My Dear Sadistic Highness

Chapitre IV

You never goYou're always here, suffocating meUnder my skinI cannot run awayFading slowly

I'd give it all to youLetting go of meReaching as I fallI know it's already over, nowNothing left to loseLoving you againI know it's already over, already over, now

My best defense, running from youI can't resist, take all you want from meBreaking slowly

Already Over – Red

L'espoir, je l'ai eu jusqu'au bout. C'était la note furtive, composante entière de mon instinct de survie. L'idée fondamentale.

J'ai été la victime de tes jeux pendant tellement de temps… Mais je ne sais pas, par crédulité, par naïveté… Peut-être par faiblesse, par patience… Je suis restée. Peut-être était-ce de la dépendance, de l'aveuglement ? J'avais pris gout à tes horreurs. Vraiment.

Je suis restée au milieu de l'incendie, à souffler pour l'éteindre… Tu disais que je ravivais les flammes mais la vérité, c'était qu'en les attisant, je faisais disparaitre la carcasse à brûler. Bientôt, il ne restait plus que beaucoup de souffre et un grand tas de cendre. A partir de là, comme un phénix, on peut renaître.

Libère tes ailes et envole-toi.

H.G

Chapitre IV

Lève-toi.

Une odeur de moisi se répandit petit à petit dans les narines de la jeune sorcière. Elle resta immobile pendant de longues minutes, essayant de comprendre où elle était, et ce-pourquoi elle était là. Aucun souvenir ne lui revint, la laissant aussi molle qu'à l'éveil. Elle se souvenait juste de qui elle était, et se souvenait surtout qu'elle possédait des membres, ces derniers se rendant à la fois engourdis et douloureux. Elle resta longtemps silencieuse, à l'affut du moindre bruit, scrutant les alentours pour en déduire l'endroit où elle se trouvait. Mais c'était le néant autour d'elle : rien n'aurait pu lui indiquer sa localisation, des nèfles. Rien ne semblait lui fournir la moindre information, ni la guider dans une potentielle marche à suivre. Il faisait juste très noir et elle était à demi-allongée sur une surface froide et trempée.

Elle se redressa davantage, le plus discrètement possible sans vraiment savoir pourquoi elle s'avisait de prendre de telles précautions. L'obscurité ambiante se chargea de lui faire rappel de ses instincts les plus basiques : il y avait une sorte de danger dans les environs, elle le pressentait... Lentement, elle quitta le sol, se remettant tant bien que mal sur ses deux pieds. En se tâtant, elle se rendit compte qu'elle avait dû rester au sol pendant une longue durée : elle portait son uniforme scolaire et ce dernier était entièrement imbibé d'eau. Tremblante, elle renifla un peu. Un mal de gorge innommable lui striait la gorge : elle avait vraisemblablement attrapé froid.

Pendant quelques instants, elle se demanda si tout cela n'était pas un rêve mais tout semblait si réaliste... Comment cela aurait-il été possible ? Elle n'avait jamais cauchemardé de manière si perceptible. Toutes ses sensations étaient en alerte et elle avait toute sa lucidité : comme au réveil. Pourtant, une sorte d'ankylose démobilisait ses membres, les fatiguant plus que de raison pour les mouvements qu'elle leur faisait exécuter.

Un sifflement affreux et interminable se chargea d'interrompre ses pensées. Elle tourna la tête vers la source du bruit, manquant de se casser le cou. Cela approchait.

Sans réfléchir, elle se mit à courir.

Pourquoi ? Elle n'en savait rien, mais pourtant, la certitude que quelque chose de terrible la poursuivait apparaissait comme transparente. C'était flagrant. Elle était dans cet endroit, dans ce piège, uniquement pour mourir. Un pauvre animal traqué, voilà ce qu'elle était.

