My Dear Sadistic Highness

Chapitre II

I know what lies beneath, I've seen the flash of teeth.Conspiring with the reef to sink our ship…The wind's a cheating wife, her tongue a thirsty knife.And she could take your life with one good kiss.

Red Sky – Thrice

Je ne comprends pas. Franchement, je n'ai pas la moindre idée de ce qui me prenait à l'époque. « Tu es la plus belle », et alors ? Je ne plaisante pas. On a dit que certaines vélanes ne m'égalaient pas en beauté, mais je m'en contrefous, Salazar. Je ne comprends plus mes anciens choix : c'était pourtant simple de quitter ce chemin sinueux.

Je croyais que nous étions semblables car nous aimions l'argent, le pouvoir, le sexe. Le reste ne me semblait qu'accessoire. Je ne comprends vraiment pas ce qu'il m'est passé par la tête. C'est toi que j'avais choisi, parmi tous les autres. C'est toi, le seul, l'unique, qui me paraissait fait pour moi. Une vaste mascarade : je me suis tant trompée. Je n'ai pas arrêté.

C'était elle qui me fallait, et depuis le début. Parfois, je me rends compte que j'ignore toujours pourquoi, jusqu'à ce qu'elle me regarde à nouveau. Là, tout s'éclaire. Tout paraît limpide.

J'ai essayé d'écouter les rumeurs, mais elles vont toutes dans le même sens. On ne se ressemble plus et j'en suis heureuse. Personne ne comprend : jusqu'au dernier crétin qui s'étonne. Je suis enfin heureuse.

O.N

Chapitre II

Frapper Malefoy, c'était le toucher avant tout. Le toucher dans son orgueil, dans sa fierté, et même dans son intégrité physique… Dans son intégrité d'homme. Frapper Malefoy, c'était donc se condamner à être frappée un jour, à son tour. Il ne lui pardonnerait jamais d'avoir porté la main sur lui, et elle doutait qu'il ne se prive d'apporter une certaine réciprocité à cet acte.Ses doigts, d'abord brûlants –car même si elle aurait préféré mourir que de l'avouer, elle s'était fait mal en le giflant-, s'étaient comme vidés de leur sang petit à petit et semblaient à présent accueillir le froid extérieur au cœur même de leurs trajectoires veineuses.

Pendant de nombreuses minutes, elle se demanda s'il allait conserver une marque de ce qu'elle lui avait infligé. Durant même quelques stupides secondes, elle imagina ce que ce serait s'il en gardait une trace toute sa vie…Elle l'imagina, devant un miroir dans sa chambre, toucher sa joue d'un air écœuré comme s'il avait été touché par une bestiole répugnante. Il devrait probablement être en train de chercher un sort pour se soigner. Partagée entre l'envie qu'il efface toute trace de l'incident et celle qu'il en garde un souvenir visible jusqu'à la fin de ses jours, elle porta ses propres doigts à sa joue comme pour mesurer la force de l'impact que sa main avait pu porter.

J'espère que cela lui a remis le cerveau en place et que ses connexions neuronales se seront enfin branchées suite au choc. Mais ne rêvons pas trop.

Hermione était sortie de sa chambre dès qu'elle avait entendu au loin une douche se mettre en route, cette dernière l'avertissant de l'emplacement de l'autre affreux. Courant à travers la salle commune, car peu désireuse de s'éterniser, elle avait entrebâillé le tableau et s'était précipitée dehors. Une fois sortie de leurs appartements, elle était plus sereine. Elle devait retrouver Liam en bas pour réveillonner avec lui. Elle défroissa un peu sa tunique avant d'entrer dans la grande-salle, puis le chercha du regard. Il était en pleine discussion avec un garçon de sixième année et apparemment, ils discutaient d'une chose très amusante. Hermione lui fit un petit signe, et le visage du brun s'éclaira encore davantage lorsqu'il la vit. Il s'approcha d'elle après s'être excusé à l'autre garçon, l'air ravi.

- Jolie robe !

- Je la portais déjà ce matin, précisa Hermione en rougissant.

- Oui mais tu la cachais sous ta cape !, se moqua le Serdaigle.

- Il fait froid, mine de rien, rétorqua-t-elle en souriant.

Peut-être n'était-ce pas une si mauvaise idée de s'habiller de manière plus féminine. Apparemment, les membres de la gente masculine ne s'attardaient sur vous que si vous vous pliiez un minimum aux critères d'attirance. Elle n'avait pas envie de faire de cynisme par rapport à Liam alors que cette pensée était toute dirigée contre Malefoy, et cessa donc de songer à tout ça. Le fait est qu'elle avait fait un effort et que ce dernier s'était vu remarqué. C'était tout ce qui comptait puisque la personne pour laquelle elle l'avait entre autres fait semblait avoir apprécié sa tenue. Certes, cela avait été un peu gâché par le fait que la personne qu'elle haïssait le plus l'aie remarqué elle-aussi, mais cela n'avait que très peu d'importance, finalement.

Affamés, ils prirent des assiettes et les remplirent généreusement au buffet de Noël. William mentionna que les elfes avaient fait un excellent travail, comme d'habitude, ce à quoi Hermione sourit avec contrition. Il n'était peut-être pas au courant qu'elle menait une action pour «libérer» les elfes de leurs chaines d'esclavage. Bien sûr, il n'avait pas pensé à mal et elle était à peu près sûre qu'il avait dit ça pour faire la conversation...Elle devait sérieusement cesser de réfléchir et d'extrapoler tout ce qu'il pouvait lui dire. Certes, elle n'avait pas l'habitude de tant d'attention et elle ressentait le besoin de comprendre la moindre de ses insinuations afin de ne pas passer à côté d'une quelconque attirance qu'il éprouverait envers elle... Mais cela la faisait devenir en quelque sorte paranoïaque face à chacun des mots qu'il laissait émerger de son orifice buccal.

- Ce serait sympa de dîner sur la tour d'astronomie, non ?, la coupa-t-il dans sa réflexion.

Hermione fut réellement enchantée de constater qu'elle n'était pas la seule à profiter de la vue qu'offrait la tour. Apparemment, il était de ceux qui aimaient s'y rendre également. Peut-être était-ce une sorte de propension aux septième-année que de s'y rendre avec nostalgie. Les cours d'astronomie de sixième et de septième année n'étaient plus concentrées sur l'étude télescopique mais bien sur la vision humaine de la voie lactée. Ils n'avaient donc plus l'occasion, comme plus jeunes, de gravir ses escaliers pour retrouver le professeur Sinistra et sa voix claire leur dicter des positions à entrer dans leurs télescopes usés.

- On a le droit ?, demanda-t-elle en se mordillant nerveusement les lèvres. C'était le genre de détail qui la tracassait toujours.

- Tu es préfète !, répliqua-t-il avec un grand sourire.

Elle le lui rendit, peu sûre.

- Il doit faire froid quand même, là-haut...

- Ne t'inquiète pas pour ça, je connais un sort…, lança-t-il sur un ton énigmatique.

La jeune sorcière lui jeta un regard inquisiteur auquel il répondit par un sourire avant de lui attraper le poignet ballant de sa propre main libre. Sa poigne n'était pas brusque comme celle de Malefoy, elle était juste douce et spontanée. Elle se laissa donc agréablement tenir par cette étreinte charmante.

- Allez, allons-y !

Hermione reporta son regard sur le reste de la salle et, constatant que personne ne les regardait, emboita le pas au brun. Ils croisèrent Drago Malefoy qui rentrait dans la grande-salle, les cheveux encore mouillés. Il adressa à Hermione un regard glacial, suivi d'un sourire sarcastique en jetant un coup d'œil aux mains liées des deux sorciers face à lui.Liam ne s'en formalisa pas le moins du monde et continua d'avancer. La Gryffondor quant à elle n'aimait pas du tout ce sourire. Elle se retourna et constata que le blond avait déjà disparu. Fronçant les sourcils, elle dût tout de même se résoudre à se détourner car elle menaçait de chuter vu l'allure à laquelle l'entrainait William. Ils arrivèrent rapidement à destination et s'installèrent tandis que Liam lançait un sort curieux.

Il dressa sa baguette perpendiculairement au sol et une fontaine dorée en émergea, formant une opercule brillante au-dessus d'eux. Cette dernière se courba sur les côtés, à la manière d'une serre et finit par toucher le sol.

- C'est un sortilège d'englobement ? (1), s'enquit Hermione en le regardant faire.

- Oui… Je vois que cela ne t'est pas étranger, c'est pourtant peu connu… Enfin, je ne devrais pas sous-estimer la meilleure étudiante de Poudlard, après tout !, plaisanta-t-il.

Elle rougit aussitôt et préféra se concentrer de nouveau sur la manœuvre de sa baguette. Des ondes couleur or et nacre se baladaient le long de la surface translucide, et une chaleur commença très nettement à se répandre en son enceinte.

- C'est de la très belle magie.

- Et de la vieille surtout.

C'était donc une sorte de globe doré qui les enveloppait, jusqu'au moment où il disparut. Lorsque l'on s'approchait de sa surface, il reprenait apparence… Hermione laissa sa main l'effleurer, puis le traverser. Aussitôt, elle sentit la nette différence entre la température intérieure et extérieure.

- Tu as fait un excellent travail, remarqua-t-elle, vraiment étonnée. Cela ne va pas être trop dur de maintenir une telle barrière ?

- Non, ne t'inquiète pas, je suis habitué.

- Habitué ?

- J'utilise ce sort lorsqu'on est en match de Quidditch…

- N'est-ce pas prohibé ?, railla-t-elle soudain.

- Il n'y a aucune règle qui en stipule, ma foi, répondit-il, évasif.

Ils rirent en croisant le regard de l'autre puis commencèrent à manger. Ils discutèrent de tout et de rien : Hermione apprit ainsi que William était de sang-mêlé.

