My Dear Sadistic Highness

Chapitre III

What if I let you win ?What if I make it right ?What if I give it up ?What if I want to try ?What if you take a chance ?What if I learn to love ?What if, what if we start again ?

The emptiness inside meI wonder if you seeIt's my mistakeAnd it's hurting meI know where we've beenHow'd we get so far ?What if, what if we start again ?

Start Again – Red

C'est quoi ? Les rougissements parfois. Les baisers tendres. J'avoue, j'aurais voulu connaitre plus tôt les sensations que cela procure. Je n'étais qu'une gamine stupide et perdue. Son réveil, sa claque : c'est ma rédemption… Après tout ce que j'avais fait pour plaire, pour séduire, pour « convenir »… Je n'avais jamais fait autant d'efforts de ma vie, jamais je n'avais essayé si dur. Et tout est parti par terre : tout s'est chiffonné comme un vulgaire parchemin. Je n'avais plus besoin de tout cela. Brusquement.

J'ai compris que ce n'était pas de l'amour, même si autrefois, j'ai cru sincèrement que je t'aimais. Je n'avais jamais été aussi attachée à quelqu'un auparavant. Tu me manquais, tu m'impressionnais, tu me fascinais. Si… Je crois que c'était de l'amour. Mais toi, m'aimais-tu ? Je ne sais pas. Je ne veux pas me voiler la face : les gens disent que je me voile toujours la face… Sans doute ne m'aimais-tu pas.

Mais cela ne m'intéresse plus à présent. Il suffit qu'elle attrape ma main et je suis loin d'ici. Loin de tout ça.

O.N

Chapitre III

Elle avait fait tous ses devoirs.

Toute la journée, sous l'œil attentif et narquois d'un Drago satisfait, elle s'était consacrée aux différents traités qu'il lui avait donnés à rédiger. Et ce dernier, ravi qu'elle y mette du «cœur à l'ouvrage», comme il le soulignait dès qu'elle soupirait un peu trop, n'avait pu s'empêcher de savourer le spectacle en s'asseyant à ses côtés.

Il s'était accoudé à la table, laissant reposer nonchalamment sa joue sur sa paume, et l'avait observée. Elle ne l'avait pratiquement pas regardé, absorbée par le travail qu'elle exécutait. La mine concentrée, sérieuse, elle grattait avec sa plume sans voir le temps passer. Au bout d'un moment, il se demanda même comment elle faisait pour garder un rythme si soutenu avec son poignet : n'était-il pas douloureux ?

Ses cheveux venaient parfois la gêner dans sa tâche, elle les repoussait sans y prêter attention. Sa main fine se crispait sur la plume lorsqu'elle réfléchissait à une tournure de phrase, laissant ses os métacarpiens glisser et rouler sous sa peau fine. Sa propre main gauche lui permit d'évaluer avec plus d'aisance la taille des doigts de la Gryffondor lui faisant face : ils étaient petits, fins, un peu ridicules par rapport aux siens. Souvent, elle vint les plonger dans ses cheveux, comme dans une pulsion incontrôlable : on sentait que ce geste l'aidait à se concentrer.

Le front plissé, le nez et les sourcils froncés. Mignonne. Il pencha la tête sur le côté, la reposant négligemment sur sa paume un peu engourdie en esquissant un énième sourire narquois. Comme pour les dernières heures passées, elle ne lui jeta pas le moindre regard. Il resta silencieux.

Dans la tête d'Hermione, c'était très clair : plus vite elle terminerait les tâches demandées, plus vite elle en aurait fini avec cette journée on ne peut plus désagréable. C'était tout ce qu'elle demandait, à cet instant. Étonnamment, il avait gardé le silence pendant tout son temps de travail. Elle aurait pensé qu'il aurait au contraire tout fait pour l'empêcher d'achever sa tâche : qu'il aurait pris un malin plaisir à la déconcentrer, à la perturber. Mais pas une seule fois il ne l'avait interrompue. En fait, il avait conservé un silence religieux et s'était contenté de la regarder faire. Elle ne savait pas si cela avait été mieux, d'ailleurs. Bien des fois, elle sentait ses yeux la détailler et résistait contre l'envie de relever les siens pour vérifier si c'était le cas.

Une fois le travail fini, elle avait repoussé les parchemins devant elle et s'était affalée sur sa chaise. Son poignet droit la faisait un peu souffrir, mais rien de bien méchant. C'était surtout son crâne rempli qui lui refilait des sueurs déplaisantes. Mais elle ne se plaignait pas : c'était une sensation apaisante, celle du travail bien fait. Même s'il ne s'agissait pas de ses propres devoirs, elle avait eu la sensation de faire quelque chose de productif et elle avait appris des choses. C'était tout ce qui comptait. Elle ne le laisserait pas arguer qu'il lui avait fait perdre son temps… Même si cela avait sans doute été son but premier.

Voilà. Maintenant j'espère que je suis tranquille pour le reste des vacances et que tu n'auras plus de tels prétextes pour me pourrir la vie…, pensa-t-elle en lui jetant un coup d'œil amer.

Les mains du Serpentard vinrent s'enquérir des parchemins et il les contempla d'un air critique. Bien évidemment, elle était à peu près sûre qu'il faisait ça pour l'énerver, car son travail était la plupart du temps irréprochable. Il arbora une mine tantôt froide, tantôt méprisante : elle savait que toutes ses expressions étaient feintes et qu'en dessous perçait une sournoise envie de rire.

- Hmmm…ce n'est pas si mal…, commenta-t-il enfin.

- Comme tu dis…, murmura-t-elle en cachant tant bien que mal le ton scandalisé de sa voix.

Elle le quitta des yeux, bien décidée à ne plus le regarder se jouer d'elle, se redressa et s'approcha de la fenêtre en s'étirant, baillant à s'en décrocher la mâchoire. Il neigeait encore. La vitre était recouverte de buée et semblait des plus froides : Hermione y apposa son front et soupira d'aise. La sensation glacée sur son front vint apaiser son ressentiment et son esprit un peu embrumé.

- Ca fait du bien…, chuchota-t-elle pour elle-même.

Son ventre gronda un peu. Elle avait faim : peut-être ne s'en était-elle pas rendue compte auparavant, trop accaparée par sa tâche, mais vu le creux dans son estomac cela faisait un bon laps de temps qu'elle était affamée. Hermione décida donc d'aller manger après s'être suffisamment « rafraichie ». C'est avec regret qu'elle décolla son front de la surface froide, cette dernière laissant sa peau engourdie, puis elle s'approcha du tableau afin de sortir de la salle commune.

- Où est-ce que tu vas, mocheté ?

Elle tiqua sérieusement. Comment osait-il la traiter de mocheté après l'avoir embrassée ? Cet imbécile ne semblait pas connaitre la définition du mot contradictoire.