Elle glissa à plusieurs reprises sur la surface moite, détalant à en perdre haleine pour échapper à son prédateur. Des gouttes glacées glissaient sur son visage et dans son cou, parcourant son corps pour y laisser des frissons terribles. Elle n'osait ni ralentir, ni se retourner, ayant bien trop peur de ce qu'elle pourrait apercevoir. Devant elle ? Aucune lumière, une obscurité ambiante. Une sorte de brouillard verdâtre semblait émaner une très faible lueur, guidant ses pas dans les dédales.

Courir dans le noir était probablement l'une des choses les plus terrifiantes qu'elle ait fait. Elle n'osait pas aller au maximum de sa vitesse et tenir ses bras tendus devant elle l'empêchait d'avoir une course efficace. La peur de percuter quelque chose, de trébucher ou encore de se perdre davantage qu'elle ne l'était déjà, lui glaçait le sang.

Un rire éclata, proche. Les larmes de la jeune sorcière se mirent automatiquement à couler et sa course redoubla, malgré son rythme déjà bien rapide.

- Je vous en supplie !, hurla-t-elle sans réfléchir ni s'arrêter.

Elle trébucha et s'étala de tout son long sur la surface dure et uligineuse. Son menton heurta le sol et elle se mordit la langue. De lourds battements assourdissaient ses tempes. Une douleur incommensurable s'empara de son genou gauche et elle s'empêcha de crier. Ses doigts s'enfoncèrent entre les dalles et elle se mit à ramper, le plus vite qu'elle le pouvait. Elle sentait la peau s'écorcher contre des striures tranchantes de la pierre et la pulpe de ses doigts se déchirer sur le granit, mais elle tint bon et continua de se trainer sur le sol glacé.

L'eau sembla soudain envahir les dalles devant elle : elle était à l'entrée d'une sorte de rivière d'égout. Elle continua d'avancer malgré tout. L'eau s'infiltrait dans ses vêtements, ses chaussures, écorchant son corps de sa morsure glacée. La jeune sorcière fut bientôt obligée de se redresser pour nager : il lui semblait que l'eau n'avait pas que des remous naturels et cela l'affola. Mais il lui était interdit et même impossible de revenir en arrière. Elle chercha donc une rive en nageant de plus en plus vite, mais maladroitement, tournant moitié en rond.

Lorsqu'elle essaya de poser le pied à terre, elle ne trouva plus le fond et coula. Même totalement immergée, elle eut le déplaisir de constater qu'elle ne le sentait plus… Elle sentit par contre bien plus perceptiblement le frôlement étrange contre son pied droit. Sans pouvoir s'en empêcher, elle cria et son corps fut aussitôt parcouru de convulsions terribles : la peur et le froid ne faisaient pas bon ménage. Elle nageait mal, s'enfonçant de plus en plus… En essayant d'hurler et d'appeler à l'aider, elle buvait la tasse et s'étouffait. Sa gorge se remplissait d'eau glacée et plus elle toussait, plus elle coulait… Au moment où elle crut qu'elle allait vraiment mourir, une dose d'adrénaline vertigineuse parcourut son corps. Elle essaya aussitôt de se calmer et de reprendre son souffle : évidemment, la cause était perdue, mais se concentrer sur sa respiration l'aida à calmer un tant soit peu les battements saccadés de son cœur.

La jeune sorcière essaya de s'agripper mais rien autour ne servait de prise, sinon l'eau dans laquelle ses mains s'enfonçaient avec désespoir. Un deuxième frôlement, encore plus distinguable, se fit sentir. Cette fois-ci, toutes ses pensées se désordonnèrent pour n'en laisser passer plus qu'une seule : elle allait mourir. C'était elle ou la bestiole dans l'eau. Elle donna un grand coup de pied, touchant quelque chose d'une taille apparemment conséquente… molle… La texture à la fois élastique et dure disparut aussitôt et Hermione crut qu'elle allait s'évanouir. Elle avait l'affreux pressentiment que cette créature, quelle qu'elle soit, rôdait autour d'elle dans le but de la dévorer.

