C'était mon plan : je ne voulais pas que tu fasses tout rater. Il fallait que tu me détestes pour que tout marche.

Menteur. Menteur !

- Ne te fais pas plaindre. Ne fais pas comme si tu avais prévu immédiatement de rejoindre l'alliance. Je sais que ce n'était pas le cas au moment où tu es parti. Je ne sais pas ce qui t'a fait changer d'avis, mais ce que je sais, c'est que j'ai eu beau t'avouer mes sentiments, cela n'a pas suffi. Ce n'est donc pas pour moi que tu l'as fait.

Drago resserra son emprise sur elle. Visiblement, il était incapable de denier ses propos, tout simplement car il devait probablement y trouver un fond de justesse. Puis, il ouvrit finalement la bouche et mut ses lèvres avec froideur.

- Tu es l'unique raison pour laquelle j'ai fait ça. Je ne l'aurais pas fait pour autre chose ou pour une autre personne, sache-le.

Pourquoi cette intonation glaciale ?! Ne pouvait-il pas… Se montrer humain, de temps en temps ?Et puis quoi ? Ce n'était que pour elle qu'il avait fait tout ça ? Ne voyait-il pas que cette déclaration, bien qu'accélérant les battements de son cœur, révélait davantage l'obscurité de ses intentions ? Il ne voyait pas de légitimité dans sa cause ou dans ses idéologies, non… Ce n'était pas pour la justice qu'il l'avait fait, c'était pour elle.Qu'il lui accorde plus d'importance à elle qu'à la justice lui fichait des frissons en diable : cela justifiait une nouvelle fois pourquoi il ne rechignait pas à faire du mal pour arriver à ses fins.

- Dans quel but ? Qu'attends-tu, finalement ?, brava-t-elle en osant enfin se tourner vers lui, se séparant sèchement de son emprise sur elle.

Ses yeux chocolat se heurtèrent brusquement avec ses orbes de mercure. Il la transperçait du regard. Son visage, ravagé par les estafilades, lui donnait un air encore plus froid. Plus menaçant. Et pourtant...Mais elle ne voulait pas d'un bourreau. Elle croyait qu'il l'avait compris à Poudlard, mais vraisemblablement, ce détail lui était sorti de la tête. Même si elle l'aimait, elle ne pouvait l'accepter avec sa violence… Tout du moins, elle se devait d'essayer de l'en séparer.

- Je te veux.

« Tu es à moi ».

Échos assourdissants.C'était clair, limpide, et cela suffit à la paralyser toute entière. Des frissons se répandaient sur son corps comme une trainée de poudre. Savait-il quel effet ses paroles lui faisaient ? Pourtant, elle se cantonna à rester impassible, plaçant dans cette tâche toute sa force mentale restante.

- Tu me veux ?, répéta-t-elle.

- Oui, confirma-t-il. Je te veux. Bras, jambes, cerveau, langue : je veux tout.

- Cela ne me suffit pas. Alors non, finit-elle par dire, la voix aux accents désabusés, feints.

Cette réponse faisait heurter son cœur contre ses tempes dans une gigue détestable. Il la traversait littéralement des yeux, incendiant des parcelles d'elle qu'elle s'ignorait jusqu'à présent.

- Tu refuses ?, s'outra-t-il presque, plus glacial que jamais.

Elle approuva silencieusement et il déporta son regard avant de s'éloigner d'elle rapidement. Au moment où elle allait le rappeler, elle se félicita de ne l'avoir pas fait car il se retourna vers elle et l'approcha à nouveau, apparemment furieux.

- Que dois-je faire exactement, pour que tu me donnes enfin ce que je veux ?!, persiffla-t-il avec acrimonie.

Hermione sentit son souffle se figer dans sa poitrine : sa gorge semblait obstruée. Théoriquement, il aurait déjà dû avoir eu ce qu'il « voulait » : il avait déjà couché avec elle. Le fait qu'il présente les choses de cette manière démontrait bel et bien qu'il ne la voulait pas que physiquement. Cela confirmait ses dires précités : il la voulait toute entière.Mais même si cela était très grisant, cela ne suffisait pas. Elle ne voulait pas qu'il ne fasse que la vouloir : elle voulait qu'il l'aime, bon sang. Car seuls des sentiments sauraient avoir raison, petit à petit, de l'obscurité qui l'habitait. Et c'était là sa condition pour commencer quelque chose avec lui. Il fallait qu'il laisse son égo de côté, au moins un bref instant. Qu'il le lui dise.