- Je vais manger. J'ai déjà eu l'amabilité de répondre à l'intégralité de tes attentes, donc maintenant j'aimerais pouvoir me restaurer en paix…

Et si possible, sans voir ta sale tronche.

Il arbora un sourire sadique et s'approcha d'elle. Cela ne sentait pas bon du tout.

- L'intégralité de mes attentes ?, répéta-t-il d'une voix claire.

- Oui, affirma-t-elle, sûre d'elle. J'ai fait tous tes devoirs !

Tu te souviens, crétin fini ? C'était il y a peine dix secondes !

- J'estime avoir le droit d'être tranquille à présent !

- Tu crois que mes attentes envers toi ne sont que d'ordre scolaire ?

Hermione sentit sa rage s'évanouir subitement, pour laisser place à de la peur. Alors ce n'était pas fini ? S'était-elle montrée naïve en croyant l'inverse ? Sans trop savoir, la sensation familière de l'angoisse reprenait place dans ses membres en les crispant douloureusement. Et comme toujours, arrivait dans ses pensées l'idée qu'il allait encore une fois trop loin. Comme d'habitude, elle songea à la première chose qui pourrait lui apporter soutien et protection…

- Rends-moi ma baguette, Malefoy. S'il te plait.

- Parlons-en. Et s'il ne me plaisait pas ?

Elle leva les yeux au ciel sans pouvoir s'en empêcher, réalisant dans la seconde qu'un tel acte pouvait lui couter cher. Il était dans un jour capricieux, il ne valait mieux pas continuer à le provoquer… Pourtant, elle ne put pas vraiment empêcher les mots maladroits qui jaillirent de sa bouche :

- Tu sais être pénible, balbutia-t-elle. Je veux juste allez dîner ! Ce n'est pas trop demander…

Il laissa un silence inconfortable s'installer, la défiant de son regard paralysant.

- Tu as faim ou tu veux voir l'autre bouffon ?, s'enquit-il soudainement avec un rictus froid.

- Ce n'est pas un bouffon, clama-t-elle, fermant les yeux pour réfréner sa colère. Et puis de quoi tu te mêles ?!

Il la plaqua contre le tableau, faisant geindre l'habitant au-dehors. La situation se faisait critique.

- L'esprit Gryffondor reprend ses droits à ce que je vois… Tu es de plus en plus téméraire…

Et le voilà à nouveau, Drago Malefoy avec ses manières et ses tournures de phrases théâtrales, sarcastiques au possible, seulement destinées à se moquer d'elle.

- Tu me fatigues, Malefoy… Rends-moi ma baguette ou…

- Ou quoi ?

Elle poussa un cri rageur et le repoussa. Merlin, qu'il pouvait l'énerver. Elle n'allait pas perdre une seconde de plus ici à lui adresser la parole. C'était peine perdue.

- D'accord, garde-la. De toute façon je n'en ai pas besoin pour aller faire ce que je vais faire.

Il fronça dangereusement les sourcils.

- Pardon ?

- Manger ! Imbécile. De quoi veux-tu que je parle ?!

Le tableau claqua sur ses gonds. Son habitant râla une fois encore, menaçant de quitter la peinture.

Drago resta pantois, face à l'issue close. Cette fille prenait vraiment trop de libertés depuis qu'elle connaissait l'avorton de Serdaigle. Il allait devoir resserrer la vis…

- Alors, le bal ?, lança Liam.

- Ne m'en parle pas…, marmonna Hermione en s'asseyant face à lui. Je crois que je vais commettre un meurtre.

- A ce point ?

- A ce point.

- Bon, demain tu restes avec moi !

Liam lui adressa un grand sourire : le fait qu'elle parle de lui avec un tel agacement et une telle exaspération semblait signifier qu'ils avaient eu une dispute. Cela le rassura quelque peu sur leur relation. Bien sûr, il n'aurait jamais imaginé qu'Hermione puisse être attirée par le Serpentard, mais le fait qu'ils échangent des propos hostiles ne faisait pas de mal. Mieux encore, s'ils s'étaient disputés, cela signifiait également qu'elle ne rechignait pas tant que ça à protester et même à s'énerver contre lui. A cette lumière, Liam put en déduire qu'elle ne se laissait pas faire et qu'elle saurait se défendre au cas où il viendrait chercher la bagarre.

Évidemment Liam n'était pas le moins du monde au courant de ce qu'il se passait dans leurs appartements dès que la jeune Gryffondor le quittait. Cette dernière, un peu rose, lui rendit chaleureusement son sourire. Il était décidément adorable.

- Où veux-tu aller ?

- On pourrait se balader près du lac ? Je suis à peu près sûr qu'il est gelé, à présent… On pourra peut-être même marcher dessus.

- Oh ce serait bien…, fit Hermione enthousiaste.

- Tu sais patiner ?

La Gryffondor détourna les yeux, collectant dans sa mémoire des faits en rapport avec sa question. Avait-elle déjà mis un pied sur la glace ? Et si oui, s'était-elle assommée à l'oublier ?Cette pensée lui rappela qu'elle devrait passer à l'infirmerie tôt ou tard pour faire vérifier l'état de son crâne... et de son cerveau.

- Eh bien... En tout cas je sais faire du patin à roulettes !, plaisanta-t-elle.

- Alalala, miss Granger, vous m'étonnez ! Je ne fais que trouver des domaines qui vous sont étrangers… D'abord le vol en balai, ensuite le patinage… Pourtant c'est une activité assez moldue.

- De pulluler ? On est bien d'accord…, lança une voix narquoise.

Hermione blêmit, tandis que Liam fronçait les sourcils. Evidemment, il n'avait pas prévu de se laisser faire et était descendu régler ses comptes avec elle. Que Liam soit présent ou non ne l'intéressait guère... A vrai dire, l'humilier face à lui serait sans doute plus réjouissant à ses yeux.

- Malefoy, le salua Blake.

Cette fois-ci, il ne prit même pas la peine de lui retourner son salut. En fait, il ne lui jeta pas le moindre regard. Il aurait très bien pu ne pas être là, ça n'aurait pas été différent.

- Pourrais-tu cesser tes vannes racistes sur les moldus ? Ca m'arrangerait…, siffla le Serdaigle.

Il l'ignora complètement une seconde fois, désintéressé au possible par ses propos. Ses yeux restaient fixés sur la Gryffondor qu'il sentait s'énerver au gré des secondes qui s'écoulaient.

- Pourquoi perds-tu ton temps à cette table ? Tu n'as plus d'amis ou quoi ?, cracha soudainement Hermione.

Drago serra les dents. Comment osait-elle lui parler de cette façon ? Cette saleté de sang-de-bourbe allait en prendre pour son grade.

- Tu veux qu'on parle des tiens, Granger ?, persiffla-t-il en désignant du menton les alentours vierges des deux idiots. Quoique, on ne peut pas parler de ce qui n'existe pas…

- Et pourtant je perds mon temps à te répondre. Alors que pour moi tu n'existes pas.

