Sa Duchesse

Tous droits réservés ©

Résumé

Lorsque la veuve Magnolia De Solange fut gravement blessée et sauvée par le Duc de Salicera, elle ne put s'empêcher d'imaginer ce qu'une vie de confort et de sécurité signifierait pour elle et son fils. Elle savait que ce n'était que pure illusion. Mais alors qu'elle s'apprêtait à quitter la demeure du duc, il lui fit une offre qu'elle ne put refuser.

Genre :
Romance/Fantasy
Auteur :
Meri Atlas
Statut :
Terminé
Chapitres :
85
Rating
4.8 39 avis
Classification par âge :
16+

Chapitre 1

« Si tu t'approches encore, je te tue », rugit la femme en dissimulant son fils derrière elle. Sa main serrait le couteau émoussé alors qu'elle tentait de maîtriser ses tremblements.

« Tu sais à qui tu t’adresses ? » Le chevalier fit un pas de plus. « Tu es en état d’arrestation pour vol. Tu ferais mieux de te rendre, sinon tu ne feras qu'empirer ton cas. »

« N’approche pas », hurla-t-elle à nouveau en brandissant son couteau. Elle jeta un coup d’œil au second chevalier, qui saisit la garde de son épée. Il avait l’air impatient.

Elle avait espéré qu’ils atteindraient la rivière avec son fils avant que les chevaliers ne les rattrapent, mais sa blessure la ralentissait. Elle poussa le petit Geoffrey derrière elle, priant pour qu’il ne voie pas de sang, mais elle n’avait pas le temps de s’attarder là-dessus.

Le chevalier chargea et abattit son épée. Elle esquiva, planta son couteau dans la cuisse gauche de l’homme, puis le fit pivoter. Il poussa un cri d’agonie et tomba à genoux. La femme ramassa son épée et se tourna vers le premier chevalier. Il semblait trop sous le choc pour bouger.

« Espèce de salope. » Il finit par reprendre ses esprits et dégaina son arme.

Elle pouvait le vaincre, surtout armée de cette épée. Elle n’avait pas besoin de le tuer, juste de le blesser assez pour qu’il ne puisse plus les suivre. Elle posa la main sur son flanc et grimaça de douleur.

« Il faut que j’y arrive. »

La femme fit un pas vers l’homme, prête à attaquer. Mais sa main se figea dans les airs lorsqu’elle entendit des chevaux approcher. D’autres chevaliers apparurent, menés par un noble. Sept en tout.

« Putain. »

Elle ne pouvait pas gagner contre eux tous. Comparés à ces chevaliers, les deux autres ressemblaient à des chiots.

« Votre Grâce. » Le premier chevalier mit un genou à terre.

« Que se passe-t-il ici ? » Le duc regarda l’homme au sol, puis la femme tenant l’épée.

« Votre Grâce, cette femme est accusée de vol mais elle refuse de se rendre. Elle essayait de s’enfuir. »

« C’est elle qui a fait ça ? » Il désigna l’homme toujours agenouillé au sol.

« Oui, Votre Grâce. »

Le duc observa la femme. Elle le fixait droit dans les yeux, son regard gris, sauvage et ardent. Elle mesurait environ un mètre soixante-dix et était très fine. « Comment une femme aussi petite peut-elle blesser l’un de mes hommes ? »

« Je crois que vous êtes en infériorité numérique, ma dame. Ne devriez-vous pas abandonner ? » Le duc descendit de son cheval noir et fit quelques pas vers elle. Elle le fixa un instant, elle tenait à peine debout.

« Je n’ai rien volé, monseigneur. » Elle baissa son épée.

« Alors pourquoi couriez-vous ? »

« Parce qu’on me traquait. » Elle sentit sa conscience s'échapper. « Je me rends, mais s’il vous plaît, promettez-moi... » Elle déglutit avec difficulté et l’épée glissa entre ses doigts. Elle ferma les yeux, espérant reprendre le dessus. Mais lorsqu’elle les rouvrit, le monde tournait autour d’elle. Elle perdit l’équilibre et s’effondra, mais le duc la rattrapa avant qu’elle ne touche le sol.

« Maman ! » cria Geoffrey, terrifié.

« S’il vous plaît, ne faites pas de mal à mon fils », murmura-t-elle avant de perdre connaissance.

Le duc remarqua sa robe ensanglantée et découvrit une profonde blessure de couteau. Il était stupéfait. La moitié de ses nouvelles recrues n’auraient même pas pu marcher avec une telle blessure, alors se battre... D’un geste vif, il ramassa la femme. « Victor », appela-t-il.

« Oui, Votre Grâce. »

« Occupe-toi du petit, amène-le au château. Je passe devant. »

« Oui, Votre Grâce. » Victor s’inclina.

Le duc galopa sur son cheval rapide avec la femme dans ses bras. Il ne pouvait l’expliquer, mais elle avait éveillé sa curiosité. Ils arrivèrent au château en un rien de temps.

« Jasper, appelle le médecin ! » Le duc avançait à grands pas, portant l’étrangère blessée dans ses bras.

« Tout de suite, Votre Grâce. »

Quand le médecin arriva, il examina sa blessure et la soigna immédiatement. Il fut ensuite escorté jusqu’au bureau du duc.

« Votre Grâce, vous avez sauvé la vie de cette femme. Elle n’aurait pas tenu beaucoup plus longtemps », rapporta-t-il.

« Va-t-elle bien maintenant ? »

« Oui, Votre Grâce. J’ai soigné sa plaie, elle a juste besoin de repos. Comme vous le savez, la magie est éprouvante pour ceux qui ne peuvent pas l’utiliser, elle aura donc probablement besoin de quelques jours pour reprendre conscience. »

« Merci, Docteur. »

« Je prends congé, Votre Grâce. » Le médecin s’inclina et quitta le bureau.

