La Louve du Temps - Oubli

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~ Chapitre 2 ~

Contrairement à la veille, cette fois c’est le calme et la chaleur de la pièce qui m’assaillaient. La douceur des draps de coton sous ma peau acheva d’apaiser mon esprit embrumé.

Les rayons maladroits du soleil filtrant à travers les rideaux éblouissaient mes yeux qui tentaient avec peine d’échapper aux derniers relents de sommeil. Une longue minute passa avant que je ne me décide finalement à quitter mon lit.

Brusquement arrêtée dans mon mouvement par un profond sifflement s’étirant d’une oreille à l’autre. Ne cessant pas, je tentais d’occulter le dérangement auditif, me concentrant sur les derniers évènements.

Alors que la veille, je m’étais réveillée dans la mousse et la verdure d’un clairière, aujourd’hui la situation était tout autre.

Pourtant, tout comme hier, mes souvenirs étaient absents. Je ne savais toujours rien de la personne que j’avais été.

Avec une pointe d’amertume, l’oreille toujours aussi sifflante, je me levais, prenant la direction de la salle de bain.

Et après une longue douche salvatrice, l’eau chaude, presque bouillante ayant glissée sur ma peau, m’avait fait un bien fou, mon esprit était finalement totalement éveillé.

Quelques longues minutes plus tard, j’avais entouré mon corps d’une épaisse serviette brune. Puis j’avais attrapé quelques vêtements dans la penderie, ne tardant pas à m’habiller, un courant d’air frais matinale n’était pas le mieux pour se promener en serviette.

La porte de la chambre d’ami était toujours close, j’en déduisais que Liam était encore prisonnier des bras de Morphée.

Je pris finalement la direction de la cuisine, préparant le petit-déjeuner.

La cuisine était la même que la veille, rien n’avait changé.

C’était rassurant dans un sens, de savoir, que finalement rien ne changeait chez moi, malgré ma perte de souvenirs…

Sortant les œufs et les légumes du réfrigérateur, j’avais en tête de préparer des œufs brouillés et quelques légumes émincés.

Attrapant mon téléphone d’une main, le sifflement qui avait un peu plutôt occupé mes oreilles venait de disparaître, et pour pallier au silence ambiant, rien ne valait la musique.

Et c’est avec un grand sourire que je parcourais la bibliothèque musicale, celle-ci, était plutôt bien fournie, je fit ainsi défiler les différentes pistes en aléatoire, et j’avouais sans peine que les musiques de The Weeknd avaient un certain impact sur moi.

La bonne humeur s’empara de moi, bougeant de temps à autre mon corps au rythme de la musique, je remuais les légumes avec entrain.

Disposant ces mêmes légumes dans des assiettes en me déhanchant joyeusement, un toussotement amusé interrompit mon moment d’amusement. Et alors me retournant à une vitesse hallucinante, je constatais la présence de Liam, adossé au mur de la cuisine, m’observant avec un sourire intrigué.

Et sa voix grave résonna dans la pièce :

« Je vois que tu danses toujours avec autant d’énergie…»

Je m’arrêtai, avant de baisser le son de la musique sans attendre. Posant mes mains sur mes hanches, je lui demandais :

« Depuis combien de temps es-tu là ?

— Juste assez longtemps pour te voir danser sur la dernière musique, je ne voulais pas t’interrompre » dit-il le sourire aux lèvres.

Une moue boudeuse sur le visage, j’étais à la fois contrariée et gênée. Puérilement, et sans davantage d’arguments, je lui tirais la langue dans un geste purement enfantin.

Le rire s’empara de nous deux, sans doute était-ce les résidus de cette amitié que j’avais dû partager avec lui.

Après plusieurs instants, le fou rire cessa, nous étions entourés d’une atmosphère emplie d’une étonnante complicité, Liam m’aida à mettre la table.

Assis l’un en face de l’autre, je pensais au nombreuses questions tournant en boucle dans mon esprit :

« Liam… Je me demandais… j’ai l’air de vivre seule ici, et il n’y a aucune photo ou preuves qui impliquerait que j’ai une famille..? »

Son visage se troubla un instant, une expression indescriptible était étalée sur son visage. Ses yeux verts semblaient bien plus vieux qu’ils n’y paraissait à cet instant, dépourvu de joie et incroyablement triste.

« Aucun de nous n’a de famille Elaé. Ou du moins est encore en contact avec ses proches. C’est un des critères pour être recruté par la CATT. Et puis après tout, la CATT est devenue notre famille depuis le temps. Et avant que tout ça ne démarre, et depuis que nous nous sommes rencontrés, tu étais ma famille, tu l’es toujours…

— Oh… Je suis désolée Liam. Je ne savais pas…

— Tu le savais, tu l’a simplement oublié... » dit-il en détournant le regard.

Il ne dit rien, mais il n’avait pas eu l’air blessé ou même vexé. Il avait cet air indifférent quoiqu’un peu triste.

« A vrai dire, j’ai une demi-sœur, mais on ne se parle que très rarement… Un peu comme si tous ceux qui me sont proches ne pouvaient pas rester près de moi. A une époque, je pensais que j’allais passer le reste de ma vie seul. Et puis je t’ai rencontré… Enfin ce que je veux dire c’est que ma famille compte beaucoup pour moi. Et… je n’ai que ça…

— La CATT t’as beaucoup apporté à ce que je vois ?