La jeune lionne nagea plus vite et son poignet droit craqua brutalement lorsqu'il se heurta à une surface dure. La sorcière hurla de douleur : son poignet venait de se briser à cause de sa maladresse et de sa panique. Pourtant, une bouffée de joie l'avait envahie : peut-être avait-elle trouvé une rive ?

Malheureusement, le mur paraissait des plus abrupts il était lisse et aussi vertical que les autres murs qu'elle avait aperçu dans les couloirs durant sa course folle. Malgré tout, elle ne perdit pas espoir et continua de tâter le mur en nageant, espérant y trouver une prise quelconque. Sa main heurta soudainement le vide.

Une cavité… !

Hermione s'aida tant bien que mal de son poignet gauche pour se surélever et monter mais échoua. Elle ne parvenait pas à se hisser dans la cachette… La mousse glissait affreusement, et ses doigts patinaient littéralement contre la surface, rendant impossible toute saisie. La pierre était comme un sérac tranchant, ne laissant aucune place pour autre chose que la ripe. Malheureusement, elle n'avait pas le temps de se plaindre : elle savait que la créature reviendrait bientôt à l'assaut, furieuse de s'être fait renvoyer aux abysses. C'est au terme de plusieurs essais, de plus en plus paniqués, qu'elle parvint non sans difficulté, à atteindre le trou.

La sorcière sortit ses jambes de l'eau à la vitesse de l'éclair et recula le plus possible dans la cavité… Elle entendit des gargouillis très désagréables et des chocs dans l'eau. Il y avait bel et bien une ou des créatures là dedans !

Quelque chose de long tâtait l'extrémité de la cavité, cherchant certainement le corps de la jeune fille. Elle retira précipitamment sa robe de sorcière ainsi que son blazer et les lança vers la bête pour l'occuper. Rapidement, elle déchira sa cape en deux du mieux qu'elle pouvait, malgré l'étroitesse de sa cachette. Elle déchira une nouvelle fois en deux le morceau de cape et noua les deux parties autour de ses paumes. Elle finit par répéter la même action autour de ses genoux, se cognant au plafond de pierre plusieurs fois.

Ainsi, mieux protégée, elle pourrait avancer à quatre pattes dans la cavité… Pour l'atteindre, il fallait bien que son ennemi traverse l'eau aussi, non ? Elle avait de l'avance et misait dessus.

Sa course reprit mais elle s'arrêta soudain, entendant un rire non loin derrière elle. Son corps s'était pétrifié mais elle tint bon et reprit son avancée de plus belle. Ce n'était pas possible que ce soit déjà derrière elle… Y avait-il un moyen plus rapide que de passer par l'eau ? Quelle idiotie, si elle avait manqué un pont ou un passage de ce genre, à risquer sa vie dans les eaux troubles… Elle continua d'avancer, complètement angoissée par ce qui était en train de lui arriver. Des larmes vinrent à nouveau remplir ses yeux…

Un vent glacé lécha son corps. Le tunnel semblait s'être agrandi. Une bouffée d'espoir l'envahit toute entière. Avec un peu de chance, elle avait trouvé un échappatoire et pourrait enfin s'enfuir. Tout ce qui comptait, à présent, c'était de ne jamais tomber face à face avec ce qui la poursuivait. Elle en mourrait, elle le savait. Quelques mètres plus loin demeurait une sortie : elle s'y précipita.

Elle arriva alors dans une grande pièce sombre où brûlaient quelques torches contre les murs. Des flammes vertes se consumaient avec ardeur, comme les feux de l'enfer. Paralysée par cet endroit où elle ne voyait ni portes, couloirs, fenêtres, ni sorties quelconques, sa respiration se coupa brutalement. Des pas. Des pas contre les dalles creuses.

C'était derrière elle…

C'était derrière elle et ça s'approchait, ça arrivait…

Elle ferma les yeux, bien trop épouvantée pour songer à se retourner.

