My Dear Sadistic Highness

Chapitre VI

Attention les enfants ! On rentre dans les chapitres inédits ! Prenez garde à avoir lu les cinq premiers avant -ils sont disponibles sur les chapitres précédents-

Bonne lecture à tous.

I'm giving up the ghost of loveIn the shadows cast on devotionShe is the one that I adoreCreed of my silent suffocation

Break this bittersweet spell on meLost in the arms of destinyBittersweetI won't give upI'm possessed by her

I'm wearing a crossShe's turning to my godBreak this bittersweet spell on meLost in the arms of destinyBreak this bittersweet spell on meLost in the arms of destiny

Bittersweet - Apocalyptica & HIM & The Rasmus

Quand elle me crachait dessus, j'avais l'impression de sentir ses larmes scalper mes propres yeux. C'est une curieuse manière d'amener la chose : c'est la mienne. Les gens disent que je suis étrange et je veux bien les croire. Je pense que tout le monde est bizarre à sa façon, je suis simplement heureuse de lui plaire sans avoir eu à lui décrocher la lune pour qu'elle me remarque autrement que par le mépris. Peut-être ne m'a-t-elle jamais vraiment méprisée au fond : je dis peut-être, mais j'en suis sûre. Je l'aimais déjà à l'époque, tout comme je l'aime aujourd'hui. Je la protègerai des infamies que son passé remue dans sa tête, jusqu'à faire saigner ses doigts, ses mains, ses bras. Elle sera dans un havre, et je serais son ciel. Ensemble, on refera le décor et on s'en moquera. Je l'aime.

L.L

Chapitre VI

Quelle enflure.

Quelle sale petite enflure blonde, impertinente et crétine ! Quel petit cafard graisseux ! Une sale petite blatte ridicule, un cancrelat, une punaise infernale !

Une saleté d'enfoiré de bouse de dragon !

Hermione, un paquet sous le bras, gravissait et dévalait tous les escaliers de Poudlard, tremblante de fureur. Comment avait-il osé ?! Comment avait-il OSE lui faire ça ?!

Évidemment, elle non plus n'avait pas fait preuve d'une grande maturité lorsqu'elle avait affiché sans le consulter les prospectus pour le bal, mais là, ça dépassait les bornes. Ce sale petit ver pernicieux avait modifié, ou plutôt ajouté une règle qui contrecarrait tous ses plans. Et impossible de la retirer !

Hermione avait tout essayé : les sorts d'effacement, de retour en arrière. Elle avait essayé de retirer les affiches, mais pas moyen de les décoller du mur : elle avait essayé de les brûler, de les repeindre pour les rendre illisibles, de changer les caractères en runes anciennes… Elle avait même tenté un Oubliettes sur la feuille. A croire qu'elle était vraiment peu maligne dans son désespoir, ce qui l'agaçait encore plus.

« Chers élèves de cinquième, sixième ou septième année

Vous êtes tous conviés au bal de nouvelle année qui aura lieu le samedi 31 décembre de 21h à 2h du matin.

Le thème de ce bal s'intitule « Méli-maisons ».

Les consignes sont les suivantes : vous devrez inviter un partenaire d'une autre maison que la votre et, il est demandé aux filles de s'habiller aux couleurs de la maison de leur cavalier. Pour une raison de justice évidente, il sera également demandé au garçon de porter un élément de la couleur de la maison de sa cavalière.

Si ces dernières règles ne sont pas respectées, des points seront retirés aux étudiants concernés et par conséquent à leur maison. Voire, l'accès à la salle de bal pourra leur être refusé.

En outre, toute absence au bal, sans justification valable, décomptera également des points aux élèves intéressés. Ce bal est préparé dans un esprit d'union et de partage, et dans l'optique difficile et pourtant idéale de faire plaisir aux écoliers :

il serait donc très malvenu de voir des élèves ne pas s'y rendre en raison d'x caprice.

Enfin, à la lumière des règles énumérées ci-dessus, il est évident qu'aucun changement ou échange de partenaire ne sera toléré durant la soirée. Les élèves seront donc priés de respecter leurs engagements avec leurs propres partenaires et de veiller à ce que chacun profite de la meilleure soirée possible.

Ceux qui tenteront d'enfreindre cette règle se verront recevoir un nombre encore indéfini d'heures de retenue participatives –d'intérêt général-.

Dernières notes : le bal est évidemment un événement habillé –les filles doivent se présenter en robes et les garçons en robes de soirées-.

Les alcools forts ne sont pas les bienvenus, ainsi que tout objet explosif provenant de la boutique des frères Weasley, ou contraire au règlement –voir liste de Mr. Argus Rusard-.

Cordialement,

Les préfets en chef et le corps professoral de Poudlard. »

La jeune fille, folle de rage, bouscula quelques seconde-année terrifiés et gravit les escaliers à quatre-quatre pour se rendre dans leurs appartements de préfets.

Elle ouvrit le tableau sans prendre aucune précaution et déboula dans la salle-commune en furie.

- Malefoy !

Aucune réponse. Elle regarda partout dans la salle-commune et vérifia même dans la salle-de bain avant de frapper sans aucune douceur à la porte de sa chambre.

- Malefoy !

Elle finit par y entrer : la pièce était vide.

Exaspérée de ne pouvoir pas lui hurler dessus, elle se laissa tomber sur son lit, laissant le matelas la faire rebondir quelque peu.

- Fils de scroutt-à-pétard puant !

Elle aurait dû prévoir que cela allait dégénérer ainsi. Elle l'avait provoqué, il avait riposté et elle était à présent en mauvaise posture. Devoir passer toute une soirée avec lui, à danser, à devoir faire semblant que tout va bien alors qu'il l'insultera probablement à chaque seconde, lui apporter son verre, boire le sien avec plaisir lorsqu'il le lui tendrait et… En fait, le plus gros des problèmes, c'était danser. Danser signifiait se rapprocher, se coller presque à lui : sentir ses mains sur son corps et s'infliger ses railleries pendant le temps que se jouait la musique. Un véritable cauchemar. Sa présence, même peu rapprochée, lui donnait déjà des maux de ventre… Alors si elle devait en plus se coller à lui, elle en vomirait probablement ses tripes.

Et Liam. Qu'allait-il penser de tout ça ? Il fallait qu'elle lui explique qu'elle n'y était pour rien…

Tout s'était effectivement retourné contre elle. Personne n'irait jamais imaginer qu'une telle idée de soirée provenait de l'esprit de Drago Malefoy… Et elle aurait elle-même à souffrir des codes imposés…

(Vendredi 30 décembre.)

Hermione n'avait pas revu Malefoy de la soirée et avait fini par s'endormir… Et ainsi, il s'avérait qu'on était le matin de la veille du bal et que c'était le jour du retour des élèves. Génial. D'ici quelques heures, le château redeviendrait aussi bruyant qu'à l'accoutumée et elle serait obligée d'accueillir avec hypocrisie les deux cloches qui lui servaient de meilleurs amis. A un moment où à un autre, quoi qu'il en était.

La sorcière prit son temps dans la salle de bain : se délassant sous l'eau chaude de la douche et achevant de se réveiller avec un jet d'eau plus froide à la fin. Elle s'habilla d'un chandail prune et d'un pantalon sombre informe.

Tout en enfilant ses vêtements, elle essaya de se donner contenance : elle n'avait plus la colère de la veille et pourtant, elle savait qu'elle avait à parler avec le Serpentard.

