My Dear Sadistic Highness

Chapitre VII

[…]

This floor is crackling coldShe took my heart, I think she took my soulWith the moon I runFar from the carnage of the fiery sunDriven by the strangled veinShowing no mercy I do it againOpen up your eyeYou keep on crying, babyI'll bleed you dryThe skies are blinking at meI see a storm bubbling up from the sea

And it's coming closerAnd it's coming closer

Closer – Kings Of Leon

Enfin. La fin, enfin. Finalement. Je ne t'attendais plus.

Il nous reste encore toutes ces années, à tresser en nattes de bonheur et de vie… J'ai vu les gens changer autour de moi. Eux-deux, avec la plus grande violence elles, jusqu'au plus bleu du ciel, à s'en couper le souffle… Et les deux autres sur lesquels mes yeux tombaient parfois, par hasard.

G.W

Chapitre VII

Elle était là, allongée sur un portant de pierre du cloitre extérieur du château, la robe trempée par la neige, les lèvres bleuies par le froid. Peut-être aurait-elle dû se laisser mourir ici : rien ne semblait plus facile que de s'abandonner. Elle n'avait plus la force de se relever, de toute façon. Peut-être serait-ce plus facile de geler que d'affronter la pire des tempêtes dans les yeux de Drago Malefoy. Des iris à en glacer les fleurs les plus nivéales.

C'était l'aube. Un peu plus loin, un rassemblement de corbeaux s'abritait du vent dans l'enceinte du cloitre. L'un d'entre eux eut le courage de piéter jusqu'à elle, venant picorer sa main pour vérifier si elle n'était pas un cadavre. Elle le chassa d'un geste évasif, regardant à présent le poinçon porté par sa peau. Si elle restait ici, elle aurait tôt fait de se faire dévorer les yeux par cette bande de charognards. D'un mouvement des plus lents, elle se redressa, en pleine souffrance de sentir à nouveau ses muscles et articulations.

Hermione s'appuya à la rambarde pour ne pas tomber, l'équilibre lui manquant significativement. D'un mouvement de tête, elle jeta un nouveau coup d'œil aux corbeaux, apparemment effrayés d'avoir réveillé pareille créature et craignant sans doute quelques représailles. Ses cils étaient lourds, elle porta alors sa main à ses yeux et vint en ôter les épines de glaces. Ses larmes avaient gelé.

La jeune fille finit par se laisser tomber sur ses pieds, qu'elle ne sentait plus, par ailleurs. Il n'aurait même pas été étonnant qu'elle les ait perdus. Peut-être devrait-on l'amputer. Un soupir lui échappa.

- Miss Granger ? Oh par le saule de Babylone, mais, que faites-vous dehors ? Et il semble que vous y êtes depuis longtemps !

Le professeur Chourave semblait paniquée.

- Vos lèvres sont bleues ! Bleues ! Dans quel état vous êtes vous mise !

Elle essaya de parler mais alors elle se rendit compte de quelque chose d'assez incroyable : cela lui était complètement impossible. Elle eut beau essayer d'émettre un son, sa gorge le lui refusa.

- Oh, vous ne pouvez pas marcher, j'imagine ! Ni parler ! Diable et forsythia !

Le professeur de botanique pointa sa baguette vers elle et aussitôt, une chaleur l'envahit toute entière. Elle se sentit soulevée dans les airs, et à vrai dire, même si ses sensations étaient atrophiées, elle savait que c'était le cas puisqu'elle avançait sans actionner le moindre de ses membres. Rapidement, elle se retrouva en position allongée et une nouvelle chaleur vint l'entourer : elles étaient entrées dans l'enceinte du château.

Enfin, une odeur d'éther et de lavande blanche vint lui saisir le nez : elle était à l'infirmerie. C'est là qu'elle sombra dans l'inconscience.

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Des barbelés plein la bouche, cousus au plus profond des muqueuses : dans les gencives. La langue transpercée de toutes parts. A l'intérieur des dents, des lames sans envers ni endroit. Des échardes plantées dans les lèvres, sous la peau la plus fine. Impossible de serrer les mâchoires sur cette poire d'angoisse. Le crâne au bord de l'explosion.

Quelques brûlures d'acide jusqu'au menton, goutant à l'envers sur les joues… Vers les yeux. Les yeux cousus, noyés dans l'encre la plus noire, gouttant le long des cheveux…

Un monstre des Enfers, sorti tout droit des marais brûlants de la Géhenne : le seul émergé de l'étang de feu. Venu réclamer son dû. Venu récupérer ses porcins. L'ignoble infamie s'emparera de ses fils et de ses filles. Elle retournera brûler dans le feu éternel : le feu qui ne s'éteint jamais. Et nous les entendrons hurler lorsqu'ils retrouveront leur sein originel. Nous les entendrons se déchirer de haut en bas, d'un flanc à l'autre. Ils teinteront les flammes de rouge et créeront la lave impie, destructrice de toute forme de pureté.

Et les passeurs de l'autre côté des barreaux crieront, psalmodieront. Ô, ces justes porteurs viendront chanter la perte des bêtes.

« Qu'ils brûlent. Qu'ils brûlent tous et qu'il n'en reste rien. Pas même les cendres de leurs cendres. Qu'ils brûlent et disparaissent au gré des flammes entretenues par nos vents. Que leur sang ne noie pas leurs larmes, leur bave viendra les étrangler. Qu'ils brûlent, tous.»

Mais le monstre ne bougea pas. Il resta là, dans le noir face à elle, à la regarder. Immobile. Inerte. Ses yeux fermés et terrifiants figés sur elle. Et elle, pétrifiée, n'osa bouger. Lorsqu'enfin elle réussit à remuer ses jambes pour commencer à reculer, le monstre écarta silencieusement ses deux bras et esquissa un sourire de sa bouche difforme. Des ongles étaient longs, sombres et tranchants.

Le monstre féminin approcha alors ses doigts de son propre abdomen et les y plongea violemment : il dût s'y prendre à plusieurs reprises afin de déchiqueter sa peau à l'aspect pourri. Bientôt, les entailles qu'il s'était infligé s'ouvrirent en de multiples bouches et vomirent ses tripes. Tout vint d'un coup dans un dégueulis immonde : ses entrailles s'écrasèrent sur le sol avec un son ignoble. Hermione eut un violent renvoi, la bile remontant jusqu'à sa glotte dans une très désagréable impression. Il lui semblait que son propre ventre la faisait souffrir : comme si elle était pincée. Ses yeux se fermèrent automatiquement et elle pencha sa tête en avant pour ne plus voir le spectacle, essayant d'en chasser toute image de son esprit. Elle prit de longues inspirations et finit par rouvrir les paupières.

Son ventre était en sang.