Les pas résonnaient à présent dans son dos et ralentissaient, comme si elle était à présent bien en vue… Bien prise au piège… Comme si la chose avait atteint son but…

Un ricanement résonna. Elle connaissait ce son… Il lui était si familier…

C'est lorsque elle sentit une étreinte sur son épaule qu'elle se résigna. Ses yeux libérèrent de nouvelles larmes, les dernières…

Des bras l'happèrent et l'enlacèrent : elle ne comprit pas… Encore moins quand les bras la pressèrent contre une surface froide mais confortable. A qui appartenait ce buste ?

Et au moment où elle tourna la tête…

- Hermione.

Hermione ouvrit les yeux brusquement.

Où suis-je ?!

Sa chemise de nuit trempée faillit la faire hurler.

Où suis-je ? Suis-je vraiment mouillée ?!

Mais elle était à moitié redressée, dans son lit, empêtrée dans les draps. Haletante, elle essaya de reprendre une respiration convenable et de se redresser davantage. Mais sa panique ne la quittait pas. Elle avait besoin de lumière, de réalité, de concret. Mais elle devait bouger pour cela… Et cela était impossible pour la pure et simple raison que son corps lui refusait tout mouvement. Elle était paralysée par la peur et les battements de son cœur résonnaient comme des coups à ses tempes, l'empêchant de se calmer.

Il fallut attendre quelques minutes pour qu'elle reprenne ses esprits et son souffle, malheureusement, l'obscurité de la chambre ne l'aidait pas vraiment à s'apaiser. Elle fixait ses mains tremblantes, posées sur les draps, essayant de se concentrer dessus afin de faire disparaître leurs frissons nerveux.

Il faisait atrocement froid, hors du lit, mais l'intérieur était chaud et trempé de sueur… N'y tenant plus, elle se leva et quitta le matelas. Des larmes silencieuses et incontrôlables coulaient le long de ses joues.

Que pouvait bien signifier ce cauchemar au juste ? La façon dont il s'était fini était tellement ambigüe…

La jeune sorcière se défit de sa robe de chambre, la pliant soigneusement sur une chaise. Elle était glacée, sans autres vêtements que ses dessous. Saisissant sa baguette, elle changea les draps du lit, le refaisant au carré pour faire disparaitre sa nervosité. C'est à ce moment là qu'elle s'aperçut d'une forme étrange dans son fauteuil...

Elle serra la main sur sa baguette, en plein effroi.

- Lumos, balbutia-t-elle.

- Expelliarmus.

Elle se décala de justesse et évita le sort, mais heurta le mur.

- Malefoy !, s'écria-t-elle.

Il s'approcha d'elle et pointa sa baguette sous son menton.

- N'est-ce pas un peu gênant comme situation, Granger ? Vois à quel point cela peut-être… énervant… une intrusion non permise…

Il y avait trop de sous-entendus dans cette phrase : parlait-il de sa chambre ou d'une menace scabreuse… ? Ou pire… Parlait-il d'une intrusion bien plus insidieuse encore… ? Terrifiée, elle leva elle-aussi sa baguette pour menacer le blond. Il pouffa.

- C'était toi ?, murmura Hermione d'une voix glaciale.

Il cessa de rire.

- De quoi parles-tu… ?, demanda-t-il simplement, la voix neutre.

- Le cauchemar.

Son rire reprit. Il se rapprocha davantage d'elle, lui faisant un peu plus perdre ses moyens.

- Où pourrais-tu m'échapper?, murmura-t-il.

Le sang de la jeune fille se glaça dans ses veines. Il baissa le visage vers elle et lui déposa un baiser à la commissure des lèvres…

- Bonne nuit, Hermione… N'oublie pas le pari…

Le jeune homme traça le contour de la gorge d'Hermione avec sa baguette. Il caressa la naissance de sa poitrine, s'enroulant dans son collier… et finit par faire de petites arabesques sur son sein gauche, à travers le tissu…

- …N'oublie pas les enjeux…

Elle le défia du regard, retenant ses jambes de flageoler. Il la fixa encore quelques secondes avant de déserter sa chambre.