- Mon père est un sorcier et ma mère une moldue. Elle est fascinée par tout ce qui à trait à la magie et espérait vraiment que j'hérite de mon père. En tout cas, mon père a tout de même tenu à ce que j'ai une éducation mêlée. Je suis donc allé dans une primaire moldue. Je ne te raconte pas le bazar royal lorsqu'il se passait des choses étranges… Mais globalement, je n'ai jamais eu de soucis… et puis j'avais beaucoup d'amis moldus. Évidemment, je ne pouvais pas leur parler de ma deuxième nature mais bon… J'avais bien assez de mes parents à la maison pour en discuter… Et puis je savais que je finirais par aller à Poudlard. J'étais vraiment pressé ! Je m'en souviens…

La voix de Liam était très mélancolique et on percevait la nostalgie sur son beau visage. Hermione l'écoutait avec attention en souriant. C'était fascinant d'entendre d'autres expériences…

- Et toi ? Tu es une née-moldue, c'est ça ?, s'enquit-il avec un sourire.

- Oui… C'était vraiment… bizarre quand j'ai reçu la lettre de Poudlard… J'étais plutôt bonne en classe quand j'étais petite et lorsque je me suis dit que j'allais changer de cursus…

Elle s'interrompit devant le rire de William.

- Cursus…, pouffa-t-il.

Elle rougit un peu.

- Oui, enfin… J'ai paniqué, je me suis dit que je devais tout apprendre alors que les autres enfants allaient déjà tout connaitre… Résultat des courses j'ai bassiné mes parents pour qu'on aille immédiatement à Londres pour aller m'acheter tous les bouquins possibles et imaginables… Je suis revenue avec l'intégralité des affaires de première année, en plus de tous les autres livres qui semblaient intéressants. Laisse-moi te dire que mes parents se sont ruinés ce jour-là !

Il pouffa de plus belle. La conversion de Livres en Gallions n'était vraiment pas avantageuse pour les moldus…

- N'empêche que j'ai tout lu durant l'été, au moins trois fois… Et dire que je pensais que cela ne suffirait pas !

- Tu aimes beaucoup les livres, non ?

- Oui…

Liam esquissa un joli sourire.

- C'est quelque chose que j'aime chez toi. Tu n'es pas superficielle comme les autres…Toujours à penser à leur maquillage et aux dernières capes à la mode chez la Guipure, soupira-t-il avec un air exaspéré.

Hermione devint rouge cerise. Jamais on ne lui avait fait cadeau d'un tel compliment.

- Oh… merci… Je ne pensais pas que cela pourrait plaire à quelqu'un… Les gens ont tendance à me juger là-dessus d'habitude.

Le brun la regarda avec intensité et elle rougit davantage.

- Ils sont jaloux parce que tu sais bien plus de trucs qu'eux. C'est tout. Tu es brillante.

Elle ne sut décidément pas quoi répondre. C'était la première fois qu'on la complimentait sur ses connaissances. D'habitude, les autres considéraient ses aptitudes et sa soif de savoir comme des tares. A leurs yeux, il n'y avait rien de glorieux à être une miss je-sais-tout.William vit qu'elle était embarrassée et se décida à changer de sujet.

- Tu dois connaître plein de groupes de musiques moldus !

- Euh… Oui, ça va… Même si je n'ai plus vraiment l'occasion d'en écouter : les appareils électroniques ne fonctionnent pas à Poudlard.

- Ouais… Ne m'en parle pas. Mon oncle maternel adore m'acheter les derniers gadgets à la mode… comme des baladeurs… Mais vu que rien ne fonctionne ici... Mais tu me diras, cela fait deux ans que j'essaie de convertir une radio sorcière aux fréquences moldues et je pense que je pourrais y arriver...

Elle le regarda avec étonnement. Les radios mobiles sorcières étaient interdites à Poudlard : les seules d'usage étaient fixées dans les salles-communes des quatre maisons. Même s'il outrepassait cette règle, elle était assez impressionnée par le but qu'il cherchait à atteindre.

- Je sais, ça craint un peu de découvrir ça en septième-année, se moqua-t-il de lui-même.

- Tu plaisantes, je n'aurais jamais essayé moi-même et je trouverais ça génial si tu y parvenais !, assura-t-elle avec un regard entendu.

- Dans ce cas je te montrerais si j'y arrive un jour, lui promit-il avec une mine amusée.

Hermione essaya de se gorger de leur discussion. Cela faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pu partager une conversation de cette sorte.

- Je trouve ça très enrichissant d'avoir eu une enfance avec les deux points de vue, sorcier et moldu. Tu connais tous les avantages et inconvénients des deux mondes et tu peux donc compenser en connaissance de cause. Ce doit être très pratique, quand même, non ?

Liam porta un bout de dinde à ses lèvres avant de le mastiquer longuement, songeur.

- Oui, c'est vrai. Je suis très heureux de mon éducation…, finit-il par approuver.

Ils discutèrent encore longtemps avant que la fatigue ne l'emporte sur Hermione.

- Bon… Je vais aller me coucher…

- Moi aussi, je pense… On se voit demain ?, s'enquit-il avec un sourire.

- Je pense aller à Pré-au-Lard pour m'acheter une robe pour le bal…

- Le bal ?

- Oui, le bal du réveillon, précisa-t-elle. Après le retour des élèves.

- Aaaah, oui j'en ai entendu parler. Tu y vas avec quelqu'un ?...

Elle lâcha maladroitement le verre qu'elle tenait. Il vint s'éclater sur le sol dans un fracas aigu. Liam laissa son regard alterner entre ses mains tremblantes et les débris par terre.

- J'y vais avec… Malefoy…, lâcha-t-elle dans un souffle en lançant un sort de réparation.

- Oh…, articula-t-il, comprenant petit à petit ce qui l'avait perturbée.

- Parce que j'y suis obligée, précisa-t-elle avec précipitation.

Il lui lança un regard étonné.

- Oui, nous sommes préfets alors nous devons inaugurer le bal tous les deux… Mais ensuite je serais seule et…

- Alors on pourra s'y voir, j'espère ?

- Bien-sûr !

Dire que quelques jours auparavant, elle aurait rit au nez d'une pareille niaiserie. Ce qu'elle méprisait habituellement ? Voilà qu'elle brassait dedans.Il la raccompagna devant sa salle commune. Les deux sorciers se regardaient sans trop savoir quoi faire : Hermione était appuyée contre le tableau et se triturait les doigts, très concentrée sur ses pieds, et William regardait les alentours, les mains dans les poches.

- Bon… Ben je vais y aller…, murmura-t-elle.

- Oui, bien-sûr…, approuva-t-il en se balançant sur ses pieds.

- Joyeux Noël…

- Joyeux Noël, Hermione…

Il allait s'approcher, certainement pour lui faire la bise, lorsque le tableau roula sur ses gonds. Hermione bascula en arrière et s'effondra sur le sol en s'y cognant violemment la tête. Trop assommée pour se relever, elle ne put comprendre ce qu'il s'était produit.Quand elle se réveilla, une trentaine de minutes plus tard, elle était allongée sur le canapé de sa salle commune. Un feu crépitait dans la cheminée. Sa tête lui faisait un peu mal mais apparemment, quelqu'un avait eu la gentillesse de lui lancer un sortilège contre les traumatismes. Elle se redressa et vit que le tableau était entrebâillé : des murmures provenaient de l'extérieur. Les chuchotements cessèrent dans un rire suraigu et le tableau se referma sur Drago qui rentrait.

Il lui jeta un coup d'œil avant d'esquisser un rictus sadique.

- Quoi ? Séquelles post-traumatiques ?, railla-t-il devant son air ahuri.

Hermione essaya de parler mais ses mots se bloquèrent dans sa gorge. Elle inspira avec force et quitta le canapé pour rejoindre sa chambre, sans un mot. Le Serpentard sembla un peu fâché qu'elle ne réponde pas à sa provocation. Au moment où il s'asseyait dans le canapé, à la place qu'Hermione venait de céder, un grand bruit se fit entendre dans la chambre de la Gryffondor. Il tourna la tête vers la porte et entendit une sorte de sanglot étouffé, puis plus rien. A moitié curieux, tout-de-même, il s'approcha de la porte entrebâillée et observa l'intérieur de la chambre. Elle était là, par terre. On aurait dit une poupée désarticulée. Apparemment, le choc avait été plus important que prévu. Peut-être était-ce dû au fait que ce n'était pas la première fois de la semaine qu'elle se cognait la tête. Il chassa bien vite ce souvenir de ses pensées et se concentra sur ce qu'il voyait présentement.

Il entra et s'approcha d'elle, s'accroupissant pour être à sa hauteur. On aurait pu croire qu'elle était simplement endormie. Son visage était trop pâle, comme depuis quelques temps, et sa mine était douloureuse. Il posa sa baguette sur son front et murmura quelques incantations de soin, peu désireux de l'amener à l'infirmerie. Rien que penser au fait de devoir s'expliquer à Mme. Pomfresh lui donnait déjà des migraines.Drago lui lança ensuite un sort de lévitation, n'ayant pas non plus envie de la porter, et la fit voler jusqu'à son lit. Cette fille savait vraiment se montrer ennuyeuse quand elle le voulait.

Elle ouvrit les yeux tandis qu'il s'en allait.

- Malefoy…?, articula-t-elle d'une voix faible.

Elle était dans sa chambre et plus précisément dans son lit... Ce qui signifiait, en d'autres termes, qu'il l'avait aidée. C'était bien la première fois que ce genre de chose arrivait. Certes, cela avait dû être motivé par des motifs égoïstes mais quand bien même. D'accoutumée, il aurait préféré se mettre dans l'embarras plutôt que de l'aider à se dépêtrer d'une situation...

- Qu'est-ce que tu veux encore, sang-de-bourbe ?

Voilà qui effaçait joyeusement sa bonté précédente. Elle ne releva pas. Cela faisait longtemps qu'elle ne relevait plus ce qui la blessait au plus haut point. Mortifiée mais peu surprise pour autant, elle reprit la parole, sans contenance ni courage.

- Que s'est-il passé ?

- Il s'est passé que tu étais apparemment appuyée contre le tableau, comme une pauvre imbécile. Il s'est passé que j'étais dans la salle commune, et que je n'étais pas seul. Il s'est passé qu'après qu'elle ait fait ce que je voulais qu'elle fasse, je lui ai fait comprendre qu'elle devait se barrer. Il s'est passé qu'elle a ouvert l'entrée de la salle commune et que tu étais derrière… La chaine de causalité te semble compréhensible ? La prochaine fois, n'appuie pas ton gros postérieur contre ce putain de tableau si tu veux éviter le coma, non pas que je m'en soucie.