Elle quitta sa chambre, les jambes en plomb, le souffle lourd. Peut-être aurait-il été mieux qu'elle rebrousse chemin et qu'elle abandonne l'idée de le confronter. De toute manière, il ne reviendrait pas sur son coup-bas. Au moment, cela dit, où elle se raisonnait, la porte de la chambre s'ouvrit : Drago sortit silencieusement. Il ne semblait pas l'avoir remarquée. Les yeux de la jeune fille passèrent au-dessus de l'épaule du garçon et elle vit son violoncelle appuyé contre le lit à colonnes. Aussitôt, la mélodie déchirante qu'il avait jouée autrefois lui revint en mémoire…

- Bonjour, dit-elle alors sans pouvoir s'en empêcher.

Ce souvenir avait le don d'apaiser toute rancœur à son égard. Elle faisait ressortir toute la douceur d'Hermione, pourtant inutile voire dangereuse lorsqu'elle était en la présence du Serpentard.

Le blond plongea alors ses yeux dans les siens. Elle n'aurait pas été jusqu'à dire qu'il avait laissé son visage afficher de la surprise : il cachait toujours tout… Mais pourtant, elle sentait que lorsqu'elle faisait preuve d'initiative ainsi, elle le surprenait. Aussi étrange que cela pouvait paraître, elle avait même la sensation de l'avoir un peu sous son emprise.

Peut-être n'était-ce alors pas un mal qu'elle retrouve cette fameuse douceur…

Ses yeux s'assombrirent comme à chaque fois qu'il la voyait : il ne prit même pas la peine de lui répliquer la moindre insulte et passa à ses côtés en la dévisageant froidement.

- Je croyais que tu aurais trouvé bien mieux pour me contrer…, murmura-t-elle en se glissant derrière le canapé, sans doute pour mettre un obstacle entre eux.

Il s'arrêta avant de sortir de la salle commune et se retourna vers elle.

- Qu'est-ce que tu veux dire, sang-de-bourbe… ?

- Que je m'attendais au pire et que finalement, ta réponse n'a été que d'ampleur moindre.

Faible.

Ses yeux gris se plissèrent.

- Tu veux dire que je pouvais faire pire que te tenir en laisse pendant tout le bal ?

Hermione arbora une mine sombre.

- Effectivement, j'aurais pu t'obliger à être avec Londubat, Weasley, ou même Blake…

- Ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Je sais très bien ce que tu as voulu dire, Granger. Et je sais que tu n'es pas réellement déçue. Assure-toi juste de bien rester à mon pied pendant toute la cérémonie sinon je veillerais à te faire payer tes propres règles.

- Tu as l'air de vraiment te complaire dans ma compagnie Malefoy.

- Je me complais dans le fait que tu subisses la mienne. Et en silence, car tu n'as pas le choix, n'est-ce pas… ?

- J'ai…

- Cette conversation m'ennuie.

La porte de la salle commune claqua. Il était pire que lunatique.

(Samedi 31 décembre)

Nous étions le jour fatidique. Hermione s'était réveillée, la boule au ventre et alors que la journée se déroulait, elle gagnait en envie de vomir. Elle avait passé l'après-midi à travailler à la boutique de Madame Griffith pour commencer à payer la location de sa robe. Cette dernière s'était montrée très soucieuse de la situation de sa nouvelle «employée» : elle n'avait donc cessé de lui communiquer des conseils contradictoires :

« Éblouissez-le ! », « Ne vous occupez pas de lui ! »… « Mettez-le en colère ! », « Moquez-vous de lui, puis partez voir un autre garçon… », « Ne vous moquez surtout pas de lui ! Il pourrait se mettre en colère. Oui, je sais : j'ai dit que vous devriez le mettre en colère, mais il ne vaut mieux pas… », « Si… Si, mettez-le en colère, finalement ! »…

Hermione était revenue au château la tête grosse comme une pastèque bien lourde de son eau. La nuit tombait lorsqu'elle pénétra dans la salle commune. Drago semblait être dans sa chambre, à la vue de la lumière qui passait sous sa porte. Hermione entra dans la sienne pour chercher de quoi se préparer, puis se rendit dans la salle de bain. Se doucher fut plutôt simple mais c'est une fois qu'elle fut propre qu'elle ne sut comment procéder.

Devait-elle se faire belle ? Si oui, comment s'y prendre ? Mais ne valait-il mieux pas montrer son indifférence en ne s'embellissant pas ? Après tout, à présent qu'elle était sûre de ne rester qu'avec lui, se faire belle paraissait hors de propos. D'ailleurs, payer une robe aussi splendide pour ses beaux yeux lui retournait l'estomac…

Mais n'était-ce pas là une occasion de l'impressionner ? De le surprendre, encore ? Et était-ce possible pour elle de le surprendre ? Elle n'en savait rien : elle voulait le découvrir…

C'est ainsi qu'elle se retrouva à démêler ses cheveux, puis à les nouer dans un chignon lâche le temps d'enfiler sa robe. Une fois la splendeur passée autour de ses membres, elle lassa le corset par devant, essayant au mieux de ne pas cacher, ni de ne trop dévoiler sa poitrine. La robe offrait de toute manière un équilibre parfait.

C'est en se regardant dans le miroir qu'elle se rendit compte que le vert lui allait plutôt bien.

Elle libéra ses cheveux sur ses épaules et les peigna une nouvelle fois de sorte à ce qu'ils retombent seulement ondulés sur ses épaules. La tâche fut rude et elle n'y parvint qu'à moitié : le résultat semblait pourtant vraisemblable et atteignable dans son esprit... Peine perdue.

Un peu dépitée, elle prit deux mèches avant et les tressa de sa baguette magique, les nouant toutes deux derrière son crâne. Lorsqu'elle finit, elle se rendit compte que cela était plutôt joli. Cela lui plaisait même beaucoup. Pour le coup, elle ressemblait vraiment à une fille revenue de l'époque médiévale, mais après tout, ce style lui avait toujours plu.

Finalement, elle glissa son mystérieux pendentif à son cou. Sur le rebord du lavabo trainait encore son parfum à l'amande. Elle hésitait à en mettre : est-ce qu'il irait s'imaginer que c'était pour lui ?

Peu importait, après tout, elle faisait ce qu'elle voulait. Ses doigts agrippèrent le récipient et elle dévissa le bouchon pour faire rouler la bille contre ses poignets. Après les avoir frottés l'un contre l'autre, elle les passa sur son cou.

Ce parfum sentait vraiment bon.

Quelqu'un frappa le loquet de la chambre commune : Hermione hésita à sortir mais en tendant l'oreille, elle comprit vite que si elle n'y allait pas, le tableau ne serait jamais ouvert. Malefoy était ainsi.

Lorsqu'elle ouvrit, elle tomba face à face avec Ginny.

- Oh Merlin, Hermione tu es splendide…, s'extasia-t-elle, les yeux ronds.

Hermione la fit rapidement rentrer dans les appartements et l'entraina dans sa chambre. A n'en pas douter, pourtant, Ginny était la plus belle des deux : elle portait une robe en mousseline bleue, au buste plissé. Ses cheveux longs étaient tressés dans une grande natte qui lui tombait dans le dos. Elle était magnifique.

- Ton partenaire est un Serdaigle ?

- Oui, j'y vais avec Michael…

- Je croyais que vous aviez rompu ?

- Nous nous sommes remis ensemble…

Cela n'avait pas l'air de l'enchanter. La raison n'était pas bien compliquée : Michael Corner voulait sortir avec Cho Chang et Ginny voulait sortir avec Harry… Voilà qui était des plus simples. A la vue de la situation, les deux jeunes délaissés avaient probablement décidé de se remettre ensemble jusqu'à ce que l'autre couple se sépare… Ils partageaient après tout le même problème, et peut-être était-il plus facile de l'affronter à deux… Tout cela était tout de même bien malsain.