Son cœur s'arrêta l'espace de quelques secondes et elle sentit très nettement une bourrasque d'angoisse profonde et viscérale la balayer. Elle arracha sa chemise et faillit tomber en syncope : les doigts immondes de la créature sortaient de son ventre…

Brusquement, ses ongles se précipitèrent vers ses yeux : il y eut une sorte de gémissement déchirant et la jeune fille sentit la peau de son visage se décoller : la créature la scalpait.

Hermione se réveilla en sursaut et en sueur. Froide. Son souffle ne trouvait plus le chemin de sa gorge jusqu'à sa bouche et il lui sembla pendant de longues secondes qu'elle était dans une grande bassine de gelée amère. Lorsqu'elle toucha sa bouche humide, elle comprit qu'elle avait effectivement vomi… Écœurée et tremblante, elle essaya de se reprendre, se concentrant sur les sensations concrètes de la réalité. Sa tête la faisait affreusement souffrir, son ventre n'était pas non plus au mieux de sa forme. Il lui semblait qu'un tisonnier incandescent remplaçait sa trachée et sa poitrine brûlait.

La jeune fille rouvrit les yeux et essaya de concentrer sa vision sur ce qui l'entourait. Par Merlin, avait-elle déjà été aussi malade, dans sa vie ?

Il faisait noir autour d'elle. La nuit semblait installée depuis longtemps...

Elle n'avait probablement pas eu de rêve aussi terrifiant depuis… Oui, depuis celui-là.

Se rappeler d'autres mauvais souvenirs n'aida pas son cœur à ralentir ses battements. A vrai dire, elle ne comprenait pas le rêve qu'elle venait de faire. Il était impossible qu'elle ait rêvé à quelque chose d'aussi construit, d'aussi… Biblique. Mais ce n'était pas biblique. C'était visuel. Et écrit, certes, mais visuel. Horrifique et visuel. On aurait dit une malédiction. Elle n'avait jamais entendu une telle litanie auparavant.

Son souffle se bloquait régulièrement dans sa poitrine : elle avait énormément de mal à respirer. Il lui fallait de l'eau. Sur sa table de nuit reposait d'ailleurs une carafe et un verre. Et rien d'autre. Ce constat éroda jusqu'à la dernière de ses certitudes.

Ce n'était pas sa table de nuit.

Elle n'était pas dans sa chambre.

Hermione releva la tête et regarda avec plus d'attention les alentours. Ses yeux fatigués réussirent à entrevoir certains contours grâce à la lumière lunaire passant entre les rideaux. Elle était à l'infirmerie. Pourquoi ?

Elle n'arrivait pas à s'en souvenir… Sans doute était-ce à cause de son état. Il était clair qu'elle était malade.

Lorsqu'elle se concentra davantage, pourtant, tout lui revint brusquement à la figure. Le bal, Malefoy, Rogue, Ron… Dehors. Le froid glacial, la neige. Le professeur Chourave. L'infirmerie.

Elle s'était vraiment conduite comme la dernière des imbéciles…

Il y eut un bruit derrière les rideaux, comme un raclement. Son souffle se figea dans sa poitrine. Le cauchemar lui revint aussitôt. La créature qui lui était apparue était probablement la chose la plus laide qui lui ait donné de voir. Un monstre défiguré, vieilli, brûlé, fondu : sale et suintant.

Était-ce ce qui se trouvait derrière le rideau ? Elle essaya tant bien que mal de se marteler de phrases rationnelles mais un deuxième bruit, plus aigu encore, se fit entendre : comme un crissement désagréable, celui du métal rouillé contre la pierre. Des ombres se mouvaient derrière les rideaux qui entouraient son lit. Qu'est-ce que c'était ? Elle n'en savait rien mais son ventre était douloureux, son cœur au bord de l'arrêt cardiaque et il lui semblait que sa vessie ne tiendrait plus très longtemps.

- Aaaaaah !, hurla une voix stridente, comme venue de l'outre-tombe.

Les rideaux s'écartèrent dans une violence infinie. Et Hermione n'eut pas le temps de crier ou de fermer les yeux. Elle se protégea juste le visage.

Il y eut un rire presque aussitôt.

- Alors, Granger… Comme une vraie fillette… La prochaine fois, je glisserais un épouvantard dans ton lit…

Malefoy.

Aussi détestable que cela l'était, elle était plus que rassurée. Elle releva la tête, lui renvoyant autant de haine que cela était possible. Son sourire insupportable trônait fièrement sur son visage. Hermione ne savait pas ce qui le rendait aussi heureux mais à chaque fois qu'il souriait ainsi, elle savait que c'était une mauvaise nouvelle pour elle.

- Tu as fait un cauchemar, peut-être…?, murmura-t-il sournoisement.

Son cœur, déjà bien éprouvé par ce qu'il venait de lui faire subir, manqua à nouveau un battement. Comment savait-il cela ?

Le sourire du Serpentard, déjà bien large, s'agrandit encore. Tout son visage portait les traits de la cruauté et de l'aversion. C'est là qu'elle comprit. Il était l'instigateur de son cauchemar, encore.

Un frisson lui parcourut l'échine avec la force de la panique.

- Comment fais-tu ça… ?, chuchota-t-elle, la voix complètement éraillée, faible.

Son expédition dans le froid ne lui avait apparemment pas réussi. Malefoy esquissa une mine dégoutée lorsqu'il réalisa qu'elle avait réellement vomi. Elle songea alors à recommencer, et tant qu'à faire, à viser son visage.

- Un magicien ne révèle jamais ses tours, sang-de-bourbe.

- Est-ce vraiment toi qui créé… l'histoire… ?

Son regard fut traversé par un éclat d'agacement et de fierté mélangés.

- Bien-sûr que c'est moi… C'est moi qui ai fabriqué le Labyrinthe d'Osilith que tu as vu la dernière fois…

- Les pierres vertes… ?

- Oui… Le Labyrinthe… et les créatures souterraines auxquelles tu as eu la chance de ne pas te frotter…

- Et celui-là… ?

Sans savoir pourquoi, elle avait besoin de savoir. Sa curiosité était malsaine, elle le savait, mais elle voulait savoir de quoi il s'agissait : comprendre.

- Tu as rencontré Rhiannon. La Princesse des Boueux. Ou comme on les appelle aujourd'hui, les Sang-de-bourbes. Elle est la créature d'une ancienne légende sorcière. Cette histoire était ma préférée, quand j'étais gamin.

Hermione était véritablement horrifiée. Il était complètement cinglé, malade. Mais cela n'avait rien d'étonnant lorsqu'on voyait les images qu'il avait eu devant les yeux, petit.

- Ma grand-mère me la racontait avant de dormir, à chacun de mes anniversaires.

Encore une adulte complètement irresponsable…

- Tu veux entendre cette histoire, mocheté ? Je veux bien te la raconter, si tu veux…

Elle ne répondit pas, les yeux fixés sur lui. Écarquillés. Elle ne croyait pas qu'il était possible qu'il lui fasse encore plus peur qu'auparavant, mais de toute évidence, elle devait s'incliner devant le génie du mal qu'il était. Il était véritablement effroyable et inquiétant. Ses yeux semblaient allumés par la démence et l'inclémence.