Il avait une de ces manières de raconter les histoires : pour toute réponse, elle enfonça sa tête dans l'oreiller.

- Et Liam ?

- Si tu veux mon avis, il a eu tellement honte de toi qu'il s'est barré. Pas étonnant. Tu lui avais déjà imposé une soirée avec toi, alors dès qu'il a pu s'échapper, il l'a fait… même si c'était tout de même lâche de le faire alors que tu sombrais dans un coma post-traumatique.

- D'accord, agréa-t-elle finalement.

Le blond esquissa un sourire sarcastique mais sa mâchoire se contracta dangereusement.

- Comment ça, « d'accord » ?

- Rien, j'ai compris ce que tu avais dit, j'acquiesce. On fait ça entre gens civilisés… Mais je doute que tu connaisses ces termes, cingla-t-elle sur un ton désintéressé.

Drago ricana.

- Quoi ? Tu ne te sens plus parce que Sir William daigne poser ses yeux sur tes fesses ? Une fois qu'il en aura fini avec ton dépucelage, il te lâchera, asséna-t-il sans la moindre pitié.

Ce fut au tour d'Hermione de pouffer. Mais pour qui se prenait-il, à la fin ?

- De ce que j'ai compris de ta «chaine de causalité», c'est toi qui t'envoie des filles pour les jeter ensuite, c'est donc toi que je devrais éviter... Ce que j'essaie de faire le plus possible, crois-moi. Et je doute qu'il soit parti pour les raisons que tu as bêtement énumérées : ce n'est pas un monstre comme toi. Et enfin, arrête ta fixette sur mon postérieur, je vais finir par croire que tu ne peux plus t'en passer.

Le Serpentard s'approcha, un sourire vraiment menaçant sur le visage. Peut-être était-elle allée trop loin, encore.

- Tu me réponds de nouveau, sang-de-bourbe ?… En effet, les filles, je les prends et je les jette… Mais tu crois que ton William est différent, peut-être ?... Quant à ton postérieur… c'est lui qui finira par ne plus se passer de moi, tu verras…

De quoi voulait-il parler exactement ? Sous-entendait-il qu'un jour ils se livreraient tous les deux à une expérience charnelle ? Cette idée lui retourna l'estomac.Malgré son air confiant, Hermione ne put s'empêcher de se crisper à son approche. C'était le moment où il commençait à réellement l'effrayer.

- Tu n'as plus rien à répondre, Granger ?

- Je ne réponds pas aux imbéciles.

Il grimpa sur le lit avec la grâce d'un fauve, se mettant à quatre pattes au-dessus d'elle.

- Je suis un monstre… puis un imbécile, à présent ? Je te trouve bien courageuse, ce soir. Tu sais, je n'ai pas oublié la gifle de tout à l'heure… Je m'étais juré que j'allais te la faire payer… Je ne savais pas bien quand, mais je saisis l'occasion puisque tu me l'offres sur un plateau d'argent.

- Je t'ai giflé car tu le méritais, se défendit-elle d'une voix chevrotante. Et oui, tu es… un monstre…

Comme s'il venait de recevoir le plus beau et le plus élégant des compliments, Drago esquissa un sourire réjoui.

- Mais je ne suis pas un imbécile, n'est-ce pas ? Tu le sais bien. Cela te fait peur, d'ailleurs… Que quelqu'un d'aussi sensé soit aussi cruel… Cela bouleverse tes certitudes…

Il mettait des mots sur ses angoisses assourdissantes, les renforçant davantage.

- Tu trembles, sang-de-bourbe, fit-il remarquer alors qu'il s'approchait de plus en plus.

Elle ferma les yeux, plus craintive que jamais. Elle ne voulait pas voir le malheur fondre sur elle.

- Et les Gryffondors sont courageux, c'est ça… ?

Hermione ne pouvait tout simplement pas répondre : effrayée à l'idée de mouvoir ses lèvres.

- Ouvre les yeux, ordonna-t-il soudain.

Elle sentit ces derniers s'emplir de larmes. Non, elle ne lui obéirait pas. Si elle commençait à exécuter ses ordres, il finirait par se croire omnipotent.

- Ouvre les yeux, répéta-t-il encore plus implacable.

Il glissa sa main sur son ventre. Le cœur d'Hermione loupa un battement.

- Ouvre les yeux, tout de suite. Sinon, je te promets que cette main foulera d'autres endroits… bien plus interdits

Elle obéit dans la seconde et se maudit dans la suivante pour avoir cédé. Une lueur victorieuse brillait dans les orbes acier du blond. Il savait à présent qu'il pouvait lui réclamer ce qu'il voulait.

- Bien. Excuse-toi, maintenant.

- … Non.

Drago ferma les yeux en souriant, d'un air plaisantin. Lorsqu'il les rouvrit, son sourire avait disparu, laissant place à un visage bien plus avide et dangereux.

- En es-tu sûre ?

Sa main amorça alors un mouvement vers le bas, certainement pour retrousser sa robe. Elle attrapa son poignet dans un réflexe suppliant.

- Non !

- Alors, excuse-toi, plaqua-t-il avec un ton railleur.

Peut-être n'était-ce pas une si bonne idée que ça d'être féminine, après tout... Cela semblait lui avoir donné de nouvelles manières de la menacer... Des manières répugnantes.

- ... Tu as dit des trucs horribles… J'avais le droit de te gifler… Et… Toi tu n'as pas le droit de me forcer à m'excuser… Ni de me faire… De faire… De faire ce que tu fais…

Son autre main vint rejoindre le poignet de Drago qui, lui, forçait la descente. Il avait une force certaine… Elle ne pourrait pas l'arrêter… Ses yeux, retenant ses pleurs depuis trop longtemps, finirent par faire céder le barrage.

- Non… je t'en supplie, ne fais pas ça…, gémit-elle en laissant ses larmes couler sur ses joues.

- Tu sais ce qu'il faut faire pour m'arrêter…

La main gauche du Serpentard vint se saisir des deux poignets d'Hermione, les rabattant au dessus de sa tête. Il continua alors l'amorcée de son autre main vers les cuisses de la jeune fille, terrifiée.

- Pardon ! Je suis désolée ! Excuse-moi !, lâcha-t-elle précipitamment.

- On n'ordonne pas à l'autre d'être excusé.

- Je te prie de bien vouloir m'excuser… !, éluda-t-elle.

Il la lâcha, ricanant moitié.

- Dommage… Je suis pourtant sûr que tu aurais aimé ça, railla-t-il en levant la main devant elle et en mouvant ses doigts d'un geste éloquent.

La porte claqua derrière lui. Elle s'effondra en sanglots.

(Dimanche 25 décembre)

Elle était dans la douche, se recroquevillant sous l'eau glacée qui inondait son corps. Assise, pantelante et tremblante, les larmes se mêlant discrètement aux gouttes d'eau, glissant sur la courbe concave de son petit nez : elle avait l'air d'une enfant. Nue, on pouvait percevoir l'aspect fragile de son corps malade. La peur avait enseveli ses courbes sous une maigreur cadavérique et pâle. De timides sanglots agitaient frénétiquement ses frêles épaules et on pouvait parfois lui discerner un petit gémissement d'animal craintif.

Pourquoi lui infligeait-il de telles humiliations ? Il l'avait toujours détestée mais cela commençait à prendre des proportions considérables. Que lui imposerait-il, la prochaine fois ? A ce rythme, il y avait vraiment de quoi s'affoler. Mais que pouvait-elle faire ? A qui aurait-elle pu en parler ? La jeune Gryffondor ne parvenait plus à faire la part des choses : elle ne se voyait pas aller le dire à Ronald ou à Harry, bien trop préoccupés par leurs petites personnes… Non elle était égoïste. Elle le savait mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. C'était la première année ou aucune intrigue Voldemortienne n'avait lieu à Poudlard. La guerre s'était nettement calmée, dehors, depuis le départ de Voldemort pour la Finlande… Les membres de l'Ordre du Phénix le recherchaient activement.

Il était parti de Grande-Bretagne afin de prendre d'abord emprise sur la communauté magique du Nord-Est, beaucoup plus favorable à ses dogmes pernicieux. Les adultes avaient donc préconisé que les jeunes sorciers se concentrent sur leurs études car la guerre se déclarerait bien assez tôt. Il fallait approfondir le plus possible ses capacités et travailler avec véhémence afin de pouvoir prétendre affronter des mangemorts. Hermione faisait évidemment partie de ceux qui travaillaient avec le plus de fougue : elle apprenait sur tout type de magie, s'ouvrait à la découverte de sorts offensifs et défensifs, s'exerçait avec ferveur aux sorts médicaux... Elle pensait que tout son travail porterait ses fruits et se sentait peu à peu plus confiante.

Seulement voilà : ses illusions avaient bien vite été balayées. Elle n'était même pas capable de repousser un adolescent, qui n'était même pas mangemort avéré –du moins, pas pour l'instant-… Avouer tout cela à Ronald et Harry c'était renoncer à sa fierté : accepter que sa fougue n'aie pas de résultats, se retrouver comme le fardeau du trio… Non merci. Alors voilà, elle avait décidé, courageusement certes, de régler ses problèmes seule comme une grande fille.

Mais elle n'y arrivait tout simplement plus. Gérer la mauvaise humeur du blond, cela était déjà difficile, mais en plus de cela, il passait tout son temps à n'attaquer qu'elle –bien conscient du fait qu'elle soit isolée- et se montrait de plus en plus menaçant à son égard. Bientôt, il ne s'arrêterait plus à la violence verbale, il avait déjà commencé ses brutalités physiques… D'abord, il la plaquait juste contre un mur, bientôt, il l'étranglait presque… Et à présent, voilà qu'il se mettait à l'attoucher. C'était pire que du harcèlement, et elle était complètement perdue…

Heureusement, elle avait Liam pour la consoler un peu. Sa présence était un tel baume au milieu tout ça. On pouvait dire ce que l'on voulait, Hermione n'était qu'une jeune fille. Elle n'était qu'une adolescente qui grandissait et qu'on avait mise face à des choix qui la dépassaient. Mais comme tous les autres adolescents, elle devait supporter le désordre qu'étaient la guerre et la panique face à Voldemort. Le seul élément qui faisait que sa vie était encore pire ? Ses parents étaient moldus et n'avaient pas les moyens de se défendre : ses amis ne faisaient plus attention à elle : et enfin, elle vivait cet isolement harcelée par son colocataire et collègue, Drago Malefoy, qui ne perdait pas un seul instant pour la martyriser.

