Promue (Rosie Anders)

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Résumé

Rosie Anders est assistante d'édition chez Pincer & Co depuis plus longtemps que quiconque, et elle sait qu'elle mérite une promotion depuis bien longtemps. Il n'y a qu'un seul problème. Il s'appelle Matthew Pincer, et le seul moyen d'arriver au sommet, c'est de coucher pour réussir. Quand Millie, la nouvelle, décroche une promotion après seulement quelques semaines dans l'entreprise, Rosie ne peut plus le supporter. Soutenue par Chloe et Kacey, ses deux meilleures amies et collègues qui l'encouragent à faire preuve d'audace, elle pose un ultimatum à leur patron, Matthew : soit il lui donne la promotion qu'elle mérite, soit elle démissionne. Cependant, Matthew sait exactement ce qu'il veut et il parvient toujours à ses fins. Et ce qu'il désire plus que tout, c'est elle. Très vite, Rosie se retrouve prise dans un engrenage d'exigences et de faveurs juste pour conserver son emploi, avec la promesse d'une promotion à la clé. Sauf que Matthew sait pertinemment que dès qu'il lui accordera cette promotion, leur petite aventure prendra très probablement fin. Il doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour la garder près de lui, car, en fin de compte, c'est toujours lui qui impose ses règles. Tout ce que veut Rosie, c'est amadouer Matthew, mais alors que sa promotion semble moins proche qu'elle ne l'avait imaginé, continuera-t-elle à jouer selon ses règles ou commencera-t-elle à imposer les siennes ?

Genre :
Romance
Auteur :
Rebecca Louise
Statut :
Terminé
Chapitres :
30
Rating
4.4 11 avis
Classification par âge :
18+

À votre guise

« Est-ce que je peux avoir l'attention de tout le monde, s'il vous plaît ? »

Je jette un œil à l'horloge avant de fixer Matthew, notre patron, qui nous interpelle depuis le bout de la pièce. Deux heures cinq, juste après la fin des pauses déjeuner échelonnées : c'est l'heure habituelle pour annoncer une promotion. C’est arrivé souvent ces derniers mois. Il a l'air d'en distribuer à tour de bras et ça me tape sur les nerfs. Surtout parce que la moitié de ces femmes — oui, des femmes, car ce ne sont jamais que des femmes — ne sont pas prêtes pour les responsabilités qu'il leur confie. Ce sont généralement des snobs hautaines à la silhouette parfaite. Elles pavanent dans leurs petites robes serrées, les seins à moitié sortis. Elles ne peuvent pas connaître les rouages de tous nos magazines après seulement quelques semaines ici.

Chaque fois qu'il annonce un nouveau membre dans l'équipe au siège, je me demande dans quelle position elle a dû se mettre pour qu'il accepte de la faire monter en grade. Pendant ce temps, je me tue à la tâche. Je bosse près de douze heures par jour, cinq jours par semaine. Je m'assure que la mise en page de chaque feuille de nos hebdomadaires est correcte. Je corrige aussi les coquilles et les fautes de grammaire. Tout ça pour qu'une personne avec bien moins d'expérience décroche un poste que je mérite plus qu'elle. Ce n'est pas que je sois jalouse. Et je ne suis certainement pas assez désespérée pour faire ce que la énième bimbo blonde a fait pour obtenir sa promotion. J'ai peur d'imaginer avec combien de personnes Matthew a pris son pied récemment.

Son ambition dans la vie doit être de se taper toutes les filles des étages du dessous. Comme ça, il peut avoir un département rempli de beautés à mater toute la journée, prêtes à répondre au moindre de ses caprices.

