Chapitre Un - Le début de la fin
La sueur perle sur mon front à chaque coup que je donne dans le sac de frappe. « Putain. De. Pleine. Lune. » Je souffle à chaque impact.
Les pleines lunes me donnent toujours des démangeaisons. Surtout quand on a atteint l'âge adulte. Sans parler de la chaleur écrasante qui traverse les fenêtres de la salle, sous ce soleil de plomb. Quel bonheur : une canicule et une pleine lune. Pitié, achevez-moi.
Mon corps vibre de désirs pour quelque chose que je ne peux pas avoir. Que je n'aurai probablement jamais. Un âme sœur.
Je garde le rythme et enchaîne les coups, essayant désespérément de noyer ce sentiment qui me dévore non seulement la peau, mais qui s'insinue aussi dessous.
Voyez-vous, les vieux dictons et les histoires effrayantes au coin du feu diraient qu'être un loup-garou est une terrible malédiction. Mais, pour être honnête, ce n'est pas aussi affreux que les humains le prétendent. Je devrais le savoir. J'en suis une.
Je n'ai pas été mordue par un loup errant étant gamine, il n'y a pas d'histoire glauque à raconter, ni de vilaines cicatrices qui marquent mon visage pâle, en forme de cœur et parsemé de taches de rousseur. Non, c'est assez ennuyeux à vrai dire. Je suis née louve-garou. Tout comme mes parents étaient des loups, et leurs parents avant eux, et ainsi de suite. Je suis issue d'une très longue lignée de loups-garous. Des putains de bad-ass en plus. Notre meute est connue sous le nom de Firestar. Nous remontons à plusieurs générations. Nous sommes nés du feu et du ciel, dit-on. De tout premier loup Firestar. Mon arrière-arrière-arrière… enfin, disons juste qu'une sacrée ancêtre a été la première louve connue de notre espèce.
Vous voyez, nous ne portons pas le nom du feu sans raison. Nous, les loups, sommes spéciaux. Bien plus que le simple fait de pouvoir changer de forme à volonté. Bien plus que notre vitesse incroyable et notre force redoutable. Nous sommes des loups élémentaires. Et si vous ne l'aviez pas déjà deviné, notre élément est le feu. Nous pouvons faire jaillir des flammes de nulle part, nous pouvons manipuler le feu selon nos caprices. Certains d'entre nous sont plus puissants que d'autres, évidemment. L'équilibre est la clé pour maintenir l'harmonie et le contrôle au sein de notre meute. Les alphas sont les plus forts. Les betas sont puissants aussi, mais moins que les alphas. La puissance de votre pouvoir reflète votre place dans la meute. Votre place est d'ailleurs déterminée par votre niveau de pouvoir. Certains de nos membres les plus puissants sont des guerriers, protecteurs de la meute qui suivent notre Alpha. Ceux qui ne sont pas très doués côté "puissance de feu" naissent avec d'autres compétences pour compenser. Comme nos guérisseurs. Et bien qu'ils ne puissent ni manipuler le feu ni se battre comme nos plus costauds, ils sont redoutables à leur manière.
Nous naissons avec nos rôles définis au sein de cette meute. Nous nous équilibrons les uns les autres. Chacun a un but. Chacun est important.
Aucun d'entre nous n'a accès à ses capacités élémentaires dès la naissance. Vers quatre ans, on commence tous à montrer des signes de maîtrise du feu. À 18 ans, nos pouvoirs sont pleinement développés et on prend notre position dans la meute selon notre force. On est formé au combat à mains nues, à la défense, à la force et aux soins de base dès que nos pouvoirs apparaissent. Ainsi, à l'âge adulte, les anciens de la meute ont déjà identifié votre pouvoir principal, et vers quinze ans, votre entraînement se concentre sur votre meilleure aptitude.
Nous savons tous nous battre. C'est ancré en nous dès qu'on sait marcher. Il faut savoir se défendre. Si vous ne pouvez pas vous protéger, vous ne survivrez pas dans ce monde. Vous n'aurez aucune chance…
On dit que la mère du feu a béni notre famille, nos ancêtres, avec ce pouvoir. Alors, elle peut tout aussi facilement nous le retirer.