Fatiguée par cette réflexion déprimante, elle finit par se redresser, laissant l'eau froide vivifier les traits de son visage. On était le matin de Noël, elle ne voulait pas se laisser abattre en ce jour d'espoir. Elle sortit de la douche et s'entoura d'un peignoir moelleux. Elle devait aller à Pré-au-Lard pour trouver une robe… Mais elle n'en avait pas vraiment le courage. Tout ce qu'elle désirait, c'était guérir son mal-être en passant la journée avec Liam. Tant pis, de toute façon elle pourrait y aller le lendemain… La jeune fille jeta un coup d'œil au miroir qui siégeait majestueusement devant elle. Ses cheveux alourdis par l'eau étaient plus sombres qu'à l'accoutumée, et les habituelles anglaises maladroites qui forgeaient sa coiffure s'étaient un peu délassées. Son visage était aussi pâle que les derniers temps et ses cernes s'ancraient avec plus de profondeur autour de ses yeux, les rendant plus lumineux. Des kyrielles de gouttes dessinaient de belles traces brillantes sur ses joues et perlaient ses cils comme des diamants. Ses lèvres purpurines s'ourlaient avec une sorte de timidité et de sévérité entremêlées tandis qu'elle jaugeait son visage. Elle passa la main sur la buée qui flouait son reflet dans la glace. Ses traits se firent plus durs, ses cernes plus présents, et son grain de peau nettement moins fin… Son visage était beaucoup moins séduisant que précédemment.

Oui… Il avait raison, elle n'était pas belle. Mais que pouvait-elle y faire ? La vie est ainsi faite. On ne pouvait pas tous être gâtés par la nature. On ne pouvait pas tous être gâtés par notre naissance. Elle songea à ses grandes mains aristocratiques, à ses fins cheveux blonds ainsi qu'à ses yeux perdus entre le bleu-gris pétrole et la couleur fer.

- Merde à la fin. Je n'y suis pour rien.

En effet, elle commençait à en avoir assez qu'on la blâme pour ce dont elle n'était pas responsable. D'ailleurs, quelle était cette idée de se moquer des gens moins chanceux ? Les beaux n'avaient rien fait pour être beaux, ils étaient nés ainsi. Ce n'était donc pas une question de mérite… Alors pourquoi se vantaient-ils de leur chance ? Mais après tout, cela, c'était bel et bien la réflexion d'une fille laide. La laideur aide à murir, lui avait-on dit autrefois.

Elle saisit sa baguette et décida d'arranger un peu ses cheveux et de faire disparaitre les marques de l'insomnie de son visage. Force est de constater qu'elle ne connaissait aucun sort de beauté, elle s'obligea à prendre une brosse, soupirant lourdement. Il lui fallut au moins un bon quart d'heure pour démêler soigneusement les cheveux qui bordaient ses joues et les côtés de son crâne. Éreintée et lasse de ce travail si fastidieux –qu'elle ne faisait jamais-, elle décida tout de même de terminer sa tâche. C'est néanmoins avec beaucoup moins de précaution qu'elle peigna ses cheveux arrières. Le travail alla plus vite mais son cuir chevelu lui faisait atrocement mal et sa brosse débordait de cheveux. Elle empoigna ces derniers avec un regard critique et jeta l'intégralité dans la poubelle de la salle de bain, constatant avec déplaisance qu'il y en avait une masse importante.

La jeune fille se regarda de nouveau dans la glace : ses joues étaient teintées framboise, rougeur de l'effort, et ses cheveux s'écoulaient à présent bien plus gracieusement sur ses épaules. On pouvait déceler de beaux reflets acajous dans leur couleur mordorée. Elle approcha sa main et glissa ses doigts dans sa chevelure, disciplinée et douce. Elle se sourit, satisfaite d'avoir réussi à en faire quelque chose. Finalement elle retourna dans sa chambre et enfila des sous-vêtements, puis un chandail à encolure tunisienne, offert par sa mère. Elle adorait sa couleur carmin et il portait l'odeur de la lessive de la maison de ses parents. Lorsqu'elle l'enfilait, elle se sentait à nouveau chez elle et cela lui faisait du bien.

Un jean très classique habilla ses jambes et elle garda ses souliers d'écolière, se fichant de ses chausses comme de sa première brosse à dent. Plus enthousiaste qu'à son réveil, elle retourna dans la salle de bain et prit la folle décision de se maquiller. Parvati lui avait offert un rouge à lèvres légèrement irisé, tout à fait naturel. Elle se souvint avec humeur de la réplique de la jeune Indienne «je suis sûre qu'il t'ira bien alors, fais un effort, par Merlin !»… Il fallait dire que face à ce cadeau, Hermione n'avait pu qu'afficher une mine sceptique.

La jeune sorcière approcha l'objet de ses lèvres, ne sachant pas vraiment comment s'y prendre pour s'en appliquer. Elle ferma les yeux et visualisa Lavande et Parvati se maquiller le matin, avant qu'elle ne quitte le dortoir des Gryffondors… Ayant un peu plus le geste en tête, elle ourla délicatement ses lèvres et les frotta timidement l'une contre l'autre. Le résultat ne se voyait presque pas, juste une légère brillance et un gout d'amande. Satisfaite de constater que ce n'était pas trop voyant, elle sourit à son reflet et saisit une pince pour attacher ses cheveux. Le but de la manœuvre était d'empêcher que ceux-ci ne se ré-emmêlent trop rapidement, ainsi sa chevelure se vit nouée dans un chignon négligé qui lui allait plutôt bien, malgré ce qu'elle pouvait en penser.

Soudain, son regard tomba sur un flacon posé sur le lavabo. Fleur d'Amandier. Un cadeau de Ginny. Elle pensa à la rousse… Malheureusement, la jeune Weasley n'avait que très peu de temps à lui consacrer. De plus, la compagnie d'Harry lui était inenvisageable pour des raisons évidentes, et celle de Ronald escorté de Lavande n'était tout simplement plus supportable non plus. Les deux amies se voyaient de temps à autres mais le plus souvent se croisaient à la bibliothèque où Hermione les aidaient, Luna et elle, à réviser. Elles n'avaient pas vraiment d'occasion de discuter d'autres choses et Hermione n'avait de toute façon pas le cœur à en parler…

Hermione saisit le flacon et dévissa le bouchon lentement. Une petite bille trônait en haut du récipient, remplaçant l'habituel vaporisateur. La jeune sorcière laissa glisser le doux morceau métallique sur son cou en une arabesque parfumée. Elle soupira tout en inspirant l'odeur délicieuse qui émanait à présent de sa gorge et referma le flacon avec lassitude. Rien n'était simple.

C'est avec cette idée qu'elle quitta sa chambre, bien décidée à descendre se restaurer. Elle tomba nez à nez avec Drago Malefoy qui sortait également de ses appartements. Le contournant avec rapidité en articulant un «bonjour» effrayé et pressé, elle espéra l'espace d'un instant qu'il ne contrecarrerait pas ses plans d'aller petit-déjeuner en paix.

- Une minute, Granger.

Nom d'un scroutt à pétards.

Son corps s'arrêta automatiquement, comme si elle s'était habituée à ses ordres et qu'elle s'y pliait. Le blond afficha un sourire moqueur et s'approcha d'elle. Dos à lui, elle se sentait vraiment très en danger, mais elle n'osa pas bouger pour autant, le sentant très près derrière elle. Trop près.Soudain, elle l'entendit inspirer. Elle se demanda s'il n'essayait pas de contenir la violence qui l'habitait en emmagasinant de l'air. En vérité, le blond respirait l'odeur de sa chevelure, amusé.

- Tu sens l'amande.

Elle se pétrifia littéralement. En moins de quelques secondes, il avait réussi à retrouver l'essence du parfum.

- C'est pour camoufler ton odeur naturelle ?, cingla-t-il.

Il posa ses mains sur ses épaules à moitié dénudées par son haut. Elle tressaillit.

- Ton odeur pestilentielle…, articula-t-il lentement.

Hermione n'osait toujours ni répondre, ni bouger… Elle sentait la chaleur de ses épaules crispées s'évanouir sous la froideur des deux mains posées dessus. Et le contact de l'une d'elle cessa. Soudain sa pince disparut de ses cheveux et ceux-ci cascadèrent sur ses épaules et son dos.

- Je rêve ou tu t'es coiffée, Granger ?

L'emprise de sa main droite sur son épaule se raffermit soudain, l'incitant à répondre au plus vite.

- Je… Oui, finit-elle par avouer, la gorge serrée.

Il laissa échapper un «hmmm» songeur. Pourquoi était-il si près ? Pourquoi la détaillait-il ? Et pourquoi lui posait-il toutes ces questions… ?!

- Pourquoi faire ?

- … Parce que…, chercha-t-elle avec célérité dans son esprit. Parce qu'aujourd'hui, c'est Noël… Il faut être présentable, mentit-elle avec une voix tremblotante.

L'étreinte des doigts glacés s'apaisa.

- Présentable pour qui ?

- Pour personne…

- Pour lui, hein…, se moqua-t-il soudain.

Elle fixait le sol des yeux.

- … J'en avais marre que tout le monde se moque de moi.

Hermione sentit la main absente glisser dans ses boucles. Ses doigts froids caressèrent l'arrière de son crâne jusqu'au bas de sa nuque, la faisant frémir. A quoi jouait-il ?! Longuement, la pulpe de ses doigts effleura sa clavicule gauche, crispant ses omoplates dans un frisson désagréable.

- Tu restes ici, aujourd'hui.