- L'histoire s'appelle Rhiannon et la Poire d'Angoisse.

Elle fut la première sorcière d'origine moldue. Elle est née sur le continent d'Europe, sur les terres souillées de l'Espagne moldue. Petite, on lui vit une atroce difformité : sa bouche semblait faîte à l'envers et lui mangeait la moitié d'une joue tandis que l'autre n'était faite que de peau. Ses yeux aussi étaient malformés, l'un était énorme et globuleux et l'autre minuscule et suintant de pus. Elle sentait réellement mauvais alors rapidement, elle fut chassée du village. On l'accusa d'être une sorcière comme si la sorcellerie n'était qu'une malédiction : certains savaient bien que ses parents n'avaient fait qu'office consanguine et que l'horrible père avait abusé de la plus laide et muette de ses filles.

Elle marcha seule, apprenant à maudire les habitants de son village… Puis les moldus en général et enfin, les sorciers puisqu'on l'avait accusé d'en être une. Loin, elle en vint à mourir de faim dans les marais Français. Elle se nourrissait de vase, de vers. Bientôt, le village le plus proche la prit pour un monstre et chercha à l'éliminer. Lorsqu'ils comprirent qu'elle était semi-humaine, ils l'enfermèrent et la torturèrent pour être aussi difforme. Pour eux, elle n'était qu'une bête de foire, un artifice du diable…

Ils ne supportèrent bientôt plus la vue de ses yeux et les cousirent et y versèrent de l'encre pour les dissimuler. Sa bouche était complètement malformée, alors ils décidèrent d'y remédier en l'agrandissant… Pour cela ils lui enfoncèrent des barbelés jusqu'à la glotte. Pour l'empêcher de fermer la bouche, ils plantèrent des clous dans ses dents. Elle bavait comme une truie et personne ne comprenait son langage fait de cris inarticulés et de gémissements. La nuit, les habitants l'entendaient hurler à la mort comme la pire des banshees. Pour la faire taire, ils lui plantèrent des échardes dans les lèvres, rendant ses mouvements insupportables et chaque jet de salive douloureux. Comme elle hurlait toujours, ils lui brulèrent…

- Pourquoi ne la tuaient-ils pas simplement ?, l'interrompit Hermione, horrifiée par l'histoire.

Malefoy se rapprocha d'elle, s'asseyant sur son lit tandis qu'elle s'écartait un maximum à l'autre extrémité du matelas.

Elle n'avait vraiment pas envie d'en entendre davantage. La bile lui montait à nouveau aux lèvres. Il plongea ses yeux dans les siens et planta ses doigts dans ses joues, sans plus de dégout pour la bile qui salissait sa bouche et qui faisait presque glisser ses phalanges.

- Ne m'interromps pas, sang-de-bourbe, surtout pas quand je parle de ta mère.

Hermione ne répondit même pas à cette provocation, trop nauséeuse pour articuler le moindre mot. Ses doigts lui faisaient atrocement mal. Elle avait l'impression de ressentir un semblant de la douleur qu'avait dû affronter cette Rhiannon.

- Comme elle hurlait toujours, reprit-il de sa voix trainante. Ils lui brulèrent les joues. Elle finit enfin par se taire, probablement devenue folle. C'est comme ça que se traitent les moldus entre eux, comme des animaux.

Il rapprocha leurs deux visages, enfonçant encore davantage ses phalanges dans sa peau. Elle laissa échapper une plainte qui sembla lui faire plaisir.

- Tu n'es qu'un animal, murmura-t-il près de son oreille.

Les larmes lui vinrent aux yeux complètement involontairement. Pas qu'elle soit affectée par son commentaire, elle pouvait surpasser ça aisément à présent, mais bien à cause de la douleur vive qui étreignait sa mâchoire sous l'emprise de la main de Drago.

- Démente, muette et aveugle, elle réussit tout de même à s'échapper. Le village brûla quelques jours plus tard, sans qu'on ne sache comment. Seuls quelques villageois survécurent, mais ils moururent emportés par une violente peste, quelques semaines après. Ils étaient sûrement maudits. Elle arriva enfin dans la maison d'une prétendue sorcière, une bécasse moldue en vérité, et l'espionna d'oreille pendant des mois. Cachée dans le marais comme un énorme crapaud, elle apprit à vivre avec les créatures les plus infâmes. Les sangsues vivaient sous sa peau et la pourriture s'installa sur son corps. Elle survivait malgré tout, apprenant les faux rudiments d'une magie inexistante…

Un jour, elle vint frapper à la porte de la fausse sorcière : celle-là, complètement terrifiée par cette apparition, essaya de s'enfuir à toutes jambes mais n'y parvint pas. Rhiannon resta à sa porte durant des semaines et la fausse sorcière finit par mourir de faim dans sa pauvre cahute.

Rhiannon, alors, la dévora. Ce fut son premier acte de barbarisme. Même si la sorcière n'était pas une vraie sorcière, elle possédait de vrais livres et une vraie baguette, probablement dérobée à un sorcier vieux et malade. Les moldus sont tous des lâches cupides après tout.

Elle leva le regard vers lui, essayant par tous les moyens de lui communiquer toute sa haine. Ses doigts se serrèrent davantage, la forçant à baisser les yeux à nouveau. Soumission, humiliation.

- Rhiannon, alors, à l'aide de la baguette, réussit à voir à nouveau, sans que ses yeux ne se rouvrent. Elle parvenait à lire sans avoir à ouvrir les paupières. Elle lut tous les ouvrages, apprenant des psaumes morbides. L'un d'eux signifiait que pour devenir sorcier, il fallait s'approprier le sang du sorcier. C'est ainsi que sa chasse débuta. Les premiers sorciers qu'elle croisa furent émus par son apparence et offrirent à chaque fois leur aide. Rhiannon, peu émue quant à elle par leur dévotion, les égorgea les uns après les autres. Au bout d'une vingtaine de sorciers, Rhiannon fut capable d'user de la magie comme n'importe lequel d'entre nous. A vrai dire, elle était peut-être même encore meilleure car elle possédait les pouvoirs de beaucoup de sorciers. C'était une pauvre voleuse avide.

Même si elle était devenue forte, l'idée de puissance l'aveuglait : bientôt, elle en vint à se nourrir de la chair d'enfants sorciers et d'écailles de serpent. En haine contre le monde entier, mais voulant pourtant continuer dans l'horreur, elle s'accoupla avec des porcs et des chiens. Ils lui donnèrent des flopées d'enfants ignobles qu'elle abandonna dans chaque village dans le but de perpétuer son héritage et sa soif de sang et de vengeance.

Un jour, bien plus tard, elle rencontra le plus grand sorcier du monde. Ce dernier, doté du talent de légilimancie…

Il fit une pause suggestive, lui signifiant clairement par là que seuls les plus grands sorciers pouvaient être des legilimens. Donc qu'il était un grand sorcier.