J'ai décroché ce job quand son père était aux commandes, pendant ma première année d'université. Il ne pouvait donc pas changer les rangs des employés déjà là quand il a repris les rênes après le départ à la retraite de son père, un an plus tard. Mais il s'est clairement beaucoup amusé à embaucher de nouvelles recrues et à les promouvoir pour faire de la place à d'autres plans cul potentiels. C’est un cercle vicieux. Peut-être que le fait de reprendre l'entreprise si jeune ne l'a pas aidé à être professionnel dès le début. Je doute que son père réalise qu'il laisse les gens baiser pour arriver au sommet. Enfin, j'imagine que c'est un accès facile au sexe dès qu'il en a envie avec plein de volontaires. Mais je me demande à quoi ressemblent leurs entretiens d'embauche. J'aimerais bien être dans le secret des dieux. Enfin, peut-être.

« Merci d'accueillir le nouveau membre de l'équipe éditoriale, Millie. » La voix de Matthew me tire de ma rêverie. Il désigne la blonde squelettique à côté de lui. Elle est maquillée comme un camion et sourit bêtement à tout le monde, semblant timide et nerveuse sous tous ces regards.

Je ne suis pas surprise qu'il l'ait choisie. Il a probablement vu une cible facile. Il a dû penser qu'il pourrait booster sa confiance en elle avec un moment privilégié en tête-à-tête. Pauvre Millie. J'espère qu'elle réalise dans quoi elle s'est embarquée et qui il est vraiment. Il est incapable d'aimer qui que ce soit ; tout ce qu'il veut, c'est le pouvoir et le fric. Ce qui est énervant, c'est qu'il a déjà les deux et qu'il le sait très bien. Quel connard !

« Je sais qu'elle n'est là que depuis quelques semaines, mais elle a montré de réelles promesses et une grande détermination pour faire de ce magazine le meilleur possible. » Il lui serre légèrement les épaules. Elle semble rougir un peu en lui souriant.

« Ouais, elle a surtout promis de se déshabiller quand il le jugera nécessaire ! » Chloe et Kacey, mes deux meilleures amies et collègues, ricanent à côté de moi.

Je fais de mon mieux pour les ignorer, même si j'ai envie de rire avec elles. Après tout, elles n'ont pas tort.

« Hé, Rosie ? »

Je finis par les regarder. Elles étouffent toutes les deux un sourire. « Oui ? » je demande, presque sûre de savoir ce qu'elles vont dire. C’est toujours la même chose quand quelqu'un arrive dans l'équipe.

« Quand est-ce que tu vas demander une promotion ? » demande Chloe, un sourcil levé.

« Je ne vais pas le faire. » Je secoue la tête et je les regarde à nouveau alors que Matthew et Millie discutent avec quelques personnes qui les félicitent. « À quoi bon ? » Je me tourne vers elles. Elles sourient toutes les deux. « Je ne vais pas tomber aussi bas juste pour une promotion. De toute façon, j'ai peur d'imaginer jusqu'où je devrais aller pour devenir rédactrice en chef de toute la boîte. »

« Mais au fond, c'est déjà ce que tu fais, non ? Sauf que tu gagnes beaucoup moins que ce que tu devrais. Pourquoi est-ce qu'il ne te donne pas simplement le titre et le salaire qui vont avec ? » ajoute Kacey. « Il a forcément remarqué tout ce que tu fais pour cette entreprise. »

« Parce que c'est un trou du cul qui ne pense qu'à la taille de son compte en banque. » Je me replonge dans mon écran pour me concentrer sur ma liste de tâches, ignorant les félicitations derrière moi. Mais Chloe et Kacey sont parfois une mauvaise influence. Je ne peux pas m'empêcher de tendre le cou pour regarder à nouveau Matthew. Il semble sentir ma présence. Je détourne vite les yeux. Je jurerais avoir vu l'ombre d'un sourire narquois sur son visage.

« Je parie que son paquet est énorme, lui aussi. » Chloe lui jette un coup d'œil pendant que Kacey et moi échangeons un sourire amusé. « Je veux dire, on ne peut pas nier qu'il est canon, même si c'est un enfoiré qui ne promeut les gens que s'il peut les sauter d'abord. »

« Et c’est bien ça le problème avec les mecs comme lui. » Je soupire lourdement en fixant à nouveau mon ordinateur. « On devrait peut-être démissionner et lancer notre propre magazine. » Je dis ça pour plaisanter, mais leur enthousiasme me fait lâcher mon écran des yeux.