Hermione ferma la porte derrière lui et se laissa glisser contre cette dernière, estomaquée.

Depuis quand était-il là ? Le fait qu'il l'ait appelée Hermione prouvait en quelque sorte qu'il était le maître de son précédent cauchemar… Mais comment avait-il fait pour s'introduire ainsi dans son esprit ? Qu'ignorait-elle encore de ses pouvoirs ?

Cet homme était tout bonnement terrifiant…

(Jeudi 29 décembre)

Elle ne s'était tout simplement pas rendormie, assaillie par bien trop de questionnements. L'acte qu'il venait de commettre était sans précédent : c'est nauséeuse qu'elle se rendit compte à quel point il prenait de nouvelles libertés dernièrement. Les insultes, elle y était presque habituée, que ce soit scandaleux ou non. Les sous-entendus sexuels, c'était déjà autre chose, sans parler de la violence physique qu'il aimait instaurer à chacune de leurs dernières rencontres. Mais là, une infiltration dans un rêve ? Fichue magie noire, fichu mangemort ! N'y avait-il donc aucun moyen de lui échapper ?

C'était au-delà du harcèlement, à ce point. Peut-être cela n'avait-il même pas encore de nom. Il avait inventé une manière entière et complète de la torturer sur tous les plans. Se rendait-il compte au moins de la portée de ses actes ?

Je suis stupide.

Et pourquoi ne pas imaginer que le Serpentard avait des scrupules, aussi ? On pouvait toujours rêver.

Quels autres atouts pouvait-il bien avoir dans sa manche ? La jeune sorcière comprenait douloureusement que le pari n'était pas aussi simple qu'ils l'avaient établi. Il s'agissait en fait d'un jeu. Il était certes injuste qu'elle soit la seule à en pâtir, mais malheureusement, elle se voyait mal commencer à se rebeller contre un homme qui la dominait depuis déjà plusieurs mois…

Pourtant, elle devait se résoudre à au moins anticiper ses projets diaboliques à son encontre : les parer serait suffisant même si elle doutait déjà d'y parvenir…

Si Drago avait prévu un pari pareil, ce n'est pas au hasard. Il ne laissait jamais rien au hasard, en vérité. Il devait avoir concocté de terribles épreuves à lui faire passer pour avoir une telle assurance de parvenir à lui faire quitter les lieux.

Comment faire pour attendrir la confiance du Serpentard ? Se soumettre davantage ? Le manipuler ? Il était très subtil, et lui-même maître en matière de manipulation mais lorsqu'elle y repensait, il devait souffrir de son orgueil. C'était là une faiblesse qu'il lui fallait exploiter… De quelle manière, elle ne le savait pas encore mais après tout, elle allait bien trouver.

Hermione avait juste peur qu'il comprenne qu'elle l'utilisait et que tout cela se retourne encore une fois contre elle. Il était doué pour tous ces jeux vicieux de calculs et de coups-bas. Et elle avait beau y réfléchir sous tous les angles, elle ne voyait pas comment lui faire parler de ses points forts en matière de magie : ceux qui en tout cas lui permettraient à l'avenir de la torturer comme il l'avait fait la nuit passée. Aucun moyen d'anticiper, donc ? Voilà qui s'annonçait faste.