- …Sut toutes les infamies qu'elle avait perpétrées. Alors, il la condamna à la souffrance infinie. Il raviva ses blessures, et plaça dans sa bouche une poire d'angoisse qui s'écarterait la nuit et se recroquevillerait le jour, en punition de toutes les chairs sorcières passées par son orifice buccal… Puis, enfin, il l'enchaina au fond du plus profond des marais : au milieu du plus vaste des marécages : au cœur de la lande la plus abandonnée, d'un pays déjà trop vide.

Et il lui dit : Rhiannon la sanglante, Rhiannon, l'abominable. Quand tu mourras de faim, de souffrance et de solitude, alors tu viendras chercher tous tes enfants. Et les enfants de tes enfants… Et tu ramèneras toute ta descendance ici, avec toi. Ce marais sera ta porte vers les Enfers mais pour y pénétrer et y subir une moindre torture, tu devras les brûler un par un et les dévorer un par un. Puis, tu brûleras toi-même et tu disparaitras dans l'abîme noir de la Géhenne. Et plus jamais tu ne sentiras l'air des plaines, l'eau de tes marécages ou le soleil sur ta couverture de moisissure. Rhiannon, l'abomination, jusqu'à ce jour, les sorciers colporteront ton histoire et se méfieront de tes enfants, les usurpateurs de magie. Les petits boueux, seront pestiférés, moqués et torturés. Et lorsque l'on les verra trop nombreux, ils seront éliminés. Ton dessein ne s'accomplira pas. Il n'y aura pas d'épidémie.

Meurs vite en silence, ou souffre longtemps à pleins cris : personne ne viendra pour te secourir. Tes enfants ne t'entendront pas : ils ne seront ni aveugles, ni muets, mais je proclame qu'ils seront tous sourds à tes ordres ou à tes supplications. Tu es condamnée et seule.

Je te quitte, Rhiannon, l'ignominie, reste à avaler ton bouillon de vase et de vers. Qu'il circule dans tes veines et y remplace la bourbe qui te fait vivre. Qu'il étouffe ta cruauté et tout ce qui fait de toi l'exécrable monstre des marais.

Rhiannon, la boueuse. Tu demeures ici.

Le silence s'installa après la fin de son discours.

Hermione n'avait jamais entendu pareil conte : malsain et engendreur de haine. Il relâcha doucement son visage. Sa main salie vint se rincer dans la bassine d'eau près du rebord de la fenêtre : il attrapa ensuite le linge mouillé reposant sur l'anse et vint gentiment nettoyer le visage et le menton d'Hermione. Malefoy était sournois à s'en étouffer.

- Tu as peur... ?

Elle le regarda et tourna la tête de droite à gauche, lentement.

- Je ne te comprends pas... Tu es si lunatique..., dit-elle.

Ses pieds glissèrent hors du lit et elle se mit debout, face à lui.

Il empirait.

- ... Pourquoi as-tu encore forcé mon esprit ?

- Je n'ai pas besoin de raison.

- Mais tu en as toujours une.

- Où étais-tu, la nuit précédente ?, éluda-t-il.

Le froid s'insinuait sous ses pieds nus : il picotait.

- Où je voulais.

Loin de toi.

Il agrippa son poignet et le tordit. Elle grimaça.

- Avec qui tu traînais ?

- Avec qui je voulais, le provoqua-t-elle encore.

Personne, donc.

Drago tordit davantage son poignet, cette fois-ci, elle émit une plainte.

- Réponds.

- Je n'ai aucun compte à te rendre. Laisse-moi, maintenant.

Il l'attira vers lui brusquement, la bloquant contre son torse dans une sorte de clé de bras douloureuse. Quel lâche. Le nez d'Hermione, contre ses pectoraux, ne semblait plus respirer de la meilleure des manières. A vrai dire, la jeune Gryffondor semblait avoir oublié comment faire rentrer de l'air dans ses poumons depuis qu'elle s'était réveillée.

- Il m'avait semblé être clair pourtant, hier.

- Tu dis beaucoup de choses, mais ce n'est pas pour autant que je les écoute.

Cette fois-ci, il était vraiment en colère : son autre main vint se fourrer dans ses cheveux et tira violemment. Le visage d'Hermione bascula brusquement en arrière : leurs regards s'affrontèrent, haineux.

- Tu fais bien de profiter des derniers instants de pouvoir que tu as sur moi, Malefoy..., siffla-t-elle, harassée par la douleur. Je t'échappe, tu le sens... C'est pour ça que tu te montres encore plus cruel, encore plus sadique.

- Ma pauvre Granger, tu ne sais pas de quoi tu parles. Je ne vois pas comment tu pourrais m'échapper. J'ai encore six mois pour te le montrer…

Malgré tout, il y avait dans ses yeux une lueur sombre. Malefoy semblait, quelque part, avoir cru à ses dernières paroles.

- Je ne serais pas là, les prochains jours… sang-de-bourbe, dit-il soudain.

Alors, il s'agissait de cela ? Il s'en allait et avait peur que ses méfaits ne se défassent durant son absence. Comme si cela était possible.

- Je te conseille de faire très attention à ce que tu feras, pendant cette absence… Je saurais le moindre de tes faits et gestes.

- C'est impossible.

- Pour la magie blanche, probablement, agréa-t-il froidement.

- Tu vas me lancer un sort de magie noire ?, paniqua-t-elle.

- Tais-toi. Comporte-toi bien et respecte le pari, Granger. Sinon, tu sais ce qui se passera. Ne tente pas le diable.

J'ai tout sauf envie de te tenter, rassure-toi.

Il la relâcha et quitta les lieux, simplement.

Elle n'avait rien de bien grave. Mme Pomfresh avait soigné l'hypothermie sévère qu'elle s'était infligée l'avant-veille. Il lui restait une inflammation des bronches, des engelures sur les doigts, les pieds et les oreilles, et un bon gros rhume.

Pourtant, malgré le fait que son état se soit amélioré, Hermione n'allait pas bien. Cela faisait à présent deux jours que Malefoy était parti. Les cours avaient repris et le rythme se faisait plus dur que jamais, même si l'avance considérable qu'elle avait lui permettait de ne pas trop s'inquiéter. Hermione s'inquiétait quoi qu'il advienne. Les cours étaient après tout la seule chose véritable qui lui restait. C'était un repère chaud et rassurant que pour rien au monde elle n'aurait laissé tomber.

Elle avait croisé Liam, le matin, ils s'étaient salués avec un sourire. Le voir lui faisait du bien et du mal à la fois. Elle essayait de ne plus trop le regarder car à chaque fois que ses yeux se posaient sur lui, elle se prenait à espérer. Elle n'en avait pas le droit. Malefoy avait toujours su comment l'isoler au plus fort du mot.