« Ça, c’est une idée ! » Kacey se penche vers nous. « Rosie serait la directrice, nous serions les rédactrices en chef, et on n'embaucherait que des gens qualifiés. »

« On peut quand même embaucher trois beaux gosses, non ? Pour notre usage personnel ? » Chloe nous regarde tour à tour et nous éclatons de rire.

« Et avec quel argent on lancerait cette affaire ? » Je les regarde et je hoche la tête quand je vois qu'elles n'ont pas de réponse. « Voilà : on n'a pas un rond ! »

« Va juste lui parler », geint un peu Chloe. « Et puis, tu pourrais peut-être le convaincre de te laisser participer aux décisions de promotion. Comme ça, on donnerait les postes mieux payés aux gens qui le méritent. » Elle se désigne du doigt avec Kacey. « Nous », articule-t-elle sans bruit, nous faisant rire à nouveau.

« Ouais, je parie que tu pourrais le convaincre sans avoir besoin de passer à la casserole. Il t'écoute, toi », ajoute Kacey d'un ton un peu moins convaincu.

Je ricane doucement. « J'en doute. Il me proposerait probablement un poste encore plus important juste pour obtenir ce qu'il veut. »

« Et ce serait une si mauvaise chose ? Il ferait peut-être de toi la directrice adjointe de toute la boîte. Imagine le salaire que tu aurais. » Chloe regarde au loin, s'imaginant probablement tout ce qu'elle pourrait s'acheter avec autant de fric.

« Et les avantages en nature avec lui... C'est impossible qu'il te laisse un poste pareil sans rien en retour. » Kacey part aussi dans ses délires. Je sais que je dois les ramener sur terre rapidement.

« Je ne fais pas ce boulot pour l'argent. » Elles se reconcentrent sur moi. « Et je ne vais certainement pas coucher avec lui pour grimper les échelons. J'aime mon travail. J'aime trouver la mise en page parfaite. Et croyez-le ou non, j'aime traquer les coquilles et les fautes d'orthographe. »

« Eh bien, tu as peut-être juste besoin d'un bon coup alors », murmure Kacey en retournant enfin à son ordinateur. Chloe l'imite, mettant fin à la conversation.

Je ne réponds rien, mais je secoue la tête avec un léger sourire. Je ne peux pas nier que l'idée m'a traversé l'esprit une ou deux fois. Peut-être plus. Mais c’est un fait connu : si quelqu'un a été promu récemment, c'est parce qu'elle a couché avec le patron. Mais cette méthode s'applique généralement aux nouvelles recrues inexpérimentées. Peut-être que si je demandais une promotion, je l'obtiendrais uniquement grâce à mon travail. Et même si je devais céder à un comportement plus pécheur, personne ne soupçonnerait que j'aie pu obtenir ce poste de cette façon.

Je jette un coup d'œil vers le bureau de Matthew. Tout le monde s'est calmé et s'est remis au travail. Je ne sais pas trop à quoi je pense, mais je sais qu'une chose est sûre : je vais obtenir cette promotion, d'une manière ou d'une autre.

***

À neuf heures, des heures après que tout le monde est parti, j'éteins enfin mon ordinateur. Je rassemble mes affaires pour la soirée. J'éteins ma lampe de bureau et je regarde la seule lumière qui éclaire encore les lieux : celle du bureau de Matthew.

J'ai passé le reste de l'après-midi à peser le pour et le contre. J'ai finalement décidé de ne pas tomber si bas. Je lui parlerai demain matin, comme une professionnelle. Je ne veux surtout pas penser que ce sera plus facile quand il y aura du monde. Comme ça, je ne serai pas tentée de perdre tout contrôle et de me donner complètement à lui.