Cela faisait quoi… Des semaines ? Des mois ? Des mois qu'on n'avait vu les yeux d'Hermione Granger flamboyer comme le soleil de midi. Mais là, leurs feux étaient ardents et furieux.

- Ah ouais ?, reprit Drago, nullement impressionné. Nous verrons bien si je n'existe pas, Granger. Nous verrons bien… Il y aura bien un moment ou la douleur sera trop insupportable pour la nier…

Drago Malefoy quitta la salle, le pas furibond. La colère d'Hermione avait laissé place à une franche fierté, et à une terrible panique. Que venait-elle de faire ? Qu'avait-elle osé faire ? Elle ne savait que trop bien où la menait ce genre de semi-rébellions.Elle venait d'attiser le feu qui n'avait de cesse de la brûler. Et elle pariait que ses ailes y resteraient, cette fois-ci… Et peut-être pour de bon.Une main vint se poser sur son épaule.

- Ne t'inquiète pas, Hermione. Oublie-le.

Facile à dire. Elle dormait dans les mêmes appartements ! Il aurait tôt fait de venir la torturer la nuit. Pire encore, elle venait de réaliser qu'il avait encore sa baguette.

Elle avait fini son diner en silence, ne participant plus à discussion que menait Liam, esseulé. C'était une catastrophe.

Elle ne savait pas vraiment ce qui lui avait pris. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle était dans son bon droit. Pourtant, alors que cette justification l'aidait d'habitude à surmonter les épreuves, elle lui parut bien fade aujourd'hui. Même si elle n'avait pas tort et même si la justice était de son côté, la chance, elle, ne l'était pas. Cela suffit à la décourager... Peut-être devrait-elle s'excuser...Hargneuse, elle ne pouvait s'y résoudre. Hermione était décidément déchirée. Soit elle tentait le tout pour le tout et le bousculait encore davantage, et il la massacrerait probablement... Soit elle s'excusait avec l'hypocrisie la moins visible possible et le suppliait de lui rendre sa baguette. Comment trancher ?

Elle monta les escaliers lentement, sans se presser. La confrontation était inévitable et elle préférait qu'elle se fasse rapidement. Elle aviserait sur l'instant. A vrai dire, autant que cela aille vite : l'attente était pire que tout car elle engendrait d'autant plus d'angoisse. L'affronter dans l'immédiat était nettement préférable. C'est le cœur battant qu'elle entra dans les appartements. Mais rien. Il n'y avait personne. Toutes ses résolutions, ainsi que son courage résiduel, s'évanouirent aussitôt face à la porte de la chambre du Serpentard : elle ne s'y risquerait pas. C'était inenvisageable. Elle ne tenta donc pas le diable et s'enferma dans sa chambre. La nuit serait à la fois longue et courte…

(Lundi 26 décembre)

Et voilà, encore un lendemain pénible avec l'autre sadique…

Hermione se redressa difficilement sur son matelas, réveillée en sursaut par un cauchemar des plus violents. Quoique à choisir entre la réalité et le cauchemar, elle avait vite fait son choix…

Lentement, elle émergea de sa lourde couette, les cheveux complètement embroussaillés, se frottant les bras pour faire fuir le froid matinal. Un long bâillement lui échappa et elle prit peu à peu connaissance du goût affreux qui hâlait ses papilles : sans se presser, elle prit une gorgée d'eau du verre posé sur sa table de nuit en clignant des yeux de fatigue. Un mal de crâne venait perturber les souvenirs de son rêve et bientôt, les dernières bribes de se dernier vinrent se noyer dans le brouillard de son esprit. Quelque chose avec des ombres… Des créatures menaçantes, des murmures perfides… D'un seul coup d'un seul, elle se laissa retomber dans ses oreillers, nullement guidée par la moindre envie de se lever. Là dehors, il n'y avait rien d'autre que la menace. Il rendait sa vie quotidienne si difficile quand elle y songeait plus posément. Toutes ses activités se voyaient perturbées par son bon-vouloir et ses machinations, ces dernières conçues, elle en était sûre, dans l'unique but de lui ruiner la vie.

Mais elle ne pouvait pas se permettre de rester affalée dans son lit ainsi : d'abord parce qu'une fois que la salle commune serait passée, elle aurait certainement le plaisir de s'accorder la présence de Liam. Et c'était inestimable, quand on voyait par exemple la façon dont elle avait passé la journée de la veille. Secondement, il fallait se souvenir qu'il avait encore sa baguette. Fait très gênant. Bref, ces deux raisons, couplées finalement au fait que si elle ne sortait pas, il ne se dérangerait certainement pas pour venir la trouver lui-même, l'incitèrent à se lever.

Rapidement, elle se décida à faire sa toilette et s'habilla. Une fois tout ceci fait, elle sortit dans la salle commune, ayant presque l'intention de provoquer maintenant ce qui de toute manière allait finir par arriver.

La jeune sorcière s'assit dans un fauteuil, contemplant le feu d'un air perdu. Un temps long s'écoula, mais elle ne pouvait plus se résoudre à se relever tant que la dispute n'était pas arrivée. Elle était tout simplement clouée au fauteuil. Encore pas très réveillée, son esprit divaguait, divergeait vers des idées complètement loufoques. Des scénarios où il s'agenouillait et s'excusait… Certains où il la tuait avant de la découper en minuscules morceaux qu'il irait cacher dans sa malle, sous son lit…

Peut-être comprendrait-il un jour qu'il était insupportable ? Les gens changeaient parfois, de cette manière. Du jour au lendemain.

Ne sois pas stupide.

La porte de la chambre de Drago grinça, annonçant par ce seul bruit l'arrivée de l'heure de vérité.

- Déchet.

Cela commençait formidablement bien.

Elle soupira le plus discrètement possible, évacuant le frémissement qu'avait provoqué sa voix grave sur ses épaules. Cela allait durer longtemps, elle le sentait. Il n'allait pas lui faire de cadeau.Lentement, elle tourna la tête vers lui, déjà lasse.

- J'en ai assez que tu m'insultes, finit-elle par dire.

Il sourit, ne la prenant nullement au sérieux. Elle en avait assez, et puis quoi ? Que pouvait-elle bien y faire ?

- C'est ça…, se moqua-t-il tandis qu'elle se levait pour se mettre face à lui.

Heureusement, le fauteuil les séparait.

- Écoute, Malefoy, cela ne peut plus durer. Si tu continues à me parler ainsi, je n'aurais plus de choix. J'irais te dénoncer.

Les yeux du blond foncèrent dangereusement, mais il conserva son sourire narquois. Alors il s'agissait là de son maigre plan ? Pathétique.

- Tu comptes aller raconter ça à qui ? Tu crois peut-être que je vais te laisser faire ? Qu'il n'y aura pas de représailles ?...

Il plongea ses yeux gris assurés dans les prunelles à la fois angoissées et coléreuses de sa victime.

