Too Late For Regrets

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Résumé

Parfois, les regrets arrivent trop tard...

Genre :
Drama
Auteur :
Grimmy
Statut :
Terminé
Chapitres :
35
Rating
4.3 30 avis
Classification par âge :
18+

Part 1

Je suis restée figée, entre peur et fureur, sans même daigner regarder l'homme face à moi. Il semblait aussi mécontent de cet arrangement que moi, et il a fait en sorte que je le sache. Si je n'avais pas été immunisée contre les regards glacials, j'aurais probablement cherché à me cacher du sien.

Je ne pouvais pas lui en vouloir d'être furieux, cela dit. J'étais tout aussi en colère que lui. Ce mariage arrangé n'était quelque chose dont aucun de nous n'avait envie, alors être forcés de nous tenir là, devant l'autel, à faire semblant d'être de jeunes mariés heureux nous dépassait. Tous ceux qui nous entouraient savaient bien que nous n'étions pas ravis. Ils n'étaient là que pour profiter de la fête colossale que nos familles avaient organisée pour célébrer leur transaction réussie, même si c'était à nos dépens.

Perdue dans mes pensées, je n'ai rien entendu de ce que l'officiant a dit durant la cérémonie. Je ne me souviens toujours pas de son discours, mais je me souviens très bien du ton glacial de mon mari lorsqu'il a prononcé les deux petits mots qui ont scellé mon destin.

« Oui », voilà tout ce que j'ai dit ce jour-là, trop furieuse pour prononcer autre chose. Je n'ai parlé ni à mes parents, ni aux parents de mon mari, ni même à l'officiant qui a contribué à détruire ma vie. Je n'avais aucun mot. J'étais perdue. Encore une fois, j'étais utilisée comme un outil par mes soi-disant parents pour obtenir ce qu'ils voulaient. J'avais été trop naïve de penser qu'ils changeraient après mon départ. Je n'aurais pas dû rester dans le même pays, j'aurais dû aller le plus loin possible, loin de leur influence.

Au moment où mon mari a passé l'alliance à mon doigt, en la forçant presque tellement elle était serrée, j'ai su que j'étais foutue. Mon sort était scellé. Ma famille venait de ruiner ma vie une fois de plus, et cette fois pour de bon.

Tout ce que je pouvais faire, c'était espérer survivre à l'enfer qui m'attendait.

À ce jour, je ne me souviens toujours pas du temps qu'il nous a fallu pour arriver au lieu de réception, ni de ce que mon mari m'a dit durant le trajet, mais je me rappelle avoir pleuré dans la voiture. Toutes les émotions que j'avais essayé de refouler ont fini par exploser, et j'ai pleuré comme une merde devant l'homme qui a contribué à détruire ma vie.

Ce n'était peut-être pas sa faute si tout cela est arrivé, mais je lui en voulais tout de même. S'il avait été un peu plus affirmé, je n'aurais pas eu à souffrir. Il aurait facilement pu refuser de m'épouser, mais son avidité l'a poussé à signer les papiers juste pour obtenir ce qui lui avait été promis en échange. Il était le seul à bénéficier de cet échange, moi, je n'ai rien reçu. Ce n'était pas juste que je doive payer pour la famille que j'avais quittée depuis longtemps.

Honnêtement, rien de tout cela n'avait de sens. Je n'arrivais pas à comprendre l'absurdité de ce qui s'était passé ce jour-là.

La journée avait commencé normalement. Je me suis réveillée, suis allée courir, ai pris une longue douche et me suis préparée pour le travail. Rien n'indiquait qu'une chose aussi étrange allait soudainement arriver. Alors que je prenais mon petit-déjeuner, la sonnette a retenti. Sans me douter de ce qui m'attendait, j'ai ouvert la porte et suis tombée sur un inconnu qui s'est présenté comme un avocat. Il n'était pas seul. Il y avait quelques policiers avec lui, apparemment prêts à m'arrêter. L'avocat m'a brièvement expliqué que j'étais en état d'arrestation pour détournement de fonds et a ordonné aux flics de m'emmener au poste. J'étais tellement choquée par cette accusation soudaine que je n'ai même pas réfléchi au fait qu'il était étrange qu'un simple avocat, et non un procureur, vienne me voir avec un mandat alors que je n'avais reçu aucune notification. Je n'aurais pas dû être si docile. J'étais tellement putain de sûre qu'il y avait de vraies charges contre moi que j'ai simplement obéi.

