Chapitre 1 : Chasse au trésor
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Des cerisiers en fleurs, une brise légère dans mes cheveux, ma robe d'été fleurie qui vole au vent... quelle journée parfaite. Mon regard erre sur les colifichets, les vêtements et les piles de livres qui s'entassent sur les tables. Les stands colorés de notre marché de printemps annuel sont un vrai régal.
Je ne cherche rien de précis. Même si cet aveu peut paraître un peu spécial, j'adore les vieux trucs. Dénicher un volume aux pages jaunies et cassantes ou une robe oubliée dans un grenier depuis cent ans me procure une délicieuse nostalgie. Mais s'il vous plaît, ne me parlez pas de mon petit appartement. Il déborde de partout à cause de tous les trésors que je ramasse dès que j'en ai l'occasion.
« On dirait le repaire d'un sorcier cinglé », m'a balancé mon dernier rendez-vous d'un ton sarcastique. Il ne se doutait pas que je prenais ça pour un compliment. Ce n'était clairement pas son intention, puisqu'il a feint une urgence au téléphone juste après être entré chez moi. Bon débarras ! Cette « sorcière » s'inquiétait déjà de ce qui se passerait quand le type réaliserait que j'avais oublié son prénom. Sans rancune.
« Puis-je vous aider ? » Une voix frappante interrompt ma rêverie. Je remarque alors que je fixe sans m'en rendre compte l'une des boules de cristal d'un vieil homme depuis trop longtemps. Oui, je sais ce que ça laisse entendre.
« Désolée, j'étais ailleurs », dis-je pour m'en sortir par une pirouette. C'est alors qu'un collier en argent avec un pendentif iridescent attire mon attention. Rien de spécial côté matériaux, direz-vous, mais le design est remarquable... presque impossible. Le pendentif ressemble à un fil scintillant tissé en une étoile sphérique, pourtant il est froid au toucher. Il semble fragile, comme s'il pouvait se briser à tout instant. Pourtant, aucune des pointes n'est abîmée. Les éléments en argent noirci suggèrent qu'il a dû être porté pendant un bon moment. Désolée pour les détails. Je vous avais prévenus, je craque pour tout ce qui est ancien.
« D'où vient cet objet ? » demandé-je, en réalisant que le vieil homme m'observe toujours avec curiosité.
Le soleil doit me jouer des tours. Je jurerais que le vert de ses yeux a viré à l'argenté un court instant. L'imposant chêne derrière le stand offre pourtant beaucoup d'ombre. Adieu cette théorie.
« Ah, l'une de nos pièces d'Alvedar. » Il met un peu trop de temps à répondre. « Impressionnant, n'est-ce pas ? La demoiselle a l'œil. » Il termine sa phrase par un clin d'œil qui me surprend. Je ne peux m'empêcher de dévisager cet homme. Finalement, il ne semble pas aussi vieux que je le pensais au début.
« Alvedar... ça me dit quelque chose. Quelle est l'histoire de ce pendentif ? La forme a-t-elle une signification ? » Je fais rouler la sphère, étonnamment légère, entre mes doigts.
Le vendeur fronce les sourcils si vite que je crois avoir rêvé. « Elle signifie tout ce qui compte, ma chère. L'unité, le destin, l'espoir, l'inspiration », répond-il avec un petit sourire. Il agite la main comme si ma question était idiote. Son geste attire mon attention sur son étrange tenue, une sorte de robe. En voilà un qui est excentrique. Je remarque qu'il n'a pas répondu à ma première question, et je commence à me sentir mal à l'aise.
« Je le prends », dis-je, oubliant totalement que je devrais marchander.
« Il est à vous. » Avec un sourire mystérieux, il me tend le collier dans un petit sac en papier. C'est allé plus vite qu'un battement de cils. On dirait presque qu'il savait que j'allais le prendre avant même que je ne le sache moi-même. Perplexe, je réussis à peine à le remercier. Je file comme un chat échaudé.
En rentrant chez moi, je secoue la tête. Je ris doucement de moi-même pour avoir agi de façon si bizarre. Je serre fort le nouveau trésor dans mon sac usé. Je n'arrive pas à me défaire de la sensation étrange laissée par cette rencontre. Ce n'est qu'en arrivant devant mon immeuble que je réalise une chose : j'ai eu le collier gratuitement. Décidément, je n'ai pas la tête sur les épaules aujourd'hui.