- Apparemment, trahir mon camp de toujours, ma famille, cela ne suffit pas, ni risquer ma vie pour toi... ! Tu es une sale petite ingrate, égoïste et insupportable, asséna-t-il, les yeux en plein orage.

Elle ne répondit pas, préférant reculer d'un pas, peut-être par pure provocation. Evidemment, il s'avança, rendu à la fois excité et furibond par cette situation.

- Qu'est-ce que tu veux de plus ?, cingla-t-il en la toisant de toute sa hauteur.

- Je veux que tu me dises pourquoi tu me veux..., réclama-t-elle en reculant de plus belle.

Le pousser ainsi dans ses retranchements était la seule manière de venir à bout de ses principes stupides. Elle voulait qu'il lui dise ce qu'il n'aurait jamais dit à personne d'autre. Et s'il n'était pas en mesure de le faire, elle s'attèlerait à le faire sortir de sa vie. Sans doute échouerait-elle et lui cèderait-elle, mais pour l'instant, elle devait y mettre tous ses efforts.

- Je te veux parce que tu m'appartiens, dit-il comme une évidence, sans même y réfléchir.

Elle secoua la tête nerveusement.

- C'est n'importe quoi.

- Non, ce n'est pas n'importe quoi, contra-t-il avec une très visible délectation. C'est toi-même qui me le disais. « Je ne suis qu'à toi, rien qu'à toi. Je t'appartiens. »

Hermione sentit un sang brûlant envahir son visage entier. Son rictus détestable s'agrandit. Mais quel idiot : ce n'était pas comme ça qu'il allait l'avoir. Le débat n'était pas qui avait dit quoi : elle n'allait pas lui céder uniquement parce qu'il gagnait fallacieusement un débat d'arguments. C'était ridicule.

- Tu m'aimes. Tu me l'as dit, brava-t-il finalement avec orgueil. Puisque tu m'aimes, tu m'appartiens, expliqua-t-il avec évidence.

Son idée de l'amour était complètement bancale.

- Ce n'est pas comme ça que ça marche, Drago..., répliqua-t-elle en détournant son regard, toujours cramoisie.

Il plissa les yeux et se rapprocha d'elle de plus belle : bientôt, elle finirait par heurter la baie vitrée. Elle objecta donc sa trajectoire, reculant plutôt vers la grange au fond du jardin.

- Ah non ?, railla-t-il.

- Je ne te suivrais pas tant qu'il n'y aura pas de réciprocité.

- Tu veux que je te dise que je t'aime, c'est ça ?, se moqua-t-il ouvertement, sans cesser d'avancer.

Encore une fois, Hermione tourna incarnate. Il avait une manière de dire cela, comme s'il s'agissait d'une requête ridicule.

- Ne trouves-tu pas ça normal ?, se scandalisa-t-elle en reculant toujours.

- Cela ne se passe pas comme ça, dans la vie...

Hermione fronça les sourcils : comme s'il en savait quelque chose. Il ne savait rien de l'amour.

- Ah oui ? Et comment ça se passe, alors ?

- Les hommes choisissent leurs femmes. Et elles les suivent.

Cette fois-ci, elle pouffa clairement de rire, ce qui ne plut pas du tout au Serpentard. Il avait de ces idées archaïques !

- C'est complètement stupide, argua-t-elle.

Mais sa chance s'arrêta aussitôt, car son dos heurta les planches craquantes de la cabane de jardin. Les paumes de Drago vinrent aussitôt l'encercler. Merlin, il adorait faire ça. Et lorsqu'elle sentit l'appréhension et l'excitation envahir son ventre, elle s'admit intérieurement qu'elle aimait beaucoup ça également.

- Surveille ton langage, Granger.

- Je ne fais que dire ce que je pense.

- C'est une très mauvaise habitude, railla-t-il en posant son index sur ses lèvres pour la faire taire.

Quand elle essaya de répliquer quelque chose, elle ne le put : sa bouche épousait la sienne avec ferveur et bientôt, sa langue pénétra dans sa bouche. Sa langue. Sa langue frappait la sienne, claquait avec vigueur : il voulait la dominer, une fois n'était pas coutume

- Mais puisque tu me supplies, murmura-t-il, haletant, en reculant à peine ses lèvres.