- Pourquoi me traites-tu comme ça, au juste… ?, demanda-t-elle simplement.

Elle n'avait pas le cœur à répondre à ses précédentes questions. Tout ce qu'elle voulait savoir, c'est quelles étaient ses raisons. Ainsi, elle pourrait peut-être remédier à son prétendu calvaire et donc finir de subir le sien.

- Le sais-tu toi-même, au moins…?, le provoqua-t-elle de nouveau.

Un grand silence s'installa dans la pièce tandis que le regard du Serpentard se durcissait de secondes en secondes. Hermione faisait de son mieux pour ne pas perdre la face et baisser les yeux. Un frisson lui traversa l'épine dorsale quand il se rapprocha d'un pas.

- Tu es une abomination.

Son cœur loupa un battement et sa gorge se serra douloureusement. Même s'il lui avait déjà énuméré des insultes proprement scandaleuses, cette phrase était comme un coup de batte.

- Un véritable immondice.

Leur échange visuel n'avait jamais été aussi intense. Il lui semblait qu'il perforait sa boite crânienne. Elle baissa finalement les yeux, ne pouvant plus supporter le poids insoutenable de son regard.

- Je sais que tu me hais…, commença-t-elle, la voix basse. Tu l'as suffisamment répété. Mais rassure-toi, je ne t'aime pas non plus…

Il fit un pas de plus, commençant à contourner le fauteuil qui les séparait. Ce mouvement l'engagea à en dire plus, comme pour lui faire stopper toute avancée. Parler, c'était l'occuper, non ? Gagner du temps…

- Je suis humaine, que tu le conçoives ou non. Certes, tu me considères comme quelqu'un d'inférieur, grand bien t'en fasse… si cela peut te donner bonne conscience…

Il avança à nouveau et à présent, elle pouvait voir ses pieds dans son champ de vision. Cela la tétanisa l'espace d'une seconde mais elle se reprit et recula de quelques pas : la bibliothèque stoppa sa fuite.

- Je ne suis ni ton jouet, ni ton esclave, ni ton souffre-douleur !, scanda-t-elle.

Le Serpentard continua d'avancer, muet comme une tombe.

- Je sais que nous ne pourrons jamais cohabiter ensemble et je sais aussi que jamais tu n'accepteras de renoncer à tes privilèges de préfet. C'est pourquoi je vais partir… Ils désigneront quelqu'un d'autre à ma place et tu pourras dire à tous tes prétendus amis de Serpentards que tu as réussi ton petit jeu…, débita-t-elle alors qu'il se rapprochait de plus en plus.

Il ne semblait pas porter la moindre attention à ses paroles. Tout ce qu'elle avait rêvé de lui dire, elle l'avait dit. Elle s'était toujours imaginée le faire mais curieusement dans sa tête, elle avait songé à une situation plus glorieuse.Dans l'idéal, sa voix n'aurait pas tremblé et ses yeux auraient persévéré dans leur affrontement avec ceux de Malefoy. Rien de tout cela ne s'était produit. Elle s'était soumise et tout ce qu'elle avait bien pu dire après n'avait alors plus aucun poids. Plus la moindre importance.

Bientôt, elle le sentit proche d'elle et fit un pas sur le côté pour rejoindre sa chambre. Un bras entra dans son champ de vision ou plutôt faillit percuter son nez : une main s'abattit sur la tranche de l'étagère, empêchant toute fuite. Elle recula prestement vers l'autre côté, même si cela allait être plus compliqué de s'échapper puisqu'il lui faudrait faire le tour entier de la pièce. Le problème ne se posa plus lorsqu'un deuxième bras vint s'interposer à son projet.Elle se recroquevilla, ses yeux alternant désespérément entre les pieds et les abdominaux de son assaillant. Elle ne pouvait pas le regarder. Il se rapprocha encore.

- Malefoy, l'avertit-elle d'une voix minuscule. Arrête…!

- Tu es pathétique, asséna-t-il, sans la moindre pitié. Et dire que je me tape tous tes discours sur ton prétendu courage… Ça me donne déjà envie de gerber d'habitude, mais en plus, savoir que tu n'appliques pas toi-même tes propres conseils… Je trouve que c'est franchement pitoyable.

Machinalement, elle plongea à nouveau ses yeux dans les siens. Peut-être était-ce parce que ce qu'il venait de dire était probablement la chose la plus injuste qu'il avait osé prononcer dans sa vie… Ce qui n'était pas peu dire.Ses prunelles grises la brulèrent comme un fer chaud, mais elle ne sut y prêter une quelconque attention.

- Je te demande pardon… ?!, souffla-t-elle, scandalisée.

- Tu m'as bien entendu.

- La ferme, renchérit-elle froidement. Tu ne sais pas ce que ça fait d'affronter ne serait-ce qu'un dixième de ce que j'ai affronté de toi ou des autres, rien que cette année ! Certes, je ne suis pas la plus malheureuse de la planète, mais au moins je sais de quoi je parle, contrairement à toi qui n'es qu'un sale gosse pourri-gâté, raciste et immature !

Il agrippa brusquement sa chevelure emmêlée, la tirant en arrière pour la faire se courber sous lui. Elle laissa échapper un cri de douleur mais il semblait clair qu'il n'en avait cure. Il faisait ça pour la soumettre davantage à lui, comme si à ce stade, cette chose était encore éminente.

- Couine autant que tu veux, susurra-t-il.

Sa main tira davantage, la faisant se plier à la position qu'il désirait lui imposer. Il glissa alors sa bouche jusqu'à son oreille. Les jambes d'Hermione se mirent à sérieusement faiblir et elle sentit la bile lui monter aux lèvres. Qu'avait-il prévu de lui faire ?!

- Tu n'es qu'une lâche qui ne s'assume pas. Je suis peut-être abject mais au moins, moi, j'assume ma personnalité. Cela ne m'étonne pas que les autres te fuient. Tu es inintéressante, tu fais la morale à tout le monde… Et Merlin, tu sens mauvais.

Elle retenait ses larmes et les insultes qui lui couraient aux lèvres, les pensant à s'en matraquer le cerveau. Il était inhumain.

- Sale dégénéré, finit-elle par cracher, les joues brusquement humides.

Il éclata d'un rire cynique avant de raffermir son emprise sur ses cheveux, la faisant gémir de plus belle. Sa main émergea de ses cheveux et il la plaqua contre la bibliothèque. Le menton d'Hermione fut subitement coincé entre ses doigts.

- Ne me parle plus jamais comme ça ou ça sera la fessée, ordonna-t-il d'une voix faussement soucieuse en relâchant son menton l'espace d'une seconde, le temps de lui administrer une petite tape sur la joue.

Elle rougit de honte, mortifiée par l'humiliation qu'il lui infligeait. Il lui donna une seconde petite tape, sur le même côté. Elle décala encore sa figure, le fusillant du regard à l'en consumer d'une traite.

