La Louve du Temps - Oubli

All Rights Reserved ©

~ Chapitre 1 ~

Le Silence. Telle était ma première constatation, le temps semblait figé.

La forêt était calme, il n’y avait aucun bruit autour de moi. Si ce n’était le croassement rauque d’un corbeau perturbant le calme ambiant, perturbant mon esprit qui n’était alors qu’un amas brumeux d’idées sans aucun sens précis.

Le Soleil illuminait la clairière de ses rayons. La chaleur enveloppait mon visage. L’herbe sous mes mains était sèche, rêche, griffant la paume de ma main.

Avec difficulté et une lenteur certaine, je me levai, trouvant un semblant d’équilibre à travers mon corps engourdi.

Passant ma main à travers mes cheveux, les secouant pour faire disparaître les dernières traces de mousse et de boue s’y trouvant. Fébrilement, j’inspectais mes poches, mon corps semblant être mué d’une volonté qui lui était propre. À la recherche de quoi ? Je n’en avais pas la moindre idée.

Puis soudainement, triomphante, ma main surgit de la poche de ma veste.

C’était un petit papier, froissé, recouvert d’une écriture arrondie, à la limite de l’indéchiffrable.

« Je suppose sans mal que tu dois te sentir confuse ?

Je n’ai malheureusement pas suffisamment de temps pour tout t’expliquer.

Je suis Toi, et tu est Moi.

Je...enfin tu es Elaé.

Tu as 22 ans, et tu travailles à la CATT. Tu vis à Chicago, dans le quartier d’Ashburn, au 4th Lincoln Avenue.

La clé de l’appartement se trouve dans ta poche gauche. Dès que tu seras chez nous, cherches ton téléphone dans le tiroir près du lit, et appelles Liam.

Il t’aidera à comprendre ce qu’il se passe.

Peut-être oublieras-t-il …»À l’évidence, je n’avais pas eu suffisamment de temps pour en écrire davantage… Ainsi, je m’appelais Elaé ?

Un prénom peu commun, ça restait le mien pourtant alors pourquoi m’en plaindre...

Cependant, pourquoi n’avais-je aucun souvenir clair de ma vie ? Oublier son existence entière… cela me semblait bien trop gros… Quelque chose perturbais la cohérence de ce souci, m’empêchant de me concentrer sur ce seul problème.

Pour le moment, j’arrivais à encaisser. Après tout, c’était la seule piste que je pouvais suivre, et qu’avais-je à y perdre ?

J’avais la sensation de reconnaître cette écriture d’ailleurs. Un peu comme si j’avais eût l’occasion de lire plusieurs choses écrites de cette manière.

Je… j’allais faire confiance à ce bout de papier. Fonder mes espoirs là-dessus. Pour le moment du moins.

Inspirant aussi profondément que je le pouvais, je chassais presque instantanément tout l’air emplissant mes poumons. Il était inutile de paniquer, j’allais trouver une solution, ne serait-ce que temporaire.

J’allais suivre le message que j’avais retrouvé dans ma poche, j’irais à Chicago.

Mais la question était, dans un premier temps, de savoir où je me trouvais.

Le bruit clair d’un vrombissement de voiture résonnait dans mes oreilles. Il semblait y avoir un axe routier non loin.

Concentrée sur le bruit, c’est dans cette direction que je me dirigeais. Et c’est après quelques minutes de marche, que j’atteignais finalement une petite route bordée de peupliers.

Me postant près du bord de la voie, assise sur un énorme rocher, c’est vers l’auto-stop que je me tournais.

Le pouce en l’air, mon regard sans doute hagard, mes vêtements couverts de mousse et de boue, je devais faire sans doute peur à voir.

Je patientais longuement, alors que peu à peu, la faim et la soif s’emparaient de moi. Et au bout d’une ou bien peut-être de deux heures, alors que le soleil descendait progressivement dans le ciel, un jeune couple s’arrêta. Je ne tardais pas à monter à l’arrière de leur voiture. La jeune femme se retourna de son fauteuil passager et me dit joyeusement :

« Salut ! Je m’appelle Anna, et voilà Lucas, mon fiancé. Nous allons à Chicago pour notre part. Tu sembles revenir de loin sale comme tu es… Et où vas-tu ?

— Vous pouvez m’appeler … Elaé… J’habite également à Chicago, vous connaissez le quartier de Ashburn ?

— Bien sûr ! » répondit la jeune femme d’une voix enjouée.

Je voulais croire qu’elle ne partait d’une mauvaise intention, mais à l’évidence, cette Anna était du genre intrusif, beaucoup trop intrusive. Et je devais dire que sa voix aiguë me perturbait...

« Nous venons d’y emménager… Et bien, je pense que ce sera avec joie que l’on t’y déposera, n’est-ce pas Lucas ? »

L’homme haussa les épaules avant d’acquiescer. La blonde se retourna avant d’ajouter sur le ton de la confidence :

« Il est toujours comme ça. Ne t’inquiètes pas. Quoi qu’il en soit, je suis heureuse de faire ta connaissance Elaé ! »

Perturbé par la bienveillance et la naïveté de la jeune femme je lui rétorquais simplement :

« De même »

Puis elle se retourna de nouveau, attrapant quelque chose dans son sac. Elle me tendit ainsi une petite bouteille d’eau :

« Tu dois avoir soif ? Il a fait sacrément chaud aujourd’hui, c’est étrange pour un mois d’avril, non ? Je dois dire que je n’y croyais pas trop à leur histoire de réchauffement climatique avant, mais là, ça commence à devenir inquiétant… Mais au fait si ça se trouve nous sommes voisines, c’est encore plus sympa de s’entraider, en y repensant ! D’ailleurs, si je ne suis pas trop indiscrète… c’est la première fois que je vois des cheveux comme les tiens…» avait débité la jeune femme sans s’arrêter une seule fois. Les capacités de ses poumons me surprenait...