Le duc se renversa dans son fauteuil, pensif. « J’ai le sentiment que cette rencontre imprévue va mener quelque part. » Il ne s’attarda pas sur cette pensée car on frappa à la porte. Victor entra en tirant le petit garçon par la main.

« Pardonnez-moi, Votre Grâce. J’ai amené le garçon. »

« Ah oui, entre, petit. » Geoffrey s’avança timidement vers le bureau du duc. « Comment va la recrue blessée ? » demanda-t-il à son commandant.

« Il est soigné par le médecin en ce moment même, mon seigneur. »

« Je pense qu’il faut renforcer l’entraînement des nouvelles recrues, vu que deux d’entre elles n’ont pas réussi à arrêter une femme blessée. » Le chevalier s’agenouilla, honteux.

« Mes excuses, monseigneur, je vais personnellement entraîner les nouvelles recrues et m’assurer qu’un tel incident ne se reproduise plus. »

« Bien. Vous pouvez partir. » Sa voix était glaciale.

« Oui, Votre Grâce. »

Le regard du duc se posa à nouveau sur le petit garçon. Il avait les yeux gris de sa mère mais, contrairement à ses cheveux bruns, les siens étaient blond doré. « Tu peux t’asseoir, petit. » Le jeune Geoffrey regarda la chaise, hésita un instant, puis grimpa dessus.

« Est-ce que vous allez me tuer ? » demanda le garçon innocemment. Sa question surprit le duc.

« J’ai l’air si effrayant ? » Il haussa un sourcil.

« Oui », répondit Geoffrey dans un murmure.

Le duc le fixa un moment avant d’éclater de rire. « Tu es bien honnête », dit-il entre deux rires. « Mais un garçon de ton âge ne devrait même pas parler de tuer », ajouta-t-il.

« C’est parce que je me suis souvenu de ce que ces hommes ont dit à maman tout à l’heure. »

« Les chevaliers ? » Le duc fronça les sourcils.

« Non, les hommes du marché. »

Il était un peu confus. « Les hommes du marché ? Ceux qui accusaient sa mère de les avoir volés ? »

« Tu peux me raconter ce qui s’est passé ? »

Geoffrey hésita une seconde. « Je veux voir maman, est-ce qu’elle va bien ? »

Le duc remarqua les larmes qui montaient aux yeux de l’enfant. Il devait être terrifié d’avoir vu sa mère s’effondrer avant d’être emmené par des inconnus. « Ta mère va bien. Elle a juste besoin de dormir un peu. Je t’emmènerai la voir quand nous aurons fini de parler. D’accord ? »

« D’accord. »

« Alors, veux-tu me dire ce qui s’est passé avec les hommes au marché ? »

« Ils étaient tellement effrayants, ils ont dit à maman de leur donner son argent, mais maman a dit non. Alors, ils lui ont fait mal... » il marqua une pause, « ils ont dit qu’ils nous tueraient... mais maman en a frappé deux et on a couru vers la forêt. Les chevaliers nous ont suivis, et ils ont essayé de faire du mal à maman aussi. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour me défendre... » il s’interrompit encore, « et puis vous êtes arrivé. »

Le duc observa le garçon un instant. « Comment t’appelles-tu ? »

« Geoffrey Croix. Et vous, comment vous appelez-vous ? »

Il sourit. « Daniel Van Konigl. »

« Enchanté, Monsieur Van Konigl. » Geoffrey sauta de sa chaise et salua le duc.

Le sourire de Daniel s’élargit. « Enchanté aussi, Monsieur Croix. » Il inclina légèrement la tête vers le garçon. « Maintenant, que dirais-tu si je t’emmenais voir ta mère ? »

« Oui ! » Il rayonnait.

Le garçon trottina derrière le duc, mais il peinait à suivre son rythme. « Monsieur Van Konigl », appela-t-il après avoir trébuché. Daniel s’arrêta et se retourna. « Pourriez-vous marcher un peu plus doucement ? J’ai essayé de vous suivre, mais vos jambes sont bien plus longues que les miennes », dit-il en fronçant les sourcils. « Maman marche toujours lentement et me tient la main pour que je ne me perde pas. »

Daniel gloussa. « J’ai une meilleure idée. » Il le prit dans ses bras.

« Youpi ! Je suis aussi grand que Monsieur Van Konigl », se réjouit Geoffrey.

Alors que le duc traversait les couloirs, il remarqua la surprise de chaque serviteur croisé. « J’imagine qu’un duc au cœur de pierre portant un enfant dans ses bras, ce n’est pas très habituel. »

Ils arrivèrent enfin à la chambre et Daniel posa Geoffrey pour qu’il puisse courir vers sa mère. Il se posta près du lit et lui prit la main.

« Maman, je suis désolé de ne pas avoir pu te protéger », dit-il en se penchant pour poser son front sur la main de sa mère. « Je veux grandir vite pour devenir fort. » Il embrassa sa main.

Les mots du garçon touchèrent une corde sensible chez Daniel. Il se souvint avoir dit des choses similaires en pleurant devant les corps sans vie de ses parents. Il s’éloigna de quelques pas du petit pour prendre une profonde inspiration. « Alors, comment s’appelle ta mère ? » demanda-t-il, essayant d’enfouir la douleur qui accompagnait ses souvenirs.

« Son nom, c’est maman, évidemment », répondit Geoffrey, en regardant Daniel d’un air étrange.

Il sourit. « Oui, c’est comme ça que tu l’appelles, mais quel est le prénom que les autres utilisent ? »

Geoffrey le fixa, comme s’il hésitait à le dire ou non. « Magnolia », finit-il par lâcher.

« Magnolia », répéta Daniel.