- Je ne te supp-

Prestement, il avait à nouveau engouffré sa langue dans sa bouche et la soumettait de plus belle. Tais-toi, disait-il. Lentement, il s'éloigna à nouveau.

- Puisque tu me supplies, reprit-il avec fermeté. Je veux bien accéder à tes prières.

Elle n'eut cette fois pas le moindre temps pour articuler une syllabe car il recommençait son manège. Ses yeux se fermèrent pour ne plus se rouvrir et elle se laissa complètement aller, posant ses mains sur ses épaules, presque pour s'y maintenir.

- Je t'aime, Hermione, chuchota-t-il dans le creux de son oreille avant de venir la mordiller dans le cou avec insolence.

Hermione en eut la chair de poule : des frissons remontaient le long de son échine, réduisant toute pensée au silence.

- Alors... Tu vas me laisser te faire l'amour ? Ou je dois te le répéter encore, pour ça ?

Elle ne fit qu'hocher la tête, les paupières résolument closes. Cela ne répondait pas vraiment à sa question, mais il comprit rapidement ce qu'elle voulait dire par-là.

- Je t'aime, répéta-t-il.

- Moi aussi, finit-elle par dire en l'enserrant avec force.

Il la plaqua violemment contre le bois grinçant et fit remonter ses cuisses autour de sa taille.

- Eh ben voilà..., murmura-t-il avec satisfaction.

- Voilà, quoi ?, s'enquit-elle en rouvrant les yeux dans un signe de défi.

Il préféra garder le silence et plongea à nouveau sa bouche contre sa gorge. Malgré ça, elle comprit avec une grande aisance ce qu'il avait voulu dire, notamment au sourire sardonique qu'il conservait contre sa peau.

« Eh ben voilà, je peux enfin te prendre en toute tranquillité. »

Drago Malefoy ? Une gentille personne ?

Mais bien sûr.

- Ce n'est pas le moment, Drago, l'arrêta-t-elle en le repoussant du plat de ses paumes.

Il fronça les sourcils et se colla plus vivement contre elle.

- Drago, nous n'allons pas faire ça maintenant, juste après les enterrements, dans la cabane de jardin des Weasley, argua-t-elle avec le plus grand sérieux.

Drago poussa un grognement rageur et consentit à la laisser aller.

- Retournons à l'intérieur, dit-elle en liant leurs mains.

- Tu es sérieuse ?

Hermione hocha la tête.

- Il en est hors de question : je n'ai pas la moindre envie de remettre les pieds dans leur bicoque branlante. La seule raison pour laquelle je suis venu, c'est pour te voir.

- Drago…, soupira-t-elle.

- Sauf si bien sûr, tu me promets de dormir chez moi ce soir.

Ce ne fut pas très compliqué d'approuver, même si elle continuait de penser que faire ça pendant une période de deuil n'était pas très sain.

- C'est entendu.

- Bon, je te suis, Granger. Assure-toi juste que cela ne dure pas cent cinquante ans.

Et ils se rapprochèrent de la maison pour y rentrer.Lorsque les autres s'aperçurent de leur nouvelle présence, et surtout de leur proximité, la plupart d'entre eux sourirent. Bien que leurs mains soient l'une dans l'autre et qu'il la tienne avec un semblant de possessivité, Drago demeurait un peu en retrait derrière elle. Ses yeux balayaient la pièce comme ceux d'un faucon, défiant quiconque de faire le moindre commentaire douteux. Il eut toutefois le tact de n'invectiver personne.

- C'était plus rapide que prévu, lança Harry avec amusement.

Drago jeta un coup d'œil à Hermione, qui, elle, rougissait un peu.

- Je t'avais dit que j'avais des arguments, Potter, lâcha Drago en plantant ses yeux dans les siens avec éloquence.

Il sentit la main d'Hermione serrer davantage la sienne, comme pour lui faire mal : peine perdue. Elle et ses petits doigts étaient bien incapables de lui infliger une quelconque douleur. Pas depuis qu'elle avait consentit à lui appartenir.

- Venez vous asseoir, les invita Ginny.

Hermione s'avança aussitôt, entrainant Drago à sa suite. Ils venaient de s'installer dans l'un des canapés lorsqu'un soupir lourd retentit.

- Incroyable, cracha une voix amère.

Tous se retournèrent vers Ivrian, dans l'embrasure de la porte.