- Désolée, je t'ai interrompue dans ta préparation…, s'excusa la rousse.

- Non, ne t'inquiète pas. J'avais terminé, à vrai dire…

Ginny la transperça de son regard : difficile à supporter du point de vue d'Hermione, considérant qu'elle avait les mêmes yeux que son frère…

- Tu ne te maquilles pas ?

- Je n'en avais pas l'intention, finit par avouer Hermione, un peu piquée.

- Ne sois pas idiote.

- Je ne suis pas idiote, contra Hermione avec un sourire malicieux.

- Ne joue pas les idiotes, se corrigea la plus jeune Gryffondor en répondant elle aussi avec un sourire.

Elle posa ses mains sur ses épaules et la força à s'asseoir sur le lit.

- Je vais le faire. Ne t'inquiète pas, je ne vais presque rien mettre… Tu es déjà suffisamment jolie comme ça.

Ginny ouvrit le petit sac qu'elle avait pris avec elle et saisit un crayon. Elle le déboucha et s'approcha d'Hermione.

- Maintenant, ouvre les yeux et ne bouge plus.

Elle fit alors glisser la mine crémeuse du crayon à l'intérieur du contour de son œil : le bordant en bas et en haut d'une fine couche de noir.

- Les vacances se sont bien passées… ?, finit par s'enquérir Hermione tandis que la rousse s'exécutait.

- Je ne préfère pas en parler, si tu veux bien. Elles n'ont pas été très bonnes… Je ne sais pas comment tu fais pour les supporter, Hermione. Je ne sais pas… Avec leurs cruches pendues à leurs bras. Ils ont rendu la vie difficile à tout le monde au terrier.

- Je n'ai pas à les supporter… Ils ne m'honorent même plus de leur présence.

- Je ne sais pas ce qui leur passe par la tête mais j'en ai plus qu'assez. Heureusement, Ron s'est enfin débarrassé de sa gourdasse… Mais Harry…

- Ronald n'est plus avec Lavande ?

- Non. Depuis aujourd'hui. J'étais en transe quand j'ai appris la bonne nouvelle.

Hermione, elle, aurait cru que la nouvelle la soulagerait beaucoup plus. La vérité, c'était que cela ne lui faisait plus rien. Curieuse sensation. Ginny termina son autre œil et reboucha le crayon avant d'en saisir un nouveau, visiblement vert foncé. Hermione ne dit rien : Ginny non plus… Toutes deux savaient qui serait son partenaire de ce soir et la Weasley savait pertinemment que tout cela n'était pas du fait d'Hermione.

- Il ne te fait pas de mal, n'est-ce pas… ?

Belle manière de formuler la question : évitons de parler de son consentement… Parlons plutôt du stade au-dessus : oui, il était vil, mais l'était-il jusqu'à un certain point ?

Hermione ne put se résoudre à formuler la moindre vérité.

- Tout va bien.

… Elle ne murmura donc que le pire des mensonges.

Ginny passa une très fine couche de vert au dessus de ses cils, au coin de ses yeux.

- C'est terminé. Ça te plait ?

Hermione se regarda dans le miroir : ses yeux étaient bien plus jolis comme ça, il fallait l'admettre.

- Oui, je te remercie.

- Très bien… On se voit en bas ? J'imagine que tu dois y aller avec lui…

- J'imagine aussi…, soupira Hermione.

Ginny la quitta donc après l'avoir délicatement embrassé sur la joue, lui octroyant la douce étreinte de ses doigts sur les siens.

- Ne t'inquiète pas, je suis là, avait-elle dit avant de partir.

Cela faisait des mois qu'Hermione attendait de telles paroles : ces dernières parvinrent à se glisser, non sans difficulté, derrière la muraille qui entourait à présent son cœur.

Morne.

Une porte claqua.

- Dépêche-toi, laideur. Tu ne peux pas t'arranger plus…, lança une voix lointaine.

Elle ne répondit pas, quittant juste son matelas en soupirant lourdement. D'un pas lent, elle se dirigea vers la porte ouverte de sa chambre : il devait l'attendre dans la salle commune.

- Je me demande s'ils laisseront rentrer les moches à cette-

La voix s'interrompit pour la bonne et simple raison qu'ils s'étaient rentrés dedans. Elle s'écarta, énervée, tandis qu'il la dévisageait de haut en bas.

Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, il sembla rester sans voix. Son visage ne montrait rien sinon un étonnement proche de la stupéfaction. Mais bien vite cette mine s'estompa et il reprit contenance.

- Allons-y, Granger, dit-il simplement en détournant son regard, redevenu froid.

Elle s'exécuta sans réfléchir, involontairement troublée par l'effet qu'elle avait eu sur lui. Elle n'avait pas envisagé une telle réaction.

Ils quittèrent leurs appartements et descendirent les escaliers : il avançait devant elle, les bras le long du corps, la main droite se fermant et s'ouvrant nerveusement. Lorsqu'il arriva en bas des marches, face à l'entrée de la Grande-Salle, il se retourna vers elle et lui tendit ses doigts, le regard glacial. Elle attrapa cette même main qu'elle avait fixée depuis qu'ils avaient quitté leur salle-commune et le suivit à l'intérieur de la salle de bal. Ils n'étaient ni les premiers, ni les derniers, et pourtant il y avait déjà une petite foule autour de la piste de danse. C'était à eux d'y aller en premier pour inaugurer le bal… Malefoy contourna la foule sans saluer la moindre personne tandis qu'Hermione arborait une mine sérieuse et prétendument peu affectée par le contact froid qui la liait avec le Serpentard. Ils rejoignirent les professeurs, attendant que le reste des élèves arrivent. Ce moment arriva à la fois bien trop lentement et désespérément vite aux yeux d'Hermione. Lui tenir la main était un supplice mais elle savait qu'après, elle aurait également à danser avec lui et ce, devant les yeux de toute l'école… C'était les sept enfers.

Elle jetait des regards furtifs à Malefoy qui semblait s'être repris à présent : il était calme et transperçait l'assemblée de ses yeux clairs. Malgré le fait que leurs mains soient l'une dans l'autre, les deux jeunes gens se tenaient aussi éloignés que possible. Vu de l'extérieur, le tableau était comique, mais on pouvait se rendre compte qu'il s'agissait d'un calvaire pour les deux concernés.

Bientôt, la salle fut remplie et Dumbledore commença son discours. Hermione le sillonna du regard, s'arrêtant une seconde sur son bras en écharpe, sans s'y attarder réellement… Malgré tous les efforts qu'elle essaya de fournir, il fut littéralement impossible pour Hermione de comprendre un seul mot de ce qu'il disait. Le contact étranger la brûlait, la glaçait, la pénétrait en sortes d'ondes désagréables et intrusives. Ce toucher la rendait presque malade : pourtant elle se rendait compte avec beaucoup de désarroi que cela avait tendance à l'obséder. Comme s'il s'approfondissait tout en n'étant qu'illusoire : c'est catastrophée qu'elle comprit que cela lui créait presque une certaine frustration. Ses yeux ne parvenaient pas à lâcher le nœud que formaient leurs deux paumes.

Soudain, son cœur sembla comme s'arrêter : la main étrangère s'était brusquement resserrée autour de la sienne. Bloquée sur la sensation et la vision de cette étreinte intensifiée, elle n'arriva pas à comprendre la signification de ce qui se produisait. C'était pourtant simple : Malefoy lui signifiait que cela allait être à eux…

Elle parvint enfin à quitter leurs mains des yeux et à remonter son regard vers celui du Serpentard : impossible, ce dernier regardait droit devant lui. Brusquement, il s'avança, l'entrainant avec lui sur la piste de danse.