La jeune fille hoqueta de surprise. Elle devait avoir mal entendu.

- Pardon… ?

- Tu restes ici, aujourd'hui, répéta-t-il.

- Mais… pourquoi ?, s'estomaqua-t-elle, dépassée par la situation.

- Tu vas faire mes devoirs.

Dans le but de la retirer doucement, elle approcha sa main gauche de celle de Drago, reposant sur son épaule droite. Elle voulait juste repousser sa main : qu'il la touche la mettait profondément mal à l'aise. Alors qu'elle allait l'atteindre, il délaissa l'emprise de sa clavicule pour lui attraper le poignet gauche de sa propre main droite. Il tordit alors désagréablement son avant-bras en serrant ses doigts autour avec fermeté.Ce geste laissait deviner ce qu'il pensait. Elle n'avait pas le droit de le toucher : l'initiative devait venir de lui…

- Mais…, commença-t-elle.

- Ce n'était pas une proposition, c'était un ordre.

Avait-il perdu la tête ? Probablement. Il ne s'était jamais permis de l'obliger à faire quelque chose. Certes, il l'avait brusquée moralement et physiquement, mais jamais il ne lui avait d'ordre comme si elle n'était qu'une bonne ou un vulgaire sous-fifre. La relation qu'il instaurait entre eux ne plaisait pas du tout à la Gryffondor car elle changeait la donne. Alors que cela avait toujours été une relation partagée –bien que peu équitable- de haine et de coups-bas, il semblait vouloir installer un rapport de soumission/domination.

- Mais je n'ai pas à t'obéir, murmura-t-elle dans un souffle bas.

Hermione se fustigea mentalement. Pourquoi n'arrivait-elle soudainement plus à s'énerver ? Pourquoi sa voix ne s'élevait plus contre lui ?La seule explication valable semblait qu'elle le craignait. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'est qu'elle l'avait toujours quelque peu craint.

Mais cette fois-ci, c'est différent, Hermione. Tu le vois bien. Tu trembles, tu n'oses pas vraiment protester contre ses injonctions.

Décidée à ne pas s'écouter, elle libéra son poignet gauche de l'emprise de Drago et chercha sa baguette, glissée dans les boucles de sa ceinture. Étrangement, sa main ne rencontra que le vide.

- Tu as un don pour perdre ta seule arme contre moi, murmura-t-il dans le creux de son oreille.

Sans baguette, elle était perdue. Qu'allait-il lui faire ? Elle était en train d'imaginer le Serpentard camoufler son cadavre dans la forêt interdite lorsqu'il la tourna face à lui.

- En fait… Je me demande qui gagnerait, en duel… ?

Hermione se priva de faire preuve d'orgueil malgré ses assauts en son for-intérieur. Il ne valait mieux pas le provoquer alors qu'il avait tous les pouvoirs. Qui plus-est, elle avait beau être excellente en sortilèges, elle savait qu'il était bien meilleur qu'elle en maléfices et en sorts offensifs. Les yeux vissés au sol, elle s'efforçait vainement d'arrêter de trembler.

- Malefoy, je te demande, s'il te plait, de me rendre ma baguette et de me laisser partir, souffla-t-elle, se voulant polie mais ferme.

Il ricana pour la première fois de la matinée. Le son vrilla les oreilles de la jeune sorcière face à lui.

- Non. J'ai l'intention de profiter de Noël… J'ai envie de te voir travailler pour moi… Je n'ai rien à faire aujourd'hui, comprends-moi bien.

- Mais moi si !, s'écria-t-elle soudain en osant plonger ses yeux chocolats dans ceux du Serpentard. Je n'ai vraiment pas envie de rester cloitrée ici, avec toi, à exécuter tes ordres!

Et voilà, elle avait craqué. Cela allait probablement barder pour son matricule. Ce fut bel et bien confirmé lorsque les yeux givrés du Serpentard foncèrent dangereusement.

- Tu n'as pas le choix, sang-de-bourbe !, cracha-t-il en la jetant au sol.

Les cheveux d'Hermione s'éparpillèrent autour de son visage endolori. Combien de fois allait-il la cogner sur la tête avant d'être satisfait… ? Se sentait-il si menacé que ça par son cerveau pour vouloir l'endommager à ce point ? Elle ne put pas se relever tout de suite, ayant la tête qui tournait bien trop pour cela. Les yeux du blond s'écarquillèrent face au corps étendu sur le sol. Il s'accroupit à son niveau et posa sa main sur le côté gauche de sa poitrine. L'emplacement de son cœur. Pendant quelques secondes, elle hésita entre deux terribles hypothèses : allait-il lui jeter un sort de douleur ou allait-il la violenter physiquement… ?

- Tu n'as pas le choix… De toute façon, personne ne voudrait passer Noël avec toi…

Elle se retint de lui répliquer que pourtant cela semblait être son cas. Sa main compressait son sein gauche et le contact la pétrifiait proprement. Il se glissa au dessus d'elle, lentement, ne l'écrasant pourtant pas de son poids.

- Malefoy, murmura-t-elle difficilement, encore sonnée. Malefoy… Qu'est-ce que tu fais ?

Mais il ne répondit pas. Le silence dura longtemps tandis qu'il avait plongé ses yeux dans les siens, terrifiés.

- Tu restes ici, répéta-t-il alors.

Et elle finit par acquiescer, résignée et docile.

- D'accord.

Il se détendit aussitôt et se redressa. Elle respira mieux.

- Je… on peut descendre manger ?, tenta-t-elle, prête à tout pour quitter cet endroit isolé.

Le blond lui lança un regard indéchiffrable.

- Tu as faim ?, éluda-t-il avec une voix méfiante.

- Oui, mentit-elle, la bile au bord des lèvres.

Curieusement, il s'exécuta. Il enfila une veste sombre et se prépara à la suivre.

- Habille-toi plus que ça, imbécile. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais nous sommes en hiver, persiffla-t-il d'une fois sèche, les yeux vissés sur sa poitrine.

Hermione n'avait pas remarqué son regard pour la bonne et simple raison qu'elle n'osait pas le regarder dans les yeux. Elle ne dit donc rien et retourna dans sa chambre pour chercher un gilet, l'insultant pour avoir raison. Elle revint de nouveau dans la salle commune et c'est à cet instant qu'elle aperçut qu'il y avait des cadeaux sous le sapin. Comment avait-elle pu oublier qu'il y en aurait forcément ?Telle une enfant, elle se pressa jusqu'à l'arbre et s'agenouilla par terre pour regarder de plus près. Le Serpentard la regarda faire de son regard froid, une lueur avide brillant dans ses yeux mercure.

- Oh.

Elle venait de lire une carte «de la part de G'» sur un paquet de couleur rouge. Rapidement, elle défit le nœud qui l'empêchait d'ouvrir la boite et souleva le couvercle. Apparemment il s'agissait d'une robe en chintz, bleue pastel, plutôt courte. De fines bretelles accompagnaient les petites fronces qui saillaient le décolleté et de délicieux volants agrémentaient la base. Bref, il s'agissait d'une simple mais adorable robe courte. Hermione décacheta l'enveloppe qui siégeait au fond de la boite et en sortit un mot.

«Nous n'avons plus trop d'occasions de nous voir, mais je pense tous les jours à toi.

Je t'aime.

Baisers, G'»

Malefoy lut par-dessus son épaule, impassible.

- Qui t'envoie ça ?, demanda-t-il posément.

La jeune fille se tourna vers lui, un peu étonnée.

- Ginny Weasley.

Drago esquissa un sourire… pervers.

- Vous vous offrez des robes comme ça, entre filles ? Ne me dis pas que t'es… Que vous êtes… Toutes les deux…

Elle fronça les sourcils à son tour, ne voyant absolument pas là où il voulait en venir.

- De quoi parles-tu ? Elle m'offre ça car elle sait pertinemment que je n'achèterais jamais sciemment une robe… Et elle sait que j'aime le bleu, donc elle voulait me faire plaisir en même temps. Voilà tout, j'imagine.

Le blond soupira devant son innocence. Il aurait été curieux qu'elle comprenne ce qu'il sous-entendait… La pauvre était complètement à côté de la plaque.Elle approcha ses mains fines d'un deuxième paquet, signé de la patte de Ron et d'Harry. Hermione saisit la carte attachée avec le ruban.

«Joyeux Noël et bises, Ron.

Joyeux Noël, tu nous manques, Hermione. Bises, Harry»

- Tu parles, murmura-t-elle en soupirant.

Elle défit le nœud du paquet bleu. Dans la boite se trouvait des plumes en sucre, des chocogrenouilles ainsi que des livres : « L'attrapeur de mon cœur » d'Alberta Jambonbeur, « Missions suicidaires et sanglantes en Transylvanie » de Roberto Apoint, ainsi que « Sorts de beauté débutants pour jeunes sorcières, volume I » de Miranda Miroir. Hermione soupira lourdement tandis que Drago souriait narquoisement dans son dos.La jeune sorcière saisit un autre petit paquet, couleur chocolat, mais il n'y avait pas de carte. Elle le tendit à Drago avec un sourire timide.

- Tiens, il doit être pour toi.

L'idée qu'on puisse lui offrir un cadeau semblait mignonne. Cela devait probablement venir de sa mère : elle savait qu'elle se souciait énormément de son bien-être. Il plongea ses yeux dans les siens.

- Certainement pas. Je n'ai pas de cadeaux. C'est à toi.

Hermione se mordit les lèvres, contrariée. Il avait dit cela comme si recevoir des cadeaux n'était qu'un loisir pitoyable. Elle ouvrit le couvercle et découvrit un pendentif. Une chaine plutôt longue, ornée un joli disque ouvragé en métal argenté aux tons nacrés. A l'intérieur du disque, de belles arabesques symétriques, semblables aux moucharabiés orientaux, se nouaient et faisaient briller le bijou. Trouvant le pendentif très à son gout, elle l'enfila immédiatement, le laissant pendre sur sa poitrine. La pulpe de ses doigts l'effleura, émerveillée : elle avait même peur de le ternir rien qu'en le touchant et d'y laisser des traces de doigts. La surface du métal était si brillante qu'elle était sûre que cela aurait pu être le cas.