Je sursaute quand sa porte s'ouvre. Je fais semblant d'être occupée avec mes affaires comme si j'allais partir. Quand Matthew éteint sa lumière, le bureau est plongé dans le noir. Je rallume vite ma lampe, ce qui éclaire ma silhouette.

« Rosie ? Vous êtes encore là. Je croyais être le seul à faire des heures sup'. » La voix de Matthew me fait sursauter. Je me tourne vers lui.

« Je suis toujours là aussi tard. Juste pour m'assurer que tout est prêt pour demain. » Je prends mon sac sur le bureau et je le mets sur mon épaule. « Enfin, je ferais mieux d'y aller. Je commence tôt demain. » Je lui adresse un demi-sourire et je commence à m'en aller, mais il me retient vivement.

« Je suis désolé si vous avez l'impression que je néglige votre potentiel. » Matthew parle à voix basse, ce qui me déstabilise un peu.

« Pardon ? » Je recule d'un pas, ne sachant pas trop où il veut en venir.

« J'ai vu votre tête tout à l'heure, quand j'ai annoncé la promotion de Millie. Il est clair que vous pensez que je vous oublie. » Il s'approche de moi. « Et je ne voudrais pas que vous pensiez que vous n'en valez pas la peine. » Il pose une main sur mon visage et sourit. Son pouce caresse doucement ma joue.

« La peine de quoi ? De coucher avec vous pour réussir ? » Je ricane et je me dégage pour rompre le contact. Je jure intérieurement quand je me cogne contre mon bureau. « Je ne sais pas pour qui vous me prenez, mais je ne suis pas du genre à vous offrir mon cul contre un meilleur poste dans cette boîte. »

« Rosie, nous savons tous les deux que vous y avez pensé. » Il se rapproche encore et passe à nouveau sa main sur mon visage. « Il fut un temps, il y a longtemps, où nous y avons pensé tous les deux. »

Je déglutis. Je suis surprise qu'il se souvienne de ce qui a failli se passer il y a des années, avant qu'il ne devienne l'homme qu'il est aujourd'hui.

« Regardez comme vous tremblez. Vous aimez ça, et ce n'est qu'un début. » Il se penche vers moi, me donnant un avant-goût de ce qu'il a à m'offrir. « Laissez faire les choses. Personne ne le saura. » Il m'embrasse dans le cou, lentement, une seule fois. Mais cela me brûle comme s'il y en avait eu des dizaines. Cela me ramène dans le passé, quand cela a failli arriver pour la première fois.

Je lutte contre mes pulsions et les pensées dans ma tête. Je le repousse. « Mais tout le monde le saura ! On ne parle que de ça. On sait tous que ces débutantes n'arrivent dans l'équipe que parce qu'elles vous ont laissé les approcher de trop près pour un job. Si vous teniez vraiment à votre personnel, vous choisiriez ceux qui le méritent. » Je passe à côté de lui pour mettre de la distance. « Si tout ce qui vous importe, c'est de sauter des gens désespérés, alors vous ne me connaissez pas du tout. Il est peut-être temps pour moi de partir. » Mes propres paroles me surprennent. Il fronce les sourcils, confus.

« Qu'est-ce que vous racontez ? »

Je prends une grande inspiration et je le regarde droit dans les yeux. Je sais que je pense chaque mot, même si je n'ai pas envie d'en arriver là. « Si vous ne me donnez pas cette promotion à la loyale, alors je démissionne ! »

Matthew semble peser mes mots avec attention. « D'accord. Ce sera à votre guise. »

Je cligne des yeux plusieurs fois, n'en croyant pas mes oreilles. Est-ce que j'ai vraiment eu la promotion comme ça ? Était-ce vraiment aussi simple finalement ?

« D'accord, alors. » Je hoche la tête. « On se voit demain. » Je fais demi-tour et je pars avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit d'autre qui pourrait me faire reconsidérer sa proposition initiale.