Mais que faisait-il ? Hermione sortit de sa torpeur avec grande difficulté. Ils étaient à présent au milieu de la piste de danse et son cœur battait insolemment, comme bouillonnant dans sa poitrine.

Elle reprit brusquement tout à fait conscience des évènements… Le discours de Dumbledore était en train de se terminer et elle allait devoir danser avec lui.

Malheur et foudre abattus !

Comme pour se donner du courage, elle laissa son regard vagabonder sur l'assistance, à la recherche d'un visage compatissant ou d'une paire d'yeux communicante du moindre soutien. Non, elle ne voyait que des mines ébahies, d'autres intéressées, d'autres indifférentes, d'autres moqueuses. Une foule d'adolescents curieux… et pas la moindre aide.

Elle finit par reporter son regard vers son partenaire : leurs yeux se croisèrent aussitôt pour ne plus se lâcher.

- Je vous souhaite une très plaisante soirée. Et n'oubliez pas... La musique est peut-être la forme de magie la plus pure qui soit.

Il porta sa main au creux de son dos, l'attirant contre lui dans une mimique écœurée exagérée, certainement dans le but de faire rire ses congénères. Puis, sans plus alors se soucier des têtes que ces derniers feraient, il la colla contre lui. Sa poitrine vint insolemment se plaquer contre son torse et ses mains glissèrent encore un peu plus bas dans son dos... Hermione fit les gros yeux et remonta subtilement ses mains sans que son mouvement ne soit trop brusque, cherchant à soigneusement éviter que quelqu'un ne remarque son geste. Peine perdue car personne n'en avait perdu une seule miette. Dans l'assistance, certains personnes sourirent, d'autres furent nettement moins amusées.

La musique commença lentement... Quelques petites notes perdues résonnèrent dans le désordre, comme si l'orchestre cherchait nonchalamment à s'accorder. Ils se regardaient, échangeant un regard complètement contradictoire. Les yeux du Serpentard reflétaient malice et raillerie tandis qu'Hermione conservait une mine tout à fait sérieuse et concentrée. Ce n'était que du professionnalisme et rien d'autre : elle n'avait aucune autre raison de danser avec cet imbécile.

Quelques petits sons de violons et de piano retentirent alors, dans une petite et douce harmonie. La Gryffondor dodelina une demi-seconde de la tête, cherchant dans son esprit quelle danser adopter. Elle allait commencer à emprunter un pas lent mais il la maintint en place, immobile devant lui. Sa mine se crispa dans une expression hostile et, les sourcils froncés, elle mut ses lèvres silencieusement avec la plus grande discrétion. «Allez !», lui signifiait-elle, mais il resta complètement impassible. Les notes commençaient à très légèrement s'assourdir... L'orchestre semblait les attendre ! Couverte de honte, Hermione essaya de contenir tant bien que mal l'afflux de sang vers ses joues.

Mais soudain, la main de Malefoy se resserra sur sa hanche, au moment même où des violons se faisaient brusquement entendre. Ces derniers, bien plus stridents que ceux ayant joué le petit fond sonore, la laissèrent comprendre que la véritable musique ne débutait que maintenant...

Mais... !

Elle n'eut même pas le temps de réfléchir à ce qui se passait, il l'avait entrainée. D'un pas sûr, il la faisait tourner et virevolter en rythme exact avec la musique encore douce. Estomaquée, Hermione se laissa dominer sans même songer à protester...

C'est...

Lorsque la course des notes se fit plus célère, il accéléra leur danse et rapprocha davantage Hermione, profitant de son hébétude complète.

Qu'est-ce qu'une musique moldue venait faire ici ?! Complètement inerte, elle se laissa mener par Drago. Elle ne pouvait agir autrement qu'en marionnette. Les notes striaient ses oreilles en une valse maléfique et sournoise, circulant à travers son corps par le biais des frissons qui la secouaient toute entière. Son dos frémissait, ses épaules se crispaient, ses muscles se tendaient et son échine se hérissait à chaque nouvelle percussion.

Comment était-ce possible que cette musique résonne dans cette salle ?!

La Danse Macabre semblait pétrifier l'assistance autant qu'elle. Seuls les professeurs et Drago paraissaient au courant de cette situation diabolique.

Les préfets vinrent rejoindre le couple sur la piste de danse, accompagnés de leurs cavaliers respectifs. Puis, quelques professeurs se joignirent à la chorégraphie générale...

Les regards n'étaient plus tous fixés sur eux deux, même si de nombreux yeux les suivaient encore. Hermione ne parvenait pas à se détendre : le son assourdissant l'empêchait de réfléchir convenablement. Elle avait l'impression de vivre dans la musique, à son rythme et aux creux de ses notes brusques, brèves et intenses. A croire que cette dernière s'acharnait à vouloir les rapprocher…

Quelques passages plus doux incitèrent Drago à presque parodier une valse normale mais bientôt, il la colla complètement à lui et ils reprirent une danse beaucoup plus lascive. Son bras la maintenait contre lui dans une étreinte serrée et inextricable, et son autre main, posée presque sur ses fesses, pressait leurs deux bas-ventres dans un contact beaucoup trop explicite.

Elle essaya par deux fois de se dégager sans créer d'esclandre mais il ne la laissa pas s'éloigner d'un centimètre. Leurs yeux s'affrontèrent comme la lave s'oppose à la glace.

Lorsque le rythme endiablé reprit, Hermione sentit son cœur exploser dans sa cage thoracique, et sa tête lui renvoyer un martellement comme provenu des enfers. Ses tympans battaient son crâne au rythme auquel ses pieds heurtaient le sol. Ses doigts n'avaient presque plus de prise sur le tissu fin qui habillait Drago. Sa robe heureusement longue réussissait toutefois à camoufler la faiblesse terrible qui possédait ses jambes, les faisant moitié flageoler alors que Malefoy l'entrainait de plus belle dans une valse démoniaque. Elle avait renoncé à diriger quoi que ce soit et se reposait contre lui, se laissant entièrement guider et parfois même malmener par ses mains...

Les dernières dizaines de secondes n'étaient qu'une mélodie douce et torturée… La musique finit par s'apaiser pour de bon et s'acheva dans un murmure de violon... Le nez contre le sternum de Malefoy, Hermione prit une longue inspiration alors qu'il cessait tout mouvement. Il sentait curieusement bon et elle se rendit compte qu'elle connaissait son odeur. Cette dernière lui était familière. S'était-elle à ce point habituée à sa présence ?

Elle recula, répugnée à cette idée. Leurs regards se croisèrent : il était impassible, avec comme toujours une pointe de moquerie prête à poindre au bout des lèvres. Dégoutée, elle lui tourna le dos et quitta la piste de danse tandis que l'orchestre débutait un nouveau morceau, d'un tout autre genre.

Quelqu'un lui attrapa le poignet. Elle se retourna vivement, prête à incendier le Serpentard, mais deux yeux bleu-océan vinrent se heurter aux siens.

- Ne t'enfuis pas, lui dit-il simplement avec un petit sourire. Tu es vraiment très belle.

Hermione rosît et laissa sa main réchauffer la sienne avec grand plaisir. Elle ne pouvait pas rester trop longtemps avec lui mais après tout, elle avait bien cinq minutes à ne pas consacrer à l'autre abruti.

- Merci, Liam. Tu es très... séduisant aussi, finit-elle par répondre.

Un blason des Serpentards reposait sur sa chemise diaphane. Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent quelques secondes. Bien-sûr, il était évident que la règle du bal lui avait imposé une cavalière d'une autre maison mais curieusement, elle ne comprenait pas son choix.