- Je vois que les abreuvoirs à mouches se referment, cingla-t-il en plongeant ses yeux dans les orbes métalliques de Drago.

- Je vois que le piano, ce n'est toujours pas pour tout de suite, asséna le blond, le regard fixé sur le moignon du Suédois.

Ce dernier esquissa un rictus froid.

- Sale con.

Drago laissa un sourire froid traverser ses lèvres avant de se désintéresser d'Ivrian. Ce dernier ne fit pas plus d'histoires et vint s'asseoir dans un fauteuil vide à côté de Ron.La tension s'effaça rapidement, surtout quand Briana se redressa et commença à distribuer une choppe de soupe chaude à tout le monde. Chacun replongea dans des discussions, des histoires ou des anecdotes… Et Hermione pencha la tête vers Drago.

- Il faut que tu me racontes…

Le Serpentard esquissa un sourire narquois. Cela n'avait pas trainé.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Eh bien d'abord, comment as-tu réussi à… Dévier le sort de Bellatrix ?

Le sourire de Drago s'agrandit un peu plus et ses yeux se posèrent sur sa poitrine. Elle baissa machinalement les siens et suivit sa trajectoire visuelle jusqu'à comprendre : son pendentif.

- C'est ça qui m'a protégée ?

Il acquiesça silencieusement.

- Mais quand as-tu… ?

- La nuit précédant mon départ de Poudlard, éluda-t-il.

Comme il l'avait pressenti, le visage d'Hermione s'assombrit un peu. Il passa son bras autour de ses épaules et la rapprocha de lui.

- Je suis désolé.

Mais ose maintenant me dire que je n'avais pas prémédité ta protection.

Leurs yeux se croisèrent et il put lire dans les siens une grande surprise.Voilà qu'il s'excusait ? L'idiot avait attendu qu'elle cède pour s'excuser ? N'avait-il pas compris que cela aurait pu être un facteur salvateur pour lui dès le départ ? Mais Hermione se résigna à ne plus songer à tout ça. L'homme ne comprenait rien aux sentiments.

- Merci de m'avoir sauvée, finit-elle par dire.

Drago esquissa un sourire narquois avant pencher ses lèvres vers les siennes.

- Remboursement en nature, Granger. Sur dix ans, minimum. Prépare-toi à un esclavagisme sexuel de premier ordre.

Sa bouche attrapa la sienne avec une fermeté captative presque tangible. Lorsqu'il s'éloigna quelque peu, le silence s'était royalement abattu sur la maison Weasley. Tout le monde les regardait avec étonnement, se rapprochant presque pour certains de la stupéfaction.

- Ça fait quand même bizarre, nota Ron, aussitôt approuvé par de nombreuses personnes.

Finalement, les gens commencèrent à reprendre leurs discussions. Hermione était encore rubiconde d'avoir été le centre d'attention, et surtout des dernières paroles prononcées par le Serpentard.

- En tout cas, je suis rassuré. J'avais peur que tu ne m'envoies paître, avec la gueule que je me traine maintenant, railla soudainement Drago sans croire une seule seconde à ses propres paroles.

Evidemment, elle le prit au sérieux et lui adressa un regard empli d'inquiétude. Il ne put empêcher son esprit de laisser le mot « mignonne » polluer la moindre de ses idées.

- Je peux les effacer, tu sais…, finit-elle par murmurer. Ça te dérange tant que ça ?

Drago haussa un sourcil.

- Tu es sérieuse ? Elle aurait très bien pu me lancer un Doloris ou pire, un Avada. J'ai joué gros là-dessus, alors un petit sort de scarification, ce n'est pas ça qui va me faire peur.

- Je te les effacerais, promit-elle.

Il vint porter ses lèvres à son oreille.

- Tu ne devrais pas : les filles se précipiteront à nouveau ma porte et tu seras jalouse.

C'est bien à toi de me parler de jalousie, crétin fini.

Elle lui donna un coup de coude.

- La ferme, le fit-elle taire tandis qu'il lui adressait l'un de ses sourires particulièrement insupportables.

Un CRAC de transplanage retentit soudain et trois personnes firent leur apparition. Xenophilius Lovegood salua les jeunes d'un bonjour rapide et se rendit aussitôt dans la cuisine, apparemment surchargé de plats fumants. Vu l'odeur qu'ils dégageaient, personne ne se battrait pour les manger. Luna et une autre personne commencèrent à s'avancer vers le groupe. C'était une silhouette mince, habillée d'une simple jupe brune et d'un chandail sombre. Son crâne portait les marques d'un assaut tout récent : ses cheveux étaient à ras.

