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Arista Neiredes

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Résumé

On dit que les enfants des dieux sont merveilleux. Les hommes des guerriers redoutables, les femmes les plus belles et les plus douces d'entre elles. Néomeris se nomme ainsi du nom de la néréide, ces créatures de l'eau que sa mère vénère. Une mère abusée par le dieu du feu, Héphaïstos. Et comme s'il n'avait pas suffi que ce dieu insulte la vestale d'Amphitrite, déesse femme de Poséïdon, il a marqué le visage de cet enfant, du sceau de son élément faisant d'elle, la plus laide des enfants des dieux.

Genre :
Fantasy/Mystery
Auteur :
Silver
Statut :
En cours
Chapitres :
22
Rating
4.0 3 avis
Classification par âge :
13+

Chant I D'un jeune prince un peu trop turbulent

Les pieds dans l’eau fraîche de la mer, les bras et les jambes nues pour goûter aux rayons brûlants du soleil, assise sur la pierre rêche d’une crique, Néoméris se laissait aller à penser alors qu’elle faisait tremper son linge dans la mer. Elle n’avait pas peur, contrairement à ses consœurs mortelles, d’être entraînée par le courant. Néoméris était la meilleure nageuse de son île, peut-être même de la Grèce. Elle était si incroyable qu’elle avait parfois l’impression de respirer dans l’eau. Mais, alors que son linge trempait, elle ne pouvait que rester à sa place et penser. Elle aimait ça aussi. Laisser les idées qui affluaient dans sa tête s’imposaient à son esprit. Elle pensa à son île.

Naxos était une petite île. Le palais du roi Nycème sur le sommet des montagnes surplombait une petite ville portuaire à ses pieds. Autour, il n'y avait que des pâturages peu verdoyants car l’île n’était presque que de la caillasse, déjections des éruptions volcaniques lorsque le dieu Héphaïstos se mettait en colère. Les habitants étaient pour la majorité des pêcheurs, de bergers, et des femmes. Les Naxiens faisaient beaucoup de filles si bien que sur cette île, un temple à l’honneur d’Amphitrite, déesse de la mer, avait été érigé. Il y avait bien des années que ce temple existait. D’abord minuscule autel pour célébrer les premiers pêcheurs venus s’installer dans ce lieu désertique avec leurs familles, il était devenu une vraie cabane de bois où les femmes apportaient les offrandes que leurs maris pêcheurs chassaient dans les mers.

Et puis, les rois de Naxos fut proclamer. Cela ne s’était pas fait du jour au lendemain. Il y avait plusieurs décennies que les chefs se succédaient. La dynastie des rois n’imposait qu’un changement : ce n’était plus aux Naxiens de choisir leur chef. Il allait de soi à la naissance de chaque héritier mâle. Et si les Naxiens faisaient beaucoup de filles, leurs rois faisaient toujours au moins un fils qui atteignait toujours l’âge adulte et régnait sur eux. Avec les rois, vinrent les reines. Ce sont elles qui s’occupèrent du temple. Huit cent ans avant cette histoire, Eurydice, reine de Naxos, fit ériger le magnifique temple d’Amphitrite. Un bâtiment en rectangle à angle droit, aux colonnades représentant les êtres de la mer, au toit parfaitement droit. Une immense salle servait d’autel dans laquelle plus d’une vingtaine de femmes pouvaient se rejoindre en même temps. Sur les murs, la déesse et son mari, le dieux des océans Poséidon, étaient célébrés avec les plus belles peintures que les rares artistes de Naxos pouvaient produire. Ils étaient peu alors à chaque fois que l’un d’entre eux émergeait des bergers et des pêcheurs qui formaient la petite cité, les reines les chargeaient de peintre le temple.

Eurydice utilisa de la pierre grise des volcans, une requête étrange, fantaisiste pour les autres vestales. Mais au moins, du large de la mer, on ne détachait pas le temple de la pierre de l’île et alors, il n’avait jamais été pris d’assaut par les invasions. Les Naxiens allaient donc se réfugier dans le temple, lorsque leur île était en proie aux guerres. Les offrandes à la déesse se faisaient plus nombreux car s’ils survivaient c’était littéralement dans son sein. Ainsi, c’est tout naturellement que les rois décidèrent que leur étendard serait aux couleurs de la déesse Amphitrite.

Un hippocampe noir trônait fièrement sur un fond bleu finit de parfaire le blason de l'île. Les cavaliers des mers. Une représentation bien arrogante car il y avait des peuples en Grèce qui étaient de vrais armées des mers. Là où les Naxiens ne pouvaient se vanter que d’une minuscule armée, qui devait être, en temps de guerre, rembourrer par les bergers et les pêcheurs. Mais, les Naxiens étaient orgueilleux de leur étendard si bien que la plupart d’entre eux arborait un bijoux, une médaille, une broderie à l’effigie de leur hippocampe.