- … Eumh... Et où est ta cavalière ?, demanda-t-elle avec un sourire.

- En train de discuter avec ses copines, pour l'instant, répondit-il en la montrant sur le côté.

Oksana Nikolaïevna. Beauté slave. Cheveux blonds tirant sur le châtain clair en cascade, yeux couleur des glaces arctiques, peau très pâle et visage fin. Une déesse. Et une garce, accessoirement. Hermione la connaissait surtout en tant que bourreau d'autres élèves… Dont Neville Londubat, Luna Lovegood, et même occasionnellement des premières années de sa propre maison.

Elle l'avait vu parler avec Drago des dizaines de fois : c'était probablement le couple le mieux assorti de Poudlard. Pour une obscure raison, aucun n'avait tenté de sortir avec l'autre et ils échangeaient juste des conversations supposées amicales. Hermione n'était pas assez naïve pour s'imaginer que leur relation était platonique. Il avait déjà dû coucher avec elle.

- Oh. Bon sang, murmura-t-elle.

- Je sais... C'est ce que mes potes m'ont dit aussi, plaisanta Liam. Quand elle m'a demandé, je me suis demandé s'il existait vraiment une alternative...

- Elle t'a demandé... ?!

Certes, ce n'était peut-être pas très sympathique de s'étonner de cette manière mais il était juste incroyable qu'une fille aussi belle soit elle-même allée inviter un garçon. D'habitude, ce genre de fille était celui à se faire inviter -voire harceler d'invitations-.

- Oui, je n'y croyais pas non plus, railla Liam, cynique.

Hermione pâlit.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire...

- Je sais, Hermione. T'inquiète pas, la rassura-t-il en esquissant cette fois un vrai sourire.

Ils continuèrent à se regarder en souriant, un peu pantois.

- Donc... La Danse Macabre, hein ?, finit-il par dire, désirant probablement rompre la gêne.

- Apparemment, agréa-t-elle. Je n'ai pas compris ce qui arrivait !, plaisanta-t-elle, l'air contrit.

Liam ouvrit la bouche pour répondre mais la referma avant d'avoir pu articuler quoi que ce soit. Une main se posa sur l'épaule d'Hermione. Elle se retourna : il s'agissait du professeur MacGonagall.

- J'aimerais m'entretenir avec vous, miss Granger. Quelques secondes.

La Gryffondor agréa et suivit le professeur après s'être excusée auprès du Serdaigle. La tutrice lui fit face en serrant ses lèvres d'un air pincé.

- Je n'ai pas pu m'empêcher de noter que vous aviez l'air étonnée du choix de la musique, miss Granger. Et j'ai remarqué que monsieur Malefoy avait allègrement profité de cette… surprise.

Son comportement odieux n'avait apparemment échappé à personne. Le pire, c'est qu'il s'amusait ainsi à présent. Elle allait être obligée de démentir pour rester dans le pari. Quel cafard !

- C'est le professeur Dumbledore qui a fait le choix d'ouvrir le bal avec cette musique, l'informa MacGonagall. Il a apprécié votre idée pour le thème et souhaitait vous remercier en faisant danser les élèves, et surtout vous et Drago Malefoy, sur une musique d'origine moldue. Il est même resté sur cette voie puisque toutes les musiques de ce soir proviendront de l'autre monde. Je vous remercie d'avoir accepté de danser avec lui et je compte aller le voir dès que notre conversation sera terminée pour lui faire connaître l'avis d'un professeur au sujet de ses gestes déplacés.

Surtout pas ! Il se servirait de cette excuse pour la torturer par la suite, elle le savait déjà. Elle avait compris comment tout cela fonctionnait à présent… Après en avoir tant fait les frais.

- Je vous remercie de votre souci, professeur, répondit aussitôt Hermione en se tordant les mains. Mais à vrai dire, j'étais heureuse que cela ne le rebute pas de danser avec moi... Et qui plus est, sur cette musique.

Mensonge.

- ...et je lui ai déjà fait savoir ce que je pensais de ses gestes. Il m'a prié de l'excuser...

Gros mensonge.

- Je pense qu'il est vraiment en progrès, professeur. Ce serait dommage de l'arrêter...

Mauvaise plaisanterie, même.

MacGonagall l'évalua d'un regard méfiant et inquiet à la fois.

- Je suppose que vous savez gérer la situation, miss Granger. S'il y a une personne qui peut le maîtriser, c'est bien vous.

Hermione se força à rire un peu pour avoir l'air détendue... Ce ne fut pas glorieux mais apparemment suffisant pour que MacGonagall s'en satisfasse. Liam la rejoint quelques instants après son départ.

- Alors ? Qu'est-ce qu'elle voulait ?

- Rien de particulier, me parler du bal quelques minutes.

Le Serdaigle agréa de la tête.

- Cela ne t'a pas trop dérangée, le fait de danser avec Malefoy ?, s'enquit-il, apparemment soucieux.

- Oh, tu sais..., éluda-t-elle. J'étais un peu dégoutée de m'approcher de lui... Et qu'il me touche, je l'avoue, m'a donné un petit peu envie de vomir..., finit-elle par plaisanter. Mais c'est terminé, et cela ne se reproduira pas donc, je vais juste tâcher d'oublier rapidement.

Les yeux de Liam s'écarquillèrent brusquement. Une main se glissa sur le ventre d'Hermione et la ramena contre un torse chaud.

- Je ne te laisserais rien oublier du tout, Granger...

Ce fut au tour d'Hermione de se pétrifier sur place. S'il l'avait entendue, elle était dans de beaux draps. Mais après tout, elle avait bien le droit de dire la vérité. Elle avait déjà menti pour lui à un professeur ! Qu'il ne vienne pas lui casser les pieds.

- Tu permets, Blake ? J'aimerais être le seul à profiter des charmes de ma cavalière..., susurra le Serpentard en remontant sa paume jusqu'à ce que son pouce frôle la poitrine de la Gryffondor en une caresse possessive.

Hermione lui attrapa la main, scrutant les alentours pour vérifier que personne n'avait vu son geste.

- Tu as perdu la tête, Malefoy ?, l'incendia-t-elle à voix basse.

Il ricana un peu avant de faire signe à Liam de dégager.

- Du vent, Blake. Va voir ta propre partenaire, ou je te colle.

Oksana s'approcha d'ailleurs d'eux et entoura le bras du Serdaigle autour du sien.

- Tu viens, Liam ?, demanda-t-elle d'une voix claire. Invite-moi à danser.

Elle salua Malefoy mais ne jeta pas le moindre coup d'œil à Hermione. Exactement comme si cette dernière n'existait pas.

- Je te présente Hermione Granger, finit par dire le Serdaigle, embarrassé par la conduite de sa cavalière.

- Enchantée, répondit Oksana en esquissant un sourire hypocrite à Hermione.

Ah, elle la prenait de haut ? Elle croyait peut-être être la star de Poudlard. La bonne blague.

- Et tu es ?, cingla la Gryffondor, la voix froide.

Drago sourit avant de s'appuyer contre la colonne derrière la Gryffondor, comme décidé à observer cette bataille sans y prendre part. Hermione n'y prêta aucune attention, trop occupée à foudroyer l'autre peste du regard.

- Une sang-pur, siffla la blonde d'une voix vénéneuse. Oksana Nikolaïevna.

Hermione sentit le sang affluer à ses joues et son cœur battre à ses tempes. Quelle garce, celle-là.

- Allez, viens, Liam..., insista-t-elle de plus belle. J'aime beaucoup cette chanson...

- Ah oui ? Et de qui est-elle ?, renchérit Hermione, peu soucieuse de l'image qu'elle donnait d'elle-même.