Mais même en se disant cela, elle savait qu'elle avait fait certains pas elle-même : c'était d'elle-même qu'elle décidait de s'éloigner du Serdaigle. C'était d'elle-même, en âme et conscience, qu'elle avait décidé de jouer ce pari avec le Serpentard. C'était d'elle-même qu'elle avait rejeté Ron, le soir du bal.

Il n'avait d'ailleurs pas fait de nouvelle tentative et ne semblait pas en avoir parlé à Harry, ce qui la troublait. Parfois, il leur arrivait d'échanger des regards : ce dernier baissait toujours les yeux, au comble du malaise et de la gêne. Hermione, quant à elle, était complètement perdue dans ses sentiments : elle était à la fois heureuse qu'il remarque enfin que quelque chose n'allait pas, elle lui avait enfin fait part de toute sa rancœur à leur égard. Cela avait l'air de le toucher… Mais paradoxalement, Hermione culpabilisait.

Mais la vérité était là : il fallait qu'il comprenne que si elle en était là aujourd'hui, si ils en étaient là aujourd'hui, c'était en grande partie de leur faute. La peine avait l'air de l'atteindre durement mais Hermione ne parvenait pas à le plaindre. Il devait ressentir, à son tour, toute cette incompréhension, cette douleur que l'on endure lorsque l'on est en plein malaise avec ses amis les plus proches.

Pourrait-elle les pardonner ? Sans doute le ferait-elle. Mais pas tout de suite. Elle avait besoin de temps pour se remettre de tout ce qui se passait ces derniers temps. Malefoy était passé à la vitesse supérieure, et si elle faisait le bilan dans son esprit, elle constatait avec frayeur qu'il était ancré dans sa vie bien plus profondément qu'elle ne l'avait soupçonné.

Il avait outrepassé toutes les limites qu'elle avait un jour cru infranchissables : la violence physique qui la choquait les premières fois n'était plus qu'une routine, à présent. Maintenant, elle devait faire face à des menaces bien plus dangereuses. Il la touchait, sans scrupule, l'humiliait avec des caresses vénéneuses… Il parvenait également à s'introduire dans ses rêves, ce qui lui faisait penser qu'il lui était sans doute possible de fouiller dans ses pensées lorsqu'elle était consciente. Terrifiante idée. Certes, elle savait que son esprit se faisait bien plus vulnérable lorsqu'elle était endormie, mais une manipulation si aisée de son subconscient était très inquiétante. Peut-être parvenait-il aussi à s'immiscer dans ses secrets sans qu'elle ne s'en rende compte. Cette idée lui donnait des sueurs froides. Tous les plans qu'elle fomentait contre lui, tous ses monologues intérieurs à son sujet… S'il parvenait à les lire aussi facilement qu'elle déchiffrait un ouvrage…

Elle frissonna.

Et pouvait-il le faire à distance ? Peut-être. La magie noire était puissante et effrayante. Elle n'en connaissait rien et il saurait très facilement exploiter cette ignorance.

Là était la clé du problème. La jeune sorcière prit alors une grande décision : il fallait dès à présent qu'elle fasse des recherches à propos de la légilimancie. Il n'était plus possible qu'elle se laisse ainsi contrôler de la sorte.

Il y avait pire que tout ça. Elle avait réalisé, alors qu'il n'était pas là depuis maintenant deux jours, qu'elle pensait bien trop à lui. Il accaparait toutes ses pensées. Et ces pensées étaient comme les barreaux d'une prison dont il était le geôlier. Une prison de l'esprit où toute force est inutile car l'on sait qu'on ne peut s'en évader.

Malefoy avait bien réussi son coup, à vrai dire. Chaque geste, chaque pas qu'elle faisait, était entretenu par le régime de peur qu'il avait instauré ces derniers mois. Alors même qu'elle était seule, dans sa chambre et donc dans les appartements qu'il avait délaissé, elle ressentait encore sa présence tout autour d'elle : il ne la quittait jamais. Cette idée l'horrifiait. C'était comme une ombre se glissant dans son ombre : un murmure dans ses oreilles.

Le soir, lorsqu'elle se faufilait entre ses draps, elle ne parvenait plus à éteindre la lumière. Et quand elle s'endormait, son sommeil était peuplé de cauchemars primaires. De complots, de poursuites dans des couloirs et de regards sombres. Elle dormait mal. Très mal. Et la fatigue ne l'aidait pas à faire le tri dans ses pensées.

Quoi que l'on pouvait en dire, son état s'aggravait, lentement… Vicieusement. Et il était le responsable de tout ça.

Hermione se rendait à la bibliothèque, l'esprit embrumé. Il n'était question que d'une seule chose : trouver un ouvrage qui lui permettrait d'échapper à son éternel bourreau. Chaque problème avait sa solution, et la solution du cas présent n'était pas si compliquée : elle devait combler son ignorance du domaine de la légilimancie, quitte à s'en renseigner dans des grimoires de magie noire. Il ne pouvait décemment pas se servir de magie blanche de toute façon, pour arriver à de tels résultats.

C'est en territoire plus que connu qu'elle se sentit lorsqu'elle parcourut les rayonnages. Malgré tout, elle ne sut pas réellement où chercher. La première chose qui lui vint à l'esprit fut de se renseigner sur les bases même de l'infiltration mentale magique. C'est ainsi qu'elle se retrouva à ouvrir le premier ouvrage de légilimancie pour les débutants.

« La Légilimancie se traduit par la capacité d'extraire des émotions et des souvenirs de l'esprit d'une autre personne. Elle est plus facile à pratiquer lorsque le Legilimens – personne pratiquant la légilimancie - est physiquement proche de sa cible, et quand celle-ci n'est pas sur ses gardes, mais plutôt relaxée, c'est-à-dire vulnérable. Le contact visuel est souvent essentiel, il est donc utile pour un Legilimens de manipuler oralement sa cible pour qu'elle le regarde dans les yeux, d'autant plus que l'état émotionnel de la cible peut faire ressortir des souvenirs précis à la surface. Cela semble correspondre assez bien à la nature de la mémoire humaine telle que la perçoit la science moldue. » (1)

Curieux. Certes, elle était relaxée en dormant, mais on ne pouvait certainement pas dire qu'il y avait un quelconque contact visuel. Par ailleurs, si la légilimancie ne se contentait que d'extraire les émotions et les souvenirs, alors cela n'avait pas grand chose à voir avec ce qu'il lui infligeait : il lui imposait ses propres visions. Ce n'était plus qu'une simple intrusion, c'était une entrée en force dans son esprit d'éléments extérieurs, d'images nouvelles et inédites : comme un film dont elle était l'actrice et dont son esprit serait l'involontaire théâtre.

Abandonnant l'ouvrage, elle se dirigea plutôt vers le rayonnage de l'oniromancie. Certes, il s'agissait d'un art divinatoire mais peut-être trouverait-elle de précieuses informations à propos de ce qu'il lui faisait expérimenter.