Les alphas de ma meute ne croient pas à ça. Enfin, ils ne diraient pas le contraire, n'est-ce pas ? Leur fille est une ratée. Ce qui se trouve être mon cas. Eh oui. La plus jeune enfant des grands alphas Firestar est une nullité. Vous imaginez le scandale absolu quand je n'avais montré pas la moindre once de magie élémentaire à douze ans ? Et maintenant, à vingt-cinq ans, je n'ai jamais réussi à allumer ne serait-ce qu'une étincelle.
Mais ce n'était même pas la moitié du problème. Non. Bien sûr que non. Je ne pouvais pas juste être nulle côté pouvoir. Il fallait aussi que je sois physiquement différente de tout le monde. Voyez-vous, dans cette meute, tout le monde naît avec des cheveux roux, une peau pâle et des yeux verts.
Moi, eh bien... je ne suis pas comme les autres. Je ne ressemble à personne qu'ils aient jamais vu. Je suis née avec des cheveux blancs. Mes yeux sont d'un violet profond. La seule chose que je tenais de mes parents, c'était ma pâleur. Mais c'est un bien grand mot. Je suis si pâle que j'ai l'air d'être morte.
Ma mère, Genevieve, est l'alpha Firestar classique. Elle est incroyablement belle. Elle est grande, au moins 1m88. Nos élémentaires sont connus pour leur taille généreuse. Sa tête est couronnée d'une chevelure rouge flamboyant. Sa peau était pâle et parsemée du nombre parfait de taches de rousseur. Elle est mince, mais avec juste ce qu'il faut de courbes. Son sourire a fait s'arrêter plus d'un homme. Mais ne vous fiez pas à sa beauté. Oh non. Elle est incroyablement puissante. La plus puissante femelle élémentaire de la meute. C'est aussi l'une de nos meilleures guérisseuses. Elle a tout pour elle. Mon père, George, ou Georgie comme ma mère aime l'appeler, est tout aussi puissant. Il doit l'être. Ce sont nos alphas. Il a aussi cette chevelure rouge signature de tous les Firestar. Il est époustouflant, mais humble. Des yeux bleu vif dans lesquels ma mère se plonge amoureusement chaque jour. Il est plus grand que ma mère, avec son 2m08. Tous les mâles élémentaires sont plus grands que leurs homologues féminins. Mes parents ont eu la chance de se trouver. Ils ont un amour créé par la mère du feu elle-même. Deux personnes faites l'une pour l'autre. Créées pour l'existence de l'autre. Un vrai couple d'âmes sœurs.
J'ai toujours envié l'amour dont mes parents ont été bénis, et le fait qu'ils se soient trouvés. C'est rare. Les vraies âmes sœurs ne sont pas si courantes. Oui, nous sommes des Firestar, mais ma mère est née d'une autre terre. Elle est née du feu, pourtant personne dans toute sa lignée n'avait de magie de feu. Mais mes parents ont réussi à se trouver quand ma mère a ressenti un appel dans son âme. Il lui disait de voyager, de quitter ses terres pour trouver ce qui lui manquait. Elle dit qu'aucune partie d'elle ne s'est sentie entière jusqu'au jour où elle a rencontré mon père.
Et là, le monde a semblé basculer et soudain, elle s'est sentie entière pour la première fois de sa vie. C'est assez putain de magique quand on les entend parler de leur vie avant de se rencontrer. L'histoire de mon père n'est pas très différente. Il ne s'est jamais senti complet avant de la rencontrer non plus. Elle était sa pièce manquante.
J'ai cinq frères aînés. Tous des garçons. Peter, Jackson, Carter, Hunter et Kaine. Ils ont tous les mêmes traits et ressemblent à mes parents. Et puis, il y a eu moi.
Fantasma. Ce qui se traduit par « Fantôme ». Eh oui. Assez comique, vraiment. On aurait pu croire que mes parents feraient preuve d'un peu plus d'originalité pour mon nom. Mais, pour être honnête, regardez-moi. Le nom me va parfaitement.
Quand je suis née et que mes parents ont posé les yeux sur moi pour la première fois, ils ont dit avoir regardé le ciel nocturne pour demander ce qu'ils avaient bien pu faire pour énerver la mère du feu au point qu'elle me maudisse ainsi.
Je ne peux pas nier que je lui pose la même question chaque jour. Mais la mienne ressemble plutôt à : « Pourquoi t'es une telle connasse ? »
Je maudirais le ciel, lui demanderais pourquoi elle m'a faite différente, pourquoi elle ne m'a pas donné de magie de feu comme tous ceux de ma lignée avant moi. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire ? Je n'étais même pas née, bordel.