Liam commençait visiblement à être mal à l'aise, même si la situation avait tout de même l'air de l'amuser... Quant à Malefoy, elle ne voyait pas son visage et n'aurait su deviner son expression.

- … Je ne me souviens plus, éluda la Serpentarde en fusillant Hermione du regard.

- Mais peut-être te souviens-tu de son nom ?

- Non, avoua la blonde, fulminante.

- Je n'en attendais pas moins d'une sang-pur..., répliqua Hermione. Mais si tu veux, je peux te rafraichir la mémoire. Elle s'appelle Aquarium et a été composée par le grand musicien moldu Camille Saint-Saëns.

Oksana rougit jusqu'aux oreilles : de colère et de honte mêlée, probablement.

- Ravie d'avoir pu éclairer ta lanterne, asséna Hermione en mimant une pichenette sur sa propre tempe.

- Rejoins-moi, ordonna-t-elle à Liam avant de glacer la Gryffondor d'un dernier regard et de tourner les talons.

- … Conversation... stimulante..., commenta Liam après son départ.

Hermione fulminait. Pour qui se prenait cette pauvre pimbêche. Avec sa voix de gourdasse et ses regards méprisants. Qu'elle aille se faire faire une écharpe en hermine et qu'elle laisse les gens dotés de cerveaux discuter entre eux !

- Je vais aller l'inviter à danser, informa le Serdaigle. Juste pour le plaisir de la voir se détester de m'avoir invité... Et la faire danser sur une musique moldue me fait très envie...

Il esquissa un grand sourire machiavélique et laissa Hermione en compagnie de Drago. Une fois qu'il fut loin, elle se retourna vers le Serpentard, furibonde. Son sourire la déstabilisa grandement mais elle se reprit vite.

- C'est toi qui a demandé à cette... pimbêche, d'inviter Liam ?!

- Oui, avoua-t-il sans détour, bien évidemment conscient dès le départ qu'elle saurait qu'il était l'instigateur de cette manœuvre.

- Tu es vraiment un abruti, Malefoy.

Sa main attrapa lestement son poignet.

- Et toi, une grande bavarde. Tais-toi, maintenant et suis-moi.

Elle se délesta de son emprise et resta sur place, le glaçant du regard.

- Je n'irais nulle-part avec toi.

Il reprit possession de son poignet, cette fois-ci avec davantage de fermeté et l'attira sans équivoque.

- Oh si, tu vas me suivre. Parce que je n'hésiterais pas à utiliser des moyens indécents pour que tu m'obéisses, murmura-t-il à son oreille avant de passer de son poignet au bas de son dos.

Elle attrapa sa paume avec précipitation et défroissa l'arrière de sa robe. Heureusement, ils étaient dans un coin de la grande-salle et personne ne l'avait vu faire. Résignée, elle le suivit alors qu'il longeait le mur pour emprunter la sortie des professeurs. Une fois arrivés dans le couloir réservé aux tuteurs, il ferma la porte derrière eux et l'entraina dans un recoin.

- Qu'est-ce que tu fabriques ?!

Sans attendre, il la plaqua contre la tapisserie.

- Ce parfum ne m'est pas étranger, Granger…

Il approcha sa bouche de son cou alors qu'elle essayait en vain de se dégager. Elle sentit très significativement son nez frotter sa gorge… Et soudainement, un contact chaud et humide vint s'imposer sur sa peau. Sa langue.

- Qu'est-ce que tu fiches, bon-sang !, s'exclama-t-elle en essayant par tous les moyens de se défaire de son emprise.

Il raffermit son étreinte sur ses poignets juste avant de se mettre à mordiller sa peau... Complètement scandalisée, Hermione continua à le repousser mais il se colla davantage à elle, la contraignant à subir son geste.

Sa bouche jouait avec la même parcelle de peau, lapant, mordillant, aspirant… Hermione ne se souvenait pas avoir été autant humiliée qu'en cet instant. Il lui avait fait subir beaucoup de choses mais il semblait très facile pour lui de trouver toujours pire à lui infliger…

Pendant deux ou trois minutes, il manqua de lui broyer les poignets : les maintenant de force le long de son corps afin de laisser le champ libre à sa gorge. Hermione avait bien essayé de pencher la tête pour empêcher l'accès à son cou mais il avait l'air d'apprécier davantage sa résistance que d'en souffrir...

Enfin, il éloigna ses lèvres de sa gorge et l'embrassa sur la joue.

- Merci d'être aussi conciliante, Granger..., murmura-t-il. J'aime beaucoup ça... Et ça me facilite grandement la tâche.

- La ferme, Malefoy, brava-t-elle, la voix furieuse. Tu m'as forcée et tu devrais avoir honte !

- C'est toi qui devrais avoir honte, mocheté, lâcha-t-il avec un sourire narquois. Qu'est-ce que Liam va dire quand sa petite vierge préférée réapparaitra avec un beau suçon dans le cou... Et si le grand méchant loup lui était passé dessus ?!

La Gryffondor libéra ses mains et tambourina son torse de coups de poings furieux.

- Espèce de sale pourri de merde, l'insulta-t-elle, dégoutée.

- Oh, tu ne me feras pas croire que tu n'as pas aimé ça, Granger..., finit-il par répliquer. Si tu me supplies, je veux bien te laisser me faire la même chose...

Hermione leva les yeux au ciel et le repoussa encore plus loin, se dégageant du mur.

- Tu es répugnant et je ne veux plus que tu me touches… S'il l'apprenait…

Drago pouffa de rire.

- Et alors ? Il ferait quoi ? Il me teindrait en roux ?! Oh par Merlin, il me changera en Weasley ?! Promis, je ne t'embêterais plus jamais !, se moqua-t-il, goguenard.

Elle soupira lourdement, exaspérée.

- Tu es ridicule. Et je n'aurais pu aimer ce que tu m'as fait qu'à l'unique condition qu'il ait été à ta place, asséna-t-elle sans réfléchir.

Malefoy cessa de rire pour ne conserver qu'un grand sourire sardonique.

- Ah oui ?

- Oui, confirma-t-elle, un peu inquiète quant à son changement brusque de comportement.

Elle avait remarqué que le Serpentard ne supportait pas la compétition avec le Serdaigle et s'en servir pour le manipuler n'était pas une mauvaise idée. Vraisemblablement, il commençait à s'énerver.

- Sale sang-de-bourbe… Il suffirait que je l'appelle pour que tu écartes subitement les cuisses…?

Il commençait à se montrer vulgaire et brutal dans sa façon de parler : elle avait visé tout juste. Il le haïssait et haïssait aussi probablement Hermione pour le mettre face à cet état de fait.

- Oui, approuva-t-elle, se rendant compte qu'elle s'avançait sur un terrain très dangereux. Elle voulait à tout prix confirmer sa théorie.

Le regard du Serpentard fonça et toute note amusée quitta ses yeux.

- Salope.

Son cœur rata un battement. C'était une grande première ! Il ne l'avait jamais insultée avec ce genre de qualificatif. C'était un signe…

Elle aurait dû s'arrêter ici mais sa soif de victoire sur le Serpentard la poussa à continuer ses provocations. Sotte idée.

- Tu me traites de salope car ce n'est pas avec toi que j'ai envie de faire ce genre de chose ?, l'interrogea-t-elle, les jambes un peu faiblardes.

- La ferme. Je te traite de salope car c'est ce que tu es. Tu prétends que tu me résistes mais c'est juste parce que tu aimes quand on te force...

Là, il allait beaucoup trop loin. Elle le repoussa du plat de sa main, résistant à l'envie de le frapper jusqu'à ce que mort s'ensuive.