Divination tome IV, l'Oniromancie.

« L'oniromancie est un art divinatoire subtil… Aussi, la pratique est plus efficace que la théorie : cependant si vous ne pouvez vous accorder une séance de divination avec un medium de choix, ce livre est fait pour vous. Vos rêves peuvent essayer de vous prévenir d'un danger proche ou d'une personne peu sûre : ne négligez pas ce qui pourrait être un message prémonitoire. » (2)

Et blablabla.

Il n'y avait évidemment rien sur une quelconque connexion avec la légilimancie, ou encore une quelconque allusion, dans le sommaire, à ce qui pourrait se révéler être une intrusion dans les rêves. Mais après tout, pourquoi perdait-elle son précieux temps avec des manuels de cours... ? Non, il lui fallait aller dans la réserve.

Une fois rendue sur place, cependant, elle comprit bien vite qu'elle ne trouverait rien sans un peu d'aide. Un peu grimaçante, elle se résolut à demander de l'aide à Madame Pince. D'une démarche calme, offrant à son visage un sourire poli, elle toussota pour interrompre la femme dans sa lecture de ce qui semblait être l'inventaire.

Cette dernière releva la tête, lui jetant un regard peu amène. Lorsqu'elle s'aperçut de l'identité de la personne, cela dit, son air se défroissa et elle concéda un début de sourire. Elle en avait si peu l'habitude que ce dernier lui tordit salement la bouche dans un rictus désagréable.

- Bonjour, Madame. Je suis désolée de vous importuner, je voudrais juste un renseignement...

- Je vous en prie, Miss Granger, venez en aux faits, minauda-t-elle d'une voix sèche.

Quelle harpie.

- J'aimerais savoir où je pourrais trouver des informations sur une certaine forme de légilimancie... Ou plutôt d'intrusion dans l'esprit. Si possible, un ouvrage dans la réserve.

- Pourriez-vous vous montrer plus précise ?

- L'intrusion dans les rêves, par exemple..., ajouta Hermione en prenant l'air désintéressée.

- Il y aurait bien un ouvrage mais je crois savoir qu'il a été emprunté...

Hermione sentit son cœur rater un battement.

- Par qui ?, demanda-t-elle alors, spontanément.

La vieille aigrie lui offrit un sourire hypocrite avant de se pencher vers elle, l'observant froidement derrière ses lunettes.

- Vous savez bien que je ne peux vous confier pareille information, Miss Granger... Vous connaissez le règlement presque mieux que moi.

- Vous me flattez, Madame... Mais à vrai dire... Les ouvrages de la réserve sont soumis à des autorisations bien précises et...

- Pas d'insolence, s'il vous plait. Certes, comme je viens de le dire, vous connaissez le règlement sur le bout de vos doigts, cependant je suis plutôt sûre de moi lorsque je vous annonce que l'ouvrage est emprunté et de manière régulière. Un professeur a évidemment rédigé une autorisation pour l'élève concerné.

- S'agit-il, à tout hasard, de Drago Malefoy... ?

La bibliothécaire pâlit brusquement, confirmant les craintes d'Hermione.

- Et j'imagine que le professeur Rogue est celui qui vous a fait note de son autorisation...

Madame Pince se redressa sur sa chaise, croisant les bras juste après avoir remis ses lunettes en place sur son nez.

- Pourquoi autant de spéculations... ? Avez-vous besoin de cet ouvrage pour un devoir, Miss Granger ? Si vous continuez à insister, je n'hésiterais pas à en référer au professeur concerné.

La Gryffondor blêmit à son tour.

- Croyez-moi, je ne voulais pas me montrer impertinente, s'excusa-t-elle aussitôt. C'est juste... Je m'inquiétais, je suis surmenée... Le fait que le livre ne soit pas disponible m'a fait m'emporter... Veuillez m'excuser...

Satisfaite, la bibliothécaire eut un tic de jubilation.

- Je comprends, je sais à quel point vous êtes sérieuse et je n'aimerais pas avoir à me plaindre de votre comportement. Vous êtes excusée.

Elle eut alors un nouveau tic.

- Comme vous vous montrez conciliante, je vous préviendrais dès que le livre sera rendu.

- Je vous remercie, se sentit obligée de dire Hermione en lui adressant un sourire particulièrement hypocrite.

Un peu vexée de son échec, elle quitta la bibliothèque, décidée à s'enquérir de l'ouvrage d'une autre manière.

Un soir, alors qu'il était absent depuis presque une semaine, elle sortit de sa chambre. La salle-commune était baignée dans l'obscurité : le feu de la cheminée s'était éteint. Comme dans l'âtre qu'était son être, elle n'avait rien fait pour en raviver les braises. Elle aussi s'éteignait doucement.

Sur la pointe des pieds, elle se glissa jusqu'à la chambre de Malefoy. D'un geste anxieux, elle dirigea ses doigts tremblants vers la poignée et l'actionna avec lenteur. La porte n'était pas verrouillée et bientôt, elle fut entrebâillée…

La lumière de la lune éclairait à peine l'intérieur de la chambre. Cette dernière était outrageusement rangée, rien ne trainait. Hermione fit quelques pas à l'intérieur et aussitôt, elle remarqua que la pièce était emplie par son odeur. Un frisson lui parcourut diaboliquement l'échine.

Elle savait qu'elle n'était pas censée faire ça mais l'idée l'avait obsédée, ces derniers jours. Elle avait envie de se montrer aussi intrusive que lui, même si cela lui était impossible. Le seul palliatif qu'elle avait trouvé était de s'introduire dans sa chambre durant son absence et, faute de comprendre davantage qui il était, d'au moins se figurer où il cachait l'ouvrage. Mais elle aurait dû s'en douter : non seulement Malefoy n'était pas un homme à laisser l'empreinte de son caractère sur des objets inertes -sa chambre n'était qu'un lieu impersonnel où il dormait-, mais en plus elle était à peu près sûre que tout serait enchanté.

La jeune sorcière porta son regard sur son lit, fait au carré. Sans trop savoir pourquoi, cette vue la pétrifia. Qui aurait pu savoir tout ce qui s'était déroulé ici. Elle rougit involontairement. S'infiltrer dans des quartiers étrangers, et à fortiori dans ceux de son bourreau, lui laissait une désagréable impression. Elle se sentait tellement intruse, tellement fautive.

Il l'avait dressée. C'était terrifiant.

Elle détourna les yeux et ces derniers tombèrent nez à nez avec une grande sculpture sombre aux courbes rondes. Son violoncelle.

Avant cette année, jamais Hermione n'aurait pensé qu'il n'était musicien. Pour elle, il n'avait pas cette passion, ce génie que possédaient ceux qui jouaient d'un instrument. Elle avait par contre bien imaginé qu'il ait été forcé, dans sa jeunesse, à se plier à des leçons de piano et qu'il ait trouvé l'activité des plus rébarbatives. Malefoy avait tellement l'habitude de rejeter les plus belles choses sous l'unique et stupide prétexte qu'elles ne servaient pas son intérêt. L'amitié, la franchise, l'empathie… Les arts. L'amour.