Oksana.

- Bonsoir, les salua-t-elle.

Hermione put voir que peu de personnes s'étonnaient de la voir ainsi : tous semblaient déjà au courant. Elle jeta un bref coup d'œil à Drago qui laissait ses yeux courir sur le visage de son ancienne camarade. Tous répondirent chaudement à sa salutation et Luna et elle vinrent s'asseoir en tailleur sur les coussins devant la cheminée. Ginny leur servit rapidement une choppe de soupe et les discussions reprirent comme si de rien n'était.Hermione ne parvenait pas à cesser de regarder dans sa direction, complètement hypnotisée par le nouvel état de sa tête.

- Renégate familiale, souffla Drago dans son oreille. Elle a été déshéritée par son père.

- Pourquoi ? A cause de la guerre ?, s'enflamma Hermione à mi-voix.

- Il y a ça, confirma Drago. Et puis, les gens parlent… Elle et Lovegood, ça ne plait pas.

- Quelle barbarie, marmonna-t-elle sombrement.

Enfin, il valait mieux conserver le silence. Il n'y avait rien à faire contre les persifflages à part l'indifférence. Oksana ne semblait pas particulièrement malheureuse : elle avait même l'air plus libre que jamais. Dans ses yeux, on décelait un azur autrefois invisible et qui scintillait encore davantage lorsque son regard se posait sur Luna.

- Pourquoi as-tu laissé ton violoncelle à Poudlard, Drago…? murmura-t-elle soudain.

Il lui jeta un coup d'œil avant de porter la choppe de soupe à ses lèvres, avalant une gorgée chaude.

- Pour la même raison que je t'y ai laissée, toi.

Drago plongea ses yeux mercure dans les siens, allusif.

- Je n'aurais pas pu en jouer, là où j'allais. Et je ne voulais pas qu'il s'abime.

Hermione esquissa un sourire désabusé.

- T'es vraiment un crétin, on te l'a déjà dit ?

- Tu t'entêtes à me le répéter depuis des années, alors je vais répondre oui.

La Gryffondor laissa son sourire s'agrandir et elle lui donna une pichenette malicieuse sur le nez. Il se laissa faire sans rien dire, ce qui l'étonna un peu. Son regard l'éclaira en quelques secondes : il attendrait qu'ils soient seuls pour se venger. Les lèvres de Drago s'incurvèrent dans un sourire en coin détestable lorsqu'il fut sûr qu'elle avait compris. Hermione haussa les sourcils, l'air amusée et hocha la tête de droite à gauche, visiblement désespérée.

- On y va... ?, murmura-t-il dans le creux de son oreille.

- Maintenant ?

- Plus vite tu commenceras à me rembourser, plus vite ta dette s'étiolera, Granger.

- Comme si tu étais pressé de ne plus m'avoir sous ta coupe, ironisa-t-elle en rentrant dans son jeu.

Il esquissa un sourire diabolique tout en haussant les sourcils, allusif. Puis, lentement, il se redressa et lui tendit la main en détournant le regard vers les autres.

- Attends, dit-elle soudain en attrapant sa main.

Elle quitta le canapé à son tour et le tira derrière elle jusque dans la cuisine. Ils restèrent dans l'embrasure de la porte à regarder les adultes préparer des plats. Visiblement Xenophilius essayait de leur faire gouter des petits bouts de ce qui ressemblait vaguement à une tourte.

- Voilà mon père, Eliott, désigna Hermione d'un regard.

Ce dernier était plongé dans une discussion avec Arthur Weasley.

- ... Et Allison, ma mère.

Cette dernière semblait refuser poliment le bout de pâte à l'air retors que lui tendait le père Lovegood. Elle sentit la main de Drago se resserrer sur la sienne.

Je sais déjà tout ça.

Il avait définitivement fait le bon choix.

- Allons-y, finit-il par dire en se détournant de la cuisine.

Hermione signala à ses parents qu'elle restait chez un ami pour la soirée et devant leur air étonné, esquissa un sourire en leur disant qu'elle leur expliquerait tout plus tard. Drago et elle quittèrent le terrier main dans la main, et transplanèrent.

Il était tard, il faisait doux. Un salon magnifique : une cheminée qui brûlait vivement. Les bruits des crépitements, puis un CRAC, et deux personnes qui apparaissaient.