- Non, si je te dis que je préfèrerais que ce soit Liam, c'est justement parce que lui ne me forcerait jamais à faire ce genre de chose. Tout l'inverse de toi.

Il ne répondit pas tout de suite, le regard glacial. Les dommages étaient faits. Elle ne pouvait à présent plus revenir en arrière…

- Tu dis que si je ne te forçais pas, tu ne dirais pas non ?

- Je dis que si tu ne me forçais pas, il ne se passerait rien entre nous mais au moins je ne te haïrais pas, voilà tout, avoua-t-elle.

- Je me fous de ta haine, ma pauvre sang de bourbe, cingla-t-il, la voix lasse.

- Tu m'as l'air bien énervé, pourtant..., fit-elle remarquer, peut-être un peu trop en confiance depuis quelques instants.

Drago se rapprocha d'elle, menaçant, et elle colla son dos à la tapisserie aussitôt.

- Tu es vraiment une belle, belle salope, répéta-t-il.

Sa façon de le dire était presque malsaine, à la fois pleine de menace et de vindicte. Hermione s'était rarement sentie aussi mal-à-l'aise et en danger.

- Ah, je suis belle, aussi ?, se moqua-t-elle, la voix glacée.

Elle ne parvenait pas à se taire… Il agrippa ses épaules et la plaqua durement contre le mur.

- Tu me cherches, putain… ! Pourquoi ?!

Hermione ne dit rien, laissant ses yeux le mépriser pour toute réponse.

- A jouer les vierges inaccessibles alors que... Alors que pour lui, tu serais prête à t'agenouiller et à ouvrir grand la bouche... bordel, jura-t-il en détournant le regard.

Mais pourquoi s'énervait-il autant à son propre sujet ? Était-ce vraiment Liam, le problème ? Elle plissa les yeux, l'observant avec davantage de concentration. Sous sa surface de glace, il bouillait.

- Pourquoi es-tu autant en colère, au juste... ?, demanda-t-elle sur un ton sec.

- Tu ne nies même pas !

- Nier quoi ?!, s'énerva-t-elle. Je suis amoureuse de lui, tu t'attendais à quoi ?! J'estime qu'on peut se faire droit de n'avoir des relations sexuelles qu'avec celui ou celle que l'on aime !

Il resserra son emprise sur elle : ses yeux s'assombrirent de manière inquiétante.

- Tu es à moi.

Les membres d'Hermione se tétanisèrent un à un au rythme du frisson qui les parcourait... La gorge désespérément nouée et sèche, les mains moites, la jeune fille n'arriva pas à se délester de son étreinte et ne put qu'afficher une mine ébahie... L'agacement, la colère avaient quitté son corps pour n'y laisser qu'une impression froide et maladive. De la cire chaude parcourait ses veines : du métal lourd s'insinuait dans ses entrailles… Ses pieds s'enfonçaient dans le sol, comme pour rejoindre Cerbère.

Alors c'était de ça qu'il s'agissait.

- Pas encore, se défendit-elle, à moitié tremblante à présent. Tu n'as pas encore gagné...

Malefoy fronça les sourcils : il ne semblait pas comprendre de quoi elle parlait.

- Nous ne sommes qu'en milieu d'année... Rien n'est décidé.

Il y eut comme une lueur dans ses yeux. Elle parlait du pari.

Sotte.

- Je me doutais que... Que si tu gagnais, tu me forcerais à... Mais j'ai tellement l'air de te rebuter d'habitude, que je ne pensais pas... Que tu voudrais...

Le Serpentard sembla desserrer un peu son emprise sur elle. Qu'expliquait-elle avec tant de certitude et si peu d'assurance ? Avait-elle la moindre idée de ce dont elle parlait ?

- Tu veux que je reste vierge... Mais ce n'est que pour m'humilier encore plus, n'est-ce pas ?, finit-elle par lâcher, morte de honte.

Malefoy la sonda en la perforant des yeux : ces dernières tombèrent sur sa poitrine et le collier qu'elle portait.

Ab Imo Pectore.

- Exactement, sang de bourbe, répondit-il enfin. Je veux être le seul à te rentrer dedans. Je veux que tu t'imprègnes de moi... Que tu te rendes malade jusqu'à te détester d'aimer autant ce que je te ferais... Parce que crois-moi, tu aimeras ça...

Par l'Achéron…

- Et si je vois que tu te rapproches davantage de lui... Je n'hésiterais pas à réclamer mon dû par avance… Tu comprends ?

- Tu es malade, Malefoy, dit-elle simplement, sur le point de vomir.

- Peut-être bien, concéda-t-il. Mais au moins, tu sais à quoi t'en tenir avec moi.

- Qu'est-ce que vous faites là, tous les deux ?

Rogue.

- Nous discutions, professeur..., répondit Drago en tirant Hermione vers lui.

Ce dernier les scruta de son regard noir et ce dernier s'arrêta sur Hermione. Il la sonda des yeux, recherchant probablement la moindre trace de panique dans ses yeux. Il ne pouvait pourtant pas se permettre de ruiner sa couverture.

- Ce que vous portez au cou vous va très bien, miss Granger, murmura l'homme en noir d'une voix doucereuse.

Hermione porta ses doigts à sa gorge et se souvint de ce que Malefoy avait fait plus tôt. Elle le foudroya du regard.

- Curieusement, j'aurais préféré m'en passer.

Rogue esquissa un sourire tordu.

- Je vous prierais de retourner dans la salle, à présent.

Ils s'exécutèrent, Hermione rabattant le mieux qu'elle pouvait les mèches sur son cou. La musique n'était plus du tout la même à présent : plus de musique classique. Les élèves se déhanchaient sur des rythmes plus modernes, même si beaucoup boudaient la piste de danse.

Elle aperçut Harry danser avec Cho-Chang et Ron esseulé à une table. Peut-être aurait-elle dû faire un premier pas et lui adresser la parole mais elle n'en avait pas la force. Liam et Oksana se tenaient l'un à côté de l'autre, buvant leurs verres en scrutant les alentours sans s'adresser la parole. Hermione eut envie de sourire mais ses lèvres restèrent immobiles.

La jeune sorcière reporta son regard sur Malefoy et Rogue : vraisemblablement, leur conversation semblait sérieuse et animée. Elle essaya de s'inquiéter, d'imaginer qu'il s'agissait sans doute d'une discussion à propos de l'alliance de Voldemort, mais la colère et la répulsion la dévoraient trop pour qu'elle puisse réellement se concentrer. Son œillade se fit de plus en plus noire et elle se prit, stupidement, à espérer que le Serpentard s'embrase sous son regard et qu'il brûle de mille feux. Et qu'enfin, enfin, il soit réduit à un minuscule et misérable petit tas de cendres fumantes et puantes.

Qu'il disparaisse, par pitié.

Elle quitta la salle.

Hermione vagabondait dans le couloir nord, peu émue par le semblant de musique provenant de l'autre extrémité du château. Dès qu'elle entendait les pas furtifs d'étudiants en quête d'un coin pour une romance interdite, elle toussait et faisait claquer ses talons sur le sol pour leur signifier que cela n'était ni l'endroit ni l'heure appropriée. Tout cela l'écœurait. Quelques fantômes la saluèrent, puis plus rien. Le château s'était rendu désert…

Cela faisait des semaines qu'elle n'avait pas connu de soirée si peu agréable. Un sourire sombre vint s'imposer sur son visage. Que pensait-elle, diable ? Une simple fourberie d'esprit. Elle était dans un labyrinthe d'épines. Il n'y avait qu'une ou deux sorties, toutes inatteignables. Les grilles sur le sol laissaient entrevoir les bouillons des enfers : elle pouvait s'y risquer, elle s'y risquerait peut-être. L'attente de la délivrance était trop longue. Elle était en otage depuis des mois maintenant, et bâillonnée depuis la mise en place du pari. Il n'y avait aucune échappatoire… Sa prison se refermait sur elle, silencieusement : muette et sourde à la fois.