C'était ma première erreur.

Quand nous sommes arrivés au poste, j'ai immédiatement été conduite dans une salle privée, et la situation est rapidement devenue claire. J'ai été entraînée dans un merdier dont je n'avais plus aucune chance de sortir.

L'avocat m'a dit que mes parents, que j'avais quittés des années auparavant, étaient dans une situation très difficile. L'entreprise que mon père gérait à la place de mon grand-père était presque en ruines à cause de son incompétence, et il n'y avait aucun moyen de la sauver si ce n'est en la laissant être rachetée par une plus grosse société. Par coïncidence, cette société appartenait au fiancé de ma sœur cadette. Le deal était que la famille de cet homme prête assez d'argent à mon père pour sauver son entreprise, sans taux d'intérêt, à la condition que ma sœur épouse son fiancé.

Cependant, ma sœur a soudainement disparu.

Et c'est pour ça que j'ai été entraînée dans ce merdier. Selon le contrat présenté par l'avocat, la condition du prêt était que la fille de mon père devait épouser le fils de l'autre partie. Il n'était pas précisé laquelle, alors mes parents m'ont retrouvée et m'ont forcée à remplir cette obligation, même si j'avais coupé les ponts avec eux six ans plus tôt.

La date limite pour le mariage était le jour même où l'avocat est venu me voir, donc je n'avais pas assez de temps pour réunir l'argent et tenter de rembourser la dette de mes parents. Et grâce à la roublardise de l'avocat, je n'avais aucun moyen d'échapper au deal. Il m'avait coincée avec des dizaines de documents apparemment signés par moi alors que je dirigeais encore l'entreprise de mon grand-père. Mon père avait fait en sorte de me rendre responsable du déclin de la boîte et avait forgé des papiers prouvant que j'avais détourné des fonds.

J'étais foutue. Si j'avais su tout ça plus tôt, j'aurais essayé de laver mon honneur et de prouver mon innocence, mais il n'y avait plus de temps. Le mariage devait avoir lieu dans quelques heures. Je dois admettre que venir me voir à la dernière minute était un coup de maître. Même maintenant, je suis obligée de reconnaître que le plan de mes parents était parfaitement exécuté.

Ils ont prouvé une fois de plus à quel point je ne comptais pas pour eux.

N'ayant pas d'autre option, j'ai signé le contrat à contrecœur et j'ai suivi l'avocat jusqu'à la chapelle où mon « mariage » devait avoir lieu. Là, j'ai trouvé toute une équipe de gens qui attendaient pour me préparer pour, comme ils disaient, « le plus beau jour de ma vie ». Ils ne savaient pas à quel point ces mots étaient vrais, mais ils étaient totalement inconscients de la différence entre nos définitions du mot « important ».

Quand les dames m'ont eue fin prête pour la cérémonie, mon esprit s'est un peu éclairci. J'ai réalisé qu'une fois les papiers signés, je perdrais tout ce pour quoi j'avais travaillé ces dernières années. Tout ce que je possédais deviendrait à mon mari, et je ne pouvais pas le permettre. Je savais que je devais trouver un moyen de protéger mon héritage de ses griffes. J'avais travaillé trop dur pour tout laisser tomber.

Heureusement, mon futur mari semblait avoir eu la même idée. Il devait penser que j'avais accepté le deal parce que je courais après sa fortune, car dès que les dames qui m'aidaient à me préparer sont parties, deux avocats sont entrés dans ma chambre. Ils m'ont donné un contrat de mariage et m'ont quasiment ordonné de signer. J'ai pris tout mon temps pour lire le contenu, appréciant légèrement leur agitation impatiente et leurs regards nerveux. Eh bien, s'ils pensaient que j'étais aussi stupide que ma petite sœur, ils se trompaient.