Peut-être aurait-elle dû cesser de le juger : il la rendait mauvaise… mais elle n'y parvint pas. Malgré tout, l'idée qu'il joue du violoncelle était quelque chose de déroutant. La façon dont il en jouait encore davantage.

C'était probablement la chose qui l'obsédait le plus à propos de lui. Comment pouvait-on libérer autant d'émotions en en étant soi-même complètement vide.

Peut-être n'était-ce que ce qu'il voulait faire croire… ?

Elle se gifla mentalement. Pourquoi lui chercher de telles excuses, toujours ? Il était abject et vil. Il la répugnait. Elle le répugnait. Il la détestait. C'était un raciste borné, complètement fermé d'esprit. Et elle, elle perdait son temps à l'innocenter.

Mais elle savait pourquoi elle faisait ça. Elle voulait juste se convaincre qu'il n'était pas complètement perdu, qu'elle pouvait le ramener : qu'il n'était pas encore trop loin ni trop enfoncé dans la noirceur. Tout ceci aurait pu justifier son implication dans le terrible pari qu'elle avait scellé avec lui.

Et pourtant…

Mais il n'y avait peut-être pas que ça. Une infime sensation, au plus profond de son être, lui imposait tous les jours un peu plus une ignoble certitude : elle était liée à Drago Malefoy. Il avait eu tant d'emprise sur elle, et pendant tant de temps. Il avait été le seul à lui porter attention. Cette attention, bien que violente et cruelle, avait été son quotidien et quelque part, un repère. Oui, un repère car une habitude. Contrairement à ses amis, il avait été présent. Bien évidemment, de la plus abominable des manières, mais il s'était ancré dans sa vie et cela la bouleversait à chaque fois qu'elle s'en rendait compte.

Jusqu'à ce qu'elle l'oublie à nouveau.

Hermione se gifla mentalement : elle n'était pas venue dans sa chambre pour tirer de pareilles et dramatiques conclusions. Non, il fallait qu'elle trouve l'ouvrage. Lorsqu'elle s'avança davantage, cela dit, elle se sentit bloquée. Il avait bel et bien jeté un maléfice sur la pièce. Forcée de reconnaître encore une fois qu'elle avait échoué dans son entreprise, elle se résolut à quitter la chambre bredouille. Peut-être était-il déjà averti qu'elle était rentrée, par elle-ne-savait-quel moyen. Il était démoniaque et diaboliquement capable de mettre en place des pièges afin qu'elle tombe dedans comme la dernières des imbéciles.

Elle ressortit alors, refermant doucement la porte sur le spectacle froid et inerte qu'elle avait tant tenu à voir.

Puis, Hermione était retournée dans sa chambre, s'était assise sur son lit et s'était remise à penser de plus belle : elle ne faisait que cela, ces temps-ci. Elle savait que trop penser n'était pas forcément une bonne chose mais rien à faire : rien ni personne ne pourrait la soustraire à ses obscures idées. Où était-il ? Que faisait-il ? Faisait-il du mal, là où il se trouvait ?

C'était plus que probable : il ne savait faire que cela.

Ils étaient en cours de botanique avec les Serdaigles. Liam et Hermione s'étaient mis à côté et étudiaient la théorie des plantes ovoïdes. Le professeur Chourave avait tendance à jeter pas mal de regards inquiets en direction d'Hermione mais cette dernière essayait de la rassurer le plus possible, et surtout de ne pas attirer l'attention sur elle en agissant comme d'habitude. Autrement dit, en ne faisant que lever la main à chaque question posée.

- …remarquer un exsudat plutôt important chez certaines espèces dû à…

- Hermione…

Elle se tourna vers Liam alors que le professeur de botanique passait non-loin d'eux.

- Tu as l'air déprimée depuis quelques jours… Ca va ?

- Oui, ne t'inquiète pas. J'ai un petit coup de fatigue… Et j'ai attrapé froid en fin de semaine dernière… Mais ça va mieux maintenant…, murmura-t-elle sans le regarder.

Lui mentir droit dans les yeux n'était pas envisageable.

- Bon… En tout cas, j'ai une surprise pour toi… Je peux…

- … se caractérisent par des feuilles finement denticulées…

Il laissa le professeur passer avant de reprendre ses chuchotis.

- … passer te voir ce soir ?

Son cœur loupa un battement. C'était une excellente comme une très mauvaise idée : elle était ravie de voir qu'il voulait passer du temps avec elle, encore davantage lorsqu'il disait avoir une surprise pour elle, mais l'amener dans leurs appartements était tout sauf intelligent. Malefoy avait fait des menaces avant de partir et il n'en faisait jamais pour rien. Malgré tout, la curiosité et l'envie de le voir la poussèrent à acquiescer d'un hochement de tête.

- Pendant ma ronde ?

- Après, ce serait mieux…

Elle eut un agréable frisson. On aurait dit qu'il préparait un rendez-vous amoureux… C'était vraiment charmant.

- … dont la plupart sont pauciflores…

- Bon… D'accord…, agréa-t-elle avec un petit sourire.

Il lui renvoya un semblable avant de se replonger dans l'écoute du cours de botanique. Hermione, elle, resta un peu bloquée sur lui jusqu'à ce que le passage du professeur Chourave devant sa table la réveille.

Toute la journée, Hermione fut anxieuse à l'idée du rendez-vous. Que préparait-il ? Devait-elle s'habiller bien ? C'était un vendredi soir, ils n'avaient pas cours le lendemain… Peut-être était-ce vraiment un rendez-vous galant ? Mais aussi tard le soir ? Avait-il des idées derrière la tête ?

Elle rougissait à chaque fois qu'elle y songeait, jusqu'à ce que le souvenir d'un certain Serpentard ne vienne s'imposer à son esprit. Elle ne pouvait jamais avoir la paix. S'il apprenait qu'elle avait accepté que Liam vienne à une heure pareille, il lui ferait certainement subir mille tourments. Et la jeune sorcière ne put même pas se résoudre à imaginer la torture qu'il lui infligerait si Liam avait effectivement des idées derrière la tête.

Ils se détestaient tant que cela en était ridicule. Peut-être même le détestait-il plus qu'Hermione elle-même. Incroyable.

C'est bien pour cela qu'à 22h, Hermione était assise dans sa salle commune, la boule au ventre. Lorsque quelqu'un frappa au loquet près du tableau, elle crut qu'elle allait s'évanouir.

D'un pas leste, elle se dirigea vers l'entrée des appartements et l'ouvrit. Liam entra, tout sourire, un grand paquet dans les mains.

Tous deux allèrent dans sa chambre et s'installèrent sur le tapis moelleux qui recouvrait les dalles froides de la pièce.