Elle allait mal. Vraiment mal. Elle sentait son esprit s'assombrir, se désillusionner. Elle se fanait, défaite. Et à quoi pouvait-elle penser ? Elle ne pouvait pas en réchapper : ses amis et autres prétentions à la romance, Liam… Personne ne pouvait l'aider, elle le comprenait maintenant. C'était un gouffre qu'elle avait paradoxalement choisi. Être aussi bonne et se frotter à quelqu'un d'aussi mauvais : elle était là, la vérité. Sans orgueil ni prétention, juste par constat, et même triste constat, Hermione avait compris. Effectivement, sa gentillesse l'avait embourbée dans les marais du diable : elle s'y enfonçait à présent lentement, récitant toujours ses paroles pleines de bon sens.

Être restée, avoir subi, s'être tue. S'être isolée, s'être prostrée sans protection : avoir attendu sans rien faire, dans le silence : s'y être murée, s'oublier en son creux.

Et en être là, aujourd'hui. A ne même plus pouvoir se scandaliser de souffrir de tels sévices. Elle n'était plus que de paille et de parchemin : quelques braises sous les pieds, quelques pointes d'acier au-dessus de la tête et un lierre de douleur s'enroulant autour de ses membres, l'écrasant, l'oppressant. L'étranglant bientôt.

Il n'y avait pas de solution. Elle continuerait de résister, toujours. Mais tout en sachant, tout en ayant la conviction d'avoir perdu d'avance. C'était la seule solution pour s'abîmer dans la certitude de ne plus souffrir. Elle se battrait pour gagner, pour l'éloigner d'elle, pour le faire devenir meilleur, sans aucun espoir jamais de lui échapper. Il faisait trop de mal pour qu'elle ne puisse en ressortir indemne. Peut-être que de cette manière, elle parviendrait à ne plus jamais être prise de court… Peut-être parviendrait-elle à devenir étanche à ses tortures et humiliations.

- Hermione… ?

Ron.

- Tu vas bien ? Tu pleures…

Elle le dévisagea sans vraiment le voir. Que croyait-il ? Que sa compassion soudaine, que sa prise de conscience tardive l'autorisait à demander les raisons de son état ?Elle était en ruine. Le fait qu'il ne le voie que maintenant ne faisait que l'éroder davantage.

- Hermione… ?

Sa voix douce, inquiète, soucieuse. La voix de Ron, la vraie. Perdue, lointaine. Présente, mais à la manière d'un appel dans un souvenir… ou dans un rêve.

- Pourquoi tu pleures ? Calme-toi et explique-moi…

Sa maladresse perpétuelle. Sa volubilité, sa loquacité tendue, presque enfantine.

- Je n'ai pas envie de te répondre.

Et ses yeux, son air triste, toujours.

- Pourquoi ?

- Parce que nous ne sommes plus amis.

Elle l'avait dit, enfin. Sans hypocrisie. Cette douleur qui l'étreignait au plus profond d'elle-même lui permettait au moins d'être franche sans chercher à y mettre les formes de la convenance et de la politesse.

- Je ne comprends pas… C'est une blague ?

- Si cela te donne envie de rire, tu peux… Mais si tu trouves dans mon apparence la moindre réticence à la plaisanterie, alors peut-être voudras-tu croire à mon sérieux… Honnêtement, je m'en moque.

- Je ne comprends rien de ce que tu racontes, Hermione…

Ah, il ne comprenait rien ? Pour changer. Il ne savait pas ce qu'il avait fait de mal : peut-être ne comprenait-il même pas qu'elle lui en voulait, qu'elle le blâmait pour quelque chose. Peut-être n'avait-il même pas remarqué qu'elle n'avait plus été avec eux, ces derniers temps. Peut-être que Ronald Weasley était aveugle, sourd et surtout, crétin.

Quelle pitié qu'il n'ait pas plutôt été muet.

- Ce que je veux dire, c'est que tu n'as aucune raison de me demander ce qui ne va pas, comme je n'ai aucune raison de te le dire. Nous ne sommes plus proches, plus amis. Je ne suis plus à tes côtés.

- Mais depuis quand, que s'est-il passé bon-sang ! Tu ne veux pas être claire ? T'expliquer ?

- Non. Je n'ai vraiment pas envie de me fatiguer davantage… De me battre encore.

- Tu parles comme si tu étais mourante… Tu as bu ?

Elle s'esclaffa dans ses larmes, essuyant son visage du revers de sa main en gloussant nerveusement.

- Oui, j'ai bu, c'est ça. Je suis démente car j'ai bu. Je n'ai aucun droit de te reprocher quoi que ce soit, pardonne mon ivresse flagrante… Il est évident que tu n'as rien fait de mal. Évident que l'alcool me fait parler.

Prolixe, à nouveau, énormément.

- Je ne te dis pas que nous ne sommes plus amis… Non, je ne le pense pas vraiment, voyons… Ce n'est pas comme si tu me parlais ce soir pour la première fois depuis octobre alors que nous sommes le dernier jour de décembre. Ce n'est pas comme si Harry et toi aviez oublié jusqu'à mon existence… Non, je m'emporte voyons, il faut que j'arrête de boire, mais comprends-moi, c'est tellement mon genre de me saouler pour oublier à quel point ma vie n'est pas réduite à néant depuis quelques mois.

Son visage pâlit davantage.

- Mais évidemment, imaginons que vous ayez fait une chose pareille ! Vous auriez forcément eu une bonne raison, n'est-ce pas ? Il y aurait eu une explication cohérente et vraisemblable : pas parce que fourrer sa langue dans la gorge d'autrui aurait été votre nouvelle passion dans la vie alors que nous sommes toujours en guerre, non ! Impossible ! Trop de sérieux chez les Gryffondors, trop de sérieux chez Harry Potter et Ronald Weasley pour se soumettre à des jeux de bouches et de membres dans les lits bien protégés des dortoirs de Poudlard. Alors que des gens crèvent là-dehors.

Stop.

- Vous êtes des saints, c'est évident. Alors moi, la pochtronne, vais aller cuver mon vin et mes brûlants ailleurs que devant tes pauvres yeux éprouvés, mon ami. Et si tu te demandes comment je vais alors viens me retrouver au matin, lorsque je serais sobre et à nouveau folle d'amitié pour les deux camarades qui ne m'ont jamais laissée de côté, ni abandonnée. Demande-moi à nouveau… Et tu verras, je te dirais, non, je te chanterais à quel point je vais bien…

Stop, maintenant.

- Tu as perdu l'esprit…, souffla-t-il.

- Si seulement je n'avais perdu que ça.

Il n'était qu'un fantôme à présent. Les contours de Ron Weasley tournaient à la caricature : il était vouté, comme branlant. Sa peau prenait la teinte d'un lait d'eau. Transparent, trouble. Ses yeux ne renvoyaient qu'à la nausée.

Elle avait oublié à quel point les affres se rendaient visibles, sur lui.

- Je m'en vais, à présent, signala-t-elle plus pour elle-même que pour lui.

Il n'esquissa aucun geste, ni n'articula le moindre mot pour l'arrêter. Elle le dépassa juste, simplement, comme un courant d'air. Ses pieds la guidèrent au dehors : elle avança dans la neige et sa silhouette disparut dans les flocons.

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