Les gosses ont essayé de m'intimider. Les enfants sont cruels, alors évidemment qu'ils l'ont fait. J'étais le monstre. Mais ça n'a fait que me rendre plus forte.
Je ne suis pas du genre à me jeter des fleurs, mais je suis, sans conteste, la meilleure combattante de notre meute.
J'ai une force qu'aucun autre membre de la meute ne peut égaler. Je suis plus forte que tous mes frères réunis. Donc au moins, je ne suis pas totalement inutile. Je sais me battre, et je me bats salement.
« Hé Tas ! » Peter, mon frère aîné, m'appelle par mon surnom. « Arrête de frapper ce sac et fais une pause. Maman et Papa ont convoqué une réunion de famille. »
Roulant des yeux, j'attrape une serviette pour essuyer la sueur sur mon visage.
« C'est quoi encore ? Je suis sûre que nos parents en convoquent au moins dix par heure en ce moment. »
« Arrête de faire chier et viens avec moi, s'il te plaît. Maman me coupera les couilles si je ne te ramène pas. »
Je laisse échapper un petit rire, il a raison. Elle le ferait vraiment.
« Je ne comprends pas vraiment l'intérêt de ces réunions de famille parfois, Pete. Je parie qu'ils les appellent juste pour nous dire qu'il y aura un peu de vent. »
« Arrête de te plaindre, Tas. Je dois être honnête. Ça semblait important cette fois. »
Mes sourcils se haussent jusqu'à la racine de mes cheveux en entendant cela. Ça semblait important, hein ? Eh bien, intérêt à ce que ce soit sérieux. Sinon, Pete va passer un sale quart d'heure pour m'avoir traînée à une autre réunion inutile.
Nous marchons d'un pas vif à travers les grands bois qui constituent notre territoire. Rien que l'odeur des arbres me met dans un état de bien-être. L'air ici est pur, les arbres hauts et verts. Tout ici respire le foyer pour un loup Firestar. Même le soleil qui me brûle le dos devrait être un plaisir, mais pas pour moi. Je méprise la chaleur et l'endroit où j'ai grandi ; ça n'a jamais ressemblé à un foyer. Je me suis toujours sentie comme une imposture ici. Comme si je n'avais jamais vraiment ma place. Mais comme ma mère me disait toujours quand j'exprimais ces sentiments : « Ne sois pas idiote Fantasma, bien sûr que c'est chez toi. Tu es une louve Firestar. C'est le seul endroit où tu as ta place. »
Je levais les yeux vers elle, des questions plein la tête. « Mais tu ne te sentais pas à ta place quand tu as quitté ton pays, Maman. Tu as dit que tu n'appartenais vraiment nulle part avant de venir ici et de rencontrer Papa. »
« Ça, c’est différent. La mère du feu nous a créés, ton père et moi, l’un pour l’autre. Je n’avais pas le choix. Ce que nous avons, ton père et moi, est rare. »
« Il n’y a eu qu’un seul autre couple de vrais âmes sœurs dans toute l’histoire. De plus, tu n’as pas la grâce de la mère du feu. Elle n’a aucun projet pour toi. Elle ne t’a pas bénie avec le feu dans les veines. Nous tenons notre pouvoir du soleil lui-même, Fantasma. Regarde cette magnifique journée. Je pourrais raser des villes dans ces conditions. Ce que tu ressens, c’est de l’ennui. »
Ouais. Ça faisait toujours mal d’entendre ça. J’aime ma mère plus que tout, mais c’est une force de la nature et elle n’a pas sa langue dans sa poche. Je sais qu’elle m’aime et qu’elle mourrait pour moi. Ça, j’en suis certaine, mais ça n’enlève rien au fait qu’elle a honte de moi à cause de ce que je suis. De mon apparence. Elle s’en veut.
Elle dit qu’elle a dû faire quelque chose d’horrible pour contrarier la mère du feu, au point qu’elle maudisse sa seule fille pour qu’elle soit comme moi. Mais elle ne sait pas pourquoi. Aucun de nous ne le sait.
Moi, par contre, j’ai grandi avec cette idée folle dans la tête qu’elle m’aimait peut-être plus que les autres. Peut-être qu’elle m’avait bénie au lieu de me maudire. Je n’y ai pas cru longtemps, mais c’était une idée agréable tant qu’elle a duré.