Hermione se doutait qu'il y avait par là affaire de légilimancie mais elle ne voyait pas par quel moyen il se l'était vu enseignée. C'était une matière complexe et ardue dans laquelle on n'arrivait à rien sans intellect et persuasion… Il fallait avoir un esprit fort, des convictions inébranlables, un pouvoir de camouflage mental impressionnant et surtout, une subtilité qui outrepassait celle de son ennemi… Il s'agissait de toucher l'autre au plus profond et de lui arracher ses pensées et souvenirs les plus intenses : qu'ils soient bons ou mauvais. L'intensité d'un souvenir garantissait la peur ou la joie : dans les deux cas, l'esprit se fragilisait, ouvrant alors la porte à l'ennemi. Il suffisait au legilimens de saisir un souvenir très troublant et de le raconter –le faire revivre, en fait- à son interlocuteur : là, la proie était mise dans un certain état d'esprit, une sorte de condition nécessaire à l'efficacité et à la rapidité de la manipulation qui suivrait…

Pour finir, elle ne comprenait vraiment pas comment Drago Malefoy -garçon qu'elle avait toujours pensé lâche, trop imbu de lui-même pour réfléchir convenablement, ingrat, égoïste et obtus- était parvenu à s'introduire aussi facilement dans son esprit, qu'un fer chaud dans du beurre. Elle savait qu'il n'était pas stupide, mais ses autres défauts s'imposaient à elle comme une évidence… Pourtant il fallait reconnaitre que s'il avait réussi à l'avoir avec tant de facilité, c'était que la personne dans l'erreur était bel et bien elle. Qu'ignorait-elle sur lui qui changeait la donne ?

Elle ne le savait pas et doutait de le découvrir un jour…

Car si Drago avait eu les parents et certainement l'éducation adéquate pour parvenir à maîtriser une telle technique spirituelle, ce n'était pas son cas. Pour apprendre la légilimancie, elle était consciente qu'il lui fallait un maître… Chose hautement improbable par les temps qui courraient. Ce n'était certainement pas à Harry –dont elle savait qu'il avait eu des cours de Rogue- qu'elle allait poser la question.

La mélancolie habituelle l'envahit. C'était vraiment désagréable de ne plus pouvoir compter sur ses anciens amis. Mais elle jouait une partie d'échec non loin d'eux. Une partie qu'elle devait gagner pour son camp, et évidemment pour eux. Puis pour lui, et très certainement, et quelque part un peu égoïstement, pour elle-même également.

Mais alors, si elle n'avait pas les moyens de connaitre ses points forts, peut-être pourrait-elle enquêter sur ses points faibles. Ah la bonne plaisanterie… Si elle n'en avait pas trouvé un seul d'assez valable en sept ans, ce n'était pas en une matinée qu'elle allait percer ce grand mystère.

Elle décida de cesser de se torturer les méninges. L'inspiration viendrait. Elle avait réussi à tenir quatre mois… Elle en tiendrait bien six de plus : comme si elle avait presque passé la moitié… En attendant, ce qui paraissait capital, c'était d'aller remplir son estomac. Il était très tôt et elle ne doutait pas qu'elle serait l'une des premières élèves à se rendre dans la grande-salle, mais qu'importe, cela n'était qu'accessoire…

Hermione se lava et s'habilla rapidement, enfilant négligemment une jupe plissée, une chemise à carreaux et un chandail. Elle était très mal assortie mais n'en avait que faire : après tout, elle ne descendait que pour engloutir des œufs et du bacon… Hmmm… avec quelques toasts chauds, bien beurrés… Nappés d'une fine couche de miel ou de confiture à la mûre ou à la framboise… Ou peut-être à la mirabelle ?

Peut-être également un ramequin de fraises bien fraîches, accompagnées d'une crème douce et très légèrement sucrée…

Et enfin, un bon verre de jus de citrouille pour accompagner les œufs et le bacon, ainsi qu'une grande tasse de thé pour la partie sucrée de son repas imaginaire…

Oui, ce serait délicieux…

C'était ce qu'elle se disait lorsqu'elle ouvrit la porte de sa chambre. Malefoy était là, dans la salle commune, enfilant une veste.

Elle déglutit.

Pourquoi n'ai-je jamais de chance ?