- Et pire encore, comme je suis une personne si abominable, tu dois bien te douter que je ne rechignerais pas à m'occuper de tes amis si tu devenais un peu trop téméraire.

Hermione tiqua.

- Tu menaces mes amis ?, paniqua-t-elle soudain.

- Oui, enfin si on peut les désigner comme tels, railla-t-il.

- J'imagine qu'il est inutile de te demander quelles forces tu userais pour leur faire du mal, bredouilla-t-elle en se donnant un peu de contenance. Après tout, tu peux toujours m'insulter de sang-de-bourbe, ce n'est que ton avis. Alors que toi, tu es incontestablement un mangemort.

Il esquissa hypocritement une fausse mine outrée avant de la gifler doucement à nouveau, le sourire narquois. Le fait qu'il y mette autant de calme était encore plus terrifiant. Elle savait qu'il aurait pu lui casser la mâchoire en un seul coup et sa retenue la pétrifiait : comme s'il n'attendait que le moment où elle verrait le moins le coup venir pour user d'une plus grande violence.

- Pourquoi tu continues à me toucher si je te dégoute autant ?, essaya-t-elle sans y croire.

Les yeux du blond se posèrent machinalement sur sa poitrine. Elle sentit son cœur s'accélérer encore, si cela était toujours possible. Longuement, il détailla les deux monticules se levant et se rabaissant au rythme de sa respiration pantelante. Finalement, son regard suivit le déroulement de la chaine qu'elle portait à son cou. Le silence imposait son règne épouvantable. Pourquoi ne répondait-il pas à sa question ? Pourquoi la regardait-il ainsi ? Qu'allait-il lui faire, encore ?!Doucement, il approcha ses lèvres de sa joue, vers son oreille gauche…

- Si tu n'es pas lâche, tu n'as qu'à le prouver…, lui chuchota-t-il subtilement.

Elle se pétrifia littéralement, n'envisageant même plus de respirer dans les prochaines minutes. Sous-entendait-il qu'elle devait… se montrer entreprenante ou quelque chose du genre ? Qu'elle devait user de son corps pour lui démontrer son courage ?!

- Nous n'avons qu'à faire un pari. Si tu tiens jusqu'à la fin de l'année dans la chambre des préfets, je rejoins le camp des gentils… Si tu ne tiens pas… tu admettras que tu es lâche, inférieure… et surtout… tu m'appartiendras, décréta-t-il.

Hermione manqua de rire nerveusement.

- Crois-tu réellement que j'aie la moindre intention de jouer avec toi ?

- « Crois-tu réellement que j'aie la moindre chance de gagner ? », la parodia-t-il.

Elle plongea ses yeux dans les siens, soutenant courageusement son regard. Il sourit. De quoi s'agissait-il, au juste ? Qu'avait-il à gagner dans tout cela ? Juste son approbation quant à ses insultes ? Cette idée était ridicule. Et qu'elle lui appartienne… Cela était complètement contradictoire avec ces mêmes insultes !Son raisonnement n'avait ni queue, ni tête.

- Je te laisse y réfléchir jusqu'à demain, murmura-t-il en s'écartant d'elle.

- Attends, le retint-elle avant qu'il ne tourne les talons.

Il posa à nouveau son regard sur elle.

- Quoi ?

- Tu tiendras parole ?

- Que je te le confirme ou non… En quoi cela changera-t-il ma loyauté ? Si je t'ai fait cette proposition, il n'y a pas de raisons que je ne la tienne pas, non ?

- Je pense que tu es quelqu'un de haïssable. Il se pourrait que tu me trahisses.

- Qui sait…, railla-t-il.

- S'il s'avère que tu m'as trompée, tu n'en retirerais aucun mérite… Puisque ce serait le fruit d'un mensonge et non pas d'un stratagème quelconque.

Hermione se glissa jusqu'à sa chambre.

- Tu es trop orgueilleux pour ça.

Il resta pantois devant sa chambre.Parfois, ce qu'elle disait était plus frappant qu'un sort.Elle retrouva sa baguette posée sur la table de la salle-commune, quelques heures plus tard.

Hermione passa la journée du mardi avec Liam. Ils allèrent faire du patin, comme ils se l'étaient en quelque sorte promis, et discutèrent longuement à propos de la guerre. Toutes ces conversations ne firent que conforter l'inquiétude d'Hermione. Sans cesse, l'idée du pari que lui avait proposé Malefoy lui revenait en tête et y tournait comme une cuillère dans le thé d'une vieille anglaise. Il n'y avait rien à faire à ce sujet… Juste y réfléchir… Peser le pour et le contre. Bref, tout ce dont elle n'avait pas envie tandis qu'elle essayait de profiter de la présence du Serdaigle. Décidément, même lorsque le Serpentard n'était pas avec elle, il parvenait toujours à lui pourrir la vie.

- Parlons d'autre chose…, insista Hermione.

- Comme tu veux.

- Je pense que tu devrais me complimenter sur ma façon de patiner…, plaisanta-t-elle en exécutant plutôt adroitement un tour sur elle-même.

Liam sourit et attrapa sa main gantée, l'entrainant à sa suite, probablement dans l'idée de lui faire perdre son soi-disant équilibre.

- Te complimenter sur… quoi déjà ?, railla-t-il alors qu'elle trébuchait sans grâce tous les deux mètres.

- Je te ferais remarquer que je me débrouillais excellemment bien avant que tu t'en mêles.

- Il n'empêche que je patine mieux que toi, ma chère Hermione…

- Ça, c'est dans ta tête…, rétorqua-t-elle en s'arrêtant dans un bruissement léger.

- On parie ?

Le sang d'Hermione se glaça.

- Celui qui parvient à arriver à la rive avant l'autre a gagné.

Il démarra au quart de tour, ayant un léger handicap de distance sur elle mais elle n'esquissa pas le moindre mouvement, les yeux perdus dans le vide.

- Hermione ?, l'héla-t-il, déjà bien loin devant et inquiet devant l'inertie de sa camarade.

Elle mit du temps avant de se retourner et patina sans adresse jusqu'à lui, collant maladroitement un sourire sur son visage désormais blafard. Liam la dévisagea.

- J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?

Hermione tourna doucement sa tête de droite à gauche avec un petit sourire avant de reporter son regard sur le château.

Quelle merde.

(Mercredi 28 décembre)

Il était tôt.