— Qu… Oui bien sûr, vous êtes comme une seconde famille pour moi. » avait-il conclu à mi-voix.

Dans l’idée d’apaiser la tension ambiante, je lui posais une autre question :

« A quoi ressemble le « QG » ?

— C’est relativement compliqué à décrire… C’est un bâtiment désaffecté à la base. Il a été rénové par la première équipe et la femme dont je t’ai parlé la veille. Ce qui fait que l’extérieur à un aspect repoussant, mais c’est une sorte de mesure de sécurité supplémentaire pour éviter que des personnes entrent dans les lieux. D’ailleurs le bâtiment est dans un quartier « sensible ». A l’intérieur du QG, nous avons de quoi survivre sans électricité, sans approvisionnement d’eau et de nourriture pendant au moins trois mois. Nous ne sommes pas raccordés aux réseaux domestiques de la ville d’ailleurs... C’est plus une sorte de mini-complexe technologique qu’autre chose. Il y a également une bibliothèque remplie de tous les livres que nous avons pu ramener des différentes époques dans lesquelles nous avons pu voyager. Tu pourras trouver également une salle de jeux, qui est parfois salvatrice, lorsque nous sommes coincés dans une boucle temporelle - je t’expliquerais ce que c’est un peu plus tard-» avait-il dit avant d’ajouter.

« Au deuxième étage, c’est le dortoir commun, enfin c’est davantage un gigantesque appartement dans lequel nous vivons lorsqu’une boucle temporelle est activée, ou lorsque nous avons une mission qui s’éternise. Il doit toujours y avoir une équipe au complet sur les lieux d’ailleurs, nous sommes les deux seuls à ne pas vivre de manière permanente au QG. Le troisième et le quatrième étage, c’est le QG de l’équipe 1. Et enfin au cinquième étage, la pièce que nous chérissons le plus : la salle aux souvenirs. C’est la pièce dans laquelle est exposée chaque photos et objets que nous avons « empruntés » à différentes époques. »

Il sourit alors, semblant vouloir ajouter quelque chose, un genre de sourire nostalgique paraissant sur son visage.

« C’est la pièce que tu apprécie le plus. Tu t’isoles souvent là-bas, quand tu étais préoccupée, tu mettais la musique à fond et tu restais là-bas pendant des heures, à écrire je ne sais quoi sur ton carnet... »

J’adorais cette sensation, celle d’en apprendre plus sur la personne que j’avais été.

Le repas fini, nous nous levâmes tous les deux, débarrassant la table de ses objets. Les mains occupées par le lave-vaisselle, la voix de Liam résonnait derrière moi.

Soudainement, le bruit de la sonnette retentit dans l’appartement.

J’attrapais un torchon, essuyant mes mains de l’eau s’y trouvant, je quittais la cuisine à toute vitesse, Liam sur mes talons.

La porte à peine entrouverte, un jeune homme débarqua dans l’entrée.

Dos à nous, il avait pris la direction du salon. S’asseyant sur le sofa, Liam le suivit rapidement, alors je fus tentée de faire de même. Chuchotant à mon oreille, Liam m’indiqua qu’il s’agissait d’Haroun.

Celui-ci avait de courts cheveux bruns, son nez courbé surplombait une paire de lèvres pleines. Il avait dans ses expressions un air malicieux semblable à celui que l’on trouve chez ses enfants turbulents. Son gilet brun tombait négligemment sur un pull gris, son jean bleu paraissait usé jusqu’à la corde, tout comme ses baskets noires.

Son regard était fixé sur l’intérieur de son sac à dos noir, dans lequel il cherchait à l’évidence quelque chose. Finalement victorieux, il brandit un carnet coloré.

Il se racla bruyamment la gorge, avant de prendre la parole :

« Une perturbation à été repéré dans la soirée par l’équipe 1. Le problème semble venir du Royaume-Uni, de Novembre 1840, précisément. Ça semble incertain pour le moment, mais on va devoir agir rapidement. Nous Nous partons à treize heures précises. Si vous êtes prêts, nous partons immédiatement ? »

Et pour la première fois depuis son arrivée, il daigna lever les yeux de ses affaires. Plongeant mon regard dans le sien, je pu alors faire face à ses yeux qui étrangement n’étaient pas de la même couleur. Son œil gauche était d’un brun noisette clair, alors que son œil droit était d’un gris semblable au ciel nuageux. Ces mêmes yeux étaient cachés par une imposante paire de lunettes brunes.

Liam fut le premier à confirmer son accord, à sa suite, j’acquiesçai également. Au bout de plusieurs longues minutes, nous étions tous trois devant mon immeuble. Haroun nous guidait dans sa voiture. Un 4x4 immense de couleur noire. Une fois devant la bête, Haroun et Liam prirent place à l’avant du véhicule, tandis que je prenais place sur l’un des fauteuils arrière.

Sans faire attention à moi, ils discutèrent d’une mise à jour, ou peut-être de quelqu’un, appelée Cassy. Les routes semblaient dégagées pour une heure de pointe, ainsi nous arrivâmes rapidement.

Une fois arrêtés, je suivais les garçons dans ce qui semblait être une ruelle sombre, à l’aspect délabré. Ouvrant une porte brune en bois, à l’aide d’un code.

Cette même entrée. Le cœur serré d’appréhension, je les suivais.

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