Néoméris ne dérogeait pas à la règle. Sa mère, la douce Anatola, lui avait offert un médaillon de bois sur lequel un hippocampe avait été gravé. On reconnaissait parfaitement le fier museau du cheval des mers et ses écoutilles mais quand au bas entortillé, il était grossièrement dessiné. Ce devait être le moment où le graveur avait compris que son bijou irait à l’enfant maudite d’Anatola. Les Naxiens n’aimaient pas Néoméris à tel point qu’ils ne lui laissaient pas le droit de porter elle aussi le symbole de leur île.

Pourtant, Néoméris adorait Naxos. Elle n’avait jamais connu que cette île. Peut-être, mais elle savait des histoires qu’elle entendait par les pêcheurs qu’il n’y en avait pas de plus tranquilles. Des plus fertiles, sûrement, des plus belles, bien entendu, des plus glorieuses, évidemment. Mais des plus tranquilles, aucunes. Même lorsque leur roi Aristote, père du roi Nycème, partit à Troie avec son frère de lait, le roi Ulysse d’Ithaque leurs voisins, l’île se porta sereine. Alors que les dieux se bataillaient au milieu des grecs et des troyens, Amphitrite prenait soin des hommes et des femmes qui la vénéraient. Et puis, Même si Ithaque était aussi tranquille que Naxos, il avait fallu dix ans à leur roi pour revenir durant lesquels les prétendants se pressaient à la porte de la chambre de la reine Pénélope, qui garda sa fidélité pour son mari. Bien que Aristote avait envoyé sa propre garde pour aider la femme de son ami, Naxos n’avait pas souffert de cette décision. Personne ne vint leur demander des comptes.

Non, décidément, Naxos était un endroit tranquille. Il aurait pu être parfait si les iliens ne montraient pas si ouvertement leur haine pour Néoméris. Elle ne les entendait plus mais elle voyait toujours leurs visages dégoûtés à la vue de son visage tuméfié. Sa balafre circulait du bas du milieu de son œil gauche jusqu’à la ligne de sa mâchoire dévorant sa joue. La brûlure avait dentelé la peau rougie. C’était la marque du dieu qui s’opposait à leur déesse. Alors que l’eau et la mer étaient les éléments des Naxiens, Néoméris portait sur elle la marque du dieu des forges et des volcans, Héphaïstos. C’était aussi de la jalousie. Si Néoméris n’aurait pas été l’enfant d’un dieu, celui-là même qui l’avait défigurée, peut-être auraient-ils eu pitié. Mais, elle ne savait dire ce que de la pitié ou de la haine elle préférait :

— Ne tire pas au flanc !

Néoméris fut tirée de ses pensées par la rauque mais douce de sa mère. Même lorsqu’elle voulait se mettre en colère, Anatola n’y parvenait pas vraiment. Surtout pas sur son unique fille. C’était cette douceur qui avait attiré Héphaïstos car Anatola n’avait rien d’autre pour briller. Elle posa ses yeux sombres et grands, pareils à ceux de sa fille, sur visage. Sans cette marque sur sa peau, on aurait su dire si Néoméris n’était pas juste le fruit d’Anatola tant la mère et la fille se ressemblaient. Bien que depuis quelques temps, des mèches blanches étaient apparues chez la plus âgée.

Ce que Néoméris préférait chez sa mère, c’était son regard. Il était franc et surtout, elle osait regarder sa fille droit dans les yeux, s’obligeant à affronter la brûlure. Cette blessure les hantait. C’était la preuve qu’aux premiers jours de la naissance de sa fille, elle avait failli en tant que mère. Elle n’était pas parvenue à protéger ce qu’elle avait de plus cher :

— C’est pas possible ! Tu aurais pu faire attention !

Néoméris suivit le regard de sa mère. Au loin, un drap maculé et un autre rouge s’éloignaient avec les courants frais de la mer. Anatola commença à retrousser sa toge sur ses mollets. Néoméris l’arrêta. Sa mère s'était parée des plus beaux bijoux et vêtements qu’elles avaient quand elle allait prier au temple. Si cela n’intéressait pas Néoméris, elle savait à quel point cette parure importait à Anatola. Elle s’y accrochait comme si elle avait une chance de se sortir de la déchéance ainsi. Et pourtant, il était fort probable qu’aucune prêtresse ne la salua.

Néoméris se hissa sur la pointe de ses pieds. Elle retira par le haut sa longue robe qui la couvrait jusqu’à la plante des pieds. Anatola roula des yeux en découvrant que sa fille, une fois de plus, n’avait pas revêtu ses sandales. Néoméris lui tendit sa robe sans se soucier de sa nudité. Elle hissa les bras au-dessus de sa tête et sauta à l’eau. La fraîcheur l’atteignit, non pas comme une aiguille de fer qu’on planterait dans sa peau mais comme la fraîcheur d’une chambre à l’ombre. Du moins, ce qu’elle pensait être la fraîcheur d’une chambre à l’ombre. Car à part le temple d’Amphitrite et leur cabane, on n’autorisait jamais Néoméris à entrer dans une maison préférant la laisser attendre dehors.