Hermione trainassait dans sa douche : l'eau tiède parcourait ses membres, la délassant au possible. Son savon parfumait toute la pièce, l'emplissant de sa délicieuse odeur de pivoine. Elle se sentait chez elle lorsqu'elle se lavait. Les mêmes fragrances, les yeux fermés. Il n'y avait plus qu'à imaginer et elle y était. La jeune sorcière avait baissé l'intensité de la lumière au minimum afin de profiter de ce réveil en douceur. De sa baguette, elle avait fait sortir quelques petits oiseaux qui battaient des ailes dans le lavabo tout en chantonnant gaiement. C'était un moment idyllique. Rien ne venait perturber ses pensées : elle s'imaginait sortir de chez elle, contourner la maison en passant sur le côté, empruntant un petit chemin étroit que les branches du pin gênaient. Puis s'engager dans le jardin arrière, suivre les hautes herbes… Traverser la route en gravier et entrer dans la forêt. Le vent, la pluie qui tombe sur les feuilles à la cime des arbres, emplissant tous deux les bois d'une musique douce. Les bruits des animaux qui se cachent, des oiseaux qui s'envolent pour s'abriter. Paisible.

Elle revint aussitôt sur terre lorsqu'elle entendit le bruit caractéristique d'une porte qui claque au loin, et celui de celle de la salle de bain qui s'ouvrait brusquement.

- Malefoy ?, s'enquit-elle aussitôt.

Elle entendit un ricanement et ses épaules se crispèrent. C'était lui.

- Qui d'autre ?, railla une voix.

Qui d'autre, effectivement... ?

- Que veux-tu ?, demanda-t-elle, la voix exaspérée.

- Je veux ta réponse.

Hermione se mordit la lèvre inférieure : elle en était sûre. Il venait lui demander pour le pari. Toujours en plein doute, Hermione préféra répondre par une question.

- … Quel est ton intérêt, dans ce pari ?

Il y eut un maigre silence, et elle le sentit se rapprocher. Heureusement, la porte de la douche était opaque. Il ne voyait que son corps flouté au possible sans rien pouvoir distinguer. Tout comme elle voyait sa silhouette à vrai dire.

- Et bien… Puisqu'il faut prendre des risques dans la vie, je choisis de mettre mes pouvoirs en jeu. Soit je rejoins votre camp, soit celui du Lord… Mais très honnêtement, je sais que je vais gagner, donc… C'est l'attrait de ton humiliation qui me pousse à faire ce pari. Comment t'appâter ? En te faisant croire que tu peux me faire passer du côté de Dumbledore… Voilà tout…

Elle savait déjà tout ça. Et il savait pertinemment qu'elle le savait. Il acceptait juste de jouer à son jeu, le trouvant certainement à son gout. En outre, l'avoir à un ou deux mètres à peine, nue et frissonnante, était une position de domination vraiment agréable à tenir.

- Tu n'as pas peur que je ne veuille pas parier, après ce que tu viens de me dire ?

Drago eut un sourire narquois. Excitante.

- Non, tu as déjà songé à tout ça, Granger. Tu es peut-être une sang-de-bourbe, mais tu n'es pas encore trop stupide.

Elle serra les dents face à l'insulte, mais il n'avait pas fini son discours, apparemment.

- Ah, et avant que tu ne soupires trop vite de soulagement, je t'informe que le pari interdit toute forme d'aide extérieure. Cela parait évident, mais ne pas préciser les clauses d'un contrat peut être dommageable.

Hermione sentit ses yeux s'écarquiller : elle savait qu'il poserait de telles conditions mais perdurait toujours en elle l'espérance résiduelle qu'il oublie. Peine perdue : cet espoir vola en éclat.

- Par aide extérieure, j'entends évidemment tes amis, enfin, ce qu'il en reste : les professeurs, tes parents… mais que pourraient-ils bien faire, finalement… ? Bref, personne ne doit être au courant. Tu as compris ?

Hermione ne répondit pas : elle le sentit approcher et saisit précipitamment la serviette pendue sur le rebord de la douche, s'y enroulant aussitôt. Il ouvrit la porte en verre opaque, s'attendant à la surprendre. Mais elle était là et lui faisait face, tenant farouchement sa serviette entre ses mains fines, cachant tant bien que mal ce que le blond avait envie de voir.Il arbora un sourire carnassier.

- Tu as compris ? Si j'apprends qu'une seule autre personne a été mise au courant, je gagne le pari d'office. Évidemment, cette clause est réciproque. Mais je préfère garder ce petit secret pour nous deux Granger.

Il fit un pas en avant, presque prêt à rentrer dans l'habitacle mais elle claqua la porte, tremblante.

- Si c'est pour supporter ce genre de trucs, tu peux oublier ton pari, balbutia-t-elle.

- Pourquoi ce serait, si ce n'était pas pour « ce genre de trucs » ?

Hermione tiqua : que voulait-il dire, encore ?

- Sors d'ici, s'il te plait.

Il ricana et finit par obtempérer en lançant un « et un joyeux noël à toi, Granger. ».

Drago Malefoy descendait les escaliers, plongé dans ses pensées. La sang-de-bourbe avait pour sûr de jolies jambes… Il la revoyait encore, dans son esprit, halée de toute la buée, les cheveux trempés collant à son visage, à ses épaules ; les yeux furibonds, apeurés ; sa serviette contre sa poitrine, s'arrêtant juste au dessus de ses genoux… Il inspira fortement.

Appétissante.

La vue d'une silhouette l'incita à reprendre ses esprits.

- Tiens, tiens. Malefoy.

Le blond arbora une moue narquoise. Si ce n'était pas le prince charmant en personne !

- Blake, salua-t-il sur un ton méprisant.

Ils se jaugèrent du regard durant une bonne dizaine de secondes.

- Alors, l'organisation du bal a bien avancé ?, lança Liam, cynique.

- Je ne vois pas en quoi cela te concerne. Tu ferais mieux de te chercher une cavalière au lieu de me faire perdre mon temps, persiffla Drago avec un grand sourire sarcastique.

- Elle est toute trouvée, ne t'inquiète pas...

Le visage du blond, impassible, se teinta d'un dédain très amusé. Parlait-il de Granger ? Ignorait-il qu'elle s'y rendait avec lui ? C'était après tout un arrêt professoral, elle n'avait pas le choix. Il ne lui laisserait pas le choix.

- Et bien, va donc te la faire au lieu de prétendre avoir une discussion avec moi… Je ne vais pas faire semblant de t'apprécier, Blake… Tu ferais mieux de dégager de mon chemin.

Vindicatif, Liam répliqua presque aussitôt :

- La méprise va si bien aux blondes... Je ne suis pas sur ta route, tu es sur la mienne.

Drago se rapprocha alors de lui, menaçant. Ce petit cafard croyait qu'il pouvait insulter un Malefoy et s'en tirer sans dommages ? Liam ne sourcilla même pas.

- Je te rappelle que ces escaliers mènent aux dortoirs des préfets, indiqua sèchement le blond.

- J'en suis tout à fait conscient.

Le Serpentard s'arrêta à quelques centimètres de son visage.

- Tu veux la guerre, Blake ?

- Comme si tu ne la désirais pas autant que moi, Malefoy, répliqua Liam avec le même sourire.

- Je t'assure que tu n'en as pas envie à ce point

Un claquement résonna soudain. Puis des petits pas.