- Merlin, que c'est joli, murmura-t-elle. Je me demande qui m'offre ça.

Elle saisit finalement le petit disque, l'observant de plus près. L'objet avait été très finement travaillé, certainement l'ouvrage des Gobelins… ? Ou d'une autre créature… En tout cas, ça n'était pas manufacturé par de simples humains, c'était certain, et le bijou devait couter une fortune.

- Peut-être un admirateur secret, plaisanta-t-elle avant de se rendre compte qu'elle tendait une perche à la seule personne susceptible d'entendre sa raillerie.

Étrangement, le Serpentard ne dit rien de désobligeant.Hermione tourna le disque sous tous les angles avant de s'apercevoir que des mots étaient gravés sur la tranche du disque et que leur inscription en faisait le tour.

Ab Imo Pectore

Du fond du cœur.

La jeune sorcière connaissait suffisamment bien la culture latine pour comprendre cette locution : elle désignait à la fois une extrême et intense douleur, une franchise sans faille et l'indignation la plus forte… venues du fond du cœur.Perturbée, elle se tut, n'en faisant pas part à Malefoy. Qui avait bien pu lui offrir cela ? Que cela pouvait-il bien signifier ?

Pour ne pas attirer l'attention, elle décida de regarder les autres cadeaux.Comme d'habitude, il y avait le colis de Molly Weasley, rempli de bonnes choses à manger et d'un pull en laine aux mailles épaisses. Hermione sourit, heureuse de ne pas avoir été oubliée.

- Ma parole, elle tricote avec ses pieds la mère Weasmoche… ?

La jeune sorcière le fusilla du regard avant d'ouvrir le dernier paquet. Il venait de ses parents. Ces derniers lui avaient fait parvenir par les Weasley plusieurs livres moldus, quelques photos inertes d'eux en Espagne, et une modique somme en monnaie sorcière.

- Quinze pauvres Gallions ?, railla Drago. Je comprends pourquoi tu travailles avec tant d'acharnement… Tu veux échapper à la misère familiale…

Comme à chaque fois qu'il se moquait de sa famille, elle l'incendia de ses yeux furieux. Son regard fut pourtant cette fois-ci voilé d'une teinte peinée qui n'échappa pas au Serpentard.

- Si tu veux tout savoir, la conversion de Livres en Gallions n'est pas très intéressante pour les moldus…, l'informa-t-elle, amère.

Il lui adressa un sourire désarmant de sarcasme auquel elle ne répondit que par le détournement de son regard vers ses cadeaux. Elle les rangea et alla les porter dans sa chambre, un peu triste malgré le plaisir qu'elle avait pris à les ouvrir. Lorsqu'elle revint, elle ajusta son gilet sous l'œil attentif de Drago.

- Peux-tu me rendre ma baguette, je te prie ?

Il la sortit de nulle-part et la lui tendit.

- Demandée si gentiment…

Ils quittèrent la salle commune et descendirent pour prendre leurs petits-déjeuners. Le silence pesait avec lourdeur sur leur marche et elle avait tendance à trop accélérer. A chaque fois qu'elle le dépassait, pourtant, elle avait le réflexe de s'aligner à nouveau à son rythme. Elle le devança toutefois lorsqu'ils pénétrèrent dans la Grande-Salle, et s'assit en face de Liam.

- Bonjour !, fit-elle, enthousiaste. Joyeux Noël !

Liam leva les yeux vers elle, et afficha un sourire ravi.

- Joyeux Noël à toi aussi, Hermione. Malefoy, salua-t-il le blond d'un signe de tête.

- Blake, répondit le Serpentard sans lui accorder la moindre attention.

- Alors, les cadeaux ?, s'enquit Liam.

Hermione rougit devant son air joyeux. Et s'il était la mystérieuse personne ? S'il s'agissait de son cadeau ? Elle tenta le tout pour le tout.

- Oh, des livres, des friandises… Puis une robe et… ça…, dit-elle en saisissant son pendentif entre ses doigts. Je ne sais pas qui me l'a offert mais je trouve ça vraiment magnifique…, s'emporta-t-elle alors que Liam riait doucement face à son enthousiasme.

- Cela te va très bien, confirma-t-il avec un sourire. Ta nouvelle coiffure aussi, d'ailleurs…

- Merci…

Il ne s'était pas désigné et semblait agréablement surpris par le collier. Peut-être faisait-il semblant… ? Elle aurait tant aimé que ce soit lui. Il lui aurait ensuite expliqué ce que signifiait l'inscription, probablement quelque chose du genre « Je souffre lorsque tu es loin de moi… », ou quelque chose du genre. Il n'était pas gravissime qu'il n'ait pas parfaitement cerné le sens de la locution latine. Elle ne lui en tiendrait pas rigueur car l'intention était tellement belle qu'elle valait tous les mercis.

- J'ai eu des photos de mes parents aussi, d'autres livres… Enfin bref, et toi ?

- J'ai eu le dernier Nimbus de la part de ma famille et des fondants du chaudron. Et pas mal de cartes de la part de mes amis…

Amis. Cela lui rappela avec amertume le message des deux autres crétins :

«Joyeux Noël et bises, Ron.

Joyeux Noël, tu nous manques, Hermione. Bises, Harry»

Enfin bon, c'était mieux que rien… Et peut-être qu'Harry commençait à culpabiliser ? Elle avait cette drôle de sensation…

- C'est vrai que le collier te va vraiment bien…

La jeune sorcière rougit en le remerciant et croisa le regard de Drago, vraiment peu amène. Elle allait se servir en jus de citrouille quand elle sentit une main sur sa cuisse. Pétrifiée, elle glissa un regard au Serpentard qui souriait, à présent, son menton posé négligemment sur son autre paume. La main caressa doucement son genou avant de s'aventurer plus près de son entre-jambe. La jeune sorcière se crispa violemment et lâcha son verre de jus qui se renversa sur la table. Liam lui lança un regard interrogateur avant de nettoyer l'incident de sa baguette. La jeune fille essaya de retrouver son calme mais le contact de la main immobile aussi près de son entrecuisse la perturbait littéralement. Elle avait beau tenir ses cuisses résolument closes, il savait qu'il avait assez de force pour s'y introduire.

- Je… Je suis un peu… fatiguée…, s'excusa-t-elle.

Elle se crispa de nouveau lorsque la main reprit ses caresses, baladant ses doigts de son genou jusqu'à ses reins. La main finit par quitter sa jambe et elle respira mieux. Elle fusilla Drago du regard, encore affolée. D'une traite, elle avala son jus de citrouille. Liam lui lança un regard inquisiteur, il ne comprenait pas son comportement.

- Euh… On se voit demain ?, lança-t-elle alors pour changer de sujet.

- Oh… Je comptais t'accompagner à Pré-au-Lard, aujourd'hui… J'aimerais bien te voir essayer des robes…, murmura-t-il platement en regardant ailleurs, sans doute embarrassé.

La jeune fille sentit son cœur s'accélérer. Il était vraiment adorable.

- D'accord, agréa-t-elle avec un sourire enthousiaste.

Mais une main possessive s'abattit de nouveau sur sa cuisse. La sentant remonter dangereusement, elle se pétrifia.

- Euh, attends, non. Allons-y demain, d'accord ? De toute façon les commerces doivent-être fermés, aujourd'hui, quand j'y pense !

- Ah… Très bien… nous n'avons qu'à aller réviser à la bibliothèque, qu'en penses-tu ?

Hermione mourait d'envie d'y aller mais la main sur sa cuisse ne semblait pas du même avis. Dans un geste apaisant, elle posa sa propre main sur la sienne. Contrairement à plus tôt tout à l'heure, il n'essaya pas de se dégager et laissa sa main inerte sous celle d'Hermione. Elle sentit son cœur s'apaiser quand elle comprit qu'il avait eu ce qu'il voulait et qu'il ne lui ferait plus rien.

- En fait, j'avais complètement oublié que je devais organiser le bal, avec Malefoy… Alors… On se verra peut-être au diner ?, répondit-elle, sincèrement navrée.

- Ouais, confirma Drago. Je t'emprunte la sang-de-bourbe une journée…, annonça-t-il.

D'abord surpris, le visage de Liam s'assombrit.

- Ne la traite pas de sang-de-bourbe !, souffla-t-il, exaspéré.

Mais Drago lui adressa un de ses sourires détestables et entraina Hermione alors qu'il se relevait.

- On y va, plaqua-t-il avec une voix sans appel.

Et elle le suivit, adressant un regard confus à Liam, celui-ci les fixant les sourcils froncés. Malefoy lui tira le bras, la rappelant brusquement à l'ordre. Ils sortirent de la Grande-Salle et commencèrent à traverser les couloirs mais il ne la lâchait toujours pas.

- Pourquoi fais-tu ce genre de choses ?!, s'écria-t-elle.

- Tu m'as menti, asséna-t-il, la voix glaciale. Tu n'avais pas faim, tu avais juste envie de le voir.

- Et alors ?!, ragea-t-elle soudain. Ça ne t'autorise pas à m'humilier ainsi et à… à me… à me toucher… !

Elle se libéra de son emprise, s'arrêtant dans le couloir. Ils se fusillèrent du regard pendant un long moment.

- Si tu continues, je te préviens, tu auras des problèmes, le menaça-t-elle sans vraiment y croire elle-même.

- Tu es très réceptive… Ça me donne envie d'aggraver mon cas, railla-t-il.

Elle ne répondit pas, bien trop écœurée par son comportement puéril et déplacé. Ils rentrèrent de nouveau dans la salle commune et Drago alla s'installer dans un fauteuil. Hermione, quant à elle, s'arrêta devant un miroir moucheté, les yeux fixés sur ses cheveux.