À ma grande surprise, je n'ai pas trouvé grand-chose à redire. Les conditions du contrat étaient presque idéales pour moi. Je n'aurais aucun pouvoir sur l'entreprise de mon mari, et il n'aurait aucun accès à la mienne. Nous aurions des comptes totalement séparés et aucun de nous ne pourrait se mêler des affaires de l'autre. Je devais aussi recevoir une pension mensuelle, ainsi que des fonds spéciaux pour les dépenses imprévues lors des événements publics auxquels nous devrions assister ensemble. La seule clause qui me déplaisait était celle stipulant que nous devions vivre ensemble pendant toute la durée de notre mariage, soit deux ans. Je le comprenais, cependant. Mon mari, étant l'un des célibataires les plus riches du pays, était une figure publique, il était donc logique qu'il cherche à préserver son image. Cela aurait pu être préjudiciable pour lui si l'on apprenait qu'il avait forcé une femme à l'épouser sous la menace de l'envoyer en prison pour quelque chose qu'elle n'avait pas fait.

C'était une situation vraiment merdique.

Avec un profond soupir de résignation, j'ai signé le contrat et en ai remis une copie aux avocats qui l'attendaient avec impatience. J'ai soigneusement plié l'autre copie et l'ai cachée dans le corset de ma robe de mariée. C'était un document crucial qui me permettrait d'échapper à cet enfer le moment venu. Je devais le garder en sécurité pour qu'il ne tombe pas entre de mauvaises mains, comme celles de mon père par exemple. J'étais sûre qu'il n'en savait rien, sinon il n'aurait pas été si pressé de me ramener après tant d'années. Il pensait probablement que marier ma sœur à quelqu'un de riche et influent lui rapporterait beaucoup d'argent.

Il allait avoir une surprise. Je ne doutais pas qu'il finirait par découvrir qu'il ne recevrait absolument rien de ce mariage. Premièrement, je n'aurais aucun accès à la richesse de mon mari. Et deuxièmement, je ne faisais plus partie de cette famille. Non seulement j'avais été déshéritée, mais j'avais aussi changé de nom. La seule chose qui me liait encore à mon père était le sang, et vu comment j'avais été traînée de force dans son merdier, il devait penser que cela lui donnait le droit de m'utiliser comme un jouet.

Je me suis juré de lui faire regretter sa décision.

Mais cela devra attendre. D'abord, je devais m'assurer de survivre à cette horrible vie de couple qui m'attendait.

Il n'y avait personne pour m'accompagner jusqu'à l'autel, et je ne reconnaissais aucun des invités présents à la cérémonie, mais à ce jour, je me souviens du regard de surprise sur le visage de mon futur mari quand il a réalisé que je n'étais pas ma sœur. Il semblait ignorer qu'elle avait disparu.

Sa surprise n'a pas duré longtemps et a vite laissé place à de la haine. Son regard glacé était presque palpable, mais je n'y ai pas fait attention. J'étais tout aussi furieuse que lui.

Nous sommes devenus mari et femme contre notre gré.

Réaliser que j'étais désormais liée à un homme qui me méprisait était si cruel que je n'ai pas pu retenir mes larmes. Alors que tous les invités profitaient de la fête juste après la cérémonie, j'étais assise dans la limousine, pleurant pitoyablement sur ma liberté perdue.

Mon mari n'a absolument rien fait durant tout le trajet vers l'hôtel où se tenait la réception, et une fois arrivés, il est simplement sorti de la voiture, me laissant seule avec ma douleur.

Je n'ai pu qu'esquisser un rire amer face à son geste, mais au fond, j'étais aussi soulagée qu'il agisse comme ça.

J'aurais détesté qu'il me donne un quelconque espoir.