- Liam… ? ... Ma… Malefoy ? Qu'est-ce que vous faites, tous les deux ?, s'enquit une voix méfiante et teintée d'autorité.

- Des pronostics…, murmura Liam en affichant un sourire apaisant.

- Des pronostics…?, répéta-t-elle, sceptique.

- Oui… Nous nous demandions qui allait attraper le vif d'or, au prochain match de Quidditch…

Drago ricana.

- Avise-toi d'être prudent, Blake. Il vaudrait mieux que tu sois en forme… si tu as vraiment envie de l'attraper…

Le blond n'attendit pas de réponse et recommença à descendre les escaliers, couvé par les regards des deux autres sorciers dont l'un était abasourdi.

- Tu ferais mieux de te méfier, Malefoy. Le Quidditch est un jeu de subtilité et de réflexion… Il ne se résume pas aux coups-bas…

On entendit le Serpentard ricaner au détour du couloir…

Et qu'est-ce que sont les coups bas, Blake, s'ils ne sont ni subtils, ni réfléchis ?

- Les vacances sont bientôt finies…, lança Hermione en regardant le ciel.

- Oui, déjà…

Ils se jetèrent un coup d'œil assez timide. Le cœur d'Hermione s'enflamma et ses battements redoublèrent.

- Hermione... Je me demandais… Tu n'aurais pas des problèmes avec Malefoy ?

La jeune lionne s'assombrit mais son cœur ne ralentit pas. Curieusement, Liam venait encore d'accélérer les choses… Il fallait qu'elle fasse un choix maintenant. Ou elle faisait le choix de lui parler, de tout lui raconter et de se reposer sur lui : ou elle choisissait tout simplement de se taire, de miser le tout pour le tout, et de tenter le pari avec l'horrible Serpentard.Les enjeux étaient très importants… Trop importants. Que signifiait vraiment « appartenir à » Malefoy ? Elle imaginait très bien une emprise totale. Tout d'abord, il l'obligerait à renier ses amis : puis toutes ses convictions et ce qui faisait d'elle ce qu'elle était… Il l'obligerait certainement à rejoindre le camp de Voldemort… Il lui ordonnerait peut-être de l'aider dans sa tâche de mangemort tout en lui imposant une vie d'esclave… Quoi d'autre… Que pourrait-il faire de pire ? Lui faire tuer ses amis, sa famille, de ses propres mains… ?Et puis bien sûr, l'humiliation quotidienne. Les abus, le harcèlement, les insultes, la violence… Les attouchements. Probablement, oui.

- Hermione ?

Elle plongea ses yeux dans les siens avant de les détourner.Mais gagner un allié ? Ou plutôt, éliminer un ennemi sans avoir à le tuer. Quelqu'un qui saurait répondre à des questions sur le monde de la magie noire, sur le cercle très fermé des sang-purs et sur un autre qui l'était encore davantage : celui des mangemorts…L'idée alléchante d'en faire un agent double… De pouvoir contrôler les informations qui rentreraient et sortiraient des murs cloisonnés du camp adverse… La possibilité de créer des embuscades et de vaincre plus efficacement et rapidement les ennemis moins de pertes… Moins de morts.Moins de tristesse dans ce monde déjà bien trop gris.Tout ça en un seul petit pari ridicule… Peut-être gagner une guerre, qui sait ? Un détail et tout changeait… Tout cela… Sur un petit pari de merde.Elle déglutit.

Que devrais-je faire ?

Elle se contraint alors à conserver un esprit synthétique et mathématique.

Simple. Appelons ma victoire du pari le cas A et ma défaite le cas B… En présence du cas A, nous compterons un membre d'une importance considérable dans nos rangs, Drago Malefoy, et ce, à condition que je supporte ce qu'il me fera subir jusqu'à la fin de l'année…

En présence du cas B, aucune victime sinon moi : et il est évident qu'avaler ma langue serait mon premier réflexe s'il me demandait d'éliminer un membre de l'Ordre du Phénix… Je sais que je parviendrais à me taire, même si l'on me torture… Même si je lui appartenais, je saisirais le moindre manque d'information dans ses ordres pour le mettre à profit…, énumérait-elle le plus passivement possible, tournant problèmes et solutions dans sa tête, tel un puzzle qu'il suffisait d'assembler…

- Hermione ? Dois-je considérer ton silence comme un aveu ?, murmura Liam, inquiet.

Elle serra les lèvres et prit une forte inspiration.

- Non… Tu sais, c'est vrai que nous sommes liés par une forte mésentente… et je pense qu'il donne l'impression qu'il a l'ascendant, le plus souvent… Mais finalement, lorsque nous sommes tous les deux, il se trouve qu'il n'est plus si courageux…, finit-elle par articuler avec un faux sourire assuré.

Tu parles…

Hermione avait essayé d'insuffler une bonne dose de conviction dans son discours, et ne savait pas si elle avait atteint son but, à savoir réussir à convaincre Liam qu'il ne se passait rien.

Elle le jaugea, analysant son visage et la réaction qui n'allait pas tarder. Il ne fit qu'arborer un sourire à l'allure sincère, ce qui finit par conforter Hermione dans la réussite de sa prestation.

- Si tu avais des problèmes, tu m'en parlerais, n'est-ce pas ?, chuchota le Serdaigle, Je suis idiot d'avoir posé cette question… C'est assez évident que tu sais gérer tes problèmes… Je ne voulais pas gâcher le peu de temps qu'il nous reste à flemmarder tous les deux en parlant de ce Serpentard de malheur… Mais je t'avoue que je commençais à m'inquiéter à son propos…

Si tu savais, pensa Hermione en soupirant mentalement.

Mais le comportement de Liam ne fit qu'accentuer la rougeur sur les joues de la Gryffondor. Il se souciait d'elle, avait probablement envie de la protéger. Mieux encore, il avait perceptiblement senti que quelque chose clochait entre elle et Malefoy… Chose que Ron et Harry n'avaient jamais remarquée…

Cette inquiétude la troubla encore davantage. Liam Blake était un garçon bien. Elle était triste de ne pas l'avoir rencontré plus tôt… Il ferait un membre idéal pour l'Ordre du Phénix mais elle savait qu'il fallait attendre davantage et le connaitre mieux pour lui proposer de rentrer dans les rangs.

Qui plus est, elle pourrait le proposer en tant que membre la remplaçant si elle perdait malheureusement le pari.

Eh oui… Ne l'oublie pas… Elle avait fait son choix et se marteler le cerveau avec, à la manière d'un mantra, lui donnait l'illusion de gagner en force et en conviction. Peut-être cela lui permettrait-il de résister aux assauts terribles de son colocataire sadique.

Elle marchait calmement vers la salle commune. Il était temps de lui dire, de lui faire tenir parole. C'est tremblante qu'elle articula le mot de passe, avant de pénétrer dans l'antre des préfets. Un silence mortel régnait dans la pièce obscure la cheminée était éteinte et les fenêtres ne laissaient échapper aucune lumière astrale : la lune était visiblement cachée par les nuages.