Le « désordre » familier de mon chez-moi apaise mon esprit. Mes doigts effleurent le dos des vieux livres qui s'alignent sur mes étagères. Je me dirige vers la cuisine pour faire du café. Je dois me remettre les idées en place avant de décider quoi faire de ma nouvelle acquisition. Je déballe le collier et le pose sur la table en bois. Je l'inspecte en sirotant mon café noir brûlant. Il a l'air irréel. Instinctivement, je recommence à faire rouler le pendentif entre mes doigts. La façon dont il réfléchit la lumière donne l'impression qu'il contient l'univers tout entier.
Soudain, je sens un léger bourdonnement. C'est une vibration subtile qui s'accentue de seconde en seconde. En fronçant les sourcils, je lâche le collier sur la table pour regarder par la fenêtre. Je suppose qu'un gros camion ou un nouveau chantier en est la cause. Rien. Je renifle l'air, au cas où un gaz se serait échappé sans que je m'en aperçoive. Non, ce n'est pas ça non plus. Observant le collier avec méfiance, je prends mon téléphone pour trouver des infos sur ce truc.
La recherche pour Alvedar ne donne rien. Pourquoi ce nom me semble-t-il si familier ? J'ai du mal à cacher ma déception. J'essaie ensuite une recherche par image. Mais chaque fois que je prends le collier en photo, le résultat est tout noir. Génial.
Comme je ne vois rien d'autre à faire, je décide de retourner au marché. Je veux retrouver cet étrange vendeur, il doit bien savoir quelque chose. Une fois sur place, impossible de mettre la main sur lui. Fait chier.
Je parcours le marché de long en large pendant ce qui me semble être des heures. Il est introuvable. Et il n'y a pas que lui : tout le stand a disparu. Il a été remplacé par un vendeur d'assiettes décoratives. Je me frotte les yeux, essayant de me rappeler si je suis au bon endroit. Mais le grand chêne est impossible à confondre.
À ce stade, je commence vraiment à douter de ma santé mentale. Je m'approche de la dame à l'air sympathique qui tient le stand devant le chêne. « Excusez-moi, où est passé le stand avec les vieux bibelots de ce matin ? »
Elle hausse les sourcils et me regarde comme si j'étais folle. « Je suis désolée, je ne vois pas de quoi vous parlez... Je suis installée ici depuis le début de la semaine. » Sa voix est empreinte de pitié.
Je me demande si elle ment. J'observe chaque trait et chaque ride de son visage, mais son regard écarquillé ne trahit rien. Je soupire.
« Peut-être un peu plus loin ? Le marché est si grand qu'on s'y perd facilement », propose-t-elle avec un rire.
Je veux lui faire remarquer que je me souviens du chêne. Mais comme elle est simplement gentille, je laisse tomber et je hoche la tête. « Je vais encore faire un tour, merci. »
Interroger les commerçants des autres stands aux alentours du chêne géant ne fait que confirmer l'histoire de la dame. C'est ridicule. Je commence à m'énerver. Après tout, j'ai le collier juste là dans mon sac. Ne voulant pas abandonner tout de suite, je marche encore un peu, mais sans succès. Suis-je tombée dans un univers parallèle ?
Mon regard est attiré par le coucher du soleil à l'horizon. Les tons violets profonds me remplissent d'une nostalgie inexpliquée. Je me serre les bras, je frissonne et je rentre chez moi. De retour à l'appartement, je jette mon sac sur la table et je sors le collier. Quelle trouvaille ! Il m'émerveille à chaque fois que je le regarde.
Je m'approche du miroir ancien dans ma chambre et je le passe autour de mon cou. Les petites pointes arrondies sont étonnamment agréables contre ma peau. À nouveau, j'ai envie de faire rouler la sphère entre mes doigts. Je jure que mes yeux changent de couleur un instant avant que je ne lâche le collier. Mon bleu habituel a pris une teinte violette. Mais ce n'est pas possible, si ? Je devrais peut-être aller consulter.
Alors que je me fixe avec incrédulité, ma respiration devient saccadée. J'ai l'estomac noué. Je sais ce que j'ai vu. Je répète le mouvement de mes doigts autour du pendentif, en appuyant plus fort cette fois. Non seulement la couleur de mes yeux change encore, mais les vibrations reviennent de plus belle. Mes oreilles sifflent. Un picotement inconnu part des deux doigts qui tiennent le pendentif et se propage dans tout mon corps. Mes yeux brillent maintenant d'un violet vif. Sous le choc, je m'entends gémir avant que tout ne devienne noir.