La cabane de mes parents commence à apparaître au loin alors que mon frère et moi continuons de marcher.
« Alors, tu as une idée de ce dont parle cette réunion importante ? » Je regarde mon frère. Son regard semble se dérober un peu. « Ok. Ta tête me fait dire que tu en sais plus que tu ne veux bien le dire, Pete. »
Il s’arrête juste avant qu’on soit assez près de la cabane pour que nos parents voient qu’on est arrivés.
« Écoute, Tas. Putain. » Il passe une main dans ses cheveux roux flamboyants. Il a l’air inquiet. Pourquoi a-t-il l’air inquiet ? Merde, maintenant je panique.
« Putain de merde Pete, crache le morceau avant que je ne te le fasse cracher à coups de baffes. »
Il prend une longue inspiration.
« Quelqu’un essaie de pénétrer sur notre territoire. »
« Et alors ? Des gens essaient toujours d’accéder à notre territoire, qu’est-ce qui change ? Les gardes ne se transforment pas en loups pour les chasser comme d’habitude ? »
« C’est différent, Tas. Ce n’est pas juste un humain curieux qui se promène et qui tombe sur notre frontière. Qui que ce soit, ce n’est pas l’un des nôtres. Ce n’est pas un loup-garou. C’est quelque chose… de différent. »
Merde.
« Qu’est-ce que tu entends par différent ? À quel point ? Un changeforme félin ? Un ours ? »
Il me fixe dans les yeux, son habituelle jovialité ayant disparu de son visage.
« Je ne sais pas. Aucun de nous ne peut sentir ce que c’est. Allez, continuons de marcher. Maman et Papa ont dû trouver une solution s’ils veulent qu’on soit tous réunis. »
Ok. Ça, c’est nouveau.
Nous arrivons enfin à la cabane de nos parents et nous entrons.
Tout le monde est là, mes frères et sœurs aînés et mes parents. Ils sont tous blottis autour du feu dans le salon, en train de parler à voix basse, mais avec précipitation. Dès qu’ils me voient entrer, ils se taisent.
« Chérie, viens faire un câlin à ton père. » Il rayonne vers moi. Debout, il ouvre grand les bras et m’enveloppe dans l’un de ses câlins paternels que j’ai toujours tant aimés.
« Comment vas-tu, mon petit fantôme ? » dit-il en ébouriffant mes cheveux.
« Je vais bien, Papa. C’est à quel sujet, alors ? »
Je regarde ma mère, qui est étrangement silencieuse. Si je ne connaissais pas mieux, je dirais qu’elle a l’air inquiète. Effrayée, même.
« Maman ? Qu’est-ce qui se passe ? »
« Assieds-toi, Fantasma. Nous avons un problème à résoudre. »
Je m’assois, mes yeux ne quittant pas les siens alors que j’essaie de comprendre ce qui l’énerve autant.
« Nous vous avons réunis, toi et tous tes frères, pour discuter d’une affaire urgente. Il y a une sorte d’être qui essaie de pénétrer nos limites. Il tente sa chance depuis quelques semaines. » déclare ma mère d’un ton froid.
« Ok, alors on l’empêche d’entrer, peu importe ce que c’est. Comme on fait avec tout ce qui essaie de franchir nos frontières, non ? C’est quoi le problème ? »
Papa se lève : « Il existe d’autres créatures dans notre monde, comme vous le savez tous. Des changeformes de tous types. Ceux-là, vous les connaissez. On peut les sentir à un kilomètre. Ce n’est pas qu’ils s’approchent souvent de notre territoire. Ce sont généralement des solitaires qui ne savent même pas où nous sommes. Il n’y a jamais eu de vraie menace pour cette meute depuis des millénaires. »
« Pourquoi ai-je l’impression qu’un "jusqu’à maintenant" va suivre ça, Papa ? »
« Parce que c’est le cas, Fantasma. »
« Ce n’est pas un changeforme. C’est tout autre chose. Nous pensons que c’est un vampire. »
Je commence à rire. « Un vampire ? Oh, allez, tu te moques de moi. Les vampires n’existent pas, Papa. Très drôle. »
Je regarde autour de la pièce et tout le monde me fixe, immobile et silencieux. Des visages graves tournés vers moi.