Elle s'avança à pas feutrés, torturée par l'envie de se cacher dans ses couvertures. Il fallait d'abord qu'elle aille parler à Malefoy. Curieusement, une sorte de grincement parvenait de la chambre du Serpentard, un grincement curieux : comme un frottement répété sur une corde usée. La jeune sorcière frappa très délicatement à la porte du blond et attendit qu'il lui réponde à travers la porte. Mais rien.

Le grincement eut une sorte d'embardée avant de reprendre son rythme lascif. Ce son avait quelque chose d'inquiétant et d'étrange, pourtant, Hermione se sentait comme attirée…

Elle frappa une seconde fois, plus vigoureusement. Après tout, peut-être n'avait-il pas entendu la première fois ?

Mais rien.

Elle se décida alors à entrouvrir la porte. Le grincement torve se changea en un chant mélodieux. Des cordes. Un violoncelle.

La jeune lionne cessa tout de suite son mouvement, dominée par la peur inconsciente d'être surprise, mais aussi d'interrompre une telle complainte… Elle paraissait résonner dans tout son être et il lui sembla soudain que son cœur n'existait plus tant les battements se perdaient dans la musique.

C'était peut-être un requiem (1).

Hermione ferma les yeux.

Dans les montagnes se cachait un cerf, un cerf solitaire qui vivait pour lui seul. Il avait conscience de sa différence. Lorsqu'il écoutait le vent souffler entre les pins, il comprenait ce que cela signifiait. Il pressentait lorsque les éclairs allaient frapper les lacs. Il percevait l'ambition des pics glacés tourmentant les nuages.Se sentant toujours seul, il marchait tous les jours sans s'arrêter, en quête de la nouveauté qui saurait le satisfaire. Il devenait de plus en plus imprudent, risquant n'importe quoi pour se divertir.Un matin, alors qu'il dormait dans les sous-bois, un son très doux l'éveilla. Attiré par cette nouvelle sonorité, il se dressa sur ses pattes et se mit en route vers ce qu'il estimait être un tout nouvel horizon. Il arriva aux abords d'une maison, s'approcha avec lenteur d'une des fenêtres ouvertes tout en se demandant qui avait pu s'installer ici ...

Pourquoi n'avait-il jamais remarqué qu'il y avait des habitants dans cette forêt ?Une humaine plutôt âgée se balançait lentement. Sur ses genoux, une vieille couverture fine semblait la protéger de la fraicheur matinale. A ses côtés, posée sur un guéridon, une petite boîte métallique semblait émettre le son si magnifique qui envoutait le cerf. Surmontée d'une danseuse et d'une manivelle, l'objet semblait mystique et improbable.

La vieille humaine aperçut l'animal et, nullement effrayée, lui sourit sans cesser de se balancer en rythme. Quelques minutes plus tard, elle se leva et lui ouvrit la porte. Le cerf, nullement méfiant et gardant sa posture fière, entra et s'allongea près de la cheminée éteinte.Les journées passèrent, les sons différents s'enchainaient, ne se ressemblant jamais... Mais toujours d'une profondeur à faire pâlir les abysses, et d'une souplesse à faire pleurer les vents.On raconte qu'encore aujourd'hui, le cerf et la vieille humaine écoutent ce qu'on appelle musique dans cette petite maison, perdue au fin fond de la forêt.Et que pour toujours, elle changea le cœur des êtres vivants qui l'entendirent, passant par là.

La seule chose expliquant tout en passant par le cœur et non pas par l'esprit. La sincérité absolue. L'intensité universelle brisant les limites et les croyances.Brisant tout sur son passage.La musique.

Aussi fragile qu'une note au violon. Elle commence et se perturbe : se tord, s'essouffle, repart. Meurt sur les cordes pour laisser place à une autre ou au silence.C'est aussi fort qu'une note au piano. La note s'étiole. La note disparait. S'amenuise. Reprend son souffle. Ne cesse jamais.

C'est une danse du cœur, des perles s'éparpillant dans les escaliers. Un collier précieux qui se brise et roule… puis se perd. Une vague à l'écume nacrée qui se fend doucement sur la glace pure. Une goutte vermeille, comme le sang d'une femme, comme la larme d'un monde. Une vie unique, qui commence et se termine sans faire de mal, sans heurter qui que ce soit. Une vie enfouie dans les profondeurs de l'homme et de sa vanité… Comme un coffre aux trésors, perdu dans la noirceur et le vide des abysses de la mer.

- Granger ?!

Elle sortit de ses songes avec une brusquerie innommable, rouvrant les yeux avec précipitation alors qu'il s'était déjà levé dans la pénombre, s'approchant d'elle lentement.

- Ne connais-tu pas la politesse, sang-de-bourbe ?! On ne rentre pas dans la chambre de quelqu'un sans avoir frappé au préalable.

Mais elle ne put rien répondre tant elle était pétrifiée. Malefoy avait peut-être un cœur. Voilà ce qui burinait son esprit. On ne pouvait être aussi sensible à la musique sans un minimum de beauté en son for-intérieur. C'est ce qu'elle pensait. Mais la mélodie était si triste… Était-ce cela, à l'intérieur de Drago Malefoy ? Une ombre obscure, furtive et torturée… ?

Elle avait très certainement fait le bon choix en ce qui concernait le pari… Pour le bien de tous… Pour son bien à lui.Elle entrevit sa mâchoire se crisper : une lumière blanchâtre pénétra soudainement la pièce. Les nuages avaient délivré la lune de leurs tourments… Et il sembla à Hermione que seul le vent de tristesse guidé par les doigts de Malefoy était la source de cette nouvelle lumière. De cette nouvelle lueur d'espoir.Il saisit son bras, non sans violence, et l'attira dans sa chambre avant de fermer la porte et de la plaquer contre.

- Tu m'espionnais.

Elle ne répondit toujours rien, le dévisageant comme si elle le traversait de son regard… Il se retint de déglutir. En cet instant, elle semblait à la fois si forte, si intouchable… Mais aussi tellement vide…Ses yeux semblaient exprimer un nouveau sentiment, comme une espèce de détermination.

- Granger… ?

Elle plongea plus profondément ses prunelles dans les orbes mercures du Serpentard.

- J'accepte, Malefoy. J'accepte ton pari…

Les yeux du blond s'écarquillèrent. Il ne s'y attendait pas vraiment, et encore moins maintenant.

- Et sache, Malefoy… que si toi tu joueras pour ma défaite… Moi je jouerais avant tout pour ton salut.

Sa voix s'éteignit et elle dégagea son bras de la poigne du blond. Quand il reprit ses esprits, elle avait quitté la pièce…

(1) J'ai imaginé le début de Fade to Black d'Apocalyptica (reprise de Metallica au violoncelle)

Reviews appréciées.

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