Il arbora un sourire goguenard avant de quitter la pièce, sans un mot. Hermione soupira. Elle devait lui reconnaitre un nouveau pouvoir indéniable : celui de lui couper l'appétit. Evidemment, elle se doutait qu'il allait manger. Le faisait-il exprès ?

Son estomac gronda, lui indiquant pourtant qu'une faim résiduelle restait à satisfaire. En posant doucement la main sur son ventre, elle décida finalement de ne pas se formaliser de sa présence. Après tout, elle aurait à faire avec pendant encore une longue période… Si elle commençait à cesser de s'alimenter dès maintenant, elle ressemblerait à un cadavre dans quelques semaines.

Lorsqu'elle descendit dans la grande-salle, elle s'aperçut avec étonnement qu'il était déjà ressorti, tenant une pomme à la main. Quand elle comparait leur petit-déjeuner, elle se disait que le sien n'était peut-être pas des plus diététiques… Mais enfin manger une seule pomme, le matin, lorsque l'on est très certainement affamé… Quelle idée ?

Alors, il était un homme à aimer les pommes. C'était rare qu'elle apprenne des choses sur Malefoy… C'était une personne si fermée, si cloisonnée. Elle ne connaissait strictement rien de ses gouts, et les apprendre spontanément, sur le vif, c'était curieux, il fallait l'avouer.

C'est à ce moment là qu'elle comprit quelque chose d'important. Une sorte de cheminement précis s'était établi dans son esprit.

Elle avait fini par avoir la fameuse idée qu'elle cherchait dans son lit. Ce n'était pas les points faibles de Drago qu'il fallait exploiter… Sauf peut-être ceux dont il n'avait pas conscience –mais elle doutait que ceux-ci fussent aisés à dénicher…-… Non, il fallait exploiter ses propres points forts. Car si Malefoy connaissait la plupart de ses points forts, notamment celui de son incroyable dévotion aux études… Il ne les connaissait pas tous et elle devrait fatalement en jouer.

Si Hermione pouvait se dédier à une chose, c'était la comédie. Certes, elle n'avait pourtant pas vraiment le cœur à prétendre devant Malefoy. D'abord parce qu'il était fin critique et qu'il était tout à fait probable que ses yeux de rapace décèlent tout de suite la fausseté de son jeu. Le pire serait qu'elle ne s'en rende elle-même pas compte et qu'elle sombre dans un de ses pièges par sa propre maladresse…

Non, il fallait trouver un moyen sûr de l'attraper dans ses filets et ne plus le lâcher. Et si Malefoy ne savait pas feinter quelque chose, c'était certainement la colère. Oui, elle était naturelle chez lui et surgissait spontanément. Bien évidemment, il cherchait la plupart du temps à camoufler le fait qu'il était énervé… Mais jamais il n'aurait volontairement fait croire à quelqu'un qu'il était en colère et en cela résidait le point positif pour Hermione.

En effet… Il fallait juste qu'elle sache ce qui l'énervait le plus –hormis elle-. Là, elle trouverait le moyen de lui faire perdre les siens… Et par la même occasion, faciliterait grandement le temps qu'elle aurait à passer avec lui. Le jeu serait incontestablement, bien plus équitable.

Ravie de toute sa réflexion, agrémentée par la mastication vigoureuse de son morceau de lard, Hermione sourit. Elle aimait cette nouvelle sensation de sécurité, qui, elle le savait bien malheureusement, finirait certainement par disparaitre assez rapidement. C'était peut-être cette impression éphémère à laquelle Hermione s'était en quelque sorte attachée et qui finissait par donner du sens au bonheur.

Peut-être qu'enfin, elle allait renverser la dictature sans pitié de Drago Malefoy sur sa propre personne.

Peut-être qu'enfin, elle pourrait à nouveau disposer d'elle-même.

La simplicité, le bonheur… Une monotonie pour beaucoup, un choix pour certains, un luxe pour d'autres… Un but pour chacun… ?

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