- Il a aimé, murmura-t-elle. Je ne pensais pas que les cheveux avaient tant d'importance…

Il la regarda passer ses doigts dans sa chevelure, sans la moindre difficulté. Le Serpentard mourut d'envie de lui dire que ses cheveux étaient laids ; que Liam avait menti ; que la seule chose qu'il fallait en faire, c'était les raser, mais il ne le put. Mentir était une chose, mais là, il s'agissait de déni. Depuis quelques mois, il n'arrivait plus à retrouver chez elle la laideur qui lui avait autrefois tant sautée aux yeux. Et lorsqu'il s'était aperçu que d'autres aussi se mettaient soudain à apprécier son physique, ses avantages… Que d'autres aussi se mettaient à la regarder avec des yeux intéressés… Alors il avait détesté ça. C'était une obscure vérité.Son regard glissa sur son corps, observant d'un œil critique la maigreur assez avancée dont il était le principal coupable. Avoir une telle influence sur elle était à la fois grisant et irritant. Ne supportant plus son air niais, il s'approcha d'elle vivement, contemplant leurs reflets dans le miroir.

- Tu arrives à te regarder sans vomir ? Non parce que dis-toi que ce spectacle, nous y avons droit tous les jours…, siffla-t-il.

Elle recula quelque peu, rapprochant involontairement son dos de son torse, l'air triste. Drago sentit son sang se glacer au bout de ses doigts : elle était si proche…Finalement elle posa sa main sur sa poitrine et joua avec le pendentif.

- Elle te plait vraiment, hein, cette babiole ?, lança-t-il.

- Oui.

Il se tût, observant sa gorge fine et la chaine qui l'ornait si agréablement. Dès qu'il avait vu ce bijou, il avait su qu'il lui plairait et surtout qu'il lui irait bien. Il l'avait acheté, avant tout parce qu'il lui faisait penser à elle, le gardant dans sa poche. Encore une fois, il n'avait pas compris la raison de son geste…

Puis, lui offrir avait été un coup de folie, mais force est de reconnaitre qu'elle ne le soupçonnerait jamais comme l'auteur d'un tel présent, il n'avait pu s'empêcher de glisser le paquet sous le sapin. Lui offrir un collier, c'était comme montrer le signe clair de son appartenance. C'était la marquer de son sceau. Elle n'avait fait aucune réflexion sur l'inscription gravée sur le bijou… Il aurait pourtant été curieux de connaitre son opinion sur la question. Si au début il n'avait pas cessé de songer que son acte avait été une marque de faiblesse, il pensait à présent qu'il avait bien fait de lui faire ce cadeau. Elle lui appartenait plus qu'avant, ainsi. Pourquoi avait-il autant besoin de la marquer ? Ça, c'était une autre paire de manches… Il savait juste que c'était son souffre-douleur, son bouc-émissaire et que l'envie de partager n'avait jamais fait partie de son caractère.D'ailleurs, lorsqu'il avait compris une dizaine de minutes plus tôt, qu'elle soupçonnait Liam d'être l'auteur du cadeau, ses nerfs avaient été mis à rude épreuve.

- Tu vois… Je pense que la personne qui m'a offert ça connait bien mes gouts : l'ouvrage est fin et détaillé, il possède une fantaisie certaine, malgré sa symétrie scrupuleuse...

Voilà qu'elle recommençait à rêvasser.

- Je ne sais pas, je le trouve parfait…, murmura-t-elle, sans faire trop attention à qui elle parlait, bien trop concentrée sur le bijou. Le cercle est le symbole de l'infini, de la perfection, de l'immuable. C'est aussi un symbole de divinité, sans commencement ni sans fin… Mais il y a aussi dans cet emblème, l'unité, l'égalité et la justice…

Ses lèvres se mouvaient en une danse délicate. Il inspira discrètement son odeur, comme pour s'en ressourcer.

-…En outre, on ne peut ignorer que c'est un symbole du temps ainsi qu'une sorte de référence aux planètes et au cosmos. Il est aussi très puissant au niveau magique : on sait que les magiciens celtes utilisaient énormément le cercle pour lier magie et éléments magiques. De même en alchimie occulte ou encore dans les rites de purifica-…tion…

Elle s'interrompit, rouge.

- Tu dois t'en ficher totalement… C'est juste que ces choses me fascinent…

Drago tourna les talons sans répondre, se rasseyant dans le fauteuil. Il le savait bien, que ces choses la fascinaient. Elle passait son temps à discuter passionnément de telles ou telles vertus d'objets ou de symboles, combien de fois l'avait-il observée le faire ? Agacé qu'elle le captive autant, il répondit avec froideur.

- Comme d'habitude, tu aimes endormir les gens avec tes pauvres passions sans intérêt…

Elle rougit de plus belle en baissant les yeux. La mâchoire du Serpentard se contracta automatiquement. Quand avait-il commencé à prendre en considération ses réactions ? Quant avait-il cessé de la mépriser réellement ? L'avoir avec lui en tant que colocataire avait changé la donne, curieusement. Il en avait été à la fois ravi et agacé : pouvoir la martyriser dix fois plus qu'à l'accoutumée mais envers de cela, devoir la supporter également.

Il avait pourtant appris à ses dépends qu'on ne « supportait » pas Hermione Granger. Non, on appréciait et savourait sa présence. Il s'était surpris à être fasciné par l'innocence qu'elle dégageait. Mais ce n'était pas pour ça qu'il allait changer du tout au tout son comportement envers elle. Il ne l'appréciait pas vraiment, c'était juste qu'elle était surprenante… touchante.Ce mot aurait dû être banni de son vocabulaire, comme cela l'avait d'ailleurs toujours été jusqu'à présent.

Jusqu'à présent.

Mais au fond, le Serpentard n'avait qu'une seule et unique envie : retrouver ses anciens rapports conflictuels avec elle et arriver une bonne fois pour toute à lui faire admettre son infériorité. Et elle lui rendait cette tâche impossible… Non pas parce qu'il la prenait en pitié ou encore parce qu'il commençait à l'apprécier : ces mièvreries n'étaient même pas à l'étude. Non, cela devenait dur car elle se laissait trop faire : elle ne luttait plus, ni n'abdiquait pour autant. Et devant une telle proie qui s'offrait à lui sans se donner entièrement… Son instinct de prédateur ne se plaisait qu'à continuer de la traquer, essayant par tous les moyens d'éveiller son attention.Oui, il se montrait cruel. Et plus il se montrait cruel, moins il avait envie de l'être... Et moins il avait envie de l'être, plus il avait envie de le rester.

Et il savait pourquoi : sans le savoir elle entretenait un rageant pouvoir sur lui, le pouvoir de l'obsession. Il ne pouvait pas s'empêcher de lui infliger des douleurs et d'en scruter les conséquences. Ses yeux restaient constamment figés sur elle, attrapés par sa faiblesse et par ses trop maigres tentatives de rébellion. Et à chaque fois, il assistait à une petite mort. C'était un nouveau cri qu'elle taisait, de nouvelles larmes qui coulaient, et l'apathie et la lassitude qui prenaient l'ascendant sur sa témérité.

Il ne se lassait jamais d'observer les dégâts, en spectateur muet ou vipérin. C'était ses dégâts. Son influence sur elle. Et Salazar seul savait à quel point il avait de l'influence sur elle. A l'en faire bander.La première fois qu'il l'avait constaté, c'était lorsqu'il l'avait surprise une fois, dans la salle de bain des préfets du cinquième étage. En quelle année était-ce ? Cinquième ? Sixième ? Peu importait.Ce soir là, elle lavait consciencieusement son corps, encore arrondi à l'époque, tout en laissant échapper des sanglots douloureux : il venait encore une fois de la lapider moralement.

Elle ne l'avait pas vu, et lui, il n'avait pu s'empêcher de sillonner son corps crème. Ses épaules et son dos avaient l'air si voutés, soumis, lui conférant l'aspect fragile d'une petite créature sans défense. D'un seul coup, il aurait pu la briser. Réaliser qu'il avait un tel pouvoir sur elle l'avait agacé et excité en même temps, à la limite du supportable.Mais comprendre qu'il l'avait fragilisée à ce point, c'était admettre qu'elle était fragile non seulement à ses yeux mais également à ceux des autres. Et voilà qu'il s'était surpris à s'énerver d'une telle faiblesse, bien que cette dernière fasse le plus souvent son bonheur morbide. En aucun cas il ne voulait que sa proie lui échappe, que d'autres prédateurs comme lui viennent roder autour d'elle…

Comme si cela ne suffisait pas, elle avait décidé de ne plus tenter le diable. Elle avait cessé de lui répondre comme elle le faisait si bien. Elle avait peur de lui. De plus en plus.Devant une telle soumission, il avait bien vite compris que les vautours ne tarderaient pas à rappliquer. Alors, il avait décidé d'éloigner les autres en se montrant d'autant plus mesquin : lui-seul avait le droit de la faire souffrir ainsi. Lui-seul avait le droit de la faire souffrir autant. Lui-seul avait des droits sur elle. Il savait bien qu'il aurait dû se désintéresser d'elle, mais il ne pouvait s'y résoudre.

Pendant de longues heures, il s'était demandé s'il devait jeter oui ou non un sort sur le collier. Peut-être un sort de protection… Ou un sort de répulsion. Voilà qui aurait été plaisant… Mais l'idée qu'elle porte sur elle de la magie noire ne lui plaisait pas du tout. Il la voyait comme une forme pâle, et une seule tâche sombre ruinerait le tout.Ses deux amis de toujours semblaient bien moins présents, il en avait été à la fois réjoui et amer. D'un seul coup, il avait la sensation qu'elle lui appartenait mais réciproquement, qu'il la perdait car elle changeait du tout au tout. Il aimait et détestait ce qu'elle devenait… Ce qu'elle était devenue. Elle était seule, isolée. En pure et parfaite déréliction.

Les choses n'allaient qu'aller en s'arrangeant, pour lui.

- Bon…, murmura-t-elle en interrompant ses réflexions.

Il la regarda se diriger vers sa chambre, observant sans pouvoir s'en empêcher le balancement naturel de ses reins. Ne pouvait-elle pas abdiquer ? Tout serait fini en un instant… Probablement. Ou peut-être pas. Peut-être qu'il avait besoin d'être le premier… Et peut-être qu'il avait également besoin d'être le seul.Elle revint avec des livres.

- Tu viens ?, s'enquit-elle alors.