En quelques battement de bras et de chambres, elle fut à la hauteur des deux draps qu’elle saisit d’une main leste. Mais, alors qu’elle se tourna, elle fit face à deux courants. Le premier la conduisait à la berge où elle voyait les chevilles de sa mère dans l’eau et sa main blanche qui attrapait les vêtements un à un. Le second était un peu plus loin et donnait sur un quai dont le sentier remonter abruptement jusqu’à une allée de graviers blancs qui donnait sur l’arrière du palais de Nycème. Néoméris connaissait bien ce chemin qu’elle empruntait parfois en espérant voir le roi et son fils.

Quel ne fut pas sa surprise lorsqu’elle découvrit, une femme bien en chair, à la poitrine lourde, qui tenait par une main un poteau du ponton et, de l’autre, tentait d’agripper quelque chose tombé à l’eau. La surprise de Néoméris décupla lorsqu’elle vit un garçon. Il n’avait pas cinq ans. Ses bras bronzés étaient cerclés de bracelets d’or, sa tunique était richement brodé et sa tête cintrée par une fine couronne. Le prince Eurylipe. Tous les ans, son père l’emmenait pour une longue balade autour de Naxos si bien que tout le monde l’avait déjà vu une fois. Même Néoméris qui n’avait pas osé s’approcher.

Elle ne réfléchit pas, lâcha les deux draps et nagea à toute allure vers le prince. Il n’était qu’un petit enfant mais il tombait dans les abysses comme un poids de plomb. Sa tunique rêche agrippa forte heureusement les longs doigts de Néoméris. Elle plaqua le prince contre sa poitrine et battit de toutes ses forces pour tirer l’enfant des flots. Elle voyait la surface blanche, comme la sortie d’un long tunnel à travers les vagues bleues qui l’entouraient.

En tenant un enfant dont la vie dépendait d’elle, Néoméris prit conscience de la solitude de la mer. Il n’y avait ni bruit, ni créature au larges de Naxos. Que le prince et elle. Elle et le prince.

Elle battit plus fort des pieds. Et enfin, les rayons chauds du soleil les accueillirent. Ils percèrent la pellicule d’eau comme une bulle. Néoméris reprit son souffle et toussa alors qu’elle tendit le petit garçon à sa nourrice. La femme le prit par les épaules. Elle le hissa, avec l’aide de deux gardes alertés par les cris, sur le ponton. Le petit garçon resta quelques secondes, une éternité pour les quatre adultes, inerte. Et puis, l’un des gardes osa lui donner une tape sur le joue. Eurylipe toussota. Soulagée, la nourrice porta ses mains au ciel en remerciant les dieux. Le garde tourna le visage du garçon, une flaque d’eau salée se répandit hors de ses lèvres. Alors, Eurylipe se mit à tousser encore plus et ses propres régurgitations le réveillèrent :

— Merci ! Merci ! Merci de l’avoir épargné ! S’écriait la nourrice.

Néoméris l’observa avec un regard désapprobateur. C’était elle qui avait sauvé le prince. Il avait bien fallu l’aide des dieux pour qu’elle reste si longtemps sous l’eau et fasse preuve d’autant de forces, mais enfin la nourrice pouvait lui accorder un mot.

Elle se précipita vers l’enfant et le prit dans ses bras, écrasant son visage dans sa large poitrine. Enfin, comme si elle avait entendu les ruminations intérieurs de Néoméris, elle se tourna vers elle. Son visage avait perdu toute joie. Il se renferma encore plus lorsqu’elle vit la marque sur le visage la jeune fille :

— Toi ! Tu as osé toucher notre prince avec tes pattes de maudite !

— Je l’ai sauvé. Rectifia Néoméris.

— Ne sois pas imbue. Ceux sont les dieux qui lui ont accordé la grâce.

Son regard dériva sur le corps de Néoméris. Elle n’avait que le cou et la tête d’immergés. Ses longs cheveux bruns se déversaient autour d’elle. Mais enfin, sa nudité formait une flaque argentée dans la mer d’azur :

— Et tu es nue ! S’indigna la nourrice. N’as-tu pas honte ?

Le jeune prince la dévisagea à son tour. Néoméris rougit jusqu’à la pointe de ses cheveux. Elle avait déjà vu des jeunes garçons qui jouaient sur les plages sans se soucier de leur nudité, des femmes qui utilisaient l’eau des ruisseaux, des pêcheurs qui profitaient d’une journée calmes. Mais, elle savait bien qu’elle, être répudiée d’opprobre, elle n’avait pas le droit d’imposer sa nudité. Encore moins pour tenir entre ses bras un digne prince. Elle prit une profonde inspiration, s’immergea et nagea jusqu’à sa mère.

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Bien écrit

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Intrigue captivante

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Super personnage

3

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Dialogues forts

3

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author

Le début de l'histoire donne envie de lire la suite.

3 ans
1