« Vous vous foutez de moi ? Des vampires ?! Putain, les vampires sont réels ?! Ils n’existent que dans les contes de fées et les histoires qui font peur autour du feu de camp ! C’est ridicule. »
Je commence à me retourner pour sortir de la cabane. J’en ai assez de leurs conneries. Je jure qu’ils pensent que je manque autant d’intelligence que de magie du feu.
« Fantasma, reviens ici, assieds-toi et écoute. » hurle presque ma mère.
En tant qu’alpha, ma mère peut donner des ordres, des ordres que tous ceux qui ne sont pas l’alpha de cette meute doivent obéir. Sauf moi. Je résiste à l’envie de lui obéir et, au lieu de ça, je me tourne, je croise les bras sur ma poitrine et je la fixe avec colère.
« N’essaie pas de jouer de ton autorité avec moi, Maman, tu sais que cette merde ne fonctionne que sur les autres loups Firestar. Je ne suis pas une vraie Firestar, n’est-ce pas ? Je suis un monstre. Donc, tu sais très bien que ça ne marchera pas sur moi. »
Elle laisse échapper un soupir lourd et sonore.
« Tu es une louve Firestar, Fantasma. Tu es née de notre sang. Tu n’es pas un monstre. S’il te plaît, ne parle pas de toi comme ça. Je suis désolée, mon petit fantôme. S’il te plaît, assieds-toi et écoute ce que nous avons à dire. C’est important. »
Je regarde vers le plafond, fermant les yeux et prenant une profonde inspiration.
« Très bien. J’écoute. Mais seule la mère du feu sait pourquoi. »
« Les vampires sont réels, mon petit fantôme. » dit mon père en posant une main apaisante sur mon épaule.
« Il existe beaucoup de choses sur cette terre, pas seulement des changeformes. Mais ils viennent d’autres mondes. Ils n’ont jamais pénétré le nôtre depuis les premiers textes. Nous n’avons jamais pensé à vous en parler, car pourquoi parler de quelque chose que seuls des textes anciens mentionnent si rarement ? Ça ne semblait pas nécessaire. »
« Attends, tu dis un monde différent. Tu parles de cet autre monde comme si c’était une autre planète. »
« Pas une autre planète, Fantasma, juste un autre plan d’existence. » intervient ma mère.
« Un autre plan ? Je rêve ? Est-ce que j’ai encore mangé ces champignons bizarres sous ma forme de louve et je suis en plein trip ou quoi ? Ce n’est pas réel. Ce dont vous parlez n’existe pas. »
Le silence me répond.
« Eh bien, petite sœur, je peux te prouver que c’est réel et que tu ne trip pas. » dit mon frère Colson avec un étrange sourire en coin.
« Ah oui, Col, et ce serait quoi ? »
« Putain de merde, Colson ! » crie mon frère Jackson, sautant de son siège avec une grimace de dégoût total.
« C’est quoi ce bordel, Colson ! » hurlent mes frères jumeaux, Kaine et Hunter.
« C’est quoi ce putain de… Oh mon Dieu, Colson. Tu t’es chié dessus ?! » L’odeur la plus atroce de toute l’histoire me frappe en plein visage.
Colson commence à rire si fort que les larmes lui coulent sur les joues.
« Tu crois toujours que tu es en plein trip, petite sœur ? »
« Tu es immonde ! Ce n’est pas naturel, Colson. Tu devrais aller voir un putain de véto. »
« Qu’est-ce que t’as bouffé, mec, de la bite pourrie de Satan ?! » crache Jackson entre deux haut-le-cœur.
« Ça suffit ! » tonne mon père dans la pièce.
« Bien que je sois tout à fait d’accord avec ta sœur sur le fait que tu doives consulter un guérisseur de meute pour la monstruosité qui vient de sortir de ton corps, Colson, vous devez tous prendre cela au sérieux. Assez de gamineries. Asseyez-vous tous et agissez comme les futurs alphas que vous allez devenir ! »
Je regarde Colson et articule : « Tu me dégoûtes », pendant qu’il essuie ses larmes.
Nous nous asseyons tous, et l’atmosphère devient sérieuse à nouveau.
« Ok, disons que vous êtes sérieux. Qu’est-ce que ça veut dire ? En quoi est-ce différent des autres menaces ? Quiconque a osé s’en prendre à cette meute n’en est jamais ressorti vivant. Alors pourquoi ce "Vamp" serait-il différent ? »
« Parce que, Fantasma » dit ma mère avec un air grave, devenant soudain aussi pâle que moi.
« Celui-ci est venu pour toi. »