Me penchant par la suite sur mon buste pour examiner mes cheveux, m’attendant à les voir encore plus en bataille que je pensais les savoir être.

Mais rien de cela, mes cheveux étaient toujours aussi brun que je pensais les avoir. Du moins, cela pouvait tout aussi bien être le résultat d’une coloration, pourtant j’avais le sentiment que ce n’était pas le cas.

Je regardais Anna, perdue. Elle hésita quelques secondes avant de tendre le bras vers mes épaules :

« Je veux dire regardes… Lorsqu’ils sont sous la lumière du soleil, ils ont l’air d’être de toutes les couleurs… C’est un peu difficile à expliquer, mais c’est très joli. Et si c’est une couleur, je veux le numéro de ton coiffeur ! » ajouta-t-elle avec entrain. « J’ai toujours voulu changer de couleur de mes cheveux, sans pour autant passer le pas. Mais là, je t’avouerais que pour une couleur comme celle-là, je serais totalement prête à tenter l’expérience. »

En observant ma chevelure avec attention, je constatais qu’Anna avait raison.

À chaque passage de ma main à travers mes cheveux, une multitude de couleurs semblaient apparaître sous la lumière déclinante du soleil. Par endroit, ils semblaient même briller d’une chaleur apaisante.

Durant tout le long de notre trajet, la jeune femme s’entêtait à me questionner sur mes goûts, mes passions, et plus généralement sur l’ensemble de ma vie.

Excédée, c’est au bout de plusieurs longues minutes que je lui annonçais que je n’en avais pas la moindre idée.

Elle cessa alors de me poser des questions, son visage se ferma quelques instants, gênée de son intrusivité sans doute. Et après quelques minutes, alors que je pensais finalement avoir trouvé suffisamment de tranquillité pour réfléchir. Elle se mit alors à me parler de ses goûts et de ses passions. Elle ne semblait pas vouloir s’arrêter de parler à l’évidence.

Durant un cours instant, je sentis le regard de Lucas sur moi. Relevant le visage, celui-ci semblait presque désolé de me voir devoir écouter sa fiancée.

Je me demandais comment ces deux-là avaient pu finir ensemble, ils étaient incroyablement différents. A la fois complémentaires et opposés, au final, peut-être s’étaient-ils bien trouvés ?

Anna était plutôt amicale, peut-être même trop. Elle était bien trop bavarde. Et ce n’était clairement pas le genre de personne avec qui je pourrais m’entendre sur la durée. Et j’étais intimement convaincue, que je ne devais même pas avoir retenu un quart de ce qu’elle avait pu me dire. Quelle genre d’amie pourrais-je faire si je n’écoutais pas ce que l’on me disait ?

Lorsque finalement ils me déposèrent devant mon immeuble, Anna m’avait déjà plaquée dans la main un morceau de papier sur lequel elle avait inscrit son numéro de téléphone. Elle avait alors déclaré que je devais impérativement l’appeler lorsque j’aurais du temps libre.

Puis leur voiture avait démarré en trombe avant de tourner à droite au coin de la rue.

Enfin seule, je m’étais empressée de fouiller dans ma poche, de laquelle je sortis un pass.

Le passant devant le cadran, la porte s’ouvrit.

Le hall était vide. L’immeuble qui de l’extérieur paraissait tout ce qu’il y avait de plus normal, était étonnement luxueux de l’intérieur.

Un immense lustre était suspendu au plafond, lui-même décoré de splendides arabesques de plâtre. Les murs bleus pâles étaient par endroit décorés de noms fait à l’encre noire. Le carrelage était fait d’un marbre brun foncé luisant de mille feux grâce à l’intense lumière apportée par l’énorme lustre surplombant la scène.

Deux ascenseurs étaient encastrés au fond de la pièce. Les portes des deux habitacles étaient faites d’un noir onyx, alors que les boutons permettant d’appeler les ascenseurs étaient d’un doré éclatant de propreté.

Une dizaine de boîtes aux lettres étaient adossés contre le pan droit de la pièce.

J’y cherchais ainsi mon nom, mes doigts suivants presque religieusement chaque nom inscrits sur les différentes boîtes aux lettres.

Puis finalement j’y lu mon nom :

Elaé Volk-Orà Appt n°6, 8e étage.

C’est à grandes enjambées que je rejoint l’un des ascenseurs. Une musique alternative résonnait doucement dans l’habitacle.

Mes yeux bleus foncés -à la limite du violet en réalité, se reflétaient sur la vitre transparente recouvrant un pan de l’ascenseur. Mes pommettes semblaient saillantes, alors que mon nez droit était recouvert d’une petite tache de boue. Mon visage entier semblait recouvert de petites saletés, j’aurais tout aussi bien pu revenir d’une bagarre dans les bois avec un troupeau de sangliers.


Enfin, l’habitacle s’arrêta, je passais un pieds timide en dehors, avant de finalement en sortir totalement.

La moquette rouge contrastait avec les murs gris pâle. Il ne semblait y avoir que deux portes à cet étage.

Les observant tour à tour, je regardais les numéros devant chaque sonnettes.

Après un court instant d’hésitation, je sortais ce qui devait être mes clés, avant de lentement les insérer dans la serrure. Lorsque le déclic signalant que la porte était ouverte retentit, je la poussais avec une légère appréhension.

Continue Reading Next Chapter

About Us

Inkitt is the world’s first reader-powered publisher, providing a platform to discover hidden talents and turn them into globally successful authors. Write captivating stories, read enchanting novels, and we’ll publish the books our readers love most on our sister app, GALATEA and other formats.