- Qu'est-ce que c'est ?, s'enquit-elle enfin en pointant du doigt la chose empaquetée.

- Tu te souviens de la discussion que nous avons eue, le soir de Noël, en haut de la tour d'astronomie ?

Hermione chercha dans son esprit à quoi il faisait allusion : elle se souvenait bien de leur conversation, c'était certain, mais elle ne savait pas à quoi il faisait référence.

- Euh… Oui… ?

- Je t'avais demandé si tu aimais la musique moldue… ?

- Oui, et je t'avais répondu qu'aucun appareil électronique ne fonctionnait à Poudlard… et...

C'est là qu'elle comprit : il n'eut même pas besoin d'en rajouter d'ailleurs quand il vit son regard. Ses mains déballèrent rapidement l'empaquetage et un poste radio apparut sous le papier kraft.

- … Voilà.

D'un simple geste, il sortit sa baguette et la dirigea sur l'appareil. Un grésillement désagréable se fit entendre : il fit lentement tourner la baguette sur elle-même, comme opérant un réglage… Et petit à petit, le son devint plus clair et une guitare électrique brusque se fit violemment entendre.

- … An' I'm only doin' good when I'm havin' fun ! An' I don't have to please no one ! An' I don't give a damn 'bout my bad reputation ! …Oh no, no, no, no, no, no ! Not me, me, me, me, me, me ! (3)

Les deux sorciers se regardèrent en souriant : Hermione était émerveillée. Elle n'avait pas pu écouter de musique depuis des lustres et des lustres. Enfin… il y avait eu le bal mais…

- C'est génial

- Il est à toi, maintenant.

Elle lui jeta un regard stupéfait et il rit gentiment.

- Allez lève-toi…, lança soudainement Liam en se relevant lui-même.

Elle s'exécuta et prit les deux mains qu'il lui tendait. Ils commencèrent alors à danser comme deux grands enfants excités, éclatant de rire toutes les cinq secondes. De sacrées doses de bonheur circulaient dans les veines d'Hermione Granger. Elle n'avait pas connu ça depuis des mois. Non, à vrai dire, depuis des années… Depuis que Voldemort était revenu.

Mais il ne fallait pas repenser à tout ça ! Il fallait penser à l'instant présent, en profiter… Le savourer.

Bientôt, la chanson vint à changer et le speaker annonça Supertramp (3) et un tout autre rythme, bien plus calme, vint prendre place dans les enceintes. Liam rapprocha Hermione de lui et enveloppa sa nuque de ses bras avec un sourire. Il l'entoura ensuite de ses propres bras et ils se mirent à danser doucement.

La jeune sorcière sentait son cœur battre à cent à l'heure. Deux sensations la tenaillaient : elle était à la fois comblée et… mal à l'aise… Comme si ce qu'elle faisait était une sorte de trahison. Mais elle devait cesser de culpabiliser toujours ! La seule personne pour qui elle pouvait ressentir ça, était Ron… C'était forcément Ron. Mais elle ne ressentait plus aucun sentiment amoureux pour lui, alors pourquoi se sentait-elle mal ?

Leurs joues se touchaient : elle sentait ses mains posées sur ses hanches et le contact la troublait. La dernière fois qu'elle avait été aussi près d'un homme, c'était avec Malefoy.

Et voilà. C'était trop tard. Il avait envahi ses pensées comme la pire des épidémies. Liam recula sa tête et leurs regards se connectèrent.

- Tu es gênée… ?

Elle secoua doucement la tête de droite à gauche en signe de dénégation.

- Je peux t'embrasser ?

Il lui demandait l'autorisation… ? Que pouvait-elle bien dire ? Il était évident que oui : elle était amoureuse de lui. Pourtant, elle ne parvint pas à le lui dire. Le fait qu'il prenne le temps et le soin de savoir si elle en avait envie ou non le différenciait encore diablement de Drago Malefoy. Mais pourquoi ne pouvait-elle pas penser à autre chose qu'à lui ? C'était gênant. Et surtout, pourquoi pensait-elle à lui en ce moment précis ?

Disparais de ma tête, raciste.

- Oui…, finit-elle par bredouiller, rouge.

Il sourit de plus belle et pencha son visage vers le sien. Aussitôt, Hermione ferma les yeux en relevant sa tête. Mais rien n'arriva, sinon une voix glaciale.

- Je peux savoir ce que vous faites… ?

Hermione se pétrifia et rouvrit aussitôt les yeux. Liam, lui, se redressa et tourna la tête vers la source de la parole : Drago Malefoy était appuyé dans l'embrasure de la porte, les bras croisés.

Son visage était calme, ses yeux en pleine tempête.

- J'allais l'embrasser, ça ne se voit pas ?, cingla William.

- Dehors, Blake. Tu n'as rien à faire hors de ton dortoir à une heure pareille, l'interrompit presque Malefoy, la voix aussi froide et tranchante qu'un iceberg.

Le Serdaigle jeta un coup d'œil à Hermione, tétanisée. Il ne sembla pas se rendre compte de son état puisqu'il lui adressa un sourire avant de quitter la pièce.

- On se revoit demain, Hermione…

Le tableau de la salle-commune claqua. Malefoy reporta son regard sur Hermione et la perfora des yeux, longuement.

- Alors, c'est comme ça… ?, murmura-t-il.

Elle était seule. Avec lui. Tout portait à croire que cela allait vraiment très mal se passer. Ses yeux laissaient passer tant d'aversion, de mépris, de dégout. De colère.

- Quoi… ?, demanda-t-elle, presque sûre de signer sa perte avec une telle impudence.

Il s'avança, lentement jusqu'à la dominer de sa tête et demi de haut, et porta la main sur sa gorge. Elle crut d'abord qu'il allait l'étrangler ou quelque chose du genre, mais il emmêla juste ses doigts dans la chaine de son pendentif. Son geste était troublant mais inoffensif, jusqu'au moment où il tira dessus brusquement. Une douleur vive traversa la nuque d'Hermione.

- Qu'est-ce que… ?!

La chaine avait cédé et Malefoy tenait à présent le bijou entre ses doigts.

- Rends-le-moi, Malefoy !, s'écria-t-elle soudain, en colère qu'il ait osé faire une chose pareille.

C'était un cadeau, après tout, et il venait de le casser.

- Je ne te rendrais rien du tout, Granger, trancha-t-il d'une voix sans appel.

Ces mots la glacèrent de haut en bas.

- … Tu n'as pas le droit !, bredouilla-t-elle, la gorge soudainement bien sèche.

Il la méprisa du regard avant de quitter sa chambre d'un pas lent. Derrière lui, la porte claqua à en faire sursauter Hermione.

(1) Définition tirée du site EHP - Page sur la Légilimancie

(2) Définition sortie de Thriving Bones - (Madelight ©)

(3) Bad Reputation (1981) – Joan Jett

(4) Breakfast in America (1979) - Supertramp

Les reviews, c'est le bien.

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