- Enfin seuls.

Hermione laissa ses yeux danser sur l'agencement de la pièce. Bon sang, cela suintait le luxe. Et puis ses yeux s'égarèrent sur une forme familière : son poste de radio. Drago était vraisemblablement passé à Poudlard, et plus particulièrement dans sa chambre. Elle vint l'interroger du regard mais il ne dit rien, préférant faire tourner sa baguette dans la direction du poste.

~ ...il me prend pour cible, il me donne des coups ! Il me fait pleurer, avec un regard ! Il me fait trembler, quand il est en retard !

- Encore ?, murmura la Gryffondor, les yeux hagards.

Drago haussa les sourcils, dubitatif. Hermione secoua la tête de droite à gauche et esquissa un sourire. Quelques secondes plus tard, le blond s'était rapproché, la forant de ses yeux perçants.

~ C'est un homme terrible ! Avec des yeux verts, il voit à travers, il me passe au crible ! Je suis transparente, quand il est devant moi. Je pleure, je me lamente, je reste sans voix. Je descends la pente, de la peur et de l'effroi. Cet homme me hante, il me met en croix. C'est un homme terrible ! C'est un homme terrible...!

- Tu danses, Granger ?

Sans attendre de réponse, il attrapa le creux de ses reins. Ses doigts vinrent chercher les siens et, avec un sourire diabolique, il la fit tourner sur elle-même avant de la rabattre contre son torse. Ils se mirent alors lentement à danser, doucement, tout doucement.A quelques mètres à peine, dissimulés dans la pénombre du corridor, deux yeux les regardaient avec stupéfaction. Bientôt, les deux prunelles se teintèrent de tendresse et la silhouette disparut dans les étages.

~ Mais quand il me caresse, quand je sens ses deux mains, se poser comme des compresses, sur mes yeux pleins de chagrin... Alors je ressuscite ! Je retrouve le printemps ! Le bonheur invite au creux de mon amant !

Ses paumes retrouvèrent leurs préférences, s'attardant sur ses hanches, puis sur sa croupe avec possessivité. Ah, ses mains. Que ne lui avaient-elles manqué ! Tant manqué. Il la pressait contre lui, sans même se soucier du rythme qui résonnait dans la pièce, sans même se soucier du reste du monde. Et elle était bien, là, dans ses bras. Si bien, qu'elle finit par fermer les yeux et s'abandonner complètement. Finalement, elle se décida à poser l'une des questions qui la hantaient le plus depuis la bataille de Turku.

- … Dis, Drago… Je me demandais… N'as-tu pas eu peur lorsque tu l'as trahi ?

- Je n'étais pas tout seul. Il y avait Rogue aussi. Et il a su me faire revoir l'ordre de mes priorités…

- Comment ça ?, murmura-t-elle en rouvrant les paupières.

Drago prit une longue inspiration et plongea ses yeux d'anthracite dans les siens.

- Tu es ma Lily Evans.

Elle ne le savait pas encore, mais il venait là de prononcer des mots bien plus forts qu'un simple « je t'aime ».

- Lily Evans ?, répéta Hermione, dubitative.

Elle connaissait ce nom : c'était la mère d'Harry.

- Potter te l'expliquera sûrement bientôt, murmura-t-il. Et tu comprendras.

Il resserra son étreinte autour de ses épaules et vint porter ses lèvres aux siennes.

Tu comprendras tout.

~ C'est un homme terrible, avec des yeux bleus ! Mon cœur est la cible où il vise le mieux. Il revient vers moi, il revient toujours. Avec un grand "A", ça s'appelle l'Amour ! C'est un homme terrible ! Il a peur, la nuit ! Dans mes bras fragiles, il s'apaise et rit... Et puis il s'endort, et je le regarde. Il n'a plus de force, c'est moi qui le garde. Sentinelle dehors, à moi, la toquarde. Quand viendra l'aurore, je quitterai la garde de cet homme terrible, de cet homme terrible, de cet homme terrible !

(1) Maléfice d'étranglement : de la baguette sortent des filaments en verbiage, tant que le sorcier offensif continue sa à réciter la formule. Au bout d'un certain temps, les phrases formées par les mots finissent par étrangler la victime.

(2) Dédicace à YeeshaMomoko

La chanson de la fin de chapitre est "Un Homme Terrible" d'Edith Piaf.

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