Le Serpentard la jaugea quelques secondes, sans saisir où elle voulait en venir. Il finit par comprendre qu'elle avait l'intention de travailler, comme il le lui avait demandé, mais apparemment qu'elle ne comptait pas le faire seule. Elle était assise à la table de bois noble, déjà plongée dans le tri de ses parchemins et de ses plumes. Le jeune homme s'approcha d'elle et se pencha au dessus de son épaule, sa main venant agripper le rebord de la table pour s'y appuyer. Il se courba alors encore davantage contre elle, glissant son visage près du sien.Elle se tendit aussitôt, frissonnante… Sa peau se nivela. Sa poitrine aussi, se soulevant dans une respiration maladroite.

Hmmmm…

Il resserra l'étreinte que ses doigts imposaient à la tranche du panneau de bois verni.

- Les différentes propriétés des pierres semi-précieuses et des cristaux pour la guérison des créatures magiques. De la part de ton cher bouffon de garde-chasse… Voilà qui devrait te faire plaisir…, murmura-t-il dans son oreille en la chatouillant de son nez.

Il se ceinturait, encore. Mais il adorait se contenir, ainsi… La provoquer tout en se provoquant lui aussi. Il avait juste peur de perdre la maîtrise de lui-même. Ses yeux gris se plissèrent face au spectacle que renvoyait Hermione : ses petites mains se crispaient sur ses affaires scolaires et l'une de ses plumes se brisa en deux, lui entaillant la main.

- Je t'interdis d'insulter Hagrid, s'énerva-t-elle en tournant la tête pour que leurs regards se rencontrent. Il est certainement bien plus intelligent et humain que toute ta famille réunie !

Allumés d'une lueur de folie, les yeux acier du Serpentard transpercèrent le corps d'Hermione. Mais cette fois-ci elle tint bon ! Se faire insulter, passe encore. Qu'il insulte Ron et Harry, bon, elle y était habituée… Mais qu'il insulte l'une des seules personnes qui faisaient encore attention à elle, c'était inconcevable. Elle attrapa sa baguette de sa main ensanglantée et la pointa sous le menton du jeune homme. Il arbora un sourire victorieux.

- Pauvre Granger. Tu n'oseras pas.

- Tu serais étonné !

Ses prunelles chocolatées défiaient les orbes glacés du Serpentard.

- Arrête un peu de t'en prendre à ceux que tu es trop stupide pour comprendre !

Un sourire cruel dévasta les traits si beaux du jeune homme.

- Eh bien, Granger…Tu as de la langue !

Lestement, il lui attrapa le poignet et le tordit, la précipitant contre lui dans une clé de bras douloureuse. La chaise s'écroula sur le côté avec fracas alors qu'elle se redressait, collée contre son torse. Elle gémit dans son oreille et il dût se retenir de ne pas forcer davantage pour lui faire reproduire ce son si charmant. S'il forçait plus, il aurait tôt fait de lui briser le poignet…

- Incendio !, proféra-t-elle alors que sa baguette pointait contre le bas-ventre du jeune homme.

Aussitôt une flamme jaillit de l'embout magique et Drago s'écarta vivement en pestant contre elle. Il sortit prestement sa baguette.

- Protego !, s'écria-t-il alors que le feu menaçait de prendre sur ses vêtements. Granger, ne m'oblige pas à te faire du mal…!

Comme s'il ne s'agissait pas là de ta plus grande envie !

Séparés par quatre ou cinq mètres, les deux sorciers se fusillaient littéralement du regard. Cette fois, elle ne se laisserait pas faire, elle l'avait décidé. Elle verrait bien où une telle rébellion la mènerait… La jeune sorcière se retint de rire nerveusement : la scène ressemblait à celles des vieux Westerns, quand les deux ennemis se jaugeaient pendant de longues minutes intenables.Pourtant, plus le temps passait, moins elle était à même de lancer à nouveau un sort. Le courage la désertait à une vitesse folle et Drago ne lui laissa bientôt plus le temps de méditer…

- Serpent Sortia !, fulmina-t-il.

Elle connaissait ce sort ! Il l'avait utilisé abusivement contre Harry durant leur duel au cours de leur deuxième année. Le sort paraissait s'être développé, cela dit, car pas moins d'une dizaine de serpents d'ébène jaillirent de la baguette en direction d'Hermione, qui ne put s'empêcher de crier. Les reptiles glissaient vers elles avec une rapidité sans nom.

- Petrificus Totalus, balbutia-t-elle en pointant sa baguette vers les sauriens.

Ils s'immobilisèrent mais Drago n'avait pas l'intention de la laisser respirer.

- Impedimenta !

Le maléfice d'entrave tétanisa le corps d'Hermione, qui lâcha sa baguette. Complètement emprises par le sortilège, ses jambes flageolaient tandis qu'elle essayait de les mouvoir. Ses nerfs ne lui répondaient plus et l'effort finit par l'épuiser : son corps s'écroula lourdement, lui donnant l'air d'une marionnette désarticulée.

- Enervatum…, murmura le Serpentard d'une voix glaciale.

Les serpents qu'elle avait immobilisés sortirent de leur fixité et reprirent leurs glissades vers elle. Un cri s'étouffa dans sa gorge mais elle ne put rien faire lorsque les reptiles jaillirent sur elle. Ils serpentaient, plus ou moins lentement, en l'enserrant presque amoureusement. Elle crut très sincèrement pendant quelques secondes que sa vessie allait lâcher. Complètement cernés, les membres sans vie de la jeune sorcière se tordaient sous l'emprise des sauriens.Drago s'approcha d'elle, les yeux déments et le sourire avide.

- Eh bien, Granger… J'ai gagné, me semble-t-il…, murmura-t-il en attrapant son visage entre ses doigts.

Elle murmura quelque chose d'incompréhensible, sa langue aussi était paralysée. Ses yeux renfermaient une terreur sourde.

- En… a … a… um…! En…a…a…um… ! (2)

- Pardon ?, railla-t-il. Tu as dit quelque chose ?

Il saisit son visage en coupe alors que son regard laissait deviner une panique de plus en plus présente.

- Tu veux que je te délie la langue ?

Innocente, elle ne prononça plus le moindre son, croyant qu'il allait réellement délivrer sa parole.

- Qui ne dit mot, consent.

Sa bouche fondit alors vers la sienne et il glissa avec ferveur sa langue entre les lèvres de sa captive -qui ne comprenait rien à ce qui se produisait-. Elle poussa des feulements apeurés auxquels il ne fit pas attention. Un peu ennuyé par son manque de réaction, il libéra sa bouche de sa baguette et commença aussitôt à la soumettre à la sienne. Mais le seul membre mobile d'Hermione se battait, frappait férocement l'intrus qui agaçait sa bouche. Nullement impressionné, le Serpentard fit claquer sa langue avec d'autant plus ardeur. Excité par la situation, il tourmentait et titillait chaque recoin du petit membre doux de sa victime, dardant avec puissance lorsque celui-ci tentait de l'attaquer. L'organe de l'idiome épuisé face à de tels assauts, Hermione finit par abandonner sa bouche à l'intrus qui menait à présent largement la bataille, jouissant de l'issue sans appel de ce combat prédéterminé. Tout cela n'avait rien d'un baiser, non. C'était une guerre. Une guerre qu'elle venait de perdre. Son corps se décrispa peu à peu et elle se laissa choir sur le sol, enclavée par les reptiles, pétrifiée par le sort et maintenue par Drago.

Le jeune homme fit disparaitre les reptiles d'un mouvement de baguette avant de laisser ses mains serpenter dans la nuque de la Gryffondor, et caresser ses cheveux. Ses doigts glissèrent jusqu'à sa gorge, où il saisit le pendentif. Il joua avec durant quelques instants, les yeux plongés dans ceux d'Hermione qui rougissait furieusement. Il ne lui laissa pas le temps de souffler et flatta sa poitrine d'une main légère.

- Arrête ça !, s'écria-t-elle, lui rappelant à regret qu'il lui avait rendu l'usage de la parole.

Il obtempéra, arborant un sourire moqueur des plus désarmants.

- Rends-moi l'usage de mon corps, Malefoy !, ordonna-t-elle sans prendre garde au ton qu'elle employait, bien trop perturbée pour cela.

Drago resta silencieux et immobile tandis qu'il détaillait le corps qui siégeait sous le sien, ayant l'air de peser le pour et le contre.

- Malefoy !, le rappela-t-elle à l'ordre.

Ses yeux métalliques vinrent de nouveau percuter les belles perles chocolatées.

- Quoi ?, s'enquit-il, peu pressé.

- Mon corps !

Son sourire s'agrandit.

- Je ne suis pas sûre d'aimer votre ton, jeune fille, se moqua-t-il avec cruauté.

- Malefoy !

- Je ne sais pas… Tu m'as tout de même enflammé, tout à l'heure…

- Je ne faisais que me défendre !, plaida-t-elle, beaucoup moins confiante.

- Hmmm…

Drago avait l'air de s'en ficher comme de sa première plume. Il la jaugeait de bas en haut, s'arrêtant plus longuement sur sa poitrine, sa bouche et ses yeux.

- Tes lèvres avaient un gout particulier…, finit-il par dire en se léchant les siennes.

Elle rougit comme une tomate mûre alors qu'il haussait un sourcil en esquissant un sourire cynique. Il approcha de nouveau sa bouche de la sienne et donna un furtif coup de langue afin d'y gouter à nouveau. Si ses nerfs avaient toujours répondu, elle aurait probablement sursauté ou frémi de dégout... Une chose était sûre : si elle avait pu, elle lui aurait vomi au visage.

- Amande.

Décidément.

Hermione rougit de plus belle : il se redressa et la libéra de son sort. Elle recula alors aussitôt très maladroitement, encore sur le sol. Drago ricana tandis qu'elle portait son poignet à sa bouche pour l'essuyer vivement. Il se pencha alors négligemment et ramassa la baguette d'Hermione qui trainait par terre. Elle le regarda faire avant d'écarquiller les yeux, et de réaliser que c'était sa baguette qu'il venait de saisir.

- Confisquée pour la journée, Granger. Tu as intérêt à être sage, aujourd'hui.

(1) Sortilège de mon invention : veuillez demander si désir de réutiliser. (Madelight ©)

(2) Elle essaye de prononcer la formule Enervatum.

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